samedi 22 janvier 2022

Juan et John

Au soir de la dernière Saint-Sylvestre, j'ai tenu à terminer l'année avec un grand classique du cinéma - un choix validé par mes parents. J'ai décidé de regarder Il était une fois la révolution, qu'on présente comme l'ultime western de Sergio Leone (ce qui m'interroge un peu). Autant le dire illico: le maestro italien m'a une nouvelle fois ré-ga-lé !

Il était une fois la révolution
nous emmène au Mexique, vers 1913. Aux heures d'une impitoyable guerre civile, le hors-la-loi Juan Miranda tire ses marrons du feu comme pater familias d'un groupe criminel adepte des attaques de diligences. Un beau matin, miracle: un hasard malicieux place sur sa route un dénommé John H. Mallory, Irlandais spécialiste des explosifs en tous genres ! Une vraie bénédiction ! Après quelques péripéties, les deux hommes s'associent de bon coeur sur la foi d'un idéal commun et, surtout, dans l'idée que leurs talents combinés pourraient les aider à devenir riches sans trop se fatiguer. En réfléchissant un peu, on trouvera toujours une banque à braquer...

J'ai lu une chose que je trouve très juste: chez Sergio Leone, le trivial côtoie toujours le lyrique. En clair, ses personnages emblématiques agissent souvent comme des sagouins, mais dans un contexte historique dessiné avec une rigueur beaucoup plus froide. Mon film d'aujourd'hui ne fait pas exception: Il était une fois la révolution relate les aventures picaresques de deux hommes hauts en couleurs et, dans le même temps, évoque un Mexique soumis aux exactions d'un dictateur sanguinaire. Après une première partie assez rigolote destinée à camper ses deux principaux protagonistes, le scénario renverse la table et la comédie devient presque un drame implacable !

Il était une fois la révolution
est aussi traversé par la mélancolie. Alors qu'il est question de bâtir un autre avenir, quelques séquences muettes évoquent le passé d'un des deux héros et nous expliquent pourquoi celui-ci est tellement exalté à l'idée de bousculer l'ordre établi. Simultanément, le film nous montre combien il est difficile d'aller jusqu'au bout de ses rêves et nous annonce que le prix à payer est le plus souvent exorbitant, parce que lié aux illusions perdues. D'ailleurs, en citant Mao Zedong, Sergio Leone le rappelle dès le début de son film: "La révolution est un acte de violence". Démenti cinglant à ces braves innocents qui espéraient encore finir les mains pleines...

Heureusement, pour adoucir les moeurs et peut-être aussi atténuer quelque peu la dureté du monde, il reste la musique. Les tribulations de ces types ordinaires devenus des libérateurs sans l'avoir voulu n'auraient pas cet impact émotionnel si elles n'étaient pas sublimées par les magnifiques mélodies d'Ennio Morricone. Parfait complément d'une mise en scène flamboyante, les notes du grand compositeur romain vibrent comme jamais, tout au long de scènes d'une beauté sidérante. Mention spéciale pour celle qui, de nuit et sous une pluie battante, vient révéler une trahison à laquelle je n'osais pas croire. Conclusion: Il était une fois la révolution demeure un film IMMENSE !

Il était une fois la révolution
Film italien de Sergio Leone (1971)

J'ai déjà dit beaucoup de choses dans cette chronique et je suppose que mes étoiles sont tout aussi explicites pour témoigner du plaisir que j'ai ressenti à la (re)découverte de ce bijou à l'éclat inaltérable ! Difficile de lui trouver un équivalent: un film comme El mercenario parle du Mexique et me plaît beaucoup, mais pour son aspect ludique. Côté fresques à l'italienne, j'admire aussi 1900 - sur un autre sujet...

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Pour aller plus loin, j'ai d'autres références...

Vincent n'a pas hésité à aborder le film à deux reprises: ici et . Envie de poursuivre encore ? Strum et Lui en ont également fait écho.

vendredi 21 janvier 2022

Un loup pour ami

J'ai passé la fin d'année dernière chez mes parents et c'est Mystère que nous avons choisi pour la dernière séance de cinéma de 2021. Dans le somptueux décor du Cantal, ce joli petit film raconte l'histoire d'une gamine qui croyait avoir adopté un chien et qui, en fait, élevait un louveteau ! À quelques détails près, c'est vraiment arrivé, dit-on...

