mardi 8 mai 2018

Cannes au premier jour

C'est toujours avec une certaine curiosité que j'attends chaque année l'heure du retour du Festival de Cannes. Pour info, la 71ème édition démarre en décalé, non pas un mercredi, mais un mardi: aujourd'hui. Parmi les 1.906 films soumis à son jugement, le comité de sélection en a retenu 21 pour se disputer la Palme d'or. Quel boulot, mes amis !

De mon côté, je ne prétends pas désormais vous proposer une liste exhaustive des courts et longs-métrages à surveiller de (très) près. J'aurai sûrement l'occasion d'un bilan post-festivalier pour vous dire mes préférences. Pour l'heure, j'avais plutôt envie d'une chronique subjective, à partir des éléments factuels notés avant le coup d'envoi. Ce qui me conduit à exprimer ma joie de voir Cate Blanchett au poste de présidente du jury ! L'Australienne n'est "que" la onzième femme choisie pour assumer ces fonctions. Je suis déjà sûr qu'elle le fera avec classe. Pour parler de son discernement, j'attendrai la suite ! Cannes ne s'est jamais déroulé sans son lot de surprises, après tout...

Après The square et Ruben Östlund, qui remportera la récompense suprême ? C'est presque impossible de le pronostiquer. Il est avéré que la Croisette n'est pas coupée du monde pendant les quinze jours que dure la compétition, mais aussi que les choix du jury cannois s'écartent parfois sensiblement des attentes des médias spécialisés et/ou du grand public. Et qu'il est agréable de se laisser surprendre ! Après tout, le grand vainqueur 2017 avait été admis en compétition au tout dernier moment, ramenant au passage à son pays - la Suède - une Palme... qui avait toujours échappé au grand Ingmar Bergman ! J'imagine que, d'ici deux / trois jours, on aura déjà quelques échos...

La première de mes certitudes, c'est que le glamour compte toujours. Fidèle à son image, Cannes, cette année, démarre en grand pompe avec le couple Penelope Cruz / Javier Bardem, qui vient ouvrir le bal grâce au nouveau film de l'Iranien Asghar Farhadi, Everybody knows. Bonus: le long-métrage participe à la compétition et nous aurons l'occasion de le découvrir en salles... dès demain ! J'ai l'impression que la course à la Palme sera très ouverte cette année, la sélection n'accueillant qu'un seul ex-lauréat, le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan. Qu'un vent de renouveau souffle sur le Festival me ferait bien plaisir. On ne lui a que trop souvent reproché son (prétendu) conservatisme !

Le fait est que Cannes n'échappe jamais tout à fait à l'engagement politique. Sans la transformer en tribune, Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, assume parfaitement le fait d'avoir associé quelques nouveaux visages à sa sélection, tout en y refusant d'ailleurs les films produits par la société américaine Netflix - au seul motif qu'ils n'étaient pas programmés pour sortir dans les salles françaises. On notera, parmi les candidats à la Palme, deux cinéastes censurés dans leur pays: l'Iranien Jafar Panahi et le Russe Kirill Serebrennikov. Des démarches ont été faites pour défendre leur approche, mais l'un et l'autre devraient manquer le rendez-vous cannois. Pensons à eux...

Les absents du Festival ne sont pas toujours privés de liberté. Exemple: bien qu'il ait de nouveau été retenu dans la sélection officielle, il se dit que le Franco-suisse Jean-Luc Godard, 87 ans, devrait rester chez lui plutôt que de venir parader sur la Croisette. Entre nous, je me fiche bien qu'il soit là pour défendre Le livre d'image ou non. D'autres longs-métrages m'intéressent: outre le film d'ouverture, je suis impatient d'en savoir plus sur Les filles du soleil d'Eva Husson, En guerre de Stéphane Brizé, Une affaire de famille d'Hirokazu Kore-eda, BlacKkKlansman de Spike Lee et Yomeddine d'Abu Bakr Shawky. Vous saurez donc bientôt si j'ai eu le nez creux...

