mardi 30 juin 2020

Le fils idéal

Ai-je vu trop de westerns ? Je n'ai rien trouvé de vraiment étonnant dans L'homme de la plaine, le cinquième et dernier opus du genre tourné par le grand James Stewart sous la direction d'Anthony Mann. Bon... on peut se dire que la quintessence du cinéma américain classique est révélée dans ce type de récits. Ce n'est pas déplaisant...

Will Lockhart convoie des marchandises entre Laramie et Coronado. L'expédition se déroule sans encombre, alors même que l'on prétend que les Apaches représentent une véritable menace dans la région. Lockhart en sait quelque chose, lui qui a vu son jeune frère tomber sous les balles d'Indiens armés de bons fusils, vendus par les Blancs. C'est d'ailleurs peut-être également pour tirer cette histoire au clair qu'il reste un peu en ville, même si le fils du maire local l'attaque sauvagement et lui ordonne de partir. Sans nullement faire offense aux protagonistes de ce film, je connu des scénarios plus originaux ! Anthony Mann disait avoir eu affaire à un producteur un peu frileux...

Entendons-nous bien: L'homme de la plaine reste un film honnête. L'absence de surprise ne m'a pas empêché d'apprécier cette virée dans le Grand Ouest, ainsi que j'avais déjà pu en faire tant de fois auparavant. On ne peut pas dire que James Stewart avait fait le tour de la question, puisqu'il tourna d'autres westerns par la suite - et pas les moindres de sa très riche filmographie. Alors ? C'est donc l'aspect ultra-traditionnel de la chose qui m'aura laissé une petite impression de frustration. Je vais tâcher d'en retenir le meilleur: ce triple lien entre un vieux père, son fils réel, son fils fantasmé et son fils idéal. Dans la distribution, Donald Crisp, Alex Nicol et Arthur Kennedy trouvent ici de beaux rôles pathétiques, finalement assez touchants. Je n'en dirais pas autant de Cathy O'Donnell, un premier rôle féminin en retrait, heureusement sauvé par celui d'Aline MacMahon, parfaite dans le costume de la femme propriétaire à qui on ne la raconte pas. Est-ce à cela que la vie ressemblait, au Far West ? Ce n'est pas sûr. Mais, après guerre, Hollywood a produit moult fantaisies de ce type...

L'homme de la plaine
Film américain d'Anthony Mann (1955)

Je suis un peu sévère avec ma note en demi-teinte: ce western "ordinaire" m'a plu, mais je n'en ferai pas un absolu incontournable. Cela dit, je verrai certainement tôt ou tard les autres longs-métrages du tandem Mann / Stewart (rappel: j'ai déjà évoqué Les affameurs). Au rayon des grandes références, je continue de citer La poursuite infernale ou La prisonnière du désert. Mais il y en a plein d'autres...

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En attendant que je revienne chevaucher...
Je vous suggère d'arpenter les grands espaces avec "L'oeil sur l'écran".

lundi 29 juin 2020

Hayao

Il y a du soleil, chez vous, aujourd'hui ? C'est ce que je vous souhaite. L'été a commencé et, ce lundi midi, j'espère également que chacun peut profiter des grands plaisirs que peut procurer la vie en plein air. Mais je tiens quand même à évoquer le cinéma: ma petite chronique s'intéresse au grand maître de l'animation japonaise, Hayao Miyazaki.

Une fois n'est pas coutume: je voulais vous conseiller la découverte d'un documentaire télé. Son titre ? 10 years with Hayao Miyazaki. D'un clic, mon lien vous conduira droit sur une page de la chaîne publique japonaise NHK, où vous pourrez trouver les quatre épisodes d'un reportage longue durée, en immersion dans les studios Ghibli. Tout commence en fait pendant la production de Ponyo sur la falaise et s'achève peu après les premières projections de Le vent se lève. Le portrait d'un artiste exigeant (avec les autres et avec lui-même), tourmenté et pas toujours sympa, mais aussi très généreux parfois. Gare aux spoilers ! Ces 4 x 49 minutes sont gratuites et disponibles jusqu'en 2026: un vrai bon plan. Elles m'ont donné envie de revenir vers celui qui, à 79 ans, a repris le travail en vue d'un douzième long !

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Et pour les prochains jours, me direz-vous ?

