dimanche 25 septembre 2022

Total (provisoire)

À ce stade de nos échanges, je vous ai parlé de 48 films découverts au cinéma cette année. Et alors ? C'est aussi mon compte pour 2021. Rappel: l'an passé, les salles étaient restées fermées jusqu'au 19 mai. En 2019, année sans impact Covid, je m'étais offert 63 projections sur grand écran. Ce qui constituait mon plus "petit" total depuis 2013.

C'est avec un peu d'étonnement que je note que le nombre des films que je regarde chaque mois dégringole depuis... janvier dernier ! Même si j'assiste à davantage de séances, j'ai réduit mes visionnages sur d'autres supports (télé ou DVD): j'en arrive à une soixantaine depuis le début de l'année, une barre que je franchis habituellement en mai, juin ou juillet. L'avenir nous dira si ce phénomène s'inscrit dans une nouvelle tendance ou fait figure d'exception à la règle. Rassurez-vous: j'ai d'autres films à évoquer - et ce, dès demain midi. Il faudrait que je redresse la barre côté classiques, pour bien faire. Restez connectés, d'accord ? Je n'ai (bien évidemment) pas renoncé...

vendredi 23 septembre 2022

Le monde effondré

Le monde de demain ? Il sera ce que nous en ferons. Cette réplique d'un film d'animation méconnu - Numéro 9, si je ne me trompe pas - reste gravée dans ma mémoire: je la trouve 1) belle et 2) pertinente. Elle pourrait même être "recyclée" pour évoquer Vesper chronicles. Je pensais qu'il s'agissait d'un blockbuster et je faisais fausse route...

À ma décharge, je vous assure que les images de la bande-annonce ressemblent tout de même beaucoup à celles d'une grosse production américaine. Cela étant dit, le film n'abuse pas des effets spéciaux numériques: c'est d'ailleurs l'une de ses premières grandes qualités. Surprise: il ne nous arrive même pas de l'autre côté de l'Atlantique. Vesper chronicles est d'origine belge, française et... lituanienne ! L'histoire ? Sur Terre, les écosystèmes naturels se sont effondrés. Afin de sauver sa peau, l'humanité a fait joujou avec la génétique. Cela a échoué: seule une infime partie des femmes et des hommes est parvenue à survivre, menacée par les virus et les bactéries. L'immense majorité de ces rescapés doit plier l'échine sous le joug d'une petite minorité, cachée dans des villes qu'on appelle citadelles. Il y a les nantis et les autres, ceux qui vendent leur sang en échange de graines qui ne donnent qu'une seule récolte. Une logique féodale...

La première des photos que j'ai choisies vous montre la jeune fille supposée être l'inspiratrice d'un renversement de situation favorable aux plus humbles. Gare: dans Vesper chronicles, l'espoir est ténu ! D'une indéniable richesse esthétique, le film donne corps à un univers sombre que d'aucuns pourront identifier comme le nôtre, demain. J'ajoute qu'au départ, il est franchement contemplatif: si l'héroïne semble bien devoir affronter quelque péril indéfini, il faut du temps pour que le scénario présente ses enjeux et permette à l'intrigue d'apparaître au grand jour. C'est déroutant, étant donné que l'action n'est jamais réellement trépidante, mais ce n'est pas un défaut. J'oserai même dire que ce type de narration révèle toute l'originalité du long-métrage, assez éloigné finalement des standards du film d'action contemporain (et non-inscrit dans la logique des franchises). Las ! Le public n'a pas l'air de suivre: ainsi, après trois semaines d'exploitation, l'opus n'atteignait même pas les 130.000 spectateurs. L'année est dure pour tout le cinéma, mais c'est désolant, je trouve...

Vesper chronicles
Film belgo-franco-lituanien de K. Buozyte et B. Samper (2022)

Un couple aux manettes et quatre étoiles pour exprimer mon soutien aux productions de ce genre, à la fois originales et ambitieuses. Arrêtez-moi si je me trompe: on ne voit pas tous les jours pareil film dans le cinéma français et européen. Je vais dès lors oser un parallèle avec deux longs-métrages présentés cette année: Prospect et Gaia. Du cinéma (de genre) comme je l'aime ! Aussi inattendu qu'inspirant !

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Je ne suis tout de même pas le seul à avoir vu le film...

Vous pouvez donc retrouver des chroniques signées Pascale et Dasola.

mercredi 21 septembre 2022

Deux de tension

J'ai abordé les films d'épouvante par la facette des grands classiques. Je place des réalisateurs comme John Carpenter et Dario Argento comme des incontournables de ma cinéphilie (cf. la page d'index). Aujourd'hui encore, ces maîtres de la peur font des émules: bravo ! C'est sans guère hésiter que j'ai donné une chance à Red screening...

Soyez d'emblée prévenus: ici, vous côtoierez l'horreur pure et dure. Bienvenue au rayon des slashers, ces films qui trucident allégrement leurs personnages jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un tout petit nombre. Si Red screening m'a fait envie, c'est parce que l'action se déroule dans un cinéma et, comme le titre l'indique, pendant une projection. Chose amusante: il y a donc un film dans le film. Mieux, il se trouve que le réalisateur de cette autre "oeuvre" incarne le tueur implacable dans celle dont je vous parle aujourd'hui ! C'est bon, vous suivez ? Malheureusement, le reste est peu intéressant, même si la nationalité uruguayenne du long-métrage du jour a aussi su titiller ma curiosité. Abstraction faite des vrais amateurs du genre, le public de ce truc m'apparaît très limité. Et j'ajoute qu'il n'est pas sorti dans les salles...

