samedi 16 octobre 2021

Ode à la révolution

Il y a deux choses que je tiens à éviter au cinéma: 1) rater le début d'un film et 2) ne pas le voir en entier. Ce n'est qu'après avoir hésité que j'ai fini par me décider à découvrir Soy Cuba, en ciné-concert. Dans le programme que j'avais consulté, il était en effet mentionné que seule une partie du long-métrage serait diffusée. Petite surprise !

Soy Cuba
est le fruit d'une collaboration inédite entre des producteurs soviétiques et cubains. Il se découpe en quatre histoires (distinctes) et évoque la révolution qui a amené Fidel Castro au pouvoir, en 1959. On peut le considérer comme un film militant, voire de propagande. Reste qu'à sa sortie, en 1964, il fut mal reçu par les diverses parties prenantes et suscita la polémique... avant de tomber dans l'oubli ! C'est à Guillermo Cabrera Infante, un romancier connu notamment pour avoir été le fondateur de la Cinémathèque de Cuba, qu'il doit d'avoir été diffusé dans un festival américain au début des années 90. Il fut ensuite réhabilité par Martin Scorsese et Francis Ford Coppola...

Pour ma part, j'ai vu le générique initial, ainsi que les parties 2 et 3. Soit, en résumé, un récit autour d'une famille de pauvres exploitants agricoles dont la terre est rachetée par un consortium, puis un autre évoquant le funeste destin d'un étudiant exalté et toutefois incapable d'abattre un milicien qu'il considère pourtant comme un tortionnaire. Oui, Soy Cuba est à l'évidence inspiré par la réalité de son temps. Mais ce n'est pas ce qui m'avait attiré: au départ, j'ai pris ma place pour ce ciné-concert parce que je me réjouissais de cette opportunité d'apprécier un autre film de Mikhaïl Kalatozov, le célèbre réalisateur soviétique (1903-1973). Assurément, mes attentes ont été comblées !

Épaulé par Sergueï Ouroussevski, son fidèle directeur photo, l'artiste inventa des images qui, aujourd'hui encore, font forte impression. Audacieux, les deux hommes n'hésitèrent jamais à user de techniques tout à fait innovantes: le résultat est si fort qu'on se demande parfois comment ils ont pu placer leur caméra ! Soy Cuba n'est pas qu'un film de virtuoses, cela dit: c'est également une oeuvre d'une puissance émotionnelle peu commune. La magie d'un somptueux noir et blanc est encore amplifiée par l'absence d'effet numérique: certaines scènes ont probablement nécessité de recourir à des centaines de figurants. Je n'ose même pas imaginer la beauté de celles que je n'ai pas vues...

Damien Litzler, l'un des musiciens qui jouaient live, a ensuite précisé qu'il n'avait pas projeté les séquences dansées et chantées du film. C'est compréhensible: la musique serait alors entrée en "concurrence" avec celle de son groupe, SZ. Aucun regret: les morceaux post-rock écrits pour le ciné-concert ne m'ont pas semblé dénaturer les images. Autant dire que je n'ai pas regretté ma soirée - et ce d'autant moins qu'elle était en accès libre, dans le cadre des Journées du patrimoine. Il faudra tout de même que je (re)voie Soy Cuba dans son intégralité. En tout, il dure deux heures vingt: j'en suis donc resté à la moitié. C'est bien suffisant pour vous le recommander vivement, camarades !

Soy Cuba
Film soviétique et cubain de Mikhaïl Kalatozov (1964)

Difficile de trouver quelque chose de comparable: le style Kalatozov est unique - et c'est très bien ainsi ! Rappel: j'ai parlé d'autres films du maître, Quand passent les cigognes et La lettre inachevée. J'espère avoir des occasions de mieux connaître le cinéma soviétique. J'avoue en revanche de (très) grosses lacunes sur le cinéma de Cuba et n'ai toujours pas vu... le deuxième épisode du Che de Soderbergh !

