samedi 16 octobre 2021

Ode à la révolution

Il y a deux choses que je tiens à éviter au cinéma: 1) rater le début d'un film et 2) ne pas le voir en entier. Ce n'est qu'après avoir hésité que j'ai fini par me décider à découvrir Soy Cuba, en ciné-concert. Dans le programme que j'avais consulté, il était en effet mentionné que seule une partie du long-métrage serait diffusée. Petite surprise !

Soy Cuba
est le fruit d'une collaboration inédite entre des producteurs soviétiques et cubains. Il se découpe en quatre histoires (distinctes) et évoque la révolution qui a amené Fidel Castro au pouvoir, en 1959. On peut le considérer comme un film militant, voire de propagande. Reste qu'à sa sortie, en 1964, il fut mal reçu par les diverses parties prenantes et suscita la polémique... avant de tomber dans l'oubli ! C'est à Guillermo Cabrera Infante, un romancier connu notamment pour avoir été le fondateur de la Cinémathèque de Cuba, qu'il doit d'avoir été diffusé dans un festival américain au début des années 90. Il fut ensuite réhabilité par Martin Scorsese et Francis Ford Coppola...

Pour ma part, j'ai vu le générique initial, ainsi que les parties 2 et 3. Soit, en résumé, un récit autour d'une famille de pauvres exploitants agricoles dont la terre est rachetée par un consortium, puis un autre évoquant le funeste destin d'un étudiant exalté et toutefois incapable d'abattre un milicien qu'il considère pourtant comme un tortionnaire. Oui, Soy Cuba est à l'évidence inspiré par la réalité de son temps. Mais ce n'est pas ce qui m'avait attiré: au départ, j'ai pris ma place pour ce ciné-concert parce que je me réjouissais de cette opportunité d'apprécier un autre film de Mikhaïl Kalatozov, le célèbre réalisateur soviétique (1903-1973). Assurément, mes attentes ont été comblées !

Épaulé par Sergueï Ouroussevski, son fidèle directeur photo, l'artiste inventa des images qui, aujourd'hui encore, font forte impression. Audacieux, les deux hommes n'hésitèrent jamais à user de techniques tout à fait innovantes: le résultat est si fort qu'on se demande parfois comment ils ont pu placer leur caméra ! Soy Cuba n'est pas qu'un film de virtuoses, cela dit: c'est également une oeuvre d'une puissance émotionnelle peu commune. La magie d'un somptueux noir et blanc est encore amplifiée par l'absence d'effet numérique: certaines scènes ont probablement nécessité de recourir à des centaines de figurants. Je n'ose même pas imaginer la beauté de celles que je n'ai pas vues...

Damien Litzler, l'un des musiciens qui jouaient live, a ensuite précisé qu'il n'avait pas projeté les séquences dansées et chantées du film. C'est compréhensible: la musique serait alors entrée en "concurrence" avec celle de son groupe, SZ. Aucun regret: les morceaux post-rock écrits pour le ciné-concert ne m'ont pas semblé dénaturer les images. Autant dire que je n'ai pas regretté ma soirée - et ce d'autant moins qu'elle était en accès libre, dans le cadre des Journées du patrimoine. Il faudra tout de même que je (re)voie Soy Cuba dans son intégralité. En tout, il dure deux heures vingt: j'en suis donc resté à la moitié. C'est bien suffisant pour vous le recommander vivement, camarades !

Soy Cuba
Film soviétique et cubain de Mikhaïl Kalatozov (1964)

Difficile de trouver quelque chose de comparable: le style Kalatozov est unique - et c'est très bien ainsi ! Rappel: j'ai parlé d'autres films du maître, Quand passent les cigognes et La lettre inachevée. J'espère avoir des occasions de mieux connaître le cinéma soviétique. J'avoue en revanche de (très) grosses lacunes sur le cinéma de Cuba et n'ai toujours pas vu... le deuxième épisode du Che de Soderbergh !

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Il est temps de laisser la parole à un spécialiste...

Je suis vraiment content d'ainsi relayer un texte de mon ami Vincent.

vendredi 15 octobre 2021

Noir, et alors ?

Il se peut que je sois passé à côté du phénomène Jordan Peele. Wikipédia m'apprend qu'à 42 ans, cet acteur, humoriste, réalisateur, scénariste et producteur (ouf !) américain a déjà 18 ans de carrière derrière lui. Je l'ai découvert le mois dernier avec son premier film sorti au cinéma: Get out, Oscar du meilleur scénario original en 2018.

Chris vit une jolie histoire d'amour avec Rose. La jeune femme parvient vite à le convaincre que leur différence de couleur de peau n'a aucune importance et décide dès lors de lui présenter ses parents. Elle a cependant oublié que, le même week-end, la maison familiale accueille aussi un rassemblement à la mémoire de son grand-père. Tout risque donc de ne pas se passer exactement comme prévu. Parlons d'abord du positif: dans sa première heure, Get out construit un suspense solide et sait intelligemment faire monter la tension. Derrière les sourires de façade, on sent bien qu'il y a quelque chose d'autre, sans pouvoir vraiment imaginer ce que c'est. Tout s'éclaire dans la demi-heure finale, mon problème étant que cette résolution m'est apparue franchement grotesque (pour ne pas dire expéditive) ! C'est dommage: tout le début était parvenu à capter mon attention. Les acteurs, eux, s'en sortent avec les honneurs. Légère frustration...

Get out
Film américain de Jordan Peele (2017)

La très sensible question raciale aux États-Unis vaut (un peu) mieux qu'un tel traitement, sans doute sincère, mais finalement inabouti. Peut-être est-ce simplement que, pour une fois, le cinéma de genre peine à me convaincre. Ma référence des films sur la cohabitation entre les noirs et les blancs reste comique: Devine qui vient dîner ? Avec Les figures de l'ombre et Green book en alternatives récentes !

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À propos de la conclusion...
Pas de panique: je ne compte pas vous spoiler la chute du film. Simplement, vous signaler qu'une autre fin avait d'abord été tournée. J'ai déjà vérifié qu'il n'est pas très difficile de la dénicher sur le Net...

Mon film du jour ne fait pas l'unanimité...
Le débat se poursuit chez Pascale, Dasola, Princécranoir et Benjamin.

jeudi 14 octobre 2021

Esprit vengeur

Vous lisez ce blog avec une certaine constance ? Il est donc possible que vous connaissiez déjà mon intérêt pour le thème des fantômes. C'est une vieille légende des peuples préhispaniques d'Amérique latine qui m'a conduit vers La Llorona: elle prétend que l'âme d'une femme dont les enfants sont morts erre afin de hanter le monde des vivants !

Mon film d'aujourd'hui est une oeuvre hybride: il s'appuie sur ce mythe et, dans le même temps, puise son inspiration dans un événement historique pour construire un scénario aussi intéressant qu'ambigu. Avant de le voir, je ne savais rien d'Efraín Ríos Montt: ce général guatémaltèque est arrivé au pouvoir après un coup d'État en 1982 et, en l'espace d'un an, a causé la mort de milliers de ses compatriotes d'origine indienne, en vertu de sa politique dite de "la terre brûlée". Bien plus tard, en 2013, il fut jugé coupable de génocide et de crime contre l'humanité, mais ne resta finalement qu'une nuit en prison avant d'être transféré dans un hôpital militaire. Et rapidement libéré !

