Vous étiez là vendredi dernier, quand je vous ai promis une surprise pour aujourd'hui ? Et samedi, quand je vous ai annoncé mon intention de revenir sur La foule, le superbe film que je venais de chroniquer ? Voici le fin mot de cette histoire: je l'ai vu dans le cadre du Tympan dans l'oeil - un très chouette festival isérois, dédié aux ciné-concerts.
C'est ainsi que j'ai eu le plaisir de rencontrer celui qui s'était emparé de l'oeuvre de King Vidor pour l'accompagner d'une partition musicale originale et inédite: le vibraphoniste (et compositeur) Illya Amar. Généreux, il a bien voulu répondre à quelques-unes de mes questions aussitôt après sa performance live. Que dire ? Bravo et encore merci !
Illya, musicien, comment êtes-vous venu au ciné-concert ?
C'est d'abord un aspect de mon instrument qui m'est apparu. À cheval entre la batterie et le piano, je le trouvais au bon endroit pour accompagner du cinéma burlesque - j'ai commencé avec des Charlot ou des Buster Keaton. Entre le piano accompagnateur traditionnel et une musique un peu plus contemporaine, nourrie d'expériences jazz. En 2009, j'ai fait un concours de ciné-concerts en Italie, à Turin, Strade del Cinema. J'ai beaucoup travaillé et terminé Premier prix ex-aequo. Cela m'a pris pas mal de temps, donc, et mené assez loin. Et je me suis dit: "Maintenant, on peut y aller"...
C'est ce sur quoi vous travaillez exclusivement, à présent ?
Non, pas du tout. C'est actuellement mon travail le plus personnel, mais je fais aussi du jazz dans une grande formation, l'Orchestre national de jazz (ONJ), ce qui me prend pas mal de temps également. J'ai d'autres projets. Je fais par ailleurs du classique: de la musique de chambre, mais toujours au vibraphone.
C'est ainsi que j'ai eu le plaisir de rencontrer celui qui s'était emparé de l'oeuvre de King Vidor pour l'accompagner d'une partition musicale originale et inédite: le vibraphoniste (et compositeur) Illya Amar. Généreux, il a bien voulu répondre à quelques-unes de mes questions aussitôt après sa performance live. Que dire ? Bravo et encore merci !
Illya, musicien, comment êtes-vous venu au ciné-concert ?
C'est d'abord un aspect de mon instrument qui m'est apparu. À cheval entre la batterie et le piano, je le trouvais au bon endroit pour accompagner du cinéma burlesque - j'ai commencé avec des Charlot ou des Buster Keaton. Entre le piano accompagnateur traditionnel et une musique un peu plus contemporaine, nourrie d'expériences jazz. En 2009, j'ai fait un concours de ciné-concerts en Italie, à Turin, Strade del Cinema. J'ai beaucoup travaillé et terminé Premier prix ex-aequo. Cela m'a pris pas mal de temps, donc, et mené assez loin. Et je me suis dit: "Maintenant, on peut y aller"...
C'est ce sur quoi vous travaillez exclusivement, à présent ?
Non, pas du tout. C'est actuellement mon travail le plus personnel, mais je fais aussi du jazz dans une grande formation, l'Orchestre national de jazz (ONJ), ce qui me prend pas mal de temps également. J'ai d'autres projets. Je fais par ailleurs du classique: de la musique de chambre, mais toujours au vibraphone.
Pourquoi avoir choisi de travailler sur La foule ? Et King Vidor ?
Un peu par hasard. J'ai pensé qu'il fallait faire un nouveau ciné-concert après les Chaplin. Je ne voulais pas forcément faire un drame, mais j'avais envie d'un film expressionniste, avec une beauté plastique et des visages maquillés empreints d'expressions nombreuses. Les grands plans aériens m'ont nourri d'abstractions. J'en ai besoin ! J'ai donc regardé plein de films et celui-là m'a tapé dans l'oeil.
Vous connaissiez déjà d'autres films de King Vidor auparavant ?
Non. J'en ai regardé après !
Personnellement, je l'envisageais plutôt comme un magnat hollywoodien, sur la base de quelques films "tardifs". Celui-là offre un regard jeune, peut-être un peu inédit...
