vendredi 28 mars 2025

Reconstruction ?

Je dirais de The brutalist qu'il est un film imposant. Du grand cinéma made in USA, porté par l'interprétation aussi magistrale que fiévreuse d'Adrien Brody, bientôt 52 ans, dans le rôle principal (Oscar à la clé). Je n'avais jamais retenu le nom de Brady Corbet acteur. Coscénariste et réalisateur, il déconstruit ici le rêve américain. Un peu plus encore.

Son "héros" s'appelle László Tóth - avec accents hongrois de rigueur. Nous sommes vers 1945. Rescapé de Buchenwald, il débarque un jour à New York depuis les cales d'un bateau, encore totalement étranger au territoire qu'il découvre. Il veut croire que sa femme et sa nièce parviendront à le rejoindre, elles qui ont aussi survécu à l'horreur nazie - bien que prisonnières du camp de Dachau (ouvert dès 1933). László trouve refuge chez un cousin, Attila, qui a gommé son nom d'origine pour mieux se fondre dans le grand tout qu'est Philadelphie. Il fait rapidement des affaires avec ce parent, mais cela ne dure pas. Quand l'un de ses riches clients découvre qu'il était un architecte réputé avant la guerre, il l'embauche à nouveau pour le projet XXL d'un centre communautaire dédié à la mémoire de sa mère. On se dit que la bataille des egos ne fait alors que commencer... et la suite vous le confirmera, avec grandiloquence. Un film imposant, disais-je.

Découpé en plusieurs époques, The brutalist est une reconstitution soignée de ces temps révolus (les années 50 étant le plus marquant). Je ne vois rien à reprocher au film sur le plan visuel et esthétique. Forme toujours, l'environnement sonore - sons et surtout musique - constitue une vraie réussite. Les trois heures et demie de projection, entrecoupées d'un quart d'heure d'entracte, passent donc sans ennui. Elles réclament cependant du spectateur une certaine concentration. J'ai choisi la version originale: le nombre et la densité des dialogues n'ont pas été loin, parfois, de me faire "perdre le fil". L'introduction d'un nouveau personnage central s'effectue à peu près à mi-parcours. Quand on arrive à passer ce cap, on a sans doute fait le plus dur. Même si, à chaud, je crois bien que j'ai préféré la première heure. J'aimerais éviter de trop en dire, mais on est ici dans un schéma classique d'ascension et de chute. Avec échos au monde d'aujourd'hui.

Et les interprétations ? Je l'ai suggéré dès le préambule: Adrien Brody fait des étincelles et n'a pas volé son Oscar. Il faut juste admettre que tout tourne autour de lui, du titre aux conclusions de l'épilogue. Felicity Jones, la comédienne britannique qui joue Erzsébet, la femme et muse de László, semble parfois presque en retrait. C'est logique. On pourrait presque lire le scénario comme le récit d'amours tragiques et contrariées. Âmes très sensibles, vous voilà ainsi donc prévenues. Également en tête d'affiche, l'Australien Guy Pearce se sort très bien du rôle du soi-disant mécène: vous allez sûrement adorer le détester. Je passe sur les autres, concernés mais assez secondaires: Joe Alwyn, Stacy Martin, Ariane Labed et Isaach de Bankolé (revu avec plaisir). Aux Oscars, ils ont été bredouilles. Daniel Blumberg pour la musique et Lol Crawley pour la photo, eux, ont chacun remporté leur statuette. Dix nominations et trois récompenses: certains ont parlé d'un échec...

Mais pas moi ! Je l'ai dit et le répète: The brutalist m'a intéressé. Parce que c'est aussi une histoire sordide, je peine à dire que le film m'a véritablement plu. Ses grandes qualités narratives et formelles m'attachent à l'écran, oui, a fortiori parce qu'au cinéma, il est géant. Jouer sur la petitesse de l'être humain face à son environnement immédiat et dangereux marque mon esprit (féru d'art et citoyen). Résultat: je ne peux pas occulter la dimension politique du dispositif. Je ne le souhaite pas non plus: certaines de mes réserves sur le film me semblent y trouver leur source. Bon... on échappe heureusement au brûlot 100% militant et manichéen, que j'aurais sûrement rejeté. J'espère que ce long-métrage trouvera sa juste place dans la mémoire collective du cinéma américain et, au-delà, du cinéma international. Malgré ma légère retenue, je le vois volontiers comme une oeuvre essentielle de ce début de 21ème siècle. Il en est d'autres à (re)voir...

