mercredi 22 juillet 2026

Une simple rencontre

La confirmation récente d'une peine de prison pour Jafar Panahi, palmé d'or en 2025 pour le superbe Un simple accident, rappelle une évidence que nous préférerions laisser de côté: le cinéma n'est pas libre en Iran. Aujourd'hui, je veux brièvement évoquer un film réalisé en coproduction avec des partenaires français, allemands et suédois. Une jolie histoire...

Mahin a 70 ans. Elle n'a pas quitté sa maison après la mort de son mari. Seuls quelques échanges en visio maintiennent le contact avec sa fille partie à l'étranger. Ses rencontres avec des amies sont moins fréquentes qu'elles ne l'étaient encore il y a seulement quelques années en arrière. Or, un jour, dans un restaurant pour retraités, la vieille dame aperçoit un homme de son âge, Faramarz, et comprend qu'il vit seul, lui aussi. Quand elle découvre qu'il est taxi, elle lui demande de la raccompagner chez elle. Ce qui n'est qu'une requête très banale dans notre cadre démocratique s'apparente ici à une initiative d'une incroyable audace ! Maintenant, c'est évidemment à vous de voir ce qui va se passer ensuite et pourquoi ce touchant long-métrage s'appelle... Mon gâteau préféré. Un indice: il est bien question d'un rapprochement entre deux âmes solitaires et avides de profiter de la vie, tant qu'il en est encore temps. Presque à huis-clos, le film a été réalisé par un binôme homme-femme et m'a séduit grâce à l'impeccable duo Lily Farhadpour - Esmail Mehrabi. Deux êtres ordinaires et, en une heure trente, un regard sur le monde...

Mon gâteau préféré
(کیک محبوب من - Keyke mahboobe man)
Film iranien de Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeeha / 2024
Une assez bonne surprise que cet opus, d'un militantisme moins frontal que d'autres, mais qui ne vous laissera peut-être qu'un espoir très ténu. On peut éventuellement le rapprocher d'autres longs-métrages ancrés dans le quotidien, tels que Les chats persans ou Juste une nuit. D'autres références sont à (re)découvrir sur la page "Cinéma du monde". Je ne peux que répéter que le cinéma iranien mérite souvent le détour !

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Et maintenant, pour un autre avis...

Vous pouvez aussi lire la chronique de Pascale - de fait moins élogieuse.

lundi 20 juillet 2026

J'veux du queer

Vous vous souvenez de la France sous coronavirus ? Des lieux publics fermés ? Des limitations au droit de sortir de chez nous ? D'un professeur barbu qui fustigeait les vaccins et affirmait avoir trouvé un remède ? Bien que fictive, la France de Jim Queen présente quelques similitudes avec celle que nous avons connue. Et d'autres avec celle d'aujourd'hui...

Jim, influenceur, a le culte du corps (parfait) et compte des followers par centaines de milliers. Il ignore tout du sens du mot "bienveillance". Mieux vaut dès lors acheter ses bouquins que lui demander un selfie. Enfin... jusqu'au jour où il tombe malade et risque d'être soudain privé de ses grands arguments marketing: ses muscles et son homosexualité. Frappé par l'hétérose, Jim voit fondre ses abdos et, bientôt, menace d'adopter un look vestimentaire improbable, de s'intéresser aux femmes et, pire encore, de comprendre les règles du foot. Un VRAI cauchemar !

Je vais désormais vous laisser découvrir comment ce garçon arrogant parviendra à se tirer d'affaire (ou pas). Ce n'est certes pas tous les jours qu'un dessin animé aussi déjanté débarque dans les salles françaises. Présenté au dernier Festival de Cannes, celui-là a en partie été financé par une foule de donateurs, à l'occasion d'une souscription publique. Franchement, le résultat est tout à fait satisfaisant: gentiment olé-olé parfois, le film est surtout très drôle, abordant plusieurs sujets sérieux sur le ton d'une dérision des plus salutaires par les temps qui courent. Jim Queen n'est pas consensuel, mais il se montre vraiment fédérateur. En réalité, il ne se moque que des idiots enfermés dans leurs préjugés archaïques: c'est une bonne bouffée d'air frais pour qui veut la prendre. Toute ressemblance avec des situations réelles n'est donc pas fortuite...