Red screening
(alias Al morir la matinée)

Film argentino-uruguayen de Maximiliano Contenti (2020)
Une origine "exotique" et un hommage que je veux croire très sincère aux pères fondateurs du cinéma gore: c'est tout ce que je retiendrai de cet opus franchement dispensable. Une petite déception pour moi ! D'aucuns citent Scream (1996) comme la vraie référence du slasher. Quant à moi, je préfère encore les films cultes des décennies 70 et 80 tels que Suspiria, Fog ou Opéra. Et cette liste n'est pas exhaustive...

lundi 19 septembre 2022

Cavale

Bon... mon film du jour peut encore s'apparenter à un road movie ! Présenté au Festival de Sundance 1994, il mit 25 ans avant de sortir dans les salles françaises. C'est sans doute grâce à la notoriété croissante de Kelly Reichardt que l'on a pu découvrir River of Grass. C'est ainsi qu'on désigne une zone de Floride (proche des Everglades).

J'ai parlé de road movie. La cinéaste le dit aussi et présente son film comme "un road movie sans route, une histoire d'amour sans amour ou une histoire criminelle sans crime". Deux personnages principaux suffisent à raconter l'histoire de Cozy, une (jeune) mère de famille lassée de sa vie monotone. Un beau jour, elle monte dans une voiture avec Lee, un marginal qu'elle a rencontré dans un bar. Le hasard fait que ce dernier a entre les mains un flingue qui appartient à un flic étourdi, batteur de jazz à ses heures perdues: le propre père de Cozy. Voilà... le reste, je vais vous laisser le découvrir seuls. Il faut avouer que ce ne sera pas forcément facile: River of Grass est un film rare. Dire qu'il m'a passionné serait mentir, mais je suis vraiment content d'avoir réussi à le voir dans l'idée de tout connaître de sa réalisatrice. Le portrait de l'Amérique pauvre qu'elle nous présente vaut le détour. J'apprécie ce minimalisme. C'est pourquoi, tôt ou tard, j'y reviendrai !

River of Grass
Film américain de Kelly Reichardt (1995)

Ce long-métrage ne dépasse pas une heure et quart de projection. Autant dire que, malgré mes bémols, j'ai aisément "tenu la distance". Certains critiques professionnels font un parallèle entre ce film méconnu et quelques classiques du cinéma US, tels Bonnie and Clyde ou La balade sauvage - que je reconnais ne pas avoir encore vus. Côté road movies, je dirais Thelma & Louise. Et Sugarland express !

dimanche 18 septembre 2022

Jean R. et Patrice L.

Que les sieurs Rochefort et Leconte parviennent à tourner Tandem n'était pas gagné d'avance. J'ai lu que le comédien et le réalisateur s'étaient très mal entendus - Jean demandant qu'on vire Patrice ! - sur le plateau de Les vécés étaient fermés de l'intérieur (1976). Cette brouille ne sera que passagère. Heureusement pour le cinéma...

Plus de dix ans séparent les deux films, mais la réconciliation tardive des deux hommes permettra Le mari de la coiffeuse en 1990, Tango trois ans plus tard, le doublé Les grands ducs-Ridicule courant 1996 et L'homme du train en 2002. Il faudrait que je les revoie tous. J'avoue que, par ailleurs, je pense que d'autres duos acteur / cinéaste mériteraient que je leur consacre une pleine semaine de chroniques comme celle qui s'achève (et avec davantage de films, peut-être). Promis: je vais y réfléchir. Tout en restant ouvert à vos suggestions !

jeudi 15 septembre 2022

Une dernière route ?

"Chers amis, bonjour !": je me souviens de ma grand-mère paternelle écoutant Le jeu des mille francs à la radio, avec Lucien Jeunesse comme présentateur. Nicolas Stoufflet est désormais au micro d'Inter et les francs sont devenus euros, mais le lien possible avec Tandem reste tout à fait pertinent. Et cela pourrait bien faire jaser, encore...

À l'écran comme sur les ondes, il est en effet question d'un jeu radiophonique itinérant, diffusé chaque jour à partir d'une petite ville française. Au cinéma, il s'appelle La langue au chat et Jean Rochefort endosse le rôle de l'animateur vedette, Michel Mortez, accompagné par Gérard Jugnot comme chauffeur, technicien et... souffre-douleur. Car, oui, Tandem est en fait le portrait d'un misanthrope cynique. D'un homme vieillissant, qui supporte mal d'avoir des gens simples pour admirateurs et qui, sans le savoir, fait son dernier tour de piste. D'autres ont décidé pour lui qu'il était temps de partir à la retraite. Assez peu vu à sa sortie, le film porte bien son titre: il est double. L'impeccable Rochefort parvient sans mal à révéler toutes les failles intimes de son personnage, que Jugnot sublime avec le sien, humilié parfois, humble à coup sûr, et avant tout d'une fidélité indéfectible. Aucune fausse note dans le jeu de ce duo (très) justement accordé. Gare: j'ai parfois vu le long-métrage classé au rayon des comédies. Euh... je ne dirai pas ça. Ce qui, promis, n'enlève rien à sa grandeur !

Tandem
Film français de Patrice Leconte (1987)

Les gros chiens rouges et les cyclistes un peu dingues vous saluent. Pourquoi je dis ça ? Vous pourrez comprendre en regardant le film ! J'aime ce côté road movie désenchanté et les interprètes sont au top. Pour cette double raison, faire une comparaison avec les Américains de L'épouvantail pourrait s'avérer audacieux et pertinent à la fois. D'après certains, Don Quichotte et Sancho Panza ne sont pas si loin...

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Vous voulez creuser le sujet ?

Je vous suggère de commencer en lisant l'avis de "L'oeil sur l'écran".

lundi 12 septembre 2022

Sur la bonne voie ?

Je suis bien d'accord avec François Morel: Jean Rochefort et la mort n'ont rien à faire ensemble. J'affirme donc que j'admire le comédien moustachu, au présent. Désormais, j'ai rattrapé Un étrange voyage. Du personnage qu'il joue dans ce film d'Alain Cavalier, Monsieur Jean disait qu'il était particulièrement proche de lui-même ! Voyons cela...