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Il est temps de laisser la parole à un spécialiste...

Je suis vraiment content d'ainsi relayer un texte de mon ami Vincent.

vendredi 15 octobre 2021

Noir, et alors ?

Il se peut que je sois passé à côté du phénomène Jordan Peele. Wikipédia m'apprend qu'à 42 ans, cet acteur, humoriste, réalisateur, scénariste et producteur (ouf !) américain a déjà 18 ans de carrière derrière lui. Je l'ai découvert le mois dernier avec son premier film sorti au cinéma: Get out, Oscar du meilleur scénario original en 2018.

Chris vit une jolie histoire d'amour avec Rose. La jeune femme parvient vite à le convaincre que leur différence de couleur de peau n'a aucune importance et décide dès lors de lui présenter ses parents. Elle a cependant oublié que, le même week-end, la maison familiale accueille aussi un rassemblement à la mémoire de son grand-père. Tout risque donc de ne pas se passer exactement comme prévu. Parlons d'abord du positif: dans sa première heure, Get out construit un suspense solide et sait intelligemment faire monter la tension. Derrière les sourires de façade, on sent bien qu'il y a quelque chose d'autre, sans pouvoir vraiment imaginer ce que c'est. Tout s'éclaire dans la demi-heure finale, mon problème étant que cette résolution m'est apparue franchement grotesque (pour ne pas dire expéditive) ! C'est dommage: tout le début était parvenu à capter mon attention. Les acteurs, eux, s'en sortent avec les honneurs. Légère frustration...

Get out
Film américain de Jordan Peele (2017)

La très sensible question raciale aux États-Unis vaut (un peu) mieux qu'un tel traitement, sans doute sincère, mais finalement inabouti. Peut-être est-ce simplement que, pour une fois, le cinéma de genre peine à me convaincre. Ma référence des films sur la cohabitation entre les noirs et les blancs reste comique: Devine qui vient dîner ? Avec Les figures de l'ombre et Green book en alternatives récentes !

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À propos de la conclusion...
Pas de panique: je ne compte pas vous spoiler la chute du film. Simplement, vous signaler qu'une autre fin avait d'abord été tournée. J'ai déjà vérifié qu'il n'est pas très difficile de la dénicher sur le Net...

Mon film du jour ne fait pas l'unanimité...
Le débat se poursuit chez Pascale, Dasola, Princécranoir et Benjamin.

jeudi 14 octobre 2021

Esprit vengeur

Vous lisez ce blog avec une certaine constance ? Il est donc possible que vous connaissiez déjà mon intérêt pour le thème des fantômes. C'est une vieille légende des peuples préhispaniques d'Amérique latine qui m'a conduit vers La Llorona: elle prétend que l'âme d'une femme dont les enfants sont morts erre afin de hanter le monde des vivants !

Mon film d'aujourd'hui est une oeuvre hybride: il s'appuie sur ce mythe et, dans le même temps, puise son inspiration dans un événement historique pour construire un scénario aussi intéressant qu'ambigu. Avant de le voir, je ne savais rien d'Efraín Ríos Montt: ce général guatémaltèque est arrivé au pouvoir après un coup d'État en 1982 et, en l'espace d'un an, a causé la mort de milliers de ses compatriotes d'origine indienne, en vertu de sa politique dite de "la terre brûlée". Bien plus tard, en 2013, il fut jugé coupable de génocide et de crime contre l'humanité, mais ne resta finalement qu'une nuit en prison avant d'être transféré dans un hôpital militaire. Et rapidement libéré !

