mardi 10 février 2026

Plonger

Je juge parfois que tout a été dit, montré, illustré et même analysé. C'est comme si j'oubliais que l'une des fonctions premières du cinéma est de raconter des histoires. L'un des mérites de Los tigres, un film espagnol sorti en France le 31 décembre, est de nous ouvrir le monde méconnu du port de Huelva et des ouvriers sous-marins. Fa-sci-nant !

Je ne sais pas trop comment ce film a pu arriver jusqu'aux salles françaises, sachant qu'il n'avait attiré qu'à peine 194.582 spectateurs en Espagne. Qu'importe ! Il repose en fait sur trois piliers narratifs et, d'abord, la relation entre Antonio et Estrella, un duo frère-soeur embauché sur un bateau industriel. Leur job: plonger et vérifier l'état des gigantesques cargos en transit ou bien celui des différents tuyaux leur permettant de décharger leurs cargaisons pétrolières. Un boulot éprouvant physiquement, assez mal payé et dangereux. Du bonheur ! Intéressante, la description de ce milieu est le deuxième axe du film. C'est sans doute le plus inattendu et, au final, le plus... "réjouissant".

*** ATTENTION, POSSIBLES SPOILERS ***
Le réalisateur a visiblement tenu à respecter un certain réalisme. Cela ne s'arrête pas là ! Troisième fil conducteur: une sombre histoire dans laquelle Antonio va s'embarquer, pensant régler ses problèmes financiers (liés avant tout au versement d'une pension alimentaire). Estrella, qui rêvait d'autre chose, l'aidera après l'avoir traité d'idiot. Bon... je crois en avoir suffisamment dit sur le scénario lui-même. Los tigres n'est pas un film parfait, mais j'en retiendrai le meilleur. Principaux ou secondaires, ses divers personnages sont bien campés. Mention pour les acteurs-clés, Antonio de la Torre et Bárbara Lennie. La mise en scène n'est pas des plus audacieuses, mais reste efficace. Encore faut-il y croire, bien sûr, mais ç'a heureusement été mon cas ! Je vais donc le redire: tout n'a pas été dit, montré, illustré, analysé...

Los tigres
Film espagnol d'Alberto Rodríguez / 2025

Quatre étoiles un peu arrondies pour un long-métrage convaincant dans ses intentions (même s'il aurait gagné à être un peu "resserré"). Financement oblige, je suppose, on n'est pas à la hauteur d'un Abyss pour la référence aquatique, mais cela reste captivant à mes yeux. Rappel: jusqu'à présent, le réalisateur était surtout connu en France pour un polar, La isla mínima. J'aime davantage ce tout nouvel opus !

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Et après avoir nagé dans d'autres eaux...

J'ai remonté à la surface l'avis de Pascale - moins positif que le mien.

lundi 9 février 2026

Après la crue

Je suppose que vous n'avez pas oublié les très violentes inondations qui ont ravagé la région de Valence, en Espagne, fin octobre 2024. Une même catastrophe était survenue en 1957 et tient lieu de cadre historique au film dont je veux vous parler aujourd'hui: Les disparus. Nous revenons donc au temps du général Franco, alors âgé de 64 ans !

Journaliste franchement opiniâtre, Olvido Granell est l'unique femme de sa rédaction. Sur une intuition, elle mène une enquête de terrain et découvre des cadavres porteurs d'une étrange cicatrice ventrale. Une anomalie signalée au sergent Joaquin Capilliure, le chef-policier chargé de mener les investigations de rigueur à l'abri des regards indiscrets. Contre toute attente, ce flic un peu obtus va coopérer avec la reportrice (en échange d'un petit service, tout de même). Bon... dès cet instant, d'après ce que j'ai lu, certains des spectateurs de ce long-métrage resté inédit en France ont littéralement décroché. Explication: cette entente police-média serait fort invraisemblable. C'est sans doute vrai, mais je voulais tout de même savoir le fin mot de l'histoire. Et, malheureusement, je l'ai trouvé rocambolesque ! C'est dommage, car les acteurs sont plutôt bons et la reconstitution soignée. Mention aussi pour une conclusion (relativement) originale...

