jeudi 12 juillet 2012

L'enfant et l'étoile

Une chronique de Martin

L'académisme anglais a du bon. Avec certes quelques crédits américains, c'est en effet un réalisateur britannique qui a osé redonner vie à Marilyn Monroe, le temps de parler d'un épisode oublié de la vie de la star: son séjour en Angleterre pour le tournage du film Le prince et la danseuse, sorti sur les écrans en 1957. My week with Marilyn montre l'envers du décor et la bonne entente relative entre les comédiens sur le plateau, en tournant d'abord son regard vers le troisième assistant du réalisateur. Un dénommé Colin Clark.

C'est à ce très jeune homme - il a 23 ans, bientôt 24 - que Marilyn adresse ce sourire ravageur. L'histoire est authentique: venue jouer en Europe pour la première fois, accompagnée de son mari d'alors, Arthur Miller, l'idole de Hollywood s'adaptait fort mal aux méthodes de travail britanniques. My week with Marilyn montre par ailleurs que, du fait d'un flagrant manque de confiance en elle, elle était intimidée par ses partenaires, au premier rang desquels le comédien de théâtre Laurence Olivier, premier rôle masculin... et réalisateur ! La jeune femme oubliera donc ses névroses en fuyant le tournage dans les bras d'un subalterne. Ce n'est qu'après, une fois retrouvée cette sûreté de jeu, qu'elle reviendra terminer le film. La qualité première du travail de Simon Curtis, c'est de rester très pudique dans l'approche des faits et des personnages. Si le terme de folie revient assez souvent pour expliquer la versatilité du comportement de Marilyn, il ne figure jamais dans les propos de Colin Clark. Quelques dialogues ouvrent la porte à d'autres brèves justifications et la referment presque aussitôt. Ce n'est simplement pas le sujet.

Le sujet, c'est bien cette historiette improbable entre Marilyn Monroe et Colin Clark, entre la star de l'Amérique et un jeune Anglais anonyme, tout juste arrivé dans l'ombre des sunlights. C'est à lui qu'on doit d'ailleurs d'avoir connaissance de cette "anecdote", le film reprenant notamment la trame d'un documentaire autobiographique sur le sujet. Faut-il limiter My week with Marilyn à ce qu'annonce son titre ? Pour ma part, je ne le crois pas, car le long-métrage recèle d'autres qualités. L'interprétation des acteurs en est une. J'ignorais encore tout d'Eddie Redmayne, le jeune comédien qui prête ses traits à Colin Clark. Que dire ? Il est ma foi très... anglais ! Tâches de rousseur incluses, il est aussi très crédible. On partage finalement toute son admiration pour Marilyn et nos yeux se posent alors sur Michelle Williams, parfaite elle aussi, capable de faire passer l'aspect fragile de la star et, deux plans plus loin, son côté calculateur. L'actrice eut-elle emporté l'Oscar que je n'aurais pas crié au scandale. En personnages secondaires, on retrouvera avec plaisir un trio so British: Kenneth Branagh, Julia Ormond et Judi Dench. Permettez-moi d'insister sur ce point: l'académisme anglais a du bon.

My week with Marilyn
Film britannique de Simon Curtis (2011)
Le réalisateur compare son oeuvre à... Lost in translation. Effectivement, chez Sofia Coppola aussi, on parle d'un amour pudique et improbable, dans une vision toutefois modernisée. L'aspect vintage de ce nouveau film m'a également souvent rappelé le très beau long-métrage sur George VI, Le discours d'un roi. Référence plus éloignée pour un regard candide: Cinema Paradiso. Désormais, au-delà de ce cinéma récent, j'ai très envie de plonger dans l'histoire du septième art. Le prince et la danseuse vient ainsi d'entrer dans mes radars. J'espère bien un jour pouvoir en reparler...

----------
Et si vous voulez encore un autre regard...
Vous apprécierez la chronique nuancée de "Sur la route du cinéma".

lundi 9 juillet 2012

Leur envie de révolte

Une chronique de Martin

Il fallait le faire ! Oser ! Réunir Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel à l'écran ressemblait fort à un pari audacieux. L'inséparable duo grolandais Gustave Kervern / Benoît Delépine l'a brillamment relevé dans Le grand soir. Les héros ? Deux frangins. L'un se fait appeler Not et se présente lui-même comme le dernier punk à chien d'Europe. L'autre, Jean-Pierre, s'efforce de vendre des matelas dans une zone commerciale sordide. Des produits aux normes conçus pour des gens aux normes dans un endroit aux normes: l'argument paraît faiblard...

