vendredi 19 avril 2024

À la gloire de Bob

Faut-il toujours se méfier des biopics ? Je vous pose cette question après avoir vu Bob Marley : One Love, qui propose un portrait filmé de l'artiste jamaïcain, mort d'un cancer à 36 ans, le 11 mai 1981. Produit par son ex-femme et plusieurs de ses fils, ce long-métrage prend apparemment quelques libertés historiques. Ce que j'accepte...

Je ne suis pas un grand fan du reggae, mais j'ai encore le CD Best of de Bob Marley que j'écoutais régulièrement quand j'étais étudiant. Cela me ramène donc au cours de la deuxième moitié des années 90. J'avais compris que le chanteur prônait l'égalité de tous les êtres humains, tout en étant l'un des premiers à avoir connu un vrai succès international après des débuts dans ce que nous autres Français appelions encore un "pays du tiers-monde". Et j'en étais resté là ! Résultat: ce n'est qu'avec Bob Marley : One Love que j'ai une vision de la Jamaïque de la fin des années 70, dans toute sa complexité. Celle d'un pays abandonné par les Anglais et au bord de la guerre civile. Un pays que ce cher Bob quittera bientôt pour sauver sa peau. Vous le saviez, vous, que sa femme, ses amis et lui avaient échappé de peu à des compatriotes exaltés venus chez eux pour les flinguer ? Tout est dans le film (ou sur la page Wikipédia). C'est assez édifiant !

Je vais être prudent et vous encourager à l'être: certaines questions restent en suspens ou font encore polémique près de 40 ans plus tard. Tournage hollywoodien oblige, les zones d'ombre du sieur Marley n'apparaissent que très brièvement: le descriptif de sa personnalité complexe est donc largement simplifié et sans doute (trop) flatteur. Mais qu'importe: il est aussi largement musical et j'ai trouvé agréable de replacer les chansons de la bande originale dans leur contexte historique. Bob Marley : One Love témoigne aussi des difficultés qu'un groupe peut traverser pour garder son unité: c'est passionnant. Et, autre bonne nouvelle: les scènes de concerts ou de répétitions s'avèrent relativement réussies - ou je dirais crédibles, en tout cas. Voilà un film que j'ai dans l'ensemble apprécié, malgré ses défauts indéniables... et mon impossibilité d'en profiter en version originale. Désormais, je vais essayer de remettre la main sur mon vieil album...

Bob Marley : One Love
Film américain de Reinaldo Marcus Green (2024)

Même revu et corrigé par quelques-uns des membres de la famille survivante, ce long-métrage "à la gloire de" reste agréable à regarder jusqu'au bout (et à entendre, bien sûr, grâce à pas mal de tubes). Dans le même genre, Bohemian Rhapsody - un peu lissé également - pourrait plaire aux amoureux de la musique de Queen. Mon opus préféré, d'un point de vue général ? Control, consacré à Joy Division !

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Une ultime précision...

Le film présente également Bob Marley comme un grand mystique. Une opportunité d'un peu mieux appréhender le mouvement rastafari.

mercredi 17 avril 2024

Profondeur(s)

Je ne voudrais pas écrire de bêtises, mais il me semble très plausible que les films d'animation présentés dans les salles de l'Hexagone viennent principalement des États-Unis, du Japon et de France. D'ailleurs, rares sont ceux que je chronique, originaires d'autres pays. Ce sera cependant le cas aujourd'hui, avec Le royaume des abysses !

Sept longues années de travail ont été nécessaires pour la production de ce film chinois, reparti bredouille du dernier Festival d'Annecy. Nous y rencontrons Shenxiu, une fillette de dix ans que la séparation de ses parents rend malheureuse (je vous épargne les détails). Profondément meurtrie, la gamine ne profite guère de la croisière organisée par son père pour son anniversaire, autour de sa famille reconstituée. Une tempête la propulsera finalement dans un monde sous-marin proche de celui des livres que lui lisait sa maman. L'occasion de la retrouver enfin, peut-être ? Le royaume des abysses part en tout cas dans cette direction et poursuit aussi d'autres caps avec son chef-cuisinier fantasque et ses dizaines de clients-poissons constamment affamés. Bien des surprises nous attendent par la suite.

Les images fixes ne suffisent pas pour mesurer à quel point l'univers dans lequel le film nous immerge est tourbillonnant et ultra-coloré. Cette virtuosité technique associe images de synthèse 3D et peinture animée. Pour le dire vite, vous ne verrez pas cela tous les jours ! Attention: ainsi que je l'ai lu après coup, cet intéressant parti pris graphique peut parfois paraître un peu "étouffant" face à un récit complexe et dont certains codes, asiatiques, nous échappent. Exemple: il est question d'un Fantôme Rouge visiblement malfaisant pour Shenxiu, mais ce qu'il est en réalité demeure assez mystérieux. Autant, dès lors, se laisser emporter par Le royaume des abysses sans chercher à tout comprendre (ou bien même à tout percevoir). Sur grand écran, c'est en premier lieu une expérience fascinante ! J'imagine qu'elle est accessible aux plus jeunes, à partir de 13-14 ans. Cela dit, à 21h20, mes voisins de fauteuil en avaient une vingtaine...

Le royaume des abysses
Film chinois de Tian Xiaopeng (2023)

Une bonne surprise que ce film que je n'avais pas du tout vu venir ! Sa "mignonnitude" dissimule un sujet vraiment sensible et difficile pour les très jeunes enfants, à mon humble avis. Les autres ? Go ! Dépités, certains critiques ont pointé une (trop ?) nette ressemblance avec le style de Hayao Miyazaki en général et Le voyage de Chihiro en particulier. Ce n'est pas faux, mais cela m'a paru très acceptable...

lundi 15 avril 2024

D'humeur et d'amour

Un jour, l'euphorie. Le lendemain, une dépression profonde. Un yo-yo constant entre les émotions les plus joyeuses et les plus accablantes. C'est ainsi, je crois, qu'on caractérise la bipolarité, que les médecins désignaient auparavant sous le terme "psychose maniaco-dépressive". Un trouble placé au coeur d'un film sorti en mars: La vie de ma mère.