The brutalist
Film britannico-hongro-américain de Brady Corbet (2024)

Beaucoup de très belles choses dans ce film... qui m'a trop bousculé pour que je lui accorde une note supérieure. Certaines situations m'ont paru surlignées (ou quelques scènes déjà entrevues ailleurs). Une partie de la projection, j'ai pensé à La porte du paradis, un film comparable par sa longueur et ses enjeux, mais honni en son temps. Allez... je préfère ce Brady Corvet au The immigrant de James Gray !

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Il faut quand même que j'ajoute une dernière chose...
Le film n'aurait coûté "que" dix millions de dollars américains environ. Une somme folle ? Oui, mais sur de nombreuses grosses productions hollywoodiennes actuelles, on facture plutôt en centaines de millions !

Et bien sûr, d'autres points de vue s'expriment sur la toile...
Vous y trouverez notamment ceux de Pascale, Dasola et Princécranoir.

mercredi 26 mars 2025

Ils plient, mais...

Au début de ce mois, après les César et la consécration (attendue ?) d'Emilia Pérez, je me suis souvenu que j'avais la possibilité concrète de découvrir plusieurs films primés qui m'étaient encore inconnus. C'est un souvenir adolescent qui m'a d'abord poussé vers Les roseaux sauvages. L'occasion aussi d'un peu mieux connaître André Téchiné...

1962. La fin de la guerre d'Algérie approche. Le réalisateur-scénariste nous embarque vers le Lot-et-Garonne, où un groupe de garçons s'apprête à passer le bac. La relative douceur du printemps aquitain réveille aussi leur soif de vie et leurs diverses envies amoureuses. Comment s'aimer, justement, quand la France traverse des heures sombres et se divise sur le devenir de ses toutes dernières colonies ? Que comprendre quand on est à des kilomètres du lieu des combats ? Les roseaux sauvages pose intelligemment ces questions cruciales. Dans le - magnifique - cadre naturel du film, une partie de l'avenir s'écrit pour des jeunes incertains, souvent emplis de contradictions. Proche d'eux, la caméra capte au mieux leurs émotions et les sublime pour rendre parfois leurs attitudes et questionnements universels. Discrète mais omniprésente, Élodie Bouchez tient un rôle-révélation que ceux qui l'ont repérée n'ont sûrement pas oublié. Un talent brut...

Beaucoup de ce qui a trait à la jeunesse de ce début des années 1960 est, de fait, très beau dans Les roseaux sauvages. J'ose même dire que toute la fin du film est magnifique, où des regards se croisent avant que des corps ne se frôlent, un temps oublieux de l'attente angoissée d'un résultat scolaire (et d'éventuels départs vers l'ailleurs). Le film n'est pas parfait pour autant: il nous présente un personnage d'enseignante, par exemple, qui ne m'aura qu'à moitié convaincu. Peut-être ce développement est-il dû à l'origine même de ce projet d'auteur: avant d'inventer un vrai film de cinéma, André Téchiné répondait à une commande d'Arte, dans un format un peu plus court. Je laisse pour l'heure à chacun le soin de se renseigner sur ce point. Je me contenterai donc de retenir ce qui m'a ému personnellement. J'imagine qu'on apprécie d'autant plus ce lumineux long-métrage quand on a une petite idée de sa facette sombre et des "événements d'Algérie" qu'il évoque - sans jamais en montrer la moindre image. Point de crainte: le récit reste accessible ! Et oui, très actuel, aussi...

Les roseaux sauvages
Film français d'André Téchiné (1994)

Je tempère mon enthousiasme, c'est vrai, mais je garde le positif dans un film proche des deux heures de métrage. Un César mérité ! Les jeunes de 2025, vus dans Eat the night, pourraient s'y retrouver. Bien des films ont été faits avec cet éveil à l'existence comme toile de fond. Exemples récents, Shéhérazade, Les passagers de la nuit ou Sans Coeur rendent tous compte de sa belle et franche diversité...

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Et maintenant, pour conclure et en quelques clics...