Restaurateur de tableaux anciens, Pierre vit séparé de son épouse depuis une quinzaine d'années. Il ne s'est guère occupé de sa fille. Désormais, Amélie est une jeune femme et souffre de troubles psychologiques importants, qu'elle tente de dissimuler dans sa vie d'étudiante "ordinaire". Un jour, le duo se rapproche quand Pierre accepte qu'Amélie l'accompagne le long de la voie de chemin de fer entre Paris et Troyes. Il est persuadé que sa mère, Ginou, disparue subitement, y est tombée du train qu'elle avait pris pour lui rendre visite. Ne (sou)riez pas: cet argument s'inspire d'un fait divers réel. Un étrange voyage n'a d'ailleurs rien d'amusant, pour tout vous dire. Mais Jean Rochefort, qui avait lui-même perdu sa mère peu de temps auparavant, excelle justement dans ce rôle d'homme désemparé, pris soudain entre les sentiments que lui inspirent deux femmes de sa vie. Point important: sa jeune partenaire n'est pas en reste et, à 20 ans seulement, Camille de Casabianca avait même cosigné le scénario. Bon, vous l'aurez compris: ce film rare mérite franchement le détour !

Un étrange voyage
Film français d'Alain Cavalier (1981)

Un opus relativement inclassable et une belle oeuvre sur les deuils obligatoires et les brouilles encore remédiables. La relative austérité du propos n'empêche pas les moments de grâce et de pure émotion. Difficile d'établir des parallèles, mais si jamais le sujet de la perte vous intéresse, essayez Vers l'autre rive et/ou La chambre du fils. D'autres films qui nous parlent de la souffrance - et de l'apaisement...

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Un autre avis vous intéresse-t-il ?

Si c'est le cas, aucune hésitation à avoir: direction "L'oeil sur l'écran" !

vendredi 9 septembre 2022

Sept regards

J'avais prévu de présenter un film après ma chronique-anniversaire. Changement de programme: je vais évoquer des courts-métrages. Dernièrement, j'ai en effet eu l'occasion de découvrir les oeuvres primées au 45ème Festival du film court en plein air de Grenoble. Oeuvres reprises en salle après avoir été honorées tout début juillet !

Titan
Valéry Carnoy - 2021 - Belgique - 19'

Est-on chez nos voisins européens ? J'ai d'emblée supposé que oui. Nathan est un garçon d'une douzaine d'années, issu d'un milieu modeste. Il semble qu'il ait du mal à s'imposer parmi ceux de son âge. Ce mini-portrait a su m'emmener dans un "ailleurs" à la fois étranger et tout à fait familier. Une jolie réussite, en somme. Dans le rôle principal, Mathéo Kabati est d'une belle justesse et touche au coeur...

Lolos
Marie Valade - 2022 - Canada - 7'

Un peu moins convaincu par ce film d'animation, malgré une idée intéressante au départ. L'autrice-réalisatrice traite du rapport intime que les femmes entretiennent avec leurs seins. C'est drôle, parfois. Cela peut aussi être tout à fait dérisoire ou véritablement tragique. Sincèrement, je crois tout à fait comprendre l'importance du sujet. L'univers inventé a du charme, mais il m'aura manqué je ne sais quoi.

Deux soeurs
Anna Budanova - 2021 - France - 14'

Mon chouchou au sein de la sélection. Deux soeurs vivent (seules ?) auprès d'une noire forêt qu'elles se gardent bien de jamais pénétrer. Quand, attirée par une lumière, l'une d'elles cède à l'envie tenace d'aller voir ce qui s'y passe, un phénomène survient, aussi fascinant que potentiellement dangereux. J'y ai vu une belle allégorie de la vie. Porté par une forme impeccable, ce bref récit m'a transporté. Bravo !

Planète triste
Sébastien Betbeder - 2021 - France - 29'

Le portrait tendre d'un cinéaste timide censé créer un film complet avec des lycéens apparemment peu motivés par cette perspective. S'inspirer de leurs vies ? Ils n'en ont même pas envie. Le miracle arrive quand, d'abord moqueurs, ils prennent leur prof en affection. J'avais déjà pu voir un long du réalisateur. Et j'ai préféré ce court ! Une idée du vivre-ensemble, assez poétique (et un peu mélancolique).

Godzalina
Lucie Paras - 2021 - France - 5'

Le court-métrage n'est pas forcément le brouillon d'un film long. Pourtant, devant cette histoire d'une femme grimpée sur un monstre aquatique pour punir les machos, j'ai pensé qu'un récit prolongé pourrait aussi être intéressant. Tel quel, l'opus m'a amusé: bon point. J'ai bien aimé cette façon de nous parler de la solidarité féminine. Apparemment, c'est un projet de fin d'études. On verra bien la suite !

Vikken
Douna Sichov - 2021 - France - 27'

Des drag queens et kings dansent face à la caméra, filmés au ralenti. Des images fixes - et symboliques - se succèdent ensuite à l'écran. Quelqu'un travaille avec sa voix dans un studio d'enregistrement. Difficile à appréhender sur la forme, ce court est un documentaire étonnant autour de Véronique, née femme... et devenue homme. Éprouvant et nécessaire, je dirais - à l'image du témoignage recueilli.

Yulí
Patrick Dionne et Miki Gingras - Canada - 18'

Où il est question de la Colombie en général et de Medellín, capitale locale souvent citée pour les trafics de drogue et le crime organisé. Sans avoir la prétention d'avoir bien tout compris, je tiens à dire qu'ici, la métropole se voit offrir une autre image, positive, celle-là. Un étonnant voyage, en somme, en terre quasi-inconnue. Le plan d'ouverture est magnifique. Le reste ? Remarquable. À (re)voir, donc.