J'ai plusieurs films à vous présenter au cours de la semaine à venir. Est-ce qu'il y en aurait un japonais, dans le lot ? Je n'ai rien tranché...

samedi 27 juin 2020

Possédée ?

Les innocents... François Truffaut le citait comme "le meilleur film anglais depuis qu'Hitchcock est parti aux États-Unis". Je réserverai mon jugement, mais il est certain que j'ai pris beaucoup de plaisir devant cette belle histoire de fantômes. J'y ai retrouvé Deborah Kerr pour la seconde fois en douze jours, avec, là encore, joie et bonheur !

Londres, fin du 19ème siècle. Miss Giddens obtient un premier poste de gouvernante pour s'occuper de Flora et Miles, deux jeunes enfants orphelins que leur oncle, un riche célibataire, avait jusqu'alors confiés aux bons soins de leur vieille nourrice, la souriante Madame Grose. Les deux femmes sont ravies de se rencontrer et sont vite d'accord sur l'idée de donner à leurs protégés une éducation tout aussi stricte que bienveillante. Seulement voilà: en plus de quelques domestiques attachés au domaine, le vieux manoir qui héberge ce petit monde semble également cacher des secrets et peut-être abriter des âmes perdues. Les innocents le sont-ils vraiment ? Rien n'est moins sûr. Porté par une mise en scène de grande qualité, le film a eu tôt fait d'envoûter l'amateur de frissons que je suis, en brouillant les repères qui permettent de distinguer l'illusion de la réalité. Il faut dire aussi que la caméra ne lâche pas l'héroïne d'une semelle, d'où un sentiment de malaise d'autant plus fort que l'ambiguïté paraît s'insinuer partout dans la maison. J'en suis ainsi venu à douter de ce que je percevais...

À ce stade, une précision: je n'ai pas lu Le tour d'écrou, la nouvelle d'Henry James - publiée en 1898 - dont le film est une adaptation. Anecdote amusante: le hasard a voulu que j'ai failli m'offrir le livre juste avant de découvrir cette histoire grâce à la chaîne TCM Cinéma. Partie remise, sans doute, et en attendant, commencer par l'image avant d'apprécier les mots n'aura jamais été frustrant: le noir et blanc du long-métrage est absolument splendide et la réalisation d'ensemble très inspirée. Je tiens à souligner que Les innocents ne joue pas qu'avec nos peurs, mais s'attaque aussi, mezza voce, à des tabous. De fait, la tension qui parcourt le récit a quelque chose... de sexuel. Pour une production du tout début des années 60, c'est audacieux ! Une hardiesse qui a été couronnée de succès, le prix Edgar-Allan-Poe venant notamment souligner les indéniables qualités d'un scénario écrit (entre autres) par l'écrivain américain Truman Capote, alors âgé de 37 ans. Tout cela n'a rien perdu de son pouvoir d’ensorcellement ! Je peux imaginer qu'il serait encore plus fort dans une salle obscure...

Les innocents
Film britannique de Jack Clayton (1961)

Un bon moment: cela confirme tout le bien que je pense du cinéma ancien. Les cinéphiles les plus curieux de ce genre de films noteront que l'acteur qui incarne le petit garçon - Martin Stephens, 11 ans - avait affiché quelques prédispositions dans Le village des damnés. J'ajoute que cet opus m'a donné envie de revoir Les autres, le modèle de stress qu'Alejandro Amenábar a offert à Nicole Kidman. À suivre...

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Et pour finir, plusieurs liens à vous suggérer...
Pascale et Dasola évoquent le film, mais n'en parlent pas en détails. Des images sont à voir chez Ideyvonne, tandis que "L'oeil sur l'écran" propose une chronique en bonne et due forme. Bref, plus qu'à choisir !

jeudi 25 juin 2020

Une vie allemande

L'Allemagne est peut-être bien le premier pays étranger où je suis allé sans mes parents. J'ai un vague et bon souvenir des familles d'accueil qui m'y ont reçu, à peu près à l'époque de la chute du Mur de Berlin. Quelque chose de mon intérêt adolescent pour nos "grands voisins" subsiste encore, une petite trentaine d'années plus tard. Nostalgies...