Pierre, la trentaine, commence à s'en tirer comme fleuriste. On sent qu'il aime son métier, mais aussi qu'il est vraiment très intransigeant avec lui-même. D'où cette sensation qu'il pourrait finir par exploser. Ce matin, par exemple, lorsque sa grand-mère l'appelle en urgence. Judith, la mère de Pierre, s'est échappée de la clinique psychiatrique où elle était internée. Le jeune homme n'a dès lors pas d'autre choix que de venir la retrouver, de la voir souffrir et de la raccompagner auprès de ses soignants - qu'elle ne veut plus voir, bien entendu. Autant le dire: La vie de ma mère commence comme une comédie légère, mais adopte très vite un ton sérieux et plutôt dramatique. Comment vous dire ? Malgré quelques longueurs, ce film m'a cueilli. Lui aussi parie sur l'ascenseur émotionnel, oui ! C'est ce qui m'a plu...

Pour la première photo, j'ai choisi Agnès Jaoui et William Lebghil. Sauf erreur de ma part, le duo est inédit. Il fonctionne bien. Visiblement très investie, la comédienne semble parfois très proche du cabotinage, mais le contrepoint qu'apporte alors son partenaire leur permet à tous les deux (et au film) de trouver un bon équilibre. Cette justesse émane aussi, sans aucun doute, des personnages secondaires, ainsi que de leurs différents interprètes, évidemment. Alison Wheeler - sur la deuxième photo - ne m'a guère convaincu jusqu'ici dans le registre de l'humour, mais je l'ai trouvée touchante dans La vie de ma mère. Je réserve une mention spéciale également pour Salif Cissé et Rosita Dadoun Fernandez, que je découvre juste. Joliment récompensée d'un Prix des lycéens au Festival de Royan l'année dernière, puis d'un Prix du public à Angoulème, cette histoire n'a jamais vraiment su décoller des tréfonds du box-office français. Et c'est vrai aussi que j'ai lu au moins une très mauvaise critique ! Dommage: je vous assure qu'elle ne mérite pas de passer inaperçue...

La vie de ma mère
Film français de Julien Carpentier (2024)

Ce film nous dit qu'il est difficile, mais possible d'aimer les gens assez pour les comprendre et ne plus les juger. Et c'est... réconfortant ! Après, naturellement, vous n'avez pas forcément besoin (et/ou envie) que le cinéma vous le dise pour le savoir. Je suggère tout de même d'autres films tendres et durs à la fois: Une femme sous influence, Take shelter et En attendant Bojangles. Si vous en voyez d'autres...

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Un petit mot encore...

Je souhaite dédier ce texte à la mémoire de ma grand-mère maternelle - une femme formidable qui aurait eu 96 ans aujourd'hui...

samedi 13 avril 2024

Le génie tourmenté

C'est dingue: de son oeuvre la plus illustre, Maurice Ravel (1875-1937) affirmait qu'elle était "vide de musique". Près d'un siècle est passé depuis sa composition: le fameux Bolero est revenu à mes oreilles grâce au cinéma - et autour d'un film du même nom. Il faut ajouter que la réalisatrice dit avoir réalisé et assumer "une adaptation libre" !

Malgré plusieurs échecs au Prix de Rome, Ravel jouit d'une réputation flatteuse quand son amie Ida Rubinstein, une danseuse et mécène russe installée à Paris, lui passe commande d'un "ballet de caractère espagnol". Seul problème: le musicien connaît une panne d'inspiration et sa bienfaitrice risque de faire appel à un autre (Igor Stravinsky ?). Bolero - et mon image ci-dessus - le montrent un peu plus à son aise en d'autres circonstances, chez lui ou au bordel, où les prostituées s'étonneraient presque de le voir si peu entreprenant avec elles. Maurice et son lien aux femmes: voilà un très vaste sujet que le film traite avec délicatesse et en ne sacrifiant pas son indéniable beauté formelle. Cinq grandes actrices prêtent leurs traits à ces inspiratrices discrètes et pourtant essentielles: Jeanne Balibar, Emmanuelle Devos, Sophie Guillemin, Doria Tillier et Anne Alvaro, toutes remarquables. Dans le rôle principal, Raphaël Personnaz n'a de fait rien à leur envier.

Je ne m'étendrai guère sur les rôles masculins, sinon pour souligner que j'ai pris plaisir à retrouver Vincent Perez, moins en vue désormais qu'à l'époque où je l'ai connu - le tout début de la décennie 1990. Formellement, je l'ai dit et le répète: Bolero est une vraie réussite. Sans surprise, la partition y a une place importante, mais je précise que l'image, elle aussi, recrée la Belle Époque de façon convaincante et admirable. Nous y découvrons dès lors la personnalité d'un génie réputé dans le monde entier, mais constamment rongé par le doute. Au passage, j'ai appris beaucoup de choses sur sa difficile fin de vie et ainsi apprécié qu'elle soit abordée sans grandiloquence esthétique. "Rien n'est jamais appuyé", a justement indiqué Raphaël Personnaz. D'après lui, c'est la conséquence d'une bonne entente de la réalisatrice avec Christophe Beaucarne, son très talentueux directeur de la photo. Je suis donc ressorti du cinéma avec l'envie d'écouter de la musique...

Bolero
Film français d'Anne Fontaine (2024)

Il y a suffisamment de belles choses dans ce film pour que je reste sourd à ceux qui le trouvent trop éloigné de son personnage central. Ce n'est pas tous les jours que le cinéma produit un opus aussi fort que le génial Amadeus, Tous les matins du monde ou même Shine. Peut-être faudrait-il qu'il focalise avant tout sur la dimension sonore ! Je reste à l'écoute de vos conseils pour d'autres films du même genre.

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Et à ce propos... avec ou sans accent ?

J'ai choisi d'écrire Bolero avec un E non-accenté... tout comme Ravel le faisait dans toute sa correspondance privée et ses manuscrits. Wikipédia indique toutefois que, dès sa création, l'oeuvre a été citée, affichée, gravée et enregistrée indifféremment avec les deux formes.

Vous préférez en rester à la musique ?
Je comprends bien et vous recommande de lire aussi l'avis de Pascale. Sans oublier notre ami Princécranoir, auteur d'une chronique inspirée.

jeudi 11 avril 2024

De la justice

Ils se sont déroulés du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Intentés par les puissances alliées, les fameux procès de Nuremberg ont notamment permis de juger et de condamner 24 des chefs nazis encore en vie - je vous rappelle qu'Adolf Hitler, lui, s'était suicidé. Après cet épisode, l'Allemagne voulut presque... passer à autre chose.