Quoi qu'il en soit, et même si je dois admettre n'avoir encore vu aucune des quatre dernières Palmes, je continue d'aimer le Festival. Malgré ses défauts, son côté international me fascine et j'ai été ravi d'apprendre que, cette année, il accréditerait de jeunes cinéphiles pour leur ouvrir ses portes, un peu avant la fin de la compétition. Quant à moi, j'étais disposé à attendre juin - et sa sortie en salles - pour découvrir L'homme qui tua Don Quichotte, annoncé à la clôture de la Quinzaine cannoise. Las ! Un énième incident est venu perturber le parcours ô combien chaotique du film "maudit" de Terry Gilliam. L'ex-Monty Python est désormais en conflit avec... son producteur. Leur bataille juridique pourrait conduire à une déprogrammation ! Une issue qui serait rude pour le duo Jonathan Pryce / Adam Driver...

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Voilà, j'ai à peu près fait le tour...
À vous, désormais, de me dire si Cannes vous enthousiasme ou non. Et je vous saurai gré d'argumenter votre point de vue, quel qu'il soit !

lundi 7 mai 2018

Juste un gamin

C'est la présidente de mon association qui m'a demandé si je pouvais regarder Takara - La nuit où j'ai nagé, dans l'idée de le présenter lors de l'une de nos soirées. J'ai donc pu le voir en "avant-première". J'ignore à quelle échelle il sera diffusé, mais il est sorti en salles mercredi dernier. C'est l'occasion de le découvrir à votre tour, donc...

Parlons peu, mais parlons bien: Takara... est un (tout) petit film. D'ailleurs, sa durée n'atteint même pas une heure vingt ! L'histoire elle-même est minimaliste: le scénario nous propose de suivre les pas d'un petit garçon, encore endormi quand son papa est parti travailler. Quand le gamin se réveille, on sait déjà que sa maison est entourée de neige et on se dit qu'il aurait tout intérêt à rester bien au chaud. Évidemment, c'est le contraire qui va arriver sous nos yeux, l'enfant préférant s'aventurer à l'extérieur que d'attendre sagement le retour de son père. Pas vraiment de quoi s'inquiéter pour autant: le film montre un môme futé, capable de s'en tirer sans adulte à ses côtés...

L'anecdote dit que cette histoire est née d'une rencontre impromptue entre un cinéaste français, très attiré par la neige, et un réalisateur japonais, qui souhaitait travailler avec un enfant. Bien que séparés par la haute barrière de la langue, Damien Manivel et Kohei Igarashi semblent être parvenus à s'entendre sur l'essentiel et ont su composer ce que j'appellerai volontiers une "bulle de savon cinématographique". Indiscutablement, Takara... est un film fragile, un geste artistique éphémère, d'autant plus finalement qu'il est... entièrement muet ! Seuls quelques sons nous parviennent, mais sans donner d'explication véritable aux images. De fait, ce n'est pas franchement nécessaire. De par sa grande sobriété, ce récit atteint presque une dimension universelle. Saura-t-il vous émouvoir ? Je vais vous laisser en juger...

Takara - La nuit où j'ai nagé
Film franco-japonais de D. Manivel et K. Igarashi (2018)
Je ne sais pas si les Japonais ont tendance à laisser leurs enfants livrés à eux-mêmes, mais c'était aussi le sujet de Nobody knows. C'est parce qu'il ne s'agit pas d'un drame que le film d'aujourd'hui parvient à se distinguer d'autres oeuvres que j'aurais pu citer aussi. Pour un regard occidental sur le Japon, De l'autre côté de la porte propose une expérience radicale ! Sans liens avec Cherry blossoms...

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Hop ! J'en profite pour avancer le Movie Challenge...

Je remplis donc aujourd'hui la case n°34: "C'est un film muet".

samedi 5 mai 2018

Demain les chiens

Je ne suis peut-être pas un inconditionnel, mais j'ai une sympathie certaine pour Wes Anderson et son cinéma. J'ai appris que le Texan vivait désormais à Paris, ce qui contribue à en faire un Américain atypique, a fortiori dans le petit monde du septième art. Il est clair que j'avais du coup une certaine attente à l'égard de L'île aux chiens.