Vous trouverez les avis de "L'oeil sur l'écran" et/ou celui de Benjamin.

lundi 24 mars 2025

Neiges éternelles

Je le savais: le cinéma de Bong Joon-ho est plutôt sans concession. Dans le film d'aujourd'hui, une institutrice fait l'apologie d'un dirigeant politique à coups de mitraillette, une ado ne supporte son quotidien que grâce à une drogue dure et les pauvres se nourrissent de cafards broyés. La représentation d'une réalité de notre monde courant 2031 ?

Adaptation - libre - d'une B.D. du duo français Jacques Lob (scénario) et Jean-Marc Rochette (dessin), Snowpiercer - Le Transperceneige est demeuré quelque temps le plus gros succès du cinéma sud-coréen en France. Et conserve la deuxième place de ce box-office particulier.

Outre les éléments déjà évoqués, il vous faut imaginer un train géant supposément bâti pour servir d'arche aux survivants d'une humanité décimée par une nouvelle glaciation planétaire. Un convoi ferroviaire constamment en mouvement où, selon son niveau de fortune, chacun est plus ou moins proche du wagon de tête du concepteur-dictateur. Lequel exploite des enfants, d'où l'envie de révolte du bas peuple. C'est bon ? Vous voyez le tableau ? Il est aussi enneigé que sombre. Lors d'une séance rétrospective, j'en ai vraiment pris plein les yeux ! Grâce aussi au casting : le héros - Chris Evans - a des partenaires bourrés de talent, de Jamie Bell à Ed Harris, en passant (entre autres) par Tilda Swinton, Song Kang-ho, John Hurt ou bien Octavia Spencer. Le récit offre peu de suspense, mais les images sont spectaculaires. Quant à la morale de toute cette histoire, je ne suis pas convaincu qu'elle puisse nous garantir une fin heureuse ! À chacun d'y réfléchir...

Snowpiercer - Le Transperceneige
Film sud-coréen de Bong Joon-ho (2013)

À dire vrai, je n'avais plus connu un voyage ferroviaire aussi agité depuis celui du Dernier train pour Busan (arrivé de Séoul, lui aussi). Six ans avant le Palme-César-Oscar de Parasite, le natif de Daegu envoyait déjà du lourd avec cette coproduction franco-américaine. Cohérent, son cinéma m'emballe: mention pour Memories of murder. Il n'est pas scandaleux de préférer l'empathie d'un About Kim Sohee...

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En tout cas, le film a fait parler de lui...

Vous lirez des avis contrastés chez Pascale, Dasola, Sentinelle, Strum et Lui. Et noterez que je n'en ai pas vraiment fini avec Bong Joon-ho !

dimanche 23 mars 2025

Trois (bonnes) occasions

Je crois inutile ce matin de vous faire un dessin: l'affiche ci-dessous suffira à expliquer pourquoi je trouve ce jour et les deux prochains prometteurs. Ah, le Printemps du cinéma ! C'est un peu mélancolique que j'y avais pris part l'an passé, lors des trois dernières journées d'ouverture d'un ensemble de six salles que j'aimais bien. Souvenirs...

La tendance est moins angoissante cette année, puisque j'ai appris qu'un autre cinéma que je fréquente va ouvrir une quatrième salle. Celui auquel je suis le plus fidèle, lui, défend des concepts innovants et projette désormais des films français avec sous-titres en anglais. J'espère que cela attirera une partie de la clientèle étrangère en ville !

Avant de pouvoir en juger sur le terrain, j'ai conscience que je parle d'un événement de cinéma... sans vous conseiller de film à aller voir. Deux raisons à cela: 1) je me dis que nous sommes tous assez malins pour savoir nous-mêmes ce qui nous ferait plaisir et 2) la rédaction de ce billet remonte à la fin de février et donc, en toute logique calendaire, c'est très normal: je n'avais encore vu aucun film de mars.

Il est probable que je me serai rattrapé quand vous lirez ces lignes. Voici déjà dix opus que j'avais repérés ces trois derniers mercredis...


Sortis le 12 :
Berlin, été 42 / The insider / On ira

Sortis le 19 :
La cache / Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan / Vermiglio

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Pour conclure, en quelques mots...

