mercredi 25 mars 2026

En hommage à Claudia

OK... j'ai mis beaucoup trop de temps à reparler de Claudia Cardinale. Depuis sa disparition en septembre dernier, je n'avais pas pris soin d'ajouter à ce blog le moindre texte qui la concerne directement. L'actrice aurait eu 88 ans le 15 avril et mérite qu'on se souvienne d'elle. Cette chronique de "rattrapage" revient sur deux films et quelques liens.

La ragazza ou La jeune fille (La ragazza di Bube)
Film italien de Luigi Comencini / 1964
Un classique ? C'est possible, mais a priori pas le plus connu du cinéma italien - ni même d'ailleurs du monstre sacré qu'était son réalisateur. Malgré tout, j'ai trouvé son histoire des plus intéressantes ! Elle tourne autour du personnage de Mara, une jeune femme d'un petit village toscan. La belle, qui n'en est visiblement jamais sortie, est la fille aînée d'une famille pauvre. Tout commence vers l'été 1944. Le régime fasciste de Benito Mussolini a été renversé. Mara tombe rapidement amoureuse d'un homme qui, résistant communiste, a côtoyé son frère décédé. Problème: ce garçon lui avoue avoir participé à une expédition punitive menée auprès d'un gendarme des environs. Il a du sang sur les mains. Cela peut-il lui être un motif de condamnation dans le nouveau système judiciaire ? Peut-être et en tout cas, l'incertitude plane sur tout le film !

La ragazza
n'est pas qu'une leçon d'histoire ou que le récit d'un procès. C'est d'abord le portrait d'une femme et de sa génération, soumises malgré elles à la grande difficulté de faire valoir leur idéal de bonheur et de liberté dans le contexte de l'après-guerre - a fortiori dans un pays considéré comme l'un des grands vaincus. Captivant, le récit se déroule progressivement sur quelques années (avec d'ailleurs quelques ellipses). Claudia Cardinale est toujours excellente et brille en nous démontrant que Mara, d'abord adolescente presque naïve, devient une jeune femme de son temps, au caractère trempé et indépendante, mais tourmentée par des sentiments parfois contradictoires. Un véritable personnage mélodramatique, en somme. Ce qui lui arrive pourrait vous surprendre. Merveilleusement filmée, la comédienne a aussi de bons partenaires masculins, l'Américain George Chakiris et le Franco-suisse Marc Michel. Un trio tout à fait émouvant... pour un film qui n'est JAMAIS larmoyant !

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En complément...
Cet opus fait par ailleurs l'objet d'une chronique de "L'oeil sur l'écran".

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Meurtre à l'italienne  (Un maledetto imbroglio)
Film italien de Pietro Germi / 1959
Le réalisateur du film s'est attribué le rôle du principal personnage masculin. Au générique de début, vous découvrirez Claudia Cardinale juste après lui, grâce... au simple ordre alphabétique (c'est précisé !). Autant vous le signaler tout de suite: l'actrice n'est pas aussi centrale que j'avais pu l'espérer. Elle joue toutefois une partition déterminante pour le bon déroulé de l'intrigue, incarnant la femme de chambre dévouée d'une grande bourgeoise bientôt assassinée, dans un immeuble du centre de Rome. Le meurtre fait suite à un cambriolage survenu quelques jours plus tôt, dans un autre appartement du même bâtiment. La police, sur les dents, accuse vite la jeune servante et son fiancé d'avoir des choses à se reprocher. On découvre avec elle que l'affaire n'est pas seulement double, mais bien plus complexe qu'un crime crapuleux. Au sein de la petite communauté, les brebis galeuses côtoient des loups de basse moralité, bien cachés derrière leur argent...

Meurtre à l'italienne
m'est apparu aussi, à sa façon, comme un film social, bien ancré dans son cadre urbain. Ce n'est pas que le monde rural soit forcément celui des victimes, non, mais celui des villes dissimule encore quelques privilégiés habités d'un sentiment d'impunité. Intègre, le flic se trouve obligé de fermer les yeux sur des pratiques héritées d'un autre temps, mais il n'accordera aucune seconde chance aux miséreux qui ont choisi la mauvaise façon d'améliorer leur destinée. Je ne peux pas m'empêcher d'y voir un constat - plutôt amer - sur l'Italie des fifties. Et c'est de fait ce qui m'a tout particulièrement intéressé ! D'une durée proche de deux heures, le long-métrage s'avère très mobile et s'inscrit dans des décors variés (ou bien changeants, selon la météo). J'ai trouvé ce noir et blanc "classique" d'une grande beauté, à dire vrai. Je le rapproche de celui de certains films noirs hollywoodiens, arrivés un peu plus tôt dans l'histoire du cinéma. J'imagine que j'y reviendrai. Avant cela, j'insiste volontiers sur le qualité de ce second opus du jour. La richesse du septième art italien de cette époque me semble infinie...