Depuis 2015 et ses dix longs-métrages, le nombre de films allemands que je veux regarder déclinait régulièrement: j'ai inversé la tendance récemment en découvrant L'oeuvre sans auteur, un diptyque filmé inspiré de la vie du peintre Gerhard Richter (né à Dresde en 1932). Autant le mentionner tout de suite: l'artiste a participé à l'élaboration des films, mais il les a ensuite désavoués. Il faut dès lors prendre avec circonspection ce qui peut être vu comme "une histoire vraie". J'ai noté par ailleurs que cette expression n'apparaît jamais à l'image et que le héros s'est même vu attribuer un autre nom: Kurt Barnert. Nous le rencontrons alors qu'il est un petit garçon, en pleine visite d'une exposition de ce que les nazis ont appelé "l'art dégénéré". L'innocent bambin est accompagné par sa tante, qu'un zélé médecin enverra bientôt à l'hôpital soigner une prétendue pathologie mentale. Et l'on sait ce que Hitler et ses sbires ont finalement fait des "fous"...

Sous tension (presque) permanente, L'oeuvre sans auteur va suivre le chemin de Kurt Barnert, de 1937 au milieu des années 60, environ. C'est bien entendu l'occasion de réaliser un tableau intime de l'histoire de l'Allemagne, à partir du portrait d'un homme que seul l'amour sauvera peut-être. Il y a cependant plusieurs autres personnages positifs et lumineux dans cette belle fresque, à commencer par celui d'Elisabeth Seeband, l'amie et bientôt la femme du protagoniste principal. Elle sera également... sa muse: à ses côtés, Kurt Barnert fera ainsi éclore son incroyable talent d'artiste peintre ! Une qualité qu'il développera tout au long de ces décennies des plus tourmentées et sans aucun doute cruciales pour l'avenir de l'Europe toute entière. J'aime quand le cinéma regarde ainsi vers le passé à travers le prisme d'une personnalité unique, à laquelle le spectateur peut s'identifier. Ici, maîtriser l'histoire allemande n'est pas forcément indispensable...

On se souviendra juste qu'après la guerre, une partie des Allemands est tombée sous le joug d'un autre régime totalitaire: celui installé par le "grand frère" soviétique. Je rappelle simplement aux oublieux que deux Allemagne coexistèrent entre 1949 et 1990, avec un rideau de fer (et bien des valeurs politico-économiques) censés les séparer de 1961 à 1989. À partir d'un destin individuel, L'oeuvre sans auteur témoigne aussi du déchirement d'un peuple, tel que je l'ai appréhendé plus tard, en écoutant par exemple le père d'un copain m'expliquer qu'il n'avait pas pu voir sa soeur pendant dix-huit longues années ! C'est sans jamais sombrer dans le pathos que mes films d'aujourd'hui traitent ces sujets sensibles et celui, inévitable, de la dénazification. Je ne vais pas vous en dire plus, mais un personnage sombre s'impose dans ce récit sans complaisance: la terrible figure d'un vrai salaud, odieusement passé "entre les gouttes" ! Il est certain qu'il y en a eu...

Pourquoi diable avoir découpé tout cela en deux parties ? Je l'ignore. J'ai certes joué le jeu et pris deux soirées pour visionner l'ensemble du programme, mais j'aurais aussi bien pu enchaîner ces deux blocs de (bon) cinéma sans difficulté particulière. Une chose étonnante pour qui n'en a pas l'habitude: le premier film démarre sans générique et ce n'est donc qu'à la fin que le titre apparaît pour la première fois. Les crédits intermédiaires s'affichent alors... sans aucune musique. J'enfonce le clou: voir L'oeuvre sans auteur dans sa globalité et donc sans faire de pause au milieu est bien possible, sinon souhaitable. Oui, à vrai dire, ces trois heures et quelques minutes passent vite ! Les acteurs sont tous très bons: le duo Tom Schilling / Paula Beer incarne idéalement le jeune couple amoureux, quand Sebastian Koch se montre très convaincant en ordure intégrale. Résultat: du cinéma populaire (au sens noble du terme). Et je n'en attendais rien d'autre...

L'oeuvre sans auteur (première et seconde parties)
Films allemands de Florian Henckel von Donnersmarck (2018)

Avec en prime une très belle bande originale, voilà du bon travail ! Bon... cette rétrospective n'a tout de même pas l'ampleur d'un 1900. Elle s'inscrit toutefois, à ce que j'ai pu lire, dans un certain renouveau du cinéma allemand, comme La vie des autres, du même réalisateur. Le labyrinthe du silence et La révolution silencieuse ? Des plans B. Je vous avoue que j'ai toujours un gros faible pour Good bye Lenin...