Cette liste vous donne tout de même une petite idée de mes envies. Bien sûr, vous pouvez toujours remonter le fil de Mille et une bobines pour piocher d'autres "grains à moudre". Je vous retrouverai demain midi... avec une autre chronique de film à partager. Et d'ici là, merci à celles et ceux qui publieront leurs coups de coeur en commentaires !

vendredi 21 mars 2025

L'hommage au père

Luigi Comencini voudrait finaliser le tournage d'une scène extérieure. Pas de temps à perdre: le soleil se couche. Or, une gamine est restée dans le champ de la caméra ! La même, admise comme figurante, n'arrive pas à jouer, émue par la beauté de ce décor qu'elle découvre. Telle était peut-être Francesca, la troisième fille du cinéaste italien...

Ainsi que vous le savez peut-être, Francesca est devenue réalisatrice. Elle a fêté ses 63 ans l'été dernier et le septième art est aussi le sien depuis un premier film en 1984. La double anecdote que j'ai évoquée figure dans son dernier en date, Prima la vita, sorti dans les salles françaises en février après sa présentation à Venise l'année passée. Cette splendeur de long-métrage revient - longuement - sur la force de la relation père-fille qui unissait Luigi à Francesca. Une relation d'amour bien évidemment, faite de gestes tendres et d'attentions multiples, mais qui a connu son lot de turbulences, au fil du temps. Pour le montrer et y intéresser le public, la femme derrière la caméra a un immense mérite: celui de ne pas toujours se donner le beau rôle. Une performance, si j'ose écrire, d'autant qu'elle fait aussi le choix audacieux d'observer ses personnages de (très) près. Le scénario occulte la figure de sa mère, Giulia Grifeo di Partanna, une princesse sicilienne. Il ne dit d'ailleurs rien non plus du destin de ses soeurs aînées, Paola et Cristina, ni de la benjamine, Eleonora ! Qu'importe...

La grâce des acteurs - Fabrizio Gifuni et Romana Maggiora Vergano - est telle qu'aussitôt après avoir vu le film, j'en ai parlé à mes amis comme du plus touchant de ceux que j'ai vus en ce début d'année. Emballé, j'ai ajouté qu'il figure parmi les plus beaux. Deux éléments d'appréciation que je ne vais certainement pas renier aujourd'hui. Parcouru d'images sublimes, parfois issues des belles représentations d'un célébrissime classique de la littérature jeunesse, Prima la vita s'illustre aussi par des choix musicaux pertinents, des plus inspirés. Les émotions surviennent ainsi et surtout en replaçant le titre original du long-métrage - Il tempo che ci vuole, Le temps que cela prend - dans son contexte. Le film n'aura pourtant fait que 148.840 entrées en Italie l'année dernière et terminé son parcours à la 77ème position de son box-office national. Pire, en France, il passe quasi-inaperçu ! Celui qui a tant contribué à la création de la Cinémathèque de Milan mérite davantage de considération... et il en va de même de sa fille. J'espère que cette modeste chronique saura attirer certains regards...

Prima la vita
Film italien de Francesca Comencini (2024)

Una meraviglia ! J'ai vraiment eu un GROS coup de coeur pour ce film honnête et d'une chaleur réconfortante par les temps qui courent. L'amour que l'on découvre ressemble un peu à celui de Mommy, opus québécois qui, lui, présentait le lien fort entre une mère et son fils. Mais, quitte à partir aussi loin, autant aller jusqu'au Japon pour voir ou bien revoir le superbe Printemps tardif. C'est presque de saison...

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Vous n'êtes toujours pas convaincus ? Bon...

Je crois qu'il ne me restera à vous conseiller que la lecture de Pascale.

mercredi 19 mars 2025

S'il suffisait d'aimer...

Hélène, une amie à moi, comédienne de son état, affirme que 99,9% des chansons parlent d'amour - ce qu'elle tend à démontrer sur scène. Qu'en est-il des films ? Le ratio est-il aussi élevé ? Sans aucun doute. Après, il y a bien sûr d'innombrables façons d'envisager ce beau sujet. J'imagine qu'il ne sera pas épuisé demain. Il faudra alors s'en réjouir !

Dans le bien nommé Fantôme d'amour, un quinquagénaire lombard qu'incarne Marcello Mastroianni recroise une femme dont il était épris de longues années auparavant, sous les traits de Romy Schneider. Mais il ne la reconnaît pas ! Des rides au visage donnent à l'amante d'autrefois l'air sombre d'une personne souffrant d'une grave maladie. Cheveux sales, Anna Brigatti paraît perdue dans cet autobus de Pavie qu'elle a emprunté sans la moindre lire en poche pour payer le ticket. Elle promet au généreux Nino Monti qu'elle le remboursera très vite...
 
