samedi 28 février 2026

Du neuf ?

Un texte court aujourd'hui... et quelques réflexions personnelles liées à l'avenir de Mille et une bobines. Il m'arrive assez régulièrement d'avoir envie de faire évoluer le site, mais j'ai trop d'autres activités indispensables pour me poser sur celle-là (qui ne l'est pas vraiment). Même si le cinéma change. Et les codes et formats d'Internet, aussi...

Mon système de notation, par exemple, pourrait être renouvelé. Parfois, plutôt que de comparer un film à un autre, j'ai très envie d'écrire l'un de mes diptyques pour les réunir en une seule chronique. Dans ce même esprit de "regroupement", certains longs-métrages moins convaincants pourraient ne faire l'objet que de textes brefs publiés simultanément, que j'appellerai les Mézossi ou les Gévuossi...

Et puis, de temps à autre, j'aimerais mieux coller à l'actu, en parlant des sorties AVANT de les chroniquer, ou grâce à d'autres interviews. Bon... ce blog n'est pas tout à fait resté figé, ces dernières semaines. Avez-vous ainsi remarqué que mon index des films en noir et blanc s'était ouvert aux monochromes ? Ce n'est qu'un tout petit détail. Chose plus importante à mes yeux: chaque chronique d'une oeuvre étrangère précise désormais son titre original, dans son alphabet premier (avec translittération pour le japonais, l'arabe, le chinois...). Les nationalités, elles, restent imprécises et/ou inexactes parfois. L'idée étant de privilégier le cadre, plutôt que l'équipe de production. Est-ce que cela changera encore ? Peut-être, oui, mais pas forcément. Sur ce, bon week-end ! Je vous retrouve lundi - avec un nouveau film.

jeudi 26 février 2026

Diminués, mais...

Hop hop hop ! Aujourd'hui, un nouveau film repéré grâce à l'entremise de la bande "Les Fiches du Cinéma": Dis-moi sur quel pied tu danses. Cet épatant documentaire français voit la rencontre de deux mondes habituellement éloignés: celui de la danse et celui d'une structure hospitalière ouverte aux personnes amputées, le Centre de réadaptation de Coubert (Seine-et-Marne) ! Vous n'êtes pas au bout de vos surprises...

Il se trouve que cet établissement accueille aussi une fabrique artistique, où le réalisateur, chorégraphe et danseur Philippe Ménard travaille en résidence depuis dix ans. Sa proximité avec les personnels soignants et les patients lui a permis d'imaginer un film-reportage orienté autour du témoignage des uns et des autres. Il s'appesantit peu sur ce qui est arrivé à ces gens, privées ensuite de l'usage d'un bras, d'une jambe ou même parfois de plusieurs de ces membres à la fois. L'idée est plutôt de nous expliquer comment on peut les "reconstruire" avec toutes les technologies modernes, grâce à des prothèses extrêmement sophistiquées. Mieux: Dis-moi sur quel pied tu danses s'intéresse à leurs ressentis, bons ou mauvais, et à l'espoir qui les tient en vie, illustrant son propos avec l'image artistico-cinématographique. C'est bien simple: à l'écran, tout le monde danse et peut alors montrer avec éclat ce qui l'anime au quotidien - et au plus profond de son âme. Ce n'est pas toujours drôle, mais je suis ressorti de cette expérience avec un grand sourire ! Et cela rend notre monde un peu meilleur, oui...

Dis-moi sur quel pied tu danses
Documentaire français de Philippe Ménard / 2026
Une belle surprise, (peu ?) diffusée en salles depuis le 4 février dernier. Le sujet aurait pu s'avérer plombant, mais l'originalité du traitement fait mieux que sauver la mise: une approche bien plus qu'intelligente. Comparaison possible, Madame Hoffmann reste centré sur une personne unique et m'est apparu moins impactant. La fiction a quelque ressource pour évoquer la vraie vie: revoir Patientsou, à la limite, Les rêveurs !

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Un dernier mot en guise de rappel...

Vous pouvez aussi suivre la team "Fiches du Cinéma" sur le site Actu.fr. Et pour la force de la danse, laissez-vous envahir par Une joie secrète !

mardi 24 février 2026

Quinze ans après

Je ne suis pas allé vérifier cette impression, mais il me semble bien que, en salles il y a bientôt deux ans, Un homme en fuite n'aura reçu qu'un accueil mitigé. OK, mais aurait-il mérité mieux ? Peut-être, oui. Faute d'être tout à fait original, ce polar "à la française" est un film assez réussi dans son genre, porté par des comédiens plutôt impliqués...

Nous sommes à Rochebrune, une petite ville (imaginaire) des Ardennes françaises. Ancien enfant du pays, Paul y revient après quinze ans d'absence, un peu comme s'il voulait renouer avec un passé douloureux. C'est pour mieux constater que son ancien ami, Johnny, leader syndical influent, a dérapé: l'homme en fuite, c'est lui, recherché comme auteur d'une attaque mortelle sur un fourgon blindé, mais que les ouvriers d'une usine du coin voient plutôt comme un nouveau Robin des Bois. Évidemment, rien n'est si simple... et le film, lui, est plutôt sombre. Réalisme social ? Vision caricaturale ? Ce sera à vous d'en décider. Personnellement, je n'ai pas été déçu. Mon envie de découvrir le film tenait beaucoup à la présence de Bastien Bouillon et Pierre Lottin, duo complémentaire et impeccable dans cet opus. Il m'a aussi fait plaisir d'avoir l'opportunité de revoir l'excellente Léa Drucker en flic rigoureuse et Marion Barbeau en amante sacrifiée. Pas mal ficelée, cette histoire...

Un homme en fuite
Film français de Baptiste Debraux / 2024
S'agissant du premier long du réalisateur, je ferme volontiers les yeux sur quelques défauts de cet opus, comme ces allers-retours entre passé et présent, où ses acteurs-vedettes n'ont pas l'air d'ados "ordinaires". Concrètement, je retiens le positif et, pour ce type même de cinéma social, vous renvoie à d'autres quasi-polars tels Les trois fantastiques ou Trois jours et une vie. Cela dépasse (un peu) du cadre de la fiction !

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Et si vous voulez vous appuyer sur d'autres avis...

Je vous suggère de lire - notamment  - ceux de Dasola et Princécranoir.

lundi 23 février 2026

On regarde ailleurs ?

L'avez-vous noté ? Ce jeudi aura lieu la 51ème cérémonie des César. Inutile de compter sur moi pour un grand compte-rendu: il est probable que je n'aurai pas vraiment le temps d'y revenir de manière détaillée. J'enrichirai a minima ma rubrique dédiée du titre du meilleur film 2026. Et il est probable que d'autres reviendront aussi... exciter ma curiosité !