Les disparus
(Olvido)
Film espagnol d'Inés Paris / 2023
Une réalisatrice et une héroïne: je n'irai pas jusqu'à parler d'un opus féministe, mais il me plaît de relever cette (double) caractéristique. Pour le reste, j'ai trop de réserves pour être vraiment enthousiaste. L'Espagne a mieux à nous offrir, comme par exemple La isla mínima ou Que Dios nos perdone, côté polars. Mon index "Cinéma du monde" regroupe aussi La colère d'un homme patient, El reino, As bestas...

dimanche 8 février 2026

Dans la grande ville

Lu vit aux États-Unis depuis cinq ans... et cela fait donc cinq ans déjà qu'il n'a vu ni sa femme, ni sa fille, autrement que sur son téléphone. Il va enfin les retrouver et emménager avec elles dans l'appartement que louait l'un de ses amis. Mais le sort s'acharne sur ce jeune papa chinois: son vélo lui a été volé... et il perd donc son emploi de livreur.

Comment s'en sortir dans un pareil cas ? C'est le sujet du premier long d'un jeune cinéaste canadien: Les lumières de New York. Une fiction dont le titre français évoque Chaplin et qui rend compte d'une réalité crue. D'accord... le personnage du titre original n'est pas si chanceux. Aussitôt que nous avons fait sa connaissance, sa situation s'aggrave. Il n'a vite plus d'autre choix que de mentir à sa famille enfin réunie pour au moins "sauver les apparences" avant de trouver une solution. Bonne nouvelle: le film reste constamment à l'écart du misérabilisme dans lequel tant de productions nord-américaines se complaisent. J'ajoute qu'il y a assez de chances que vous reconnaissiez Big Apple. En effet, vous n'apercevrez pas le moindre monument emblématique ! Un choix judicieux du cinéaste: avoir tourné en hiver, sur pellicule. Porté par d'excellents acteurs, le récit se déroule sans fausse note. Jusqu'à un happy end ? Je vais, naturellement, vous laisser en juger...

Les lumières de New York
(Lucky Lu)
Film canado-américain de Llyod Lee Choi / 2025
Je ne vois rien à reprocher à cet opus, d'autant que son jeune auteur signe donc sa toute première réalisation dans ce format. Son culot mérite un éloge pour l'usage du mandarin dans la plus grosse partie des dialogues - ce qui contribue nettement au beau réalisme du film. L'histoire de Souleymane est souvent cité en guise de comparaison. Je ne l'ai pas vu, mais je me "rattrape" avec Le voleur de bicyclette.

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Et si vous voulez pédaler un peu plus loin...

Je vous conseille vivement de prendre la roue de Pascale, désormais.

samedi 7 février 2026

Un peu ailleurs

Est-ce tout simplement parce qu'il est anglais au milieu d'Italiens ? Arthur, le personnage central de La chimère, apparaît en décalage. Sorti de prison, il retrouve des amis tombaroli, du nom donné à ceux qui procèdent à des fouilles clandestines et entretiennent un trafic avec les artéfacts qu'ils mettent au jour. Une délinquance bien réelle !

Sans véritable explication rationnelle, Arthur peut sentir la présence d'espaces vides sous la surface du sol et ainsi repérer les tombeaux étrusques enfouis près de la côte tyrrhénienne, qui feront la fortune de sa bande. Lui que l'on surnomme Inglese n'est pourtant pas cupide. Il espère plutôt le retour d'une dénommée Beniamina, l'une des filles de cette dame âgée à laquelle il rend visite dans une vieille maison envahie par l'eau de pluie. Il y a quelque chose d'irréel dans ce décor de belle facture, tout comme d'ailleurs dans de nombreuses situations du film. Alice Rohrwacher, sa réalisatrice, aime entretenir le mystère. Son travail expose bel et bien une réalité palpable, mais un léger voile la recouvre et, grâce aussi à un montage audacieux, nous fait douter de ce que nous percevons. Arthur va-t-il finir par tomber amoureux de la jeune femme qui lui a été présentée, une servante passionnée par le chant lyrique ? Je vous laisse découvrir cela et vous perdre alors dans les méandres de l'intrigue. Elle suggère que toutes les beautés de ce monde ne sont pas faites pour les yeux des hommes. D'accord...

La chimère
(La chimera)
Film (franco-suisso-)italien d'Alice Rohrwacher / 2023

Présenté aux Festivals de Cannes et Toronto, cet opus est reparti sans prix des deux événements. Cela ne doit pas vous en détourner. Je reconnais que j'avais peut-être pris une courte "marge d'avance" en ayant vu et aimé un autre Rohrwacher: Heureux comme Lazzaro. Apparemment, la cinéaste est assez méconnue dans son propre pays. Bon... je continuerai à m'intéresser à tout ce qui nous arrive d'Italie !

