mercredi 29 mai 2024

De la nature des hommes

Il est un peu trop tôt pour parler d'un regain de mon intérêt avéré pour le cinéma japonais, mais j'ai déjà vu davantage de films nippons depuis janvier qu'au cours de la totalité de l'année dernière. Aujourd'hui, je vais évoquer une sortie récente: Le mal n'existe pas. J'en avais entendu parler comme d'un drame sur un thème écologique.

La caméra nous permet d'abord de découvrir la vie de Takumi. Apparemment, cet homme vit avec sa fille dans un environnement naturel relativement préservé, à proximité immédiate d'une forêt. Certains ont dit que Le mal n'existe pas avait également des allures de conte - dont le titre pourrait tenir lieu de morale. Il paraît certain que le scénario vient rapidement opposer deux visions de la vie moderne: celle qui se confronte aux éléments extérieurs aux hommes et celle qui s'en préserve dans le coeur des grandes villes. L'apparition de personnages porteurs d'un projet de camping (de luxe) au milieu d'un espace protégé par d'autres invite à dessiner une fracture possible entre le bien et le mal. Gentils ruraux contre urbains animés de mauvaises intentions: de fait, j'ai trouvé cela un peu caricatural. Mais, heureusement, le récit avance en affinant le trait: le propos n'est pas aussi manichéen que j'avais pu le craindre de prime abord...

En prenant un peu de recul sur le sujet du film, j'ai apprécié sa beauté certaine - de celles qui, à l'évidence, invitent à la contemplation. Comme souvent les cinéastes japonais, le réalisateur prend le temps d'étirer quelques scènes cruciales et préfère ainsi nous "donner à voir" plutôt que d'enchaîner les plans sur un rythme soutenu (et confus). Parfois, c'est vrai, cela paraît un peu trop long à mes yeux d'Européen habitué à la frénésie des images cinéma et média en mouvement. D'ailleurs, en comparaison, la fin du film paraît presque abrupte ! Comme coupée de la réalité, elle m'a surpris par ce caractère énigmatique, voire onirique, que je n'avais pas vu venir. J'ai trouvé qu'elle renversait le sens du film et cela m'a paru... intéressant. Réussi ? Peut-être pas: Le mal n'existe pas est un peu trop radical pour me convenir tout à fait. Mais cela fait aussi son originalité ! Derrière sa superbe affiche se cache bel et bien une oeuvre unique. Rien que pour cela et malgré ses défauts, je dis qu'elle vaut le détour.

Le mal n'existe pas
Film japonais de Ryusuke Hamaguchi (2024)

Concret et allégorique. Poétique et terre-à-terre. Ce long-métrage complexe ne se laisse pas apprivoiser facilement et peut dérouter. J'ajoute qu'il m'est apparu des plus pessimistes dans ce qu'il dit aussi de la nature humaine et de notre relation avec l'environnement immédiat. Mon appréciation reste positive, même si sa sensibilité préfère d'autres films, tels que La forêt de Mogari ou Still the water.

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Pour aller un peu plus loin...

Un petit conseil: lire aussi les avis de Pascale, Princécranoir et Strum.

lundi 27 mai 2024

Histoire de vieux

Annie et François sont mariés depuis une cinquantaine d'années. Ancien général à cheval sur les principes, François aime sa femme comme au premier jour, mais découvre soudain qu'elle l'a trompée. Annie le reconnaît, mais réclame alors le bénéfice de la prescription pour une aventure survenue quelque quarante ans auparavant. Oups !

Quand il découvre que l'amant n'est autre que Boris, un bon copain des jeunes années, François a envie de le retrouver... pour lui casser la gueule. La suite ? Vous la découvrirez avec N'oublie jamais. Honnêtement, je n'avais prévu de voir ce film, mais la possibilité d'une sortie cinéma en famille m'a convaincu de lui donner sa chance. Un conseil: n'en attendez rien d'innovant ou même de très moderne. Comédie franchouillarde, le film repose essentiellement sur le charme préservé de ses interprètes "vintage": Sabine Azéma, André Dussollier et Thierry Lhermitte. J'ai aussi été content d'y reconnaître un cadre géographique familier, à savoir Nice et quelques sites naturels environnants. Bon... il m'en faut plus pour parler de "grand cinéma". Je suis donc vite passé à autre chose. Je vous en reparlerai mercredi.