La période de Noël étant propice à ce genre de récits, j'ai été content d'écouter celui-là et de me laisser entraîner au coeur de la nature. J'imagine volontiers que les plus jeunes adoreront ce vrai-faux conte hivernal, mais aussi que les adultes pourront y trouver... leur compte. La beauté des images est souvent à tomber et donne envie de plier bagage pour aller visiter cette région rustique et méconnue. Mystère ne cache rien de ses intentions bienveillantes à l'égard de ces espaces dits sauvages: son titre en trompe-l'oeil correspond en fait au nom donné à l'animal recueilli par la gamine (comme à celui qui l'a inspiré). Sauf à avoir perdu son âme d'enfant, dur dur de ne pas être attendri !

Autre intérêt de ce long-métrage: il permet de retrouver deux acteurs un peu sortis des radars, j'ai nommé Marie Gillain et Vincent Elbaz. Vraiment convaincant, le trio qu'il forme avec la petite Shanna Keil fait plaisir à voir, bien secondé parfois par quelques personnages secondaires attachants, tel le tonton-gâteau joué par Éric Elmosnino. Tchéky Karyo - que je crois ne plus voir qu'en vieux sage à la barbe fournie - livre lui aussi une partition sympathique, tout en douceur. Inutile d'épiloguer: Mystère ne restera sûrement pas dans les annales du cinéma français, mais sa modestie joue clairement en sa faveur. Une solution valable lorsque vos kids voudront voir du (bon) cinéma...

Mystère
Film français de Denis Imbert (2021)

Rien d'exceptionnel là-dedans, mais un scénario décent et une mise en scène mettant en valeur le beau cadre naturel: le pari est gagné. Dans le même genre, Le renard et l'enfant m'avait paru plus âpre pour les plus jeunes de nos chers marmots (ceux de 6-8 ans, disons). Un dessin animé comme Le peuple loup pourrait offrir un plan B acceptable. On peut aussi choisir de remonter le temps avec Alpha...

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Encore hésitants à voir le film ?

Je peux le comprendre. Pascale vous aidera peut-être à vous décider !

jeudi 20 janvier 2022

Hormones, etc...

Anecdote personnelle: fils unique, je fais (presque) figure d'exception dans ma famille paternelle, puisque mes cousins ont tous des frères et soeurs - et souvent plusieurs enfants. Il me reste donc le cinéma pour me plonger dans les histoires de fratries et autres liens du sang. C'est ce que j'ai fait devant Le test, un p'tit film de la fin décembre...

À vrai dire, au moment d'entrer dans la salle, je n'étais pas rassuré sur ce qui allait suivre. La bande-annonce laissait imaginer l'histoire d'une famille stressée après la découverte d'un test de grossesse positif dans la poubelle de la salle de bains. Le film que j'ai découvert vaut mieux que ce résumé rapide. Chronique d'une tribu soudée fragilisée par une poussée d'hormones, il est plus fin qu'il n'y paraît. Alexandra Lamy - que l'on critique souvent pour son jeu limité - assure une belle prestation et conduit petit à petit le long-métrage vers le portrait d'une mère aimante, mais survoltée et intrusive. Évidemment, c'est fait pour rire, mais il n'est pas interdit d'y penser !

Pour cela, on peut miser sur Philippe Katerine, dont l'attitude lunaire se teinte de couleurs un peu plus "sombres" (entre GROS guillemets). L'air de ne pas y toucher, Le test parle en effet de quelques sujets sérieux: la confiance, le passage à l'âge adulte, les responsabilités parentales, le choix de faire des gosses ou non... c'est intéressant ! L'une des forces du scénario est de ne pas faire peser de pression trop lourde sur les épaules de ces personnages, ce qui les rend tous attachants, d'autant que leurs personnalités évoluent quelque peu. Conclusion: j'ai passé un bon moment avec cette smala de cinéma. Mention spéciale pour les acteurs qui jouent les ados: Matteo Perez, Joaquim Fossi et Chloé Barkoff-Gaillard se montrent convaincants. J'espère qu'ils auront attiré d'autres jeunes dans les salles obscures...