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Et la chimère, dans tout ça ?
C'est évidemment ainsi que l'on peut désigner nos rêves et illusions. Comme vous le savez sûrement, c'est aussi le nom d'une créature monstrueuse - à corps de lion, tête de chèvre... et queue de serpent !

Je ne sais pas si je les regarderai, mais...
Il se trouve que la plateforme d'Arte diffuse actuellement deux films d'Alice Rohrwacher: Corpo celeste (2011) et Les merveilles (2014). L'un et l'autre sont donc disponibles gratuitement et jusqu'à fin mars.

Et sur celui d'aujourd'hui, on ne peut pas en savoir plus ?
Si, si ! Il fait également l'objet d'une chronique chez Pascale et Strum.

jeudi 5 février 2026

Le conquérant

Juin 1494. Christophe Colomb est revenu de son tout premier voyage vers les Amériques. Ce type de grandes expéditions donne à l'Espagne et au Portugal l'idée de signer un traité... pour se partager le monde ! Ce qui n'empêchera Magellan, illustre navigateur portugais, de voguer pour le compte de la couronne espagnole, quelques années plus tard...

Aujourd'hui, Magellan - le film - se penche sur les dernières années de la vie de celui qui est considéré (à tort) comme le premier homme à avoir bouclé un tour complet de la planète via les mers et océans. Derrière la caméra, le Philippin Lav Diaz se souvient que l'explorateur n'est pas revenu de son ultime expédition - il comptait ouvrir une voie nouvelle vers les îles Moluques, un archipel de l'est de l'Indonésie convoité pour ses épices. Le long-métrage s'ouvre en Asie sur l'image d'une femme nue dans une rivière, apparemment en train d'y pêcher. Elle fuit soudain devant des hommes blancs qu'on ne nous montre pas et qu'elle prend pour les êtres dont une prophétie annonçait la venue. Nous voilà aussitôt embarqués pour près de trois heures de plans fixes. Il n'est pas inutile de souligner que cette interminable fresque constitue presque un court-métrage pour l'esthète qui est son auteur. Le seul Lav Diaz que je connaissais dure près de quatre heures dix. Pour ce nouvel ouvrage, le maître du temps préparerait un montage alternatif de neuf heures. Il est déjà allé jusqu'à treize, il me semble !

"J'ai voulu expliquer pourquoi les Philippins sont devenus chrétiens. Comment nous avons été convertis", a expliqué Lav Diaz aux Fiches du Cinéma. Il a aussi souligné avoir failli mourir lors du tournage ! Dans un premier temps, il a passé plusieurs semaines sur le terrain pour avoir ce qu'il appelle "une connexion" avec les lieux. Une façon de faire qui n'est pas propre à Magellan: il procède toujours ainsi. Contrairement aux apparences, il ne disposait que d'un budget limité. "Le résultat final a demandé beaucoup de travail", assure-t-il aussi. La phase de montage fut éprouvante: "À la fin, je vomissais du sang. J'ai mis des mois à m'en remettre". Ce que j'ai découvert en salles n'est assurément pas le grand film épique que j'avais pu imaginer. Certains critiques parlent d'un brûlot anticolonialiste: il y a du vrai. "Majestueux, politique et fabuleux" (La 7ème Obsession) ? Peut-être. Je retiens la belle prestation de Gael García Bernal. L'acteur mexicain n'a pas cinquante ans et peut déjà se targuer d'une grande carrière internationale ! Notez que lui aussi s'est aventuré en terre inconnue...

Magellan
(Magalhães)
Film (hispano-portugo-)philippin de Lav Diaz / 2025
Bon... il me paraît préférable d'être averti de sa nature contemplative avant de se frotter à cet opus cinématographique "au long cours". C'est une chance pour moi que d'y avoir été préparé grâce à Norte. Maintenant, je ne ferai pas mon pain quotidien de ce genre de films ! Par comparaison, 1492 - Christophe Colomb était bien plus animé. Pour l'aventure en mer, autant revoir Kon-Tiki et/ou L'odyssée de Pi.

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Et si vous ne voulez pas naviguer en solitaire...

