lundi 15 juillet 2024

Dangers immédiats

Ce que j'ai fait hier, jour de la Fête nationale ? J'ai travaillé, pardi ! Aujourd'hui et demain, repos: je souhaite vous proposer un diptyque consacré au cinéma horrifique français. J'ai choisi deux films récents. Le premier est sorti à la mi-juin, le second en novembre l'an passé. J'ai l'impression que les productions de ce type ont le vent en poupe...

 
Survivre
Film français de Frédéric Jardin (2024)

Vous décrochez d'un film quand il devient invraisemblable ? Moi aussi. C'est pourquoi j'ai failli vous recommander de passer votre chemin plutôt que de vous intéresser à ce long-métrage (à petit budget). Mais finalement, avec ce peu d'argent, il nous offre quelques images fabuleuses et une histoire relativement originale - celle d'une famille partie en vacances en bateau pour se reposer au soleil des Caraïbes...

Problème: l'embarcation connaît plusieurs avaries et est ensuite prise dans une tempête XXL, qui laisse le couple de parents et les enfants inconscients. Au réveil, c'est une pure catastrophe: l'océan a disparu ! Il va donc falloir apprendre à s'en sortir au coeur de vastes étendues désertiques et en évitant des créatures hostiles, jadis immergées. Honnêtement, je pourrais tout à fait comprendre que ce scénario étonnant ne titille pas votre curiosité. OK, mais... le film est réussi sur le plan formel et, en prime, délivre un message écolo bien senti. J'ai par ailleurs été heureux de revoir l'actrice belge Émilie Dequenne. Un vrai/faux spoiler: vous entendrez sa voix jusqu'au générique final.

Un bonus ?

Le cadre et le sujet de ce récit rappellent parfois ceux de Cold skin. Une production européenne à laquelle j'avais attribué la même note...
 
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Gueules noires
Film français de Mathieu Turi (2023)

Une histoire de mecs ? On peut dire les choses ainsi: seul un groupe d'hommes apparaît à l'écran. Le scénario nous emmène dans le Nord de la France de René Coty, vers le milieu des années 50. Des mineurs de fond sont tout d'abord censés intégrer un jeune bizuth marocain dans leur équipe. Débarque ensuite un scientifique aux motivations incertaines. La situation dégénère très vite, sans véritable surprise...

Comme l'indique l'affiche du film, ce que ces travailleurs des corons vont réveiller aurait dû rester endormi... et la suite sera terrifiante. Je tiens à féliciter les équipes techniques pour leur excellent travail. Cette plongée à des centaines de mètres sous terre est angoissante  parce que filmée dans de beaux décors et une assez faible luminosité. Le résultat n'est sans doute pas à la hauteur des meilleurs classiques américains du même genre, mais j'y ai néanmoins trouvé un plaisir certain. La présence de talentueux acteurs comme Philippe Torreton, Samuel Le Bihan et Jean-Hugues Anglade est bien sûr un bel atout. J'ajoute une mention spéciale pour le rôle ingrat de Thomas Solivérès.

Un bonus ?
Le huis-clos de ce film peut le rapprocher de Life - Origine inconnue. Ou d'un célèbre opus dans l'espace, que je présenterai un autre jour...

vendredi 12 juillet 2024

Drôle de cavale !

De jeunes handicapés montent dans un car pour partir en vacances avec leurs éducateurs. Quelques rues plus loin, un père et son fils essayent d'échapper à la police après avoir braqué une bijouterie. Soudain, les aidants sociaux confondent le plus jeune des malfrats avec leur tout nouveau pensionnaire ! Ils l'emmènent donc avec eux...

C'est une drôle de cavale que décrit Un p'tit truc en plus, succès XXL du cinéma français au premier semestre (j'y reviendrai peut-être). Bon... le pitch peut vous paraître idiot ou, à tout le moins, trop mince pour nourrir un scénario digne de ce nom. Mais ne polémiquons pas ! Avec certes quelques maladresses, Artus - humoriste déjà réputé - propose un premier film tendre, efficace et très ouvert sur l'altérité. Pas question en effet de se moquer du handicap, mais bien de rire avec plusieurs personnes handicapées de leurs supposées déficiences. Évidemment, dans cette histoire, les valides sont bien peu dégourdis et les autres beaucoup plus malins que vous ne pourriez le supposer...

L'idée, c'est bien sûr que tout le monde peut former une belle bande de copains. Naïf ? Sans doute, vu la situation des services sociaux dans notre pays. Le film suggère toutefois qu'il n'y a pas de fatalité. Rien que pour cela, je considère son triomphe en salles bien mérité. Je préfère cette utopie à la vague résignation qui m'atteint parfois quand je pense à ce qu'est la vie collective, aujourd'hui, en France. Restons-en au cinéma, d'accord ? L'investissement des comédiens handicapés est admirable et les valides - Artus lui-même, Alice Belaïdi et Clovis Cornillac, notamment - sont très bien aussi. Sur le plan formel, j'ai aimé le montage alterné qui suit les aventures espagnoles d'un personnage secondaire... mais bon, je n'en dirai pas davantage ! Si Un p'tit truc en plus est solaire, c'est également grâce au choix d'un tournage estival dans les montages de l'Isère et de la Drôme. Autre atout: cet opus tient d'un seul bloc et ne nécessitera donc pas d'être suivi par un épisode 2 (NB: je ne crois pas que ce soit prévu). Mes arguments sont-ils convaincants ? Ce sera à vous de me le dire...

Un p'tit truc en plus
Film français d'Artus (2024)
Habitué aux films dramatiques, j'ai toutefois apprécié cette comédie légère et fédératrice. Je me demande bien si un autre long-métrage saura la déloger de la tête du box-office 2024 des salles françaises. Avant de le savoir, plusieurs autres films intéressants sur le handicap sont à retrouver sur le blog: Hors normes, Gabrielle, Intouchables, Patients, Envole-moi, L'été de Giacomo... une belle liste, à enrichir !

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Un p'tit tour chez mes voisines et voisins de blog ?