Que se passe-t-il alors ? Jean-Pierre paye son inefficacité chronique par un licenciement, craque nerveusement et, sous l'influence bienveillante de Not, devient à son tour un (bien curieux) punk. Réellement très drôle, le film enchaîne avec brio les courtes scènes autour de cette idée simple. Le grand soir ne convainc pas seulement par son scénario. L'efficace ici, c'est d'abord le jeu débridé des deux comédiens principaux, chacun balançant vers l'oeil-caméra le meilleur de ce dont il est capable. En clair, Dupontel excelle évidemment en martyr de la grande cause capitalo-consumériste sentant monter en lui une envie de révolte, quand Poelvoorde parvient même à émouvoir à force de faire le con. Je l'ai dit: on rit beaucoup. Le long-métrage n'en génère pas moins des sentiments contrastés. Il n'est pas nostalgique, non, mais il dit aussi des choses justes et dures. Caricaturales, sans doute, mais pas uniquement.

L'un des grands talents de Gustave Kervern et Benoît Delépine, c'est donc d'offrir à leur(s) film(s) des distributions haut-de-gamme. Concrètement, ici, les "petits" rôles sont presque aussi marquants que ceux des têtes d'affiche. En fait, si j'attendais Le grand soir depuis déjà quelques mois, c'est parce que j'étais convaincu d'avance qu'on aurait droit à un grand numéro de Brigitte Fontaine en mère des deux loustics. Bingo ! Son style perché est parfaitement raccord ! Difficile également d'oublier - entre autres - la prestation mémorable d'une anonyme en mémé partie faire ses courses, ou bien encore celle de Bouli Lanners, vigile du genre stressé et à la patience relative. L'heure et demie de projection passe très vite. Effet cinéma peut-être, j'ai trouvé l'ensemble plus fin que le commun des sketchs de Groland. Entre deux sourires, j'ai aussi pensé à notre société engoncée dans la course à la consommation. Et, avec les musiques des Wampas en tête, je suis sorti le sourire aux lèvres, avec l'envie d'être moi aussi parfois un punk à chien, fut-ce à ma petite échelle. Indigné, peut-être pas, mais, comme Not, certainement pas résigné.

Le grand soir
Film français de Gustave Kervern et Benoît Delépine (2012)
Je n'ai vu qu'un seul des quatre autres films du duo grolandais. Mammuth m'avait fait belle impression, mais, s'il me fallait comparer l'un et l'autre, je dirais que le long-métrage d'aujourd'hui m'a paru plus convaincant, parce que plus tendre aussi, peut-être. J'attendrai donc d'avoir complété la série pour juger d'une évolution dans le discours des auteurs. J'aime toutefois déjà leur ton irrévérencieux et respectueux à la fois, leur façon de filmer la misère et d'en rire sans jamais vraiment se moquer. Si un message social doit en sortir, ce sera en douceur. Et après une tranche de rigolade...

---------
Pour tout vous dire...
Je ne suis pas le seul à avoir beaucoup aimé le film. Pascale en fait aussi une chronique positive sur son blog, "Sur la route du cinéma".

dimanche 8 juillet 2012

Et les acteurs noirs ?

Une chronique de Martin

Il y a un an presque jour pour jour, je parlais de la place des acteurs noirs dans le cinéma américain. L'annonce hier de la disparition subite du comédien français Mouss Diouf m'incite à m'intéresser désormais au même sujet dans notre cinéma national. Avec d'emblée cette impression fâcheuse que la France ne brille pas par l'exemple...

Omar Sy serait-il l'arbre qui cache la forêt ? L'énorme succès d'Intouchables peine à convaincre durablement que les comédiens noirs ont toute leur place sur les écrans... tricolores. Le César obtenu par l'acteur ne semble pas avoir changé grand-chose aux données premières du problème. Sommes-nous prêts à voir un Noir personnage principal d'un film d'auteur ? Pas sûr. La critique américaine nous est suffisamment tombée dessus l'année dernière pour le prétendu racisme du carton du box office ! Je constate toutefois que derrière le Driss de cinéma se cache un Abdel de chair et d'os, dont la famille vient d'Algérie, pas d'Afrique subsaharienne.

Je vous dois un aveu: quand j'y ai réfléchi, j'ai eu du mal à composer une liste de quatre acteurs français noirs - et je ne parle même pas de l'absence regrettable du cinéma africain sur ces pages. Si j'ai fini par penser à Lucien Jean-Baptiste, d'origine martiniquaise, j'ai dû aussitôt constater que je le connaissais grâce à Possessions, le film tiré de l'affaire Flactif. Pour le coup, le comédien y interprétait donc une personne réelle et... noire elle aussi. Soyons francs: le choix d'attribuer le rôle à un homme de couleur me paraît d'abord révéler un souci de réalisme du réalisateur. Après tout, pourquoi pas ? Reste à espérer que d'autres portes pourront s'ouvrir pour le comédien...