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Un mot de conclusion...

Vous l'aurez compris: j'ai vu de belles choses dans cette sélection. L'occasion d'apprécier des courts-métrages dans une salle de cinéma reste rare: il se peut donc que je renouvelle l'expérience à l'occasion. Vous aurez noté qu'une rubrique dédiée existe sur le blog, pas vrai ? Sept ajouts y sont donc prévus aujourd'hui. Les prochains attendront. Que tout cela ne vous empêche pas... de me faire part de votre avis !

mardi 6 septembre 2022

Et de quinze !

Une fois n'est pas coutume: je n'ai pas écrit de chronique hier, lundi. Habituellement, j'ouvre la semaine dès son premier jour, mais on dira que l'exception confirme la règle (ce qu'on vérifiera... dans six jours). En attendant, je pose une pierre blanche supplémentaire sur ce blog pour signaler que je célèbre ce mardi ses QUINZE années d'existence !

Mille et une bobines
est né à une époque où j'aimais moins le cinéma qu'aujourd'hui. 2.370 films et 2.826 chroniques plus tard, il est fidèle à sa vocation d'aide-mémoire - personnel - de toutes mes séances. Combien de bougies soufflerai-je encore ? Je n'ai encore rien décidé. Car, dans quinze ans, si je n'y suis pas, j'approcherai de la retraite. C'est difficile d'anticiper sur ce que sera ma vie à cette échéance. J'aurai encore le goût du cinéma, sans doute, mais sinon ? On verra. L'important pour moi est de continuer à m'inscrire dans une logique d'échange et de transmission autour des films les plus variés possible. Avec un immense merci à celles et ceux qui entretiennent la flamme !

dimanche 4 septembre 2022

L'empoisonneuse

Morbihan, autour de 1810. Une gamine, Hélène Jégado, vit à l'ombre d'une mère qui ne lui donne aucune affection. C'est donc en solitaire qu'elle doit affronter ses peurs enfantines, sans y arriver vraiment. Quelques années plus tard, aïe ! Elle deviendra la pire tueuse en série que la France ait connue. Le nombre de ses victimes: une trentaine...

Hélène ne fut condamnée que pour cinq meurtres, prescription oblige. Ce destin a nourri un roman de Jean Teulé, sorti chez Julliard en 2003 et devenu un film quatre ans plus tard. Le titre - Fleur de tonnerre - reprend le surnom que Madame Jégado mère avait attribué à sa fille. Dans la réalité des faits, il semble qu'elle n'ait pas été aussi méchante avec sa progéniture que la fiction le prétend. En présentant Hélène comme une jeune femme instable, pétrie de croyances populaires païennes et maltraitée par presque tout le monde, il est très possible que le long-métrage se fourvoie - ou en ajoute à une situation difficile, au point donc de la faire devenir littéralement invivable. Comment analyser ce choix ? Il offre en tout cas à Deborah François l'occasion de s'exprimer sur une gamme étendue. La jeune actrice belge s'en sort avec les honneurs, elle que je crois n'avoir jamais vue dans un tel registre auparavant. Le reste de la distribution apparaît malheureusement moins inspiré et le rythme du film trop mollasson pour convaincre. Je retiens la page méconnue de l'histoire bretonne...

Fleur de tonnerre
Film de Stéphanie Pillonca (2017)

Une (relative) déception. Les critiques que j'avais lues sur le film avant de le voir n'étaient pas très élogieuses, mais je m'étais imaginé que mon intérêt pour la Bretagne compenserait quelques défauts. Vérification faite, c'est le cas, oui, mais pas assez pour m'emballer. Autant donc vous conseiller de (re)voir Le cheval d'orgueil, un film différent à une autre époque, mais à mes yeux bien plus intéressant !

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Une petite info "people"...

La réalisatrice, Stéphanie Pillonca, est l'épouse de Gustave Kervern. L'intéressé apparaît très brièvement à l'écran dans le rôle d'un prêtre.

Et pour finir, les traditionnels liens...
Vous pourrez lire deux autres avis sur le film chez Pascale et Dasola

vendredi 2 septembre 2022

Le mur du son

Sept des dix films espagnols les plus vus dans les salles françaises datent des années 50 et 60. Les trois autres sont signés Almodóvar. J'ai du respect pour l'ami Pedro, mais je tiens à ce que mon approche du cinéma ibérique ne se limite pas à ses créations, aussi réussies puissent-elles être. J'ai donc rapidement été attiré par En décalage...

Le pitch promettait beaucoup: C. travaille comme ingénieure du son pour le compte d'une importante société de production audiovisuelle. Ses compétences sont appréciées à leur juste valeur, jusqu'au jour où, soudain, tout se détraque: les effets sonores qu'elle devait caler sur les images d'un film s'avèrent en fait totalement désynchronisés. Pire, C. se rend compte qu'il en va de même pour tous les bruits perceptibles dans son quotidien. Lorsqu'elle frappe l'une de ses mains contre l'autre, le "clac" n'arrive qu'avec plus d'une minute de retard ! Comment analyser ce phénomène ? C'est évidemment ce que le film s'efforce de nous raconter. Très intéressant sur le papier, oui, mais...

En décalage
est un peu trop nébuleux et, malgré une très belle scène de rendez-vous dans un café, reste assez terne et manque de rythme. J'ai trouvé le long-métrage plutôt frustrant, un peu comme si l'auteur n'avait vite plus su quoi faire au juste de sa (bonne) idée de départ. Dans le même temps, il en développe quelques autres qui, du coup, apparaissent incongrues car exagérément... décalées du sujet initial. C'est fort dommage pour Marta Nieto, une actrice que j'ai découverte avec ce film - et dont j'ai entendu beaucoup de bien par ailleurs. Meilleure chance la prochaine fois: on ne gagne pas à tous les coups. À quand mon prochain film espagnol ? Je ne sais pas. Que sera sera...