Oui. Il est sorti en 1928: c'est donc l'un des derniers grands films muets. Il y a quinze jours, j'ai été invité par la Cinetek, une plateforme de VOD historiques, qui fêtait ses dix ans. Ils avaient convié Michel Hazanavicus, qui a réalisé le film muet The artist. Lui voulait projeter La foule en ciné-concert. Je me suis donc retrouvé dans l'affaire et j'ai beaucoup travaillé en amont de l'événement ! Pour présenter le concert, Michel a dit que, d'après lui, il avait manqué cinq ans au muet pour arriver à une apogée technique. Visuelle et expressive. Onirique. Il aurait eu envie que cela continue. Mais cela a été un peu tué par le parlant qui, au début, et bien sûr parce qu'il avait besoin de la voix, était un peu du théâtre au cinéma.
Chaplin, dont vous parliez, a tout de même continué le muet...
Oui, et plein d'autres aussi. Il y a un petit essoufflement visuel quelques années, le temps que le parlant prenne sa place. Cela est revenu ensuite. On aurait bien aimé que King Vidor continue un peu sur sa lancée. La foule, c'est fantastique, techniquement parlant.
Et vous ? Quel est votre rapport personnel avec le cinéma muet ? Vous l'appréciez particulièrement ?
Je l'aimais comme cinéphile, mais je l'ai vraiment découvert par le travail. Le concours dont je parlais m'a plongé dedans. J'ai ensuite porté un regard différent sur les coupes, les montages, le rythme. Les blocs narratifs, en fait. Je me demandais comment me placer face à un film muet, en tant que musicien. Je prends une place énorme: il n'y a que moi qui fais du bruit ! Il fallait donc que je demande comment construire ces fameux blocs narratifs pour me placer devant ou derrière la tension à l'écran. Il y a toujours un jeu avec les images pour ne jamais prendre la tête aux gens ou prendre le dessus sur la narration. Et, dans le même temps, laisser aux spectateurs le choix de tourner la tête vers moi pour voir ce que je suis en train de faire.
Comment procède-t-on ?
C'est ce qui est intéressant, justement ! Dans ce que j'ai fait, on trouve beaucoup de blocs écrits et beaucoup d'improvisation, aussi. Il arrive toujours un moment où je me dis que je vais me mettre en retrait et jouer alors un truc entre guillemets "moins intéressant". C'est-à-dire qui va moins prendre l'attention ou qui meublera, un peu. Et à d'autres moments, à l'inverse, il faut aller devant ou m'arrêter totalement, pour ne pas gâcher les scènes d'humour, par exemple. Tout cela est vraiment propre au cinéma muet.
Malgré tout, on parle bien d'un vrai travail de composition ! Certaines oeuvres du muet avaient déjà une musique originale. Vous, vous en avez créé une, spécialement pour ce film...
Comme pour un spectacle ou pour tous les ciné-concerts qui se font actuellement. Au cours du festival, on a vu un teaser avec plein de projets qui ont l'air super ! On dirait vraiment qu'il y a une musique pleine, transversale, qui écrit des lignes. Je n'ai pas trop vu de choses dans la grande tradition du piano accompagnateur, au premier degré, en face des images et souvent joué en solo - vu qu'à plusieurs, on ne peut pas être aussi réactifs. Or, mon travail, c'est justement de me placer soit en simple pianiste accompagnateur, soit en artiste contemporain qui crée son propre truc...
À ce sujet, pouvez-vous me dire quelle sera la suite, pour vous ? D'autres ciné-concerts ? Avec des films parlants, peut-être ?
Je ne sais pas. Pour l'instant, j'aimerais que celui-là tourne un peu. Cela fait un an que je suis là-dedans ! Je suis même parti à New York pour ressentir la ville et écrire. La foule, c'est quand même un film qui en parle, un peu à la Zola, comme d'une ville qui grouille, une sorte de "bête humaine". J'aimerais aussi rencontrer des producteurs. J'ai enregistré un DVD qui sortira aux États-Unis. Maintenant, à voir si je fais d'autres rencontres qui débouchent sur des commandes...
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Quelques liens pour finir...
► celui du site d'Illya Amar (déjà mentionné plus haut),
► celui de la page dédiée à Illya sur le site du Tympan dans l'oeil,
► celui d'une asso liée au Musée de Grenoble, où il jouera en avril.


















