vendredi 2 mai 2025

Sous pli homonyme

Je vous assure que ce n'est pas une blague: un jour, un type ordinaire a appelé la rédaction d'un canard que je connais bien pour demander que les journalistes cessent de citer le nom d'une personne suspectée de meurtre. Le pauvre homme avait la malchance de porter le même et subissait un harcèlement téléphonique constant. À devenir dingue !

La folie épargne encore le personnage d'Alain Delon dans Mr. Klein quand, sur le perron de son appartement, il découvre qu'un journal auquel il n'est pas abonné lui a pourtant été livré. En cette matinée sans éclat de janvier 1942, c'est avec surprise qu'il constate en outre que le nom et l'adresse sur l'enveloppe sont identiques aux siens. Robert Klein, 136 rue du Bac, Paris septième, ne veut pas d'ennuis. Dès lors, sans plus attendre, il se doit d'alerter les services de police sur la possible usurpation de son identité. Et, de son côté, il se lance dans une double quête pour retrouver l'homonyme et ne plus passer pour ce Juif qu'il n'est pas. Une idée assez funeste lorsque l'on sait que, par ailleurs, il ne respecte qu'imparfaitement les lois en vigueur. Du pain béni pour le spectateur ! Un moteur de suspense impeccable ! Parce que celui que la caméra suit pas à pas dans son obstination fatale n'est pas sympathique, le film évolue sur une ligne de crête entre fascination et répulsion envers le personnage principal. Glups...

Tout est à l'avenant: Paris, par exemple, a l'air d'un environnement incertain, voire hostile. Et les autres protagonistes de cette histoire le traversent comme des spectres, déjà morts ou en passe de l'être. On se raccrochera - comme on peut - à la présence de quelques stars parmi les plus illustres de l'époque: Jeanne Moreau, Michael Lonsdale ou Jean Bouise. On croisera aussi Suzanne Flon... et Gérard Jugnot. Des visages familiers, mais pas de quoi s'offrir un cadre confortable. Vous me direz: compte tenu de la période présentée, c'est logique. Mr. Klein n'est en fait pas toujours aussi réaliste que vous pourriez l'anticiper, mais c'est un film qui n'épargne personne, ni les bourgeois français confits dans leur aveuglement coupable, ni les opportunistes centrés sur les combines (qui sont souvent les plus cyniques de tous). Avec, pour les filmer, un réalisateur qui s'était investi auprès du Parti communiste et avait pour cela dû quitter les États-Unis de McCarthy. J'imagine qu'il y a sans doute leçon à retenir pour les temps présents !

Mr. Klein

Film français de Joseph Losey (1976)

Des César pour Losey et pour son chef décorateur Alexandre Trauner. Leur long-métrage pointe les facettes obscures de la France d'alors. Tout à sa noirceur, il pourrait être le pendant d'un film de résistance comme L'armée des ombres (sorti en salles, lui, sept ans plus tôt). L'atmosphère, glauque, m'a également rappelé un film bien différent sur le fond: Le locataire, l'opus 100% paranoïaque de Roman Polanski.

----------
Le film semble conserver une bonne cote auprès des cinéphiles...
"L'oeil sur l'écran" s'en est fait l'écho, tout comme Sentinelle et Strum. C'est même le dernier nommé qui a réveillé mon envie de voir le film.

mercredi 30 avril 2025

Un homme en sursis

Une donnée démographique pour commencer: quelque 6.000 Français occupent aujourd'hui l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon (242 km²). Ils étaient deux fois et demie moins nombreux vers 1850, à l'époque du film dont j'aimerais parler ce mercredi: La veuve de Saint-Pierre. Avec Juliette Binoche et Daniel Auteuil, il y a de belles choses à faire !

Napoléon III rayera vite d'un trait de plume impérial cette République éphémère, où le capitaine Jean porte la charge de chef de garnison. C'est donc à ce titre qu'il doit prendre en charge un marin-pêcheur soupçonné d'avoir, avec un complice et dans un état d'ivresse prononcé, incité un commerçant à sortir de chez lui pour l'assassiner. Condamné, l'homme échappe alors à l'exécution de la peine capitale parce que la cour n'a pas de guillotine, ni de bourreau, à disposition ! Pendant que les notables s'organisent pour qu'il en soit acheminé une depuis Paris, le meurtrier circule très librement, se plaçant au service de la femme de celui qui était supposé le mettre sous les verrous. Vous l'aurez compris: inspiré de faits réels, La veuve de Saint-Pierre est l'histoire, éminemment romanesque, d'une possible rédemption. Toute la question est dès lors de se savoir si vous y croirez ou non. Une supposition: certains rebondissements sauront vous surprendre...