Aujourd'hui, pour étancher la vôtre, j'ai eu envie de regarder ailleurs. Pourquoi, donc, ne pas voir ce qui se passe à l'étranger ? Le petit monde du cinéma français le fait lui-même avec le César du meilleur film étranger. Les plus curieux d'entre vous pourront vérifier que les critères de nomination ont quelque évolué depuis la première édition (en 1976).

L'info du jour : la liste (presque) complète des lauréats.
*** enfin, je l'ai réduite à ceux que j'ai vus et chroniqués... ***
► 1978 : Une journée particulière / Etorre Scola (Italie),

► 1980 : Manhattan / Woody Allen (États-Unis),
► 1983 : Victor Victoria / Blake Edwards (Royaume-Uni),
► 1985 : Amadeus / Milos Forman (États-Unis),
► 1986 : La rose pourpre du Caire / Woody Allen (États-Unis), 
► 1989 : Bagdad Café / Percy Adlon (Allemagne),

► 1991 : Le cercle des poètes disparus / Peter Weir (États-Unis),
► 1992 : Toto le héros / Jaco van Dormael (Belgique),
► 1993 : Talons aiguilles / Pedro Almodóvar (Espagne),
► 1994 : La leçon de piano / Jane Campion (Nouvelle-Zélande),
► 1996 : Land and freedom / Ken Loach (Royaume-Uni),
► 1999 : La vie est belle / Roberto Benigni (Italie),

► 2000 : Tout sur ma mère / Pedro Almodóvar (Espagne),
► 2002 : Mulholland Drive / David Lynch (États-Unis),
► 2003 : Bowling for Columbine / Michael Moore (États-Unis),
► 2005 : Lost in translation / Sophia Coppola (États-Unis),
► 2008 : La vie des autres / Florian Henckel (Allemagne),

► 2010 : Gran Torino / Clint Eastwood (États-Unis),
► 2011 : The social network / David Fincher (États-Unis),
► 2012 : Une séparation / Asghar Farhadi (Iran),
► 2014 : Alabama Monroe / Felix van Groeningen (Belgique),
► 2015 : Mommy / Xavier Dolan (Canada),
► 2016 : Birdman / Alejandro González Iñárritu (États-Unis),
► 2018 : Faute d'amour / Andreï Zviaguintsev (Russie),
► 2019 : Une affaire de famille / Hirokazu Kore-eda (Japon),

► 2020 : Parasite / Bong Joon-ho (Corée du Sud),
► 2023 : As bestas / Rodrigo Sorogoyen (Espagne),
► 2025 : La zone d'intérêt / Jonathan Glazer (Royaume-Uni).

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Je vous précise encore la liste des films en lice cette année...
- L'agent secret / Kleber Mendonça Filho (Brésil),
- Black dog / Guan Hu (Chine),
Sirāt / Oliver Laxe (Espagne),
- Une bataille après l'autre
/ Paul Thomas Anderson (États-Unis),
- Valeur sentimentale
/ Joachim Trier (Norvège).

Et à vous la parole, maintenant ?

Je suis vraiment curieux de vos avis et conseils pour compléter ma liste. N'hésitez pas à me dire si vous estimez encore utile de suivre les César !

[MAJ - jeudi 26, 21h40] :
Le César 2026 a finalement été attribué à Une bataille après l'autre.

samedi 21 février 2026

La condition de l'homme

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen le dit clairement dans son article 1: "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". Signée en 1789, de quels hommes parle-t-elle, au juste ? C'est l'une des questions que soulève un film récent: Furcy né libre. L'histoire d'un homme qui, au 19ème siècle, a combattu pour ses droits !

1817. Après la mort de sa mère, ledit Furcy découvre des documents officiels qui établissent qu'ancienne esclave, elle avait été affranchie depuis longtemps. Son fils serait dès lors, lui aussi, un homme libre. C'est bien d'ailleurs ce que lui confirme le tribunal qu'il a lui-même saisi pour faire entendre raison à son soi-disant propriétaire, Joseph Lory, riche propriétaire terrien sur l'Île de la Réunion (alors appelée Bourbon). Débouté, ce vil personnage fait cependant appel, ce qui conduit Furcy en prison, avant le jugement, pour avoir fui la propriété de son maître. Il sera rapidement déporté à Maurice pour travailler dans l'exploitation de cannes à sucre d'autres membres de la très influente famille Lory. Cette destinée, Furcy né libre la raconte en prenant d'emblée le parti de la victime, qui ne devra qu'à sa colère et à son acharnement à vivre de voir enfin, presque trente ans plus tard, son droit à être libre pleinement reconnu. Le propos du film est sans aucun doute politique. Je vous confirme que le scénario oublie certains aspects de la réalité historique et s'autorise quelques entorses. Un problème ? À vous de voir.

Tout dépend en fait de ce que vous attendez d'un tel long-métrage. Documenté, celui-ci est assez complexe pour ne pas être qualifié d'outil de propagande - ce que j'ai toutefois pu lire sous une autre chronique. J'y vois plutôt le constat édifiant que la France, souvent présentée comme le pays des Lumières, peut également être abordée par sa face sombre et voir alors son grand prestige non pas effacé, mais amoindri. Vous jugerez (et me rétorquerez peut-être) que c'est une pure évidence qu'il n'est pas nécessaire de rappeler, fut-ce dans les salles de cinéma. Pour ma part, je pense précisément... le contraire: le septième art reste un formidable vecteur de diffusion de la connaissance du monde. Furcy né libre a beaucoup d'atouts pour lui: c'est un film à l'esthétique irréprochable, bien écrit et très bien interprété. Je tiens à souligner que Makita Samba excelle en tête d'affiche, jusque dans ses silences. Vous le trouverez bien entouré, avec des visages connus: Ana Girardot, Romain Duris, Vincent Macaigne, Philippe Torreton... et j'en passe. C'était mon premier film français au cinéma en 2026: un très bon choix !

Furcy né libre
Film français d'Abd Al Malik / 2026
Je vous laisse vous dépatouiller avec les nombreuses sources historiques pour évaluer le degré précis de véracité de cet opus, également promu comme l'adaptation libre de L'affaire de l'esclave Furcy, une biographie de Mohammed Aïssaoui (Gallimard - 2010). Je reviendrai sur l'esclavage avec d'autres films et, sans délai, vous conseille Ni chaînes ni maîtres. Côté asservissement militaire, Rebelle met lui aussi une grande claque !