Située dans un futur proche, l'histoire nous conduit vers un Japon revu et corrigé, où des toutous, porteurs d'une maladie, sont jugés dangereux pour l'homme et de ce fait mis à l'écart dans une sorte d'immense décharge. Il est permis d'y voir un complot des chats ! Quand le film commence, un petit garçon débarque dans la réserve canine, dans l'espoir d'y retrouver le quadrupède qui, quelques années auparavant, fut pour lui un compagnon de jeu et un protecteur. Partant de là, le scénario s'emballe et nous invite alors à n'observer les choses qu'à hauteur d'animal. L'île aux chiens est un spectacle d'autant plus savoureux qu'une partie des dialogues reste en version originale japonaise, tandis que de bons acteurs s'amusent à doubler l'ensemble du "casting" à poils longs, drus ou soyeux: Wes Anderson case ainsi bon nombre de ses copains. Ce qui est vrai aux États-Unis l'est aussi en France, le cinéaste ayant lui-même choisi sa distribution francophone. Vos oreilles devraient apprécier, d'un côté ou de l'autre. L'attention accordée au plus petit détail fait vraiment des merveilles !

Une fois n'est pas coutume: je crois que je vais plutôt vous conseiller d'apprécier le film en français. L'image est si riche, la mise en scène si inventive, qu'il serait dommage que vous passiez à côté du plaisir parce qu'il vous aura fallu trop de temps pour lire les sous-titres. Convenons-en également: L'île aux chiens est plutôt un film bavard. Même s'il est franchement burlesque parfois, le long-métrage énonce clairement ses enjeux et se découpe même en chapitres, à l'image des mangas où il puise sans nul doute une partie de son inspiration. Esthétiquement, ce n'est pas toujours à 100 % réussi, mais impossible de ne pas être baba devant les efforts accomplis par les équipes d'animateurs. Ce n'est assurément pas la première fois que le cinéma nous offre de nous émerveiller grâce à la technique du stop motion. Maintenant, quand on sait qu'il faut 24 images pour une seule seconde de film, on perçoit mieux quel gigantesque défi cela a dû représenter. En 130.000 photos, Wes Anderson et ses techniciens nous promènent et nous enchantent sans jamais verser dans la facilité. Chapeau bas !

L'île aux chiens
Film américain de Wes Anderson (2018)

Toute ressemblance avec des situations bien réelles qui concernent des hommes plutôt que des cabots est bien sûr tout sauf fortuite ! Sans doute le film n'est-il pas un pamphlet, mais il dit quelque chose de très juste sur le monde d'aujourd'hui. Si vous êtes encore novices avec le cinéma de Wes Anderson, je vous suggère Fantastic Mr. Fox. Et, hors-animation, Moonrise Kingdom + The Grand Budapest Hotel.

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Un arrêt sur la case du Movie Challenge...

Je valide aujourd'hui l'objectif n°37: "C'est un film d'animation".

Et vous n'êtes pas obligés d'en rester là...
D'autres chroniques sont disponibles chez Pascale, Dasola et Strum.

vendredi 4 mai 2018

Bras cassé et disparition

Un détective privé enquête sur l'accident mortel d'une actrice porno. Pour avancer, il cherche une dénommée Amelia, amie de la victime. Problème: la miss se croit également menacée et a payé un "gorille" pour la protéger. La rencontre des deux mecs s'achève sur un bras cassé pour le premier ! Et voilà qu'Amelia sort à son tour des radars...

Bon... j'ai été content de retrouver Ryan Gosling et Russell Crowe dans The nice guys. Leur duo - inédit, je crois - fonctionne bien. D'adversaires, ils deviennent alliés de circonstance et presque amis. Quelque chose dans ce petit film tient du buddy movie des années 80. Logique: cela correspond aux expériences antérieures du réalisateur. Bref, une intrigue parfois absconse sert essentiellement de prétexte pour suivre les déambulations d'un tandem apparemment désassorti et finalement complémentaire. Pour ne rien laisser de côté, on notera qu'une petite fille rejoint les compères et compose avec eux un trio improbable et sympatoche. Tout cela est à prendre au second degré...