C'est également le souhait que je formule pour Aïssa Maiga. Personnellement, je l'ai découverte dans Les poupées russes, le film de Cédric Klapisch. Elle était justement l'une des "poupées" draguées par Romain Duris, un pan de la mosaïque, une jolie touche colorée avant l'entrée en scène définitive de la blanche Kelly Reilly. Difficile toutefois de nier que l'Anglaise possède elle aussi un charme fou ! Plus récemment, j'ai revu Aïssa Maïga en productrice télé stressée dans Sur la route du Marsupilami. Un personnage sans doute sympa à jouer, mais qui reste dans l'ombre du duo Chabat / Debbouze. Désormais, la belle Sénégalaise préparerait sa première réalisation.

Parmi les comédiens que je suis de loin en loin: Isaac de Bankolé. Chevalier de la Légion d'honneur, cet acteur ivorien d'origine béninoise me paraît un bon exemple en terme de carrière réussie. Après qu'il a fréquenté les écrans français dès les années 80, notamment dans Les keufs ou Black mic-mac, c'est dans le cinéma d'auteur américain que je l'ai revu, avec Ghost dog (Jim Jarmusch). Il est certes vrai que son rôle y est moins important que celui confié à Forest Whitaker. Il apporte toutefois une belle tonalité nostalgique au rythme lent de ce long-métrage atypique. C'est aussi une preuve de son talent à ne pas se laisser enfermer dans un vague stéréotype.

vendredi 6 juillet 2012

Une ambition funeste

Une chronique de Martin

Le film du jour nous transporte dans le Japon médiéval. Généraux victorieux à la guerre, les chevaliers Washizu et Miki sont attendus par leur suzerain pour obtenir récompense. Alors qu'ils se dirigent vers la forteresse de leur maître, rompus de fatigue, ils s'égarent dans une forêt et y croisent un drôle de personnage. L'apparition livre alors une prophétie: Washizu va s'élever dans la hiérarchie militaire et sera un jour le roi, avant qu'à son tour, le fils de Miki monte sur le trône. C'est ainsi que débute Le château de l'araignée.

Avec ce long-métrage, Akira Kurosawa ose transposer dans son pays la tragédie Macbeth, écrite en 1606 par William Shakespeare. L'audace du maître nippon est récompensée: le film s'adapte parfaitement au contexte japonais. La loyauté du samouraï est mise à l'épreuve quand l'opportunité lui est offerte de prendre le pouvoir. Au-delà de la cupidité des personnages, Le château de l'araignée dresse surtout un sombre portrait de l'humanité, où l'ambition d'aller toujours plus haut finit inéluctablement par primer sur la parole donnée et la fidélité à l'engagement. Il y a là un discours très audible dans la France actuelle: que le film ait déjà dépassé le demi-siècle n'affaiblit pas son propos et n'altère en rien sa pertinence. J'imagine que c'est normal, la trame ayant plus de 400 ans ! Il n'y a donc bien que les lieux qui changent: ce n'est pas une mauvaise chose en soi.

Sur le plan purement cinématographique, le rendu est bluffant. L'image a certes souffert avec le temps, mais les plans et idées demeurent d'une étonnante beauté. En réalité, Akira Kurosawa s'illustre par son talent à faire beaucoup avec peu de moyens. Optant pour un tournage sur les pentes du mont Fuji, il utilise le brouillard naturel, fréquent à cet endroit, pour renforcer l'impression surnaturelle laissée par son scénario. Lui faut-il trouver une forêt mobile ? Le cinéaste filme les arbres d'en haut, le vent s'engouffrant dans leurs branches et, par de légers décalages du cadre, parvient aisément à donner l'illusion du mouvement. Je passe sur les scènes de bataille et les chevauchées: les travellings sont juste somptueux. Bref, Le château de l'araignée est une vraie petite merveille en noir et blanc. Un conseil d'ami: ne vous laissez pas rebuter par son âge !

Le château de l'araignée
Film japonais d'Akira Kurosawa (1957)
Quand il tourne ce film, le maître nippon est déjà un cinéaste expérimenté: c'est en effet son 17ème long-métrage. J'aborde juste sa filmographie: au préalable, j'avais simplement vu Kagemusha. J'imagine que je reviendrai un jour sur ce film, qui lui valut la Palme d'or du Festival de Cannes 1980. En attendant, j'envisage sérieusement de voir enfin Les sept mercenaires et sans doute également, si j'en ai l'occasion, La forteresse cachée, source d'inspiration pour la saga Star wars. Je vous recommande vivement Après la pluie, un scénario d'Akira Kurosawa tourné après sa mort.

mercredi 4 juillet 2012

Orwell, un an après

Une chronique de Martin

Une bonne chose de faite: dans la - très - longue liste des classiques qu'il me faudra absolument découvrir, je peux désormais rayer Brazil. J'ai une nouvelle fois plongé dans l'univers de Terry Gilliam pour revenir vraiment satisfait de ce que j'y ai vu. Les mondes fantasmagoriques de l'ex-Monty Python sont toujours d'une créativité étonnante, tout en étant des caricatures d'une certaine réalité. Ceux d'entre vous qui aiment la littérature auront compris en lisant le titre de ma chronique que, cette fois, il n'est pas vraiment prévu d'en rire.

