mardi 20 janvier 2026

Pleins feux sur Pandora

Sorti le 17 décembre, il avait, en deux semaines, atteint cinq millions d'entrées en France et déjà dépassé le milliard de dollars de recettes dans le monde ! Il est confirmé qu'Avatar - De feu et de cendres offre un nouveau grand succès public à James Cameron, seize ans après le premier volet de la saga. C'était gagné d'avance. Peut-être...

À contre-courant, je vais dire tout de suite que le sujet lui-même pourrait bien finir par me lasser, si LES DEUX autres suites attendues maintiennent le cap - la première est envisagée pour Noël 2029. Résumons: sur la planète Pandora, des extraterrestres bienveillants subissent les assauts de militaires humains sans le moindre scrupule. L'un de ces G. I. a rallié la cause des Na'vi et adopté leurs attributs physiques: une haute taille élancée et une sémillante couleur bleue. Sous cette apparence, il a aussi fondé une famille - recomposée - avec une femme de la tribu et endossé les responsabilités d'un chef de clan. Ce que son camp d'origine voit comme de la haute trahison...

Bref, c'est la guerre, encore et toujours: déclarée dans une forêt luxuriante, elle s'était d'ores et déjà étendue à une communauté vivant au bord de l'eau (c'était dans le deuxième épisode, en 2022). Elle est à présent marquée par l'apparition d'une antagoniste nouvelle parmi les Na'vi, créature féminine fascinée par la puissance du feu. Soyons clairs: plus que jamais, Avatar - De feu et de cendres ressemble à une vision "modernisée" des très sanglants combats qui, aux 18ème et 19ème siècles, opposèrent les Amérindiens aux colons venus d'Europe et causèrent plusieurs dizaines de milliers de morts. De mauvais souvenirs remontés à la surface par temps de trumpisme.

À l'écran, le spectacle est assuré: il dure même trois heures et quart ! 197 minutes exactement que j'ai passées derrière des lunettes 3D rendues obligatoires par la version du film choisie par "mon" cinéma. Habituellement, je m'en passe, classant ce supplément de technologie parmi les gadgets inutiles. OK... je dois bien reconnaître aujourd'hui que James Cameron l'utilise comme un outil créatif et le maîtrise parfaitement - non content de l'avoir relancé, en quelque sorte. Objectivement, le nouveau voyage qu'il nous propose sur Pandora mérite toute votre considération: grâce à une profondeur de champ inégalée, on peut se croire véritablement débarqué dans un monde inconnu. L'animation est à la fois très fluide et très belle: un grand kif visuel ! J'imagine que cela concrétise les rêves d'enfant du créateur...

Avatar - De feu et de cendres m'a rappelé la remarquable exposition que j'avais découverte à la Cinémathèque française (Paris) fin 2024. Elle m'avait entre autres donné à réfléchir sur le possible caractère écologique de la geste cameronienne: oui, elle montre des hommes cupides et une nature sauvage menacée, mais s'appuie sur un arsenal technique contemporain que je suppose particulièrement énergivore. Autant ne pas être dupe de ce paradoxe... pour assumer son plaisir. Pas de doute: j'ai bien choisi ma dernière séance du millésime 2025. Ne pas reconnaître les acteurs - dont Oona Chaplin, nouvelle venue - m'importe peu, finalement: je n'étais pas venu pour leurs prouesses. Fortune faite, ils seront sans doute mieux utilisés dans d'autres films futurs (je surveille les meilleurs: Kate Winslet, Sigourney Weaver...). En tant que spectateur, on peut aussi se passer de ce cinéma XXXXL. Rien ne dit qu'il soit le parfait modèle de ce que sera... notre avenir !