La Llorona
évoque très clairement le vieil homme, déchu et enfermé entre les murs de sa villa. Des manifestants siègent en permanence sous ses fenêtres: le monstre n'est plus entouré que par sa famille proche, un garde du corps et quelques domestiques. Ce sont les pleurs d'une femme qui, une nuit, le réveillent soudain: l'ancien dictateur soupire, se relève et manque alors d'abattre son épouse, venue voir ce qui se passait. La décision d'embaucher une nouvelle servante n'arrangera pas cette situation, au contraire. Et c'est là que le film devient très intéressant: ce qui aurait pu n'être qu'un brûlot politique prend des allures de long-métrage fantastique, aux marges du réel. Impeccables, les acteurs n'y sont pas pour rien, mais la mise en scène renforce cette impression d'une présence spectrale - et on frissonne. Sans effet gore pourtant, la peur s'infiltre et, avec elle, le cauchemar. N'ayez crainte: bien connaître le cadre historique n'est pas nécessaire. Selon moi, c'est en fait parce que le ton demeure d'une rare sobriété que tout cela est si efficace: la tension, elle, est presque constante...

La Llorona
Film guatémaltèque de Jayro Bustamante (2019)

Quatre ans après Ixcanul, le cinéaste - 44 ans depuis mai - s'affirme comme un talent à suivre. Ce quasi-huis clos m'en a bien convaincu ! L'amalgame du cinéma contemporain avec des récits traditionnels ancestraux fonctionne à merveille, pour peu qu'on s'y laisse prendre. Ensuite, vous aimerez peut-être aussi le fantôme de Vers l'autre rive ou, plus proche de nous, celui de A ghost story. Embarras du choix...

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Et pour mieux vous guider parmi les esprits...

Je suis persuadé que vous pouvez faire confiance à Pascale et Dasola.

mercredi 13 octobre 2021

Sous la flamme

"J'ai voulu faire un mélodrame sec, de larmes contenues. Déployer une psychologie ténue, réduite à l'os": dans le dossier de presse conçu autour de son film, Oliver Laxe assume son intention de sobriété. Viendra le feu est une oeuvre peu bavarde, qui va droit à l'essentiel. Elle nous emmène vers une terre méconnue: les montagnes de Galice.

Amador, tout juste sorti de prison, retourne chez sa vieille mère. D'après l'une des premières lignes de dialogue, il aurait été condamné pour avoir délibérément causé un incendie sur un territoire sensible. "Était-il coupable ? S'est-il réconcilié avec le monde ou la nature ? Est-il profondément récidiviste ? Et s'il était innocent ?": le réalisateur lui-même pose ces questions, sans jamais véritablement y répondre. À chacun de faire sa propre opinion, comme dans la vie hors-cinéma. L'intérêt de Viendra le feu est peut-être ailleurs: dans l'observation méticuleuse d'un milieu presque clos, où les activités paysannes pourraient bientôt devoir céder la place au profit du développement touristique. La tradition contre la modernité ? Ce serait trop simpliste d'évoquer le film comme le récit d'une opposition entre deux mondes fermés, puisque l'un a de fait besoin de l'autre (et réciproquement). On ouvrira alors grand les yeux pour découvrir une réalité européenne que, pour ma part, je ne soupçonnais pas. Quelques images sublimes balisent le chemin, au service d'un cadre minimaliste. Une curiosité...

Viendra le feu
Film franco-espagnol d'Oliver Laxe (2019)

Pointu, mais d'une durée de moins d'une heure et demie: cela reste accessible si vous êtes un tant soit peu curieux d'un cinéma du réel. Depuis quelque temps, il semble qu'un nombre toujours plus important d'artistes investisse les espaces ruraux pour y raconter des histoires. Bon... c'est vrai aussi que Petit paysan, Revenir ou même La nuée paraissent davantage "grand public". C'est à vous de choisir (ou pas) !

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Besoin d'un autre avis avant de trancher ?

Je comprends... et note qu'Eeguab et Lui ont également publié le leur.

lundi 11 octobre 2021

En panne d'amour

C'est lundi ? Il fait gris ? Ne nous laissons pas abattre: j'ai un film lumineux à vous présenter aujourd'hui. Un film que je crois destiné aux ados plutôt qu'aux adultes, mais on ne va pas chinoiser là-dessus. J'ai vu Fragile le dernier jour de son exploitation dans l'une des salles que je fréquente épisodiquement... et je trouve que ça valait le coup.

Fragile
, c'est le titre du film et le qualificatif qui colle à la peau d'Azzedine (alias Az), un jeune ostréiculteur de Sète. Après deux ans d'amour, ce brave garçon est décidé à épouser Jessica, comédienne débutante. Aïe ! Quand il veut faire sa demande, c'est la cata ! Arrivée en retard au rendez-vous, la belle se dérobe, manque d'avaler la bague - cachée dans une huitre - et, pire, réclame une pause. Toutes choses que ne permet pas d'anticiper l'image que j'ai choisie pour mon illustration, juste au-dessus de ce premier paragraphe. C'est vrai: cette photo montre Az après sa déprime, repris en mains par sa bande de copains et en particulier par Lila, une amie proche qui compte bien lui apprendre à danser pour reconquérir sa dulcinée. La suite ? Il est bien sûr tout à fait possible que vous l'ayez devinée...

J'ai parlé d'un film lumineux: si le scénario n'est pas d'une originalité folle, les aventures d'Az, Lila et les autres se suivent avec un bonheur certain, dans la mesure où tout ici est empli de couleurs chaudes saisies sur la côte méditerranéenne, de sourires et d'optimisme. Fragile recompose le tableau de la France blanc-black-beur: posture naïve, sans doute, mais qui fait quand même du bien par les temps qui courent. C'est l'âge des personnages qui me fait dire qu'il vise davantage les jeunes adultes, mais je ne mettrais pas de barrière. Car l'énergie des jeunes comédiens emporte le morceau, à mon avis ! Formellement parlant, le film n'a pas à rougir: la caméra virevolte quand il le faut, mais sait s'assagir dans les moments les plus posés. Pour son premier long, la réalisatrice démontre aussi sa compétence de monteuse: je ne vois aucun défaut technique à pointer du doigt. Je crois que je me suis tout simplement laissé emporter par le récit...

Fragile
Film français d'Emma Benestan (2021)

Quatre étoiles pleines (et plutôt généreuses) pour ce cinéma français "en germe" qui, je l'espère, saura demain donner de beaux fruits. Évidemment, on a déjà vu maintes fois d'autres groupes de ce genre. Tout ne se vaut - et ne se compare - pas, mais je me rappelle bien mon plaisir avec Le péril jeune ou, plus récemment, Bande de filles. Hé ! C'est tout de même moins plombant que Les petits mouchoirs...

dimanche 10 octobre 2021

Lina W. (version courte)

Terminons la semaine avec Lina Wertmüller, voulez-vous ? J'ai pensé qu'il serait bien d'un peu mieux présenter cette cinéaste méconnue. Apparemment, elle reste une référence en Italie - et même ailleurs dans le monde. Le cinéma français est parfois un peu trop chauvin ! Je tente donc, très modestement, de repousser quelques frontières...

Toujours en vie !

Lina Wertmüller a posé sa caméra et son stylo depuis une douzaine d'années, mais elle est encore de ce monde: elle a eu 93 ans en août dernier. Née en Italie, elle a des origines suisses. Son nom véritable est Arcangela Felice Assunta Wertmüller von Elgg Spanol von Braueich et s'avère presque aussi long que le titre de certains de ses films. Apparemment, elle fut jadis l'enfant rebelle d'un père avocat à Rome !

Un look constant...
La cinéaste fait partie de ces gens qui soignent leur allure personnelle pour être facilement identifiables: sur la quasi-totalité des photos toujours en circulation, elle porte des lunettes à montures blanches. Un rire noir chaussé de lunettes blanches fut d'ailleurs le titre choisi pour une biographie publiée en 2009. Admettons que c'était bien vu...