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En complément...
Je vous signale que "L'oeil sur l'écran" est de nouveau au rendez-vous. Même constat pour mes maîtres ès-cinéma italien, Eeguab et Vincent. Encore envie d'un autre avis ? Je vous suggère un détour par chez Strum.

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Je n'en ai assurément pas fini...

Je pense revenir prochainement sur plusieurs autres films de la carrière de Claudia Cardinale. Mais je n'ai pas encore de date précise à donner...

Voici ceux que j'ai déjà chroniqués :

- Le pigeon (Mario Monicelli / 1958),
- Rocco et ses frères (Luchino Visconti / 1960),
- Cartouche (Philippe de Broca / 1962),
- 8 1/2 (Federico Fellini / 1963),
- Le guépard (Luchino Visconti / 1963),
- La panthère rose (Blake Edwards / 1964),
- Les professionnels (Richard Brooks / 1966),
- Il était une fois dans l'Ouest (Sergio Leone / 1968),
- Fitzcarraldo (Werner Herzog / 1982),
- Le ruffian (José Giovanni / 1983),
- Hiver 54 - L'abbé Pierre (Denis Amar / 1989),
- L'artiste et son modèle (Fernando Trueba / 2012).

Et une ultime précision pour aujourd'hui...
Un post de Vincent a réveillé mon envie d'évoquer cette grande dame. Wikipédia pourrait vous le confirmer: il me reste beaucoup à découvrir !

lundi 23 mars 2026

Beyrouth et leur amour

Il y a un bail que je n'avais pas profité d'un film pour tourner mon regard vers le Liban. La dernière fois, c'était en 2023, avec Le dernier piano. Et je ne l'avais fait qu'une fois auparavant, grâce à L'insulte, découvert en 2019, deux ans après sa sortie, chez un copain (qui se reconnaîtra). Je n'avais encore rien vu de libanais sur l'écran XXL d'une salle obscure !

Je me suis finalement "rattrapé" le mois dernier, en répondant à l'envie suscitée par le titre et la découverte de la bande-annonce d'un film récent, Un monde fragile et merveilleux - il se déroule à Beyrouth. Retour d'abord une vingtaine d'années en arrière, quand deux enfants naissent à une minute d'intervalle dans une même maternité de la ville. Ce moment de bonheur possible est en fait une étape très stressante dans la vie de leurs familles, puisque le bâtiment hospitalier en question subit un bombardement juste après leur venue au monde. Avance rapide vers le monde d'aujourd'hui: Nino est devenu restaurateur, Yasmina consultante dans un grand organisme international. Ils se retrouvent tout à fait par hasard... et on découvre qu'enfants, ils étaient ensemble à l'école et amoureux l'un de l'autre, jusqu'à ce que le destin les sépare. Mais voilà qu'avec leurs retrouvailles, les sentiments d'hier reviennent ! Je vais m'en tenir à ces quelques informations rapides sur le scénario. J'ajouterai simplement que vous n'êtes pas au bout de vos surprises. Intense, le film en fait voir de toutes les couleurs. Et c'est un bonheur...

Dans ce récit haletant, rien n'est tout rose ou tout noir. Les sourires sincères sont suivis de moments de très vive tension, quand l'existence bascule vers le drame ou, a minima, traverse des épisodes dramatiques. Souvent emballant, le long-métrage - la première fiction de son auteur - s'avère tout aussi poignant dans plusieurs séquences. Il peut être dur avec ses personnages, mais il m'est en fait apparu d'une grande justesse. Un monde fragile et merveilleux est à l'évidence une ode au Liban. Une déclaration d'amour aussi belle (et tout aussi complexe) que celle qui réunit Yasmina et Nino. Pour les spectateurs confortablement assis que nous sommes, une émotion admirable émane soudain de ce pays tourmenté, meurtri, presque invivable, mais debout après les tempêtes. Né d'un rêve d'enfants, un souffle d'optimisme parcourt tout le récit. Affaibli parfois, il me semble malgré tout qu'il s'impose dans la durée. Je suis, en tout cas, ressorti de mon cinéma avec le sourire aux lèvres. Une précision: il n'est pas nécessaire de connaître les faits historiques pour apprécier la poésie de cet opus. Ouvrir son coeur pourrait suffire...