Avatar - De feu et de cendres
(Avatar - Fire and ash)
Film américain de James Cameron / 2025
Dans le genre, je ne crois pas connaître de film encore plus poussé ! Cela dit, mes quatre étoiles arrondissent ma note spontanée, l'aspect spectaculaire de cet énôôôrme long-métrage compensant un scénario relativement ordinaire et masquant deux-trois faiblesses narratives. Abyss est et demeure mon Cameron préféré (jusqu'à nouvel ordre). Et, au rayon "aventures spatiales", je resterai sur la case Star wars...

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Vous en voulez encore ?

Gourmands ! Vous pouvez donc filer chez Pascale et Princécranoir. Mais aussi relire mes propres chroniques sur l'épisode 1 et l'épisode 2.

lundi 19 janvier 2026

Keviiiiiiiiiiiin !

Faites-vous partie de ceux qui, à l'approche des Fêtes, ont l'habitude de squatter leur canapé pour voir - ou revoir ! -  des films "de Noël" ? Quelque chose me dit que c'est plutôt une tradition aux États-Unis. Avec un peu de retard, je vous propose aujourd'hui une chronique double autour de deux opus que certains estiment in-con-tour-nables !

Maman, j'ai raté l'avion (Home alone)
Film américain de Chris Columbus / 1990
Originaire de Chicago, la famille McCallister se prépare à passer la fin de l'année à Paris ! Le matin du grand départ, toute la maisonnée s'agite avec d'autant plus d'énergie que le réveil-matin du couple parental n'a pas sonné. Conséquence: on en oublie Kevin, le gosse turbulent qu'on avait puni la veille au soir d'une nuit dans le grenier. Resté seul, l'affreux jojo n'a pas à s'en plaindre... jusqu'à l'arrivée soudaine d'un duo de cambrioleurs. C'est bel et bien une comédie potache qui est proposée ici à ceux qui conservent leur âme d'enfant. Il en existe de meilleures, sans nul doute, mais j'en ai vu de pires ! Plus de trente-cinq ans après sa sortie, le film a une allure rétro propre à éveiller une belle émotion nostalgique - un trésor à partager. Macaulay Culkin, l'acteur principal, en aura fait craquer plus d'un(e)...

Un petit bilan chiffré :

Recettes USA : 285.761.243 $ (1er du box-office 1990),
Entrées France : 2.240.518 tickets (15ème du box-office),
Rentabilité mondiale : 2.926% de son budget de réalisation.

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Maman, j'ai encore raté l'avion (Home alone 2)
Film américain de Chris Columbus / 1992
On prend les mêmes et on recommence, pratiquement à l'identique. Cette fois, c'est vers la Floride que s'embarquent les McCallister. Kevin arrive jusqu'à l'aéroport, mais perd de vue son père à cause d'un lacet récalcitrant et prend alors un vol à destination de New York. Rebelote ensuite: il trouve très amusant de passer la nuit et le jour dans la suite d'un hôtel de luxe, affiche une très grande générosité quand il rencontre une clocharde, écoute sagement la bonne leçon moraliste d'un vieux marchand de joujoux, mais finit par avoir peur lorsqu'il recroise la route des deux voleurs du premier épisode ! J'insiste, les amis: ce deuxième volet ressemble à son prédécesseur. Détail amusant (ou pas): Donald Trump y fait une brève apparition. L'humour est toujours au rendez-vous, proche de celui de cartoons comme Bugs Bunny, Tom et Jerry ou, mon préféré, Bip-Bip et Coyote. Je ne sais pas vraiment si cela peut encore amuser les kids de 2026...

Et du côté des chiffres :
Recettes USA : 172.704.311 $ (2ème du box-office 1992),
Entrées France : 2.359.212 tickets (13ème du box-office),
Rentabilité mondiale : 1.056% de son budget de réalisation.

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NB: une petite statistique INSEE pour terminer...
Kevin est le prénom le plus donné en France entre 1989 et 1997.

Et si vous voulez en savoir plus sur Macauly Culkin...

