Les connaisseurs le savent bien: Shakespeare est partout au cinéma. J'exagère, mais il est clair que nombre de ses oeuvres ont su germer dans l'imaginaire collectif des artistes du septième art: une influence durable. Chloé Zhao, produite par Mendes et Spielberg, choisit le retour aux sources en revisitant la légende, avec Hamnet (nommé aux Oscars).
Question légitime: la réalisatrice chinoise la plus en vue à Hollywood s'adjugera-t-elle de nouvelles statuettes, cinq ans après son joli triplé doré (film-réalisatrice-actrice) réalisé pour Nomadland ? La réponse tombera dans moins de deux semaines, mais on notera sans attendre qu'elle a la faveur des pronostics parce que la cinéaste s'est intéressée principalement au destin... d'une femme. Anne - Agnes, dans le film - était la femme de Shakespeare, un peu plus âgée que lui, semble-t-il. Zhao lui donne les traits de Jessie Buckley, 36 ans, actrice et chanteuse irlandaise en pleine ascension (NB: elle avait déjà incarné Juliette). Cette vision de la muse du dramaturge est particulière: elle apparaît comme une femme un peu "en marge", vivant essentiellement en forêt. D'aucuns, y compris ses proches parents, la voient comme une sorcière. Elle connaît parfaitement les plantes et les animaux. Elle s'en inspire...
Le film, comme on pouvait s'y attendre, va se plaire à l'humaniser. L'idée: rappeler qu'elle est aussi la mère des enfants de Shakespeare. Des trois: de Susanna, l'aînée, puis des jumeaux, Judith et... Hamnet. Nous voilà enfin confrontés à ce prénom mythique, celui du prince danois bien connu des inconditionnels du théâtre élisabéthain, passé dans le langage courant et donc à la postérité sous la forme HamLet. Inutile d'instaurer un faux suspense: l'unique fils de William Shakespeare est mort en 1596 à environ onze ans, probablement de la peste bubonique. C'est ce que raconte le scénario, inspiré du roman éponyme de l'autrice contemporaine Maggie O'Farrell, publié aux éditions Belfond en 2021. Il nous montre d'abord un homme en phase avec sa famille. Shakespeare est un mari passionné et un père d'une grande douceur avec ses enfants, à l'opposé de ce qu'il a lui-même vécu comme héritier putatif d'une famille de gantiers. Choisir Agnes, c'était de fait déchoir...
La vérité du film n'est peut-être pas celle de l'histoire, mais j'estime qu'il faut considérer Hamnet, entre autres, comme un film de couple. Ou, plus exactement, comme un film "sur le couple". La passion invasive des débuts pour William ne vient pas contaminer Agnes tout de suite. Indépendante, la jeune femme regimbe à se laisser séduire par ce prof inconnu et taciturne, contraint à enseigner le latin à quelques enfants du village pour éponger les dettes de son père. Elle lui cèdera finalement sous l'emprise d'une sorte de prémonition et d'un avenir qu'elle imaginera apaisé, à ses côtés, aussi calme que le visage harmonieux de l'acteur Paul Mescal paraît le promettre à leur rencontre. La suite sera malheureusement moins souriante et la charge de famille imposée à William une forme de damnation pour Agnes, renvoyée alors à ses obligations domestiques tandis que Monsieur cherchera la fortune sur les planches londoniennes, éloigné des siens. "Le reste est silence"...
Y-aurait-il, pour ces personnages brisés par le destin, encore l'espoir d'une réconciliation ? Ou, à tout le moins, d'une compréhension réciproque ? Oui, je crois que c'est bien ce que le film suggère, au final.
*** ATTENTION, POSSIBLES SPOILERS ***
Il est bien sûr question de deuil, éventuellement partagé. De vies poussées dans leurs derniers retranchements, dont les prophéties optimistes d'hier semblent n'avoir été que de vagues illusions funestes. Pourtant, une main se tend, un sourire réapparaît... et une forme d'espoir reprend de la vigueur. En quittant définitivement la scène imaginée par ses parents, l'enfant semble soudain en investir une autre d'ordre symbolique. "Être ou ne pas être": une espèce d'immortalité. Hamnet nous invite à la contempler sans trembler, avec cette joie triste de celles et ceux qui ont su parvenir au bout de l'un de leurs chemins. Des larmes peuvent alors couler, mais elles ne sont pas indispensables. Reste le théâtre. Le cinéma. Et la vie ! C'est peut-être la même chose...
Hamnet
Film américain de Chloé Zhao / 2025
Un petit conseil: ne vous attendez pas à voir un biopic "traditionnel" ! Cette évocation de l'existence de la famille Shakespeare fait le pari audacieux d'une relecture à partir de faits historiques encore méconnus. Et pour l'oeuvre littéraire, il vaut sans doute mieux... regarder ailleurs. Étonnamment, je m'étais plutôt amusé avec le blockbuster Anonymous. Je vous laisse retrouver To be or not to be, Othello ou bien Macbeth...