Un monde fragile et merveilleux
(
جوم الأمل و الألم - Nujum al'amal wal'alam)
Film libanais de Cyril Aris / 2025
Une très belle surprise que ce film arrivé jusqu'à notre chère Europe grâce à plusieurs partenaires et festivals du continent (entre autres). D'après moi, il tient parfaitement ses promesses: un vrai coup de coeur. Cette année, sur la difficulté des sentiments, j'ai aussi évoqué le film québécois Amour apocalypse, qui m'apparaît un peu moins incarné. J'hésitais à citer L'amour ouf - que je n'ai pas vu. Si vous avez un avis...

dimanche 22 mars 2026

L'heure des choix

Dites... il y a un second tour aux élections municipales, chez vous ? Aujourd'hui, une mini-chronique matinale pour en appeler à votre sens civique et, très vite, vous reparler de cinéma, sous la forme d'un rappel.

Je n'ai pas grand-chose à dire, en réalité, mais je tenais à souligner qu'aujourd'hui, demain et mardi, de très nombreuses salles obscures accueillent une toute nouvelle édition du Printemps du cinéma. Résultat: le tarif de base pour une place passe à cinq euros seulement. C'est l'occasion de céder au plaisir (coupable ?) d'un blockbuster calibré pour amasser un maximum d'argent ou, à l'inverse, à la belle curiosité de découvrir un film d'auteur qui vous ferait hésiter en temps ordinaire. Comme dans l'isoloir, chacun est bien évidemment libre de ses choix. Même l'abstention reste toujours possible - mais je vous la déconseille. Sur ces bonnes paroles, je vous dis "à demain" avec mon 2921ème film !

vendredi 20 mars 2026

La grande évasion

Il pourrait dépasser les 218,5 millions d'habitants d'ici la fin de l'année. Septième pays le plus peuplé au monde, le Brésil devrait grimper encore jusqu'en 2045, mais il est d'ores et déjà établi que sa population vieillit. Est-ce ce constat qui a inspiré Les voyages de Tereza, beau film-fable arrivé dans les salles françaises à la mi-février dernier ? Ce n'est pas sûr.

Vous cherchez une certitude dans cette chronique ? Je vais dire aussitôt que j'ai trouvé de nombreuses qualités à ce long-métrage d'Amérique latine - lié aussi à des producteurs mexicains, chiliens et néerlandais. Dans un futur non-daté, donc pas forcément lointain, le gouvernement brésilien a décidé de laisser l'économie entre les mains de la jeunesse. Toute personne âgée de plus de 75 ans doit même quitter son domicile pour rejoindre une "colonie" réservée aux seniors. Cette législation liberticide conduit l'employeur de Tereza, une grand-mère célibataire de 77 ans, à la licencier et à la placer alors sous la tutelle de sa fille. Laquelle s'oppose à sa mère qui, elle, entend plutôt profiter de la vie pour exaucer ses derniers rêves et notamment celui de prendre l'avion. Oui, Les voyages de Tereza nous propose de suivre les pérégrinations d'une septuagénaire déterminée à ne pas obéir aux injections sociales dominantes. À rester ainsi seule maîtresse de ses choix et de son destin.

Si ce n'est le sort qu'on réserve à cette femme, il n'y a rien de violent dans cette dystopie, en tout cas à l'image. L'échappée belle de Tereza nous offre même de somptueuses images du Brésil, qui contrastent fort avec celles d'un parc d'attraction vidé de ses visiteurs, où tout fait toc. Sur le plan formel toujours, j'ai pris plaisir à entendre un mélange harmonieux de sonorités naturelles et de musiques synthétiques, mêlées aussi à quelques chansons en portugais, un peu comme dans un rêve. J'insiste: il y a de la douceur dans ce film, qui est plein de tendresse pour son héroïne, parfaitement incarnée par Denise Weinberg, 69 ans. Les voyages de Tereza est aussi un film de rencontres: on se dit vite que certaines risquent de nuire à la vieille dame, tandis que d'autres pourraient bien lui sauver la mise... et ce n'est pas qu'une expression ! Évidemment, je ne dirai pas ce qui se passe à la fin, mais il me semble que la conclusion qui se présente à nous est sujette à interprétation(s). L'onirisme de certaines scènes préalables entretient un flou intéressant. Un indice: des réponses pourraient venir d'un escargot à la bave bleue...