La Llorona
évoque très clairement le vieil homme, déchu et enfermé entre les murs de sa villa. Des manifestants siègent en permanence sous ses fenêtres: le monstre n'est plus entouré que par sa famille proche, un garde du corps et quelques domestiques. Ce sont les pleurs d'une femme qui, une nuit, le réveillent soudain: l'ancien dictateur soupire, se relève et manque alors d'abattre son épouse, venue voir ce qui se passait. La décision d'embaucher une nouvelle servante n'arrangera pas cette situation, au contraire. Et c'est là que le film devient très intéressant: ce qui aurait pu n'être qu'un brûlot politique prend des allures de long-métrage fantastique, aux marges du réel. Impeccables, les acteurs n'y sont pas pour rien, mais la mise en scène renforce cette impression d'une présence spectrale - et on frissonne. Sans effet gore pourtant, la peur s'infiltre et, avec elle, le cauchemar. N'ayez crainte: bien connaître le cadre historique n'est pas nécessaire. Selon moi, c'est en fait parce que le ton demeure d'une rare sobriété que tout cela est si efficace: la tension, elle, est presque constante...

La Llorona
Film guatémaltèque de Jayro Bustamante (2019)

Quatre ans après Ixcanul, le cinéaste - 44 ans depuis mai - s'affirme comme un talent à suivre. Ce quasi-huis clos m'en a bien convaincu ! L'amalgame du cinéma contemporain avec des récits traditionnels ancestraux fonctionne à merveille, pour peu qu'on s'y laisse prendre. Ensuite, vous aimerez peut-être aussi le fantôme de Vers l'autre rive ou, plus proche de nous, celui de A ghost story. Embarras du choix...

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Et pour mieux vous guider parmi les esprits...

Je suis persuadé que vous pouvez faire confiance à Pascale et Dasola.

mercredi 13 octobre 2021

Sous la flamme

"J'ai voulu faire un mélodrame sec, de larmes contenues. Déployer une psychologie ténue, réduite à l'os": dans le dossier de presse conçu autour de son film, Oliver Laxe assume son intention de sobriété. Viendra le feu est une oeuvre peu bavarde, qui va droit à l'essentiel. Elle nous emmène vers une terre méconnue: les montagnes de Galice.

Amador, tout juste sorti de prison, retourne chez sa vieille mère. D'après l'une des premières lignes de dialogue, il aurait été condamné pour avoir délibérément causé un incendie sur un territoire sensible. "Était-il coupable ? S'est-il réconcilié avec le monde ou la nature ? Est-il profondément récidiviste ? Et s'il était innocent ?": le réalisateur lui-même pose ces questions, sans jamais véritablement y répondre. À chacun de faire sa propre opinion, comme dans la vie hors-cinéma. L'intérêt de Viendra le feu est peut-être ailleurs: dans l'observation méticuleuse d'un milieu presque clos, où les activités paysannes pourraient bientôt devoir céder la place au profit du développement touristique. La tradition contre la modernité ? Ce serait trop simpliste d'évoquer le film comme le récit d'une opposition entre deux mondes fermés, puisque l'un a de fait besoin de l'autre (et réciproquement). On ouvrira alors grand les yeux pour découvrir une réalité européenne que, pour ma part, je ne soupçonnais pas. Quelques images sublimes balisent le chemin, au service d'un cadre minimaliste. Une curiosité...

Viendra le feu
Film franco-espagnol d'Oliver Laxe (2019)

Pointu, mais d'une durée de moins d'une heure et demie: cela reste accessible si vous êtes un tant soit peu curieux d'un cinéma du réel. Depuis quelque temps, il semble qu'un nombre toujours plus important d'artistes investisse les espaces ruraux pour y raconter des histoires. Bon... c'est vrai aussi que Petit paysan, Revenir ou même La nuée paraissent davantage "grand public". C'est à vous de choisir (ou pas) !

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Besoin d'un autre avis avant de trancher ?

Je comprends... et note qu'Eeguab et Lui ont également publié le leur.

lundi 11 octobre 2021

En panne d'amour

C'est lundi ? Il fait gris ? Ne nous laissons pas abattre: j'ai un film lumineux à vous présenter aujourd'hui. Un film que je crois destiné aux ados plutôt qu'aux adultes, mais on ne va pas chinoiser là-dessus. J'ai vu Fragile le dernier jour de son exploitation dans l'une des salles que je fréquente épisodiquement... et je trouve que ça valait le coup.