Le test
Film français d'Emmanuel Poulain-Arnaud (2021)

Je maintiens ce que je disais au tout début: c'est bien un p'tit film. Avec une relative humilité, le réalisateur parle de Cédric Klapisch, Coline Serreau et du duo Jaoui-Bacri comme ses références possibles. Il dit aussi aimer Richard Curtis, dont le Il était temps m'avait ému. Reste que, devant le long-métrage présenté aujourd'hui, j'ai repensé au Premier jour du reste de ta vie. Et j'imagine aussi à C.R.A.Z.Y. !

mercredi 19 janvier 2022

L'honneur du clan

Je me souvenais que Rob Roy racontait l'histoire d'un héros populaire écossais, mais j'avais largement oublié la nature de ses faits d'armes. C'est ce qui m'a décidé à m'offrir une petite séance de rattrapage lorsque le film est passé sur l'une des chaînes de mon opérateur Web. J'ai aussi été content de revoir Liam Neeson avant sa série de nanars.

Robert MacGregor est le chef d'un village au coeur des Highlands. Homme avisé, il se dit qu'en empruntant de l'argent à un marquis local, il pourrait investir, ne plus s'inquiéter d'un hiver qui s'annonce glacial et même dégager quelques bénéfices pour prospérer encore. Problème: l'homme auquel il demande d'encaisser la grosse somme d'argent attendue est tué par un malfaisant, qui arrive bien à écarter les soupçons en jetant le corps de sa victime à la mer. Sa confiance absolue envers les siens fait que MacGregor refuse alors d'admettre qu'il a été trahi par l'un d'eux. Notre homme ayant croisé le chemin d'un courtisan de son seigneur, il lui a trouvé une belle fête de félon. Nous voilà donc partis pour deux heures au beau milieu de la nature écossaise, dans l'attente d'une vengeance. Le paysage vaut le détour !

Il serait toutefois assez injuste de réduire Rob Roy à sa dimension plastique, même si, de fait, elle est d'une beauté remarquable. Étonné, je constate que, malgré un accueil critique honorable, le film n'a connu qu'un succès public limité (415.743 entrées en France). Sachez-le: Liam Neeson n'est pas en cause, lui qui donne une réplique très décente à Jessica Lange et Tim Roth - le plus cabotin des trois dans le costume du méchant. Bon... j'ai déjà vu bien pire au cinéma ! Comment expliquer dès lors ce score maigrichon ? Par l'impression que le long-métrage demeure d'une facture très classique, peut-être. Tout est à sa place, mais rien n'est vraiment nouveau dans cet opus. Pour moi, ce n'est pas un problème, mais certain(e)s d'entre vous pourraient regretter la sagesse du scénario et de sa mise en images. Une précision: j'avais gardé en tête que le film était assez violent. C'est le cas lors de quelques séquences, mais cela reste "raisonnable".

Rob Roy
Film américano-britannique de Michael Caton-Jones (1995)

Attention: il existe un livre de Walter Scott sur ce personnage emblématique, mais il ne raconte semble-t-il pas la même histoire ! Cette plongée dans l'Écosse du 18ème siècle vaut toutefois le détour pour les grands amateurs de films d'aventure (pseudo-)historiques. Dans le genre, je veux également plaider pour le malaimé Révolution sorti dix ans plus tôt et me rends compte que j'ai peu de références...

mardi 18 janvier 2022

Coincés ?

Il n'est pas rare de voir Cube cité comme l'un des films de référence du (bon) cinéma de genre. En 1999, le festival international du film fantastique de Gérardmer l'a honoré du Grand Prix, du Prix du public et du Prix de la critique - ce que j'ignorais encore en le regardant. Résultat honorable en France: près de 915.000 curieux dans les salles.