Les voyages de Tereza
(O último azul)
Film brésilien de Gabriel Mascaro / 2025
J'ai parlé de tendresse: cet opus en a aussi pour plusieurs protagonistes que Tereza croisera sur son chemin. Et oui, il devrait vous en inspirer ! Malgré 2-3 passages moins réussis, j'assume mes quatre étoiles pleines. J'aimerais maintenant voir Soleil vert et Plan 75, deux grands films d'anticipation sur la manière dont on peut (mal)traiter nos anciens. Idem avec L'âge de cristal - où l'espérance de vie est plus que réduite...

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Allez, un dernier regard en arrière...
Après Je suis toujours là et L'agent secret l'an passé, ce que le Brésil nous adresse du côté cinéma m'apparaît franchement enthousiasmant. Vous trouverez d'autres longs-métrages sur ma page "Cinéma du monde".

mercredi 18 mars 2026

Papa, t'es où ?

Le saviez-vous ? En France, disparaître est un droit pour les personnes majeures. Il est aussi possible aux proches de demander une enquête après une disparition inquiétante. Mais celui ou celle que la police retrouverait n'est nullement obligée de revenir ! Cette problématique intéressante est au centre d'un film récent: La fille d'Albino Rodrigue...

Librement inspiré d'une histoire vraie, son très bon scénario s'articule autour du personnage de Rosemay, 16 ans, que l'aide sociale à l'enfance a confiée à un couple, mais qui retourne auprès de sa famille biologique pour les vacances. Or, son père n'est pas venu la chercher à la gare. Rosemay se débrouille pour prendre seule le chemin de la maison familiale et finit par retrouver sa mère, visiblement bien peu aimante. "Ton père a fait une crise cardiaque. Il est à l'hôpital", lui indique-t-elle sans s'en émouvoir. C'est un mensonge que la plus jeune des femmes démasquera vite, mais sans pouvoir revoir ce père désormais absent. Elle croisera cependant son frère aîné, Manuel, tout aussi mystérieux. Je vous laisse découvrir la suite, inattendue. Elle devrait bien convenir aux amateurs d'intrigue resserrée: l'histoire ne dure qu'une petite heure et demie, mais maintient un suspense très appréciable, tout du long. Dans le rôle-titre, Galatéa Bellugi se montre résolue (et convaincante) !

La jeune comédienne n'est pas seule, bien sûr, et c'est le casting complet qui séduit avec - notamment - la regrettée Émilie Dequenne dans le rôle inversé de la mère inconséquente (un bel euphémisme...). Romane Bohringer et Samir Guesmi m'ont plu, eux aussi, en parents d'adoption, quelque part entre affection véritable et pragmatisme éducatif. Côté "révélations" ? Le pas-encore-trentenaire Matthieu Lucci et une petite gamine d'une douzaine d'années, Elsa Hivaert, au coeur tendre. Toutes et tous permettent de façonner un modèle de film hybride, entre enquête policière et étude sociale, le tout dans un cadre discret et évocateur, situé en Lorraine, autour de Metz - NB: la cinéaste visait le Rhône-Alpes et les faits réels ont eu lieu aux environs de Nice. J'ai l'impression que tout cela a été plutôt bien accueilli par la presse spécialisée, sans que le public suive: 15.457 entrées, c'est famélique ! J'espère pour l'équipe une seconde vie en supports numériques et VOD. Oui, ce serait très franchement mérité, toute considération marketing mise à part. Car c'est un échec - et je ne parviens pas à me l'expliquer...

La fille d'Albino Rodrigue
Film français de Christine Dory / 2023
Je tiens à insister: cet opus n'est pas seulement un thriller ordinaire. J'ai arrondi ma note spontanée pour témoigner de mon coup de coeur. Rien que pour le duo d'actrices en photo, cela mérite votre intérêt ! Dernièrement, c'est Un homme en fuite qui m'avait bien embarqué dans son histoire de disparition (d'un autre type, toutefois). Le cinéma français a de la ressource ! Et ailleurs ? Il y a Gone girl, côté américain. 

lundi 16 mars 2026

En toute indolence

D'aucuns la considèrent comme la plus grande réalisatrice américaine contemporaine: à 62 ans, Kelly Reichardt trace en tout cas un sillon singulier dans l'histoire de son pays au cinéma. Un pays en toile de fond de tous ses films, plutôt éloigné à présent de cette terre d'opportunités que le septième art a si souvent sublimée. Un pays ordinaire, en réalité.