Fragile
, c'est le titre du film et le qualificatif qui colle à la peau d'Azzedine (alias Az), un jeune ostréiculteur de Sète. Après deux ans d'amour, ce brave garçon est décidé à épouser Jessica, comédienne débutante. Aïe ! Quand il veut faire sa demande, c'est la cata ! Arrivée en retard au rendez-vous, la belle se dérobe, manque d'avaler la bague - cachée dans une huitre - et, pire, réclame une pause. Toutes choses que ne permet pas d'anticiper l'image que j'ai choisie pour mon illustration, juste au-dessus de ce premier paragraphe. C'est vrai: cette photo montre Az après sa déprime, repris en mains par sa bande de copains et en particulier par Lila, une amie proche qui compte bien lui apprendre à danser pour reconquérir sa dulcinée. La suite ? Il est bien sûr tout à fait possible que vous l'ayez devinée...

J'ai parlé d'un film lumineux: si le scénario n'est pas d'une originalité folle, les aventures d'Az, Lila et les autres se suivent avec un bonheur certain, dans la mesure où tout ici est empli de couleurs chaudes saisies sur la côte méditerranéenne, de sourires et d'optimisme. Fragile recompose le tableau de la France blanc-black-beur: posture naïve, sans doute, mais qui fait quand même du bien par les temps qui courent. C'est l'âge des personnages qui me fait dire qu'il vise davantage les jeunes adultes, mais je ne mettrais pas de barrière. Car l'énergie des jeunes comédiens emporte le morceau, à mon avis ! Formellement parlant, le film n'a pas à rougir: la caméra virevolte quand il le faut, mais sait s'assagir dans les moments les plus posés. Pour son premier long, la réalisatrice démontre aussi sa compétence de monteuse: je ne vois aucun défaut technique à pointer du doigt. Je crois que je me suis tout simplement laissé emporter par le récit...

Fragile
Film français d'Emma Benestan (2021)

Quatre étoiles pleines (et plutôt généreuses) pour ce cinéma français "en germe" qui, je l'espère, saura demain donner de beaux fruits. Évidemment, on a déjà vu maintes fois d'autres groupes de ce genre. Tout ne se vaut - et ne se compare - pas, mais je me rappelle bien mon plaisir avec Le péril jeune ou, plus récemment, Bande de filles. Hé ! C'est tout de même moins plombant que Les petits mouchoirs...

dimanche 10 octobre 2021

Lina W. (version courte)

Terminons la semaine avec Lina Wertmüller, voulez-vous ? J'ai pensé qu'il serait bien d'un peu mieux présenter cette cinéaste méconnue. Apparemment, elle reste une référence en Italie - et même ailleurs dans le monde. Le cinéma français est parfois un peu trop chauvin ! Je tente donc, très modestement, de repousser quelques frontières...

Toujours en vie !

Lina Wertmüller a posé sa caméra et son stylo depuis une douzaine d'années, mais elle est encore de ce monde: elle a eu 93 ans en août dernier. Née en Italie, elle a des origines suisses. Son nom véritable est Arcangela Felice Assunta Wertmüller von Elgg Spanol von Braueich et s'avère presque aussi long que le titre de certains de ses films. Apparemment, elle fut jadis l'enfant rebelle d'un père avocat à Rome !

Un look constant...
La cinéaste fait partie de ces gens qui soignent leur allure personnelle pour être facilement identifiables: sur la quasi-totalité des photos toujours en circulation, elle porte des lunettes à montures blanches. Un rire noir chaussé de lunettes blanches fut d'ailleurs le titre choisi pour une biographie publiée en 2009. Admettons que c'était bien vu...

Un "maître" en cinéma ?

Bien que renvoyée de plusieurs écoles catholiques, Lina Wertmüller, avant de se lancer dans le cinéma, parvint à devenir institutrice. Puis, quelques années plus tard, elle fit favorablement parler d'elle comme assistante du grand Federico Fellini, sur le tournage de 8 1/2. J'ose croire que vous serez d'accord avec moi pour dire qu'il y a pire...