N'avoue jamais
Film français d'Ivan Calbérac (2024)

Trois étoiles "polies": une pour chacune des têtes d'affiche, donc. Effet Azéma-Dussollier oblige, j'ai cru me retrouver devant une suite de Tanguy consacrée aux - vieux ! - parents de l'éternel adolescent. Mais non ! Ivan Calbérac adapte une histoire vraie: celle d'un Sicilien qui, à 92 ans, était devenu le plus vieux divorcé d'Italie. L'histoire d'amour qu'il dit avoir voulu tourner manque de sel. Et d'émotion(s)...

samedi 25 mai 2024

En elle, un panda !

Encore un Pixar sur les Bobines ? Eh oui ! Je suis de retour aujourd'hui pour vous présenter la 25ème création du studio: Alerte rouge. Désolé pour les fans: je serai beaucoup moins bavard que mercredi. Ce n'est pas que le film soit mauvais: c'est juste qu'il m'inspire moins.

Je vous propose donc d'entrer tout de suite dans le vif du sujet. Meilin, 13 ans, est une ado canadienne dont la famille est originaire de Chine. Comme ses copines, elle rêve d'aller au concert d'un groupe de cinq garçons - le célèbre boys band 4*Town. Une lubie de jeunesse que sa mère trouve absurde: Meilin ferait mieux de penser à l'école. Seulement voilà... elle a aussi un secret: aussitôt qu'une émotion forte s'empare d'elle, la demoiselle se transforme en panda roux ! J'arrête là mon résumé du scénario et vous indique qu'Alerte rouge s'adresse visiblement aux filles de l'âge de son personnage principal. Encore une fois, ce n'est pas un reproche: le film est une réussite narrative et formelle, avec de nombreux rebondissements amusants et une animation sans défaut apparent. En résumé: un long-métrage très recommandable - y compris pour les garçons, petits et grands. Jamais sorti dans les salles françaises, hélas ! Oui, il l'aurait mérité...

Alerte rouge
Film américain de Domee Shi (2022)

La réalisatrice, elle aussi, est une Canadienne d'origine chinoise. J'imagine donc qu'elle a mis une partie importante de sa personnalité dans le personnage de Meilin, mais j'avoue: je ne l'ai pas vérifié. Toujours est-il que ce film aurait sa place dans un cycle d'animés consacrés aux ados, avec - par exemple - La colline aux coquelicots que j'évoquais il y a peu. Voire Le géant de fer, plus loin en arrière...

vendredi 24 mai 2024

Petits changements

Je le confirme quand on me le fait remarquer: je suis conservateur dans mes choix esthétiques pour l'apparence de Mille et une bobines. En seize ans passés, je n'y ai encore jamais apporté de modification majeure. L'explication ? Elle est liée à ma crainte d'une manipulation hasardeuse, qui me ferait perdre une partie de mon contenu. Ouais...

Seraient-ils passés inaperçus ? J'ai procédé à de petits ajustements symboliques dans l'intitulé de quelques rubriques ! Et c'est ainsi que...
- Index des films s'est transformé en Tous les films,
- Index des réalisateurs est devenu Réalisateurs et réalisatrices,
- Messages archivés a enfin été remplacé par Chroniques archivées.

Je ne prévois pas d'autre retouche pour le moment, mais je m'efforce de compléter au mieux ces différentes "portes d'entrée" thématiques. C'est ainsi que, d'ici la semaine prochaine, le titre de la Palme d'or dévoilée demain devrait y apparaître (ce que je vous laisse vérifier) !

Parfois, j'ai eu aussi envie de mentionner le nom des films étrangers dans leurs versions originales, mais cela m'a paru bien trop fastidieux de rattraper le coup pour désormais quelque 2.000 longs-métrages. J'ai de la patience avec le cinéma, c'est vrai, mais il y a des limites...
 