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Vous aimeriez un autre avis sur mon film du jour ?
Il est facile d'en trouver: j'en ai notamment lu chez Pascale et Dasola.

mardi 23 juin 2020

Quelque chose à prouver

Ils ne savaient pas que c'était impossible et donc... ils l'ont fait ! Peut-être l'avez-vous remarqué: de temps à autre, j'aime le cinéma qui donne à voir des personnages embarqués dans une démarche personnelle qui semble folle pour... le "commun des mortels", disons. C'est une bonne façon pour moi de chasser la fatigue ou la morosité...

Avril 1947. Après des années de recherche en Polynésie, l'ethnographe norvégien Thor Heyerdahl est persuadé d'avoir fait une découverte importante: d'après sa théorie, une partie de ces îles du Pacifique sud ont été naguère colonisées par des peuples arrivés du continent américain. À l'époque, la communauté scientifique dans son ensemble croit plutôt en l'unique hypothèse de bons navigateurs venus d'Asie. Déterminé à prouver ses dires, Heyerdahl se décide alors à établir qu'il a raison... en reproduisant ce qu'il croit être la grande expédition des peuplades primitives. En gros, il construit un radeau à la manière des ingénieurs précolombiens et, avec cinq compagnons d'aventure aussi dingues que lui, quitte le Pérou à destination des archipels lointains (5.000 milles marins). Avec un peu de chance, vous pourrez peut-être découvrir la suite en voyant Kon-Tiki, le film dont le titre reprend le nom du très frêle esquif que les six aventuriers ont utilisé !

Autant vous le dire sans plus attendre: ce film n'est pas parfait. Coproduction internationale (Norvège/Suède/Royaume-Uni), il pâtit parfois d'une imagerie un peu kitsch, certaines des scènes du début ayant visiblement été tournées en studio - ici, je repense notamment à une séquence avec vue sur les toits d'une grande métropole urbaine. Heureusement, dès que l'on met le cap vers l'horizon, Kon-Tiki gagne en intensité émotionnelle. J'en parlerais volontiers comme d'un film d'aventures "à l'ancienne", sans la moindre connotation péjorative. Certains effets spéciaux manquent d'ampleur ? Oui, mais qu'importe. Personnellement, je me suis dès lors concentré sur l'aventure humaine et, oui, je l'ai trouvée belle. Au-delà même de toute sa dimension scientifique, cette vraie confrontation avec la nature a de la valeur dans un monde désormais sensible aux questions environnementales et écologiques. Disons donc qu'elle remet l'homme à sa (juste) place ! Les acteurs, eux, m'ont fait une assez bonne impression d'ensemble. Ce film n'est jamais sorti dans les salles de France. Un peu désolant...

Kon-Tiki
Film norvégien de Joachim Ronning et Espen Sandberg (2012)

Bon... pas vraiment du grand spectacle, mais du cinéma à hauteur d'homme.  La grande aventure m'a rappelé celle de The lost city of Z. Sans le côté scientifique, je conseille d'autres films comme Tracks ou, bien plus sombres, Gabriel et la montagne et Into the wild. L'odyssée de Pi est à considérer pour une drôle d'escapade en mer ! Et Pirates des Caraïbes 5 du duo Ronning / Sandberg ? Mouais, bof...

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Une petite anecdote pour finir...
Ce long-métrage était nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, 61 ans après que Thor Heyerdahl a reçu une statuette dorée pour son propre film documentaire (L'expédition du Kon-Tiki).

lundi 22 juin 2020

Enfin !

Quelle autre image que celle d'un Omar Sy euphorique pour symboliser l'événement de ce jour: la réouverture tant attendue des cinémas ? Cette chronique matinale témoigne en tout cas de mon grand plaisir de pouvoir à nouveau vivre ma cinéphilie ailleurs que sur petit écran. En ce début de semaine, je suis ravi de retrouver les salles obscures !