Dans ce qu'on présentera comme un monde rétro-futuriste, le héros de Brazil est un employé de bureau, Sam Lowry. Son patron l'apprécie tout particulièrement car, bien souvent, notre homme s'affranchit des contraintes administratives pour régler les problèmes qui enrayent la bonne marche de son service. C'est toutefois également un souci car, pour régler un problème, il faut l'avoir préalablement identifié et donc, dans le système ultra-totalitaire qu'est devenue la société de son temps, faire acte de subversion. Imaginez un peu le bon Sam rentrant chez lui: ne trouvant personne pour venir réparer son climatiseur, il n'a plus la moindre solution pratique, si ce n'est de faire appel à un chauffagiste indépendant. Attitude presque terroriste que les Services Centraux ne sauraient tolérer. Surtout qu'à ses rares heures perdues, ce grand fantaisiste s'abandonne à la rêverie. Le temps est venu: l'autorité doit dire stop !

Stop ! J'en ai largement assez dit sur le scénario. Je recommande franchement le film à tous ceux parmi vous qui se sont un beau jour lassés de l'inefficacité plus ou moins chronique des procédures d'entreprise et qui ont soupiré devant l'incapacité de la collectivité professionnelle à les résoudre par des mesures simples. Je confirme toutefois que, s'il prête parfois à sourire, Brazil ne vous fera pas rouler sous la table. C'est une oeuvre très pessimiste, à l'image donc de 1984, le roman de George Orwell que j'évoquais un peu plus haut. Pas de quoi en faire des cauchemars, mais tout de même: le propos général est si sombre que les producteurs du film ont souhaité promouvoir plusieurs fins différentes. Celle que j'ai vue correspond aux voeux de Terry Gilliam et, sans trop en dire, je peux révéler qu'après plusieurs rebondissements fantasques et dans une imagerie assez macabre, elle s'achève sur une note particulièrement noire. C'est bien ainsi: un happy end ne laisse pas toujours une empreinte aussi forte que ne peut le faire un final dramatique. Total respect pour Jonathan Pryce, Michael Palin et Robert de Niro qui, ici, montrent qu'ils l'ont intégré. Le résultat: du cinéma haut-de-gamme.

Brazil
Film britannique de Terry Gilliam (1985)
Le cinéaste revendique lui-même la filiation de son film avec 1984. Ses nombreuses influences donnent à son travail un aspect résolument unique, car sa démarche dépasse celle d'un simple copiste pour être celle d'un apprenti retravaillant l'oeuvre avec son regard particulier. Chez les anciens, les univers ainsi créés rappellent assez le Metropolis de Fritz Lang, notamment. Dans des cinématographies récentes, je vois aussi des parentés avec la Dark City d'Alex Proyas ou les mondes farfelus d'un Michel Gondry (La science des rêves). Par facilité, disons que Terry Gilliam ne ressemble qu'à lui-même. Dommage qu'il ne parvienne pas toujours au bout de ses projets.

lundi 2 juillet 2012

La quête des origines

Une chronique de Martin

J'ai le plus sincère respect pour Ridley Scott. Le réalisateur britannique propose avec Prometheus son vingtième film en 35 ans de carrière. Ce seul point fait que je ne peux pas considérer cet opus comme une oeuvre banale dans la foultitude de longs-métrages venus de Hollywood. Je souligne d'ailleurs que la bande-annonce avait suffi à m'attirer, moi qui ne suis pourtant pas amateur de science-fiction habituellement. Admettons-le d'emblée: j'en suis sorti un peu déçu.

Prometheus, c'est le nom d'un vaisseau spatial, engin à destination de LV-233, le satellite d'une planète tellement éloignée de la Terre qu'il a fallu plonger l'équipage dans un sommeil artificiel pour couvrir la distance. Un androïde blond gère seul les commandes de l'appareil pendant les deux années que dure le vol. Objectif de cette mission d'exploration stellaire: retrouver les origines de la vie ! Tout part d'observations faites sur les images rituelles de diverses civilisations.

Chacune à leur tour, elles auraient laissé une trace graphique désignant un chemin dans les étoiles. Le tout est d'en accepter l'idée. "C'est ce que je choisis de croire", dit l'un des personnages. Partant de là, une fois passé en vitesse de croisière, Prometheus prend l'allure d'un blockbuster classique - et je n'ai pas dit lambda. Nul besoin d'être grand prêtre pour vite comprendre que les choses vont mal tourner. La fameuse bande-annonce le montrait déjà...