Une occasion de renouer ? Pas sûr. Car, si les sentiments de  l'homme s'éveillent à nouveau, ceux de l'ancienne partenaire ont l'air éteints. Je vous laisserai découvrir pourquoi ils le sont (ou devraient l'être). Le film repose sur un scénario original qui pourrait vous surprendre. Romy S. et Marcello M. sont magnifiques dans les rôles principaux. Pourtant, c'est très étrange: j'ai l'impression que cette production franco-germano-italienne est en quelque sorte tombée dans l'oubli. Comme si l'absence de toute récompense internationale de prestige avait réduit à néant ses chances de réellement passer à la postérité. Reste le plaisir d'un opus bien mis en scène et d'une virée transalpine.

Fantôme d'amour
Film franco-germano-italien de Dino Risi (1981)

Je me faisais une idée plus caustique (parce qu'incomplète, je pense) de la filmo du cinéaste italien, actif tant au cinéma qu'à la télévision entre 1946... et 2002. Je recommande Le veuf, dans un autre genre ! L'amour en Italie, je l'ai évoqué récemment avec Les fleurs du soleil. Autre piste, Deux sous d'espoir est inscrit dans un cadre historique et social passionnant. Je suis loin d'avoir fait le tour de la question...

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Y a-t-il un ou une spécialiste, dans la salle ?

Elle et Lui, le duo de "L'oeil sur l'écran", est un peu moins louangeur. Sur ce même blog, vous trouverez cela dit une vingtaine d'autres Risi.

lundi 17 mars 2025

Le dernier ?

S'il acceptait, il serait le dernier à céder. Comme à ses rares voisins avant lui, un vague ami offre à Joseph, éleveur caprin sur le littoral corse, de lui acheter ses terres pour 42 fois leur valeur estimée ! Après son refus, trois mecs patibulaires débarquent chez le berger. L'un de ces types a alors un "accident". Joseph doit prendre la fuite...

Il aura suffi de ce pitch - et de quelques images glanées sur Internet - pour me motiver à aller voir Le Mohican. Je m'étais aussi imaginé qu'il s'agissait du premier long de son auteur: c'est en fait le second. Habilement ficelé et peu bavard, car il n'atteint pas l'heure et demie. Les enjeux sont vite et bien posés: la certitude d'un (bon) suspense...

Le bémol, c'est simplement que j'avais espéré qu'il en serait de même pour la face inattendue du scénario. Joseph a une cousine, Vannina. Admirative de son travail, elle affronte sa disparition en le présentant comme celui qui a résisté à la mafia: un héros, donc, et un exemple. Nous avons dès lors deux récits en un: celui de la cavale d'un homme lucide sur ce qui le menace et celui d'une jeune femme convaincue qu'elle peut lui éviter le pire en mobilisant grâce aux réseaux sociaux. Je juge hélas le film un peu léger dans cette deuxième composante. Attention, hein ? Cela ne veut surtout pas dire que tout soit à jeter. Mais est-ce vraisemblable ? Je vous dirais que je m'en moque un peu !

Le Mohican
Film français de Frédéric Farrucci (2025)

Vous l'avez compris: nous sommes loin des tribus d'Amérique du Nord citées dans le fameux roman de James Fenimore Cooper (1789-1851). Quitte à demeurer à l'étranger, l'ambiance a parfois pu me rappeler celle d'As bestas, chef d'oeuvre de tension évoqué ici en juin dernier. Mais ne zappez surtout pas la Corse au cinéma: Borgo et À son image témoignent, chacun à leur façon, d'un engouement récent. À suivre...

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En attendant d'autres voyages sur l'île...

Je vous laisserai apprécier l'avis de Pascale, un peu plus enthousiaste. Elle a raison de saluer la prestation d'Alexis Manenti dans le rôle-titre.

samedi 15 mars 2025

Un déferlement de violence

Je vous redis d'abord ma conviction: à bientôt 43 ans, Karim Leklou figure parmi les acteurs français les plus doués de sa génération. Vimala Pons, elle aussi, a un grand talent et souffle sa 42ème bougie aujourd'hui même - je l'ai appris juste avant d'écrire cette chronique. Ce samedi, je rattrape enfin leur film commun: Vincent doit mourir !