Ordinaire, James Blaine "J.B." Mooney l'est aussi. Enfin, pas tout à fait. Je dirais plutôt que, s'il arrive à se distinguer, le principal protagoniste de The mastermind ne le fait pas positivement. Son parcours d'étudiant en art n'a pas abouti à un quelconque emploi et ses compétences supposées en menuiserie ne semblent pas davantage l'inciter à bosser. C'est Terri, sa femme, qui le fait pour quatre: le couple a deux enfants. Et pendant qu'elle est au bureau, J.B. échafaude un énième plan foireux pour voler des tableaux de maître au musée du coin, avec des complices presque aussi largués que lui ! Bon... je vous laisse découvrir la suite. Josh O'Connor, dont j'apprécie la puissance mélancolique, convainc ici dans le rôle ingrat d'un père irresponsable, loser absolu et menteur impénitent, comme un piètre porte-drapeau de l'Amérique déclassée. Un vrai minable, à qui quelques amis tendent la main, mais qui m'a paru trop égocentré pour mériter ce soutien. Coupé de tout. Sans état d'âme.

Dans ce Massachusetts des années 70, des circonstances atténuantes auraient sans doute pu lui être accordées: celle d'un retour chez lui traumatisé, après un engagement au Vietnam, par exemple, ou celles des difficultés qui accablent ceux qui viennent d'un milieu modeste. Mais non... même la mère de ses enfants - admirable Alana Haim ! - reste les bras ballants devant la médiocrité de ce fils de juge dépourvu de toute volonté d'aller de l'avant, incapable d'assumer son rang familial et social. "Je suis content que tu ailles bien", lui dit-elle en substance quand, en cavale, l'olibrius - qu'elle refuse d'accabler de reproches - l'appelle de l'autre bout du pays pour lui demander quelque somme d'argent. The mastermind n'est assurément pas ce cerveau que le titre du film laissait imaginer. Nous passerons pourtant presque deux heures avec ce personnage indolent, deux heures où rien n'accélère jamais. Coutumier chez la réalisatrice, ce rythme peut s'avérer assez déroutant quand on n'y est pas (encore) habitué. Moi, je suis sensible au travail accompli sur l'image, puis au montage. Et à vous d'en juger, désormais...

The mastermind
Film américain de Kelly Reichardt / 2025

Je vous ai davantage parlé du fond que de la forme, mais je dois dire que je ressens la qualité de ce travail sans savoir vraiment l'analyser. J'ai vu un film de contrastes, animé d'ailleurs par une bande-originale jazzy (signée Rob Mazurek) tout à fait efficace. L'errance de J.B. rappelle celle des héros des frères Coen, quant à eux plus attachants. Dans une Amérique qui a perdu son rêve. Et, pire, paraît l'avoir oublié...

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Un mémo, d'autres infos...
Je pense pouvoir vous reparler de Josh O'Connor dans quelque temps. Avant cela, je l'avais trouvé très bon dans La chimère, un film italien. Et Alana Haim ? D'abord musicienne, elle se révéla dans Licorice Pizza !

Vous voulez aller plus loin dans l'analyse ?
N'hésitez pas ! Je vous renvoie chez PrincécranoirStrum et Benjamin. Tous ont démontré un intérêt sincère pour le cinéma de Kelly Reichardt.

samedi 14 mars 2026

L'éveil des sens

Chose promise, chose due: pour finir cette dernière semaine hivernale complète, je vous emmène en Slovénie, un pays jusqu'alors resté loin des radars de Mille et une bobines. À mon programme du jour, un film proposé par Les Fiches du Cinéma: Little trouble girls, lancé à Berlin pour... la Saint-Valentin 2025. Il vient d'arriver dans les salles françaises.