----------
Et en attendant de retrouver notre ami William...
Je vous suggère aussi d'aller faire un petit tour du côté de chez Pascale.
Question légitime: la réalisatrice chinoise la plus en vue à Hollywood s'adjugera-t-elle de nouvelles statuettes, cinq ans après son joli triplé doré (film-réalisatrice-actrice) réalisé pour Nomadland ? La réponse tombera dans moins de deux semaines, mais on notera sans attendre qu'elle a la faveur des pronostics parce que la cinéaste s'est intéressée principalement au destin... d'une femme. Anne - Agnes, dans le film - était la femme de Shakespeare, un peu plus âgée que lui, semble-t-il. Zhao lui donne les traits de Jessie Buckley, 36 ans, actrice et chanteuse irlandaise en pleine ascension (NB: elle avait déjà incarné Juliette). Cette vision de la muse du dramaturge est particulière: elle apparaît comme une femme un peu "en marge", vivant essentiellement en forêt. D'aucuns, y compris ses proches parents, la voient comme une sorcière. Elle connaît parfaitement les plantes et les animaux. Elle s'en inspire...
Le film, comme on pouvait s'y attendre, va se plaire à l'humaniser. L'idée: rappeler qu'elle est aussi la mère des enfants de Shakespeare. Des trois: de Susanna, l'aînée, puis des jumeaux, Judith et... Hamnet. Nous voilà enfin confrontés à ce prénom mythique, celui du prince danois bien connu des inconditionnels du théâtre élisabéthain, passé dans le langage courant et donc à la postérité sous la forme HamLet. Inutile d'instaurer un faux suspense: l'unique fils de William Shakespeare est mort en 1596 à environ onze ans, probablement de la peste bubonique. C'est ce que raconte le scénario, inspiré du roman éponyme de l'autrice contemporaine Maggie O'Farrell, publié aux éditions Belfond en 2021. Il nous montre d'abord un homme en phase avec sa famille. Shakespeare est un mari passionné et un père d'une grande douceur avec ses enfants, à l'opposé de ce qu'il a lui-même vécu comme héritier putatif d'une famille de gantiers. Choisir Agnes, c'était de fait déchoir...
La vérité du film n'est peut-être pas celle de l'histoire, mais j'estime qu'il faut considérer Hamnet, entre autres, comme un film de couple. Ou, plus exactement, comme un film "sur le couple". La passion invasive des débuts pour William ne vient pas contaminer Agnes tout de suite. Indépendante, la jeune femme regimbe à se laisser séduire par ce prof inconnu et taciturne, contraint à enseigner le latin à quelques enfants du village pour éponger les dettes de son père. Elle lui cèdera finalement sous l'emprise d'une sorte de prémonition et d'un avenir qu'elle imaginera apaisé, à ses côtés, aussi calme que le visage harmonieux de l'acteur Paul Mescal paraît le promettre à leur rencontre. La suite sera malheureusement moins souriante et la charge de famille imposée à William une forme de damnation pour Agnes, renvoyée alors à ses obligations domestiques tandis que Monsieur cherchera la fortune sur les planches londoniennes, éloigné des siens. "Le reste est silence"...
Y-aurait-il, pour ces personnages brisés par le destin, encore l'espoir d'une réconciliation ? Ou, à tout le moins, d'une compréhension réciproque ? Oui, je crois que c'est bien ce que le film suggère, au final.
*** ATTENTION, POSSIBLES SPOILERS ***
Il est bien sûr question de deuil, éventuellement partagé. De vies poussées dans leurs derniers retranchements, dont les prophéties optimistes d'hier semblent n'avoir été que de vagues illusions funestes. Pourtant, une main se tend, un sourire réapparaît... et une forme d'espoir reprend de la vigueur. En quittant définitivement la scène imaginée par ses parents, l'enfant semble soudain en investir une autre d'ordre symbolique. "Être ou ne pas être": une espèce d'immortalité. Hamnet nous invite à la contempler sans trembler, avec cette joie triste de celles et ceux qui ont su parvenir au bout de l'un de leurs chemins. Des larmes peuvent alors couler, mais elles ne sont pas indispensables. Reste le théâtre. Le cinéma. Et la vie ! C'est peut-être la même chose...
Hamnet
Film américain de Chloé Zhao / 2025
Un petit conseil: ne vous attendez pas à voir un biopic "traditionnel" ! Cette évocation de l'existence de la famille Shakespeare fait le pari audacieux d'une relecture à partir de faits historiques encore méconnus. Et pour l'oeuvre littéraire, il vaut sans doute mieux... regarder ailleurs. Étonnamment, je m'étais plutôt amusé avec le blockbuster Anonymous. Je vous laisse retrouver To be or not to be, Othello ou bien Macbeth...
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Et en attendant de retrouver notre ami William...
Je vous suggère aussi d'aller faire un petit tour du côté de chez Pascale.





