Sur le plan technique, je me dois de dire que, comme souvent d'ailleurs, Ridley Scott est inattaquable. Une fois encore, il a réussi cette grande performance: à la fois m'emmener ailleurs et me clouer au fauteuil, dès la première image. Si la 3D m'est apparue dispensable, les effets spéciaux et décors naturels sont d'une beauté sidérante et méritent un écran XXL (celui d'une salle de cinéma !). Prometheus, c'est aussi une galerie de personnages: 17, voire 18 selon la manière dont on comptera, quelques-uns cantonnés à un rôle de figurant, mais d'autres bien développés, avec des acteurs sympa et efficaces, Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba et j'en passe. En réalité, l'une des failles, c'est peut-être juste que, même si leur mission est présentée comme confidentielle, on ne comprend pas bien comment des chercheurs ont pu s'embarquer dans une expédition pareille sans garantie de pouvoir diffuser le fruit de leurs travaux. Le scénario règle alors la question d'une réplique: ils n'avaient pas les moyens de la financer. Soit.

Le scénario, justement: c'est, je pense, le point faible du film. Force est de constater que je n'accroche qu'assez partiellement à cette idée de la démesure cinématographique. Je me tiens facilement prêt quand il s'agit d'en prendre plein la vue, mais je garde une exigence forte quant à la teneur de ce qui m'est raconté. Et là, j'en suis désolé pour tous les passionnés de SF, mais je ne suis pas parvenu à "décoller" tout à fait. Loin de moi l'idée de dire que Prometheus reste au ras des pâquerettes. Toutefois, après avoir parfaitement su exposer ses enjeux, le long-métrage m'a simplement paru... courir trop de lièvres à la fois. Les questions posées sont nombreuses. Intéressantes. Fascinantes, même, par bien des aspects. Si l'idée que la vie humaine est née ailleurs que sur la Terre n'a rien d'original en soi, elle est ici posée dans un tel environnement qu'elle nous titille quand même beaucoup. Problème: les réponses données seront rares et évasives. En jouant davantage sur l'implicite, en montrant moins de choses, le film m'aurait sûrement séduit plus profondément. Malheureusement, j'en garde aussi le goût amer d'une scène de fin laissant penser à une probable suite. Comme si, dès le début, il était prévu, non pas de laisser le spectateur éclairer lui-même les zones d'ombre, mais de le ramener en salles dans deux ou trois ans. J'aurais sûrement apprécié une conclusion anticipée et plus ouverte.

Prometheus
Film américain de Ridley Scott (2012)
Il me semble bien qu'on avait notamment parlé du long-métrage comme d'un possible compétiteur cannois. J'ai cru également avoir lu que son créateur avait renoncé, n'osant pas exposer au si grand jour ce qu'il affirmait considérer comme un tournant dans sa carrière. J'attends donc maintenant la suite des événements. Vous noterez toutefois que je n'ai pas parlé d'Alien, l'un des premiers films mythiques de Ridley Scott, sorti en 1979. Je dois encore le voir ! L'oeuvre d'aujourd'hui lui fait écho, pourquoi le taire ? Elle le fait avec moins de justesse, d'après ce que de nombreux connaisseurs ont pu en dire. En guise de bémol, et pour mieux expliquer également la bonne note que j'attribue à l'oeuvre présentée aujourd'hui, je tiens toutefois à ajouter que sa réelle emphase m'accroche plus que celle d'Avatar ou de La menace fantôme. Manque donc un peu de suspense pour s'emballer vraiment...

----------
On y retourne ?
Le robot qui guide l'équipage de Prometheus s'appelle David. C'est aussi le prénom du webmaster de "L'impossible blog ciné", dont l'avis mérite également le détour. Surtout pour ceux qui ont aimé Alien. Autre lecture recommandée: "Sur la route du cinéma".

samedi 30 juin 2012

The long and winding road

Une chronique de Martin

Je m'étais promis de lire le livre avant de voir le film. J'étais finalement arrivé à la moitié quand j'ai vu Sur la route, l'adaptation jugée impossible du roman culte de Jack Kerouac. Quant à savoir maintenant si la génération beat y retrouve ses petits, je préfère laisser ses enfants en juger. Ce que je dis, c'est que le long-métrage m'a plu, peut-être un peu moins que le texte dont il s'inspire néanmoins très largement - avec quelques ajustements et raccourcis. Certains m'ont surpris, mais aucun n'a troublé ma pudeur littéraire.