Euh... à ma connaissance, seule Dasola a vu - et chroniqué - le film...

mercredi 10 juillet 2024

Alma H. (et Alfred)

Tiens, c'est amusant ! Je vais vous reparler de Psychose onze ans pile après la première fois. Je n'ai pas (encore) revu le classique d'Alfred Hitchcock, mais j'ai vu un film qui parle de son tournage compliqué et du fait que son succès était vraiment loin d'être garanti. La fiction approche-t-elle la réalité historique ? Je n'ai guère vérifié...

Ce qui paraît juste, c'est qu'une bonne partie des succès que Hitch rencontre de son vivant est due au travail acharné de sa femme. Créditée ou non, Alma Reville l'a souvent assisté et "mon" film d'aujourd'hui, très sobrement intitulé Hitchcock, la montre d'abord comme scénariste et, plus tard, comme aide-monteuse. En femme bafouée, aussi, affrontant l'évidente concupiscence de son cher mari pour ses jeunes actrices blondes. Et cette histoire est passionnante ! J'ajoute qu'elle est également un peu plus complexe que je ne le dis...

La vérité est que je me suis bien amusé, car, malgré un ton sérieux dans l'ensemble, le récit est conçu comme celui d'un divertissement. Alfred Hitchcock n'apparaît pas comme un sale type - au pire, il a l'air d'un type lourdingue avec les femmes (Alma... et toutes les autres). Son génie créatif n'est qu'effleuré, mais il n'est pas remis en cause. Derrière les images du film, on sent en réalité l'admiration de l'élève face au maître - d'où un opus assez consensuel et donc un peu lisse. Les esthètes devraient sûrement apprécier le jeu d'acteurs efficaces dans leur rôle respectif: Lady Helen Mirren et Sir Anthony Hopkins m'ont convaincu dans les rôles principaux, d'autres bons interprètes comme Scarlett Johansson et Danny Huston ajoutant des nuances intéressantes. Sachez-le: ma liste n'est assurément pas exhaustive. N'en soyez pas frustrés: il faut bien... que je maintienne le suspense !

Hitchcock
Film américain de Sacha Gervasi (2012)

Une note enthousiaste et une précision: je crois qu'il est préférable d'avoir vu Psychose avant d'aborder ce "making of". Le truc curieux étant que les grands fans d'Alfred H. pourraient ne pas l'apprécier. Bref... moi, j'ai accroché, trouvant cela aussi malin que respectueux. Et, je vous l'assure, bien plus intéressant qu'un biopic ordinaire. Après, si vous préférez les films de Hitch, il y en a quinze sur le blog !

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Un dernier petit aperçu avant de conclure ?

OK: je vous oriente aussitôt vers les chroniques de Pascale et Dasola.

lundi 8 juillet 2024

À l'ombre du géant

Je vous propose de démarrer cette semaine avec un autre film sorti dans les années 60: le tout premier à 100% réalisé par Sergio Leone. Très actif jusqu'alors comme assistant, le Romain est sorti de l'ombre pour tourner un péplum à sa (dé)mesure: Le colosse de Rhodes. Certains disent qu'il n'était pourtant pas un grand amateur du genre...

Ce film, comme souvent à l'époque, est une grande coproduction internationale, associant des Italiens, des Français et des Espagnols. Elle a pour personnage central un certain Darios, venu d'Athènes jusqu'à Rhodes pour visiter son oncle. Sa réputation de héros militaire l'encourage à séduire l'une des femmes de l'île: Diala, la fille adoptive du concepteur du fameux colosse. Il se retrouve alors très vite plongé dans une guerre civile dont les ressorts lui échappent largement. Finalement, il prend acte de l'impopularité de Xerxès, le roi local. Vous croyez qu'il va alors se mettre au service d'une population opprimée ? C'est un peu plus compliqué: Darios est en fait un héros ambigu, qui joue d'abord ses propres cartes. On découvrira ensuite qu'il peut être "faible" ou disons chanceux quand il se tire d'affaires mal embarquées. D'autres personnages tirent leurs épingles du jeu ! Vrai-faux classique, Le colosse de Rhodes s'écarte du manichéisme...

C'est aussi un film d'une grande efficacité qui, sans effets numériques modernes, parvient à redonner vie au monde antique d'une manière particulièrement saisissante. On en oublie presque que les historiens de 2024 ignorent à quoi ressemblait la fameuse statue reconnue comme l'une des merveilles du monde - et où elle se situait au juste. Leone en fait une représentation d'Apollon, alors que la science parle plutôt d'Hélios. Bref... le spectacle, lui, est à la hauteur de la légende. Et, en deux heures, le scénario connaît plein de rebondissements ! J'ose dire que Le colosse de Rhodes est à mes yeux une réussite exemplaire, marquée par une séquence finale d'une puissance visuelle absolument saisissante (et dont je me suis donc vraiment délecté). J'imagine qu'à l'époque, sur écran géant, ça devait envoyer du lourd ! Autre atout: le film a réveillé mon intérêt pour le cinéma italien historique. Il n'est pas tout à fait à exclure que j'y revienne bientôt...

Le colosse de Rhodes
Film (franco-hispano-)italien de Sergio Leone (1961)

Autant le souligner: je préfère ce type de péplums à d'autres opus "récents" comme Gladiator ou 300. Je trouve les longs-métrages anciens mieux écrits (voir Ben-Hur et/ou La chute de l'empire romain) et prend dès lors à leur (re)découverte un plaisir plus grand. Tout cela peut étonner et reste bien entendu parfaitement subjectif. Et ne m'empêchera pas de retenir bientôt d'autres films d'aujourd'hui !

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Pour d'autres évocations "colossales"...

Je vous renvoie, à présent, vers les sites d'Ideyvonne, Vincent et Lui.

samedi 6 juillet 2024

Drames

Aujourd'hui, c'est samedi... et je vous présente deux films français. Vous avez tout à fait le droit de penser que j'opère un rapprochement contestable, mais notez qu'ils ont tout de même d'autres points communs: ils sont tous deux portés par une héroïne, sublimés encore par leur photo noir et blanc, et sortis au cours de la même décennie...