Dans le top 100 !
Sorti en 1972, Mimi métallo blessé dans son honneur est aujourd'hui au 74ème rang du box-office italien, avec 7,6 millions de spectateurs. C'est ce film qui a fait remarquer Lina Wertmüller hors de son pays. En 1973, elle fut invitée à Cannes pour Film d'amour et d'anarchie. Son acteur fétiche, Giancarlo Giannini, obtint le Prix d'interprétation !

À l'Ouest, du nouveau...
J'ai cru comprendre que Lina Wertmüller était aussi une amie proche de deux des grands Sergio du cinéma transalpin: Corbucci et Sollima. Sous un pseudo masculin, elle a co-scénarisé et co-réalisé un western à la gloire de Belle Starr, une femme hors-la-loi des années 1870-80. Voilà une autre rareté que j'aimerais désormais découvrir, pour sûr...

Pionnière ?
La réalisatrice fut, en 1977, la première femme nommée pour l'Oscar de la meilleure mise en scène, avec Pasqualino, un film sur la survie dans les camps de concentration nazis. Las ! Cette belle récompense fut finalement décernée à un homme: John G. Avildsen (pour Rocky). En octobre 2019, Lina Wertmüller reçut toutefois un Oscar d'honneur. Gentiment ironique, elle conseilla à l'Académie de le rebaptiser Anna !

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Ça va mieux en le disant...

Ma chronique du jour ne se veut absolument pas un bilan exhaustif. Donc, si vous souhaitez la compléter, les commentaires sont ouverts !

samedi 9 octobre 2021

Les naufragés

J'aurais pu "fondre" ma chronique de mercredi et celle d'aujourd'hui dans un seul et même diptyque ! Je viens vous parler d'un autre film de Lina Wertmüller, dont le titre malicieux et très étonnant m'a tapé dans l'oeil: Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été. D'ailleurs, la cinéaste semble une habituée de ces intitulés à rallonge !

En revanche, fini le noir et blanc: nous sommes en présence d'un film tourné en couleurs et qui, pour le coup, en fait un usage immodéré. L'histoire ? Raffaella, la femme d'un milliardaire italien, se voit offrir un mois en mer avec son mari et quelques-uns de ses riches amis. Seulement, plutôt que d'en profiter, elle passe son temps à pérorer sur des sujets politiques qui, pourtant, paraissent la dépasser. L'ennui, c'est que la donzelle se retrouve vite à la merci de Gennarino, un membre d'équipage qu'elle méprise: ensemble, ils se sont échoués sur une île déserte au cours d'une escapade marine mal préparée ! Passons les détails: Vers un destin... arrive peut-être un peu tard dans l'histoire du cinéma pour être présenté comme une comédie italienne "classique" (vous avez le droit de me détromper, hein ?). Personnellement, je n'ai pas trouvé ça très drôle: les personnages évoluent, mais la violence et les insultes sont presque constantes. C'est donc plutôt lourdingue et seule la fin m'a - un peu - ému. Maintenant, je me dis que ça pourrait être révélateur d'une époque...

Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été
Film italien de Lina Wertmüller (1974)

Une déception pour moi qui espérais quelque chose de plus "sérieux" avec ce titre XXL et ses superbes images de la Méditerranée ensoleillée. Je me souviens m'être davantage amusé grâce à un film avec Harrison Ford, Six jours sept nuits, au thème assez proche. Bien évidemment, on est loin, très loin, d'Onoda et de son île à lui. Pour la rivalité des sexes, autant prendre la route New York - Miami !

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Une anecdote insolite...