Une bonne partie du plaisir que j'ai eu à regarder ce film d'époque repose sur la remarquable interprétation d'Emir Kusturica dans le rôle du mauvais sujet repenti - un choix de casting tout à fait judicieux. Même si d'autres comédien(ne)s ont bien leur mot à dire dans ce récit humaniste, c'est surtout un trio qui l'anime de la plus belle des façons. Étrangement, cet opus n'a connu qu'un succès relativement modéré lors de sa présence en salles (un peu moins de 650.000 spectateurs). Personnellement, j'ai également apprécié La veuve de Saint-Pierre pour son cadre: ce n'est pas tous les jours qu'une équipe de cinéma s'installe dans ce "coin de France", au large de l'immense Canada. Apparemment, le fruit de ce travail a beaucoup circulé à l'étranger. C'est en soi une bonne chose et, à mes yeux, c'est tout à fait mérité ! À noter l'existence d'un roman éponyme, signé Marine Saglio-Bramly. Vous pourrez le dénicher aux éditions Pocket - avec un peu de chance.

La veuve de Saint-Pierre
Film français de Patrice Leconte (2000)

De la belle ouvrage. Certes moins appréciée que la saga Les bronzés du même réalisateur, cette production n'a assurément pas à rougir. Je l'ai d'ailleurs préférée à Une promesse, tourné avec des acteurs anglo-saxons et cependant inspiré d'une nouvelle de Stefan Zweig. Porter un costume sans qu'il paraisse trop grand est un art difficile. Bon... Madame Bovary, Une vie et Eugénie Grandet m'ont plutôt plu.

----------
Et par ailleurs, en cas d'hésitation...

Vous pouvez toujours vous en référer aux avis de "L'oeil sur l'écran".

lundi 28 avril 2025

Tout l'amour de Lucia

Milan, 16 décembre 1944. Benito Mussolini s'adresse à une journaliste après un ultime discours: "Je m'affaire en sachant que tout est farce. J'attends la fin de la tragédie, comme étrangement détaché de tout. Je ne me sens plus acteur, mais seulement le dernier spectateur". Dernière consigne du fasciste: ne publier l'article... qu'après sa mort !

Le hasard fait que j'évoque cette anecdote historique 80 ans, jour pour jour, après l'exécution sommaire de l'ancien maître de Rome. Cependant, ce n'est pas lui qui m'intéresse aujourd'hui: mon intention est plutôt de vous parler d'un film qui débute alors que la fin du Duce approche. L'année passée, Vermiglio ou La mariée des montagnes est reparti de la 81ème Mostra de Venise avec le Grand Prix du jury. Nous prenons les chemins à destination d'un petit village du Trentin. Quelques mois seulement avant la fin de la guerre, cette zone montagneuse tout au nord de l'Italie voit revenir un jeune homme blessé au combat. Un autre ex-soldat du même âge l'accompagne. Accueilli en héros, ce Sicilien, Pietro, lui aurait en fait sauvé la vie. Des sentiments réciproques l'uniront vite à la belle Lucia, première des dix enfants de Cesare Graziadei, le très austère instituteur local. Au printemps, le patriarche consentira au mariage, tout en exigeant de son gendre qu'il retourne vers le Sud en aviser ses propres parents. C'est alors que se jouera une tragédie - que je n'avais pas anticipée...

J'espère sincèrement trouver les mots justes pour vous convaincre d'une chose: Vermiglio ou La mariée des montagnes brille d'un éclat qui le place sans difficulté parmi les plus beaux films que j'ai vus depuis le début de l'année. Il peut à ce titre être le porte-étendard d'un cinéma italien capable du meilleur et fier de l'héritage de son âge d'or. C'est d'autant plus notable que la réalisatrice de cette merveille n'a pas encore fêté ses cinquante ans (ce sera le 3 octobre prochain). Sur son CV, il y a aussi plusieurs documentaires: c'est un bel atout. Au-delà de ses cadres, elle a l'intelligence de ne pas trop se focaliser sur le dialogue: en réalité, les images parlent souvent d'elles-mêmes. Le film est tout autant un délice pour les oreilles, parsemé qu'il est par de superbes - et très évocateurs - morceaux de musique classique, oeuvres d'Antonio Vivaldi et Frédéric Chopin, notamment. Et puis, il y a la guerre, bien sûr, une menace lointaine qu'on oublie presque grâce à la contemplation constante d'une petite communauté isolée. Il m'a fallu un peu de temps pour redescendre de la montagne !