Cela dit, il est possible que je passe à côté de certaines évidences desquelles il vous serait agréable de venir discuter sur ce cher blog. N'hésitez pas à me le dire, si c'est le cas: cela pourrait m'inspirer. Avant cela, je reviendrai dès demain midi avec "mon" 2622ème film !

mercredi 22 mai 2024

Du jazz à l'âme

Est-ce seulement lié à la crise sanitaire ? En 2020, Disney fit le choix de lancer Soul, le dernier opus des studios Pixar, sur sa plateforme numérique, snobant ainsi bon nombre de salles de cinéma en France et dans le monde. Je me souviens qu'à l'époque, j'étais en colère ! Maintenant que j'ai vu le film, je le suis encore. Mais un peu moins...

Soul
nous invite à suivre les pas de Joe Gardner, professeur de jazz dans une petite école de New York. La chance semble lui sourire quand l'un de ses anciens élèves se souvient de son talent de pianiste et lui offre d'accompagner une diva de la musique afro-américaine. Seulement voilà... victime d'un accident, Joe se retrouve propulsé dans un autre monde, où on le charge d'accompagner une âme errante à la recherche de sa flamme, c'est-à-dire de la motivation personnelle qui lui permettra de s'incarner enfin en une créature bien vivante. Seul problème: 22 - c'est son nom - a déjà épuisé plusieurs mentors avant d'être confiée à Joe. Et elle préférerait ne pas avoir à lui obéir !

Je ne suis pas certain que ce film d'animation s'adresse aux enfants. Complexe, le scénario de Soul développe des concepts philosophiques pointus et manie des références que les plus jeunes d'entre nous auront peut-être de réelles difficultés à véritablement appréhender. Certains critiques évoquent même l'une des oeuvres les plus matures de Pixar. Pour ma part, j'ai plutôt savouré ces va-et-vient constants entre un Brooklyn reconstitué, le Grand-Avant de 22 et le Grand-Après auquel d'autres personnages sont a priori inéluctablement destinés. Présentée ainsi, l'histoire qui vous attend paraît un peu sombre, non ? Certes, d'un univers à l'autre, les émotions traversées vont changer...

Soul
regarde la condition humaine comme peu de films d'animation l'ont fait avant lui. Que dire ? J'ai trouvé très belle son idée de départ selon laquelle chaque créature de notre bonne vieille planète Terre possède ses propres traits de caractère, ainsi qu'une foi qui l'anime. Techniquement parlant, les images qui défilent devant nos yeux démontrent - s'il en était encore besoin - l'immense talent des artistes qui les ont créées et mises en mouvement. Autre atout: une musique aux petits oignons - qui valut d'ailleurs à Trent Reznor, Atticus Ross et Jon Batiste un Oscar amplement mérité (le deuxième du film). Comment ne pas aimer ce qui est si habilement réalisé ? Je l'ignore...

C'est aussi, sauf erreur de ma part, le fruit de quatre ans d'un travail acharné. Le générique de fin est aussi long que celui d'un film tourné en images réelles, ce qui n'a rien d'étonnant sachant que le métrage atteint une heure et quarante minutes, sans réel temps mort narratif. J'ai l'impression que les films d'animation sont de plus en plus longs. Bref... Soul est une perle et, à mes yeux, l'un des meilleurs Pixar parmi les vingt que je connais (sur 27 en tout, déjà sortis à ce jour). D'aucuns estiment qu'il manque une petite touche d'émotion: pas moi. Même sans réellement apprécier le jazz, je me suis vraiment régalé. Un plaisir à partager en famille, idéalement. Et avant d'en rediscuter !

Soul
Film américain de Pete Docter et Kemp Powers (2020)

Bon... il me semble bien que quelques (rares) salles triées sur le volet ont eu le privilège de diffuser ce film sur écran géant, le mois dernier. Quel dommage que cela n'ait pas été possible pour toutes ! Une chose est sûre: même épaulé, Pete Docter inscrit son nom comme celui d'un maître de l'animation, après les trois chefs d'oeuvre que sont Monstres et Cie, Là-haut et Vice-versa. Et la suite arrive...

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Si vous ne voulez pas attendre...