J'ai juste envie de vous dire: why not ? Je n'ai pas choisi de regarder ce film pour me prendre la tête. Aux côtés des éternels blockbusters dont le cinéma américain nous inonde, il vaut bien un petit détour. Évidemment, je l'ai aimé pour son côté cool et sa reconstitution soignée du Los Angeles interlope de 1977-78, qui m'ont convaincu qu'un bon travail avait été accompli sur la forme. J'insisterai pour dire que le fond, lui, n'a pas été négligé et que, malgré quelques pointes d'humour bien senties, le récit est sérieux, proche de celui d'un film noir. Dans les faits, c'est bien le contraste entre ce scénario complexe et cette ambiance proche de la farce qui fait le sel de The nice guys. Entendons-nous bien: tout cela n'en fait certes pas un incontournable. Il a su m'amuser et c'est ce que j'attendais de lui: mission accomplie !

The nice guys
Film américain de Shane Black (2016)

Jadis scénariste du premier L'arme fatale, le réalisateur a su recycler les meilleurs ingrédients de la recette pour une nouvelle composition efficace. Du coup, on n'est pas très loin d'un film de Martin McDonagh comme 7 psychopathes, par exemple. Shane Black prolonge le sillon tracé avec Kiss kiss bang bang, son premier film derrière la caméra. Pour plus de bouffonnerie encore, je vous oriente vers Inherent vice.

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Vous en voulez encore ? Allez...
Je vous laisserai aller voir ce qu'en ont pensé Pascale, Dasola et Tina.

jeudi 3 mai 2018

Le roi maudit

Sachez-le tout de suite: je n'ai jamais rien lu de William Shakespeare. Pourtant, appréhender une nouvelle adaptation cinéma de Macbeth m'a aussitôt intéressé. Sur la base d'un personnage historique réel ayant vécu en Écosse au 11ème siècle, la légende déroule un récit édifiant (et implacable) sur les conséquences de l'ambition excessive !

Chevalier fidèle à son suzerain, le dénommé Macbeth gagne pour lui une rude bataille qui paraissait perdue d'avance, contre des hordes d'ennemis irlando-norvégiens. Alors qu'il regagne ses terres, il croise le chemin de sorcières, qui lui annoncent qu'il obtiendra rapidement un titre nobiliaire plus élevé avant, un jour, de ceindre la couronne. Problème: au principal allié du guerrier vainqueur, les pythies prophétisent une destinée contraire, tout en l'assurant qu'il donnera naissance à une longue lignée de rois. C'en est trop pour l'humeur funeste de Macbeth, d'autant plus perdu qu'il est poussé au crime par... sa propre femme ! Je ne veux pas en dire plus sur l'intrigue elle-même. Pour vous livrer maintenant mon avis sur cette adaptation millésimée 2015 d'un texte de 1606, je veux citer d'abord les points positifs, liés pour la plupart à l'esthétique du film. L'image est sombre et les protagonistes souvent sales, d'où une imagerie moyenâgeuse crédible, je trouve. Autre point des plus intéressants: le travail mené pour respecter les mots de Shakespeare himself. Immersion garantie.

Le film m'a moins convaincu par d'autres aspects. Les filtres colorés apposés sur l'image sont parfois trop systématiques et apparaissent alors comme une simple facilité - ce qui est tout de même un comble. Les acteurs vedettes, Marion Cotillard et Michael Fassbender, jouent correctement, mais avec moins de charisme que j'avais pu l'espérer. Quelque chose cloche, un peu comme si l'origine théâtrale de l'oeuvre induisait à elle seule un certain statisme des personnages et décors. Attention: je ne vous dis pas que la direction artistique de Macbeth est ratée, mais juste qu'elle s'accompagne de quelques maladresses notables. Exemple: l'usage répété de ralentis, sans raison manifeste. Fort heureusement, le mythe, lui, garde toute sa place et l'histoire n'est absolument pas "hollywoodisée". La fin ouvre certes une porte sans la refermer, mais c'est assez bien amené. Il me semble honnête d'ajouter que je n'aurais pas dit non à un peu plus de noirceur. Maintenant, tel quel, le long-métrage m'a plu. Il y a mieux à regarder pour se divertir, mais ce n'est pas une raison pour détourner les yeux.