On retrouve donc bien Sal Paradise, jeune écrivain dans l'Amérique de la fin des années 40. Pour le meilleur et pour le pire, sa rencontre avec Dean Moriarty marque un tournant dans son existence. Fasciné par son cadet, il va un temps délaisser sa machine à écrire au profit d'une expérience de vie à nulle autre pareille. Ensemble et souvent avec les filles qui croiseront leur chemin, les garçons vont traverser les États-Unis de part en part, à plusieurs reprises. Sur la route est aussi un décalque romancé de ce que Jack Kerouac a lui-même vécu. Les kilomètres s'accumulent ici à un rythme encore plus frénétique que les conquêtes, les beuveries ou les shoots à la benzédrine. Itinéraire de deux enfants du siècle, ne revendiquant rien et voulant tout connaître. Les Beatles me pardonneront d'avoir utilisé le titre d'une de leurs chansons pour ma chronique: le parcours effectué n'apparaît pas nostalgique. Il est visiblement sa propre justification.

Que répondre à ceux qui trouvent le film raté ? Peut-être simplement qu'ils feraient bien de sortir un peu le nez de leurs bouquins. Plusieurs réalisateurs ont voulu adapter Sur la route et ont renoncé devant la difficulté de la tâche. Si Francis Ford Coppola lui-même apparaît au générique, c'est "juste" comme producteur: propriétaire des droits, le maître américain s'est incliné devant un cinéaste brésilien, connu d'ailleurs pour d'autres road movies, quand il a fallu faire tourner la caméra. Le résultat est ma foi des plus honorables.

L'interprétation est bonne, sans être pour autant digne de l'Oscar. Encore loin d'être des stars, Garrett Hedlund et Sam Riley, âgés respectivement de 28 et 32 ans, m'ont convaincu. Je ne vois pas trop ce que je pourrais reprocher à Kristen Stewart: si j'ai lu qu'elle jouait beaucoup sur le côté sexuel de son personnage, j'ajouterais simplement qu'elle est en cela assez conforme à la Marylou de papier. D'autres noms apportent un plus, tels Kirsten Dunst, Viggo Mortensen ou un très étonnant Steve Buscemi. La photo, que signe le Français Éric Gautier, est elle tout à fait impeccable. La perfection absolue n'étant pas de ce monde, je passe sur les quelques outrances mélodramatiques, pourtant absentes du roman. Après deux heures passées en voiture, le dénouement arrive peut-être un peu trop vite pour ne pas paraître quelque peu artificiel. C'est l'occasion idéale pour se plonger dans le texte de Kerouac, lui-même un sacré voyage.

Sur la route
Film américain de Walter Salles (2012)
Un autre film de la cuvée cannoise de cette année, reparti bredouille de la Croisette. Aux amateurs de road movies, je peux conseiller deux films: les magnifiques Thelma et Louise, côté filles, ou bien Into the wild, pour la grande aventure en solo et aux images signées d'ailleurs du même chef photo. J'ai bien l'intention de découvrir tôt ou tard Carnets de voyage, régulièrement cité comme le film-phare de Walter Salles, inscrit dans les pas d'un dénommé Ernesto Guevara.

----------
Ailleurs sur la toile...
Vous apprécierez de lire l'analyse de "Sur la route du cinéma".

jeudi 28 juin 2012

Un héros trop discret

Une chronique de Martin

C'est Wikipedia qui me l'apprend: plusieurs films ont choisi le titre The man who wasn't there. Je comprends beaucoup mieux que celui des frères Coen ait été distribué en France sous un nom compliqué rédigé en deux langues: The barber - L'homme qui n'était pas là.

J'avais vaguement repéré son passage à la télé le mois dernier. L'écran allumé quand il a commencé, je me suis gentiment laissé prendre au jeu, fasciné d'abord par la beauté de son noir et blanc. L'anecdote veut d'ailleurs qu'aux États-Unis, pour promouvoir le film sur support DVD, l'éditeur ait exigé qu'une version en couleurs soit également mise en avant. Remercions donc Arte d'avoir bien voulu diffuser le long-métrage tels que ses créateurs l'ont conçu. Il n'y a que les voix américaines qui auront (cruellement) manqué à l'appel...

The barber ? Le coiffeur ? Billy Bob Thornton lui prête ses traits. Moins évident peut-être sur un portrait rapproché, l'intrigue du film se déroule à l'aube des années 50. L'homme a une caractéristique bien peu enviable: parce qu'il ne parle presque pas, personne ne fait jamais attention à lui. Aussi, quand la police déboule dans son salon pour le prévenir que sa femme a été incarcérée, elle ne le voit même pas et s'adresse d'abord à son associé et beau-frère. Cruelle destinée qui fait qu'Ed Crane - c'est son nom - n'est même pas considéré comme un suspect du meurtre de l'amant de son épouse, alors même que, bien sûr, il l'a commis. Je passe sur le pourquoi du comment.