Sa (relative) discrétion ne l'empêche pas d'avoir une fiche Wikipédia !

dimanche 18 janvier 2026

Judy et Nick, le retour

L'ordre alphabétique l'envoie illico à la dernière place de mon index des longs-métrages. Zootopie 2 trône cependant au tout premier rang du box-office français 2025 - tel que calculé au 30 décembre dernier. Je l'ai vu lors de ma pause, avec ma chère mère: c'était prévu ainsi. Une sortie ciné très agréable, seulement trois petits jours avant Noël.

C'est avec plaisir que nous avons retrouvé Judy et Nick, le duo formé lors du premier épisode. Elle la lapine et lui le renard sont coéquipiers dans les rangs de la police. Le chef d'un réseau de contrebandiers parvient à leur échapper au terme d'une trépidante course-poursuite. Désavoués par leur capitaine, les deux justiciers doivent faire profil bas et s'inscrire dans un atelier "thérapeutique" censé les remettre sur le droit chemin des procédures efficaces. Vous pouvez imaginer que cela ne se passera pas aussi facilement, d'autant qu'un serpent peu soucieux des règles les incite très franchement à vite rempiler. Rien d'original pour un Disney présenté comme le 64ème Classique d'animation de la firme aux grandes oreilles (de souris, évidemment). En résumé, Zootopie 2 fait le job. Je n'en demandais pas davantage !

Zootopie 2
(Zootopia 2)
Film américain de Jared Bush et Byron Howard / 2025
L'univers nous était encore inconnu et les personnages principaux antagonistes: c'est ce qui peut expliquer ma très légère préférence pour Zootopie premier du nom - cela se joue à très peu de choses. Bonne nouvelle pour les fans: un troisième volet paraît envisageable. D'ici là, vous ressentirez peut-être l'envie de retrouver Les bad guys dans leurs oeuvres. Les incognitos et Spycies sont du même acabit...

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Si vous voulez en savoir plus sur ces bestioles...
Pas d'éléphant en vue, mais Dasola a bien voulu prendre leur défense.

samedi 17 janvier 2026

Le temps du départ

Le retour annoncé de Miyazaki sur les Bobines ? C'est tout de suite. Grâce à France Télévision, j'ai pu rattraper certains opus du maître japonais, à commencer par Kiki la petite sorcière. Ce joli film d'animation s'adresse d'abord aux enfants et adolescent(e)s, dirais-je. Ce qui ne veut certes pas dire qu'il ne peut pas intéresser les adultes !

Les règles de conduite de sa famille obligent Kiki, une sorcière adolescente de 13 ans, à quitter ses parents pour vivre quelque temps par ses propres moyens (et en compagnie de son chat parlant, Jiji). Déterminée, la gamine enfourche son balai et s'installe dans une ville d'apparence européenne, assurant alors seule le service de livraison d'une boulangerie-pâtisserie réputée. Elle fait aussi la connaissance de Tombo, un garçon de son âge qui a posé une hélice sur son vélo ! Comme souvent chez Miyazaki, l'espace aérien invite à la découverte et au rêve, l'une et l'autre des deux options étant étroitement liées. Maintenant, c'est à vous de voir si ce type particulier d'histoires correspond à vos goûts pour le cinéma animé, avec ou sans marmots pour vous accompagner face à l'écran. Moi, j'ai plutôt bien accroché...

Kiki la petite sorcière 
(魔女の宅急便 - Majo no takkyūbin)
Film japonais de Hayao Miyazaki / 1989
Certains présentent ce cinquième long-métrage du maître nippon comme une bonne introduction à son univers. Il est à souligner aussi qu'il fait la part belle aux personnages féminins, ce qui peut séduire. Bon... j'avoue que je préfère tout de même Le voyage de Chihiro. Kiki paraît toutefois bien plus avenante que Belladonna pour un film peut-être encore plus "enfantin" que Ponyo sur la falaise (un must)...

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NB: le film n'est arrivé dans les salles françaises qu'en 2004...