Ce ne sera sans doute pas dès aujourd'hui: je ne suis pas en congés. Du coup, je planifie AU MOINS une séance "de reprise" ce week-end. Le film ? Je ne l'ai pas encore choisi au moment où j'écris ces lignes. J'imagine d'ailleurs que ce sera aussi vraiment agréable de replonger dans la liste complète des programmations des cinémas de ma ville. Confinement oblige, certains opus sortis en mars n'ont eu qu'une vie très courte: il sera peut-être possible d'en rattraper quelques-uns. D'autres, attendus au cours de ce drôle de printemps, ont eté décalés et ne viendront qu'après l'été. J'aimerais aussi voir certains classiques ressortir des placards pour enrichir l'offre ! Et faire feu de tout bois...

Que nous réserve l'avenir proche ? Bien des satisfactions, j'espère. Ami(e)s cinéphiles, nous verrons: je crois que c'est le cas de le dire. Le septième art vit des heures difficiles, mais je m'efforce de rester optimiste et je compte recommencer à m'intéresser à son actualité. Si tout s'était déroulé normalement, nous aurions eu droit à une Fête du cinéma à partir de dimanche. Je doute fort que les tarifs réduits généralisés soient d'actualité prochainement, mais je n'ai pas d'info particulière sur ce point. Fin mai, je lisais qu'en retirant les films reportés et ceux partis vers les plateformes, 60% des longs-métrages prévus pendant le confinement n'ont pas encore pu être exploités. Malgré le risque évident d'un "embouteillage", cela laisse une marge significative pour croire à un bel été, unique en son genre. À l'affût des bons plans, Mille et une bobines fait durer le plaisir: les vacances attendront. La prochaine chronique est déjà écrite pour demain midi !

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Et vous ? Vous le vivez comment, ce moment ?

Je n'ai qu'un mot à ajouter: toutes vos observations sur la situation actuelle et vos suggestions de films sont évidemment les bienvenues.

vendredi 19 juin 2020

Avant Rome...

Triomphante ou décadente, respectée dans son intégrité historique ou trahie pour les besoins du spectacle, la Rome antique a inspiré d'innombrables films, et ce dès les débuts du cinéma. On se souvient notamment qu'au cours des années 50-60, les studios hollywoodiens produisirent des péplums à la chaîne. Des bons, certes. Et d'autres...

Rares sont ceux - hormis Sergio Corbucci, paraît-il - à s'être penchés sur le mythe originel de la grande cité latine: celui des jumeaux Romulus et Remus, élevés par une louve et que les Dieux ont guidés vers un conflit fratricide pour régler la question du chef véritable. Dans l'étonnant Romulus et Remus - Le premier roi, le cinéaste italien revient sur cette fameuse légende fondatrice. Je vous rappelle que les faits sont censés se dérouler... en 753 avant Jésus Christ ! Oubliez le côté tape-à-l'oeil d'autres films du genre: le long-métrage évoqué aujourd'hui montre un monde encore sauvage, où les hommes et femmes sont très souvent couverts de boue ou de sang. Crédible...

Sorti en Italie au début de l'année dernière, le film y est apparu comme une vraie curiosité au coeur d'une production nationale anémique. Grâce aussi à des producteurs belges, il a pu bénéficier d'un budget de 9 millions d'euros. Il s'avère plutôt intéressant de voir les protagonistes comme de simples éleveurs de moutons, dévastés par une soudaine montée des eaux du Tibre et devenus les esclaves d'une tribu voisine. C'est un peu après cet instant que le scénario dévoile une partie de ses intentions, à l'occasion d'une violente scène d'évasion. On en verra d'autres: je précise que Romulus et Remus... est déconseillé aux moins de seize ans ! Ces très âpres phases d'action sont malheureusement peu lisibles, car la caméra bouge presque constamment. Quand elle se pose enfin, on a le temps d'apprécier le soin apporté aux décors et costumes: un bon point. Autre idée notable: celle des dialogues en proto-latin, avec des mots proches de ceux que certain(e)s d'entre vous ont pu étudier en lettres classiques, au lycée ou à l'université. C'est un atout pour l'immersion !