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Un dernier mot sur la musique...
Également rappeur, le réalisateur du film a su porter une attention particulière à sa bande-originale. Un chant réunionnais de Danyel Waro ouvre le long-métrage, tandis qu'un long flow le termine. L'occasion idéale de rester assis et jusqu'à la toute dernière seconde du générique.

Et qu'en est-il de l'accueil sur la blogosphère ?
Pour le savoir, je vous laisse consulter - au moins ! - le blog de Pascale.

jeudi 19 février 2026

En quête de lumière

Anxieux, dépressif, angoissé, malade... les initiales de ces quatre mots forment un prénom: Adam. C'est celui du personnage d'un petit film arrivé dans les salles françaises le mois dernier: Amour apocalypse. Venue du Québec, cette comédie romantique sur fond de fin du monde ne m'a pas déplu, mais pour tout dire, j'aurais aimé l'aimer davantage...

Pour essayer d'aller mieux, Adam fait du sport et de la méditation. Vivant isolé avec ses chiens, il ne fréquente que quelques personnes aussi singulières que lui: son père, un ami qui s'est fait une spécialité culinaire des macaronis au fromage, ainsi que la jeune employée nymphomane de son chenil. "Pas de blonde, pas de char, pas de cash" entre autres contrariétés, comme on lui rappelle un peu trop souvent. Mais, soudain, ça bouge: Adam s'est offert une lampe pour des séances de luminothérapie et tombe alors sous le charme... de l'opératrice téléphonique chargée du service-après-vente. Et pourquoi pas, tiens ? Elle s'appelle Tina et semble pouvoir l'aider à vaincre son éco-anxiété. Tina, elle, est l'acronyme de There is no alternative, une perspective angoissante pour qui se préoccupe de l'avenir de notre vieille planète. Vous aurez noté qu'Amour apocalypse annonce la couleur dès le titre. Cela dit, je n'ai pas trouvé que son propos était tout à fait pessimiste...

Il y a indiscutablement une certaine forme de tendresse qui se dégage de cette histoire. Son cadre naturel m'a semblé tout à la fois étranger et familier. Fort de quelques repères, j'ai donc pu, sinon m'identifier avec Adam, comprendre ce qu'il pouvait ressentir dans cette situation de quadra flippé par le temps qui passe (et menace même de s'arrêter). Seul regret: à part Tina, les autres personnages de ce drôle de récit névrosé passent vraiment au second plan - un potentiel inexploité. D'après moi, il était possible d'espérer que, face aux éléments déchaînés visibles à l'écran ou même suggérés, chacun réagisse à sa manière. Malheureusement, Amour apocalypse reste surtout centré sur Adam. J'ajoute toutefois que l'acteur - Patrick Hivon - en dresse un portrait convaincant et finalement assez drôle, en compagnie de Piper Perabo. Malgré mes réserves, je suis content d'avoir pu voir ce film francophone dont la langue anglaise n'est pas exclue. J'en verrais volontiers d'autres !

Amour apocalypse
(Peak everything)
Film canadien d'Anne Émond / 2025
Une demi-satisfaction - que je ne voudrais pas "saquer" pour autant. C'est que je crois en la sincérité de la réalisatrice, qui a l'âge d'Adam et... en est déjà à son sixième long-métrage ! J'y ai retrouvé l'esprit d'un Punch-drunk love, au rayon fourni des rencontres improbables. Côté québécois, j'ai aussi repensé à Starbuck, un film tendre et rigolo. Un peu de sucre au milieu du chaos du monde: c'est toujours ça de pris.

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Et si le film n'était pas si "masculin" ?

Pascale semble considérer qu'il est plus équilibré que je ne peux le dire.

mercredi 18 février 2026

La peau d'une autre

Le film que j'évoque aujourd'hui est-il "à mi-chemin du Grand Guignol et du document clinique" ? Et son réalisateur "l'un des grands poètes de l'écran" ? C'est bel et bien ce qu'a affirmé Claude Beylie, l'auteur d'un petit livre Les films-clés du cinéma, publié chez Bordas en 1987. En tout cas, je voulais voir Les yeux sans visage depuis longtemps...

J'ai aussi entendu parler de ce long-métrage comme d'une référence française en matière de cinéma "de genre", tout à la fois fantastique et horrifique. Son personnage principal est un grand chirurgien français, à la recherche de diverses techniques médicales innovantes. Son objectif ? Soigner sa fille, défigurée après un accident de voiture. Vous l'aurez compris, je suppose: seuls ses yeux ont été épargnés. Après une première opération ratée et plusieurs tests médicaux effectués sur des chiens, le professeur Génessier persiste à croire possible d'utiliser la tête d'une autre femme pour en greffer la peau sur celle de Christiane qui, recluse, en souffre et préférerait mourir. Autant vous avertir: quelques scènes sont assez difficiles à regarder. Le noir et blanc atténue bien sûr une (petite) part de cette violence...

Dans les rôles principaux, on retrouve Pierre Brasseur, d'une sobriété étonnante, et Édith Scob, qui porte le masque de son personnage avec courage et reste expressive par le regard. Les autres comédiens ont moins d'importance, même si je veux signaler la présence régulière de l'actrice italienne Alida Valli en assistante du professeur. C'est mérité et logique: le film est une coproduction franco-italienne. Pour accompagner Les yeux sans visage, je note également la qualité de la bande-originale, signée Maurice Jarre: un atout pour l'ambiance générale avec ces images, très concrètes et pourtant quasi-irréelles. J'ai beaucoup aimé la conclusion, ouverte et comme sortie d'un rêve. En salles, tout cela avait d'abord été interdit aux moins de 16 ans ! D'ailleurs, Wikipédia vous parlera d'un succès public "assez mitigé". Désormais et sans trop exagérer, on parlerait plutôt... d'oeuvre-culte.

Les yeux sans visage
Film franco-italien de Georges Franju / 1960

Pas totalement emballé, mais je suis content de l'avoir (enfin) vu. Pour son époque, je le trouve en effet innovant et plutôt audacieux. Pedro Almodóvar a dit qu'il l'avait en tête lorsqu'il a écrit le scénario de La piel que habito - un film encore plus hardcore, si j'ose écrire. J'avoue avoir peu de références dans ce type d'imaginaire de cinéma. Dario Argento et David Cronenberg peut-être, pour les corps abîmés ?

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Si vous vouliez regarder à deux fois...

Je vous proposerais volontiers de le faire avec Strum, Vincent et Lui.

mardi 17 février 2026

Elle fait sanglant...

L'affiche de La femme de ménage ne ment pas: le scénario de ce film hivernal a bien été écrit "d'après le phénomène littéraire mondial". Au même titre que les actrices principales, l'autrice de ce bestseller figure d'ailleurs au générique du long-métrage comme productrice. Freida McFadden avance qu'il est... encore meilleur que son bouquin !