Lina Wertmüller s'est plusieurs fois appuyée sur les deux comédiens ici présents, j'ai nommé Mariangela Melato et Giancarlo Giannini. Vers un destin... a ensuite connu un remake, réalisé par Guy Ritchie. Un nanar, paraît-il, sorti en 2002. Avec le fils de l'acteur et Madonna !

jeudi 7 octobre 2021

La preuve par le son

Le cinéma sait pousser des portes qui, habituellement, sont fermées au grand public. C'est le cas dans Boîte noire, un bon film français venu mettre en lumière les missions du Bureau d'enquêtes et d'analyse pour la sécurité de l'aviation civile (BEA). Une bien belle "découverte". Suffisante en tout cas pour une bonne séance dans une salle obscure !

Mathieu Vasseur travaille donc pour le BEA: un peu mis sur la touche après une erreur d'interprétation fâcheuse, il est néanmoins chargé d'écouter les bandes audio de la cabine de pilotage d'un avion de ligne qui s'est crashé dans les Alpes. Et il a une grosse pression: son chef direct a disparu sans donner de nouvelles et le grand patron a prévu d'informer la presse de ses premières conclusions... dans la journée ! On comprend évidemment qu'il y a d'importants intérêts économiques derrière cet empressement, au-delà même d'une hypothétique vérité due aux familles de victimes. Et, dans ce bon scénario, c'est bien là que tout se joue: sous son casque, Mathieu tient peut-être une part de l'avenir de certains des sous-traitants de l'industrie aéronautique. Autant être très clair: je ne vous dis pas que c'est tout à fait crédible. Je dis juste que c'est accrocheur: Boîte noire est un film à suspense réussi, sans doute un peu rocambolesque parfois, mais aux rouages assez complexes pour tenir le spectateur en haleine un bon moment. À la manière des thrillers américains parano des années 70, en fait...

Et le réalisateur lui-même cite Hitchcock et Pakula en références ! C'est bien vu, mais ça n'aurait pas forcément suffi à me convaincre. Si j'ai pris autant de plaisir, c'est également grâce à un casting solide. Au gré de rôles très différents les uns des autres, Pierre Niney brille et confirme qu'il est l'un des meilleurs comédiens de sa génération. Avec lui, de vieux briscards à leur avantage: André Dussollier en boss exigeant et Olivier Rabourdin à la partition longtemps très ambigüe. Impossible de ne pas citer ceux que j'ai découverts en même temps que le film: Sébastien Pouderoux, sociétaire de la Comédie française, et surtout la lumineuse Lou de Laâge - je ne veux pas en dire plus. Sans entrer trop dans les détails, je peux vous dire que Boîte noire est aussi soigné sur la forme: je n'y ai vu aucune réelle fausse note. Compte tenu du sujet, vous serez attentifs au son: là encore, le film fait la preuve d'une belle efficacité et, à l'image du héros, il se peut que vous doutiez alors de ce que vos oreilles ont réellement entendu. Pas besoin d'être un expert, OK ? L'idée serait plutôt de s'en amuser...

Boîte noire
Film français de Yann Gozlan (2021)

Entre Blow out et Sully, un opus digne de ses modèles (supposés). Quelques petits temps morts, mais je me suis bien diverti: mission réussie et donc, bravo aux protagonistes ! Les trois jours du Condor et Conversation secrète sont évoqués, mais... je ne les ai pas vus. Côté suspense, j'ai aimé d'autres films récents: L'heure de la sortie et Jersey affair, par exemple. NB: le son est décisif dans The guilty !

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Un petit rappel...

Yann Gozlan et Pierre Niney avaient déjà collaboré: c'était là encore pour un film à suspense, Un homme idéal. Un peu moins emballant...

Et pour être complet...
Vous pouvez désormais aller lire une chronique de notre amie Pascale.

mercredi 6 octobre 2021

Ennui à l'italienne

Milan, Turin, Gênes, Florence, Venise... parmi les grandes villes italiennes où je suis allé, Naples se situe à coup sûr le plus au sud. Mon film du jour l'est encore davantage: I Basilischi nous emmène dans une bourgade des Pouilles, à l'écart des sentiers touristiques. Loin de (presque) tout, les jeunes s'ennuient, s'ennuient, s'ennuient...