En décalage
Film espagnol de Juanjo Giménez Peña (2021)

J'attendais mieux de cet opus et lui attribue une note assez sévère. Maintenant, je vois mal ce qui m'a manqué: un récit mieux maîtrisé ou quelques explications rationnelles de plus sur ce que C. subit. L'ambiance de tension à la Blow out annoncée par certaines critiques n'est jamais apparue à mes yeux. Et rien n'a fait écho à mes oreilles ! Des idées de films où le son compte énormément ? Je reste à l'écoute.

mercredi 31 août 2022

Tels des naufragés

C'est terrible: j'ai l'impression que Des feux dans la nuit est passé totalement inaperçu. Quand j'ai repéré cet opus à l'affiche du cinéma que je fréquente le plus, en première semaine, il passait quatre fois par jour. Et sept jours plus tard, il n'avait plus droit qu'à une séance quotidienne (à 21h40). J'y suis allé un vendredi soir. J'étais tout seul !

Adaptation libre d'une nouvelle du Japonais Akira Yoshimura, le film nous conduit sur une île, au 16ème siècle. Les habitants d'un village tentent de survivre grâce à la pêche. Les hautes montagnes voisines n'offrent aucune alternative à cette existence morne et misérable. Quand la disette s'éternise, le dernier recours est celui d'un homme extérieur à la communauté. Lui passe de temps en temps échanger quelques sacs de grain contre ceux qui, pour sauver leurs familles affamées, n'ont plus d'autre solution que de se vendre eux-mêmes. Entièrement tourné en Corse, le long-métrage impose un contraste saisissant entre la magnificence de son décor naturel et les aspects sordides de son scénario. Oui, la beauté gagne et la dureté avec elle. Des feux dans la nuit ne laisse que peu de place à l'espoir d'un monde meilleur pour ses personnages et, au passage, égratigne l'image lisse de certains d'entre eux. Et assurément, cela vient renforcer le récit...

Le film a aussi le mérite de révéler un jeune acteur: Igor van Dessel. Dans toute la distribution, je ne connaissais guère qu'Ana Girardot. La fille d’Hippolyte se tire honorablement de son rôle de guérisseuse du village et est également parvenue à m'émouvoir en mère-courage. J'ai aussi reconnu Jérémie Elkaïm, mais il n'a qu'un tout petit rôle dans cette histoire (même si, à vrai dire, il est tout à fait central). Sincèrement, je vais ajouter que Des feux dans la nuit m'a aussi plu sur le plan formel, avec sa palette bleutée, douce et froide à la fois. L'irruption soudaine du rouge sera un tournant - je n'en dis pas plus. Tout cela est très épuré, à vrai dire, et il m'apparaît donc probable que le réalisateur n'ait disposé que d'un budget relativement modeste. L'atmosphère de conte qu'il a créée est digne d'éloges: je dois avouer que c'est elle qui a titillé ma curiosité, et ce dès la bande-annonce ! Bref, vous l'aurez compris: je ne regrette pas ma séance "en solo". Reste à espérer que le long-métrage puisse profiter d'une seconde vie décente côté télé et vidéo. J'ai, malheureusement, quelques doutes...

Des feux dans la nuit
Film français de Dominique Lienhard (2022)

Un beau travail d'artisan et l'un de mes coups de coeur du millésime. Pourquoi est-il absent de tant de médias ? Je l'ignore. Sa sortie estivale semble le condamner à l'anonymat: c'est vraiment dommage. Navré, mais je me sens un peu sec pour les comparaisons possibles ! Plus tôt cette année, j'avais aimé un autre drame posé dans un cadre d'une incroyable beauté: le très étonnant Piccolo corpo, venu d'Italie.

lundi 29 août 2022

Au nom de la morale

Il s'appelait Saeed Hanaei et voulait sauver sa ville de la déchéance. En substance, c'est en tout cas l'explication qu'il donna aux autorités après avoir assassiné seize femmes, prostituées et souvent junkies. Survenue en 2000 et 2001, cette très sordide histoire nous parvient grâce au cinéma et un film qu'elle a inspiré - Les nuits de Mashhad...

D'abord, une précision s'impose: Mashhad est la deuxième ville d'Iran en termes de population. Et l'ex-président Mahmoud Ahmadinejad estimait qu'elle était aussi (je cite) "la capitale spirituelle" du pays ! Vous le savez probablement: là-bas, la religion est une composante essentielle de la vie sociale, souvent sclérosée par une morale définie par les gardiens de la foi. C'est en ce sens que Les nuits de Mashhad peut être perçu comme un film important. En confiant une enquête criminelle au long cours à une femme journaliste, le scénario invente quelque chose qui n'existait pas dans la réalité et révèle l'intention première de l'auteur-réalisateur: se servir de ces monstrueux faits divers pour exposer le délitement et la corruption des autorités iraniennes - ce que le gouvernement de Téhéran a bien sûr dénoncé. Que le cinéaste vive depuis longtemps en Europe le disqualifierait pour parler ainsi de son pays d'origine. Cela, je vous laisse en juger...