Un "maître" en cinéma ?

Bien que renvoyée de plusieurs écoles catholiques, Lina Wertmüller, avant de se lancer dans le cinéma, parvint à devenir institutrice. Puis, quelques années plus tard, elle fit favorablement parler d'elle comme assistante du grand Federico Fellini, sur le tournage de 8 1/2. J'ose croire que vous serez d'accord avec moi pour dire qu'il y a pire...

Dans le top 100 !
Sorti en 1972, Mimi métallo blessé dans son honneur est aujourd'hui au 74ème rang du box-office italien, avec 7,6 millions de spectateurs. C'est ce film qui a fait remarquer Lina Wertmüller hors de son pays. En 1973, elle fut invitée à Cannes pour Film d'amour et d'anarchie. Son acteur fétiche, Giancarlo Giannini, obtint le Prix d'interprétation !

À l'Ouest, du nouveau...
J'ai cru comprendre que Lina Wertmüller était aussi une amie proche de deux des grands Sergio du cinéma transalpin: Corbucci et Sollima. Sous un pseudo masculin, elle a co-scénarisé et co-réalisé un western à la gloire de Belle Starr, une femme hors-la-loi des années 1870-80. Voilà une autre rareté que j'aimerais désormais découvrir, pour sûr...

Pionnière ?
La réalisatrice fut, en 1977, la première femme nommée pour l'Oscar de la meilleure mise en scène, avec Pasqualino, un film sur la survie dans les camps de concentration nazis. Las ! Cette belle récompense fut finalement décernée à un homme: John G. Avildsen (pour Rocky). En octobre 2019, Lina Wertmüller reçut toutefois un Oscar d'honneur. Gentiment ironique, elle conseilla à l'Académie de le rebaptiser Anna !

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Ça va mieux en le disant...

Ma chronique du jour ne se veut absolument pas un bilan exhaustif. Donc, si vous souhaitez la compléter, les commentaires sont ouverts !

samedi 9 octobre 2021

Les naufragés

J'aurais pu "fondre" ma chronique de mercredi et celle d'aujourd'hui dans un seul et même diptyque ! Je viens vous parler d'un autre film de Lina Wertmüller, dont le titre malicieux et très étonnant m'a tapé dans l'oeil: Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été. D'ailleurs, la cinéaste semble une habituée de ces intitulés à rallonge !

En revanche, fini le noir et blanc: nous sommes en présence d'un film tourné en couleurs et qui, pour le coup, en fait un usage immodéré. L'histoire ? Raffaella, la femme d'un milliardaire italien, se voit offrir un mois en mer avec son mari et quelques-uns de ses riches amis. Seulement, plutôt que d'en profiter, elle passe son temps à pérorer sur des sujets politiques qui, pourtant, paraissent la dépasser. L'ennui, c'est que la donzelle se retrouve vite à la merci de Gennarino, un membre d'équipage qu'elle méprise: ensemble, ils se sont échoués sur une île déserte au cours d'une escapade marine mal préparée ! Passons les détails: Vers un destin... arrive peut-être un peu tard dans l'histoire du cinéma pour être présenté comme une comédie italienne "classique" (vous avez le droit de me détromper, hein ?). Personnellement, je n'ai pas trouvé ça très drôle: les personnages évoluent, mais la violence et les insultes sont presque constantes. C'est donc plutôt lourdingue et seule la fin m'a - un peu - ému. Maintenant, je me dis que ça pourrait être révélateur d'une époque...

Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été
Film italien de Lina Wertmüller (1974)

Une déception pour moi qui espérais quelque chose de plus "sérieux" avec ce titre XXL et ses superbes images de la Méditerranée ensoleillée. Je me souviens m'être davantage amusé grâce à un film avec Harrison Ford, Six jours sept nuits, au thème assez proche. Bien évidemment, on est loin, très loin, d'Onoda et de son île à lui. Pour la rivalité des sexes, autant prendre la route New York - Miami !

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Une anecdote insolite...

Lina Wertmüller s'est plusieurs fois appuyée sur les deux comédiens ici présents, j'ai nommé Mariangela Melato et Giancarlo Giannini. Vers un destin... a ensuite connu un remake, réalisé par Guy Ritchie. Un nanar, paraît-il, sorti en 2002. Avec le fils de l'acteur et Madonna !

jeudi 7 octobre 2021

La preuve par le son

Le cinéma sait pousser des portes qui, habituellement, sont fermées au grand public. C'est le cas dans Boîte noire, un bon film français venu mettre en lumière les missions du Bureau d'enquêtes et d'analyse pour la sécurité de l'aviation civile (BEA). Une bien belle "découverte". Suffisante en tout cas pour une bonne séance dans une salle obscure !

Mathieu Vasseur travaille donc pour le BEA: un peu mis sur la touche après une erreur d'interprétation fâcheuse, il est néanmoins chargé d'écouter les bandes audio de la cabine de pilotage d'un avion de ligne qui s'est crashé dans les Alpes. Et il a une grosse pression: son chef direct a disparu sans donner de nouvelles et le grand patron a prévu d'informer la presse de ses premières conclusions... dans la journée ! On comprend évidemment qu'il y a d'importants intérêts économiques derrière cet empressement, au-delà même d'une hypothétique vérité due aux familles de victimes. Et, dans ce bon scénario, c'est bien là que tout se joue: sous son casque, Mathieu tient peut-être une part de l'avenir de certains des sous-traitants de l'industrie aéronautique. Autant être très clair: je ne vous dis pas que c'est tout à fait crédible. Je dis juste que c'est accrocheur: Boîte noire est un film à suspense réussi, sans doute un peu rocambolesque parfois, mais aux rouages assez complexes pour tenir le spectateur en haleine un bon moment. À la manière des thrillers américains parano des années 70, en fait...

Et le réalisateur lui-même cite Hitchcock et Pakula en références ! C'est bien vu, mais ça n'aurait pas forcément suffi à me convaincre. Si j'ai pris autant de plaisir, c'est également grâce à un casting solide. Au gré de rôles très différents les uns des autres, Pierre Niney brille et confirme qu'il est l'un des meilleurs comédiens de sa génération. Avec lui, de vieux briscards à leur avantage: André Dussollier en boss exigeant et Olivier Rabourdin à la partition longtemps très ambigüe. Impossible de ne pas citer ceux que j'ai découverts en même temps que le film: Sébastien Pouderoux, sociétaire de la Comédie française, et surtout la lumineuse Lou de Laâge - je ne veux pas en dire plus. Sans entrer trop dans les détails, je peux vous dire que Boîte noire est aussi soigné sur la forme: je n'y ai vu aucune réelle fausse note. Compte tenu du sujet, vous serez attentifs au son: là encore, le film fait la preuve d'une belle efficacité et, à l'image du héros, il se peut que vous doutiez alors de ce que vos oreilles ont réellement entendu. Pas besoin d'être un expert, OK ? L'idée serait plutôt de s'en amuser...

Boîte noire
Film français de Yann Gozlan (2021)

Entre Blow out et Sully, un opus digne de ses modèles (supposés). Quelques petits temps morts, mais je me suis bien diverti: mission réussie et donc, bravo aux protagonistes ! Les trois jours du Condor et Conversation secrète sont évoqués, mais... je ne les ai pas vus. Côté suspense, j'ai aimé d'autres films récents: L'heure de la sortie et Jersey affair, par exemple. NB: le son est décisif dans The guilty !

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Un petit rappel...