Ce chiffre lui vaut la 45ème place de notre box-office national 1999 et, sauf erreur, le tout premier rang des films canadiens anglophones les plus vus "chez nous". Tout cela est relativement impressionnant pour un long-métrage qui enferme ses personnages dans un labyrinthe truffé de pièges en tous genres. Qui y restera ? Et qui s'en sortira ? C'est évidemment la première question que le spectateur va se poser et pour ainsi dire l'unique enjeu du scénario. Cube a eu la bonne idée de se passer de fioriture et, du coup, d'aller directement à l'essentiel. Honnêtement, j'ai connu suspense plus ébouriffant: le défaut principal de ce huis-clos est en fait qu'on ne s'attache guère aux protagonistes. Las ! L'originalité des dangers qui les menacent n'a pas vraiment suffi à m'intéresser à leur sort. À noter que tout repose sur une logique mathématique et qu'il y a donc de quoi se triturer le cerveau en 3D. J'espérais un peu mieux, mais je ne suis pas mécontent de l'avoir vu !

Cube
Film canadien de Vincenzo Natali (1997)

Fichtre ! Wikipédia présente le film comme "une sorte de métaphore du conditionnement des êtres humains dans la société" (je cite). J'avouerai humblement que je n'ai pas poussé mon analyse jusque-là ! Je n'ai vu qu'un divertissement calibré et - relativement - efficace. D'autres huis-clos sont plus oppressants, tels que Panic room (2002). Bon, c'est toujours mieux que Les traducteurs, à mon humble avis...

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Si ma chronique ne vous suffit pas...

Je vous renvoie vers l'avis et les commentaires de "L'oeil sur l'écran".

lundi 17 janvier 2022

La maison hantée

27 mars 1940: Alfred Hitchcock vient de dépasser la quarantaine quand Rebecca sort sur les écrans. Cette adaptation du roman éponyme de Daphné du Maurier obtient l'Oscar du meilleur film l'année suivante - ce qu'aucun autre film du maître ne saura faire ensuite. Hitch en avait déjà tourné une vingtaine en Angleterre auparavant...

Rebecca est en somme une histoire de fantôme. Un personnage féminin anonyme (!) est la demoiselle de compagnie d'une veuve arrogante et franchement acariâtre, en villégiature à Monte-Carlo. Heureusement pour elle, dans un palace, elle rencontre un homme charmant, Max de Winter, qui la séduit et la demande en mariage. Les époux s'installent alors à Manderley, une somptueuse demeure appartenant à Monsieur. La jeune femme se heurte alors à l'hostilité d'une partie de la maisonnée, qui ne la trouve pas à la hauteur sociale requise pour diriger le domaine. Mission dont la première maîtresse de maison, disparue dans un naufrage, s'acquittait admirablement. Investis par Joan Fontaine et Laurence Olivier, les plus grands thèmes hitchcockiens trouvent à s'épanouir dans ce drame classique. La photo de George Barnes - lui aussi oscarisé - y invente quelques merveilles graphiques, héritières de l'expressionnisme allemand des années 20. Après avoir lu le livre, j'ai beaucoup aimé ce film, fidèle à sa source. OK, d'accord, ce n'est peut-être pas le meilleur du réalisateur, mais...

Rebecca
Film américain d'Alfred Hitchcock (1940)

Vingt ans avant Psychose, ce tout premier opus américain du maître du suspense fait déjà son petit effet. D'aucuns ont pourtant prétendu que le cinéaste ne l'aimait pas beaucoup, l'imaginant largement freiné dans ses ardeurs par son producteur, le surpuissant David O. Selznick. Vraie ou pas, cette remarque n'a absolument pas nui à mon plaisir. Pour suivre, je conseille Les innocents et/ou Bunny Lake a disparu !

samedi 15 janvier 2022

Prémices

C'est vrai: j'aurais pu enchaîner aujourd'hui avec un autre des films que j'ai découverts fin décembre - il m'en reste six à vous présenter. Pour le week-end, j'ai préféré vous offrir un aparté et évoquer l'expo qui se termine... demain au Musée d'Orsay (Paris): Enfin le cinéma ! J'y suis allé le 26 décembre, au cours d'un bref séjour dans la capitale.

"Cette exposition, selon ses concepteurs, a invité le cinéma au musée sous un éclairage inédit". L'idée était de permettre, aux connaisseurs comme aux profanes, d'oser remonter le cours d'un 19ème siècle fondateur pour "cheminer" jusqu'à l'invention des frères Lumière et, plus tard, l'ouverture de belles salles destinées aux seules projections. L'occasion d'apprendre que, spectaculaire, le cinéma fut d'abord un art forain, ne gagnant sa légitimité qu'en s'inspirant d'autres disciplines plus anciennes, telles que la peinture et la photo. L'événement d'Orsay montrait bien à quel point il a prospéré grâce à la passion croissante du public pour l'image en mouvement. Important, ce rappel des faits !