Macbeth
Film britannique de Justin Kurzel (2015)

C'est Wikipédia qui le dit: il existe une dizaine d'autres adaptations cinématographiques - et télévisées - de ce classique shakespearien. J'aimerais voir celles d'Orson Welles (1948) et Roman Polanski (1971). Entre les deux, si vous n'êtes pas vraiment inspirés par la mouture dont j'ai parlé aujourd'hui, je vous conseille de faire un pas de côté vers Le château de l'araignée d'Akira Kurosawa (1957). Pur bonheur !

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Si vous voulez lire d'autres avis...

C'est tout à fait possible - et notamment chez Pascale, Eeguab et Lui.

mardi 1 mai 2018

1968, année cinéphile ?

Cinquante ans déjà... je suis persuadé que vous n'avez pas attendu cette chronique pour entendre parler de l'anniversaire de Mai 1968. J'estime que certains aspects de ce grand soulèvement social méritent d'être commémorés, mais, ici, je ne parle que de cinéma. J'ai donc cru bon d'étudier... le box-office français de cette année-là !

Tout cela n'est pas très scientifique, d'accord, et je ne prétends pas franchement à l'exhaustivité critique. J'ai en fait choisi de ne retenir que les dix films qui ont connu le plus de succès en salles. Constat d'évidence: 1968 était une (très) bonne année pour Louis de Funès. Non content de placer Le gendarme se marie et Le petit baigneur sur les première et troisième marches du podium, l'acteur comique aura également amené Le tatoué à la huitième position. Le total d'entrées pour ces trois films atteint 15.583.200 tickets vendus ! Difficile de ne pas remarquer que rares sont les comédies françaises qui marchent aussi bien aujourd'hui. Leur valeur est un autre débat...

Parmi les films qui ont "cartonné" en France en 1968, on retrouve deux oeuvres que je qualifie volontiers de classiques, avec d'un côté mon western culte, Le bon, la brute et le truand, et de l'autre l'une de mes références de science-fiction, 2001: l'odyssée de l'espace. Deux chefs d'oeuvre, oui, que j'espère un jour revoir sur écran géant. Deuxième place pour le premier (6.308.276 entrées) et septième rang pour le second (3.256.084 tickets). On retrouve aussi dans le top ten un dessin animé signé Disney, Le livre de la jungle, occupant du pied du podium avec 5.409.805 entrées, et l'une des très rares comédies de Roman Polanski, Le bal des vampires, sixième (3.411.078 fans)...

Pour clore cette liste de dix succès, je ne pointe plus que des films dont je n'avais jamais entendu parler. Signé Alex Joffé, Les cracks semble être une comédie en costumes avec Bourvil et Robert Hirsch. Adieu l'ami, lui, est présenté comme un thriller, avec trois vedettes de cette époque: Alain Delon, Charles Bronson et Brigitte Fossey. Neuvième et dixième, les deux films n'ont pas dépassé la barre symbolique des trois millions d'entrées. Vous me direz que leur score reste respectable et vous aurez raison. Je note toutefois que l'oeuvre au cinquième rang a, elle, franchi les quatre millions. Helga, la vie intime d'une jeune femme est... un film ouest-allemand d'éducation sexuelle, avec notamment un vrai accouchement devant la caméra. Aujourd'hui encore, il est parfois réduit à sa seule facette "érotique" !

Chères lectrices, chers lecteurs, j'ai aussi besoin de vous ! S'il y en a parmi vous qui ont connu Mai 1968 et/ou s'y intéressent, je serais curieux de connaître vos références, anecdotes et souvenirs cinéma pour ce joli mois (et cette année, au sens large). L'esprit libertaire devait aussi souffler dans d'autres oeuvres que je n'ai  pas citées. Pour ma part, j'ai noté que Le plongeon et Le grand silence, sortis en 1968, nageaient également à contre-courant, d'une certaine façon. Maintenant, si je devais refaire un cycle sur cette année-là, je crois que je reverrais avec bonheur Alexandre le bienheureux, La party et Barbarella - pour ne citer, en priorité, que des exemples d'époque.

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Un dernier mot ? Oui...