 
Une aussi longue absence
Film français de Henri Colpi (1961)

Dans la banlieue de Paris, Thérèse Langlois est la tenancière d'un café populaire. Elle n'a jamais vraiment fait le deuil de son mari, disparu pendant la guerre, une quinzaine d'années plus tôt, et lui reste fidèle. Un jour d'été, elle croit enfin le reconnaître sous les oripeaux fatigués d'un clochard passé devant sa boutique. L'homme, qu'elle interpelle assez vite, se dit frappé d'amnésie: il ne peut donc rien confirmer. Thérèse s'accroche cependant à son rêve et, à grand renfort d'airs d'opéras, tente inlassablement de faire ressurgir son bel amour d'hier. Exploit: ce film reçut à la fois le Prix Louis-Delluc et la Palme d'or. Pathétique, il est le premier du réalisateur et s'appuie sur un scénario et des dialogues très minimalistes, coécrits avec Marguerite Duras. Sincèrement, certaines scènes se passent de mots: l'interprétation des acteurs - Alida Valli et Georges Wilson - suffit pour l'émotion. Sans oublier les fameuses Trois petites notes de musique de Delerue !

Bonus: cet opus est aussi évoqué sur les blogs de Sentinelle et de Lui.

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Mouchette
Film français de Robert Bresson (1967)

Vous avez le blues, en ce début d'été ? Je vous conseille d'attendre avant de voir ce film âpre, adapté d'un roman de Georges Bernanos. Quelque part en France, une gamine de 14-15 ans connaît une vie difficile, sans amis à l'école, apparemment coincée entre un père spécialiste de la contrebande d'alcool et une mère gravement malade. Ses seules occupations: se promener dans la nature et rester chez elle pour prendre soin d'un nouveau-né, qui s'avère être son petit frère. L'espoir d'une existence éloignée de cette sordide banalité rurale existe, mais il fait long feu: le mal semble inéluctablement s'imposer en toute première des forces de ce bas monde comme oublié de Dieu. Plombant sur le fond et peu bavard, le film est cependant très beau sur la forme. Une tempête déploie sa puissance dans certaines scènes extérieures et l'apparente ainsi à un conte particulièrement cruel. Allégorie ? Reproduction d'une certaine réalité ? C'est à vous de voir...

Bonus: je conseille de retrouver ce film du côté de "L'oeil sur l'écran".

jeudi 4 juillet 2024

L'un des leurs

Flashback. Avec le vague aplomb de mon adolescence, je me souviens d'avoir dit à mon grand-père: "Je n'aime pas trop les Américains". Jean, 16 ans à la Libération, avait jugé ma petite phrase idiote. Cette anecdote m'est revenue début juin, lors du 80ème anniversaire du Débarquement allié en Normandie ! Et en revoyant un film précis...

Ce film, c'est Il faut sauver le soldat Ryan, de Steven Spielberg. Celui qui lui a valu le second de ses Oscars du meilleur réalisateur. Celui qui, de 1998 à 2017, est resté le film de guerre le mieux classé au box-office mondial. Un film dont l'action démarre au premier jour de l'opération Overlord, le 6 juin 1944, sur les plages normandes. Aujourd'hui encore, cette entrée en matière est souvent présentée comme LA référence ultime pour une scène de ce genre au cinéma. Né en 1946, le réalisateur l'a très clairement mentionné: "Je voulais que le public éprouve la même chose que ces appelés en treillis kaki qui, pour la plupart, n'avaient jamais connu le feu auparavant". L'intention ? "Traduire ce chaos, cet enfer, à l'écran". Et c'est réussi ! Durant vingt bonnes minutes, la caméra nous jette dans la bataille...

Aussitôt après, elle nous ramène vers l'arrière et dévoile un paysage typiquement américain. Le scénario y dévoile alors le sujet principal du film. À peine sont-ils parvenus à poser le pied sur le sol français que huit hommes sont chargés d'une mission des plus périlleuses. L'état-major leur donne l'ordre de retrouver un soldat bien particulier pour l'informer, d'abord, que ses trois frères ont été tués au combat et, ensuite, qu'il est autorisé à rentrer au pays retrouver sa mère. Une précision: Il faut sauver le soldat Ryan s'inspire de faits réels. Tout ne s'est pas passé comme dans le film, mais tout n'est pas fictif. Steven Spielberg dédie d'ailleurs le film à son père ancien combattant et il est notoire que les deux hommes ont dès lors pu se réconcilier. Pour son auteur, autant dire que c'est l'oeuvre d'une vie (ou presque) !

Que puis-je vous dire ? J'apprécie énormément que cette épopée moderne soit filmée à hauteur d'homme. Il faut louer les comédiens embarqués dans cette grande aventure et qui tiennent tous leur rang avec une sobriété exemplaire. Tom Hanks excelle, comme toujours. En lui, la troupe était de toute façon assurée de trouver un meneur charismatique, déterminé à partager les honneurs. C'est ce qu'il fallait pour aider les plus jeunes à prendre du galon: le premier d'entre eux n'avait pas autant d'expérience, mais Matt Damon n'a pas démérité ! Je vous laisse bien volontiers savourer Il faut sauver le soldat Ryan pour le brio de son casting, où figurent d'autres acteurs remarquables tels que Tom Sizemore, Ed Burns, Vin Diesel ou Giovanni Ribisi. Certains sont passés par un entraînement intensif avant de tourner...

Le résultat n'est peut-être pas parfait, mais n'a rien du long-métrage propagandiste évoqué par quelques esprits chagrins. On peut déplorer qu'il n'y ait pas un seul Noir visible à l'écran, mais je doute vraiment que ce soit lié à une volonté délibéré d'invisibiliser certains troufions pour rester dans une représentation acceptable par toutes et tous. OK, le peuple américain est sensible sur ces questions, je l'admets ! Croyez-moi: au cinéma, j'ai déjà vu des choses beaucoup plus lisses. Et sachez-le: depuis dix ans désormais, Il faut sauver le soldat Ryan est inscrit au National Film Registry. La Bibliothèque du Congrès assure ainsi sa conservation et le désigne de ce fait comme un film "culturellement, historiquement ou esthétiquement important". D'après moi, il est tout cela, ainsi bien sûr qu'un support de mémoire.