Et moi ? Je trouve que Les nuits de Mashhad tient du réquisitoire implacable (et au moins partiellement justifié). J'admets volontiers qu'avant même d'aller le voir, je me suis également posé la question de sa nationalité. Conclusion: qu'il soit financé par des producteurs danois, suédois, allemands et français n'est pas le plus important. Comment peut-on reprocher à l'équipe d'avoir tourné en Jordanie plutôt que clandestinement ? Comment méjuger Zahra Amir Ebrahimi, Prix d'interprétation féminine à Cannes cette année, exilée en France et jadis menacée de coups de fouet dans une affaire de sextape ? Vous me direz que je m'éloigne du cinéma et vous n'aurez pas tort. Maintenant, pour y revenir, je ne dirai pas que j'ai vu le film parfait. Extrêmement explicite dans ses scènes violentes, le long-métrage risque de choquer certains spectateurs - j'étais moi-même à la limite. Restent un sujet important, donc, des comédiennes et comédiens solides dans l'ensemble, et une mise en scène tout à fait à la hauteur. Des films imparfaits de ce calibre, je suis décidé... à en voir d'autres.

Les nuits de Mashhad
Film germano-franco-suédo-danois d'Ali Abbasi (2022)

Ce long-métrage n'est pas qu'un thriller de plus. Malin, son montage alterné nous intéresse successivement à l'enquête et à la condition sociétale des Iraniens coupés des (prétendues) élites. Je dois signaler que c'est parfois bien difficile à regarder et, plus encore, à admettre. Le parallèle possible avec La nuit du 12 a quelque chose d'effarant. Vous préféreriez voir un film iranien ? Je suggère Un homme intègre.

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À l'évidence, le film ne fait pas l'unanimité...

Assez longtemps indécis, j'ai failli rater sa diffusion sur grand écran ! Dasola, elle, paraît l'avoir vraiment apprécié. Pascale ? Un peu moins.

samedi 27 août 2022

Ça fait peur ?

Vous l'aurez compris en me lisant: le film que j'ai présenté avant-hier m'a laissé un peu sur ma faim du strict point de vue de l'épouvante. Résultat: je me suis demandé ce qui pouvait faire peur au cinéma. J'imagine qu'il vaut mieux ne pas se contenter d'être dans son canapé pour trembler vraiment. Et le choix des personnages me paraît large !

Nosferatu le vampire / Friedrich Wilhelm Murnau / 1922
En remontant vers les origines de la terreur, je me dis que le vampire est le premier freak du septième art. Son âge avancé impressionne. S'il évite gousses d'ail et pieux dans le coeur, il restera un adversaire coriace, mais tellement connu désormais qu'il ne suscitera qu'un effroi relatif. Et voilà longtemps qu'on retient aussi son côté romantique. Personnellement, je n'ai pas le souvenir qu'une créature aux dents longues m'ait jamais fait frémir. OK, si cela change, je vous le dirai ! Il est avéré que je suis encore loin d'avoir fait le tour de la question...

World war Z / Marc Forster / 2013
Étaient-ils vraiment partis ? Ces dernières années, j'ai l'impression que les zombies ont fait un retour fracassant dans les salles obscures. Ici ou ailleurs, je note qu'il n'est pas toujours simple de comprendre comment tuer un mort-vivant - euh... si tant est que ce soit possible. J'ai constaté aussi que certains de ceux d'aujourd'hui en ont terminé avec les mouvements lents et se déplacent même beaucoup plus vite que le commun des mortels. Je préfère ceux qui inspirent des films comiques ! Peut-être parce que ça renforce leur apparence humaine...

The host / Bong Joon-ho / 2006
J'en arrive à toutes les créatures de poils, de plumes ou d'écailles. L'imagination des designers de cinéma est sans limite: je pense donc que nous sommes encore loin d'avoir éradiqué ces fichues bestioles. Comment les reconnaître ? À leur taille démesurée et à leur appétit vorace pour la chair humaine ! Leur mode de vie, lui, peut varier. Certaines aiment se tapir dans un coin sombre en attendant l'instant idéal pour bondir sur leur proie, mais d'autres attaquent en plein jour. Face à elles, le meilleur réflexe à adopter est sans nul doute de fuir...

Ça / Andrés Muschietti / 2017
Bon... cette fois, ça passe ou ça casse. J'ai connu une amie effrayée à la simple idée de croiser un clown. Moi, c'est le contraire: le nez rouge m'évoque d'abord l'artiste de cirque qui fait rire les enfants. Inutile de choisir: un camp: les deux sentiments se valent, dirais-je. Toutefois, c'est bien du côté du mal que la balance semble pencher depuis quelques années désormais, au grand dam des coulrophobes. Ces derniers sont d'ailleurs pris très au sérieux par les psychiatres. Finalement, j'ai du bol: la séance cinéma me coûte bien moins cher...

Les autres / Alejandro Amenàbar / 2001
Et les fantômes, maintenant ? C'est à ceux que va ma préférence. Pourquoi diable ? Simplement parce que j'aime croire que ce qui est là n'est pas toujours perceptible et inversement ! Autre source de plaisir cinématographique: ce constat que les esprits s'incarnent de façons très diverses - et pas forcément pour faire peur. Sur écran, il arrive qu'un(e) protagoniste soit ravi(e) d'être hanté(e) ou ose s'en amuser. Cela peut à coup sûr donner lieu à quelque jolie histoire fantastique. Pour en connaître une, la condition est de ne pas avoir peur du noir...

Les dents de la mer / Steven Spielberg / 1975
Après ce tour d'horizon (que vous pourrez compléter à l'envi), je crois qu'il serait de bon ton de conclure en vous parlant très ouvertement de ce qui peut me faire le plus peur: ce qu'on ne nous montre pas ! Sûrement frustrant pour certains amateurs de cinéma, le hors-champ constitue pour moi une grande source d'imagination - s'il est utilisé avec intelligence et parcimonie, évidemment. L'un de mes fantasmes absolus serait de voir un film qui fasse frissonner sans RIEN dévoiler. Certains commencent ainsi, c'est vrai, mais sans "tenir la distance". Allez savoir: peut-être que ce qui reste dans l'ombre est mieux perçu que ce qui saute aux yeux, en fait. Ouais, je n'en suis pas aussi sûr...

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Je vous répète que le débat est ouvert...