Millie Calloway, célibataire d'une trentaine d'années, est embauchée par une dénommée Nina Winchester, légèrement plus âgée qu'elle. Ses missions: l'entretien d'une grande maison - cuisine et courses comprises - et, ponctuellement, la garde de Cece, la fille de Nina. Rapidement, Millie rencontre aussi Andrew, le mari: un homme charmant, qui semble ne pas avoir été averti de son recrutement. Mais il prendra sa défense dès le lendemain, aussitôt que son épouse accusera la "gouvernante" d'avoir égaré des documents importants. Crise de nerfs et premier rebondissement à grand bruit d'un film généreux en la matière: Nina souffrirait d'une schizophrénie sévère ! C'est évidemment un peu plus compliqué et je reconnais volontiers que, malgré quelques clichés, le tout début de La femme de ménage m'a bien accroché. V.O. aidant, j'ai bien voulu croire à cette histoire. Hélas, cette première impression positive s'est trop vite effilochée...

*** ATTENTION, POSSIBLES SPOILERS ***

Je me doutais que quelque chose ne tournait pas rond dans ce foyer recomposé, sous ce vernis de richesse extrême. J'ai compris aussitôt que chacun des personnages avait quelque chose à cacher aux autres. Finalement, le fin mot de l'histoire est assez vite arrivé et le film s'est dès lors transformé: une très longue séquence de "révélations" plus tard, il est presque devenu un film d'horreur basé sur la survie. Et franchement, en cette matière, je l'ai trouvé des plus lourdingues. La femme de ménage aurait pu (dû ?) s'avérer un excellent thriller psychologique, mais il prend une tournure spectaculaire et sanglante !

Dénonce-t-il ce qu'il nous montre de violent ? Même pas, je trouve. Comme tant d'autres, c'est un film qui joue sur nos instincts premiers pour se donner un petit air malin, audacieusement contemporain. L'ennui, c'est qu'il le fait très mal, avec un propos frontal et bourrin. De ce quasi-naufrage, je sauve juste la prestation encore décente d'Amanda Seyfried, desperate housewife aux abois. Sydney Sweeney est plus souvent mise en avant pour ses courbes que pour son talent. Et le beau gosse Brandon Sklenar ? Aucun réel charisme à mes yeux. Tout cela mélangé aboutit à un résultat que je juge aussi racoleur qu'invraisemblable. Une bien piètre conception du cinéma, en somme.

La femme de ménage
(The housemaid)
Film américain de Paul Feig / 2025
Les pubs pour des productions Netflix ou Disney + avant la séance m'avaient laissé craindre le pire... et c'est presque ce qui est arrivé. Bonne nouvelle pour les fans: une suite est d'ores et déjà annoncée. Maintenant, si vous tenez au concept de l'arrivée dans une maison oppressante, je crois qu'il vaudrait mieux vous conseiller Rebecca ! Et, pour n'évoquer qu'un seul film récent, Parasite est bien meilleur...

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Aurais-je échappé au pire ?
Dans un avis que j'ai lu après coup sur le Net, le rédacteur-spectateur indique avoir vu le film près de trois donzelles ayant passé la séance avec leur smartphone, à coup de selfies (flashs compris !) et d'appels en visio. Je n'ai rien subi de tel. Il faut croire que je m'en sors bien...

D'autres avis, dans la salle ?
Pascale a vu le film, l'a jugé "consternant" et n'en a donc pas reparlé. Inversement, Dasola l'a trouvé "pas désagréable à voir". Admettons...

lundi 16 février 2026

D'autres étoiles

J'ai terminé la semaine passée sur une note mélancolique, pas vrai ? Mais trêve d'émotions négatives: je vous propose d'entamer celle-ci avec une saga légendaire du cinéma mondial, La guerre des étoiles ! Les neuf films des trois trilogies conçues pour les salles obscures ayant déjà été chroniqués, je veux aborder deux autres... "supports".

Parlons d'abord d'une B.D. en deux tomes, Les guerres de Lucas. Grâce à un ami d'enfance, j'ai pu découvrir son très riche contenu. Ses auteurs, à savoir Laurent Hopman scénariste et Renaud Roche dessinateur, racontent la naissance du tout premier épisode présenté au cinéma - celui qu'on appelle parfois Un nouvel espoir (1977) - avant d'enchaîner avec la suite et L'Empire contre-attaque (1980). Franchement, pour qui s'intéresse aux coulisses, c'est passionnant. Cela rappelle aussi combien il était et reste difficile de faire un film ! Les paramètres de réussite sont multiples et la chance en fait partie. Et c'est également une histoire d'hommes et de femmes déterminés...

Déterminée, la personne qui a retrouvé une compilation des musiques de la première trilogie pour me l'offrir l'était aussi... merci, Maman ! Entre autres vertus, ce cadeau me rappelle que je dois lire un livre consacré à leur composition, L'opéra des étoiles, d'un jeune auteur spécialisé, Aurélien Simon (paru en 2022 aux éditions Omaké Books). J'ai sans nul doute déjà évoqué ici ma fascination - toujours vive - pour les oeuvres du grand John Williams, désormais âgé de 94 ans. Savoir qu'il a accepté de composer la bande originale du prochain film de son ami Steven Spielberg me remplit d'aise: j'ai plein des solutions pour me préparer à ce Disclosure day. Sortie en France... le 10 juin !

samedi 14 février 2026

Cet éternel amour

Pauvre orfraie ! Vous le savez peut-être: le nom de cet oiseau rapace est utilisé pour qualifier les cris de ceux qui se montrent scandalisés dans diverses circonstances (et souvent pour de simples broutilles). Inutile de se formaliser: je tiens, moi, à célébrer la Saint-Valentin. Amoureux sincères et "de pacotille", cette chronique vous est dédiée !


Voici d'abord... Les amants de Vérone
Un film français d'André Cayatte / 1949
Rappelons-le pour commencer: dans la pièce Roméo et Juliette (1597) du très illustre Shakespeare, deux adolescents vivent leur passion amoureuse sans se soucier de la rivalité qui oppose leurs familles. Cette tragédie est au coeur du film, qui n'en est pas une adaptation littérale. C'est par hasard - et sur un plateau de tournage - qu'Angelo rencontre Giorgia. Le coup de foudre est instantané et réciproque. Lui, souffleur de verre, orphelin et entouré de très joyeux drilles. Elle, fille d'une famille nostalgique du fascisme dont elle compte s'affranchir, avant que son père la vende à un vil maître-chanteur. Cruel, le destin les fait se découvrir et s'aimer, mais il les brisera. Histoire "en décalage" et parallèle du grand classique shakespearien. De facture classique, le film est vraiment d'une très grande beauté. En cause: les décors et les dialogues signés Jacques Prévert, ciselés. Cerise sur le gâteau: un casting de haut vol, même si certains acteurs comme Pierre Brasseur ou Louis Salou sont un peu - trop - cabotins. Pas grave: je n'ai eu d'yeux que pour Anouk Aimée et Serge Reggiani !