Lucia, l'héroïne de ce premier long d'une jeune réalisatrice, a 16 ans. Discrète et encore très introvertie, elle rejoint la chorale de son lycée. C'est ainsi qu'elle rencontre Ana-Maria, Klara et Uršula, plus âgées qu'elle, mutines et déjà un tantinet plus affirmées dans leur féminité. Coupés des garçons, les filles participent à un stage intensif de chant organisé, oui, dans un couvent ! Le seul homme qu'elles fréquentent assidument est leur maître de choeur, mais elles prennent l'habitude d'observer les ouvriers qui restaurent la bâtisse où elles sont hébergées. La proximité d'une rivière fait naître quelques émotions inavouables. Vous l'aurez compris: les personnages féminins de Little trouble girls sortent petit à petit de l'adolescence et s'ouvrent à un monde nouveau. La caméra capte l'instant avec délicatesse - un female gaze appréciable qui vient contrebalancer les habituelles visions masculines du cinéma. On se dit en outre qu'entre elles, les filles ne se font pas de cadeaux quand il s'agit d'obtenir et surtout de maintenir sa place dans le groupe. Un constat que le public, en France, pourrait sans aucun doute partager.

Little trouble girls
(Kaj ti je deklica)
Film slovène d'Urška Djukić / 2025
Évanescent: c'est peut-être le mot juste pour qualifier ce long-métrage que la critique juge parfois "aérien" ou même "rafraîchissant" (je cite). C'est aussi, d'après moi, l'histoire d'une jeune femme qui se construit. Avec, au final, de la dureté, des rêves et illusions, mais aussi un espoir bien plus durable que dans Virgin suicides. L'adolescence féminine suscite votre curiosité ? Je vous conseille John from, Ava et/ou Luna...

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Pour glisser une anecdote...
La réalisatrice a expliqué à Télérama que le tout premier film tourné par une femme de son pays - Maja Weiss - remonte tout juste à... 2002 !

Et bien sûr, pour saluer mes ami(e)s...
Je vous conseille de passer sur Actu.fr et la page des Fiches du Cinéma.

vendredi 13 mars 2026

Restons positifs !

Bon... je laisse aujourd'hui passer une énième opportunité de revenir sur Vendredi 13, classique du film d'horreur sorti en 1980 et volet inaugural d'une saga de douze longs-métrages. La prochaine occurrence de la date fatidique n'est pas éloignée, en fait: novembre prochain. Nous verrons si la peur daigne de nouveau venir frapper à notre porte...

D'ici là, il est bon de se souvenir que cette même date est considérée comme chanceuse par quelques joueurs de loto et autres superstitieux. Pourquoi diable, dès lors, ne resterions-nous pas positifs ? Il est clair que le cinéma s'y prête bien, même si le bonheur que nous pouvons espérer aujourd'hui et ce week-end n'est pas au coeur de tous les films. Je reconnais d'ailleurs bien volontiers qu'il n'est pas le premier moteur de ceux dont je vous ai parlé récemment - ni de ceux qui arrivent. Résultat: une prochaine fois, il faudrait que je vous propose une liste des raisons pour lesquelles le septième art peut nourrir notre gaieté. Vous en avez déjà une sous le coude ? N'hésitez donc pas à la publier ! Évidemment, les films eux-mêmes sont de bons motifs d'enthousiasme. Demain midi, je reviens en présenter un venu d'un pays encore inédit...

mardi 10 mars 2026

La gamine et le dictateur

"J'ai eu des retours tout à fait positifs. Il y a beaucoup d'enthousiasme autour du film. Le public irakien a été très ému. C'est la première fois que cette époque est traitée au cinéma". Je suis quant à moi heureux d'avoir eu la chance de découvrir Le gâteau du président, lauréat 2025 de la Caméra d'or. D'où ma décision... de citer son auteur en préambule.

Hasan Hadi a grandi dans le Sud de l'Irak et connu l'effroyable guerre menée par les États-Unis, pour soi-disant empêcher le régime baasiste d'utiliser des armes de destruction massive contre ses voisins (ou pire). Coécrit avec l'Américain Eric Roth, son scénario revient sur une période antérieure: le milieu des années 90. L'Irak est alors placé sous embargo et nombre de ses habitants ne peuvent même pas manger à leur faim. Dans ce contexte, la régime dictatorial de l'abominable Saddam Hussein perdure et, à l'approche de l'anniversaire du raïs, une pseudo-tradition veut que des enfants préalablement tirés au sort dans les écoles préparent toutes sortes de délices - dont des notables se régaleront. C'est ainsi que la petite Lamia, 9 ans, part à la recherche d'ingrédients auxquels, évidemment, elle n'a presque jamais accès en temps habituel. Une quête absurde qu'elle entame aux côtés de sa grand-mère adorée qui, quant à elle, voudrait avant tout confier l'enfant à une famille d'accueil. Admirable, Le gâteau du président traite ce sujet sensible sans jamais céder au misérabilisme. Il témoigne d'une belle sensibilité...