"L'oeil sur l'écran" nous propose son avis. Strum une analyse détaillée.

vendredi 16 janvier 2026

Chez les requins

"Le Brésil a vraiment besoin de se pencher davantage sur son passé". Ce n'est pas moi qui le dis, mais Kleber Mendonça Filho. L'artiste assure aussi: "Je voulais écrire un film imprévisible, comme la vie". Chose(s) faite(s) avec L'agent secret, l'une des grandes réussites cinématographiques de la fin 2025. Un opus bien difficile à résumer...

L'histoire commence en 1977, le pays étant alors une dictature militaire. Marcelo, la quarantaine, a quitté São Paulo pour Recife. D'emblée, le ton est donné: l'homme s'arrête dans une station-service pour faire le plein et, juste à côté de la boutique, aperçoit le cadavre d'un type décidé à braquer le pompiste quelques jours auparavant. Supposée venir embarquer le corps, la police n'a encore rien fait ! Marcelo n'est pas rassuré, lui qui déménage pour fuir quelque chose dont nous ne connaîtrons la teneur qu'une petite heure plus tard. Sachez-le: L'agent secret en dure deux et quarante minutes de plus. Cet ample récit a donc tout le temps de faire plusieurs allers-retours dans ce fameux passé brésilien. Au présent, on découvre que le sujet intéresse au moins une jeune femme, à l'écoute de longs témoignages de la vie de Marcelo - ou en fait d'Armando - sur des cassettes audio. Comme au carnaval, les situations peuvent s'inverser. Se renverser...

Je tiens à le (re)dire explicitement: L'agent secret n'est pas un film facile. C'est même, dirais-je, l'oeuvre la plus complexe de son auteur. On y retrouve sa grande capacité à décrire l'état d'une nation multiple et diversifiée, de manière évidemment contrastée. Un bon ami à moi parlait volontiers de "carte postale brésilienne" pour évoquer l'image positive que renvoie le pays en France (et même dans toute l'Europe). Kleber Mendonça Fillho, lui, l'embrasse bel et bien dans sa globalité. Sans oublier, dès lors, ses facettes moins reluisantes, son système politique corrompu, sa violence ou le racisme latent de sa société. Prix de la mise en scène à Cannes, il a aussi trouvé en Wagner Moura un interprète de choix, lui-même récompensé pour ce très beau rôle. L'acteur n'est pas seul, bien sûr, et l'importante troupe qui l'entoure donne au film mille couleurs intéressantes. Je retiendrai la prestation incroyable d'une dame d'âge mûr, Sebastiana de Medeiros, en logeuse à la gouaille imparable. Un personnage qui n'a pas changé d'identité dans un film traversé de faux semblants et qui devrait vous marquer !

L'agent secret
(O agente secreto)
Film brésilien de Kleber Mendonça Filho / 2025

Une oeuvre remarquable, forte parfois d'un suspense hitchcockien. Elle fait écho à un autre grande sortie de 2025: Je suis toujours là. Son auteur, cinéphile, cite Le magnifique et Les dents de la mer parmi ses titres-références, son requin à lui prenant diverses formes. Je ne saurai trop vous encourager à découvrir ses films précédents. J'en ai vu deux: Les bruits de Recife et Aquarius. À vous de juger...

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Si vous voulez d'autres encouragements...

Pascale a écrit sa propre chronique... dès le jour de la sortie du film ! Princécranoir et Strum, eux, affichent des avis franchement opposés.

jeudi 15 janvier 2026

La dame du désert

Je ne doute pas que vous ayez entendu parler de la civilisation inca. Mais connaissez-vous les Nazcas ? Pas moins de 300 ans avant l'ère chrétienne, ils vivaient dans le sud de l'actuel Pérou et y sont restés pendant plus d'un millénaire, bien avant l'arrivée des conquistadors européens. Je vous en parle ce jeudi midi après avoir vu Lady Nazca.