Visitant les lieux, la caméra nous montre tout d'abord qu'après l'heure du déjeuner, les habitants du coin sont majoritaires à faire la sieste. C'est dire si le dynamisme n'est pas vraiment leur qualité première. Voix off à la clé, cette séquence initiale est particulièrement drôle. Oui, et donc ? Antonio, Sergio et Francesco, les trois personnages principaux, s'agitent un peu. Ils aimeraient que les filles de leur âge daignent accepter de flirter. Question importante: cet opus du cinéma transalpin des années 60 serait-il une parodie assumée ou un avatar du néoréalisme ? Euh... un peu les deux, répondrai-je par précaution. C'est d'ailleurs ce qui pourrait expliquer que je sois quelque peu resté sur ma faim: le léger flou laissé par I Basilischi m'a dérouté, en fait. Ne jetons le bébé avec l'eau du bain: le long-métrage tient la route malgré mes réserves et, qualité plutôt rare à l'époque, il a été réalisé par une femme. Restauré il y a peu, le noir et blanc sublime des plans assez originaux parfois - je pense notamment à celui d'un escalier filmé à l'horizontale. Dernier atout: la musique est d'Ennio Morricone !

I Basilischi
Film italien de Lina Wertmüller (1963)
Les Basilischi sont de petits rois ou des lézards, si j'ai bien compris. J'avais d'abord pensé aux habitants de la Basilicate, une région du sud de l'Italie. Qu'importe... j'ignorais tout de cette "curiosité filmique" avant de tomber dessus et n'en suis pas mécontent. Parmi les films italiens voisins, Divorce à l'italienne était toutefois un cran plus haut dès 1961. Et Le cheik blanc riait déjà des bonnes moeurs, en 1952...

mardi 5 octobre 2021

Un duel sans sommet

Allez savoir pourquoi... quand j'ai entendu parler d'Alain Corneau l'autre jour, j'ai pensé à Patrice Chéreau. Un moment d'égarement pour la rime ? Bref... j'ai bel et bien vu le dernier Corneau, Crime d'amour, sorti moins de quinze jours avant sa mort. La perspective d'un duo-duel Kristin Scott-Thomas / Ludivine Sagnier m'avait séduit !

Paris. Isabelle travaille (beaucoup) pour le compte d'une entreprise multinationale et sous la direction de Christine, une cadre aux dents très longues et qui n'hésite pas à se faire valoir auprès de leurs chefs américains... pour le bon travail des autres ! La complémentarité supposée des deux femmes ne tient pas la distance: la vilénie souriante de la seconde déstabilise la première et ne lui convient plus dès qu'elle en est une victime, collatérale d'abord, directe ensuite. Cette relation biaisée est exposée avec talent dans la première partie du film. C'est ensuite que cela se gâte vraiment: Crime d'amour devient l'histoire d'une vengeance... et tout s'avère cousu de fil blanc. Pire: même en acceptant l'invraisemblable, j'ai fini par juger le récit très prévisible - avec une bonne demi-heure d'avance sur le métrage. Et le supposé twist de la fin m'a paru particulièrement peu original ! C'est vraiment  dommage: l'idée de départ était tout de même bonne.

Crime d'amour
Film français d'Alain Corneau (2010)

Mouais... trois étoiles, mais d'extrême justesse. Las ! Après un début prometteur, le jeu se fait mécanique, la photo se révèle assez moche et le suspense s'étiole vite. Tout cela fait beaucoup (et donc peu). Tant qu'à faire, sans doute aurait-il fallu des scènes plus étouffantes et ambigües encore, comme celles de Mulholland Drive par exemple. Pas sûr d'avoir envie de voir Passion, le remake par Brian de Palma...

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Au fait ! Les avis sur le film ne sont pas unanimes...

La preuve en est faite sur les blogs de Pascale, Dasola, Vincent et Lui.