Face aux difficultés de Lamia, les adultes se montrent peu aimables pour la plupart, sans pitié, manipulateurs, voire carrément hostiles. Heureusement, la gamine pourra compter un temps sur la solidarité malicieuse de Saeed, l'un de ses camarades de classe, chargé lui aussi d'apporter quelques menues victuailles à la simili-fête présidentielle. Sans plus attendre, je veux saluer l'incroyable prestation d'acteur livrée par les deux gosses, Baneen Ahmad Nayyef et Sajad Mohamad Qasem. Aucun doute là-dessus: ils comptent pour beaucoup dans le "miracle" que constitue le film, bel et bien tourné en Irak, pour son réalisateur. Bonus: ils nous offrent un voyage dans leur pays, largement méconnu. Cela restera à mes yeux une grande découverte: je pensais débarquer dans une ville extrêmement dense, mais j'ai découvert une communauté installée dans de simples huttes, au bord d'un large fleuve (l'Euphrate) sur lequel chacun, quel que soit son âge, navigue à bord d'embarcations rudimentaires, à rames. Le gâteau du président m'a ouvert les yeux. C'est un film qui mérite amplement d'être vu par le public le plus large !

Le gâteau du président
(مملكة القصب - Mamlaket al-qasab)
Film irakien de Hasan Hadi / 2025
Plus qu'un coup de coeur, un long-métrage précieux, au rythme relativement lent, c'est vrai, mais que je crois tout à fait mémorable. Croyez-moi: cela vaut largement cette note de quatre étoiles pleines. J'ai une fois de plus repensé à Wadjda ou encore à d'autres enfants piégés dans leur propre pays (Osama, Nezouh et d'autres, sûrement). L'idée n'est pas de pleurer, mais de faire un premier pas. Vers les autres.

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Et si vous voulez le faire en bonne compagnie...

Un simple clic vous permettra de lire aussi les avis de Pascale et Dasola. Je vous suggère de lire également celui de notre bon ami Princécranoir.

lundi 9 mars 2026

Au nom de la loi

Il trafiquait massivement des armes et de la drogue, avait la main aussi sur des réseaux de prostitution... peu après la Seconde Guerre mondiale, un dénommé Meyer Harris "Mickey" Cohen (1913-1976) entendait régner sur Los Angeles comme empereur des jeux clandestins. Le film Gangster squad nous parle des flics qui ont cherché à le coincer.

Comme beaucoup d'autres, ce long-métrage ose réécrire l'histoire réelle pour nous proposer un divertissement particulièrement spectaculaire. Autre parti pris évident: celui d'un casting de prestige, avec Sean Penn dans le rôle du méchant et, dans le camp du bien, des têtes d'affiche réputées telles que John Brolin, Emma Stone, Ryan Gosling, Nick Nolte ou encore Giovanni Ribisi (et j'oublie sûrement quelques "sommités"). Interrompu après une fusillade dans le Colorado, le tournage du film n'est ensuite reparti qu'après que le scénario a été expurgé d'une scène particulièrement violente - sans totalement renoncer à cet aspect graphique. Gangster squad livre la marchandise, mais reste sagement dans l'univers balisé du cinéma US de genre. Après mes explications d'hier, c'est clair: il est loin de respecter les critères du test de Bechdel. Bon... j'imagine que ce n'était pas l'objectif du réalisateur, à vrai dire. Et cela reste regardable, entre deux programmes un peu plus exigeants.

Gangster squad
Film américain de Ruben Fleischer (2013)

Je conclus sur cette note assez sévère, témoin de mon désintérêt croissant pour ce genre de "produits cinématographiques" ordinaires. Apparemment, il n'a d'ailleurs pas franchement affolé le box-office ! Dans ce type d'histoire, ma référence reste Les incorruptibles, un film à succès apprécié lors de ma pré-adolescence (Brian de Palma / 1987). Sur le blog, vous avez Des hommes sans loi et c'est du même tonneau...