Quelques images statiques ne m'en ont pas moins "sauté à la rétine" ! Exemple: ce tableau de Léon Belly, Pélerins allant à la Mecque (1861). Je me suis dit qu'il avait peut-être inspiré David Lean pour des plans de Lawrence d'Arabie, saisis par la caméra au beau milieu du désert marocain. Je me suis même imaginé que les hommes et les chameaux allaient sans doute, la nuit venue, s'avancer jusqu'à sortir du cadre. Dans plusieurs salles, j'ai apprécié la qualité cinétique d'autres toiles inconnues, ainsi que de photos aux sujets volontairement décadrés. Tout cela m'a offert un très agréable voyage dans le temps, prolongé par des pensées sur l'histoire de l'art et sa marche, (quasi-)constante.

Et cette oeuvre de Maximilien Luce, L'Aciérie (1895) ? Je l'ai vue comme la matrice des toutes premières séquences de cette merveille de cinéma que sont Les moissons du ciel du génial Terrence Malick ! Pour un peu, j'ai perçu le mouvement et l'intense chaleur de ce feu échappé d'un haut-fourneau. Ce qui présente au moins un avantage certain: celui de me rendre plus attentif encore aux sources picturales que je peux découvrir, dans les musées, au cinéma ou même ailleurs. Pour tout dire, je n'avais plus ressenti cette sensation - et cette envie gourmande - depuis le mois d'octobre dernier et ma visite d'une expo consacrée au peintre Pierre Bonnard. Le mot qui résume tout ? Miam !

Je ne souhaitais toutefois pas achever ma chronique (et ma semaine) sans vous avoir montré l'image ci-dessus, qui date de 1900 tout rond. Captée dans un théâtre, elle est issue d'un film de deux minutes, réalisé semble-t-il à l'occasion des répétitions de la fameuse pièce d'Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac. C'est avec une vive émotion que j'ai découvert que des images - colorées, sonores et mobiles - existaient toujours de Benoît Constant Coquelin, le créateur du rôle ! Pour en garder le souvenir, je suis reparti du musée avec le catalogue de l'exposition, riche de plus de 300 pages abondamment illustrées. Vous en reparlerai-je si j'en viens à creuser le sujet ? Peut-être, oui...

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Comme l'affirme Télérama, "ça va mieux en le disant"...

J'ajoute que, si certain(e)s parmi vous ont vu l'expo, je serais curieux de connaître leur avis sur sa valeur. Il est inutile de jouer aux timides dans l'autre cas: je suis là pour répondre à vos éventuelles questions !

vendredi 14 janvier 2022

Telle mère...

Irai-je un jour en Afrique subsaharienne ? Ce que je sais du continent se limite pour l'heure à quelques bribes d'actualité et aux rares films africains que je peux découvrir - deux ou trois par année, en général. Cette curiosité m'a entraîné vers Lingui - Les liens sacrés. L'occasion d'un peu mieux connaître le cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun.

Il semble que ce bel auteur vive aujourd'hui en France et retourne régulièrement au pays pour tourner. Les trois films que je lui connais parlent tous de la famille, loin de l'image de communauté soudée régulièrement évoquée lorsqu'en Europe, on s'intéresse aux sociétés africaines. Cette fois, la caméra se pose sur un tandem mère-fille. Amina était très jeune lorsque Maria est née. Le père l'a quittée. Seule, elle doit donc travailler dur pour élever (et envoyer à l'école) celle qui a 15 ans, désormais. Mais Maria est enceinte, à son tour ! Quand elle le confirme à sa mère, elle lui dit également son intention d'avorter - ce qui est de fait rigoureusement interdit, par la religion comme par la loi du pays, et réveille en Amina de mauvais souvenirs. Lingui n'a cependant rien d'un film simpliste sur une situation complexe. S'il s'agit bien d'un regard d'homme, il s'avère bienveillant pour ces femmes placées sous de lourdes contraintes ! Euphémisme...