Oublier enfin les bourreaux d'hier et les laisser vivre une seconde vie ordinaire: à l'Ouest, ce fut longtemps la politique de la République fédérale bâtie, dès 1949, sur les cendres du Reich. Adapté du roman éponyme de Ferdinand von Schirach, le petit-fils de Baldur, ex-chef des Jeunesses hitlériennes, L'affaire Collini évoque ce sujet sensible. Le scénario tourne autour du procès - criminel - d'un septuagénaire italien, poursuivi pour avoir froidement abattu un grand capitaine d'industrie allemand. Précision importante: il s'agit bien d'une fiction !

Gare: l'affiche du film en dit BEAUCOUP trop sur ce qu'il va raconter. En réalité, il ne sera révélé qu'au compte-gouttes: cet honnête film judiciaire parie sur une forme de suspense pour nous tenir en haleine. Avec notamment un étonnant Franco Nero (78 ans) et le jeune acteur autrichien Elyas M'Barek, il peut compter sur une troupe impliquée. Mais la forme, elle, n'est pas vraiment "à la hauteur": entrecoupées de flashbacks assez maladroits, les scènes finales les plus poignantes perdent en intensité dramatique, au profit d'un manichéisme pataud. C'est dommage, je trouve: il y avait mieux à faire d'un tel récit. Reste à saluer la belle démarche d'un cinéaste allemand, né en 1977...

L'affaire Collini
Film allemand de Marco Kreuzpaintner (2019)

Une note sévère pour ce qui reste une déception d'ordre technique. Car, vraiment, je regrette que la mise en images affadisse un temps important de l'histoire européenne, en minorant de ce fait sa portée. Bref... sans même reparler de La zone d'intérêt, je considère un film comme Le labyrinthe du silence bien plus percutant sur ce thème. Et, au côté des victimes, Phoenix et Les leçons persanes s'imposent.

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Un autre avis pourrait vous intéresser ?

Oui ? Très bien: vous pouvez dès lors compter sur notre amie Pascale.

lundi 8 avril 2024

La guerre des sables

Évacuons la question: oui, il y aura un épisode 3 de la saga Dune. Denis Villeneuve, qui comptait d'emblée tirer trois films des romans de Frank Herbert, l'a confirmé récemment dans une émission télé. Aucune date n'a toutefois été révélée: ce pourrait être 2026 ou 2027. De quoi me laisser le temps de lire l'intégrale des six bouquins, tiens !

D'abord, il faut que je vous parle de Dune - Deuxième partie, la suite du premier volet sorti en France à la toute fin de l'été 2021. Le cadre reste inchangé et nous revoilà sur la planète Arakkis, un grand désert qui abrite cependant la plus riche des matières premières: l'Épice. Très vaste, l'univers connu, lui, est dirigé par un empereur versatile et vieillissant: Padishah Shaddam IV a déclenché une terrible guerre entre deux familles nobles, inquiet qu'il était de la concurrence possible de l'un de ses vassaux - le très charismatique Léto Atréides. Sur ma première image, vous aurez peut-être reconnu Paul, son fils. Presque tous ses proches ont été massacrés lors d'une attaque sournoise des troupes de l'empereur et de ses affidés, les Harkonnen. L'héritier a trouvé refuge au beau milieu des vastes étendues de sable et parmi les Fremen, un peuple autochtone qui se bat pour être libre. D'aucuns voient en lui le prophète annoncé par une vieille prophétie...
 
Vous aimez la science-fiction et les grands conflits intergalactiques menés par d'immenses légions de soldats ? Parfait: vous serez servis. Copieusement: Dune - Deuxième partie dure presque trois heures. Non sans une certaine audace, je dirais néanmoins qu'il m'a marqué comme grand film politique, plus que comme blockbuster d'action. Concrètement, cela veut dire qu'il est bavard: la densité des dialogues me laisse penser qu'il est plutôt respectueux de sa source littéraire (tout en prenant quelques libertés, d'après ce que je peux en savoir). Rassurez-vous: cela reste malgré tout très accessible aux profanes. Sur grand écran, l'immersion dans cet univers s'opère sans difficulté aucune. Le prestigieux casting embarqué dans l'aventure est un guide précieux au coeur d'un décor qui peut parfois en rappeler d'autres. Jamais je ne me suis senti totalement perdu: ce n'est pas plus mal. Oui, le film s'inscrit clairement dans la lignée de celui qui a précédé...

Le scénario est assez prévisible, c'est vrai, et devoir attendre deux ou trois ans pour en connaître la conclusion n'est pas très réjouissant. Cela dit, j'estime qu'un film de ce type est "taillé pour le cinéma". Préférer le regarder sur petit écran semble pour moi inconcevable. Une fois n'est pas coutume: je suis allé voir Dune - Deuxième partie dans une salle IMAX pour profiter au mieux de sa (superbe) direction artistique. Je me souvenais pourtant du côté assourdissant du film sorti il y a deux ans et demi. Sa suite m'a paru un peu plus calme. Résultat: j'ai pleinement profité de ses - magnifiques - images. J'apprécie par ailleurs, et à sa juste valeur, le fait que la caméra s'agite moins que dans tant d'autres longs-métrages du même genre. Les plans sont lisibles et les enjeux parfaitement compréhensibles. Fidèle à ses bonnes habitudes, Denis Villeneuve soigne la forme. Merci à lui, qui a l'air solidement ancré dans le monde hollywoodien...

Je suis désormais curieux de voir comment ses personnages féminins vont encore pouvoir évoluer. À ce stade, deux d'entre elles m'apparaissent amenées à jouer un rôle décisif lors des événements futurs. Ce devrait bien être le cas de Dame Jessica, la mère de Paul, devenue la prêtresse d'un culte émergent organisé autour de son fils. En images, je vous montre aussi Chani, la femme du peuple Fremen dont le dernier Atréides s'est épris, pour le meilleur ou pour le pire. Mais pas question ici de tout révéler sur Dune - Deuxième partie. J'espère simplement vous mettre l'eau à la bouche, en vous précisant que ce ne sera certainement pas mon film préféré de l'année 2024. Disons qu'il m'a offert ce que j'attendais de lui: du grand spectacle. Par la suite, il sera pertinent d'évaluer la trilogie dans son ensemble. Quand un récit se dévoile au compte-gouttes, il n'est jamais inutile d'être patient. Et pas interdit de s'en saisir par la lecture, en priorité !

Dune - Deuxième partie
Film canado-américain de Denis Villeneuve (2024)

Je suis content de l'avoir vu dans d'excellentes conditions: je rêve qu'il en soit toujours ainsi dans les salles obscures (oui, mais bon...). C'est ce que j'appelle de la SF adulte, plus âpre et complexe que celle de l'univers Star wars. Je dois admettre aussi que Denis Villeneuve m'intéresse davantage avec Premier contact ou Blade runner 2049. Reste qu'à 56 ans, le Québécois est vraiment un cinéaste qui compte !