Jim Queen
Film français de Marco Nguyen et Nicolas Athané / 2026

C'est bien entendu parce que j'ai aimé cet opus que j'ai trituré le titre d'une chanson d'Alain Souchon pour déterminer celui de ma chronique. Je n'en connais pas d'autres qui présentent et défendent l'idéal queer avec autant de drôlerie. Côté drame, Le secret de Brokeback Mountain reste ma meilleure référence (loin devant le très honorable Été 85). Attention: n'oubliez pas les femmes de La rumeur et de Carol, surtout !

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Vous aimeriez en savoir un peu plus ?

Je vous suggère d'aller lire la chronique (elle aussi positive) de Pascale.

dimanche 19 juillet 2026

Images du monde

Aujourd'hui, c'est la grande finale de la Coupe du monde de football ! Qu'en est-il des 48 pays participants sur le blog ? J'ai vérifié mes calculs. Bilan: ils sont présents aux trois quarts, avec donc 36 États représentés. Sans surprise, tous ne sont pas logés à la même enseigne, évidemment. D'où cette envie que j'ai de vous reparler brièvement des plus "discrets".

21 de ces pays n'ont pas encore passé la barre symbolique des dix films. L'Algérie et la Suède pointent en tête de ce groupe de retardataires avec chacune huit longs-métrages. Mon intérêt pour le cinéma africain me laisse croire que j'irai plus loin avec nos voisins de la Méditerranée. Et sur les Scandinaves, ma foi, je n'ai certes pas écrit mon dernier mot ! Je sais qu'il y a PARTOUT de belles choses à explorer et à découvrir. Avant de m'y (re)mettre, voici donc la liste exhaustive des nations concernées, par ordre décroissant. On la retrouve sur ma page dédiée...

À noter...
J'ai choisi de mêler les deux nations britanniques: Angleterre et Écosse. Conséquence directe: l'une et l'autre sont absentes de ce classement. Et, en face de chaque pays, je propose un lien direct vers la chronique du film le plus récent que j'ai vu. C'est un (petit) aperçu des possibles...

► 8 films
Algérie - Alger (2024)
Suède - Sally Bauer, à contre-courant (2024)

► 7 films
Colombie - Memoria (2021)
Mexique - Hijo de sicario (2024)
Portugal - Mosquito (2019)

► 6 films
Autriche - Hinterland (2021)
Maroc - Le bleu du caftan (2023)
Suisse - Sauvages (2024) 
Tunisie - Promis le ciel (2026)

► 5 films
Turquie - The things you kill (2025)

► 4 films

Nouvelle-Zélande - Lovely bones (2010)

► 3 films

Pays-Bas - Messi and Maud (2018)

► 2 films
 
Égypte - Ali, la chèvre et Ibrahim (2016)
Sénégal - Atlantique (2019)
Uruguay - Agaramme fuerte (2024)

► 1 film

Afrique du Sud - Gaia (2019) 
Arabie saoudite - Wadjda (2012) 
Croatie - Murina (2021)
Irak - Le gâteau du président (2025) 
Jordanie - Captain Abu Raed (2007)
République tchèque - Il Boemo (2022)

+ ces pays "mondialistes" qui ne sont pas représentés du tout...
Bosnie-Herzégovine / Cap-Vert / Côte d'Ivoire / Curaçao / Équateur
Ghana / Haïti / Ouzbékistan / Panama / Paraguay / Qatar 
République démocratique du Congo

Au fait, les ami(e)s...
Quelqu'un parmi vous se souvient-il du chocolat "Images du monde" ? Quand j'étais petit, chaque tablette était vendue avec une belle image cartonnée d'un animal sauvage. C'était plutôt chouette, cette époque...

Une dernière précision footballistique...
Vous le savez sûrement: la grande finale de ce soir va opposer l'Espagne et l'Argentine, tenante du titre. Sur Mille et une bobines, la victoire reviendrait facilement aux Européens sur le score impossible de 54 à 16.