Je ne crois pas qu'il soit indispensable de connaître les réalités tchadiennes avant d'apprécier ce long-métrage sensible et intelligent. Attention: la vision "classique" du happy end n'est pas de mise ici. Concrètement, la réconciliation est envisageable, mais le prix à payer reste élevé et, malgré la révolte adolescente, j'ai eu le sentiment qu'au final, rien d'important n'avait changé (et ne changerait jamais). Allez... ce n'est pas tout à fait aussi désespérant, à la réflexion. J'ignore s'il a été ou sera diffusé en Afrique, mais le film a ce mérite d'aborder le droit des femmes à disposer de leurs corps et de le faire joliment, dans une mise en scène à la fois intimiste et grandiose. Certaines séquences dans N’Djamena, la capitale du Tchad, donnent l'impression d'une fourmilière où il est bien difficile de se retrouver. Cela sert admirablement le propos, qui dit toute la difficulté d'échapper à un cocon dès lors qu'il a perdu son caractère protecteur. Sans bruit, voilà de quoi rendre heureux d'être un homme, en France ! Cela ne veut pas dire que Lingui devrait déplaire aux autres publics...

Lingui - Les liens sacrés
Film tchadien de Mahamat-Saleh Haroun (2021)

Assez fraîchement accueilli, ce neuvième opus de MSH mérite mieux. Qu'il soit revenu bredouille du dernier Festival de Cannes en juillet devrait n'avoir aucune incidence sur votre choix de le voir (ou non). Cela dit, un aveu: du même auteur, j'ai préféré Abouna, découvert au cours du même mois et sorti un peu plus discrètement, en 2002. Vous aimez ? Lamb et Wallay pourraient donc bien vous plaire aussi !

jeudi 13 janvier 2022

Pas à sa place ?

Paul Château-Tétard doit quitter son sublime hôtel particulier parisien pour rejoindre sa "reine mère" à Antibes. Une grève des taxis l'oblige à prendre le métro pour la première fois de sa vie. C'est au guichet qu'il rencontre Ava, une jolie employée de la RATP qui se fiche un peu de ce boulot routinier. Et ils se marièrent et eurent... aïe, non, stop !

Ce n'est parce que La pièce rapportée est ma première rencontre avec le cinéaste français Antonin Peretjatko que je dois tout raconter de ce petit film farfelu à souhait, joliment porté par la mignonnitude d'Anaïs Demoustier, le décalage assumé du superbe Philippe Katerine et la peau-de-vacherie de la toujours redoutable Josiane Balasko. Précisions pour les amateurs: il y a encore quelques autres poissons rigolos dans ce bocal - Sergi Lopez et William Lebghil, par exemple. L'important est de comprendre qu'un vieux garçon des beaux quartiers s'entiche d'une fille du peuple, au grand désespoir de sa môman. Laquelle se décide alors à espionner l'insolente, prompte à donner raison aux soupçons de frivolité. J'ai dit STOP ! Ce point de départ scénaristique semble venu d'une autre époque, sort en fait d'un roman original signée Noëlle Renaude et s'avère d'une franche efficacité comique. Ce que j'ai découvert m'a réjoui. Et c'est ce que j'attendais !

Entendons-nous bien: tout cela n'est pas hilarant, mais assez soigné pour que l'on s'amuse de bout en bout. Un seul regret: la présence d'une voix off insistante, Antonin Peretjatko s'étant en fait complu dans le rôle du narrateur (sans toujours trouver la bonne distance). Tout le reste est admirable et j'ai trouvé très amusante la coïncidence qui m'aura fait suivre les pérégrinations d'une femme qui s'ennuie trois jours seulement après celles d'une Madame Bovary portugaise. D'une durée d'une heure et demie, La pièce rapportée est plus légère qu'un Flaubert, je vous rassure, et peut donc se déguster sur le pouce entre deux films - ou bouquins - plus sérieux. Un vrai petit plaisir ! Derrière d'excellents actrices et acteurs, tout cela est bien d'un ton allègre, délicieusement rétro et primesautier, la très bonne nouvelle étant que je n'ai rien vu d'important qui détonerait sur le plan formel. Il ne me reste plus qu'à voir les deux premiers films du même auteur pour bien faire: c'est ce que je programme pour dans quelques jours. Avec l'espoir que cela puisse nuancer une certaine rigueur de l'hiver...