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Besoin d'avis multiples pour vous en convaincre ?

Vous pourrez en lire d'autres chez Strum, Princécranoir et Benjamin.

vendredi 5 avril 2024

Des faits à établir

Il était temps ! Oui, après de longues années à tourner autour, l'heure était venue d'enfin voir Les hommes du président, grande référence du thriller politique à l'américaine, quatrième du box-office US 1976. Un film (un peu) tombé dans l'oubli, j'ai l'impression: c'est dommage. Le duo Robert Redford/Dustin Hoffman mérite bien votre attention...

Bob Woodward est un jeune journaliste du célèbre Washington Post. Carl Bernstein y travaille également et a davantage d'expérience. D'abord rivales, les deux plumes s'allient néanmoins pour une enquête commune: elles veulent comprendre pourquoi trois ressortissants cubains et deux Américains se sont introduits de nuit dans l'immeuble qui accueille le siège du Parti démocrate - nous sommes en juin 1972. L'histoire est connue: ils voulaient installer des micros pour espionner les rivaux du président d'alors, Richard Nixon, en passe d'être réélu. L'affaire dite du Watergate l'empêchera de finir son second mandat. Dans Les hommes du président, la révélation de ce scandale majeur m'a paru moins importante que la description du fonctionnement d'une rédaction, avec ses libertés, ses contraintes et son rythme propre, souvent en décalage avec celui de ses divers interlocuteurs. Très bien filmé et parfaitement documenté, le film a l'intelligence d'éviter de tout raconter en détails et utilise des images d'archives pour appuyer son propos. D'archives encore récentes, naturellement...

Les hommes du président
Film américain d'Alan J. Pakula (1976)

Voir (ou revoir) cet opus en 2024, à l'aube d'un nouveau duel électoral entre Joe Biden et Donald Trump... c'est vraiment très intéressant. J'aime quand l'Amérique se regarde en face - et presque en direct ! Rappel: Steven Spielberg parle aussi du Post dans Pentagon papers. Bon... Conversation secrète et Blow out restent des incontournables si vous explorez la paranoïa du cinéma américain des années 70/80...

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Quelques infos en bonus...
J'ai cité Robert Redford et Dustin Hoffman: très masculin, le casting bénéficie également de l'apport du très bon Jason Robards, oscarisé pour le rôle de Ben Bradlee, le rédacteur-en-chef. Trois statuettes supplémentaires récompensèrent le film: celles du meilleur scénario adapté, de la meilleure direction artistique et du meilleur son. Bravo !

Vous aimeriez en savoir davantage ?
Il me faut donc vous conseiller de lire aussi la chronique de Benjamin.

mardi 2 avril 2024

Une sainte ?

Deux autres personnes seules et moi: en tout, nous n'étions que trois dans la salle pour voir Holly - un film récent qui porte le même titre que le tout dernier roman de Stephen King, par un drôle de hasard ! J'avoue: j'ai oublié ce qui m'a attiré vers ce long-métrage d'origine belge (flamande). Le côté mystérieux de la bande-annonce, je crois...

Holly, c'est également le prénom de l'héroïne du film, une adolescente introvertie constamment moquée par ses camarades de classe. Jusqu'au matin où, mal à l'aise, elle explique craindre une catastrophe et renonce à aller en cours. Or, le même jour, dix jeunes périssent dans l'incendie d'une partie de l'établissement où Holly est scolarisée. Puis, dix mois plus tard, la demoiselle s'engage dans une action bénévole auprès de leurs parents... et, en cette occasion, se révèle capable de soulager la souffrance de quelqu'un rien qu'en le touchant. Vous l'aurez compris: Holly - le film - s'inscrit dans un cadre réaliste et, dans le même temps, nous raconte une histoire où le fantastique prend une place importante. Et oui, ce "mélange des genres" m'a plu ! De telles oeuvres hybrides me semblent assez rares sur grand écran...

Autre atout pour le film: les comédiens débutants de son casting. Dans le rôle-titre, la jeune Cathalina Geeraerts est très convaincante. Ses partenaires de jeu - que je vous laisse découvrir - le sont aussi. Une précision, tout de même: Holly n'est pas un film confortable. Certains critiques lui reprochent de traiter trop de sujets sensibles dans le même élan: au-delà de l'inadaptation scolaire du personnage principal, le film peut notamment nous interroger sur notre manière d'envisager le handicap, la crise migratoire, les relations humaines dominants/dominés et la question de la croyance. Ça fait beaucoup ! Mais je vois cela comme une forme de richesse: à chacun(e) ensuite de prendre ce qui l'intéresse et de laisser le reste, tout simplement. Je n'ai pas pu en rediscuter avec mes voisins de fauteuil. Dommage...

Holly
Film belge de Fien Troch (2023)

Le cinquième long-métrage d'une cinéaste que je ne connaissais pas et qui, passée par la Mostra, a notamment été soutenue par Les films du fleuve, la boîte de prod' des frères Jean-Pierre et Luc Dardenne. Eux ont évoqué un autre jeune en souffrance dans Le gamin au vélo. Bon... ici, on est plutôt dans une ambiance à la Carrie ou Thelma ! Mais sans aller jusqu'à Virgin suicides - un parallèle vu sur Internet...

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Si vous êtes curieux...

Vous lirez aussi la chronique de Pascale, qui n'a guère aimé le film. Mais elle émet une hypothèse très surprenante quant à sa conclusion !

dimanche 31 mars 2024

Pour la blague...

"Il nous faudrait un plus gros bateau"... Ah bon ? Vous êtes sûrs ? Oups ! C'est chaque année (ou presque) la même chose: à l'approche du premier avril, je me demande s'il est franchement raisonnable d'écrire une chronique d'entrée dans le deuxième trimestre, au risque qu'elle passe pour une grosse blague. Cette fois, je vais m'abstenir ! Vous devrez vous contenter de cette image - (c) Le monde de Dory. Néanmoins, si quelqu'un vous a fait croire à un énôôôôôrme canular lié au cinéma, je serais très content que vous partagiez cette histoire dans la section des commentaires - même en témoignage anonyme. Sur ces bonnes paroles, je m'éclipse jusqu'à mardi midi. À très vite...

vendredi 29 mars 2024

Sa vie à lui

Tom, ado en panne de croissance, entre au lycée la peur au ventre. Malgré les conseils de Léo, son grand frère, il affiche un visage fébrile et, aussitôt, attire les moqueries de garçons de sa classe. Comment gagner le respect des autres ? C'est la - bonne - question que pose Un vrai bonhomme. Un film réaliste, mais pas seulement...