Romulus et Remus - Le premier roi
Film (belgo-)italien de Matteo Rovere (2019)
Ouais... j'aurais aimé mieux aimer cette drôle de production. Le côté "crasseux" m'est apparu bien justifié et le choix d'une langue morte assez audacieux pour lui donner une note un peu plus que correcte. Maintenant, l'histoire n'est pas haletante et les nombreux passages nocturnes difficiles à suivre. Sur grand écran, ça devait être mieux ! Moins basique que Centurion et moins grandiloquent que Gladiator...

mercredi 17 juin 2020

Un autre enfant gâté

Je ne m'attendais pas à trouver un point commun entre le film présenté lundi et celui que j'évoquerai aujourd'hui: tout est déjà dit dans mon titre. Tout ? Non ! Je vous rassure: Le jouet m'inspire assez pour que j'en tire une chronique sous la forme habituelle. L'approche de l'été titille d'autres envies, mais j'en reparlerai plus tard... ou pas !

Le jouet est le tout premier film écrit et réalisé par Francis Veber. Son producteur est également son acteur principal: Pierre Richard. Celui qui traîne la fâcheuse réputation d'être un gaffeur en série incarne ici un journaliste tout juste sorti d'une lonnnnnnngue période de chômage. Ses premiers reportages le conduisent en service commandé pour des articles destinés... à faire mousser son patron. C'est pendant l'une de ces pseudo-enquêtes, dans un grand magasin de joujoux, que notre homme croise "Monsieur Eric", le fils du boss. Ce dernier, à qui l'on ne refuse rien, célèbre son anniversaire et exige que le reporter soit son cadeau. Personne ne contrariera ce caprice...

Drôle de film, en vérité ! Ce qui pouvait donner lieu à une comédie potache sur l'enfant-roi devient assez vite autre chose. Il est évident que Pierre Richard, qui avait déjà une belle expérience derrière lui avant ce film, sait aussi parfaitement jouer les (grands) enfants. Vous verrez comment il transforme son très jeune bourreau en allié dans sa lutte pour la liberté - et inversement ! Certes, le ton du film n'est jamais corrosif, mais les adultes pourront sûrement y déceler une charge contre les grands propriétaires de journaux, plus habiles dans la défense de leurs intérêts que dans la sauvegarde d'une ligne éditoriale indépendante. Le jouet donne au passage un superbe rôle de très sale type à Michel Bouquet, qui apporte à son personnage l'insoutenable et délicieuse froideur nécessaire pour être crédible. Réaliste ? D'après certaines sources, ce détestable Rambal-Cochet serait entre autres inspiré de Marcel Dassault, qui licencia un jour l'un de ses employés au motif qu'il avait les mains moites. Son fils Serge occupa longtemps les commandes du Figaro ! La boucle est bouclée...

Le jouet
Film français de Francis Veber (1976)

Je le répète: ce film est une bonne occasion de voir Pierre Richard dans un rôle un peu démarqué des Pierrot lunaires qu'il interprète habituellement (cf. Le grand blond..., lui aussi scénarisé par Veber). Cet aspect des choses rend son interprétation des plus intéressantes. Vous aimez l'acteur ? La course à l'échalote reste un classique sympa. Récemment, il y a Paris pieds nus, La ch'tite famille et Mme Mills...

lundi 15 juin 2020

Papa et sa fille

Otto Preminger est l'un des nombreux grands réalisateurs américains dits "classiques" nés en Europe et arrivés à Hollywood dans le courant des années 30. Sa carrière aux États-Unis, lancée en 1935, a duré jusqu'en 1979, sous contrat avec les studios ou en pleine autonomie. Bonjour tristesse y est inscrit comme une production indépendante...

Adaptation fidèle (et rapide) du roman éponyme que Françoise Sagan venait d'écrire à 18 ans seulement, le film s'intéresse à un duo étonnant: Cécile et son père Raymond, Parisiens en vacances d'été dans une villa de la Côte d'Azur. Ces superbes images en couleur correspondent en fait à un flashback: les premières, en noir et blanc et accompagnées de la voix off de Cécile, laissent d'emblée supposer que tout va mal finir. On découvre alors que Raymond est un papa d'une grande gentillesse à l'égard de sa fille adolescente, mais aussi un homme si insouciant qu'il séduit facilement... et néglige parfois ses conquêtes récentes au profit de nouvelles venues. Son hédonisme aura des conséquences très violentes, mais je ne veux pas en révéler davantage ! En son temps, le film a pu faire scandale: pas illogique...