Il faut sauver le soldat Ryan
Film américain de Steven Spielberg (1998)

Ses admirateurs le savent: sous différentes formes et à des époques diverses, la guerre hante véritablement la filmographie du cinéaste. Parmi ses premiers films, le malaimé 1941 s'en moquait allégrement. Cheval de guerre, lui, me semble peu apprécié - et c'est dommage ! Il faudrait bien qu'un jour, je me décide à revoir Empire du soleil. D'ici là, un plan B ? Lettres d'Iwo Jima. Et/ou Dunkerque, au choix...

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Un rappel pour finir...
Oui, c'est le 4 juillet que les Américains célèbrent leur Fête nationale !

Envie d'en savoir (et d'en voir) davantage ?
Je vous recommande les blogs d'Ideyvonne, Vincent, Benjamin et Lui.

mardi 2 juillet 2024

Une ligne de fuite

24 février 2013. Mille et une bobines existait depuis plus de cinq ans quand j'y ai présenté un premier film africain. J'en ai vu d'autres après ce "baptême" - au moins un chaque année (si ce n'est en 2014). Aujourd'hui, nous irons au Maroc avec un opus de la mi-mai: Reines. Je crains qu'il n'ait pas été diffusé dans beaucoup de cinémas ! Bref...

Réalisé par une femme, le film s'appuie sur trois héroïnes: une mère s'évade de prison, récupère sa fille et prend la poudre d'escampette en braquant une inconnue qu'elle pense être la conductrice attitrée d'un camion. Dit autrement: Zineb aggrave son cas, croit sauver Inès d'un embrigadement scolaire néfaste et s'appuie sur des compétences dont Asma est dépourvue. Le trio fait pourtant cause commune aussitôt qu'il s'agit de rouler vers le haut-Atlas en quête d'une solution aux différents ennuis de l'une, l'autre ou la totalité de ses membres. J'aurais ainsi pu appeler ma chronique Sororité si deux générations n'étaient pas embarquées ensemble dans cette drôle d'aventure. Deux ou même trois, en comptant celle d'un vieux flic lancé aux trousses des fuyardes. Mission moins évidente qu'on l'imagine de prime abord !

La réalisatrice dit avoir voulu faire de son film un "conte d'aventure". L'une de ses intentions affichées était de donner une représentation nouvelle de la femme marocaine, tout en mélangeant les genres. D'après moi, elle y est parvenue en introduisant un peu de fantastique dans son récit - avec aussi un ancrage dans les traditions culturelles de son pays. Vous ne les connaissez guère ? Moi non plus, à vrai dire ! Face à Reines, le mieux est alors de se laisser porter par les images et de ne pas forcément chercher à tout comprendre tout de suite. Autre possibilité, je crois complémentaire: s'appuyer sur la musique. D'après ce que j'ai lu, elle a en effet été pensée en amont du tournage pour donner au long-métrage sa tonalité, basée sur un thème voulu comme à la fois "lyrique, mélancolique et magique". Une promesse tenue, même si j'aurais apprécié un rythme un tantinet plus soutenu. Cela dit, la lenteur crée un décalage, qui s'avère parfois intéressant...

Reines
Film marocain de Yasmine Benkiran (2022)

D'un festival à l'autre, ce long-métrage en aura fait une cinquantaine. C'est peut-être ce qui expliquera que, malgré les attaches françaises de la cinéaste, il ne soit pas sorti très vite dans nos salles obscures. Désormais, certains critiques le voient comme un Thelma & Louise nord-africain. Je comprends l'idée, mais je la trouve bien réductrice ! Autant rester au Maroc pour le comparer avec le surprenant Animalia.

dimanche 30 juin 2024

Des p'tits prix !

Indécent ! C'est ce que j'ai pensé l'autre jour à propos du tarif imposé pour voir Furiosa: 23 euros et 60 centimes ! Je veux bien admettre que le film était alors projeté dans des conditions d'image et de son optimales, mais... est-ce qu'il ne devrait pas toujours en être ainsi ? Oui, j'étais dans un fauteuil confortable. Le strict minimum, en fait...

Vous me direz que rien ne m'obligeait à payer autant: c'est un fait. Sauf que j'étais avec un pote et que je ne voulais pas l'abandonner. Bref... aujourd'hui, une petite aubaine: la fin de cette moitié d'année coïncide avec le début de la Fête du cinéma. Ce qui veut donc dire qu'une bonne place ne vous coûtera que cinq euros (hors suppléments) pendant quatre jours - ce dans les quelque 6.000 salles partenaires. Sans 3D, IMAX ou Dolby, c'est l'occasion de se faire plaisir à un prix raisonnable. À vous de choisir le(s) film(s) que vous voulez (re)voir. Notez-le: je ne ferai pas de compte-rendu du premier semestre 2024 dans les salles obscures. Au menu, très bientôt: "mon" 2637ème film !

vendredi 28 juin 2024

De la furie, mais...

Il aura 80 ans en mars prochain et affiche toujours un amour sincère pour le cinéma de genre: George Miller m'inspire de la sympathie. C'est sans beaucoup hésiter que j'ai suivi un pote dans un multiplexe pour voir Furiosa - Une saga Mad Max, dernier volet de... la saga démarrée en 1979 / 1981 /1985 avec Mel Gibson et relancée en 2015.

Je n'avais vu (et chroniqué) que le tout premier des quatre films précédents quand j'ai pris mon ticket pour deux heures et demie supplémentaires dans l'univers post-apocalyptique de George Miller. D'emblée, il nous emmène dans son pays, l'Australie, qu'il choisit d'aborder au coeur d'une jungle luxuriante, où deux petites filles s'efforcent de récolter les bons fruits mûrs de l'un des rares arbres disponibles. C'est qu'il faut comprendre que, sur la planète, les "terres d'abondance" ont presque disparu, au profit de déserts gigantesques. Des gangs rivaux se disputent la domination des quelques ressources toujours présentes, alimentaires et énergétiques, et se déplacent grâce à des engins motorisés surpuissants, motos, voitures, camions. Enlevée par un groupe très féroce, l'une des gamines que j'évoquais verra sa mère torturée sous ses yeux et cherchera sa vengeance. Supposée se dérouler sur quinze ans, c'est toute l'histoire de Furiosa !