En bonus: un autre avis est en ligne sur le blog de "L'oeil sur l'écran".

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Et je veux parler aussi de... Roméo et Juliette
Un film britannico-italien de Franco Zeffirelli / 1968
Difficile de départager les deux nationalités de ce long-métrage. Doit-on dire Romeo and Juliet ? Romeo e Giulietta ? Ou les deux ? Qu'importe: c'est une adaptation fidèle de la source shakespearienne. Elle est sortie du lot à l'époque pour une raison particulière: le choix de confier les rôles-titres à de très jeunes comédiens, Olivia Hussey née en avril 1951 et Leonard Whiting un peu plus tôt, en juin 1950. Deux très beaux ados, au talent encore en germe, mais prometteur. Leur complicité à l'écran les rend en tout cas parfaitement crédibles et - ce qui est bien entendu l'essentiel - particulièrement touchants. J'en suis venu à considérer l'histoire des deux amoureux maudits comme un hymne à la jeunesse. En contrepoint, la réconciliation finale des Montaigu et Capulet ressemble franchement à un geste désespéré, arrivé beaucoup trop tardivement pour guérir les coeurs. Spectateurs, on se consolera quand même avec de solides arguments techniques: le film nous offre en effet une flamboyante reconstitution de la Vérone médiévale... et une magnifique partition de Nino Rota. Du tapage, disent certains. Digne du grand William, jurent d'autres. Amateurs de grand cinéma classique, n'ayez plus d'hésitation: foncez !

En bonus: vous pouvez de nouveau lire un avis de "L'oeil sur l'écran".

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Et pour finir, que vous soyez amoureux ou non...

Je vous invite à évoquer vos préférences du côté des films d'amour. Et peut-être que je reparlerai d'autres versions de Roméo et Juliette !

jeudi 12 février 2026

Au bout du bout

Je vous préviens: l'opus du jour devrait rester loin de mon top 2026. Afin de ne pas me prendre la tête, j'ai choisi de vous parler d'un film qui titillait ma curiosité depuis un bon petit moment: Terminus. Attention les yeux, car il est très souvent présenté comme un nanar ! Fallait-il espérer autre chose de Johnny Hallyday tête d'affiche ? Euh...

Sidéré par ce que j'ai vu, je suis allé à la pêche aux infos Internet. Certaines des sources que j'ai pu trouver sur ce long-métrage oublié affirment que l'idole des jeunes avait produit le film, quand d'autres mettent en avant les différentes vacheries qu'il a pu dire à son sujet après coup. L'unanimité revient sur un parallèle avec... Mad Max ! Sorti une petite décennie plus tôt, le road movie post-apocalyptique réalisé par George Miller avait influencé Johnny dans la mise en scène de certains concerts géants - c'est une vérité facilement vérifiable. Autre élément factuel: Terminus est, lui aussi, un film "sur la route" et pseudo-futuriste (une vision dystopique de la fin des années 80). Une mystérieuse organisation y promeut une nouvelle discipline "sportive", quelque part entre le rallye raid... et le football américain.

*** ATTENTION, POSSIBLES SPOILERS ***
Concrètement, c'est donc une course de camions du type Paris-Dakar avec un seul équipage, rouge, opposé aux autres, gris, dont l'objectif est juste de l'empêcher de franchir la ligne d'arrivée. Un argument dramatique qui va se compliquer quand il sera question de machines intelligentes, de territoires interdits et de clonages d'êtres humains...

Vous êtes encore là ? C'est gentil, parce que je pourrais comprendre que vous ayez déjà renoncé à voir ce machin. Je m'y suis intéressé parce que c'est un film de Pierre-William Glenn, un chef-opérateur réputé que j'ai découvert (et évoqué ici même) en novembre dernier. Sans pitié, certains estiment qu'il a complètement foiré son passage derrière la caméra comme réalisateur. Il faut avouer que Terminus paraît difficilement défendable autrement que comme un réel OVNI. Doté d'un budget confortable, il avait bien déçu ceux qui l'attendaient avec impatience, à l'époque, et dès lors fait un flop plutôt colossal. D'aucuns disent même qu'il a contribué à plomber le cinéma de genre franco-français pour de longues années. Ses vedettes internationales n'ont pas sauvé sa réputation, semble-t-il, et on s'amuse aujourd'hui devant la présence-éclair de Karen Allen, alias Marion, la petite amie d'Indiana Jones depuis 1981 (cf. Les aventuriers de l'arche perdue). L'acteur allemand Jürgen Prochnow, lui, est là tout au long du film dans trois rôles différents. Ah, c'est un sacré gloubi-boulga, les amis !

Terminus
Film français de Pierre-William Glenn / 1987

Français, oui... mais cet opus a aussi bénéficié de producteurs venus d'Allemagne ou de Hongrie ! Sur les lieux de tournage, l'ami Johnny avait été content, dit-on, d'oublier sa rupture avec Nathalie Baye. Bon... bientôt quarante ans plus tard, le film est devenu une rareté. Mad Max - oui, j'y reviens - est sans aucun doute bien plus accessible. Et ce n'est pas un nanar, comparé à Cherry 2000 et Action Jackson !

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Quelques mots encore sur Johnny lui-même...

J'ai cru constater que même une partie de ses fervents admirateurs jugeaient le rockeur comme un piètre comédien. Sa frimousse d'enfant apparaît dans Les diaboliques, où il était figurant, à 12 ans. J'ai de bons souvenirs de plusieurs de ses films, L'homme du train ayant fait l'objet d'une chronique, comme Conseil de famille, Wanted ou Chacun sa vie. Le dernier est un Claude Lelouch et Mister Hallyday tourna encore avec ce cinéaste dans Salaud, on t'aime. Je suis sûr que je le regarderai un jour parce qu'une amie y fait une apparition ! Je compte aussi rattraper Le spécialiste, western de Sergio Corbucci. Et pourquoi pas Les silences de Johnny ? En 2019, ce documentaire de... Pierre-William Glenn était élogieux pour sa carrière au cinéma. Un art qu'il présentait comme "(son) seul endroit de liberté", paraît-il.

Oui, oui, j'en termine ! Deux choses pour finir...