Je vais vous laisser découvrir ce que "L'oeil sur l'écran" en aura pensé.

lundi 20 mai 2024

En première ligne

"Un bonimenteur doué et malin qui agite ici son savoir-faire visuel pour masquer là le néant qui emplit son outre". Je ne sais si les mots de Jean-Baptiste Thoret (historien, critique et cinéaste né en 1969) parviendront jusqu'à Alex Garland. Je les trouve vraiment sévères ! Je me dois de préciser que je ne les ai lus qu'après avoir vu Civil war.

Cet opus est sorti dans les salles françaises un peu avant la mi-avril. Jusqu'alors, je n'avais vu qu'un film scénarisé par Garland... et aucun de ceux qu'il a réalisés. Cette fois, la bande-annonce m'a convaincu d'enfin lui donner sa chance. Civil war avait tout l'air d'une oeuvre cinématographique majeure, sans concession, et traitant d'un sujet sensible: l'avenir politique des États-Unis et l'effondrement possible de leurs valeurs démocratiques, héritées des Pères fondateurs. Évidemment, que le film ait pour personnages principaux un groupe de photojournalistes ne pouvait que renforcer ma très vive curiosité. Je savais déjà que les Américains appellent "guerre civile" la Guerre de Sécession qui opposa le Nord et le Sud du pays de 1861 à 1865. Résultat: j'ai filé au cinéma - sans me poser davantage de questions !

J'ai alors découvert un pays mal en point, rongé par l'hégémonie presque dictatoriale de son président sur le peuple. Arrivé au terme d'un troisième mandat consécutif, ledit président a engagé l'armée contre deux États séparatistes et coalisés, le Texas et la Californie. Plus que les combats, le film nous invite à suivre quatre reporters lancés sur les routes pour le rencontrer en vue d'une ultime interview. Civil war laisse en effet supposer que, retranché dans la Maison Blanche, le chef de l'État vit ses dernières heures. Et il montre combien il est dangereux de documenter par l'image un conflit armé ! Certains disent que, pour cela, il prend appui sur des archétypes banals: la baroudeuse réfléchie, son collègue tête brûlée, le "vieux" revenu de toutes les batailles, la débutante alors confrontée au pire...

Il y a du vrai dans cette remarque, mais j'ai apprécié que le film développe son propos autour d'acteurs moins renommés que d'autres. Cheffe de file, Kirsten Dunst était la seule que je connaissais déjà ! Elle n'est plus la petite blonde de ses débuts, bien sûr, mais son jeu m'apparaît encore plus convaincant qu'il y a encore quelques années. J'espère donc que Civil war contribuera à la replacer à sa place légitime: le devant de la scène. Ici, je l'ai trouvée très convaincante et bien entourée par un trio formé de Wagner Moura, Cailee Spaeny et Stephen McKinley Henderson (que je vous laisse ainsi découvrir). Le scénario les embarque dans une expédition des plus dangereuses. Plusieurs étapes seront indispensables pour accomplir leur mission d'information. "Au péril de leur vie" ? On peut le dire ainsi, en effet...

Pour nous en convaincre, la mise en scène déploie des moyens techniques colossaux. Le plus terrible, je trouve, est de reconnaître dans ces images des scènes familières, comme sorties des journaux télévisés - l'écho du bruit et de la fureur de notre monde, en somme. Cela dit, avant un final quasi-apocalyptique, il me semble pertinent d'affirmer que les instants les plus tendus sont presque silencieux. Une chose est sûre: Civil war ne nous ménage pas, nous spectateurs. Il est beaucoup trop immersif pour que nous en sortions indemnes. Bon... l'action prend vite le pas sur le reste et je peux comprendre ceux qui déplorent que le rôle de la presse ne soit donc que survolé. De là à ne voir dans le réalisateur qu'un bonimenteur, c'est exagéré ! Ferait-on face à un film clivant ? C'est à vous d'en juger, désormais...

Civil war
Film britannico-américain d'Alex Garland (2024)

Est-ce que cela pourrait arriver ? Il est certain que le long-métrage nous invite à y réfléchir, en ces heures où les États-Unis d'Amérique paraissent plus divisés que jamais, sur fond de rivalité Biden-Trump. C'est peut-être même ce qui le distingue d'un blockbuster lambda ! Pour une autre vision du photojournalisme, je recommande Camille. Ou, à mille lieues de tout contexte militaire, La panthère des neiges.