Vous accepterez sans doute avec joie que Princécranoir monte à bord. Beaucoup d'autres hardis moussaillons sont visiblement restés à quai !

mardi 3 février 2026

Abandonnés

Il parlait de Hark Bohm, son ami, comme d'un "conteur hors-pair". Cinéaste comme lui, de 34 ans plus jeune, Fatih Akin est resté seul pour travailler sur Une enfance allemande - Île d'Amrum, 1945. Bohm aurait dû le réaliser en reconstituant ses souvenirs de jeunesse. Las ! Sa mort en novembre a aussi privé Akin d'un bon coscénariste...

Il faut se réjouir que ledit metteur en scène, né dans une famille turque, n'ait pas renoncé à adapter le roman de son vieux camarade. L'histoire qui nous est narrée nous conduit sur une petite île de la mer du Nord, aux derniers jours de la guerre. L'avancée des troupes soviétiques vient de pousser Adolf Hitler au suicide dans son bunker berlinois. Le Reich s'effondre, laissant derrière lui un pays en cendres et une population qui ne comprend pas que son Führer l'a abandonnée. C'est d'autant plus net sur Amrum, territoire presque coupé du monde réel, mais que ses diverses vicissitudes n'épargnent pas pour autant. Nous le parcourons avec le jeune Nanning, enfant d'un théoricien nazi fait prisonnier par les Anglais. Enceinte, sa mère survit dans le déni absolu des difficultés du moment et refuse totalement de s'alimenter tant qu'on ne lui rapportera pas du pain blanc, du beurre et du miel ! L'école du môme a fermé: il fait donc tout pour répondre aux attentes de sa génitrice et éviter ainsi qu'elle le considère comme un lâche. Une enfance allemande... n'épargnera donc pas les âmes innocentes.

Je veux insister sur un point: c'est un film d'une grande beauté. Quelques scènes saisies au bord de la mer ou sur un estran aux sables mouvants sont une absolue merveille (et la nuit les sublime encore). J'imagine que les équipes ont tout donné de leur magnifique talent pour nous offrir l'impression d'être à 100% immergés dans le décor. Exemple flagrant: les évolutions de la lumière et les sons de la nature sont ainsi restitués de la plus belle des manières. Il paraît évident qu'Une enfance allemande... a bel et bien été conçu pour l'écran géant et tout l'équipement technique des meilleures salles de cinéma. Les splendeurs de sa forme ont pour ainsi dire l'immense mérite d'adoucir un propos qui témoigne, lui, de réalités tout à fait brutales. Cela nous permettra de mieux envisager le futur des personnages. D'imaginer dès lors que certains seront rattrapés par leur passé. Bonne nouvelle: le récit reste à l'écart du pathos et du manichéisme. Le recul de l'histoire nous permet de voir les choses comme elles sont. 80 ans après, voilà une chance qu'il est vraiment intelligent de saisir !

Une enfance allemande - Île d'Amrum, 1945
(Amrum)
Film allemand de Fatih Akin / 2025
Vous m'arrêterez si je me trompe: il me semble que les vainqueurs apparaissent plus souvent à l'écran que les vaincus. On pourrait dire que le long-métrage d'aujourd'hui rétablit donc une forme d'équilibre. Dans un autre registre, c'était le cas de Hinterland, polar autrichien qui avait ouvert mon année 2023 au cinéma. La mémoire de la Shoah reste vive dans de nombreux films, dont le terrible Phoenix -  à voir !

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Envie d'en savoir plus sur Amrum ?

Vous verrez: Pascale et Dasola ont fait ce lointain voyage, elles aussi.

lundi 2 février 2026

Gibson-mania

La moitié - 18 sur 35 - des films de cinéma dans lesquels il a joué dépasse, en France, le cap symbolique du million d'entrées en salles. Mel Gibson vient d'avoir 70 ans et c'est en réalité un peu par hasard que je l'ai retrouvé pour démarrer 2026. J'ai même choisi de bisser avec un "classique" de mon adolescence... et une production récente !

L'arme fatale 2 (Lethal weapon 2)
Film américain de Richard Donner / 1989
J'ai passé une soirée chez un ami d'enfance, lancé dans le visionnage des titres emblématiques des eighties, et revu avec lui cette suite sans avoir pu la relier au premier volet (la saga en compte quatre). C'est avec plaisir que j'ai retrouvé les inspecteurs Riggs et Murtaugh lancés dans une longue course-poursuite contre des narcotrafiquants. Je me souvenais aussi que les méchants étaient des diplomates sud-africains - l'apartheid étant encore en vigueur à Johannesbourg. Aujourd'hui, je me dis d'ailleurs que plus personne aux États-Unis n'oserait parler ainsi d'un pays étranger et du suprémacisme blanc. Donald Trump exigerait sans doute des excuses de la production ! Quoi qu'il en soit, j'ai passé un bon moment devant ce buddy movie référentiel... et il ne me déplairait donc pas de revoir les trois autres. Attention: cet épisode 2 peut parfois s'avérer extrêmement violent. Mais, dans mon souvenir, bien moins sombre que son prédécesseur...