Vous pouvez dès lors enrichir cette liste de tous vos monstres à vous !

jeudi 25 août 2022

Sous la surface

L'urbex, vous connaissez ? Cette pratique consiste à visiter des lieux divers construits par l'homme et finalement, après un certain nombre d'années d'utilisation, laissés à l'abandon. La fascination (artistique) que j'éprouve à l'égard des fantômes en tous genres y trouve un écho. Et c'est notamment cela qui m'a motivé à regarder The deep house...

Autant vous le dire: les critiques que j'avais parcourues sur cet opus français joué par un duo anglo-saxon auraient pu me décourager. Après tout de même quelques atermoiements, j'ai fini par plonger avec Tina et Ben vers la "maison profonde" du titre. Je rembobine juste pour vous: les deux personnages, amoureux, sont en vacances quelque part dans la France rurale et ont entendu parler d'un lac recouvrant d'anciennes habitations. Problème: ledit lac est une base touristique importante et il semble dès lors impossible d'y plonger. Heureusement pour les tourtereaux, un homme habitant les environs entend leur déception et se propose de les conduire vers un site capable d'étancher leur soif d'aventure. La suite se passe sous l'eau. Comme vous l'imaginez, elle est plutôt éprouvante pour les nerfs ! Certain(e)s d'entre vous risquent de se noyer au premier poisson vaguement inquiétant. Les autres s'accrocheront à un long-métrage très moyen, que son décor subaquatique sauve du complet naufrage. Trois étoiles, donc ? Oui, oui ! Parce que j'ai décidé d'être généreux...

The deep house
Film français d'Alexandre Bustillo et Julien Maury (2021)

Les deux garçons n'en sont pas à leur coup d'essai, mais j'ignore tout des autres films qu'ils ont réalisés ensemble. Il leur a été reproché d'être peu inventifs et ce malgré leur volonté affichée d'apporter quelque chose d'original au genre horrifique - une critique fondée. Autant revenir à un classique comme Massacre à la tronçonneuse. Sauf si vous préférez les fantômes - et le frisson - de Sixième sens...

lundi 22 août 2022

Un séduisant brigand

Je n'ai pas compté. Je ne sais donc pas combien de fois le cinéma s'est efforcé de nous rendre un voleur sympathique. Je suis convaincu qu'il existe des centaines d'exemples - et sur Mille et une bobines aussi. J'ajoute aujourd'hui à la liste The grey fox, un film canadien que j'ai découvert par hasard et qui célèbre ses 40 ans, cette année...

Bill Miner, lui, en a une bonne cinquantaine quand l'administration pénitentiaire américaine le libère, après 33 ans derrière les barreaux. Voleur dès son plus jeune âge, braqueur de diligences, notre homme retrouve alors sa soeur, malgré la franche hostilité de son beau-frère. Las ! Il ne parvient pas à se convertir en sage travailleur et se décide à reprendre sa route pour rallier le Canada et... y attaquer des trains. Je vous laisse découvrir la suite, mais le fait est que ce Bill Miner s'avère franchement attachant. Le sourire timide et les grands yeux bleus de l'acteur Richard Farnsworth n'y sont sûrement pas pour rien. Néanmoins, le film a bien d'autres atouts, avec une distribution riche d'actrices et d'acteurs inspirés, ainsi qu'une esthétique de western aux petits oignons. The grey fox est censé se dérouler au tout début du 20ème siècle: c'est donc le portrait d'un homme soudain dépassé par son temps, mais pourtant combattif et assez loin d'être désabusé. Bon... j'insiste (un peu): ce film m'a procuré beaucoup de plaisir. Nommé treize fois aux Genie Awards canadiens, il repartit avec sept !

The grey fox
Film canadien de Phillip Borsos (1982)

Coup de coeur instantané pour cet opus dont j'ignorais l'existence jusqu'à son passage sur mon écran-radar, il y a quelques semaines. Superbement filmé et parfaitement joué, il ne mérite pas de tomber dans l'oubli. Cela dit, Butch Cassidy et le Kid reste ma référence première des voleurs séduisants au Far West. Pour citer un film moins connu, je choisirais Bad company. Un peu plus mélancolique...

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Un dernier mot...

J'ai cherché en vain la trace du renard gris chez mes amis de blogs. NB: le moteur de recherche était en panne chez Ideyvonne et Eeguab. J'ajouterai volontiers tout lien pertinent sur le long-métrage du jour !

vendredi 19 août 2022

Tréfonds

La nuit du 12 restera, je crois, comme l'un des grands films français du millésime actuel. Je vous avoue que je fondais de grands espoirs sur ce polar. Et au final, je le constate: il les a parfaitement comblés. Cela ne veut toutefois pas dire que je le conseillerais à tout le monde. La justice peut être une lumière. Cet opus, lui, s'avère très sombre...

D'emblée, nous sommes plongés dans la réalité la plus crue: un carton préalable nous indique qu'en France, un meurtre sur cinq demeure sans coupable identifié. Et nous voilà embarqués dans une brigade criminelle, qui, de nuit, fête le départ à la retraite d'un de ses chefs. Seulement des hommes dans ce groupe. Pas forcément les plus fins. Aussitôt après, le cadavre partiellement calciné d'une jeune femme est découvert dans une rue d'une ville moyenne des Alpes. Deux flics venus de la grande ville fouillent aussitôt dans la vie de la victime pour identifier un suspect (ou au moins un mobile). L'image proprette de Clara en prend un coup, mais de fait sans que l'enquête avance pour autant. Et le film nous montre très bien le côté ingrat et futile de l'investigation policière. C'est tout à la fois sobre et passionnant...