Vous aimez les reconstitutions historiques ? Euh... ce n'est pas l'idée. Réalisateur franco-suisse, Damien Dorsaz a en effet choisi un chemin différent et abordé le sujet par son versant scientifique: dix-huit ans après lui avoir consacré un documentaire, c'est bel et bien une fiction qu'il propose autour de la personnalité de Maria Reiche (1903-1998). Au cours des années 30, cette Allemande née à Dresde était partie pour l'Amérique du sud et devint l'assistante d'un historien américain. Avec lui d'abord et seule ensuite, elle étudia notamment les lignes tracées par la main de l'homme, au beau milieu du désert péruvien. Elle détermina ainsi que ces géoglyphes représentaient 18 sortes différentes d'animaux et de végétaux, tels une sorte de zodiaque permettant aux initiés de mesurer le temps ou d'observer les cycles astronomiques - des conclusions partiellement démenties aujourd'hui. Lady Nazca - le film - nous montre que son héroïne n'eut pas la vie facile, s'opposant notamment à des projets agricoles sur le site même de ses recherches ! La réalité fut-elle aussi abrupte ? Je ne sais pas...

Quoi qu'il en soit, j'ai pris un grand plaisir à découvrir cette histoire et cette femme de conviction. Détail révélateur: ses travaux, menés jusqu'à sa mort, auront aussi permis que les géoglyphes soient classés au Patrimoine mondial de l'Unesco (une distinction obtenue en 1994). Dans une scène, vous verrez Maria Reiche haranguer les responsables politiques en place en vue de faire interdire les zones de cultures implantées sur le terrain, au mépris de la conservation des trésors archéologiques - toute ressemblance avec les lobbies de notre époque n'apparaît pas fortuite. Damien Dorsaz en appelle à nos sentiments humanistes les plus nobles et fait lui-même bon usage de ses outils. Lady Nazca n'est pas seulement un bon film: c'est aussi un BEAU film. Souvent très ensoleillée, la photographie pousse presque au voyage. La musique, elle, apporte un petit souffle émotionnel supplémentaire aux images et par exemple à la magnifique séquence nocturne finale. Mon regret: que cela se soit retrouvé "noyé" parmi les sorties cinéma de fin d'année et passe sous les radars. Cet opus aurait mérité mieux.

Lady Nazca
Film franco-allemand de Damien Dorsaz (2025)

Quatre étoiles enthousiastes pour vous encourager à le rattraper. Marcher ainsi sur les pas de civilisations disparues grâce au cinéma constitue un bonheur dont je ne me lasse pas. Ma référence absolue dans ce genre ? L'immense The lost city of Z de James Gray (2017). Cela dit, dans la logique exploratrice, d'autres films moins connus comme Aux sources du Nil ou La vie pure valent bien d'être (re)vus !

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Besoin d'un autre guide pour le Pérou ?

Ça tombe bien: je parierais bien que Pascale sera ravie d'y retourner. Autre option, la B.D. inspirée du film - et publiée la semaine dernière.

mercredi 14 janvier 2026

Tout sauf sa mère

Amine Adjina le confie joliment: "J'ai la double nationalité algérienne et française. Cela teinte tout ce que j'écris". Je dois bien admettre que je ne savais rien de ce metteur en scène et auteur de théâtre avant de découvrir son premier film: La petite cuisine de Mehdi. Film "pas totalement autobiographique", mais "très personnel", dit-il.

Mehdi est chef dans un bistro de Lyon. Léa, sa copine, y travaille comme serveuse. Les deux tourtereaux se sont d'ailleurs mis d'accord avec leur patron pour lui racheter l'établissement et prendre sa suite. Tout irait bien si Medhi daignait présenter son amoureuse à sa mère. Sauf qu'avare de confidences avec ses trois soeurs, le jeune homme juge préférable de mentir et décide de louer les services d'une "amie" pour tenir le rôle de sa génitrice. Résultat: un p'tit feel good movie honnête, un tantinet mélancolique... et porté par de bons interprètes.