Est-ce que Bonjour tristesse m'a plu, me demanderez-vous ? Oui ! D'abord parce que Jean Seberg, qui joue Cécile, est d'un naturel confondant, du haut de ses presque vingt ans et alors qu'elle débutait juste - c'était son deuxième film, après qu'elle a joué Jeanne d'Arc pour Otto Preminger, déjà. Les personnages adultes, eux, assurent également de très belles compositions, qu'il s'agisse de David Niven, Deborah Kerr ou Mylène Demongeot. Leurs interactions multiples nourrissent un beau scénario mélodramatique - que je vous laisse découvrir. En prime, j'ai également apprécié le film d'un point de vue esthétique, même si je l'ai trouvé un peu "statique": le cadre naturel de la Riviera française m'a en fait semblé quelque peu sous-exploité. J'ai lu après coup que le tournage n'avait pas été des plus agréables pour les acteurs, mais n'ai pas l'impression que le long-métrage monté porte les stigmates de véritables dissensions avec le réalisateur. Bref, j'ai aimé ce que j'ai vu, sans vraiment me soucier du reste. L'aspect sulfureux de cette histoire s'est, de fait, largement éventé...

Bonjour tristesse
Film américain d'Otto Preminger (1958)

Le propos n'est plus vraiment moderne, mais le long-métrage conserve assez de qualités pour convaincre les cinéphiles exigeants. Pour décrire la fin d'un monde d'insouciance, Les désaxés (1961) demeure sans équivalent. Le pont que je faisais entre ce film et ceux du Nouvel Hollywood ne m'apparaît pas facilement transposable ici. Que cela ne vous prive pas de ce sommet qu'est La dernière séance !

dimanche 14 juin 2020

La brebis galeuse

1962. Quand Le 7ème juré sort sur les écrans français, Bernard Blier n'est pas encore devenu un tonton - un peu crétin - devant la caméra de son ami Georges Lautner. Il a tout de même 26 ans d'expérience au cinéma (et au théâtre). Cette fois, il a revêtu l'habit d'un criminel. Je vous dirai sans attendre qu'aujourd'hui encore, le film est mordant.

Adapté d'un roman, le scénario dessine petit à petit le portrait glacial d'un notable de province: Grégoire Duval, pharmacien "respectable". Après un pique-nique dominical allégrement arrosé, ce bon Français très ordinaire, marié et père de deux enfants, se promène sur la rive d'un lac et commet l'irréparable: sous le coup d'une pulsion sexuelle incontrôlable, il agresse une jeune femme endormie et l'étrangle. D'abord scabreuse, l'histoire devient folle dès lors que, quelques jours plus tard, il est appelé comme juré de cour d'assises pour le procès d'un autre homme, accusé de son crime ! Je ne veux rien dévoiler d'essentiel. Pour le dire vite, il s'applique alors à poser des questions susceptibles de remettre en cause la théorie du procureur, convaincu d'avoir d'ores et déjà trouvé l'assassin et pressé de lui trancher le cou.

C'est là que le film ne recule devant rien: plutôt qu'un banal récit judiciaire, il dresse le sombre tableau d'un pays peu attrayant, replié sur une vague morale et dont la prétendue élite s'avère détestable et/ou mesquine, à force de toujours préférer l'injustice au désordre. Pas de demi-mesure: il est possible d'ailleurs que certains effets appuyés, en images, musiques et sons, vous déplaisent. Le scénario est malin, mais il peut arriver qu'il se répète un peu. Un autre aspect étonnant: au milieu de sa noirceur, Le 7ème juré a aussi conservé une (petite) place pour un humour proche des codes du burlesque. J'insiste sur le fait que cela reste franchement ténu: le long-métrage tient plutôt du défilé d'abrutis dangereux, la belle France gaullienne étant dès lors passée au vitriol - et ce, six années avant Mai-68. Choisir un meurtrier comme possible rédempteur, c'est un comble ! Surtout, ne comptez pas sur moi pour révéler ce qu'il advient de lui...

Le 7ème juré
Film français de Georges Lautner (1962)

Au centre de tout, Bernard Blier est ici génial ! Il offre trois facettes de son grand talent: dialogues, postures et voix off. La distribution autour de lui - Francis Blanche, Danièle Delorme, Albert Rémy, etc. - est elle aussi excellente. Ce long-métrage est souvent comparé à ceux de Claude Chabrol. Oups: je suis en panne de repères avant L'enfer ! Et à ce stade, c'est plutôt avec Le corbeau que je ferai un parallèle...