Un aveu: j'envisage deux autres chroniques sur Mai 1968, d'ici peu. C'est certain que vos commentaires éventuels pourraient les enrichir !

lundi 30 avril 2018

Illusion de liberté

Allez ! J'enchaîne aujourd'hui avec un second film en noir et blanc. Nous allons bien remonter dans le passé, car j'ai choisi de vous parler d'une oeuvre rare et ancienne: Mauvaise graine. Je l'ai visionnée dans l'espoir d'aimer cette histoire "old school", mais pas seulement. Maintenant, je vous explique ça, en deux temps trois mouvements...

L'argument de Mauvaise graine repose sur la très franche opposition d'un fils avec son père. Oisif, Henri Pasquier mène une vie tranquille et entretenue par Papa, jusqu'au jour où ce dernier vend sa voiture pour lui apprendre les bonnes manières et le faire devenir un adulte responsable. C'est un échec: plutôt que de se ranger à la raison, Henri tempête et, de rage, claque aussitôt la porte du domicile familial. Bientôt, comme le titre du film le suggère, il tourne mal et s'associe avec une bande de voleurs d'engins motorisés, le temps de retrouver son autonomie financière et un certain standing social. Il se fait quelques nouveaux amis et une jolie jeune femme lui tape dans l'oeil. Quelques années avant la guerre, Paris est un appel à l'insouciance. La liberté serait-elle accessible, sans avoir de prix à payer ? Pas sûr...

Nous sommes dans les années 30, n'est-ce pas ? La relative douceur de vivre n'est au fond rien d'autre qu'une bénédiction provisoire. Maintenant, je préfère vous laisser découvrir la suite des péripéties proposées aux protagonistes du film, sans les annoncer à l'avance. J'ajoute juste que les trajectoires de l'intrigue sont multiples, drôles parfois, mais pas seulement: cela pourra (peut-être) vous surprendre. Pour ma part, j'ai regardé cette oeuvre méconnue pour une raison précise: il s'agit de la toute première réalisation du grand Billy Wilder. Alors âgé de 28 ans, le jeune Juif austro-hongrois a choisi de quitter son pays et Berlin, où il vivait depuis 1926, pour fuir le régime nazi. Avant de s'embarquer définitivement pour les États-Unis, il travaille sur ce film en duo avec Alexandre Esway, alias Sandor Ezry, un exilé hongrois de onze ans son aîné. Les images que les deux hommes fabriquent viennent alors démontrer un certain sens de la modernité artistique, surtout par des plans tournés dans les rues parisiennes. NB: Mauvaise graine fait aussi briller la très jeune Danielle Darrieux !

Mauvaise graine
Film français d'Alexandre Esway et Billy Wilder (1934)

Je réclame une forme d'indulgence pour ce film gentiment fauché. Billy Wilder dira avoir oublié comment il avait été financé ! Il reste intéressant aujourd'hui de le voir comme le témoignage d'une époque révolue et d'un cinéma un peu moraliste, même si compréhensif aussi avec la jeune génération. On reste encore bien loin de La chienne ! J'ai vu des points communs avec Marius, dont je reparlerai un jour... 

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Au fil du temps, des chroniques sont apparues...

Si vous êtes curieux, vous en lirez d'autres chez Princécranoir et Lui.

samedi 28 avril 2018

Atalanta fugiens

9 doigts est-il vraiment "un de ces objets inclassables qui traversent de temps en temps la nébuleuse du cinéma" ? On peut le dire ainsi. Rendons à César: cette belle définition est l'oeuvre de la présidente de mon asso cinéma, qui a choisi de diffuser ce film dernièrement. C'est vrai: il y avait de quoi être surpris. J'essaye de vous expliquer...

D'un noir et blanc superbe, le long-métrage ne déroute pas d'emblée. Ses toutes premières scènes pourraient même être celles d'un thriller ordinaire: on y voit un homme, la nuit, fuir devant l'avancée rapide d'une voiture dont les occupants, semble-t-il, lui veulent des ennuis. Finalement rattrapé et visiblement menacé, notre ami est emmené de force dans une villa isolée, squattée par un gang de cambrioleurs. Ensuite, le prisonnier... intègre la bande (!) et, sur une demande expresse du chef des malfrats associés, reste avec les deux femmes du groupe lorsque ses ex-geôliers passent de nouveau à l'action. L'affaire tournant au fiasco, toute la troupe est donc obligée de lever le camp et embarque sur un cargo, juste le temps de se faire oublier. Humblement, je vous prie de m'excuser si vous repérez des erreurs dans ce pitch: en fait, 9 doigts devient assez vite incompréhensible. Volonté délibérée de noyer le poisson ? Exercice de style particulier auquel je n'ai été que peu sensible ? Ou les deux, mon capitaine ? Navré, bande de petits curieux: je n'ai pas du tout envie de trancher !