Est-ce que cela pourrait se passer ainsi dans une famille algérienne installée en France depuis trois générations ? Ma foi... peut-être, oui. J'ai avant tout aimé le message du film: il faut mettre un peu de soi pour bien faire à manger, ainsi que pour vivre une histoire d'amour. Peu importe, au fond, que le scénario comporte quelques scènes invraisemblables: cette douce utopie a quelque chose de réconfortant. Vous n'avez jamais vu une femme donner un cours de danse du ventre aux passagers d'un train ? Moi non plus, mais j'aimerais que ça arrive. D'ici là, je goûterais volontiers à la blanquette à l'oranaise de Mehdi. Vous aussi, vous salivez ? La recette figure dans le dossier de presse !

La petite cuisine de Mehdi
Film français d'Amine Adjina / 2025

Une oeuvre modeste, dans le bon sens du terme. Je ne suis pas sûr d'en garder un grand souvenir dans un an, mais c'était un spectacle agréable sur l'instant, parce que dépourvu d'esbroufe et de cynisme. Je ne vous en raconterai pas la fin, mais... vous pouvez l'imaginer. La passion de Dodin Bouffant comblera les palais plus exigeants. Sinon, essayez Soul Kitchen, Délicieux ou même La grande cuisine !

mardi 13 janvier 2026

Un avenir incertain

Hayao Miyazaki est sûrement le plus connu des réalisateurs du cinéma japonais d'animation... et il se peut que certaines de ses créations arrivent très bientôt sur Mille et une bobines. Je vous parlerai d'abord d'un autre maître nippon, né à Tokyo en août 1951: Mamoru Oshii. J'ajoute que c'est la toute première fois que j'évoque l'un de ses films.

Il me faut dire aussi que L'oeuf de l'ange, vu sur le plus grand écran de l'un de mes cinémas de prédilection, restait inédit dans les salles françaises depuis sa sortie dans son pays, il y a déjà quarante ans. J'avoue qu'il n'est pas facile pour moi d'écrire un commentaire pertinent à son sujet, tant les références culturelles qu'il convoque m'apparaissent plus que lointaines: étrangères. Je suis vraiment loin d'avoir tout compris à ce que j'ai vu, mais ces images m'ont fasciné ! C'est donc presque en état de sidération que j'ai suivi la petite fille solitaire qui m'a semblé être l'héroïne de ce récit à nul autre pareil. Elle parcourt les rues d'une ville abandonnée, après une apocalypse dont on ne connaît pas réellement la nature. Il arrive que son chemin croise celui d'étonnants pêcheurs, pressés de dégainer leurs harpons pour atteindre les ombres de poissons qu'ils aperçoivent sur les murs. La gamine ne se mêle jamais à eux et transporte avec elle un oeuf mystérieux, dont elle ignore le contenu. Une sorte de chevalier errant finit par la rejoindre et lui recommande alors d'en prendre bien soin...

Bon... ce n'est pas tous les jours que le cinéma propose un tel voyage. Pour l'apprécier, j'ai vite décidé d'adopter une posture contemplative. Je me suis accroché au décor, insolite et familier à la fois, l'idée étant de faire confiance à mon ressenti plutôt qu'à ma vague capacité d'analyse. Il est agréable, parfois, de s'appuyer sur son intelligence émotionnelle et de se laisser aller, le temps d'une séance inattendue. L'oeuf de l'ange ne dure qu'une heure et onze minutes, vite passées. Après la projo, la lecture d'une longue critique publiée dans Le Monde m'a intéressé, mais ne m'a pas permis d'appréhender la signification exacte de ce que j'avais découvert. Et vous savez quoi ? Tant pis. Malgré les zones d'ombre persistantes, je suis tout à fait content d'avoir ainsi osé "sortir de ma zone de confort cinématographique". C'est une démarche que je recommande, avec ce film et/ou d'autres. Quelque chose me dit en effet qu'elle est profitable sur le long terme. Et ce même si, dès demain, j'évoquerai des oeuvres plus accessibles. Nous avons cette chance d'en voir régulièrement débarquer du Japon !