Le doit-il vraiment ? Et, si c'est le cas, pourquoi ? Ce sont bien sûr deux des questions qui se posent devant ce nouveau film de genre. Vincent, graphiste dans une boîte lyonnaise, est un jeune type d'apparence ordinaire. Il se trouve toutefois qu'il déclenche soudain une haine inexplicable quand il croise le regard d'autres personnes. Résultat des courses: il se fait souvent tabasser sans raison véritable. Sur cette base, le film construit une première partie assez originale et nous apporte de l'empathie pour le personnage de Karim Leklou. Cela se gâte (un peu) quand apparaît Margaux, celui de Vimala Pons. Fantasque, elle semble incompatible avec l'idée même de la violence. L'ennui est que le récit, en s'ouvrant à autre chose, perd en intensité. Le tout ne dure pas deux heures, ce qui m'a de fait paru suffisant pour développer le propos et nous conduire ainsi vers une fin ouverte. Le réalisateur, lui, signe ici son premier long. Pas si mal, en réalité...

Vincent doit mourir
Film français de Stéphan Castang (2023)

Je m'attendais à un peu mieux, mais je prends ce qui s'avère réussi pour conclure avec une notation relativement positive, malgré tout. J'ajoute que je partage certaines références ciné avec le réalisateur et le scénariste, Mathieu Naert - comme John Carpenter, notamment. Je pense à des films de zombie: World war Z ou The dead can't die. NB: si vous préférez en rire, Coupez ! est sûrement la solution idéale.

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Une précision ?
J'ai vu ce film quelques jours avant la dernière cérémonie des César et je ne savais donc pas encore que Karim Leklou allait obtenir celui du meilleur acteur cette année. Mais oui, je m'en réjouis pour lui ! Dans un registre très différent, il était parfait dans Le roman de Jim.

Un point de comparaison ?
Bien sûr ! C'est l'occasion de voir que Pascale a plutôt apprécié le film.

jeudi 13 mars 2025

Películas negras

L'aviez-vous appris ? Il y a bientôt un an, le 14 mars 2024, des milliers de professionnels du septième art et de simples cinéphiles argentins étaient mobilisés pour dénoncer la politique du président Javier Milei. De mon côté, j'ai revu Buenos Aires les 17 et 18 février, par écran interposé. J'y ai découvert les deux films noirs que j'évoque ce midi...

Que la bête meure
Film argentin de Román Viñoly Barreto (1952)

Le titre vous dit quelque chose ? Il est bien sûr tout à fait possible que vous ayez déjà pu voir une autre adaptation du roman éponyme de Cecil Day-Lewis (réalisée par Claude Chabrol et sortie en 1969). L'histoire ? C'est celle d'un écrivain, veuf et père d'un jeune garçon. Garçon qui, parti faire une course, meurt, renversé par une voiture. Après une période de dépression, le père se dissimule sous son nom d'auteur et fréquente alors la belle-soeur du chauffard, qu'il séduit. C'est ainsi qu'il va finalement rencontrer celui qui a causé son malheur et imaginer sa vengeance. Les amateurs de suspense apprécieront. J'avoue que j'ai eu un peu peur au début, l'interprétation des acteurs étant pour le moins outrée. Cela s'arrange nettement par la suite. Résultat: un long-métrage qui rivalise avec les bonnes productions américaines du genre. Leur influence est nette: tous les personnages ont un patronyme anglo-saxon et le héros, lui, en compte même deux.

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Info en + : le film a aussi reçu un avis positif de "L'oeil sur l'écran".

Un meurtre pour rien
Film argentin de Fernando Ayala (1956)
C'est malheureux à dire, mais le titre dit quelque chose de l'intrigue. Elle n'en est pas moins surprenante, au début: un reporter, malmené par sa hiérarchie, se laisse convaincre par un drôle d'immigrant européen qu'il est possible de monter une très lucrative escroquerie autour d'une académie d'enseignement à distance des techniques journalistiques. Confiant, il accepte que son nouvel ami et complice touche plus d'argent que lui, au moins jusqu'à ce qu'il en ait assez pour permettre à sa famille de le rejoindre. Mais ça va vite dérailler ! Avant cela, une scène onirique nous aura montré que le héros souffre d'une paranoïa sévère (ce qui l'expose à une certaine vulnérabilité). Un nouveau personnage apparaîtra à mi-métrage et, sans intention malveillante pourtant, aura dès lors tôt fait de lui causer des sueurs froides. Las ! Le film ne devient pas tout à fait le thriller angoissant qu'il promettait d'être aux premiers instants. Une légère frustration...