Une chronique de l'ami Laurent, lui aussi sorti des radars. Et en guise de point final, un long billet de Joss... que je vous laisserai découvrir.

mardi 10 février 2026

Plonger

Je juge parfois que tout a été dit, montré, illustré et même analysé. C'est comme si j'oubliais que l'une des fonctions premières du cinéma est de raconter des histoires. L'un des mérites de Los tigres, un film espagnol sorti en France le 31 décembre, est de nous ouvrir le monde méconnu du port de Huelva et des ouvriers sous-marins. Fa-sci-nant !

Je ne sais pas trop comment ce film a pu arriver jusqu'aux salles françaises, sachant qu'il n'avait attiré qu'à peine 194.582 spectateurs en Espagne. Qu'importe ! Il repose en fait sur trois piliers narratifs et, d'abord, la relation entre Antonio et Estrella, un duo frère-soeur embauché sur un bateau industriel. Leur job: plonger et vérifier l'état des gigantesques cargos en transit ou bien celui des différents tuyaux leur permettant de décharger leurs cargaisons pétrolières. Un boulot éprouvant physiquement, assez mal payé et dangereux. Du bonheur ! Intéressante, la description de ce milieu est le deuxième axe du film. C'est sans doute le plus inattendu et, au final, le plus... "réjouissant".

*** ATTENTION, POSSIBLES SPOILERS ***
Le réalisateur a visiblement tenu à respecter un certain réalisme. Cela ne s'arrête pas là ! Troisième fil conducteur: une sombre histoire dans laquelle Antonio va s'embarquer, pensant régler ses problèmes financiers (liés avant tout au versement d'une pension alimentaire). Estrella, qui rêvait d'autre chose, l'aidera après l'avoir traité d'idiot. Bon... je crois en avoir suffisamment dit sur le scénario lui-même. Los tigres n'est pas un film parfait, mais j'en retiendrai le meilleur. Principaux ou secondaires, ses divers personnages sont bien campés. Mention pour les acteurs-clés, Antonio de la Torre et Bárbara Lennie. La mise en scène n'est pas des plus audacieuses, mais reste efficace. Encore faut-il y croire, bien sûr, mais ç'a heureusement été mon cas ! Je vais donc le redire: tout n'a pas été dit, montré, illustré, analysé...

Los tigres
Film espagnol d'Alberto Rodríguez / 2025

Quatre étoiles un peu arrondies pour un long-métrage convaincant dans ses intentions (même s'il aurait gagné à être un peu "resserré"). Financement oblige, je suppose, on n'est pas à la hauteur d'un Abyss pour la référence aquatique, mais cela reste captivant à mes yeux. Rappel: jusqu'à présent, le réalisateur était surtout connu en France pour un polar, La isla mínima. J'aime davantage ce tout nouvel opus !

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Et après avoir nagé dans d'autres eaux...

J'ai remonté à la surface l'avis de Pascale - moins positif que le mien.

lundi 9 février 2026

Après la crue

Je suppose que vous n'avez pas oublié les très violentes inondations qui ont ravagé la région de Valence, en Espagne, fin octobre 2024. Une même catastrophe était survenue en 1957 et tient lieu de cadre historique au film dont je veux vous parler aujourd'hui: Les disparus. Nous revenons donc au temps du général Franco, alors âgé de 64 ans !

Journaliste franchement opiniâtre, Olvido Granell est l'unique femme de sa rédaction. Sur une intuition, elle mène une enquête de terrain et découvre des cadavres porteurs d'une étrange cicatrice ventrale. Une anomalie signalée au sergent Joaquin Capilliure, le chef-policier chargé de mener les investigations de rigueur à l'abri des regards indiscrets. Contre toute attente, ce flic un peu obtus va coopérer avec la reportrice (en échange d'un petit service, tout de même). Bon... dès cet instant, d'après ce que j'ai lu, certains des spectateurs de ce long-métrage resté inédit en France ont littéralement décroché. Explication: cette entente police-média serait fort invraisemblable. C'est sans doute vrai, mais je voulais tout de même savoir le fin mot de l'histoire. Et, malheureusement, je l'ai trouvé rocambolesque ! C'est dommage, car les acteurs sont plutôt bons et la reconstitution soignée. Mention aussi pour une conclusion (relativement) originale...

Les disparus
(Olvido)
Film espagnol d'Inés Paris / 2023
Une réalisatrice et une héroïne: je n'irai pas jusqu'à parler d'un opus féministe, mais il me plaît de relever cette (double) caractéristique. Pour le reste, j'ai trop de réserves pour être vraiment enthousiaste. L'Espagne a mieux à nous offrir, comme par exemple La isla mínima ou Que Dios nos perdone, côté polars. Mon index "Cinéma du monde" regroupe aussi La colère d'un homme patient, El reino, As bestas...

dimanche 8 février 2026

Dans la grande ville

Lu vit aux États-Unis depuis cinq ans... et cela fait donc cinq ans déjà qu'il n'a vu ni sa femme, ni sa fille, autrement que sur son téléphone. Il va enfin les retrouver et emménager avec elles dans l'appartement que louait l'un de ses amis. Mais le sort s'acharne sur ce jeune papa chinois: son vélo lui a été volé... et il perd donc son emploi de livreur.

Comment s'en sortir dans un pareil cas ? C'est le sujet du premier long d'un jeune cinéaste canadien: Les lumières de New York. Une fiction dont le titre français évoque Chaplin et qui rend compte d'une réalité crue. D'accord... le personnage du titre original n'est pas si chanceux. Aussitôt que nous avons fait sa connaissance, sa situation s'aggrave. Il n'a vite plus d'autre choix que de mentir à sa famille enfin réunie pour au moins "sauver les apparences" avant de trouver une solution. Bonne nouvelle: le film reste constamment à l'écart du misérabilisme dans lequel tant de productions nord-américaines se complaisent. J'ajoute qu'il y a assez de chances que vous reconnaissiez Big Apple. En effet, vous n'apercevrez pas le moindre monument emblématique ! Un choix judicieux du cinéaste: avoir tourné en hiver, sur pellicule. Porté par d'excellents acteurs, le récit se déroule sans fausse note. Jusqu'à un happy end ? Je vais, naturellement, vous laisser en juger...

Les lumières de New York
(Lucky Lu)
Film canado-américain de Llyod Lee Choi / 2025
Je ne vois rien à reprocher à cet opus, d'autant que son jeune auteur signe donc sa toute première réalisation dans ce format. Son culot mérite un éloge pour l'usage du mandarin dans la plus grosse partie des dialogues - ce qui contribue nettement au beau réalisme du film. L'histoire de Souleymane est souvent cité en guise de comparaison. Je ne l'ai pas vu, mais je me "rattrape" avec Le voleur de bicyclette.