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Et pour finir, un avis en contrepoint ?

Il en existe plusieurs: vous en trouverez notamment un chez Pascale. Notez-le: celui de Dasola n'est pas franchement positif non plus. Princécranoir, lui, exprime un avis différent. Entre autres sources...

samedi 18 mai 2024

Au rang des perdants

Le Grand Prix, le Prix du jury, celui de la critique... l'an passé, LaRoy a raflé les principales récompenses du Festival du cinéma américain de Deauville. De nombreux critiques jugent ce long-métrage proche de ceux que les frères Coen réalisent depuis bientôt quarante ans. Vous aimez les personnages de losers ? Bien ! Vous allez être servis...

Ray travaille pour le compte de son frère dans une quincaillerie minable. Il voudrait bien aider sa femme à ouvrir le salon de coiffure dont elle rêve depuis un bail, alors que son CV ne compte qu'une ligne intéressante: celle qui rappelle qu'elle fut Miss Beau County, une reine de beauté dans ce coin paumé du Texas. Son seul fait de gloire. Désormais, faute d'assouvir enfin son ambition de shampouineuse frustrée, Stacy-Lynn trompe Ray - ce que ce dernier apprend soudain d'un détective privé... auquel il n'avait strictement rien demandé. Désespéré, le pauvre cocu achète alors un flingue pour se suicider devant le motel où la femme de sa vie batifole avec un autre paumé. Un énième projet non-concrétisé: à la vue du calibre, un drôle de type confond Ray avec un tueur et lui crée des emmerdements nouveaux...

Stop ! J'en ai déjà dit beaucoup ! Je vous rassure: si cette histoire vous rend curieux, vous n'êtes certes pas au bout de vos surprises. LaRoy est un film noir comme on en voit peu, tout à la fois sanglant et franchement drôle. À condition d'apprécier ce type d'humour, oui. Les actrices et acteurs, eux, s'en sont visiblement donné à coeur joie. J'ose dire que leur plaisir manifeste est également communicatif. Sans grande star dans le casting, le film est tout à fait convaincant d'un bout à l'autre du métrage (soit deux petites heures en tout). C'est également sur le plan formel que cet opus s'avère une réussite indéniable: la direction photo est parfaite et la bande-son excellente. Dans l'obscurité d'une salle de cinéma, je me suis absolument régalé ! Je ne suis pas le seul: sur Allociné, le film est noté 3,5/5 par la presse et 3,9/5 par les spectateurs, ce qui témoigne a minima de l'adhésion qu'il a pu susciter. Le mieux restant... de forger votre propre opinion.

LaRoy
Film américain de Shane Atkinson (2024)

Le titre ? C'est le nom d'un bled, sans doute inventé pour l'occasion. "Where the f... is LaRoy ?": l'affiche ne nous aidera pas à le situer. Tant pis: je suppose que vous n'êtes pas venus faire du tourisme. Maintenant, libre à vous de prolonger votre voyage dans l'Amérique profonde autour de Sang pour sang, Fargo ou même Comancheria. Ce n'est pas moi qui vous en dissuaderai. Je suis prêt à y retourner...

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Vous cherchez d'autres amateurs pour vous guider ?

Bonne idée ! Je vous encourage à choisir Pascale et/ou Princécranoir.

mercredi 15 mai 2024

Un combat intime

Le saviez-vous ? L'hirsutisme touche de 5 à 10% des femmes en âge d'avoir des enfants. Celles qui sont affectées par cette pathologie hormonale développent dès lors une pilosité sur les joues, la poitrine ou le ventre, aussi drue et abondante parfois que celle des hommes. Un sujet qui a émergé dans l'actualité avec la sortie du film Rosalie...