Monster summer
Film américain de David Henrie / 2024
35 ans plus tard, revoilà Mel dans un film d'horreur pour adolescents ! Euh... je n'en avais jamais entendu parler avant de chercher "Gibson" dans le moteur de recherches de ma plateforme VOD (Ciné+ OCS). L'histoire se passe sur une petite île. D'étranges phénomènes inexpliqués plongent plusieurs garçons et une fille dans une torpeur totale, les privant presque complètement de l'usage de la parole. D'après certaines rumeurs, ce serait le résultat de l'action maléfique d'une sorcière à visage humain, bien planquée dans les environs. Jeune apprenti-reporter, Noah embarque alors ses amis à la recherche de la vérité et, ce faisant, fait également la connaissance d'un ex-flic resté à l'écart du commun des mortels - incarné par Qui-Vous-Savez. Alors ? Alors, c'est pas mal, mais je ne crois pas faire partie du public visé. Il m'aurait mieux convenu il y a une grosse trentaine d'années ! OK, bon... je reste indulgent pour un réalisateur inconnu, né en 1989.

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Et vous, alors ? Vous êtes toujours Gibson-compatible ?

L'acteur s'était fait remarquer pour des positions plus qu'ambiguës après la réalisation de son film La passion du Christ (sorti en 2004). Alors taxé d'antisémitisme, il fut très vite chassé des cénacles hollywoodiens et je n'ai pas l'impression qu'il y soit vraiment revenu...

NB: plusieurs autres de ses films sont sur les Bobines...

- Mad Max / George Miller / 1979,
- Gallipoli / Peter Weir / 1981,
- Comme un oiseau sur la branche / John Badham / 1990,
- Forever young / Steve Miner / 1992,
- Maverick / Richard Donner / 1994,
- Signes / M. Night Shyamalan / 2002,
- Le complexe du castor / Jodie Foster / 2011,
+ la voix du coq de Chicken run (Nick Park et Peter Lord / 2000).

samedi 31 janvier 2026

Trois femmes fortes

Le saviez-vous ? Seul un migrant africain sur cinq se rend en Europe. Les autres, eux, se déplacent "juste" vers un autre pays du continent. C'est ce que j'ai appris en découvrant Promis le ciel, un beau film sorti mercredi et d'abord présenté dans la sélection Un certain regard lors du Festival de Cannes 2025. Il mérite clairement votre attention !

Marie, Naney et Jolie habitent sous le même toit. Ces trois femmes d'origine ivoirienne vivent à Tunis et ont recueilli une fillette, Kenza. Pudiquement, on leur a vite expliqué que les proches de la gamine avaient disparu dans un naufrage. La rescapée représente une bouche supplémentaire à nourrir, mais, à quatre ans, elle apporte une gaieté appréciable pour toute la maisonnée. Ce qui adoucit un peu les temps difficiles que traversent les trois adultes, confrontées à des situations sociales pour le moins précaires. Marie est à la tête d'une église évangéliste surveillée de près par les autorités. Sans titre de séjour valable, Naney se débrouille avec le soutien de Foued, un Tunisien plus âgé. Quant à Jolie, elle s'en sort un peu mieux avec des papiers en règle et, étudiante, bénéficie du soutien financier de son père resté à Abidjan. Les trois destins se croisent, en relative harmonie. Très concret, Promis le ciel n'est pas un film plombant pour autant. Ce n'est qu'au moment du générique final que son titre sera expliqué. Emprunté à une chanson de Delgres, il m'a semblé des plus pertinents.