Yann Gozlan et Pierre Niney avaient déjà collaboré: c'était là encore pour un film à suspense, Un homme idéal. Un peu moins emballant...

Et pour être complet...
Vous pouvez désormais aller lire une chronique de notre amie Pascale.

mercredi 6 octobre 2021

Ennui à l'italienne

Milan, Turin, Gênes, Florence, Venise... parmi les grandes villes italiennes où je suis allé, Naples se situe à coup sûr le plus au sud. Mon film du jour l'est encore davantage: I Basilischi nous emmène dans une bourgade des Pouilles, à l'écart des sentiers touristiques. Loin de (presque) tout, les jeunes s'ennuient, s'ennuient, s'ennuient...

Visitant les lieux, la caméra nous montre tout d'abord qu'après l'heure du déjeuner, les habitants du coin sont majoritaires à faire la sieste. C'est dire si le dynamisme n'est pas vraiment leur qualité première. Voix off à la clé, cette séquence initiale est particulièrement drôle. Oui, et donc ? Antonio, Sergio et Francesco, les trois personnages principaux, s'agitent un peu. Ils aimeraient que les filles de leur âge daignent accepter de flirter. Question importante: cet opus du cinéma transalpin des années 60 serait-il une parodie assumée ou un avatar du néoréalisme ? Euh... un peu les deux, répondrai-je par précaution. C'est d'ailleurs ce qui pourrait expliquer que je sois quelque peu resté sur ma faim: le léger flou laissé par I Basilischi m'a dérouté, en fait. Ne jetons le bébé avec l'eau du bain: le long-métrage tient la route malgré mes réserves et, qualité plutôt rare à l'époque, il a été réalisé par une femme. Restauré il y a peu, le noir et blanc sublime des plans assez originaux parfois - je pense notamment à celui d'un escalier filmé à l'horizontale. Dernier atout: la musique est d'Ennio Morricone !

I Basilischi
Film italien de Lina Wertmüller (1963)
Les Basilischi sont de petits rois ou des lézards, si j'ai bien compris. J'avais d'abord pensé aux habitants de la Basilicate, une région du sud de l'Italie. Qu'importe... j'ignorais tout de cette "curiosité filmique" avant de tomber dessus et n'en suis pas mécontent. Parmi les films italiens voisins, Divorce à l'italienne était toutefois un cran plus haut dès 1961. Et Le cheik blanc riait déjà des bonnes moeurs, en 1952...

mardi 5 octobre 2021

Un duel sans sommet

Allez savoir pourquoi... quand j'ai entendu parler d'Alain Corneau l'autre jour, j'ai pensé à Patrice Chéreau. Un moment d'égarement pour la rime ? Bref... j'ai bel et bien vu le dernier Corneau, Crime d'amour, sorti moins de quinze jours avant sa mort. La perspective d'un duo-duel Kristin Scott-Thomas / Ludivine Sagnier m'avait séduit !

Paris. Isabelle travaille (beaucoup) pour le compte d'une entreprise multinationale et sous la direction de Christine, une cadre aux dents très longues et qui n'hésite pas à se faire valoir auprès de leurs chefs américains... pour le bon travail des autres ! La complémentarité supposée des deux femmes ne tient pas la distance: la vilénie souriante de la seconde déstabilise la première et ne lui convient plus dès qu'elle en est une victime, collatérale d'abord, directe ensuite. Cette relation biaisée est exposée avec talent dans la première partie du film. C'est ensuite que cela se gâte vraiment: Crime d'amour devient l'histoire d'une vengeance... et tout s'avère cousu de fil blanc. Pire: même en acceptant l'invraisemblable, j'ai fini par juger le récit très prévisible - avec une bonne demi-heure d'avance sur le métrage. Et le supposé twist de la fin m'a paru particulièrement peu original ! C'est vraiment  dommage: l'idée de départ était tout de même bonne.

Crime d'amour
Film français d'Alain Corneau (2010)

Mouais... trois étoiles, mais d'extrême justesse. Las ! Après un début prometteur, le jeu se fait mécanique, la photo se révèle assez moche et le suspense s'étiole vite. Tout cela fait beaucoup (et donc peu). Tant qu'à faire, sans doute aurait-il fallu des scènes plus étouffantes et ambigües encore, comme celles de Mulholland Drive par exemple. Pas sûr d'avoir envie de voir Passion, le remake par Brian de Palma...

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Au fait ! Les avis sur le film ne sont pas unanimes...

La preuve en est faite sur les blogs de Pascale, Dasola, Vincent et Lui.

lundi 4 octobre 2021

Un nouvel espoir

Hop... je tiens à ouvrir cette nouvelle semaine d'automne de manière positive, avec le relais d'une info: l'exploitation cinéma en France affiche une certaine vitalité. Cela m'a surpris, à vrai dire, et réjoui. Même abordée brièvement, je me suis donc dit que cette news pourrait vous intéresser également. Je suis partant pour en débattre !

Jugez-en vous-mêmes: d'après le puissant Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), 800 nouveaux écrans ont ainsi été créés dans les villes françaises de moins de 50.000 habitants... entre 2019 et 2020. Cela n'efface sans doute pas les conséquences douloureuses de la crise sanitaire, mais je me dis que, peut-être, elles se trouvent quelque peu compensées. En tous les cas, cette statistique flatteuse laisse de côté les vieux cinémas rénovés et les immenses multiplexes des périphéries urbaines. Un "modèle" qui paraît remis en question...

Un article du Monde publié il y a pile un mois en concluait que "la salle de cinéma n'a pas dit son dernier mot". Et l'offre de films se diversifie dans le même temps, le cinéma moyen passant de 2-3 à 6-9 salles ! D'après le papier d'Isabelle Regnier, le véritable enjeu économique consiste à faire des cinémas des vrais lieux de vie, actifs en-dehors des périodes d'occupation maximale, c'est-à-dire des vendredis soirs. C'est pourquoi les exploitants développent de nombreuses activités complémentaires et rémunératrices, bien au-delà des projections. Conséquence: l'architecture même de ces néo-sites de divertissement évolue, elle aussi, pensée par des professionnels plus généralistes qu'auparavant, qui misent sur le plaisir et - parfois - le prestige. L'article citait des exemples à Béthune, Cahors et Marcq-en-Barœul. J'imagine bien entendu que la réalité n'est pas aussi rose partout. N'empêche: il y a quelques raisons d'être (raisonnablement) optimiste.

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Je reviendrai peut-être sur le sujet...

Je me dis qu'il pourrait être sympa d'évoquer les différentes salles dans lesquelles je vois du cinéma. Vous voulez anticiper ? Il est inutile d'attendre davantage pour nous retrouver du côté des commentaires !

samedi 2 octobre 2021

Emily à la Indy

Plusieurs films Disney intéressants semblent aujourd'hui condamnés à... ne pas sortir dans les salles françaises ! En étudiant les chiffres de 2019, ultime année sans Covid, on pointe pourtant six productions du studio parmi les dix plus gros succès de notre box-office national. Il y en avait eu trois en 2018, quatre en 2016 et 2017. Ça "cartonne" !

En un mot, Françaises et Français, nous répondons toujours présents quand Mickey nous fait l'honneur de ses bébés en les diffusant ailleurs que sur sa plateforme digitale ! C'est bel et bien dans un petit cinéma que j'ai découvert Jungle cruise, long-métrage qui vient développer la thématique d'une attraction-phare de certains des parcs Mickey. Rappel au passage: c'était déjà le cas de la saga Pirates des Caraïbes. Bref... la firme aux grandes oreilles nous propose ici un récit d'aventures "à l'ancienne", une sorte de sous-Indiana Jones 100% axé sur le divertissement et confié au duo Emily Blunt / Dwayne Johnson. On n'échappe évidemment pas aux clichés entre la jeune femme déterminée à retrouver une plante légendaire susceptible de soigner toutes les maladies et l'armoire à glace recrutée pour la transporter tout en lui fournissant une escorte solide ! Cela dit, le scénario apporte quelques surprises et les méchants font assez bien leur job...