On se reconcentre sur le cinéma ?
Les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne restent les champions numériques de Mille et une bobines, devant le tandem Italie-Japon. L'Allemagne occupe le sixième rang, mais n'est pas sûre de le conserver.

vendredi 17 juillet 2026

Elle et eux

Fallait-il être une femme pour réaliser Une année italienne ? Peut-être. C'est en tout cas la nouvelle d'un homme - Giani Stuparich (1891-1961) - qui a inspiré Laura Samani. Un écrit paru en 1929 que des souvenirs personnels l'ont alors incitée à transposer dans la Trieste de 2007-2008. Je ne connais pas le texte initial, mais cette adaptation est charmante !

Fredrika, jeune Suédoise, a suivi son père, muté dans une entreprise italienne. Elle intègre un lycée technique et se retrouve la seule fille dans une classe de terminale 100% masculine. Après des premiers pas difficiles, elle se lie d'amitié avec Antero, Pasini et Mitis, trois copains inséparables. La meilleure élève, c'est elle, mais le film ne nous parle que brièvement de ses talents scolaires. Il dresse plutôt le beau portrait d'adolescents plutôt sérieux en cours, mais qui font aussi les 400 coups comme tant de jeunes de cet âge. D'où le choix d'une image souriante...

Une année italienne
dégage une énergie positive, alimentée d'ailleurs par une bande musicale pleine de peps. Ce feel good movie transalpin rappelle aussi qu'il n'est pas toujours facile d'avoir 17-18 ans, confronté aux indécisions de la vie et, souvent, à des émotions contradictoires. Aucune tragédie à l'horizon, toutefois, juste quelques passages de cap délicats. Les adultes semblent en retrait et/ou sont un peu dépassés. Tant mieux: c'est en effet parce qu'il se concentre sur les plus jeunes que ce récit est si touchant, d'autant qu'il est porté par des acteurs encore débutants - Giacomo Covi, Pietro Giustolisi et Samuel Volturno. Réellement suédoise, Stella Wendick, elle, était... étudiante en cinéma. Ces quatre visages nouveaux sont vraiment tout le sel du long-métrage. Feront-ils carrière ? Je ne sais pas, mais les revoir me ferait très plaisir !

Une année italienne
(Un anno di scuola)
Film italien de Laura Samani / 2026
Un tout petit bémol afin de marquer quelques longueurs et un déroulé prévisible pour l'histoire de ce quatuor (malgré une belle fin ouverte). C'est du chipotage, sans nul doute: j'ai passé un très chouette moment. Trente ans plus tard, j'avais Le péril jeune en tête comme comparaison possible. C'est confirmé: les ados sont souvent intéressants, au cinéma. Et même si j'étais sûrement un peu trop jeune à la sortie de La boum...

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Je ne suis pas seul à avoir aimé...
Pascale a vraiment beaucoup aimé le film et vous expliquera pourquoi. Vous pourrez en lire une autre chronique - plutôt positive - chez Dasola.

Et j'ai une ultime chose à préciser...
Vous le savez peut-être: ce film est en réalité le deuxième long-métrage de Laura Samani (qui n'a encore "que" 36 ans). J'étais très en confiance pour aller le voir, car j'avais beaucoup aimé le premier: Piccolo corpo. Une merveille présente dans mon top 2022, dans un tout autre registre !

mercredi 15 juillet 2026

Animalités

Un avertissement pour commencer: le film que j'évoque aujourd'hui n'est pas un spectacle pour les plus jeunes d'entre nous. Un carton annonce d'ailleurs d'emblée qu'il est déconseillé aux moins de 16 ans. Soyons concrets: il est d'une froideur peu commune et TRÈS violent ! C'est noté pour vous ? OK. Le clan des bêtes est aussi très intéressant...

Dès les toutes premières images, une femme passagère d'une voiture conduite par son fils lui explique qu'elle a choisi de quitter le foyer familial pour ne plus dépendre de son mari. Un accident survient. Michael y survit, mais pas sa mère. Sa copine, qui était sur le siège arrière, est sérieusement blessée. Noir. On retrouve ensuite Michael quelques années plus tard, (sur)vivant dans une petite ferme d'Irlande comme éleveur de brebis, aux côtés d'un père devenu handicapé. Aussitôt, on découvre aussi que son voisin Gary et lui se détestent ! Pourquoi ? Et à quel point ? Je vous laisse à présent le découvrir seuls. En vous disant simplement que l'image ci-dessus montre un Michael barbu aux côtés de Jack, le fils de Gary, vers le début du long-métrage. Tout un engrenage se met en place, que les amateurs de suspense devraient apprécier, au moins au long de la première moitié du film. Après un autre noir, la seconde est un brin moins "efficace", peut-être...