Si ce n'est face à la mort primitive, La nuit du 12 n'est pas un film spectaculaire. Disons plutôt qu'il ne joue pas sur des effets tapageurs. Il montre au contraire ce que l'être humain peut être - ou devenir - devant la violence et, a fortiori, dès lors qu'il se heurte à des murs malgré ses envies de comprendre. L'énigme qui est (pro)posée compte moins que la profonde étude de moeurs, d'une subtilité rare. En ce sens, le long-métrage vient nous bousculer tant il sait s'ancrer dans notre époque - et notamment au sujet de la condition féminine. Chacun à leur place, les actrices et les acteurs jouent parfaitement sur toutes les nuances du scénario, dont les belles qualités d'écriture paraissent renforcées par la "plastique" du film, ses images, ses sons et même ce à quoi il fait allusion, ce qu'il suggère... c'est très solide !

Autre aspect très intéressant: le récit nous montre progressivement que, même en groupe, on peut se retrouver tout à fait seul, soudain. C'est pour cela que tout paraît si noir, finalement, les faits criminels eux-mêmes ne servant alors que de révélateurs - terribles symptômes d'une société individualiste, de plus en plus à la dérive. L'empathie existe, mais elle a le plus souvent tendance à s'effacer avec le temps. Dès lors, les ellipses que s'autorise le film lui apportent un sens incroyablement puissant: elles montrent que l'oubli peut parfois faire des ravages, mais aussi, heureusement, que les années qui passent et le courage de certains sont susceptibles d'apporter de l'apaisement. Le tout en deux heures de cinéma, cela fait beaucoup, me direz-vous. C'est vrai ! Mais nul n'est obligé d'y voir autre chose qu'un bon polar...

Je dirais que le crime nous place face aux tréfonds de l'âme humaine. Pour ma part, j'ai également aimé La nuit du 12 car il se déroule dans des montagnes proches de chez moi. J'irai les voir de plus près d'ici quelque temps, sans doute, non par fétichisme, mais par envie d'apprécier leurs beautés indéniables d'un peu plus près. Avec un oeil passionné et donc attentif, je pense surveiller également le palmarès des César 2023, où j'espère voir certains comédiens et/ou techniciens de ce grand moment de cinéma (qui paraît faire l'unanimité critique). Entre les deux, je verrai peut-être d'autres films du même cinéaste. Je crois qu'il serait intéressant aussi de lire le texte qui l'a inspiré dans 18.3 - une année à la PJ, un livre de Pauline Guéna paru en 2020 aux éditions Denoël. Votre avis m'intéresse, si vous m'avez précédé...

La nuit du 12
Film français de Dominik Moll (2022)

Ma conclusion est tout à fait positive. Ce qui est ici montré des flics n'est peut-être pas conforme à la réalité, ni même juste "proche de". N'empêche: la complexité, le non-manichéisme et les nuances du film ont permis que je m'intéresse de près à cette enquête (non-aboutie). Pour la facette immersion policière, Scènes de crimes et BAC Nord me semblent un peu moins justes. Et j'aimerais aussi revoir L. 627...
 
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Pour aller plus loin avec ce film...

Vous pourriez lire les avis de Pascale, Dasola, Princécranoir et Strum.

mercredi 17 août 2022

Aux origines de l'infini

Les Anglo-saxons appellent cela un spin-off. On prend un héros secondaire apparu dans tel ou tel film... et on en fait le héros principal d'un tout nouvel opus. Et 27 ans après avoir été le comparse du cowboy Woody dans Toy story, Buzz l'Éclair a eu droit à "son" film !

On peut aussi parler d'une origin story, dans la mesure où un carton nous informe d'emblée que tout ce qui va nous être raconté se passe avant ce que l'on connaît déjà (ou ce que l'on est supposé connaître). Rassurez-vous: si vous êtes passé à côté, Buzz l'Éclair - le film - demeure vraiment une oeuvre indépendante. Elle raconte l'histoire d'un groupe d'hommes et de femmes qui se sont posés sur une planète lointaine pour découvrir 1) qu'elle était hostile et 2) que le seul moyen de retourner sur Terre leur était désormais totalement inaccessible. Enfin... jusqu'à ce que l'un d'eux se lève pour changer cela, bien sûr ! Sur une trame assez classique, ce film d'animation est très efficace pour nous emmener dans les étoiles. C'est une comédie intelligente. On y dit deux mots de l'adaptation de l'humain à son environnement...

C'est prévisible: le film invente aussi une galaxie de protagonistes autour du premier d'entre eux. Dans l'ensemble, ils sont tous rigolo ! Chat-robot, spationaute franchement maladroit ou grand-mère rebelle inquiète à chaque apparition de la police, le casting est attachant. J'ajoute qu'il n'est pas que blanc et qu'il comporte deux personnages de femmes homosexuelles - ce qui me semble inédit chez Disney. Attention: je ne veux pas vous gâcher le bonheur de la découverte. Formellement parlant, Buzz l'Éclair est une merveille, évidemment. Dans mon entourage, une petite fille de 8 ans et demi l'a apprécié sans réserve. Même constat pour... ma mère, qui l'a vu avec moi. Pourquoi bouder son plaisir ? Après plusieurs films du studio Pixar réservés aux plateformes et supports numériques, c'est chouette d'enfin renouer avec l'écran géant et l'émotion collective du cinéma. Vers l'infini et au-delà ? Peut-être. Soyez-en assurés: je suis partant !

Buzz l'Éclair
Film américain d'Angus MacLane (2022)

Une réussite. Et ensuite, des suites ? Ce n'est évidemment pas exclu. Mais j'insiste: cet opus peut se suffire à lui-même et faire la joie d'enfants de tous âges - jusqu'à la majorité et bien au-delààààààààà. Après l'avoir vu, vous aurez peut-être envie de revenir aux sources avec Toy story (et ses trois prolongations). Pour rester dans l'espace encore, je vous re-recommande le 100% made in France Terra Willy !