Il y a aussi une dimension fantastique dans cette histoire de solidarité fraternelle. Laquelle ? Je ne vous le révélerai pas. Je souligne simplement que l'épanouissement de Léo devra sans nul doute passer par une certaine prise de distance avec son aîné. Ce que le scénario construit habilement, en misant aussi sur une forme de crescendo émotionnel. Bonus: le casting d'Un vrai bonhomme est im-pe-ccable !
 
Sur la photo, vous aurez peut-être reconnu l'excellent Benjamin Voisin dans le rôle de Léo. À droite, en blanc, Thomas Guy joue les doutes existentiels de Tom avec beaucoup de justesse: à 19 ans, chapeau ! Et je n'oublie pas de saluer les très belles prestations des rôles secondaires: bravo, donc, à Tasnim Jamlaoui et Nils Othenin-Girard. Vous ne les connaissez pas ? Je les ai découverts... et j'ai pris plaisir à retrouver Isabelle Carré et Laurent Lucas, bien plus expérimentés. Résultat: n'étant plus directement confronté aux problématiques soulevées dans le film, je me suis malgré tout senti "concerné". Il est difficile, à vrai dire, d'émettre un bémol sur cette histoire intéressante et joliment racontée. Je reste donc sur cet avis positif. Et selon moi, il y a là un cinéma français qui mérite d'être encouragé !

Un vrai bonhomme
Film français de Benjamin Parent (2020)

J'ai vraiment apprécié la délicatesse avec laquelle ce long-métrage aborde les tourments de l'adolescence, amplifiés ici d'un mal-être profond lié à autre chose (n'insistez pas: je ne vous dirai pas quoi !). Une critique que j'ai lue dresse un parallèle effectivement possible avec Le monde de Charlie - dont je ne me souviens guère, en fait. Avec Benjamin Voisin toujours, je suggère La dernière vie de Simon.

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Une précision...
C'est le premier long-métrage de Benjamin Parent, crédité également pour le scénario. Il avait déjà cosigné celui de Mon inconnue (2019).

Et si vous voulez retrouver le film du jour...
J'ajoute juste qu'il a fait l'objet de chroniques chez Pascale et Dasola.

mercredi 27 mars 2024

Un froid constant

Je n'aime pas la neige, mais je lui trouve un fort potentiel esthétique au cinéma. C'est elle qui a attiré mon regard vers l'affiche d'un film inédit dans les salles obscures de France: Les disparues de Valan. Âmes sensibles, fuyez donc tant qu'il en est encore temps: ce thriller hongrois est d'une noirceur redoutable (et sans concession, je dirais).

Péter, flic roumain, vient de démanteler un réseau de prostitution organisé autour de très jeunes filles. Cette opération policière réussie ne lui procure aucune joie réelle: l'efficace et courageux enquêteur garde en lui le traumatisme de la disparition de sa soeur, trente ans auparavant, quand elle et lui étaient encore de jeunes adolescents. Question: ce sombre passé ressurgira-t-il ? Le film vous répondra. J'insiste pour dire qu'il faut le réserver à un public adulte et averti. Entrant dans cette catégorie, j'ai plutôt apprécié cette ambiance poisseuse, écho à l'écran d'une mise en scène "aux petits oignons". Avec en prime un héros du genre borderline, j'ai presque été comblé. Presque, oui: je ne me formalise certes pas pour les invraisemblances du récit, mais déplore d'avoir vite su identifier l'affreux psychopathe caché parmi les personnages. Peut-être suis-je trop exigeant, en fait. Si vous avez l'occasion de voir Les disparues de Valan, dites-le moi !

Les disparues de Valan
Film hongrois de Béla Bagota (2019)

Je ne sais pas pourquoi ce film hongrois se passe en Roumanie. Faute d'avoir cherché une explication, je répète que son atmosphère cauchemardesque compte beaucoup dans ma note, dans une logique assez proche de celle que j'avais suivie pour évoquer Les Ardennes. Bon... on n'est pas dans un Seven ou un Memories of murder, hein ? Il manque un peu de fond, mon film d'aujourd'hui. Et oui, je l'assume !
 
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Une précision historico-géographique...

Ne cherchez pas: comme le Fargo des frères Coen, la ville de Valan n'existe pas. En revanche, le film fait directement référence au passé de la Roumanie. Et cite l'ex-dictateur Nicolae Ceausescu (1918-1989).

lundi 25 mars 2024

Son nom est Tong

J'avais pour ainsi dire "zappé" l'existence de Dreamworks Pictures. Depuis bientôt trente ans, le grand studio américain du fameux trio formé par Steven Spielberg, Jeffrey Katzenberg et David Geffen s'illustre avec des films d'animation, ainsi qu'avec d'autres en images réelles. Je viens juste d'en découvrir un: Le smoking, sorti en 2002...

Jackie Chan, alors âgé de 48 ans, y incarne Jimmy Tong, un chauffeur de taxi à New York, très efficace pour se sortir des bouchons XXL lorsque l'un de ses clients l'exige. Un beau jour, des conditions salariales astronomiques le convainquent de devenir le conducteur attitré d'un dénommé Clark Devlin, industriel millionnaire de son état. Surprise: ce charismatique personnage est par ailleurs agent secret. Jimmy l'apprendra soudain quand son patron sera grièvement blessé lors d'une attaque en pleine rue. Ni une ni deux, il endossera l'habit ultra-chic de ceux qui ont pour mission de sauver le monde libre. Encore heureux, vu qu'il y a aussi un méchant dans cette histoire ! J'arrête là avant de tout dire de cette comédie, proche de l'esprit potache (et souvent ras-des-pâquerettes) de l'humour des années 80. Un simple exemple: Le smoking, c'est également un rôle cousu-main pour Jennifer Love Hewitt, jolie demoiselle de 23 ans, incompatible aujourd'hui avec toutes les préconisations du mouvement #MeToo. Résultat: un film correct, malgré tout, mais que je vais vite oublier...

Le smoking
Film américain de Kevin Donovan (2002)

Une note généreuse pour ce machin assez dérisoire, finalement. J'imagine qu'on peut encore préférer en rigoler en considérant ce film comme la parodie d'un James Bond. Johnny English arrive derrière ! Vous avez bien sûr le droit de préférer le Casino Royale de 1967. Quelle autre pantalonnade récente pour rivaliser ? Je sèche un peu. Autant en revenir aux vraies bonnes comédies d'action des eighties...

dimanche 24 mars 2024

Je vous rappelle que...