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Et si vous voulez pédaler un peu plus loin...

Je vous conseille vivement de prendre la roue de Pascale, désormais.

samedi 7 février 2026

Un peu ailleurs

Est-ce tout simplement parce qu'il est anglais au milieu d'Italiens ? Arthur, le personnage central de La chimère, apparaît en décalage. Sorti de prison, il retrouve des amis tombaroli, du nom donné à ceux qui procèdent à des fouilles clandestines et entretiennent un trafic avec les artéfacts qu'ils mettent au jour. Une délinquance bien réelle !

Sans véritable explication rationnelle, Arthur peut sentir la présence d'espaces vides sous la surface du sol et ainsi repérer les tombeaux étrusques enfouis près de la côte tyrrhénienne, qui feront la fortune de sa bande. Lui que l'on surnomme Inglese n'est pourtant pas cupide. Il espère plutôt le retour d'une dénommée Beniamina, l'une des filles de cette dame âgée à laquelle il rend visite dans une vieille maison envahie par l'eau de pluie. Il y a quelque chose d'irréel dans ce décor de belle facture, tout comme d'ailleurs dans de nombreuses situations du film. Alice Rohrwacher, sa réalisatrice, aime entretenir le mystère. Son travail expose bel et bien une réalité palpable, mais un léger voile la recouvre et, grâce aussi à un montage audacieux, nous fait douter de ce que nous percevons. Arthur va-t-il finir par tomber amoureux de la jeune femme qui lui a été présentée, une servante passionnée par le chant lyrique ? Je vous laisse découvrir cela et vous perdre alors dans les méandres de l'intrigue. Elle suggère que toutes les beautés de ce monde ne sont pas faites pour les yeux des hommes. D'accord...

La chimère
(La chimera)
Film (franco-suisso-)italien d'Alice Rohrwacher / 2023

Présenté aux Festivals de Cannes et Toronto, cet opus est reparti sans prix des deux événements. Cela ne doit pas vous en détourner. Je reconnais que j'avais peut-être pris une courte "marge d'avance" en ayant vu et aimé un autre Rohrwacher: Heureux comme Lazzaro. Apparemment, la cinéaste est assez méconnue dans son propre pays. Bon... je continuerai à m'intéresser à tout ce qui nous arrive d'Italie !

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Et la chimère, dans tout ça ?
C'est évidemment ainsi que l'on peut désigner nos rêves et illusions. Comme vous le savez sûrement, c'est aussi le nom d'une créature monstrueuse - à corps de lion, tête de chèvre... et queue de serpent !

Je ne sais pas si je les regarderai, mais...
Il se trouve que la plateforme d'Arte diffuse actuellement deux films d'Alice Rohrwacher: Corpo celeste (2011) et Les merveilles (2014). L'un et l'autre sont donc disponibles gratuitement et jusqu'à fin mars.

Et sur celui d'aujourd'hui, on ne peut pas en savoir plus ?
Si, si ! Il fait également l'objet d'une chronique chez Pascale et Strum.

jeudi 5 février 2026

Le conquérant

Juin 1494. Christophe Colomb est revenu de son tout premier voyage vers les Amériques. Ce type de grandes expéditions donne à l'Espagne et au Portugal l'idée de signer un traité... pour se partager le monde ! Ce qui n'empêchera Magellan, illustre navigateur portugais, de voguer pour le compte de la couronne espagnole, quelques années plus tard...

Aujourd'hui, Magellan - le film - se penche sur les dernières années de la vie de celui qui est considéré (à tort) comme le premier homme à avoir bouclé un tour complet de la planète via les mers et océans. Derrière la caméra, le Philippin Lav Diaz se souvient que l'explorateur n'est pas revenu de son ultime expédition - il comptait ouvrir une voie nouvelle vers les îles Moluques, un archipel de l'est de l'Indonésie convoité pour ses épices. Le long-métrage s'ouvre en Asie sur l'image d'une femme nue dans une rivière, apparemment en train d'y pêcher. Elle fuit soudain devant des hommes blancs qu'on ne nous montre pas et qu'elle prend pour les êtres dont une prophétie annonçait la venue. Nous voilà aussitôt embarqués pour près de trois heures de plans fixes. Il n'est pas inutile de souligner que cette interminable fresque constitue presque un court-métrage pour l'esthète qui est son auteur. Le seul Lav Diaz que je connaissais dure près de quatre heures dix. Pour ce nouvel ouvrage, le maître du temps préparerait un montage alternatif de neuf heures. Il est déjà allé jusqu'à treize, il me semble !

"J'ai voulu expliquer pourquoi les Philippins sont devenus chrétiens. Comment nous avons été convertis", a expliqué Lav Diaz aux Fiches du Cinéma. Il a aussi souligné avoir failli mourir lors du tournage ! Dans un premier temps, il a passé plusieurs semaines sur le terrain pour avoir ce qu'il appelle "une connexion" avec les lieux. Une façon de faire qui n'est pas propre à Magellan: il procède toujours ainsi. Contrairement aux apparences, il ne disposait que d'un budget limité. "Le résultat final a demandé beaucoup de travail", assure-t-il aussi. La phase de montage fut éprouvante: "À la fin, je vomissais du sang. J'ai mis des mois à m'en remettre". Ce que j'ai découvert en salles n'est assurément pas le grand film épique que j'avais pu imaginer. Certains critiques parlent d'un brûlot anticolonialiste: il y a du vrai. "Majestueux, politique et fabuleux" (La 7ème Obsession) ? Peut-être. Je retiens la belle prestation de Gael García Bernal. L'acteur mexicain n'a pas cinquante ans et peut déjà se targuer d'une grande carrière internationale ! Notez que lui aussi s'est aventuré en terre inconnue...

Magellan
(Magalhães)
Film (hispano-portugo-)philippin de Lav Diaz / 2025
Bon... il me paraît préférable d'être averti de sa nature contemplative avant de se frotter à cet opus cinématographique "au long cours". C'est une chance pour moi que d'y avoir été préparé grâce à Norte. Maintenant, je ne ferai pas mon pain quotidien de ce genre de films ! Par comparaison, 1492 - Christophe Colomb était bien plus animé. Pour l'aventure en mer, autant revoir Kon-Tiki et/ou L'odyssée de Pi.

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Et si vous ne voulez pas naviguer en solitaire...

Vous accepterez sans doute avec joie que Princécranoir monte à bord. Beaucoup d'autres hardis moussaillons sont visiblement restés à quai !

mardi 3 février 2026

Abandonnés

Il parlait de Hark Bohm, son ami, comme d'un "conteur hors-pair". Cinéaste comme lui, de 34 ans plus jeune, Fatih Akin est resté seul pour travailler sur Une enfance allemande - Île d'Amrum, 1945. Bohm aurait dû le réaliser en reconstituant ses souvenirs de jeunesse. Las ! Sa mort en novembre a aussi privé Akin d'un bon coscénariste...