Ce qui m'a d'abord sauté aux yeux ? La qualité discutable des effets numériques. C'est regrettable: je vois très peu de films de ce genre et je m'attendais à ce que tout soit parfait sur le plan technique. Désolé, ce n'est pas le cas... et il m'a donc fallu quelques instants pour habituer mes yeux. Toujours sur le seul plan visuel, la profusion des costumes m'a temporairement coupé des dialogues: je dois dire que, comparé à d'autres opus en VO, Furiosa ne m'a pas accueilli facilement. Ensuite, c'est allé mieux, mais je n'ai vu qu'un film d'action assez basique, autour d'un scénario franchement famélique. L'idée que tout cela pourrait représenter le futur de notre humanité reste intéressante, mais elle n'est guère exploitée: les images pourraient être celles de n'importe quel autre territoire imaginaire. Heureusement, le blockbuster s'assume: il ne se perd presque jamais dans l'une des longues scènes d'exposition que le cinéma anglo-saxon nous inflige parfois. Bref, ça bouge, ça crie, ça pétarade et l'écran géant s'impose comme le support adéquat. Avis aux vrais amateurs...

Furiosa - Une saga Mad Max
Film américano-australien de George Miller (2024)

Je n'ai pas parlé des acteurs, Anya Taylor-Joy et Chris Hemsworth dans les rôles principaux, mais ils sont presque noyés dans la masse. Vous l'aurez compris: le film m'a un peu déçu - ce qui n'est pas grave. Dune - Deuxième partie garde sa place de meilleur blockbuster 2024. Sera-t-il détrôné ? Pas sûr: nous verrons cela au second semestre. D'ici là, en post-apocalyptique, tentez donc Numéro 9 ou Junk Head !

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Un avis divergent ?

Une autre chronique du film peut être consultée dans la Kinopithèque. Princécranoir et Strum me paraissent sur la même longueur d'ondes que moi. Ce qui ne saurait vous décourager de voir le film, bien sûr...

mercredi 26 juin 2024

Mélodie d'amour ?

J'ai calculé mon coup: je voulais vous parler aujourd'hui d'un film-culte sorti dans les salles françaises il y a pile cinquante ans. Et j'ai choisi de le regarder au premier jour de ce mois de juin, un demi-siècle exactement après sa diffusion anticipée en Belgique. Je suis certain que certain(e)s d'entre vous ont déjà entendu parler... d'Emmanuelle.

Je voulais le découvrir l'année de ma cinquantième bougie: c'est fait. Sauf erreur, c'est la toute première fois que je présente un film érotique sur Mille et une bobines (et ce sera peut-être la dernière). Emmanuelle raconte l'histoire d'une jolie Française d'une vingtaine d'années, partie pour rejoindre son diplomate de mari en Thaïlande. Dans ce nouveau pays qui deviendra le sien, elle fait connaissance avec d'autres expatriées. Elles lui expliquent qu'il n'existe en fait qu'un moyen pour ne pas s'ennuyer à Bangkok: avoir des partenaires sexuels aussi nombreux que possible, hommes et femmes confondus. On croit la pauvre enfant choquée. La bougresse cache bien son jeu...

Que dire ? Cinq décennies plus tard, l'aspect subversif d'Emmanuelle est devenu kitsch: on mesure alors combien les moeurs ont changé. Notez bien qu'à l'époque de sa première diffusion, ce film dut batailler avec les censeurs, tout en finissant par rencontrer un succès colossal dans de nombreux pays... et, c'est vrai, pendant de longues années consécutives. En France, notamment, il devint même une attraction touristique et attira près de 8,9 millions de curieux dans les salles. Aujourd'hui, je parlerai volontiers d'un cinéma de l'ancien monde. L'actrice principale, Sylvia Kristel, n'eut qu'une carrière confidentielle dans d'autres registres, tourna quelques suites et y laissa des plumes. Dans le premier opus, déjà, la fausse ingénue jouit d'être violée ! Impossible pour moi d'y voir l'affirmation d'un quelconque féminisme. La "mélodie d'amour" que chante Pierre Bachelet lors du générique sonne comme de la publicité mensongère. Au temps pour la légende...

Emmanuelle
Film français de Just Jaeckin (1974)

C'est dingue: ce film est l'adaptation d'un roman écrit par une femme. Et il est aussi le plus gros succès du cinéma français des années 70. Je parlais d'un film-culte: une relecture devrait en sortir cette année. D'ici là, je vais sans nul doute passer à tout autre chose très bientôt. Pour l'année 1974, d'autres films - Alice n'est plus ici, Une femme sous influence, Les valseuses... - mériteront davantage d'attention !

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Et si vous tenez absolument à y revenir...

Ideyvonne avait rendu un bref hommage (posthume) à Sylvia Kristel. Mon étoile pleine du jour lui est aussi dédiée, en quelque sorte. L'autre illustrant la place du film dans la mémoire du cinéma français.

lundi 24 juin 2024

En terre étrangère

Le réalisateur espagnol annoncé dans ma toute dernière chronique d'avant-pause ? Bravo si vous avez trouvé: c'était Rodrigo Sorogoyen. J'ai ENFIN pu rattraper son film présenté à Cannes 2022: As bestas. Un thriller rural d'excellente facture, qui vient confirmer le Madrilène comme l'un des grands du cinéma européen. Oui, je pèse mes mots...

Français d'une cinquantaine d'années, Antoine s'est installé en Galice pour cultiver des légumes bio et retaper quelques vieilles maisons abandonnées. Appât du gain ? Non: il paraît plutôt avoir quitté la ville dans l'espoir de se construire une (plus) belle vie, tout simplement. Avec sa femme Olga, il a refusé de vendre ses terres à un consortium norvégien, qui avait l'ambition d'y implanter un parc d'éoliennes. Surprise: cela a fâché ses voisins immédiats, lassés d'une existence ingrate au contact d'une nature qui, belle, est aussi inhospitalière. L'efficacité d'As bestas tient d'abord à la tension croissante ainsi mise en place, et ce grâce à un scénario implacable que Rodrigo Sorogoyen cosigne d'ailleurs avec Isabel Peña, sa complice en écriture habituelle. Que le film permette une collaboration d'artistes français et espagnols est très réjouissant: l'immense talent de Denis Ménochet fait oublier sa corpulence et le montre en homme fragile, à la merci d'étrangers fermés à toute organisation sociale et moeurs autres que les leurs. Jusqu'où cela le mènera-t-il ? C'est un enjeu du film, mais pas le seul !