L'oeuf de l'ange
(天使のたまご - Tenshi no tamago)
Film japonais de Mamoru Oshii / 1985
Le nom du cinéaste vous dit quelque chose ? Il a réalisé l'adaptation du manga Ghost in the shell (dont je ne connais que la version US). Pour ma part, je suis ravi de l'avoir abordé par une autre facette. Plans B possibles: Le château ambulant, Steamboy ou Amer béton. Vous, cinéphiles hardis, apprécierez peut-être Belladonna, un animé inconfortable dont je garde, très honnêtement, un souvenir... mitigé.

lundi 12 janvier 2026

Sous la même loi

Tout n'est pas parfait dans Dossier 137. Vu qu'il m'arrive de chipoter sur certains films très appréciés, j'aurais pu pointer quelques défauts du nouveau Dominik Moll. Oui, mais voilà... j'ai vu un grand film. Deux ou trois passages discutables (parce qu'un peu invraisemblables) ne m'ont pas empêché de me régaler à suivre cet opus pa-ssio-nnant !

Décembre 2018. Stéphanie, la cinquantaine, travaille à l'Inspection générale de la police nationale. Sa mission est d'instruire les dossiers de collègues qui seraient accusés d'avoir outrepassé leurs fonctions. C'est ainsi qu'elle doit intervenir quand une femme de son âge débarque dans son bureau et lui affirme que des effectifs - en civil ? - ont tiré sur son fils. C'était à Paris, à la suite d'une manif' des Gilets jaunes. Le jeune homme pourrait en garder de très lourdes séquelles. L'enquête commence et on comprend vite qu'elle ne sera pas facile. Point de départ: l'identification d'agents susceptibles d'être impliqués. D'un service à un autre, la conception du maintien de l'ordre change...

Pour le spectateur, l'intérêt est multiple: la dénonciation des violences policières est l'un des grands motifs du film, mais il n'est pas le seul. Dossier 137 témoigne également de la complexité à être un bon flic dans la France d'aujourd'hui, face aux gros clivages d'une population affaiblie par la crise économique et un soutien politico-hiérarchique réduit au minimum. Le film est une fiction, mais je le crois lucide quand il montre une police continuellement soumise à des injonctions contradictoires: faire son boulot en respectant les libertés publiques et en limitant les dépenses, en dépit de temps de service à rallonge. Et la vie de famille, alors ? Ancienne des Stups, Stéphanie a divorcé d'un officier et tâche d'être une mère "pas trop nulle" pour son ado. Or, même ses propres parents ont parfois du mal à suivre sa logique !

Pendant ces presque deux heures de bon cinéma habilement montées et donc intenses, je me suis même intéressé à la leçon de procédure pénale - dont certains critiques jugent le didactisme assez lourdingue. J'ai par ailleurs trouvé que le scénario était, lui aussi, d'une subtilité rare, sans nul doute parce qu'il nous parle de l'importance des images et, à côté des faits, de la multiplication des points de vue. L'occasion de réfléchir à la nécessité absolue - ou non - d'une règle collective. Dossier 137 est inévitablement un film politique, tout à fait digne d'être écouté et même soutenu dans une République comme la nôtre. Le cinéma est à l'évidence un médium idéal pour traiter d'un tel sujet.
 
Méconnus, tous les acteurs sont excellents dans leurs rôles respectifs et Léa Drucker, en véritable tête d'affiche, se montre d'une justesse remarquable. Pour me résumer d'un seul mot, oui, c'était un vrai kif ! J'espère donc que ce long-métrage fera date et connaîtra un succès important, y compris à la soirée des César, le 27 février prochain. C'est avec amusement que je note que la très parisienne Académie pourrait récompenser un film qui évoque aussi les difficultés de la vie des populations éloignées de la capitale. Osera-t-elle ? On verra bien. D'ici là, d'autres chroniques seront publiées sur Mille et une bobines. Le film, lui, est un très sérieux prétendant à mon top de l'année 2025.