Il faut se réjouir que ledit metteur en scène, né dans une famille turque, n'ait pas renoncé à adapter le roman de son vieux camarade. L'histoire qui nous est narrée nous conduit sur une petite île de la mer du Nord, aux derniers jours de la guerre. L'avancée des troupes soviétiques vient de pousser Adolf Hitler au suicide dans son bunker berlinois. Le Reich s'effondre, laissant derrière lui un pays en cendres et une population qui ne comprend pas que son Führer l'a abandonnée. C'est d'autant plus net sur Amrum, territoire presque coupé du monde réel, mais que ses diverses vicissitudes n'épargnent pas pour autant. Nous le parcourons avec le jeune Nanning, enfant d'un théoricien nazi fait prisonnier par les Anglais. Enceinte, sa mère survit dans le déni absolu des difficultés du moment et refuse totalement de s'alimenter tant qu'on ne lui rapportera pas du pain blanc, du beurre et du miel ! L'école du môme a fermé: il fait donc tout pour répondre aux attentes de sa génitrice et éviter ainsi qu'elle le considère comme un lâche. Une enfance allemande... n'épargnera donc pas les âmes innocentes.

Je veux insister sur un point: c'est un film d'une grande beauté. Quelques scènes saisies au bord de la mer ou sur un estran aux sables mouvants sont une absolue merveille (et la nuit les sublime encore). J'imagine que les équipes ont tout donné de leur magnifique talent pour nous offrir l'impression d'être à 100% immergés dans le décor. Exemple flagrant: les évolutions de la lumière et les sons de la nature sont ainsi restitués de la plus belle des manières. Il paraît évident qu'Une enfance allemande... a bel et bien été conçu pour l'écran géant et tout l'équipement technique des meilleures salles de cinéma. Les splendeurs de sa forme ont pour ainsi dire l'immense mérite d'adoucir un propos qui témoigne, lui, de réalités tout à fait brutales. Cela nous permettra de mieux envisager le futur des personnages. D'imaginer dès lors que certains seront rattrapés par leur passé. Bonne nouvelle: le récit reste à l'écart du pathos et du manichéisme. Le recul de l'histoire nous permet de voir les choses comme elles sont. 80 ans après, voilà une chance qu'il est vraiment intelligent de saisir !

Une enfance allemande - Île d'Amrum, 1945
(Amrum)
Film allemand de Fatih Akin / 2025
Vous m'arrêterez si je me trompe: il me semble que les vainqueurs apparaissent plus souvent à l'écran que les vaincus. On pourrait dire que le long-métrage d'aujourd'hui rétablit donc une forme d'équilibre. Dans un autre registre, c'était le cas de Hinterland, polar autrichien qui avait ouvert mon année 2023 au cinéma. La mémoire de la Shoah reste vive dans de nombreux films, dont le terrible Phoenix -  à voir !

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Envie d'en savoir plus sur Amrum ?

Vous verrez: Pascale et Dasola ont fait ce lointain voyage, elles aussi.

lundi 2 février 2026

Gibson-mania

La moitié - 18 sur 35 - des films de cinéma dans lesquels il a joué dépasse, en France, le cap symbolique du million d'entrées en salles. Mel Gibson vient d'avoir 70 ans et c'est en réalité un peu par hasard que je l'ai retrouvé pour démarrer 2026. J'ai même choisi de bisser avec un "classique" de mon adolescence... et une production récente !

L'arme fatale 2 (Lethal weapon 2)
Film américain de Richard Donner / 1989
J'ai passé une soirée chez un ami d'enfance, lancé dans le visionnage des titres emblématiques des eighties, et revu avec lui cette suite sans avoir pu la relier au premier volet (la saga en compte quatre). C'est avec plaisir que j'ai retrouvé les inspecteurs Riggs et Murtaugh lancés dans une longue course-poursuite contre des narcotrafiquants. Je me souvenais aussi que les méchants étaient des diplomates sud-africains - l'apartheid étant encore en vigueur à Johannesbourg. Aujourd'hui, je me dis d'ailleurs que plus personne aux États-Unis n'oserait parler ainsi d'un pays étranger et du suprémacisme blanc. Donald Trump exigerait sans doute des excuses de la production ! Quoi qu'il en soit, j'ai passé un bon moment devant ce buddy movie référentiel... et il ne me déplairait donc pas de revoir les trois autres. Attention: cet épisode 2 peut parfois s'avérer extrêmement violent. Mais, dans mon souvenir, bien moins sombre que son prédécesseur...

Monster summer
Film américain de David Henrie / 2024
35 ans plus tard, revoilà Mel dans un film d'horreur pour adolescents ! Euh... je n'en avais jamais entendu parler avant de chercher "Gibson" dans le moteur de recherches de ma plateforme VOD (Ciné+ OCS). L'histoire se passe sur une petite île. D'étranges phénomènes inexpliqués plongent plusieurs garçons et une fille dans une torpeur totale, les privant presque complètement de l'usage de la parole. D'après certaines rumeurs, ce serait le résultat de l'action maléfique d'une sorcière à visage humain, bien planquée dans les environs. Jeune apprenti-reporter, Noah embarque alors ses amis à la recherche de la vérité et, ce faisant, fait également la connaissance d'un ex-flic resté à l'écart du commun des mortels - incarné par Qui-Vous-Savez. Alors ? Alors, c'est pas mal, mais je ne crois pas faire partie du public visé. Il m'aurait mieux convenu il y a une grosse trentaine d'années ! OK, bon... je reste indulgent pour un réalisateur inconnu, né en 1989.

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Et vous, alors ? Vous êtes toujours Gibson-compatible ?

L'acteur s'était fait remarquer pour des positions plus qu'ambiguës après la réalisation de son film La passion du Christ (sorti en 2004). Alors taxé d'antisémitisme, il fut très vite chassé des cénacles hollywoodiens et je n'ai pas l'impression qu'il y soit vraiment revenu...

NB: plusieurs autres de ses films sont sur les Bobines...

- Mad Max / George Miller / 1979,
- Gallipoli / Peter Weir / 1981,
- Comme un oiseau sur la branche / John Badham / 1990,
- Forever young / Steve Miner / 1992,
- Maverick / Richard Donner / 1994,
- Signes / M. Night Shyamalan / 2002,
- Le complexe du castor / Jodie Foster / 2011,
+ la voix du coq de Chicken run (Nick Park et Peter Lord / 2000).