Cette autre image est là pour vous dire que la violence ne faiblit pas dans la dernière heure du film: c'est juste qu'elle est parfois abordée sous un autre prisme (et malgré tout dans un éprouvant crescendo). Sachez bien qu'elle s'exerce contre les hommes ET contre les animaux. Si vous la trouvez supportable, vous pourriez apprécier un premier film audacieux, conçu comme une implacable tragédie aux personnages frustres, coincés dans un univers clos, sans véritable issue de secours. Oui, je veux le dire: sur la forme, Le clan des bêtes m'est apparu comme une grande réussite - à plus forte raison parce qu'il s'agit donc de la toute première réalisation cinéma au format long de son auteur. Un pari gagnant pour cet Américain venu tourner dans le cadre naturel des montagnes d'Irlande, le film bénéficiant pleinement de la beauté singulière de ce décor, mise en valeur par un montage d'une fluidité appréciable. Même s'il est clair qu'on n'est pas là pour faire une rando...

Le clan des bêtes
(Bring them down)
Film irlandais de Christopher Andrews / 2024
Soutenu aussi par des équipes britanniques et belges, ce sombre opus parle essentiellement en anglais, mais également (un peu) en gaélique. L'immersion dans cette région reculée de l'Europe du nord est totale. L'intrigue, elle, rappelle As bestas, mais n'implique aucune personne externe à la communauté locale - d'où l'impression d'un enfermement. Aïe ! Je crois n'avoir rien visionné d'aussi glauque depuis Les Ardennes !

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Si je ne vous ai pas déjà découragés...

Un autre avis vous est accessible en lisant aussi la chronique de Pascale.

lundi 13 juillet 2026

Chaud !

C'est sûrement aussi parce que quelque chose m'a plu dans son physique que j'ai commencé à m'intéresser à Noémie Merlant. Or, je la retrouve assez régulièrement comme actrice depuis une demi-douzaine d'années. Aujourd'hui, un film qu'elle a également réalisé: Les femmes au balcon. Elle l'avait présenté à Cannes, en séance de minuit, il y a déjà deux ans.

Nicole est une jeune autrice littéraire, un peu en panne d'inspiration. Ruby est cam-girl: elle s'exhibe au cours de lives érotiques sur Internet. Les deux amies cohabitent et sont rejointes par une troisième, Élise. Actrice, cette dernière vient d'en terminer avec un tournage éprouvant et aimerait désormais passer du temps sans son "Paul d'amour" de mari. Nous sommes à Marseille, en plein été caniculaire, et les trois copines observent un bel homme, à la fenêtre d'un immeuble, pile en face. Rapidement, elles font sa connaissance et sont aussitôt les seules hôtes d'une soirée chez lui. Et tout va alors mal, vraiment très mal, se passer ! Les femmes au balcon aborde frontalement le sujet des violences faites aux femmes. Un sujet important pour Noémie Merlant, honnête au point d'expliquer qu'elle a elle-même été la victime d'un acte odieux.

Est-ce un exutoire ? Avec l'aide de Céline Sciamma, elle a écrit ce film étonnant, qui mélange les genres et tient plus de la comédie macabre que du drame social. C'est assumé, déroutant... et plutôt audacieux. Bien loin d'arrondir les angles, la réelle outrance de la mise en scène est, en tout cas, tout à fait volontaire, et l'absence de réelles nuances invite à considérer Les femmes au balcon comme un vrai cauchemar urbain - dont les hommes (TOUS LES HOMMES) sont donc les monstres. Après tout, pourquoi pas ? La sincérité du propos me paraît indéniable. Cependant, avant de parcourir quelques interviews de Noémie Merlant pour mieux comprendre ses intentions, j'ai été quelque peu rebuté. Peut-être que c'est en fait la répétition de scènes un tantinet hardcore qui m'a fait tiquer: la mise en scène, elle, est digne d'un pur film d'horreur. Le jeu des trois comédiennes - Noémie Merlant elle-même, Souheila Yacoub et Sanda Codreanu - me paraît de fait irréprochable. Malgré une fin intéressante, le tout m'a déçu et mon avis reste négatif. Mais il pourra aussi subsister une porte ouverte à la réflexion, j'espère...