D'abord au second plan, le personnage d'Olga prend une importance décisive pour la fin du récit. Marina Foïs m'a vraiment impressionné dans ce rôle complexe: elle s'investit à fond et mérite des éloges sincères - ce que la "grande famille" du cinéma semble oublier un peu. Bref... je ne veux pas polémiquer et As bestas est d'abord un film espagnol, il me semble, avec dès lors d'autres excellents comédiens méconnus - je citerai d'abord Luis Zahera et Diego Anido, parfaits. Évidemment, il faut aussi louer la mise en scène: le cadre galicien garantit une diversité de paysages remarquables, été comme hiver. D'emblée, on comprend que les personnages français sont "lâchés" dans un environnement qu'ils auront du mal à réellement maîtriser. Cela passe par exemple par une image qui tressaute sur une route cahoteuse ou un long plan très obscur pour suggérer un péril nocturne. Un critique a parlé de leçon de cinéma... et c'est en tout cas un plaisir que de voir un travail aussi soigné, au service d'un récit captivant. Mon unique regret ? L'avoir laissé filer au cinéma ! À bon entendeur...

As bestas
Film français et espagnol de Rodrigo Sorogoyen (2022)

(Re)voir aussi El reino et Madre du même auteur est une bonne idée. Quel brio ! Une preuve - parmi d'autres - qu'on peut faire du cinéma ambitieux, sans verser dans l'intellectualisme bobo ou le cliché idiot. Attention toutefois: ce film est aussi d'une dureté peu commune. Chose étonnante: un certain cousinage avec Le mal n'existe pas. Ruralité toxique, diriez-vous ? On en parlait dans Jean de Florette...

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Vous aussi, vous aimeriez aller voir ailleurs ?

Je vous renvoie sans hésiter aux blogs de Pascale et Princécranoir. Celui de Dasola vaut le détour, mais il en dit beaucoup sur l'intrigue...

vendredi 14 juin 2024

Adios !

La fin de cette semaine et toute la suivante: mes congés personnels ne sont pas si longs, mais sauf imprévu, ce sera la période de pause de ce blog. Je vous donne donc rendez-vous pour la reprise lundi 24. Pas sûr que je publie une chronique par jour: mon rythme habituel d'un texte tous les deux ou trois jours est de fait plus facile à tenir. Enfin, on verra bien: j'ai en tout cas quelques films en ligne de mire. Le prochain ? Je vous propose de deviner et parier en commentaires. Un indice: son réalisateur est espagnol. Et je conclus: adios, amigos !

jeudi 13 juin 2024

En quête de flouze

Je peux l'avouer: après celui de lundi, je ne voyais aucun autre film de braquage susceptible d'être chroniqué sur Mille et une bobines. C'est donc un peu par hasard que Pour 100 briques, t'as plus rien ! s'est "imposé" parmi d'autres possibilités. Ma nostalgie des années 80 n'y est pas pour rien. Gare: elle n'est pas toujours bonne conseillère...

Sam, serrurier, vient de se faire virer au profit du fils de son patron. Paul, son colocataire, n'a pas de boulot. Des huissiers sont passés chez eux pour saisir le peu de meubles qui restaient, télé comprise. Hébergés par une copine, les deux garçons n'ont guère qu'une idée pour s'en sortir: s'attaquer à une banque, y prendre quelques otages parmi le personnel et/ou la clientèle, puis demander une rançon XXL. Sur cette trame simplissime, le scénario nous offre une comédie ordinaire, qui adapte à l'écran une pièce de théâtre sortie en 1976. Vous pourrez y retrouver Daniel Auteuil, Gérard Jugnot, Anémone, Darry Cowl, Isabelle Mergault ou bien encore Jean-Pierre Castaldi. Pour 100 briques, t'as plus rien ! n'avait pas attiré grand-monde dans les salles obscures: à peine plus de 1,3 million de spectateurs. Notez qu'avec ce score, d'autres longs-métrages sont devenus cultes. Je doute franchement que celui-ci atteigne un jour ce statut enviable.

Pour 100 briques, t'as plus rien !
Film français d'Édouard Molinaro (1982)

Beaucoup d'amateurs l'affirment: à cette époque, le cinéma comique français connaissait un âge d'or, qui paraît largement oublié depuis. Objectivement, il y a eu des hauts et des bas, mais il semble établi qu'aujourd'hui, ce que le septième art raconte est bien moins rigolo. Ma référence absolue ? Ce pourrait être Marche à l'ombre, je crois. En ce temps-là, les films sentaient aussi très fort l'envie de li-ber-té !

mardi 11 juin 2024

Les bons copains

Tom, Viv et Max sont au collège dans une petite ville des Ardennes. Copains, ils ont fait d'un conteneur abandonné le point de rendez-vous secret qu'ils rejoignent pour s'amuser à l'abri du regard des grands. Leur espoir estival: pouvoir partir ensemble en colonie de vacances. Les garçons ont leur petite "combine" pour réunir l'argent nécessaire !

Premier long d'un réalisateur trentenaire, Les trois fantastiques apparaît vite comme un drame social... qu'il n'est pas tout de suite. C'est vrai: dans l'entourage des ados, on parle de déclassement économique, l'usine qui emploie la plupart des adultes devant fermer. Le scénario nous invite cependant à nous approprier un moment heureux: celui où Max retrouve Séb, son grand frère, sorti de prison. La question est alors: s'est-il amendé ou bien y retournera-t-il illico après avoir outrepassé les règles établies pour sa remise en liberté ? Évidemment, je ne vais pas vous le révéler dans cette chronique ! Juste un indice: la caméra va continuer de suivre les pas des amis qu'elle nous a présentés. L'occasion de découvrir trois jeunes acteurs épatants de précocité - Jean Devie, Benjamin Tellier et Diego Murgia.