L'enquête policière n'est pas le sujet du film. Aucun des enjeux dramatiques de l'intrigue n'échappe véritablement à notre regard. Comme à leurs habitudes, les Coen brothers préfèrent se concentrer sur les personnages. Femme adultère et idiote d'un cynisme désarmant, Frances McDormand est une nouvelle fois parfaite. D'autres habitués des frangins émergent du casting, en particulier Richard Jenkins, et on notera avec plaisir la présence d'autres stars réputées, comme James Gandolfini ou la jeune Scarlett Johansson. Précision importante: porté par une voix off régulière et une photo impeccable, The barber n'est pas franchement une comédie. J'admets sans mal que le style est là et que certaines scènes improbables sont bel et bien caractéristiques d'une patte. Reste néanmoins que le fond est, si ce n'est tragique, du moins ouvertement pathétique. Certains ont pu parler du long-métrage comme d'une oeuvre mineure. Je ne suis pas d'accord: en multipliant les références aux films noirs, il s'inscrit aussi dans leur tradition. Quand le générique est arrivé, j'avais souvent souri et il me restait un goût amer. Je ne pensais pas en arriver là. Dès que le cinéma soigne autant la forme et le fond, je ne peux finalement que l'aimer.

The barber - L'homme qui n'était pas là
Film américain d'Ethan et Joel Coen (2001)
Pour mon plus grand plaisir et j'espère le vôtre, les frères deviennent des habitués du blog. Je dois encore me retourner vers leurs oeuvres de jeunesse, mais c'est avec enthousiasme que je m'y prépare doucement. Dans leur filmographie, je place Fargo au sommet. Objectivement, Intolérable cruauté est moins puissant, mais j'ai une sympathie particulière pour ce film aussi, sans parler de celle qu'inspire en moi Burn after reading, merveille de bouffonnerie. Restons-en là pour les comparaisons: les Coen sont inimitables !

----------
Je ne suis pas le seul à aimer ce film...
La preuve, les rédacteurs de "L'oeil sur l'écran" l'ont apprécié aussi. Quant au Festival de Cannes, il l'a salué d'un Prix de la mise en scène.

mardi 26 juin 2012

Le retour du justicier

Une chronique de Martin

Plusieurs critères peuvent faire de Pendez-les haut et court un film particulier pour les fans invétérés de Clint Eastwood. De retour d'Europe après une dizaine d'années de tournage, l'éternel cow-boy chevauche de nouveau ici au coeur des grands espaces américains.

Derrière la caméra, Ted Post, l'homme qui l'a dirigé à 27 reprises dans Rawhide, le feuilleton de ses jeunes années. Le long-métrage ressemble fort à un retour aux sources. L'heure du flower power approche, mais n'est pas encore venue: Dennis Hopper se voit confier un petit rôle, difficile à identifier sous une barbe de prophète.

Son personnage éphémère donne toutefois le ton du long-métrage. Reconnu coupable d'on ne sait quoi, l'homme s'échappe de cellule et, sous les encouragements d'autres gibiers de potence, est alors abattu par le shérif local d'une balle dans le dos. Le seul à rester silencieux au cours de la scène, c'est Clint, accusé d'avoir volé du bétail, sauvé in extremis d'un lynchage, mais malgré tout promis à la corde. C'est quand, innocenté par un tribunal, l'ancien éleveur accepte d'accrocher à sa chemise l'étoile d'un marshall, que Pendez-les haut et court débute véritablement. Assez classiquement, il sera alors question d'une tranche de vie focalisée sur l'envie de vengeance. Un bémol toutefois: cette fois, le cavalier solitaire ne l'est plus et doit rendre des comptes à un juge. Ce qu'Eastwood assumait clairement: "Le film parlait de la peine capitale et de l'injustice. Je sentais qu'il était temps, même si c'était un petit film, d'avancer, me mettant au défi de cette façon". Ce qui ne l'empêchera toutefois pas d'essuyer le feu de la critique pour sa violence. Rien que de très ordinaire, en fait...

Pour l'amateur de westerns que je suis, Pendez-les haut et court reste effectivement un petit film. Clint Eastwood a fait bien mieux avant et après, dans son travail avec d'autres cinéastes et bien sûr sous sa propre direction. On ne peut pas parler d'oeuvre de jeunesse pour un homme âgé alors de 38 ans et qui est devenu une star internationale grâce aux films de Sergio Leone. Certains affirment d'ailleurs que l'acteur aurait volontiers retrouvé le maestro italien pour un nouvel opus, espoir douché par le refus du réalisateur. Resterait alors à apprécier le long-métrage pour ce qu'il est, la pierre angulaire d'une carrière encore en devenir. Le fait que le comédien ne soit pas encore passé à la réalisation n'est pas anodin: efficace dans son jeu, il le sera rapidement de nouveau, une fois arrivé derrière la caméra. Mesurer cette progression, c'est l'une des raisons valables pour retrouver cette ambiance de la fin des 60s, aux heures où l'Amérique n'avait pas encore tout à fait changé. Les cow-boys poursuivront ensuite leur chemin, mais sans guère plus se retourner.