Les femmes au balcon
Film français de Noémie Merlant / 2024

Une étoile pour les actrices, une autre pour la relative réussite formelle et oui, c'est tout, parce que j'ai trouvé le film un peu trop "appuyé". Peut-être en mériterait-il trois, compte tenu des intentions exprimées par la jeune réalisatrice. Bon... je vais maintenir mon avis spontané. Des films comparables ? Il faut bien reconnaître que je n'en voie aucun. J'écoute vos conseils dans ce genre - si toutefois vous en avez à donner !

vendredi 10 juillet 2026

Nouvelles révélations

1977, 1982 et 2005: en remontant le fil du temps, on se souvient vite que cela faisait un bail que Steven Spielberg n'avait pas fait de la vie extraterrestre le thème central de l'un de ses films. Une bonne raison pour aller voir Disclosure day, long-métrage imparfait, mais cohérent avec une partie de l'univers qu'il nous a offert d'arpenter jusqu'à ce jour.

Autant vous le confier: je ne savais pas grand-chose de ce nouvel opus avant d'aller le voir, quatre jours à peine après sa sortie dans les salles françaises. Il est vrai que j'avais volontairement fermé les écoutilles pour préserver le plaisir de la découverte. Seules les principales têtes d'affiche - Emily Blunt, Josh O'Connor, Colin Firth - m'étaient familières. Or, le film démarre tambour battant, sans le moindre scène d'exposition pour donner quelques explications sur ce qu'il veut ensuite développer. Disclosure day s'appuyant sur un scénario 100% original, on plonge donc dans un monde totalement nouveau, qui pourrait bien être le nôtre. Nous faisons connaissance avec Daniel Kellner, un jeune informaticien qui aurait dérobé des données numériques sensibles à son entreprise. Puis avec Margaret Fairchild, la sémillante miss météo d'une télé locale.

Sans véritable surprise, les héros que nous présente notre cher Steven ressemblent à des Américains des plus ordinaires. Ce qui va leur arriver sort bien sûr des sentiers battus, mais des personnages aussi neutres s'avèrent plutôt attachants pour le spectateur lambda et lui permettent d'aussitôt s'identifier à eux - et tant mieux ! L'impeccable mise en scène repose également sur quelques représentations relativement habituelles lorsqu'il s'agit d'imaginer la présence dans l'univers d'autres créatures intelligentes et leur éventuel contact avec nous, habitants de la Terre. Auraient-elles des choses à nous apprendre, ainsi que le titre du film semble le suggérer ? Je ne vais évidemment pas répondre à la question. Le mieux est que vous le découvriez par vous-mêmes dans un cinéma quelconque. Quitte à oublier, deux heures durant, notre vieille planète !

Je crois tout de même pouvoir vous dire que, comme beaucoup d'autres du même genre, le film nous invite à remettre en cause nos certitudes absolues, à admettre que certaines choses nous échappent totalement et à réfléchir à comment l'information nous parvient. On pourrait croire qu'il s'inscrit dans le registre de la science-fiction. Pas du tout: je trouve qu'il est au contraire contemporain - il a d'ailleurs été conçu comme tel. Un exemple: j'ai tout particulièrement apprécié ce que Disclosure day dit de l'omniprésence des écrans, petits et grands, dans nos quotidiens. Ce n'est certes pas la première fois, mais je trouve très intéressant qu'un réalisateur aussi illustre que Steven Spielberg traite ce riche sujet frontalement. C'est pour lui, je crois, une façon d'affûter notre regard. De nous interroger sur l'importance et la valeur réelle des images, aussi.