Il est vrai aussi qu'il ne faut pas être allergique à l'accumulation d'effets numériques. Ni, d'ailleurs, à l'idée que tout cela donnera lieu à une avalanche de produits dérivés - déjà en vente, semble-t-il. Enfin, je vous rassure: j'ai passé un bon moment devant cet opus. Pas sûr toutefois qu'il rejoigne bel et bien le rang des Disney triomphants: j'imagine volontiers que les conditions sanitaires n'arrangent pas les choses, mais le fait est qu'il n'a guère convaincu que 632.680 spectateurs après ses trois premières semaines d'exploitation. Bon point: il s'apprécie comme un film d'un seul bloc. Inutile, de ce fait, d'attendre que Jungle cruise "fasse des petits" pour le prendre alors comme le premier volet d'une énième franchise. Non: ce popcorn movie assumé se consomme à la façon d'un produit estival, sur le pouce et sans vraiment réfléchir au(x) lendemain(s). D'autres mets plus épicés nous seront sans doute servis cet automne !

Jungle cruise
Film américain de Jaume Collet-Serra (2021)

Une note assez généreuse pour un long-métrage sans éclat, mais fun. J'assume: ce n'était rien d'autre qu'un plaisir coupable de vacances. J'ai évoqué Indiana Jones: en fait, on est plutôt proche d'une ersatz moins ambitieux, tel Allan Quatermain et les mines du roi Salomon. Le secret des Incas restera une option honorable pour celles et ceux qui aiment le cinéma vintage. Aux autres, je conseille Tomb raider...

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Une précision pour finir...

Ce n'est pas certain que cela se remarque, mais je tiens à rappeler que cette chronique était initialement programmée le 7 septembre. Mais ce jour-là, j'ai préféré rendre hommage à Jean-Paul Belmondo...

jeudi 30 septembre 2021

Le coeur et le sang

Je n'ai pas encore connu la joie d'être père. Je n'ai donc qu'une idée assez vague de ce que peut être le désarroi de ceux qui en sont biologiquement incapables. C'est cependant avec un intérêt sincère que j'ai vu True mothers, un film qui parle notamment de la stérilité. Et même si son titre - "français" - suggère plutôt la vérité des mères !

Satoko et Kiyokazu forment un couple très amoureux, sans histoire particulière. Vous l'aurez compris: seule leur envie d'avoir un enfant se heurte à une difficulté imprévue, si mal vécue que Monsieur propose à Madame de divorcer rapidement. Car au Japon, ça arrive ! Finalement, les tourtereaux écartent cette possibilité et, au cours d'un week-end de repos, découvrent un organisme d'aide à l'adoption. C'est ainsi qu'ils se frottent à un drame: celui de Hikari, une ado tombée enceinte, rejetée par sa famille, et qui, malgré un chagrin profond, accepte de leur confier son bébé sitôt après sa naissance. True mothers est un film sensible, mais il n'est jamais larmoyant. Même s'il révèle une culture sociale très différente de la nôtre, il pose de bonnes questions sur le fait, délibéré ou non, de donner la vie. L'intérêt est qu'il s'écarte de tout moralisme et ne se concentre pas sur le duo des parents adoptifs. Le scénario s'avère assez complexe...

Sur la forme, le film est soigné: je vous précise qu'il repose en outre sur une série de flashbacks, a priori conçus pour éclairer les décisions et motivations des différents protagonistes. La fluidité du montage m'a permis de m'y retrouver, mais je dois certainement reconnaître que je n'ai pas ressenti l'émotion attendue et espérée à chaque fois. Je ne vous parle pas d'une déception: je place juste un petit bémol. True mothers prend quelques chemins de traverse et ajoute alors deux ou trois couches de pathos sur la destinée de la jeune mère célibataire, ce qui, de fait, m'a paru vraiment inutile par moments. Autre chose: j'imagine bien volontiers que certain(e)s d'entre vous resteront insensibles au style de la réalisatrice, qui ne cesse d'utiliser la nature (la mer, les fleurs, la montagne...) pour ses plans de coupe. On peut aussi voir cela positivement, comme une signature d'auteure. Bref... chaque spectateur apportera sans nul doute avec lui une part de sa propre personnalité devant ce récit - et ce sera très bien ainsi. Oui, c'est aussi la force du cinéma de nous confronter à nous-mêmes !

True mothers
Film japonais de Naomi Kawase (2021)

Du bon, du moins bon, mais, dans l'ensemble, un bilan plutôt positif. N'oublions pas deux choses: la réalisatrice est par ailleurs spécialisée dans le documentaire et... elle est elle-même une enfant adoptée ! Promis: je verrai d'autres de ses films. J'ai aimé La forêt de Mogari et Still the water. Une vraie parenté existe avec Hirokazu Kore-eda. Pour preuve, (re)voyez Tel père, tel fils et / ou Notre petite soeur...

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Je m'attendais à ce que le film ait plus de succès...

À ce stade, je n'ai pas repéré d'autre chronique que celle de Pascale. Si j'en ai loupé ailleurs, ce serait vraiment sympa de me le signaler...

mardi 28 septembre 2021

Heavy metal

"Merci au jury de laisser rentrer les monstres": elle n'a rien dévoilé d'important lors de son discours post-Palme d'or, mais Julia Ducournau s'est autorisée à donner le ton du film qui lui a valu la récompense suprême (et dont, par ailleurs, elle a voulu dire les imperfections). Ajoutons-le sans ambages: Titane N'EST PAS fait pour tout le monde !

Aussitôt appâté par sa bande-annonce, j'étais curieux de le découvrir avant même qu'il soit retenu dans la compétition officielle cannoise. Je fais partie de ceux qui avaient apprécié Grave, le précédent opus de la réalisatrice. Sa nouvelle création - la seconde au format long - repose sur une intrigue a priori moins ancrée dans notre quotidien. Encore que... je suis tout à fait convaincu qu'il existe des femmes comme Alexia, danseuse de salons auto, censée attirer l'oeil du mâle sur ses courbes et celles du dernier modèle de chez Qui-Vous-Voudrez. Maintenant, attention: de là à imaginer que, comme dans le film évoqué aujourd'hui, certaines de ces femmes soient tueuses en série et qu'elles puissent décider de se déguiser en garçon pour échapper aux forces de police, il y a un pas ! Il faut très clairement le franchir pour apprécier un objet cinématographique aussi intense que radical. Ne vous en faites pas, hein ? Je n'ai pas tout expliqué, moi non plus...

On a beaucoup dit que Vincent Lindon était l'une des forces du film. Exact: dans un registre inhabituel pour lui, l'acteur se donne à fond. Cela dit, pas de surprise: si je l'admire autant, c'est très précisément parce que je sais qu'il incarne TOUS ses personnages avec intensité. Sans me dédire, je tiens à vous dire cependant que l'atout numéro 1 de Titane n'est autre que son actrice principale, Agathe Rousselle. Incroyable: après coup, j'ai appris... qu'elle était pourtant débutante ! Je veux être clair: je suis bien loin d'avoir aimé tout ce qui se joue dans ce récit. Certaines poussées de violence explicite m'ont mis mal à l'aise comme je le suis vraiment rarement au cinéma. On notera que le film est interdit aux moins de seize ans avant de s'y aventurer et, dès lors, afin de "profiter du spectacle" en connaissance de cause. Julia Ducournau ne nie pas l'influence qu'ont eue sur elle des maîtres tels que Cronenberg ou Lynch, mais, comme eux, elle connaît le job. Seul regret: cette fois, son scénario est un peu light. Je ne doute pas que la Palme lui ouvre de nouvelles portes. Progressera-t-elle encore ?