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Info en + : j'espérais un autre avis de "L'oeil sur l'écran", mais... non.

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Que vous dire en guise de conclusion ?

De ne pas laisser tomber juste à cause de mes notes en demi-teinte. En soi, la possibilité de découvrir deux fleurons du cinéma argentin d'après-guerre est vraiment intéressante. J'ai connu une expérience similaire début 2023 avec Double destinée, un (bon) film mexicain. L'Amérique latine aurait-elle le vent en poupe sur le blog ? Peut-être. Et même si je reviendrai sans doute bientôt... sur un autre continent.

mardi 11 mars 2025

Le poids du passé

Terrence Malick est un bon exemple: il a pu m'arriver de découvrir tardivement l'oeuvre d'un cinéaste et de vouloir ensuite me plonger dans toute sa filmographie passée. Je n'en suis pas à ce stade d'admiration avec Walter Salles, mais apprécier Je suis toujours là m'a encouragé à vite "retourner" au Brésil pour regarder Avril brisé...

Première surprise: ce film est l'adaptation d'un roman paru en 1980 sous la plume de l'écrivain... albanais, Ismail Kadaré (1936-2024). Nous revenons au début du 20ème siècle, auprès d'une famille pauvre. Notre hôte est un petit garçon, sans prénom connu. Il travaille déjà pour aider ses parents, les Breves, qui tirent leurs modestes revenus de l'exploitation de la canne à sucre. Mais il est avant tout question d'une vengeance à prendre sur le clan voisin, les Ferreira: une rivalité territoriale dont le motif premier semble oublié depuis des lustres. Reste qu'après l'assassinat du fils aîné des Breves, les Ferreira doivent à leur tour payer le prix du sang - ce qui marquera l'ouverture d'un nouveau cycle de violences réciproques et jugées inéluctables. Deuxième surprise: sur cette trame, Avril brisé construit un drame d'une rare force poétique. Sachez-le: il y a quelque chose de très beau dans ce que feront les plus jeunes pour tenter d'échapper au destin des anciens. Et, sous ses airs de western, le film cache bien son jeu ! Le mieux est donc de ne pas trop en savoir pour être touché au coeur.

Walter Salles, lui, explique avoir été "frappé par la force symbolique de cette histoire, qui ressemblait à un conte des origines". Une étude de la tragédie grecque l'aura apparemment aidé à construire son film. J'insiste toutefois pour dire qu'il n'est pas qu'une illustration moderne de la loi du talion telle qu'elle a pu être appliquée en Amérique du sud. C'est aussi une invitation au rêve, adressée par un enfant contraint de grandir bien plus vite que les autres. La littérature et le cirque jouent un rôle décisif dans ce récit, qui nous parle aussi de l'amour avec un grand A - ce qui constitue une possible troisième surprise. Vous l'aurez compris: Avril brisé est un long-métrage aussi rare qu'étonnant. Il nous offre en cadeau de superbes images du Brésil. C'est pour tout dire un voyage que je n'aurais jamais fait sans lui. Que dire des acteurs ? Je n'en connaissais aucun et suis de fait tombé sous le charme de Flavia Marco Antonio, tout en étant très sensible au jeu (tout en retenue) de Rodrigo Santoro, Luiz Carlos Vasconcelos et Ravi Ramos Lacerda. Rares, leurs dialogues savent dire l'essentiel !

Avril brisé
Film brésilien de Walter Salles (2001)

Bon bon bon... il ne me restera donc plus qu'à lire le livre, désormais. Pour comparaison, je parlerai peut-être également d'autres vendettas sur écran (le thème de la Cinémathèque de Grenoble cette saison). Aujourd'hui, je me contenterai de me réjouir d'avoir vu ce film ! D'autres perles du Brésil sont présents en section "Cinéma du monde". Dont Gabriel et la montagne. Et La vie invisible d'Euridice Gusmão.

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Et pour finir en (léger) contrepoint...

Je vous propose de lire les avis de "L'oeil sur l'écran", un peu sévères.