Cette fois, le cinéaste n'accorde qu'assez peu de place à un autre thème récurrent dans sa filmographie: celui de la famille dysfonctionnelle. Néanmoins, il n'a pas complètement tourné le dos à l'enfant qu'il était et, un peu avant la fin, revient un instant sur le passé des personnages. Apparaît ainsi une part de leur vulnérabilité et donc de tout le potentiel émotionnel de cette histoire qu'il nous raconte. Une histoire orientée autour de valeurs humanistes - je pourrais même dire "universalistes". Qu'un artiste de presque 80 ans témoigne encore d'une telle empathie m'apparaît comme un beau cadeau, même si j'admets bien volontiers que je peux manquer d'objectivité quand je dois parler dudit artiste. Bref, disons qu'on le refera pas... et qu'on ne me refera pas non plus. Cela ne m'empêchera certes pas de chroniquer un tout autre film lundi !

Disclosure day
Film américain de Steven Spielberg / 2026

En dépit de quelques longueurs, j'ai bien apprécié la relative originalité de ce nouveau représentant de la geste spielbergienne - son 35ème. Apparemment, il a plutôt bien démarré... et mieux que les précédents. Nous n'étions pourtant qu'une petite dizaine dans une salle XXL: l'état de grâce vécu après The Fabelmans ne s'est dès lors pas renouvelé. Certains auront pu privilégier Abyss, Premier contact ou même... Elio !

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Si vous cherchez à lire d'autres avis...
Parfait ! Vous n'êtes plus qu'à un clic de ceux de Princécranoir et Strum. Pascale non plus n'a pas attendu très longtemps avant de publier le sien. [MAJ - samedi 18, 23h25: l'occasion d'ajouter l'avis (tardif) de Vincent].

Et j'achève cette chronique avec un mémo...
Je vous rappelle que Steven Spielberg a parlé de vies extraterrestres dans trois autres films: Rencontres du troisième type (1977), E.T. (82) et La guerre des mondes (2005). Trois longs-métrages à voir ou à revoir.

mercredi 8 juillet 2026

L'envers du rêve

C'était un hasard - un peu - calculé: le mois dernier, j'ai saisi l'occasion de voir coup sur coup deux grands classiques présentant le septième art sous un angle peu reluisant. Qu'ils soient sortis presque simultanément m'incite aujourd'hui à les réunir dans l'un de mes habituels diptyques. Cerise sur le gâteau à mes yeux: ils viennent chacun d'un pays différent.

Bellissima 
Film italien de Luchino Visconti / 1951
"Nous mettons des illusions dans la tête des mères et des jeunes filles. Nous prenons des gens dans la rue et nous avons tort". Je vous avoue que je n'attendais pas de tels propos de la bouche de Luchino Visconti. Le troisième film du maître italien s'écarte des canons du néoréalisme pour raconter l'histoire d'une femme convaincue que l'avenir de sa fille passera par les plateaux de cinéma. Ce qui est loin d'être une évidence !

Bellissima est l'oeuvre d'un homme bien ancré dans la quarantaine, issu d'une famille aristocratique et qui, hier résistant, assume sa proximité idéologique avec le Parti communiste italien. Dès lors, ce long-métrage pathétique témoigne - de belle façon - du profond délabrement social qu'affronte son pays, tout juste sorti des sombres années du fascisme. Figure du vrai renouveau du cinéma d'auteur, l'immense Anna Magnani entre sans trembler dans la peau de cette mère névrosée, infirmière soucieuse d'offrir à sa progéniture une vie bien différente de la sienne. Maintenant, y parviendra-t-elle ? À vous de voir le film pour le savoir. D'aucuns estiment que l'exubérante prestation de l'actrice principale peut dérouter, mais il se peut aussi qu'elle révèle le caractère passionné de certaines femmes des classes dites "populaires". Le maestro Visconti les regardait sans les juger, avec plutôt une forme d'empathie lucide. Venant de lui, c'est assez inattendu et oui, cela vaut dès lors le détour...

► À lire aussi : Strum et "L'oeil sur l'écran".