La réalisatrice du film a confié aimer "que cette chanson aux paroles tragiques insuffle de l'énergie, comme nos personnages". Je confirme que nous n'avons pas affaire ici à un long-métrage misérabiliste. Certes, quelques larmes sont versées, mais il n'est JAMAIS question de s'apitoyer sur le sort de pauvres gens, mais plutôt de prendre acte de leur situation et de mieux mesurer leur indéniable combativité. Pour user d'un cliché, je pourrais en somme dire que Promis le ciel leur rend leur dignité. Mais... l'avaient-ils seulement perdue ? Pas sûr. En tout cas, j'ai pris énormément de plaisir à retrouver Aïssa Maïga dans le rôle de Marie, elle que j'aurais plutôt reliée à des prestations comiques. Avec elle, la jeune artiste, actrice et activiste Laetitia Ky et la débutante Debora Lobe Naney forment un trio de grand talent. Quelques hommes complètent ce tableau, que je crois assez réaliste, des conditions de vie des populations subsahariennes en Tunisie. Parmi eux, des Ivoiriens, mais également de nombreux ressortissants sénégalais, congolais et camerounais, qui refuseront d'aller plus loin. C'est donc une réalité que je viens d'appréhender grâce au cinéma. J'essayerai de bien retenir que c'est cela aussi, l'état de notre monde !

Promis le ciel
(سماء بلا أرض - Sama' bila 'ard)
Film franco-tunisien d'Erige Sehiri / 2026
Pour info, c'est encore grâce à la joyeuse bande des Fiches du Cinéma que j'ai pu faire la chouette découverte de ce film made in Africa. L'objectivité m'amène d'ailleurs à confirmer que le cinéma tunisien reste (trop) rare sur les Bobines - malgré le choc Les enfants rouges l'an passé. L'Algérie est un peu mieux lotie, le Maroc à un niveau équivalent. Mon index "cinéma du monde" peut guider votre curiosité.

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Je dois vous avouer quelque chose...

Ce beau film, je l'avais déjà vu en décembre - le 16, pour être précis. Il aurait tout à fait pu apparaître entre Lady Nazca et L'agent secret. Mais... je préfère attendre la sortie officielle avant toute publication.

mercredi 28 janvier 2026

2025, mes sommets

Je vous l'indiquais dimanche: j'ai vu 83 films au cinéma l'an passé. 2025 restera dans ma mémoire comme un bon cru, riche d'oeuvres venues de tous les horizons. J'en ai retenu douze pour un classement subjectif de mes préférences, "séances de rattrapage" exceptées. C'est je crois un chiffre raisonnable, sinon raisonné. À vous de voir...

1. Une bataille après l'autre (One battle after another)
Paul Thomas Anderson - États-Unis
Une bonne nouvelle de cette année: il ne faut pas réduire le cinéma américain aux films de super-héros et autres avatars de ce genre. Avec - entre autres - un Leo DiCaprio au meilleur de sa forme, PTA signe un opus tout à fait mémorable, aussi engagé que divertissant. Qu'il obtienne pour cela quelques Oscars serait tout sauf un scandale !

2. Un simple accident (یک تصادف ساده - Yek tasadof-e sadeh)
Jafar Panahi - Iran
Juliette Binoche et son jury ont tapé dans le mille: la Palme d'or 2025 est bien un autre des très grands films politiques du millésime écoulé. Découvrir une oeuvre aussi limpide et qui est pourtant venue d'Iran demeure un privilège qu'il faut chérir absolument: celui de la liberté. Pour résister aux mollahs, 668.460 entrées dans les salles françaises !

3. La chambre de Mariana
Emmanuel Finkiel - France

On peut aborder la Shoah de bien des façons, bonnes ou mauvaises. Le cinéma est l'une des armes de mémoire à notre disposition. Franchement, j'ai adoré ce film et je veux redire que Mélanie Thierry m'impressionne d'être allée jusqu'à apprendre l'ukrainien pour le rôle. Prochaine étape personnelle: lire (enfin) le roman d'Aharon Appelfeld.

3 ex-aequo. Berlin, été 42 (In Liebe, eure Hilde)
Andreas Dresen - Allemagne
Encore un film sur une forme de résistance: celle de contemporains d'Hitler qui n'avaient pour seul tort que d'émettre des messages radio vers un pays lointain à une époque où le régime nazi l'avait interdit ! Je suis ressorti de la salle de cinéma en fin d'hiver, à la nuit tombée et le coeur serré. Il est des destinées qu'il ne faut surtout pas oublier.

5. Dossier 137
Dominik Moll - France

L'avenir nous dira si nous tenons là le film ultime sur le mouvement des Gilets jaunes. J'y ai plutôt vu un regard sur la police aujourd'hui. Qu'est-ce que le maintien de l'ordre ? Telle est la question, en fait. Ancrée dans le réel, la réponse est évidemment un sujet de débat(s). Le film ne les élude pas, mais laisse chacun libre de ses conclusions...