Titane
Film français de Julia Ducournau (2021)

Une oeuvre coup-de-poing, assez décalée du paysage du septième art français. C'est un atout, bien sûr, mais pas nécessairement suffisant pour que je m'emballe autant que d'autres fidèles des salles obscures. J'ai préféré Grave, pour tout dire, ou des grands classiques de la peur comme Carrie ou Suspiria (qui ne sont pas tout à fait comparables). Mais je reste curieux de ce que Julia Ducournau inventera à l'avenir...

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Une polémique et un chiffre...
Consacré Palme d'or le 17 juillet, Titane était arrivé dans les salles françaises à peine trois jours plus tôt. En colère, le producteur du film a ensuite jugé que le pass sanitaire l'avait "tué", c'est-à-dire coupé d'une part du public. Mercredi dernier, il en était à 286.767 entrées...

Cela dit, je ne suis pas le seul à m'y être intéressé...

Je vous renvoie donc chez Pascale, Princécranoir, Strum et Benjamin.

lundi 27 septembre 2021

Au nom de Dieu ?

Avec ses 45-50.000 habitants, Chtip (ou Stip) serait la septième ville la plus peuplée de Macédoine du Nord. Je ne sais pas grand-chose d'autre sur ce pays de l'ex-Yougoslavie, si ce n'est qu'il a "bataillé" avec la Grèce pour conserver ce nom, hérité d'Alexandre le Grand. Autant le souligner: mon film du jour est une plongée dans l'inconnu...

C'est assez amusant, d'ailleurs: de plongée, il est justement question dans Dieu existe, son nom est Petrunya. Jeune femme au chômage humiliée par un prétendu employeur potentiel, mon héroïne du jour rencontre son destin... en sautant dans une rivière, un jour d'hiver. Elle y retrouve une croix qu'un pope y a lancée, selon la tradition ancestrale de la région, et devrait bénéficier d'une année de bonheur. Seulement voilà, elle n'est guère qu'une femme et seuls les hommes sont autorisés à tenter leur chance en se jetant à l'eau. Scandale ! Derrière l'anecdote - et la caméra, une autre femme dresse un état des lieux pertinent et sans concession de la société patriarcale nord-macédonienne. Même sa mère critique l'attitude de Petrunya. Malgré un schéma narratif somme toute assez linéraire, le propos reste édifiant à l'heure où l'on parle de parité, si ce n'est d'égalité. Découvrir ce film est dès lors tout sauf une mauvaise chose à faire. NB: il avait obtenu le Prix du jury oecuménique à la Berlinale 2019. J'imagine et espère que cela lui aura permis d'être un peu plus visible.

Dieu existe, son nom est Petrunya
Film macédonien de Teona Strugar Mitevska (2019)

Un long-métrage qui vaut le détour pour qui s'intéresse à la condition féminine en Europe. Je n'ai véritablement rien vu de fou sur le plan formel, mais rien que le scénario mérite sans doute qu'on s'y arrête. Chapeau à l'actrice principale, Zorica Nusheva: elle est remarquable. Maintenant, un film comparable ? Ce n'est pas très facile à dénicher. Pour le droit des femmes, on peut apprécier Much loved ou Papicha.

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Une précision pour finir...
La réalisatrice explique qu'elle a contacté un représentant de l'église de Chtip pendant le tournage. Il lui aurait inspiré le titre du film. Citation: "Dieu existe, c'est un homme et son nom est Jésus". Et oui !

N'en oublions pas les liens...

LE lien, en fait: j'ai retrouvé le film sur le blog de notre amie Dasola.

dimanche 26 septembre 2021

Enfants du pavé

Zach a 17 ans. Sort de prison. S'évade de son foyer d'accueil. Passe chez sa mère. Constate qu'elle n'est plus capable de s'occuper de lui. Retrouve ses potes. Rencontre une prostituée et s'installe chez elle. Quelques mots me suffisent à résumer le scénario de Shéhérazade. C'est un autre film qui se passe dans les quartiers Nord de Marseille...

Il a gagné trois des César 2019: meilleur premier film, meilleur espoir féminin (Kenza Fortas) et meilleur espoir masculin (Dylan Robert). Arte m'a permis de le rattraper après que je l'ai manqué en salles. Porté par ses très jeunes comédiens amateurs, ce long-métrage naturaliste a réclamé de son auteur qu'il passe huit mois en castings sauvages, dans la rue, mais aussi à la sortie des foyers, des prisons et des écoles. Une patience qui a payé, puisque le duo Kenza / Dylan assume pleinement des rôles vraiment complexes pour des acteurs inexpérimentés (nota bene: ceci n'est absolument pas un reproche). Anecdote amusante: les deux adolescents s'étaient connus, dix ans auparavant, et se sont donc retrouvés à l'occasion du tournage ! Shéhérazade propose des choses originales et réussies sur le plan formel - je pense ainsi à une très belle scène de nuit, notamment. Sachez qu'il pourrait dérouter celles et ceux qui prêtent une attention particulière aux dialogues: les mots et intonations sont "spécifiques". En écoutant, vous pourriez être - agréablement - surpris du résultat...

Shéhérazade
Film français de Jean-Bernard Marlin (2018)
Un aveu: je me sois un peu moins attaché aux personnages qu'espéré. Pour autant, le film a de véritables qualités et mérite considération. Sans tomber dans le misérabilisme, il se rapproche d'une Rosetta. Ponctuellement, Zach m'a rappelé Steve, le jeune héros de Mommy. Même rage, mêmes difficultés et peut-être même destin, finalement. La sortie de prison paraît moins ardue dans En liberté ! Encore que...

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Sur la blogosphère, le film reste assez discret...

J'ai quand même lu une autre chronique du côté de "L'oeil sur l'écran".

vendredi 24 septembre 2021

Des flics

Jusqu'où tordre la loi pour mieux la faire respecter ? C'est la question essentielle que pose BAC Nord, le nouveau film de Cédric Jimenez. Présenté au dernier Festival de Cannes, il y avait fait polémique après qu'un journaliste irlandais l'a jugé favorable à Marine Le Pen. Cet avis, je peux bien sûr le comprendre, mais je ne le partage pas...

Comme tant d'autres films actuels, BAC Nord s'inspire d'une histoire vraie - et sur laquelle la justice doit encore se prononcer (en appel). En avril dernier, après neuf ans d'instruction, le tribunal correctionnel de Marseille s'est penché sur le sort de 18 flics membres de la brigade anti-criminalité des quartiers Nord de la ville, accusés d'être ripoux. Comme dans le film, ils étaient soupçonnés d'avoir volé ou extorqué des vendeurs de cigarettes de contrebande et des dealers de drogue. Soit, mais de quel côté le cinéma se place-t-il ? Du leur, assurément. Dans le scénario, il est question de récupérer des produits illégaux pour rétribuer un indic et démanteler tout un réseau de trafiquants. Approchons-nous de la réalité des faits ? Peu importe, à mon avis. Pour cette séance, je voulais voir une fiction, pas un documentaire. Et, en l'occurrence, j'ai plutôt été bien servi: le film s'avère haletant et, dans sa première partie, m'a scotché au fauteuil. Jusqu'à ce que...