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Les ensorcelés (The bad and the beautiful)
Film américain de Vincente Minnelli / 1952
Je repense souvent à la présidente de mon association de cinéphiles enthousiastes, à Nice, qui ne voyait rien à sauver dans tout le cinéma hollywoodien. Josiane, si tu me lis, désolé: je suis d'un avis contraire. Et, parmi les chefs d'oeuvre venus des States, je suis même heureux d'évoquer celui-là, qu'on m'avait conseillé depuis une dizaine d'années. En tête d'affiche, Lana Turner et Kirk Douglas seront in-con-tour-nables !

Cet opus détient je crois un curieux record: celui du plus grand nombre d'Oscars obtenus (cinq) sans avoir été nommé pour ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation. Il n'en est pas moins une référence intéressante pour tout cinéphile assidu, portée par une mise en scène admirable - comme elles le sont le plus souvent chez Vincente Minnelli. Avec Les ensorcelés, le roi de la comédie musicale nous fait un cadeau tout à fait mémorable en nous proposant presque... trois films en un ! Kirk Douglas incarne un certain Jonathan Shields, producteur influent. Son ambition ? Réunir un réalisateur, un auteur-scénariste et l'actrice dont il a fait une star pour mieux rebondir après un échec retentissant. Le problème, c'est qu'ils ont chacun une très bonne raison de le haïr. D'où un portrait au vitriol du milieu du cinéma, abordé par sa seule face industrielle, à l'opposé de ce qu'on appelait alors "la machine à rêves". Loin de briser le mythe, le film y contribue, à sa remarquable manière. Je ne suis pas étonné qu'en 2002, la Bibliothèque du Congrès américain ait décidé de l'intégrer à la collection du fameux National Film Registry.

À lire aussi : Sentinelle, Princécranoir, Strum, "L'oeil sur l'écran"...
... et une rapide mention chez Vincent, ainsi qu'une autre chez Eeguab.

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Ai-je tout dit ? Peut-être pas...

Comme d'habitude, je vous laisse apporter vos propres commentaires. Et je n'ai sûrement pas fini d'évoquer ce cinéma qui parle... du cinéma !

lundi 6 juillet 2026

Douleur de peau

"Un grand choc cinématographique". "Un premier film prodigieux". Relayées sur sa superbe affiche, ce sont deux des bonnes appréciations émises par la presse à l'égard de The plague, film sorti dans les salles françaises début juin. Il avait reçu le Grand Prix du Festival du cinéma américain de Deauville (ainsi que le Prix de la critique) l'année dernière.

Été 2003. Ben, qui habitait Boston, a totalement traversé les États-Unis avec sa mère pour venir vivre à San Diego. Il intègre un camp sportif déjà organisé autour de quelques pré-ados, qu'un quadra un peu strict entraîne au water-polo. La bande a un chef, Jake, un gamin aussi blond qu'humiliant pour les "camarades" qui n'ont pas l'heur de l'intéresser. Parmi eux, Eli tente plus ou moins de dissimuler sa maladie de peau sous un T-shirt à manches longues. Les autres disent qu'il a la peste. C'est aussi la signification du titre du film et on comprend rapidement que Ben, vite moqué pour son accent, risque d'être rejeté à son tour. Oui, aucun doute: c'est bien de harcèlement que The plague nous parle. La force du récit vient de ce qu'il se penche sur des personnages jeunes. Les adultes se font rares. Ils sont presque invisibles. Laissés hors-champ.

L'auteur de ce long-métrage signe donc sa première réalisation, inspirée par son propre vécu. L'atmosphère pesante qu'il est parvenu à (re)créer m'évoque celle de certains "classiques" de Brian De Palma, Dario Argento ou même David Cronenberg, tant sur le plan visuel que par sa dimension sonore. Parfois présenté comme une oeuvre "horrifique" et déconseillé aux enfants de moins de douze ans, The plague s'amuse de nos peurs profondes et rejoint, non sans aplomb, les rangs du cinéma de genre contemporain. C'est d'ailleurs avec l'espoir d'un envol vers le fantastique que cette histoire m'a attiré en tout premier lieu. Je tiens à préciser qu'ici, même si elle est difficile à cerner, la réalité résiste tout de même aux coups de boutoir d'un imaginaire effrayant... et c'est UNE CHANCE. Face aux rumeurs qui peuvent nous diviser, le film nous invite au recul salutaire et à l'intelligence. Il rappelle que nous sommes tous différents. Un propos qui mérite d'être relayé dans le monde que nous connaissons !