6. La petite dernière
Hafsia Herzi - France

On prend les paris ? Quelque chose me dit qu'on retrouvera le visage de Nadia Melliti aux César, le 27 février. La jeune comédienne débutante a tout d'une révélation, déjà repérée à Cannes l'an passé. Son incarnation d'une ado musulmane découvrant son homosexualité pourrait bien n'être que la première d'une longue carrière ! À suivre...

7. Sirāt
Oliver Laxe - Espagne

Ça passe ou ça casse ! Cette longue dérive dans le désert d'un père cherchant sa fille disparue m'a scotché, mais j'ai constaté depuis qu'elle était loin de faire l'unanimité. En cause: un certain radicalisme narratif, qui vient percuter notre attention portée aux personnages. Je dirais que c'est le prix à payer pour des images à couper le souffle.

8. Le quatrième mur
David Oelhoffen - France

Oui, le théâtre peut sauver le monde: c'est le credo du personnage principal de ce très beau film, déterminé à faire jouer une pièce classique - j'ai nommé Antigone - en plein conflit israélo-palestinien. Dans ses bagages, un rêve de fraternité - qui pourrait ne pas suffire. Une (méritoire) adaptation d'un roman du journaliste Sorj Chalandon !

9. Vermiglio ou la mariée des montagnes (Vermiglio)
Maura Delpero - Italie
L'un des sommets esthétiques de 2025 et une plongée vertigineuse dans l'Italie de la grande ruralité, aux sombres heures du fascisme triomphant. Cet opus est peut-être également le plus triste de ceux que j'ai vus l'année dernière. On y découvre le destin d'une femme amoureuse d'un déserteur étranger à son village. C'est bouleversant...

10. Les enfants rouges (الذراري الحمر - al-shabāb al-aṣfar)
Lofti Achour - Tunisie
Lourds de nos deuils passés, nous oublions parfois que le terrorisme islamique frappe aussi des innocents loin des pays dits occidentaux. C'est ce que nous rappelle avec force ce film inspiré d'une histoire vraie, survenue en 2015 à proximité de la frontière algéro-tunisienne. Un pays d'hommes et des femmes magnifiques, livrés à eux-mêmes...

11. Lady Nazca
Damien Dorsaz - France
Il faut décidément croire que les vastes zones désertiques m'attirent. Cette fois, c'est d'un no man's land péruvien dont il va être question. Années 30: nous faisons la connaissance d'une femme allemande fascinée par les marques laissées au sol par d'anciennes civilisations. Nous partageons son regard, scientifique et humaniste. Quel voyage !

12. Au rythme de Vera (Köln 75)
Ido Fluk - Allemagne
Comment diable dit-on feel good movie dans la langue de Goethe ? Pas d'inquiétude: il n'est absolument pas indispensable de le savoir pour apprécier ce portrait d'une jeune femme opiniâtre, organisatrice outre-Rhin d'un show du jazzman Keith Jarrett, resté dans la légende. Les amateurs de piano devraient se régaler. Les autres... également.

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En guise de conclusion, une "mention spéciale"...

Ma très belle année 2025 a aussi été marquée par des moments forts liés à la découverte de deux films muets (en version ciné-concert). Deux pures merveilles: Les aventures du prince Ahmed et La foule !

Je termine avec des tops proposés sur d'autres blogs...
- celui de Dasola, publié dès le 23 décembre,
- celui de Pascale, un bilan mis en ligne le 31,
- celui de Vincent, proposé le 5 janvier,
- celui de Benjamin, lui aussi paru le 5,
- celui de la rédaction des Fiches du Cinéma.

Chers lecteurs anonymes, vous avez peut-être un choix à défendre. N'hésitez plus: il pourra très vite rejoindre cette liste des florilèges !

[MAJ - mercredi, 15h45] :
 
Le top de Princécranoir est à présent publié dans les commentaires.

lundi 26 janvier 2026

2025, une petite année ?

Quel regard porter sur le millésime cinéma passé ? Il fut compliqué pour les salles françaises, dont l'offre n'a attiré "que" 156,7 millions de spectateurs - un total en baisse de 13,6% par rapport à 2024. Aujourd'hui, je propose les box-offices des films étrangers et français de 2025 (vus sur ce site, hier matin). J'ajoute quelques mots d'analyse.