La pièce rapportée
Film français d'Antonin Peretjatko (2021)

Est-ce une bulle de savon ? Du cinéma pop ? Ou même plus que cela ? J'adresse ce clin d'oeil à Hugo, l'ami qui m'a accompagné voir ce film sympa et qui, pour le coup, a vu les oeuvres complètes du réalisateur. En tout cas, c'est du rire intelligent, comme ce qu'on trouve de mieux chez Dupontel, Dupieux et Kervern / Delépine (sans comparaison !). Au final, j'ai trouvé un peu de Courage fuyons. Il y a pire référence...

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Un léger contrepoint...

Il faut avouer que Pascale ne s'est pas enthousiasmée autant que moi.

mercredi 12 janvier 2022

Quitte ou double

Réalisateur - et parfois scénariste - d'une trentaine de longs-métrages entre 1951 et 1992, Henri Verneuil reste un cinéaste que j'aime bien. Il est mort le 11 janvier 2002, il y a donc deux décennies et un jour. En préparant ce billet, j'ai appris qu'Achod Malakian était le vrai nom du p'tit Arménien arrivé en France à l'âge de 4 ans, fuyant les Turcs...

Allez ! Je ne suis pas là pour parler de politique, mais bien de cinéma. Vous aurez peut-être déjà identifié le grand classique du septième art français que je vais évoquer ce midi: il s'agit de Mélodie en sous-sol. Presque sexagénaire, Jean Gabin y incarne un malfrat tout juste sorti de prison, désarçonné par la nouvelle allure du joli quartier résidentiel qu'il retrouve cinq ans plus tard. Le blues de l'ex-taulard s'amplifie encore quand il laisse traîner une oreille et surprend les conversations de ses voisins de tramway sur leurs prétendues vacances de rêve. Monsieur Charles, lui, voit plus grand et imagine couler une retraite paisible en Australie, à condition bien sûr que Madame soit assurée qu'un dernier coup réussi permette de financer le voyage aller simple. C'est là qu'intervient Alain Delon, en potentiel complice de haut vol. Là aussi que je me tais pour ne pas dévoiler la suite: je dirais juste que nous filons à Cannes, que certaines séquences attendues d'un film de braquage sont effectivement présentes et qu'un suspense solide s'installe sur la durée. Et je n'avais pas du tout vu venir la conclusion !

Pour me résumer, voilà un film dont j'oserai dire qu'il est "efficace". Avoir parcouru d'autres textes avant de publier le mien me permet toutefois d'affirmer que cet avis - assumé - ne fait pas l'unanimité. D'aucuns pointent un manque de rythme, par exemple, là où d'autres n'hésitent pas à parler d'acteurs "paresseux" (ce qui peut être lié). Moi, j'ai plutôt l'impression que le film est représentatif d'une époque révolue, où les mauvais garçons du ciné portaient fièrement cicatrice et blouson de cuir noir pour les jeunes, costume sur mesure, cravate chic et lunettes de soleil pour les anciens, délinquants et caméléons. Sincèrement, devant Mélodie en sous-sol, je ne me suis pas ennuyé. Pas même une seconde: je trouve que les dialogues de Michel Audiard font mouche et que leur sérieux est un vrai bel atout pour l'ambiance générale. La fin ne m'en est alors apparue que plus ironique encore ! Une autre surprise pour moi: aux États-Unis comme en France, le film a été largement produit et distribué par la Metro Goldwyn Mayer américaine. J'espère que cela ne vous incitera pas à vous détourner...

Mélodie en sous-sol
Film français d'Henri Verneuil (1963)

Je n'en fais surtout pas un incontournable, mais j'ai passé un moment agréable devant ce long-métrage un tantinet vintage. Le noir et blanc m'apparaît largement préférable à la version colorisée qui circule depuis 1994 (et ampute le film originel de treize minutes, paraît-il). Avouons-le: pour les gangsters, je préfère Du rififi chez les hommes. Et, parmi les films sérieux de Verneuil, le sublime Un singe en hiver !

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Un complément d'enquête, les aminches ?

Avec joie: je passe volontiers le relais aux inspecteurs Strum et Lui.