Ce que je peux vous dire, c'est que, malgré ses évidentes qualités d'originalité, ce film atypique a eu du mal à me plaire totalement. C'est un peu, au fond, comme s'il était une longue installation vidéo destinée à être exposée dans un grand musée d'art contemporain. Formellement, pas de doute: il y a une vraie recherche esthétique. Cinéaste mais aussi romancier, poète et musicien punk, le réalisateur m'apparaît bien légitime à composer ce méli-mélo visuel et sonore. Qu'est-ce qui coince, alors ? Moi et ma rationalité bornée, sûrement. J'ai quand même besoin de comprendre un minimum ce que je vois. Sans même raisonner en fonction du plaisir, ressentir "quelque chose" ne me suffit pas... ou pas toujours. Une précision: ce n'est pas grave. 9 doigts pourrait même séduire ou ébahir certain(e)s d'entre vous que je ne m'en porterais pas plus mal. Au contraire ! Le septième art n'est pas pensé et conçu pour faire toujours l'unanimité, pas vrai ? Même quand il ne me convainc pas, je tiens à défendre ce cinéma alternatif, fauché par nature, mais sincère et innovant. C'est déjà ça.

9 doigts
Film français de François-Jacques Ossang (2018)

Il n'y a pratiquement qu'avec mon association que je vois des films bizarroïdes comme celui-là ! J'aimerais enfin, un jour, me replonger dans la filmographie de David Lynch, ne serait-ce que pour connaître quelques références supplémentaires. D'ici là, vous dire simplement que l'OVNI du jour m'a aussi refait penser à La chambre interdite. Esprits cartésiens, méfiance: vous voguez vers une terre improbable !

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Un mot encore pour être (un peu) plus clair...
Le titre de ma chronique correspond au nom d'un livre d'alchimie publié au 17ème siècle. Si j'ai bien suivi et entendu, c'est aussi celui d'un traitement prescrit dans le film par un docteur un peu étrange. Diantre ! Il est à craindre que des effets hallucinogènes en découlent !

jeudi 26 avril 2018

Soviétique ?

C'est peu de le dire: la Russie n'a pas bonne presse actuellement. Aurait-elle même repris à la Chine et à certains pays arabes sa place d'ennemie du monde libre dans l'imaginaire collectif américain ? J'ose à peine formuler cette hypothèse, faute d'une enquête sérieuse. Reste ce constat: la Russie est bel et bien au coeur de Red sparrow !

Ce film d'espionnage à l'ancienne a pour héroïne Jennifer Lawrence. Devenue Domenika Egorova, la jeune star se voit offrir ici un rôle franchement paradoxal, qui la pousse dans des retranchements inattendus pour elle, mais qui n'échappe pas tout à fait aux clichés. Pour résumer, la belle joue d'abord une danseuse-étoile du Bolchoï. Victime d'un accident lors d'une représentation, elle est contrainte d'abandonner sa carrière et se retrouve menacée d'une expulsion immobilière, le ballet réglant la facture de son modeste appartement. Problème: Domenika peut se débrouiller seule, mais pas sa maman. Cette dernière, handicapée, vivant à ses frais, Filille n'a d'autre choix que d'accepter le premier boulot qui passe et devient donc... espionne pour le compte de son pays (et d'un oncle plutôt flippant) ! On la suit dans sa formation, au sein d'une école où l'alternative pédagogique est aussi limpide que la vodka: obéir ou mourir. Vous voyez le truc...