Tout n'est pas parfait, OK, mais je n'ai pas perçu de manichéisme dans le propos porté par le récit, et ce bien que la haute hiérarchie policière n'échappe pas longtemps à quelques piques plutôt "salées". L'un des aspects les plus positifs de ce long-métrage coup-de-poing demeure son casting, avec, en tête d'affiche, le très convaincant trio que constituent Gilles Lellouche, François Civil et Karim Leklou. Soyons juste: j'accorde une mention spéciale aux deux personnages féminins forts, interprétés par Adèle Exarchopoulos et Kenza Fortas. Aucune fausse note à déplorer au sein de cet impeccable quintet ! Pour ce qui est du fond à présent, BAC Nord contentera les amateurs de productions musclées, mais aussi celles et ceux qui réfléchissent parfois au rôle de régulateur social qui est dévolu aux forces de l'ordre dans notre précieuse démocratie (si imparfaite puisse-t-elle être). Attention: je n'en parlerais pas forcément comme d'un film politique. Et, bien entendu, vous êtes tout à fait libres de penser le contraire ! Oui, c'est après tout positif que Cannes ait permis d'ouvrir ce débat...

BAC Nord
Film français de Cédric Jimenez (2021)

Je n'ai aucune certitude, mais je me dis qu'on peut avoir confiance dans le jugement du réalisateur, lui-même marseillais de naissance. En tout cas, je le trouve plus en forme ici que dans La French, film sur un sujet assez proche, mais un peu moins abouti, à mes yeux. Désormais, sur la police, je veux revoir L.627 et voir Les Misérables. Et au fait... Scènes de crimes et L'affaire SK1, c'est très bien aussi !

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Pour en finir avec ce dossier et si cela peut vous être utile...

Je vous renvoie directement aux conclusions de Pascale et de Dasola. Vous pourriez aussi aller jeter un coup d'oeil à celles de Princécranoir.

jeudi 23 septembre 2021

Un flic

Que peut-on imaginer de plus abominable que le meurtre d'un enfant ? L'un des films que j'ai vus récemment imagine une scène de crime d'enfant maquillée par la police. Le réalisateur de A dark, dark man pointe certains aspects peu réalistes de son travail, mais se dit sûr que son pays - le Kazakhstan - n'est pas... plus corrompu qu'un autre !

Une chose est claire: le tableau que dresse ce long-métrage récent n'encourage pas à aller vérifier ce qu'il en est réellement sur place. Reste un polar sombre, sombre, c'est certain, mais de bonne facture. L'essentiel du propos tourne ici autour de deux personnages principaux: un très jeune flic pas spécialement zélé et une journaliste qui l'asticote (voire le fait chanter) afin de faire avancer l'enquête. C'est en fait qu'elle a remarqué qu'une bonne dizaine des suspects appréhendés par son compagnon d'infortune se sont suicidés en prison avant même d'avoir été entendus par un juge. Et ça fait beaucoup. Bon... derrière cette intrigue des plus sordides, on peut se demander s'il reste encore de la place pour une quelconque source de lumière. N'en attendez pas trop: A dark, dark man n'a rien de très optimiste. C'est pourtant un bon film, qui a d'abord le mérite de nous entraîner loin des sentiers battus, mais aussi celui de développer un scénario solide, sans concessions. Ce n'est pas une révélation, mais presque. Autant conclure d'un mot: les amateurs du genre devraient apprécier !

A dark, dark man
Film franco-kazakh d'Adilkhan Yerzhanov (2019)

Solide et sans concessions: j'ai tout dit. Cet opus, en partie financé par des producteurs français, vaut très objectivement le coup d'oeil. C'est en tout cas bien davantage qu'un banal "produit de festival". Lorsque je l'ai découvert, j'ai pensé à la combinaison de trois films différents et appréciés: Fargo, The major et Memories of murder. J'aimerais préciser que c'est, peut-être bien, le plus noir des quatre...

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Il y a évidemment d'autres cinéphiles sur la piste...

Cela me permettra de citer aujourd'hui les écrits de Pascale et Dasola.

mercredi 22 septembre 2021

Cent jours pour faire mieux

Bon... on est le premier jour de l'automne et le dernier du signe astro de la Vierge: demain, il nous en restera cent pour profiter du cinéma en 2021 ! Plus de distanciation, mais masques et pass sanitaires obligatoires: on réfléchit à deux fois avant de se prendre son ticket...

C'est pourquoi les chiffres sont cruellement bas (et me préoccupent). J'ai réuni pour vous des données finalisées hier dans la matinée et, pour comparaison, j'y ai donc ajouté celles des années précédentes que sont 2020 - autre millésime tronqué - et 2019. Voici le résultat...

1. Kaamelott - Premier volet / 2.590.491 entrées
Période 2020+2021 : 1er / 2019-2021 : 15ème
(1er fin 2020: Tenet / 2.343.931 entrées)
(1er fin 2019: Le roi lion / 10.017.995 entrées)

2. Fast & furious 9 / 1.971.393 entrées
Période 2020+2021 : 6ème / 2019-2021 : 30ème
(2ème fin 2020: 1917 / 2.203.337 entrées)
(2ème fin 2019: La reine des neiges II / 7.401.300 entrées)

3. Conjuring 3 / 1.887.284 entrées
Période 2020+2021 : 7ème / 2019-2021 : 32ème
(3ème fin 2020: Sonic / 2.113.220 entrées)
(3ème fin 2019: Avengers : Endgame / 6.942.474 entrées)

4. Black Widow / 1.664.277 entrées
Période 2020+2021 : 9ème / 2019-2021 : 40ème
(4ème fin 2020: Adieu les cons / 1.977.197 entrées)
(4ème fin 2019: Qu'est-ce qu'on encore fait... / 6.711.618 entrées)

5. BAC Nord / 1.618.292 entrées
Période 2020+2021 : 10ème / 2019-2021 : 41ème
(5ème fin 2020: Bad boys for life / 1.726.212 entrées)
(5ème fin 2019: Star wars IX - L'ascension... / 5.911.207 entrées)

6. OSS 117 - Alerte rouge... / 1.575.522 entrées
Période 2020+2021 : 11ème / 2019-2021 : 42ème
(6ème fin 2020: Ducobu 3 / 1.497.326 entrées)
(6ème fin 2019: Joker / 5.608.532 entrées)

7. Cruella / 1.420.608 entrées
Période 2020+2021 : 13ème / 2019-2021 : 48ème
(7ème fin 2020: 30 jours max / 1.324.568 entrées)
(7ème fin 2019: Toy story 4 / 4.599.884 entrées)

8. La Pat'Patrouille / 1.277.368 entrées
Période 2020+2021 : 16ème / 2019-2021 : 55ème
(8ème fin 2020: Le voyage du Dr. Doolittle / 1.293.055 entrées)
(8ème fin 2019: Captain Marvel / 3.374.568 entrées)
 
9. Les Croods 2 / 1.100.998 entrées
Période 2020+2021 : 19ème / 2019-2021 : 66ème
(9ème fin 2020: L'appel de la forêt / 1.258.014 entrées)
(9ème fin 2019: Dragons 3 / 3.367.445 entrées)

10. Shang-Chi et la légende... / 967.871 entrées
Période 2020+2021 : 23ème / 2019-2021 : 74ème
(10ème fin 2020: 10 jours sans Maman / 1.177.479 entrées)
(10ème fin 2019: Jumanji - Next level / 3.255.668 entrées)

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Et en guise de conclusion...