Vous avez vu ? C'est aujourd'hui l'ouverture du Printemps du cinéma. Comme l'année dernière, de nombreuses salles partenaires en France proposent des séances à 5 euros (tarif de base) jusqu'à mardi inclus. Cela peut s'avérer très avantageux pour celles et ceux qui hésitent devant des tarifs trop élevés - je pense à ceux des multiplexes. Conseil de ciné-gourmand: jeter un coup d'oeil à la programmation. Parfois, les choix sont plus larges qu'on ne peut l'imaginer a priori. Vous trouverez sans nul doute au moins un film qui vous intéressera !

vendredi 22 mars 2024

Partir, un jour ?

Film produit en 2018, Where is Jimi Hendrix ? n'est sorti en France qu'à l'aube du printemps 2020. Il n'a attiré que... 1.916 spectateurs ! Et, récemment, il était visible sur la plateforme numérique Arte.tv. Pourquoi l'ai-je regardé ? D'abord parce que ses origines chypriotes m'intriguaient ! Ensuite parce qu'il promettait d'être plutôt amusant...

Le début est effectivement loufoque. Yiannis, un jeune musicien paumé, rêve de quitter Chypre pour rejoindre la Hollande, un Eldorado où il s'imagine que sa vie sera plus simple. Celle qu'il mène jusqu'alors à Nicosie est plombée, notamment par une récente rupture sentimentale et un manque d'argent criant. Tout se complique encore quand son chien - Jimi Hendrix ! - s'enfuit du côté turc de la capitale chypriote. Et voilà que le film nous embarque dans un cours d'histoire géopolitique dispensé par un bras cassé et quelques personnages secondaires qui ne valent finalement pas beaucoup mieux que lui. Résultat: toute une série de situations ubuesques et plutôt rigolotes. Assez en tout cas pour tenir une heure et demie, en réfléchissant aussi aux perspectives qu'offre la vie sur une petite île au passé sanglant... et coupée en deux. D'où un film que je peux vous résumer d'un cliché: un "honnête divertissement". Et pile ce dont j'avais envie.

Where is Jimi Hendrix ?
Film (germano-greco-)chypriote de Marios Piperides (2018)

Le personnage principal et ses faux airs d'ahuri à la Grégoire Ludig m'ont aussitôt embarqué dans ce récit pour le moins rocambolesque. J'ai aussi repensé au simili-héros de Soul Kitchen. Il est bien évident que le personnage du loser attachant ne date pas d'hier après-midi. Après le chien Jimi Hendrix, je me suis aussi souvenu du chat fugueur d'Inside Llewyn Davis (E. et J. Coen / 2013). Un bon ton au-dessus...

mercredi 20 mars 2024

Un drôle d'ami

Il est né en 1991 et sa première apparition à l'écran date de 2019. Depuis bientôt un an, le nom de Raphaël Quenard revient souvent dans les conversations de ceux qui s'intéressent au cinéma français. L'année dernière, j'avais laissé passer Chien de la casse, César 2024 du meilleur premier film. Mais j'ai pu saisir l'occasion de le rattraper !

Ce rôle - son quinzième - a aussi valu à Raphaël Quenard un César personnel cette année: celui de la meilleure révélation masculine. Tiens, j'évoque un jeune premier, le premier jour du printemps ! Dans ce film, l'intéressé est Mirales, un jeune vraiment grandiloquent qui habite un petit village de l'Hérault (Le Pouget, pour être précis). Dans son sillage, il entraîne Malabar, son chien, et... Dog, son ami d'enfance. Dog qui voudrait redevenir Damien pour vivre pleinement son histoire d'amour naissante avec la jolie Elsa, une nouvelle venue que Mirales toise de toute sa superbe - attitude réciproque, en fait. On a beaucoup dit que Chien de la casse parlait d'une amitié toxique. C'est largement vrai, mais le récit est un peu plus complexe. Je dirais que le film se penche aussi sur le sort de la jeunesse en milieu rural...

Mirales est souvent présenté comme un sale type, dealer à ses heures perdues et prompt à abuser de la gentillesse du gentil garçon introverti dont il dit être le "frère". La relation d'affection supposée apparaît bien trop asymétrique pour être réellement épanouissante pour Dog / Damien. Pourtant, quand on découvre un Mirales proche de sa mère ou aimable avec ses voisins, on peut également se dire que son bagou n'est rien d'autre qu'une carapace - un bouclier possible contre les préjugés d'autrui. La "grande gueule" dissimule son prénom et une fragilité que Raphaël Quenard exprime à merveille, entouré d'autres jeunes acteurs qui, eux aussi, ont saisi les caractéristiques de leurs personnages: j'ai nommé Galatea Bellugi et Anthony Bajon. Grâce principalement à ce trio, Chien de la casse est une réussite indéniable du cinéma émergent et, en tant que premier long-métrage de son scénariste-réalisateur, une très belle promesse pour l'avenir. Je chipoterai en disant que, parfois, il m'a laissé un peu à distance. C'est logique: il rend compte d'une France... que je ne connais guère !

Chien de la casse
Film français de Jean-Baptiste Durand (2023)

Il faudra qu'un jour, je revienne vous proposer un mini-palmarès personnel des premiers films récompensés d'un César (ou d'un Oscar). En attendant, vous l'aurez compris: celui-là est plutôt un bon cru. Détail important: le cinéaste connaît cette ruralité dont il parle. C'était le cas aussi de Hubert Charuel, le réalisateur de Petit paysan. Et de Jessica Palud ? Je ne pense pas, mais j'avais aimé son Revenir !

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Et pour retourner à mon film du jour...

Une dernière info: l'amie Pascale en dit beaucoup, mais en parle bien.

lundi 18 mars 2024

507 kilomètres

Je ne vais pas vous mentir: au terme du film que je vous ai présenté avant-hier, j'avais besoin d'un peu de légèreté. C'est dans cet espoir d'un récit positif qu'après six jours, j'ai regardé Une histoire vraie. Ce long-métrage a 25 ans cette année et vient juste d'être restauré. On a souvent répété qu'il était "à part" dans la filmo de David Lynch...