The plague
Film américain de Charlie Polinger / 2025

Tourné en Roumanie, le film a également reçu le soutien de producteurs australiens et émiratis. Pas sûr que cela soit une garantie de succès. J'espère qu'il ne passera pas tout à fait inaperçu: ce serait un peu triste. Par certains aspects, il m'a rappelé Suspiria ou Carrie au bal du diable. Ou, si je devais me contenter d'une référence plus récente, Black swan. Autant de cauchemars où il est ponctuellement intéressant de plonger...

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En terrain déjà conquis ?

C'est bien en France que le film avait été présenté en avant-première mondiale, grâce à sa présence en section "Un certain regard" au Festival de Cannes 2025. En revanche, il n'avait pas reçu de prix sur la Croisette.

Si vous voulez le voir ailleurs...
Il est également l'objet d'une chronique (positive) sur le blog de Pascale.

dimanche 5 juillet 2026

Clintologie

Question: aurait-il mieux valu intituler cette chronique "Clint au logis" ? Initialement, j'avais pensé attendre lundi pour publier un texte consacré à un film, mais l'ami Eastwood s'est soudain rappelé à mon bon souvenir. Il existe mille et un motifs d'aimer le cinéma made in USA. Enchaînons !

Le 31 mai, Clint a fêté ses 96 ans, sans faire d'apparition publique. Rapidement, les fans se sont alors emballés autour d'une petite phrase prononcée par son fils Kyle: Eastwood père serait bien... à la retraite. D'où, vous l'aurez compris, mon jeu de mots un peu honteux du début. Aucune raison toutefois de douter que l'idole ait gardé une bonne forme physique. J'espère pour elle qu'elle pourra la conserver jusqu'à The End.

Voici celles de ses réalisations qui ont le mieux marché en France...

1. Gran Torino / 2008 (réalisateur et acteur),
2. Million dollar baby / 2004 (réalisateur et acteur),
3. Un monde parfait / 1993 (réalisateur et acteur),
4. Invictus / 2009 (réalisateur seulement),
5. American sniper / 2014 (réalisateur seulement),
6. Au-delà / 2010 (réalisateur seulement),
7. La mule / 2018 (réalisateur et acteur),
8. Juré n°2 / 2024 (réalisateur seulement),
9. Sur la route de Madison / 1995 (réalisateur et acteur),
10. J. Edgar / 2011 (réalisateur seulement).

En "bonus", voici également celles qui ont le moins bien fonctionné ! Attention, je suis 
parti cette fois de celle qui a fait le plus gros flop...
1. Breezy / 1973 (réalisateur seulement),
2. Honkytonk man / 1982 (réalisateur et acteur),
3. Bronco Billy / 1980 (réalisateur et acteur),
4. Cry macho / 2021 (réalisateur et acteur),
5. Jersey boys / 2014 (réalisateur seulement),
6. Un frisson dans la nuit / 1971 (réalisateur et acteur),
7. La sanction / 1975 (réalisateur et acteur),
8. Lettres d'Iwo Jima / 2006 (réalisateur seulement),
9. Créance de sang / 2002 (réalisateur seulement),
10. Josey Wales hors-la-loi / 1976 (réalisateur et acteur).

(Pour info...)

Je n'ai pas inclus dans ces listes les films dans lesquels Eastwood a joué sous la direction d'autres réalisateurs, mais certains méritent le détour.

Même si je donnerais volontiers davantage de détails, je préfère garder quelques billes pour une autre chronique, liée par exemple à un film que je n'aurais pas encore découvert (ou bien pas vu depuis longtemps). Allez ! Je vais donc m'arrêter à ces quelques mots et liens ce dimanche. Et peut-être qu'un jour, je parlerai ici d'autres cinéastes nonagénaires.

Dernière chose à expliquer aujourd'hui: il s'était passé quelques jours après l'écriture de cette chronique quand j'ai appris qu'un autre des fils de Clint Eastwood, Scott, n'avait aucun écho de la retraite du paternel. Tout serait-il une manière d'entretenir la légende (vivante) ? Possible...