LES FILMS ÉTRANGERS
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1. Zootopie 2 / USA / 7.969.313 entrées (1er au général),

2. Avatar - De feu et de cendres / USA / 7.905.868 (2e),

3. Lilo & Stitch (live action) / USA / 5.162.390 (3e),

4. La femme de ménage / USA / 3.449.941 (4e),
5. F1 - Le film / USA / 3.371.524 (5e),

6. Jurassic World - Renaissance / USA / 3.021.177 (6e),
7. Minecraft - Le film / USA / 2.712.147 (8e),
8. Dragons (live action) / USA / 2.580.896 (9e),
9. Mission impossible - The final reckoning / USA / 2.498.716 (10e),
10. Conjuring - L'heure du jugement / USA / 2.368.089 (11e),

11. Paddington au Pérou / Grande-Bretagne / 1.856.674 (12e),
12. Demon slayer - La forteresse infinie / Japon / 1.759.440 (13e),
13. Superman / USA / 1.655.928 (14e),
14. Captain America - Brave new world / USA / 1.648.654 (15e),
15. Les Schtroumpfs - Le film / USA / 1.646.677 (16e),

16. Les 4 fantastiques - Premiers pas / USA / 1.633.452 (17e),
17. Une bataille après l'autre / USA / 1.506.858 (19e),
18. Les bad guys 2 / USA / 1.474.043 (21e),
19. Elio / USA / 1.239.611 (23e),
20. Blanche-Neige (live action) / USA / 1.214.226 (24e).

Mon avis :
Les chiffres sont clairs: l'écrasante domination du cinéma américain ne laisse qu'une place extrêmement réduite aux autres productions étrangères. Les longs-métrages venus d'Europe (et non-français) doivent se contenter des miettes - un peu comme d'habitude, en fait !

Difficile de ne pas constater que la majorité de ces relatifs succès sont des suites ou bien... des adaptations d'oeuvres déjà existantes. Il n'est certes pas interdit d'espérer davantage d'originalité en 2026. Mon score arrêté sur cinq découvertes parmi vingt possibles témoigne sans doute d'un léger désamour. Il faudra que j'y remédie...


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LES FILMS FRANÇAIS
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1. God save the Tuche / 3.007.866 entrées (7e au général),

2. Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan / 1.506.984 (18e),

3. Un ours dans le Jura / 1.482.761 (20e),

4. Chien 51 / 1.386.155 (22e),
5. Chasse gardée 2 / 1.113.123 (27e),

6. Kaamelott - Deuxième volet, partie 1 / 1.024.232 (33e),
7. Les Bodin's partent en vrille / 955.816 (34e),
8. Le chant des forêts / 925.022 (35e),
9. La femme la plus riche du monde / 911.889 (36e),
10. La venue de l'avenir / 911.838 (37e),

11. C'était mieux demain / 888.337 (39e),
12. L'attachement / 779.092 (41e),
13. L'étranger / 759.447 (42e),
14. T'as pas changé / 725.725 (43e),
15. Y'a pas de réseau / 705.781 (45e),
 
16. Dossier 137 / 675.417 (46e),
17. Partir un jour / 660.640 (48e),
18. Dracula / 651.174 (49e),
19. Vie privée / 640.876 (50e),
20. Moon le panda / 573.007 (57e).

Mon avis :
Seulement cinq films vus parmi ces vingt: j'aurais pu mieux faire. Point positif: la présence en plus grand nombre de productions originales, strictement conçues pour l'exploitation en salles. Mais seulement trois dans le top 20: on en comptait six en 2023 et 2024...

Je ne connais pas la recette pour faire repartir le cinéma tricolore vers le haut. Un constat: le maintien au sommet de comédies franchouillardes assez peu attirantes à mes yeux... bel euphémisme ! C'est aussi grâce à elles que le septième art (sur)vit dans notre pays. J'aimerais souvent qu'il soit un peu plus ouvert sur le monde alentour.


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Une précision :
Certains films recensés dans ces classements ne sont sortis qu'en fin d'année dernière. Quelques chiffres peuvent donc encore s'accroître...

Mais vous, alors ? Qu'est-ce que vous en pensez ?

Vous jugerez peut-être judicieux d'attendre les données définitives avant de vous prononcer sur ces résultats. Ou urgent de les oublier. En tout cas, les commentaires sont ouverts à vos diverses réflexions !