Je n'ai pas grand-chose à ajouter, si ce n'est qu'il me paraît important que ces statistiques décollent et qu'au moins une quinzaine de films dépasse le cap symbolique du million d'entrées. L'arrivée prochaine d'un nouveau James Bond me donne, c'est vrai, quelques espoirs. Dune, sorti la semaine dernière, pourrait aussi attirer du monde. Comment le cinéma français s'en sortira-t-il ? Nous en reparlerons sûrement. J'ai sans doute, moi aussi, un certain retard: je n'ai vu qu'une vingtaine de films en salles cette année. Loin de ma moyenne !

mardi 21 septembre 2021

Les choses de la vie

Anna, une amie qui connaît bien mieux le Japon que moi, m'a affirmé qu'il valait mieux ne pas le juger en fonction de l'humanisme des films d'Akira Kurosawa. Je n'ai cependant pas tergiversé bien longtemps avant de saisir l'occasion de voir le dernier long-métrage du maître. Lequel, à la sortie sur les écrans, avait tout de même déjà... 83 ans !

Madadayo
est aussi l'histoire d'un vieil homme: le professeur Uchida. Alors qu'il a pris sa retraite, ses anciens élèves décident de lui rendre hommage chaque année, en l'invitant à participer à un repas festif organisé par le club qu'ils ont créé à cette fin. Je parlais d'humanisme et il y en a beaucoup dans ce film plutôt atypique dans la filmographie du cinéaste nippon. Il couvre plusieurs périodes et donne aux choses de la vie - un déménagement forcé, la disparition d'un chat, une santé déclinante... - une valeur considérable. Or, l'ensemble est orchestré de telle façon que le ton n'est jamais triste, ni même mélancolique. Je ne sais ce que le récit intègre d'autobiographique, mais j'ai pensé qu'il contenait une idée d'acceptation. Posé telle une énigme, le titre du film lui-même signifie "Pas encore prêt": c'est la réponse d'Uchida à la grande question du temps qui passe, avide qu'il reste d'apprécier son existence tant (et autant) qu'il le pourra. Onirique, l'ultime plan du long-métrage lui donne un autre sens, nous ramène vers l'enfance et reste l'un des plus beaux de l'histoire du cinéma. Une pure émotion.

Madadayo
Film japonais d'Akira Kurosawa (1993)

L'histoire retient qu'après cette oeuvre sublime, le cinéaste n'eut plus suffisamment de force pour mettre en images ses derniers scénarios. De fait, il est difficile d'imaginer qu'il aurait pu donner meilleur point final à sa carrière. Sa grande pudeur face au thème du vieillissement peut enrichir celle de Miss Daisy et son chauffeur ou celle d'Amour. Pour rester au Japon, je vous recommande La ballade de Narayama !

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Et en guise de conclusion...

Je suis surpris (et ravi) de pouvoir citer mes amis Eeguab et Vincent.

lundi 20 septembre 2021

Un autre cahier

Je change de cap: après une belle tranche d'été consacrée à des films de divertissement, j'ai soudain eu l'envie de renouer avec le cinéma d'auteur. Bon plan: j'ai profité d'une offre gratuite mise à disposition sur la plateforme MK2 Curiosity et retrouvé feu Abbas Kiarostami. Une opportunité vraiment intéressante d'aller voir ailleurs si j'y suis...

Hé ! Revenez ! Je ne parle pas pour vous ! Dans le film que j'évoque aujourd'hui, le cinéaste iranien pose sa caméra à hauteur d'enfant. Ahmad, huit ans, travaille plutôt bien à l'école, mais constate un soir que, par simple étourderie, il a pris avec lui le cahier d'un camarade. Ce dernier risquant fort d'être puni, le gosse se met donc en route pour réparer son erreur avant qu'il ne soit trop tard pour les adultes. Où est la maison de mon ami ? repose sur cette histoire - simple - d'un marmot un peu désemparé face aux contradictions des grands. Son empathie à lui ne trouve guère d'écho chez les autres, à vrai dire. Kiarostami suggère alors une mini-odyssée, avec son lot d'incertitudes et de dangers, réels ou supposés. Cela nous ouvre de facto à un Iran méconnu, loin du pays que la télé juge bon de nous montrer parfois. Logique: nous avons désormais quitté les grandes villes. Le "voyage" n'en est que plus agréable. Pour les mômes, oui, mais pas seulement !

Où est la maison de mon ami ?
Film iranien d'Abbas Kiarostami (1987)

Autre culture, autre horizon, regard différent: ce beau long-métrage mérite votre attention. Son jeune acteur principal est remarquable d'intensité ! Notez que ce film est le premier volet d'un ensemble informel, la trilogie de Koker, dont le superbe Au travers des oliviers est la conclusion - et dont chaque épisode peut se suffire à lui-même. À hauteur d'enfant encore, je conseille La belle... ou Nobody knows !

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Vous cherchez toujours votre chemin ?

Je me permets à présent de vous (ré)orienter vers "L'oeil sur l'écran".

samedi 18 septembre 2021

Sandrine K. dédoublée

Cela s'est produit par hasard, un soir du mois d'août: je suis tombé sur France 3 qui avait choisi de diffuser coup sur coup deux films avec Sandrine Kiberlain. J'ai pensé que ça valait bien un diptyque ! J'ai vérifié: ma dernière chronique double date d'il y a quatre mois. Vous me direz si vous estimez que je devrais en écrire plus souvent...

 
Pauline détective
Film français de Marc Fitoussi (2012)

Tourné sur la Côte d'Azur, mais censé se dérouler sur la Riviera italienne, cet opus met en scène la maquettiste d'un journal spécialisé dans les affaires criminelles, que son mec vient juste de quitter. Résultat: la pauvrette est prise en main par sa frangine et est invitée à prendre un peu de repos/recul dans un hôtel de luxe du littoral méditerranéen. Or, plutôt que se détendre, Pauline décide d'enquêter sur quelques faits franchement suspects survenus dans les environs. Ce n'est pas passionnant, mais ludique, coloré et parfois assez drôle. Jusqu'à l'inattendue conclusion, l'apprentie Hercule Poirot fait preuve d'une redoutable opiniâtreté, jamais bien loin de la mythomanie. Derrière elle, Audrey Lamy, Wladimir Yordanoff et Claudio Santamaria forment un casting hétéroclite, plus ou moins inspiré. Et vite oublié...

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Si vous voulez d'autres infos...
Vous pouvez également trouver ce vrai-faux polar chez Pascale et Lui.

 
La belle et la belle
Film français de Sophie Fillières (2018)

Bon point de départ pour cet autre programme: Margaux, une quadra parisienne, rencontre... Margaux, une fille dans la vingtaine. Et la vie de l'une ressemble de manière troublante à celle que l'autre a vécue ! Sur cette base, vous êtes bien évidement tout à fait libres de croire au scénario qui vous plaît le plus: celui du hasard malicieux ou celui du croisement de deux existences qui sont tout simplement la même. Autant vous le dire: le mieux reste d'adhérer à la seconde hypothèse pour s'intéresser au récit, certes séduisant, mais un brin répétitif. Las ! Le jeu de la jolie Agathe Bonitzer n'incite pas à être indulgent vis-à-vis de cette "fille de" (de la réalisatrice et d'un autre cinéaste). Melvil Poupaud, qui n'a rien à prouver, relève quant à lui le niveau d'un long-métrage somme toute appréciable, bien que mal dégrossi. Au final, je me suis dit en le regardant qu'il y aurait eu mieux à faire. Et quoi ? À défaut de mettre le doigt dessus, je vous laisserai juges...

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Il y a, bien sûr, une solution-bis...

Elle consistera à parcourir les avis de Pascale, Laurent, Strum et Lui.