Retour en 1870, aux premières heures de la Troisième République. Veuf, le père de Rosalie choisit de la marier au propriétaire d'un café de village, submergé par les dettes. La jeune Bretonne et ce garçon plus âgé qu'elle ne se sont encore - évidemment - jamais rencontrés. Abel n'est pas un mauvais bougre, non, mais c'est un homme fruste. C'est délicatement qu'il approche son épouse, mais lorsqu'il découvre que son torse est velu, il tressaille et la rejette aussitôt, violemment. Le scénario invite à observer le combat d'une personne "différente" pour s'intégrer dans une communauté qui lui est d'abord étrangère. Escarpé, le chemin de vie de Rosalie est fait de progrès considérables pour la compréhension de ce qu'elle est, mais aussi de reculs soudains vis-à-vis de ceux qui ne voient en elle qu'une créature monstrueuse. Autant le dire: dans le rôle-titre, Nadia Tereszkiewicz est magnifique. Benoît Magimel, qui l'accompagne, est d'ailleurs tout aussi admirable !

Le grand et beau film féministe que j'espérais voir s'est matérialisé devant mes yeux. Et la reconstitution de la France post-Napoléon III s'avère irréprochable ! Je savais le récit inspiré par un personnage réel ayant vécu dans les Vosges, mais cette délocalisation de l'intrigue en Bretagne n'enlève rien aux qualités esthétiques du long-métrage. Qualités qui, bien entendu, viennent encore sublimer le jeu d'acteurs inspirés, avec aussi une très intéressante galerie de seconds rôles interprétés par Juliette Armanet, Benjamin Biolay, Gustave Kervern ou Guillaume Gouix... entre autres. J'ai également aimé Rosalie parce qu'il me semble qu'il va bien au-delà de son postulat initial. Concrètement, j'estime que c'est aussi une véritable histoire d'amour entre des êtres que l'existence est venue placer l'un en face de l'autre sans qu'ils l'aient prévu, avec tous les tumultes et instants de grâce que cela peut supposer. Ce qui offre à la fois un drame et une leçon d'optimisme ou, comme le dirait Truffaut, une joie et une souffrance. Maintenant, j'aime autant laisser la conclusion à votre appréciation...

Rosalie
Film français de Stéphanie Di Giusto (2024)

D'une grande humanité, ce long-métrage est par ailleurs le deuxième de sa réalisatrice, huit ans après La danseuse (que j'ai bien aimé). Au moins ne relève-t-il pas uniquement du point de vue masculin ! Eugénie Grandet pourrait vous plaire pareillement si les portraits féminins du 19ème siècle vous intéressent. Celui de Mary Shelley s'inscrit dans un autre cadre, mais oui, il peut aussi valoir le détour...

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Et ailleurs sur la Toile, qu'en dit-on ?

Il paraît tout à fait clair que Pascale est moins enthousiaste que moi.

mardi 14 mai 2024

Cannes, femmes

C'est très curieux: le titre de ma chronique d'aujourd'hui m'est venu en pensant à un film de Paul Vecchiali... que je n'ai pas (encore ?) vu. Je réalise aussi que Femmes, femmes date de l'année où je suis né. Coïncidence troublante, à l'heure de revenir sur l'ouverture du Festival de Cannes. Que j'ai, ma foi, très envie d'observer au prisme féminin !

Je l'ai déjà mentionné: le jury de la Sélection officielle pour la Palme d'or est cette année présidé par une femme - Greta Gerwig. L'Américaine a fait un carton en 2023 en réalisant Barbie, un film recréant l'univers rose bonbon de la célèbre poupée, a priori éloigné des standards cannois. Je ne juge  pas: je ne l'ai toujours pas vu. Mais j'apprécie Greta Gerwig et espère qu'elle s'avérera audacieuse...

Une question que je me pose: après Justine Triet l'année dernière pour Anatomie d'une chute, une autre femme a-t-elle des chances d'accrocher la Palme d'or au terme de cette édition 2024 ? Mystère ! Ce serait alors la troisième depuis 2021 et Julia Ducournau (Titane). Toute première lauréate en 1993, Jane Campion (La leçon de piano) n'a jamais été réticente à l'idée de partager sa gloire, il me semble...