Le casting a duré des mois, paraît-il, avant une autre longue phase préparatoire avec le trio réuni. Tout ce travail n'a donc pas été vain. Les gamins sont aussi à l'aise devant la caméra que leurs partenaires plus expérimentés, cantonnés à des rôles décisifs, mais secondaires. Parmi eux, je tiens à citer Emmanuelle Bercot, très juste en mère déprimée: je l'ai trouvée efficace dans la sobriété, pour une fois. L'incontournable Raphaël Quenard, lui aussi, nous offre une prestation intéressante, dans un registre moins grandiloquent qu'à l'accoutumée. Film de fiction, Les trois fantastiques n'en apparaît que plus crédible. Difficile alors de ne pas s'attacher à ces protagonistes qu'un destin tragique pourrait finir par rattraper: le récit suggère de fait la fin d'une époque, tout en laissant une petite porte ouverte qui permettra à chacun d'en décider, selon son ressenti et ses convictions propres. Bref... je vous laisse juger par vous-mêmes. Si le coeur vous en dit...

Les trois fantastiques
Film français de Michaël Dichter (2024)

Je vous dirais bien que ce film rappelle Stand by me, mais le souci est que je n'ai pas revu le classique de Rob Reiner depuis des lustres. Résultat: je peine à établir une autre comparaison dans la catégorie des longs-métrages de cinéma consacrés aux ados. Mud ? Pas mal. Paranoid Park ? Très bien aussi, dans un registre certes plus sombre. On est loin, bien loin, des préoccupations du fameux Breakfast Club !

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Pour conclure, je vous encourage à aller voir ailleurs...

Oui: je vous redis que Pascale et Dasola sont toujours de bon conseil.

lundi 10 juin 2024

Il rêve d'Acapulco...

"Vendre beaucoup de disques ne veut pas dire que vous êtes bon. Regardez Phil Collins !". Cette vacherie signée Noel Gallagher (Oasis) ne surprendra guère que celles et ceux qui croient encore que le rock adoucit les moeurs. Et elle néglige la carrière cinéma de sa cible ! Ouais, vous avez bien lu: l'ex-batteur de Genesis a aussi été acteur...

Il est vrai qu'il n'apparaît tout au plus que dans une dizaine de films. Mais, dans le lot, il y a Buster, où il tient bel et bien le rôle principal. Son personnage, Buster Edwards, est un petit voleur sans envergure dans le Londres de 1963. Son rêve: partir vivre loin de la grisaille anglaise, en embarquant sa femme et sa fille du côté d'Acapulco. Notre ami ne croit pas que ce soit impossible, d'autant que sa bande et lui sont parvenus à cambrioler un convoi ferroviaire de la Poste britannique. Je vous laisse découvrir les péripéties qui s'ensuivront. J'avoue: je n'avais jamais entendu parler de ce film avant sa diffusion et sa - longue - mise à disposition sur la plateforme Internet d'Arte. Vous l'avez raté ? Ce n'est pas grave: il n'a rien d'un incontournable. Les amateurs du chanteur pourront noter que deux de ses titres figurent dans la B.O. (à savoir A Groovy Kind of Love et Two Hearts). Reste pour les autres à apprécier l'aspect old school de la production !

Buster
Film britannique de David Green (1988)

Je ne regrette pas de l'avoir regardé, mais je crains de vite l'oublier. Tel est le lot de ces petits films sans grande ambition. Il faut dire qu'au cinéma, les histoires de braqueurs sont légion. Je vous suggère de revoir Bandits, si vous n'avez pas envie de remonter trop loin. J'ajoute que, si votre plaisir est déjà sur les rails, La grande attaque du train d'or pourrait mieux vous convenir. Ou encore The grey fox !

dimanche 9 juin 2024

Au prix d'un cri

Arriverai-je un beau jour à décrypter le mystère Quentin Dupieux ? Coqueluche d'un public aventureux, celui qui est aussi producteur musical en est désormais à treize long-métrages en dix-sept ans. Surprise: jamais aucun de ses films n'a atteint les 500.000 entrées. Réalité, lui, n'a attiré que 84.641 spectateurs en salles ! Petit score...

D'autres ont fait mieux, mais je m'étais imaginé qu'avec Alain Chabat en tête d'affiche, cet opus aurait rencontré un succès plus important. Relativisons: c'est vrai qu'il faut aussi oser se risquer dans cet univers foldingue qu'est celui de l'artiste découvert sous le nom de Mr. Oizo. Cette fois, il nous embarque dans le sillage de Jason Tantra, cadreur pour une émission culinaire sur une chaîne américaine. Son ambition véritable: tourner un film d'horreur avec des postes de télé tueurs. Impossible ? Non, car un producteur se dit prêt à financer le projet. Unique condition: que le futur réalisateur fournisse le gémissement parfait pour accompagner les images de ses personnages à l'agonie. Sur cette base, Dupieux invente un univers aux contours incertains que fréquentent une petite fille, son père chasseur et un sanglier mangeur de cassettes VHS. On n'y comprend rien, mais c'est le but. Ou disons que je le suppose: ce cinéma reste franchement déroutant !

Réalité
Film français de Quentin Dupieux (2015)

Absurde ? Déjanté ? Surréaliste ? Le mot juste m'échappe encore. Même le titre est trompeur: il s'agit en fait du prénom de la fillette aperçue dans le film (et qui est peut-être bien son héroïne secrète). Inutile de chercher à comprendre, je crois: ce type de film nébuleux demande à  être ressenti plutôt qu'analysé et ce malgré les références de son auteur, à l'oeuvre dès Rubber. Bon, j'y reviendrai sûrement...

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Avant cela, d'autres avis vous intéressent ?

Très bien. Je vous propose donc de lire ceux de Pascale et Benjamin. Celui de "L'oeil sur l'écran" est également disponible, publié il y a peu.

samedi 8 juin 2024

Une combattante

Il est de notoriété publique que l'hôpital public français va (très) mal. Documentariste expérimenté, Sébastien Lifshitz a posé ses caméras dans un service d'oncologie, à Marseille Nord, pour aborder ce sujet sensible via le regard d'une cheffe infirmière bientôt à la retraite. Sylvie a totalisé vingt ans de service - trois fois plus que la moyenne !