Alvin Straight, un Américain de 73 ans, habite avec sa dernière fille dans une modeste bourgade de l'Iowa. Sa santé est vraiment fragile. Mais il y a pire: Lyle, son frère, vient d'être la victime d'une attaque. Or, depuis dix ans, les frangins, fâchés, ont pris leurs distances. Alvin décide d'oublier cette querelle pour rendre visite à son parent dans le Wisconsin. Comme sa vue vacille et qu'il est de fait incapable de conduire, il choisit dès lors d'effectuer les 507 kilomètres nécessaires au volant... de sa tondeuse à gazon. Et le voilà alors parti pour des semaines de périple à travers l'Amérique profonde, héros fou et admirable d'un road movie à vitesse réduite. Le plus surprenant étant qu'Une histoire vraie en est bel et bien une, d'histoire vraie ! Et vous trouverez facilement de quoi le vérifier, ailleurs sur la Toile...
 
À quoi tient la réussite d'un tel film ? À l'ambiance qui s'en dégage. Bon... pour le coup, ici, mes yeux et mes oreilles ont été comblés. Visuellement, Une histoire vraie est une belle réussite, liée au talent d'un directeur photo aujourd'hui décédé: Freddie Francis, octogénaire au moment du tournage et qui en terminait avec une carrière notable. Quant à la bande-son, elle bénéficie notamment d'une composition musicale des plus touchantes, oeuvre du regretté Angelo Badalamenti. Plus jeune que ses complices, David Lynch l'était aussi de son acteur principal, le charismatique Richard Farnsworth, atteint d'un cancer incurable (et qui se suicidera moins d'un an après la sortie du film). Heureusement, encore aujourd'hui, il reste à admirer Sissi Spacek dans un petit rôle et une prestation pour elle relativement inattendue. Présenté à Cannes en son temps, le film en était reparti bredouille. Que cela ne vous décourage pas de le découvrir - si ce n'est déjà fait !

Une histoire vraie
Film américain de David Lynch (1999)

Quatre étoiles pour le plaisir et une demie en bonus pour l'émotion toute particulière qui s'est emparé de moi devant ce vieux monsieur. Ah ! Décidément, le road movie à l'américaine regorge de surprises bouleversantes (cf. L'épouvantail ou Honkytonk man, entre autres). Cette tradition a traversé l'Atlantique et trouve des échos européens. J'ai des exemples: Eldorado, Rendez-vous à Kiruna, En roue libre...

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Vous voulez lire un autre avis sur le film ?

J'ai une bonne nouvelle pour vous: "L'oeil sur l'écran" en a publié deux.

samedi 16 mars 2024

Auprès des monstres

Avez-vous lu Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, paru en 2006 ? Dans ce très long roman écrit en français, l'écrivain franco-américain fait le portrait de Maximilien Aue, un officier (imaginaire) de la SS. "Ce qui m’intéressait, c’était la question des bourreaux. Du meurtre d'État", précisait-il à l'époque. Un sujet qui reste des plus sensibles...

L'an passé, le cinéaste britannique Jonathan Glazer s'en est emparé. Et comment ? En travaillant sur
La zone d'intérêt, un autre livre consacré à la Shoah vue par les Nazis - ouvrage d'un compatriote d'origine galloise: Martin Amis. L'auteur est décédé le 19 mai dernier et donc moins de dix jours avant que le film ne décroche le Grand Prix au Festival de Cannes, lui qui avait été pressenti pour la Palme d'or. Quoi qu'il en soit, il était sans aucun doute un long-métrage attendu. Son ouverture donne le ton: le titre apparaît en blanc sur fond noir, devient lentement de plus en plus gris et finit par disparaître. Surprise: la première "vraie" image montre une dizaine de personnes installées au bord d'une rivière, devant les restes d'un pique-nique. L'aspect bucolique de la scène contraste avec ce qui arrive ensuite. Deux belles voitures se mettent en route et s'enfoncent dans la nuit vers Auschwitz, le principal camp d'extermination du Troisième Reich.
 
J'ai du mal à imaginer que vous soyez coupés de l'actualité du cinéma au point de n'avoir JAMAIS entendu parler du film. Son originalité tient à ce qu'il ne montre aucune victime de la barbarie hitlérienne. Enfin, si ! Quelques prisonniers convertis (de force) en domestiques et jardiniers pour le compte de Rudolf Höss, le directeur du camp. Présents dans presque chaque plan, oui, mais quasi-fantomatiques compte tenu de ce que Jonathan Glazer a voulu raconter: le quotidien ordinaire d'une famille installée dans une villa mitoyenne d'Auschwitz. Un homme, une femme, leurs cinq enfants et, parfois, leurs proches. Toutes et tous bénéficient d'un immense confort, à quelques mètres des lieux où plus d'un million d'êtres humains vont être massacrés. Seul un mur sépare les monstres de leurs victimes. La zone d'intérêt du titre est elle-même plus large, qui englobe les terres adjacentes sur plusieurs hectares. Elles aussi confiées à l'Obersturmbannführer...

Ces faits ont été réels, mais le cinéma induit toujours de la fiction. Je m'attendais dès lors à être très mal à l'aise du fait de ce décalage. Pourtant, non: j'ai vu pire, à l'écran comme dans les livres d'histoire. Rien n'est pris à la légère: le film est, sauf erreur, le fruit de cinq ans de travail. Il est pour ainsi dire irréprochable, visuellement parlant. L'ensemble de ce que j'ai vu m'a paru crédible: c'est plus qu'important. Dans le même temps, j'ai trouvé que les techniques du hors-champ étaient utilisées à très bon escient - pas besoin d'une couche d'horreur supplémentaire, en lien avec des images que nous connaissons tous. Ce qui me paraît à la fois intéressant et redoutable, c'est que le film stimule presque constamment un autre de nos cinq sens: l'ouïe. Résultat: une musique qui m'a semblé sortie d'un cauchemar sans fin et - surtout - des bruitages tout à fait évocateurs des abominations perpétrées à l'abri des regards. Tout cela au cinéma, c'est (très) fort !
 
Comment reprendre son souffle après coup ? C'est
difficile, bien sûr. Surtout quand La zone d'intérêt sort du camp et rejoint les salons mondains fréquentés par les Nazis, en marge desquels ils débattent des méthodes les plus efficaces pour accomplir leur oeuvre de mort. Quitte d'ailleurs à féliciter, au passage, les plus zélés d'entre eux. Aujourd'hui, peu ou prou huit décennies plus tard, j'estime primordial que la mémoire de ces sombres heures de l'histoire européenne perdure. Et je note que Jonathan Glazer nous parle aussi au présent ! Il a pu s'appuyer sur un groupe d'acteurs particulièrement investis dans leurs rôles, d'où émerge le duo Sandra Hüller - Christian Friedel. Résultat: l'une des oeuvres marquantes de ce premier trimestre 2024. J'éviterai de citer trop de noms afin d'être sûr de n'oublier personne. J'y reviendrai peut-être, sans être étonné que certain(e)s d'entre vous puissent s'en détourner. J'ai longuement hésité avant de m'y frotter...