Dossier 137
Film français de Dominik Moll / 2025

Diable ! J'envisageais une chronique courte et j'en fais des tartines. Cette oeuvre le mérite, qui m'a littéralement scotché de bout en bout. Après Seules les bêtes et La nuit du 12, Dominik Moll impressionne. Désormais, j'aimerais revoir L. 627 et, pour retrouver la "vraie vie" des flics, je vous recommande aussi un film rare: Scènes de crimes. Sorti en 2021, BAC Nord reste plutôt orienté sur l'action pure et dure.

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Vous vouliez justement confronter les points de vue ?

Un bon plan: lire aussi Dasola, Pascale, Princécranoir et/ou Benjamin.

dimanche 11 janvier 2026

Sans médaille

Souvenez-vous (ou cliquez sur le lien): l'année dernière, je vous disais qu'il ne me restait que trois films de Jacques Audiard à découvrir ! Désormais, il n'y en a plus que deux, puisque j'ai vu Les Olympiades. Son pire résultat dans les salles françaises: 194.786 tickets vendus. Ce très beau noir et blanc aurait-il mérité un meilleur sort ? Pas sûr...

Les Olympiades sont un quartier du 13ème arrondissement parisien. Audiard s'intéresse tout d'abord à Émilie, une jeune femme d'origine chinoise, opératrice dans un centre d'appels, en conflit avec sa famille et à la recherche d'une autre fille qui pourrait être sa colocataire. Camille se présente, mais... c'est un homme, jeune prof de lettres préparant l'agrégation, un peu désabusé et né quant à lui de parents africains. Bientôt, nous rencontrerons Nora (photo), une trentenaire fraichement arrivée dans la capitale et inscrite dans une fac de droit. Un troisième personnage féminin, Louise, apparaît d'abord au travers d'un second écran: celui du site où elle est exhibée en poupée porno...

Adaptant une série de B.D. américaines, Audiard avait presque 70 ans quand le film est sorti, quelques mois après son lancement cannois. Surprise: pour la première fois, il a fait tourner ses personnages autour du sentiment amoureux, mais aussi et surtout de la passion sexuelle. Ses images ne choquent guère, mais elles sont explicites. Quatre femmes s'y montrent totalement nues. Je tiens à souligner que deux autres, plus jeunes que le cinéaste, ont participé à l'écriture du scénario: j'ai nommé Léa Mysius (32 ans) et Céline Sciamma (43). Reprocherai-je au film ses scènes "de cul" ? Non, absolument pas. Certains passages m'ont même paru traversés d'une forme de grâce. Inversement, j'ai un peu décroché devant des séquences très écrites et ce d'autant que j'ai parfois trouvé les protagonistes peu crédibles. Pire: il m'a semblé voir le film dévier, avec par exemple une mémé recluse en Ehpad, visiblement atteinte de la maladie d'Alzheimer. N'exagérons rien, OK ? Noémie Merlant, Makita Samba, Lucie Zhang et Jehnny Beth livrent chacun une prestation décente. Un mot: merci !

Les Olympiades
Film français de Jacques Audiard / 2021

Le réalisateur sait faire de très belles images, mais ce marivaudage moderne ne m'emballe guère que pour ses interprètes. Sa sélection cannoise a abouti à un Soundtrack Award pour Rone (Erwan Castex). Nommé ensuite pour cinq César 2022, le film n'en a obtenu aucun ! Heureusement pour lui, Jacques Audiard s'est très largement rattrapé avec le suivant: Emilia Pérez. Je préfère Sur mes lèvres, mais bon...

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D'autres sont plus louangeurs que moi...

Je vous laisse faire votre avis avec Pascale, Dasola et le duo Elle-Lui.

Quant à moi, après cette découverte Audiard....
Il m'en restera donc deux: Regarder les hommes tomber et Dheepan. Soit sa toute première réalisation, en 1994, et la Palme d'or de 2015 !