Madame Hofmann
a ceci de particulier - et d'efficace - qu'il appuie son propos sur un long témoignage, mais aussi qu'il s'échappe parfois de la structure de soins pour filmer aussi la vie de son "héroïne". D'ailleurs, je crois bien que c'est ce que j'ai préféré: ce regard porté sur tout ce qui peut faire le quotidien d'une femme française en 2024. Évidemment, son travail y prend beaucoup de place, le lâcher-prise n'étant pour elle qu'une notion abstraite ou une chance inaccessible. Jamais, pourtant, Sylvie n'ose se plaindre ! Pragmatique avant tout...

Cela étant, ce qu'on apprend de sa santé, de son combat permanent pour celle de sa mère ou de ses inquiétudes - passées - pour sa fille aurait tôt fait de miner le moral d'autres anonymes, ainsi fragilisés. Ce film nous permet donc de faire une belle rencontre. La démarche de Sébastien Lifshitz me semble fort louable, même si, en l'absence de toute voix off, son travail est parfois un peu trop hagiographique. Je lui laisse la conclusion: "La meilleure façon de prendre conscience de la réalité de toutes ces vies, c’était d'en choisir une". Pas mieux...

Madame Hofmann
Documentaire français de Sébastien Lifschitz (2024)

Une heure trois quarts de la vie d'une femme: c'est assez instructif. Impossible de ne pas reconnaître quelques situations et/ou visages familiers parmi ce qui nous est présenté: le reste est affaire de goût. Ce film n'était pas à mon agenda jusqu'à ce que ma mère propose d'aller le voir. Pour autant, ce n'est pas le seul documentaire du blog ! À voir: Makala, À la recherche de Vivian Maier, Une joie secrète...

jeudi 6 juin 2024

L'amour d'une femme

Un toit, quelques arpents de terre, une famille: le rêve américain repose sur des choses simples. Certains ont jadis abandonné l'Europe avec l'espoir de construire une toute nouvelle vie et l'ont concrétisé. D'autres, à jamais coupés de leurs origines, ont renoncé au bonheur. Une notion dont parle explicitement... la Constitution des États-Unis !

En s'inspirant des lectures d'enfance de sa mère, Viggo Mortensen nous emmène au Nevada, vers l'année 1860. Dans un environnement que le cinéma n'a jamais cessé de sublimer, il campe un immigrant danois solitaire, installé dans une maison nichée au fond d'un canyon. Quand une femme lui demande ce qu'il y fait, il répond de manière laconique, mais non sans franchise: "Le moins de choses possible". Tout va alors changer grâce à sa rencontre avec Vivienne Le Coudy. Entre cette Québécoise et Holger Olsen, l'entente est immédiate. L'amour, lui, naîtra de l'harmonie de deux caractères bien trempés. Tout ce qui semblait improbable apparaîtra comme une évidence. Résultat: Jusqu'au bout du monde est beaucoup plus qu'un western. Et d'emblée, l'un des plus beaux films que j'ai découverts récemment !

Sans délai, il me faut dire que, dans le premier (et quasi-unique) rôle féminin, Vicky Krieps illumine à nouveau l'écran de tout son talent. L'actrice luxembourgeoise est désormais installée dans mon Panthéon cinématographique et je ne vois pas de raison de l'en déloger bientôt. Quelques critiques estiment qu'ici, derrière son visage de femme déterminée, elle cache une fragilité peu compatible avec les valeurs émergentes du féminisme contemporain. Ah ? OK... moi, ça me va. Jusqu'au bout du monde s'articule tout entier autour du personnage de Vivienne Le Coudy, ce qui s'avère déjà remarquable à mes yeux. Celui de Holger Olsen - et, dès lors, Viggo Mortensen lui-même - apparaît presque au deuxième plan. Personnellement, je m'en réjouis et reste lucide: à l'Ouest, les hommes ont souvent régné en maîtres...

Les originalités de ce film doivent-elles être reliées à sa nationalité ? Peut-être. Vous retiendrez en tout cas que le film n'a pas été tourné aux États-Unis, mais principalement au Mexique et un peu au Canada. Il est donc considéré comme à la fois mexicain, canadien et danois. Ce qui ne l'empêche évidemment pas d'être d'une beauté sidérante ! "Nous étions dans un cadre primitif", a ainsi confié le chef-opérateur. Rien de très dépaysant pour les fidèles du grand cinéma hollywoodien de l'âge d'or: les fantômes des cinéastes des décennies 1940 et 1950 ne trouveraient sûrement rien à reprocher à ces images d'aujourd'hui. Retenons donc quelques noms: Marcel Zyskind à la photo, Carol Spier et Jason Clarke aux décors, Anne Dixon aux costumes, par exemple. Jusqu'au bout du monde doit aussi beaucoup à ces technicien(ne)s !

Pour porter son projet artistique, Viggo Mortensen, acteur, n'a assuré "que" les postes de producteur, réalisateur, scénariste et compositeur de la bande-originale... en jouant lui-même de quelques instruments. J'ai été bien triste d'apprendre qu'après deux semaines d'exploitation dans les salles, il n'avait pu y attirer qu'à peine 115.000 spectateurs. Si vous en avez encore l'occasion, allez voir le film sur un écran XXL ! Comme je l'ai dit pour d'autres, il a été conçu pour cela et les regrets que vous auriez si vous le ratez en salles ne vous serviraient à rien. Je tiens à le confirmer: même un amateur de westerns classiques peut largement prendre du plaisir devant Jusqu'au bout du monde. Beaucoup des archétypes propres au genre sont en effet respectés. Vous ne devriez donc pas avoir à regretter d'avoir osé un tel voyage...

Jusqu'au bout du monde
Film canado-mexicano-danois de Viggo Mortensen (2024)

"John Ford et Howard Hawks adoreraient ce film": le problème insoluble, c'est qu'ils sont morts - ce que l'affichiste feint d'ignorer. Moi, je ferais plutôt le lien avec Impitoyable (Clint Eastwood / 1992). En notant que le western, quant à lui, est sans aucun doute immortel. Pour y trouver des femmes fortes, je recommande La dernière piste et The homesman. Ou bien Johnny Guitare au rayon cinéma vintage.

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Et si vous voulez prolonger le plaisir de ce film rare...

Je vous suggère la lecture des chroniques de Pascale et Princécranoir.