La zone d'intérêt
Film britannique de Jonathan Glazer (2023)

Précision: cet opus a aussi des producteurs américains et polonais. Et, bien évidemment, il a été tourné en version originale allemande. À présent, pour comparer l'incomparable, il faudrait que je me décide à revoir La liste de Schindler, de Steven Spielberg (sorti en 1993). Autre option: affronter Le fils de Saul, qui date quant à lui de 2015. D'ici là, je vous suggère La vie est belle, Le pianiste et/ou Phoenix !

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Par ailleurs, vous avez une belle opportunité...

Celle de lire aussi les avis de Pascale, Dasola,
Princécranoir et Strum. Ou encore celui de Benjamin, mis en ligne quatre jours avant le mien.

mercredi 13 mars 2024

Le vrai Yémen ?

Ce n'était jamais arrivé: avec Les lueurs d'Aden, les salles de cinéma françaises ont pu accueillir un film yéménite pour la première fois. J'ignore combien elles ont été à le faire, mais j'ai trouvé cela positif. C'était en effet l'occasion de se pencher sur un visage du Yémen autre que celui qui fait l'actu en ce moment ! Et même s'il ne sourit guère...

Isra'a a du mal à nourrir ses trois enfants et en attend un quatrième. Comme Ahmed, son mari, elle estime qu'il serait préférable d'avorter. Mais la législation de son pays est floue: certains jugent interdit d'interrompre une grossesse dès son commencement, quand d'autres assurent que c'est encore possible dans les 40, voire les 120 jours ! Évidemment, c'est loin d'être un sujet de société dont chaque couple discute librement: le tabou perdure et pèse d'abord sur les femmes. C'est donc un véritable parcours de la combattante que Les lueurs d'Aden nous invite à suivre, sans se cantonner toutefois à ce sujet. "Ce qui m'intéressait, c'était de déplacer le problème à une famille toute entière", a dit le réalisateur lors d'une interview. Son intention était également de montrer la vie quotidienne des Yéménites d'aujourd'hui, dans cette ville portuaire qui est par ailleurs la sienne. "Je voulais faire un film brut et très réaliste". C'est le cas, je dirais...

J'ai sincèrement apprécié que la caméra se pose assez régulièrement pour nous montrer à quoi peut ressembler ce pays du Moyen-Orient largement méconnu. Et qu'elle fasse des enfants des personnages secondaires, certes, mais que le scénario n'oublie jamais au milieu des problèmes des adultes. Le récit déjoue les idées toutes faites. Même s'il s'avère plutôt pessimiste, il laisse passer un peu de lumière dans certaines scènes au coeur de l'intimité familiale. Sa complexité relative le tient à l'écart du pathos et du misérabilisme: un bon point. Le metteur en scène a présenté son film à la Berlinale et a expliqué que ces comédiens "n'étaient pas de grands professionnels" (je cite). Tant mieux: la sobriété de leur jeu les rend on ne peut plus crédibles. Faire leur connaissance par écran interposé m'a été fort agréable. Merci aux producteurs saoudiens et soudanais qui ont rendu la chose possible: tous les pays du monde n'auront pas cette belle opportunité !

Les lueurs d'Aden
Film yéménite de Amr Gamal (2023)

J'ai bien failli arrondir ma note à quatre étoiles pleines et me réjouis d'ajouter un petit drapeau supplémentaire à ma collection de cinéma. J'ai repensé à mes premières "balades" iraniennes: Les chats persans ou Une séparation. La difficulté d'exercice des libertés individuelles au Moyen-Orient s'exprime aussi, moins abruptement, dans Wadjda. Il est plus que nécessaire de soutenir les artistes qui nous en parlent !

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Et pour appuyer mon propos...

Je vous recommande de lire aussi la chronique de notre chère Dasola. Bonus: vous y découvrirez également la somptueuse affiche du film...

lundi 11 mars 2024

Mortelle, la coloc...

La confiance toute relative que mes parents avaient en mon binôme possible a fait qu'étudiant, je n'ai jamais été hébergé en colocation. Coïncidence amusante: si ma mémoire est bonne, c'est avec ce pote que, pour la première fois, j'ai pu voir Petits meurtres entre amis. L'histoire d'une colocation, donc, au fonctionnement assez particulier.

Juliet, médecin hospitalier, Alex, journaliste, et David, comptable, vivent sous le même toit - à Édimbourg ? - et cherchent un numéro 4. Ils ont un nombre in-cal-cu-lable de questions à poser aux candidats qui se présentent et se moquent ouvertement de ceux qu'ils recalent. Ils acceptent Hugo, un soi-disant écrivain, charismatique et plus âgé qu'eux, avant de le retrouver... nu et mort, dès le lendemain matin. Et, surprise: avec une valise de billets de banque cachée sous son lit. Vous imaginez sans doute qu'à partir de là, la cohabitation volontaire va prendre des allures de jeu de massacre. Je ne confirmerai rien ! Les amateurs retiennent que Petits meurtres entre amis a été tourné pour des clopinettes, au point que des accessoires ont dû être vendus aux enchères afin de permettre l'achat des indispensables pellicules. Moi, je me souvenais par ailleurs de ce film comme l'un des premiers d'Ewan McGregor, âgé de 23-24 ans. Le trio qu'il forme avec Kerry Fox et Christopher Eccleston fonctionne bien, d'où un succès (inattendu). Trente ans après, il ne reste plus grand-chose de son côté subversif...

Petits meurtres entre amis
Film britannique de Danny Boyle (1995)

Les débuts aussi d'un cinéaste emblématique pour ma génération. Plusieurs de ses autres films sont déjà sur le blog, les plus anciens comme Une vie moins ordinaire ou La plage établissant un style. Christopher Nolan naviguait dans les mêmes eaux avec Following. Tourné également dans les marges urbaines, Naked est bien plus cru. Désormais, le cinéma britannique s'est un peu assagi, il me semble...

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Le film est-il dépassé aujourd'hui ?

Je ne crois pas, mais "L'oeil sur l'écran" en a une vision très négative.