Pendez-les haut et court
Film américain de Ted Post (1968)
J'ai découvert celui-là au hasard d'une programmation télévisée. J'espère bien avoir un jour présenté l'ensemble des longs-métrages de et/ou avec Clint Eastwood. Il m'en manque encore beaucoup ! Typiquement, au rayon westerns, tous les Leone et bon nombre d'autres encore. Pour vous faire patienter, je vous proposerais bien de retrouver L'homme des hautes plaines. Si vous préférez admirer une oeuvre plus récente, c'est incontestablement vers Impitoyable qu'il faut vous tourner. Partez devant: je vous rejoins sur la route...

dimanche 24 juin 2012

Ce qui cogne, ce qui résiste

Une chronique de Martin

Vous la lisez après coup, mais j'ai tenu à rédiger cette chronique avant de connaître le palmarès du 65ème Festival de Cannes. Aussitôt après avoir vu le film, en fait. D'autres avant moi ont parlé du nouveau film de Jacques Audiard, De rouille et d'os. Je peux supposer que vous connaissez au moins les grands traits du scénario.

Adapté de nouvelles de l'Américain Craig Davidson, il raconte l'histoire de Stéphanie, montreuse d'orques dans un parc aquatique, amputée de ses deux jambes après un accident. Elle venait à peine de rencontrer Ali, jeune père un peu paumé venu d'ailleurs en France.

Comme souvent chez Jacques Audiard, je crois, les lieux n'ont pas d'importance déterminante. Seule compte l'histoire des personnages. Isolée dans son malheur, Stéphanie appelle Ali, qui pourrait bien être le dernier à se souvenir d'elle, sans la connaître encore vraiment, sans avoir de jugement à porter sur sa vie d'avant. Deux mondes viennent s'entrechoquer et, point notable, ça semble assez naturel. Ali doit "bousculer" Stéphanie pour qu'elle reprenne goût à la vie. Stéphanie rechigne, mais Ali insiste, pas parce qu'il connaît la réalité de l'existence, mais parce que ça, c'est son attitude en tout, directe, incisive, brute de décoffrage. De rouille et d'os est d'abord l'histoire commune de deux êtres dissemblables, une sorte de mélodrame emporté par la chronique sociale, la vie d'un homme et d'une femme qui prennent des coups et qui se battent. Le point de départ demeure assez anecdotique: l'intérêt premier est dans ce qui est montré.

De rouille et d'os est un film de lutte, tourné au plus près des corps. Jacques Audiard excelle dans le montage de plans de cinéma incroyablement puissants. Cet homme-là sait composer des images qui scotchent la rétine et, s'il ne suit pas ici sa meilleure inspiration littéraire, il reste très au-dessus du lot pour ce qui est des images.

Autre grande force du long-métrage: sa distribution. Le duo principal est juste parfait. Faut-il véritablement tresser de nouveaux lauriers à Marion Cotillard ? Si l'expression du personnage public manque parfois de justesse ou d'à propos, elle démontre ici un talent rare pour composer ce personnage de femme fragilisée, sur le chemin d'une existence nouvelle. En face, Matthias Schoenaerts: le comédien belge a paraît-il beaucoup travaillé pour ne pas en faire trop et rester dans le vulgaire pathos. Le résultat est remarquable d'intensité animale: aux côtés de Stéphanie, il est Ali, sans contestation possible. J'applaudis aussi la prestation des comédiens secondaires. J'ai ainsi eu beaucoup de plaisir à revoir Corinne Masiero en soeur ainée emportée par la crise et Bouli Lanners, impeccable parieur véreux qu'on pourrait croire sorti d'un film noir. Au final, il m'a probablement manqué un tout petit quelque chose pour m'emballer vraiment, mais j'ai tout de même vu un des très bons films français de ce premier semestre 2012. L'oeuvre d'un réalisateur à suivre !

De rouille et d'os
Film français de Jacques Audiard (2012)
Trois étoiles, c'est le minimum. Quatre, ça aurait été un peu trop. J'en ai ajouté une demie pour toutes les qualités que j'ai déjà énumérées: images et distribution. À ce stade, des longs-métrages signés Audiard que je connais, je préfère encore Sur mes lèvres. Avant de voir et d'évoquer Un prophète, je vous recommande aussi De battre mon coeur s'est arrêté. J'en reparlerai d'ailleurs un jour ou l'autre. Pas très envie aujourd'hui de citer d'autres réalisateurs.

----------
Pour être tout à fait complet...
Il me faut dire encore que le film est très vigoureusement défendu par Pascale, sur son blog "Sur la route du cinéma". Et, bien qu'il soit probable que vous le sachiez déjà, qu'il est revenu de Cannes 2012 sans la moindre récompense. Partie remise à la soirée des Césars ?