Plutôt soigné sur la forme (costumes, décors, musique et son), le film tangue légèrement sur le fond, à force de caricatures. Dommage. Comme je le disais, Jennifer Lawrence pousse le bouchon plus loin qu'on ne pouvait l'imaginer, objectivement très investie dans la peau de son personnage. Red sparrow a parfois des allures de thriller érotique, mais la froideur du scénario calme assez vite les ardeurs coquines qu'il pourrait susciter. Autre point surprenant: l'absence quasi-totale de scènes d'action, si ce n'est une brève course-poursuite et un meurtre particulièrement sordide dans les premiers instants. Attention: nous n'échapperons pas à la violence, le viol et la torture s'invitant à l'écran de manière courte... mais intense ! Je dois dire qu'à mes yeux, le film aura été plus spectaculaire qu'enthousiasmant. L'intrigue principale, qui consiste à démasquer un probable agent double, est traitée avec un peu trop de désinvolture pour convaincre. Le casting - Joel Edgerton, Matthias Shoenaerts, Charlotte Rampling, Jeremy Irons, Ciaràn Hinds - aurait-il mérité mieux ? Je réponds oui !

Red sparrow
Film américain de Francis Lawrence (2018)

Sauf à être vraiment exigeant, on peut s'offrir un assez bon moment avec cette histoire abracadabrante - et longue de deux heures vingt ! Parmi les films d'espionnage récents, elle vaut bien un James Bond nouvelle génération comme Spectre, sans avoir le rythme d'un film comme La mémoire dans la peau. Son lancement à la Black swan peut séduire, à la rigueur, mais Le pont des espions est mieux écrit !

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Pas certain que le film marche très fort...

 Il fait tout de même l'objet d'une (petite) chronique chez Dasola.

mercredi 25 avril 2018

Coup de froid

Un aveu pour commencer: voilà quelques jours, je pensais vous parler aujourd'hui d'un souci avec la section des commentaires. J'ai changé d'avis en constatant que cela n'avait pas d'impact sur mes chroniques déjà parues. Je vais donc plutôt évoquer un nouveau film: Tonnerre. N'attendez pas l'orage: c'est aussi le nom d'une petite ville de l'Yonne !

C'est là, loin de Paris, qu'un musicien à succès s'est mis en retraite pour composer un nouvel album. On comprend, en voyant Maxime jouer de la guitare, que son inspiration n'est pas extraordinaire. D'ailleurs, c'est un peu à l'image de sa vie, aussi terne et pathétique que celle de son père, qu'il retrouve à Tonnerre, seul, dans la maison de son enfance. Heureusement, il reste toujours une petite étincelle pour le jeune musicien: elle s'appelle Mélodie, fait office de pigiste pour le journal local et, ni une ni deux, devient son amoureuse. Logiquement, vous devriez vous imaginer que cela ne va pas durer. Vous auriez raison, mais je n'en dirai pas plus. C'est à vous de voir...

Assez classique sur le fond, Tonnerre est un premier long-métrage honorable. Son cadre naturel et froid n'est jamais utilisé à des fins misérabilistes: on sent au contraire une vraie empathie du réalisateur et scénariste pour ces personnages. Pas de manichéisme à déplorer. Côté acteurs, le trio principal est pile dans le ton juste, qu'il s'agisse de Solène Rigot, Vincent Macaigne ou... Bernard Menez, épatant ! Assurément, on ne rigole pas, mais tout cela reste bien assez subtil pour traiter dignement un sujet battu et rebattu, voire casse-gueule. Quelques petits défauts, d'accord, mais moins que dans d'autres films de cinéastes plus expérimentés. Je me suis laissé embarquer, donc. L'issue du voyage était assez prévisible, mais cela ne m'a pas gêné. Loin de là: pour moi, le cinéma, c'est (aussi) ce genre de petits films.

Tonnerre
Film français de Guillaume Brac (2014)

Prenez garde aux spoilers si vous cliquez: le personnage de Maxime m'a rappelé celui de Kostis, dans Suntan (en moins masochiste). Finalement, ce récit me paraît plus intéressant parce qu'il s'inscrit dans un cadre quasi-rural, souvent négligé par le cinéma français. Inutile de citer les Dardenne en Belgique: la campagne tient aussi lieu de personnage dans Petit paysan ou même Willy 1er. Et ça marche !