Et si on s'intéressait d'emblée à Agathe Riedinger ? Cette ex-diplômée de l'École nationale supérieure des Arts décoratifs a la chance d'entrer en compétition officielle avec son tout premier film, Diamant brut. D'après ce que j'ai lu, il s'agirait de l'histoire d'une adolescente ambitieuse, prête à intégrer le casting d'une émission de téléréalité. Pas ma came a priori, mais Cannes offre parfois de belles surprises...

Pour finir, un p'tit aveu: je ne me suis pas penché sur la personnalité d'Iris Knobloch, arrivée l'année dernière à la présidence du Festival. L'Allemande imprime-t-elle sa marque ? Et comment ? Je l'ignore. Thierry Frémaux, lui, est toujours là, en tant que délégué général. Apparemment, elle et lui s'entendent bien: pour moi, c'est l'essentiel. Et aucun doute: à Cannes, ce sont d'abord les films qui m'intéressent !

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Comment vais-je conclure cette chronique ?

Simplement: en vous invitant au débat dans la section commentaires.

lundi 13 mai 2024

Avant Cannes

Nous y voilà ! L'édition 2024 du Festival de Cannes s'ouvre demain. Jusqu'au samedi de la semaine prochaine, le "petit" monde du cinéma tournera autour de la Croisette... et je vais suivre tout cela d'un oeil. Objectif: repérer quelques prochaines sorties jugées prometteuses. J'ai toujours une vive curiosité pour les films un peu moins attendus !

L'idée de cette chronique m'est venue après avoir cité Julianne Moore vendredi. Le saviez-vous ? L'actrice américaine a été récompensée pour des longs-métrages lancés à Cannes (2014-Maps to the stars), Venise (2003-The hours) et Berlin (2002-Loin du paradis). Bingo ! Cela a réveillé mon intérêt pour les deux autres festivals européens...

Avant d'éventuellement y revenir, j'ai fait une petite liste exhaustive des films chroniqués sur le blog et ayant obtenu la récompense suprême à Venise ou Berlin. Oui, j'espère qu'elle vous inspirera aussi !

Voici donc "mes" Lions d'or de la Mostra de Venise :
- 2020 : Nomadland / Chloé Zhao,
- 2019 : Joker / Todd Phillips,
- 2017 : La forme de l'eau / Guillermo del Toro,
- 2010 : Somewhere / Sofia Coppola,
- 2008 : The wrestler / Darren Aronofsky,
- 2005 : Le secret de Brokeback Mountain / Ang Lee,
- 2003 : Le retour / Andreï Zviaguintsev,
- 1980 : Gloria / John Cassavetes,
- 1967 : Belle de jour / Luis Buñuel.

Avec une précision...
La première Mostra date de 1932 et, sous divers noms, le Lion d'or existe depuis 1949. Il n'a pas été décerné de 1969 à 1972, ni en 1979. De 1973 à 1978, il n'y a pas eu de Mostra. J'en reparlerai... peut-être.

Et voici "mes" Ours d'or de la Berlinale :
- 2014 : Black coal / Diao Yinan,
- 2011 : Une séparation / Asghar Farhadi,
- 2007 : Le mariage de Tuya / Wang Quan'an,
- 2002 : Le voyage de Chihiro / Hayao Miyazaki,
- 2000 : Magnolia / Paul Thomas Anderson,
- 1995 : L'appât / Bertrand Tavernier,
- 1973 : Tonnerres lointains / Satyajit Ray,
- 1971 : Le jardin des Finzi Contini / Vittorio de Sica,
- 1957 : 12 hommes en colère / Sidney Lumet,
- 1953 : Le salaire de la peur / Henri-Georges Clouzot,
- 1951 : Cendrillon / C. Geronimi, W. Jackson et H. Luske.

Avec une autre précision...
L'Ours d'or a toujours été décerné depuis 1951, année de la création du Festival international du film de Berlin. Au passage, un petit rappel historique: deux Allemagne ont coexisté entre 1949 et 1990, le Mur coupant l'actuelle capitale du pays réunifié dès 1961 et jusqu'en 1989. Des conséquences pour le cinéma ? J'en reparlerai aussi ! Peut-être...

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On en discute, alors ?

Ce serait (au moins) une occasion d'évoquer l'importance des prix festivaliers. Ou des festivals auxquels nous avons déjà pu participer !