Vermiglio ou La mariée des montagnes
Film italien de Maura Delpero (2024)
Le vermillon, ce rouge vif que rappellent le titre et le nom du village que nous visitons, n'est donc pas celui du sang: c'est une chance. Même si l'histoire est différente, le film m'en a rappelé deux autres dans un environnement similaire: Le ruban blanc et Une vie cachée. Pour la guerre hors-champ, j'ai aussi aimé L'odeur de la mandarine. Aïe... je n'ai vu que très peu de longs-métrages autour des sommets !

----------
Pour compenser, je regarde ailleurs...

C'est de fait un rituel: je vous suggère de lire la chronique de Pascale.

samedi 26 avril 2025

Une fille dans la ville

L'anecdote m'amuse: à la toute fin de 1975, quand le gouvernement français crée la classification X, il en profite pour prélever davantage de taxes sur les films visés pour soutenir les oeuvres "de qualité". Rassurez-vous: mon film d'aujourd'hui n'a absolument rien de porno. Son héroïne travaille juste dans un cinéma spécialisé dans ce genre...

Christine n'a en fait rien trouvé d'autre pour gagner un peu d'argent. Derrière son guichet, elle entend tout des dialogues et gémissements qui scandent les séances du Variety - c'est aussi le titre du film. Parfois, entre deux ventes de tickets, elle s'aventure dans la salle. Finalement, quand Louie, un homme plus distingué que les autres, décide de lui offrir un verre de Coca, elle accepte de sortir avec lui. Et, quand il la plante lors d'un rendez-vous, elle le suit discrètement afin d'avoir une vision plus précise de qui il est vraiment. Suspense...
 
Point de galipettes à l'horizon: vous avez ici affaire à un film noir. Dans un style qui m'a rappelé celui des premiers De Palma, cet opus dessine un saisissant portrait du New York nocturne et interlope. J'imagine volontiers qu'à sa sortie dans les années 80, il devait avoir quelque chose d'assez fascinant pour le public avide de sensations nouvelles. Ce n'est pas bien sulfureux, quatre décennies plus tard. J'oserai même classer cet OFNI au rang des films expérimentaux précédemment réalisés par son autrice - que je viens de découvrir. D'après ce que j'ai lu, elle s'inscrit dans la lignée du Jim Jarmusch débutant et s'est dit inspirée par les travaux de Jean-Luc Godard. Autre influence notable selon Wikipédia: celle de John Cassavetes. Personnellement, j'ai surtout apprécié le film pour sa photographie. L'intrigue ne m'a que peu intéressé: elle ne me semble qu'un prétexte pour tourner de (belles) images ! D'où une petite déception à l'arrivée.

Variety
Film américain de Bette Gordon (1983)

Une certitude: je n'ai pas vu beaucoup d'autres films comparables. C'est une qualité, sans doute, à mettre au crédit de ce long-métrage singulier, dont certains disent également qu'il renverse le rapport homme-femme habituel. Et il y a du vrai dans cette affirmation. Mais, allez savoir pourquoi, tout cela m'a fait penser à Blow out. J'aime assez le cinéma parano américain (cf. Conversation secrète) !

----------
Vous préférez avoir un autre avis avant de vous lancer ?

D'accord ! Inédit en France jusqu'en 2022, le film est toutefois le sujet d'une chronique de "L'oeil sur l'écran". Je n'en ai pas trouvé d'autres...

vendredi 25 avril 2025

Chrono...logique ?

Michael O'Leary estime que le public perçoit bien que tous les films seront disponibles sur des plateformes en quelques semaines à peine. D'après lui, "cela compromet la durabilité de l'ensemble de l'industrie en ayant un impact négatif sur la fréquence à laquelle les spectateurs se rendent en salles". C'est une inquiétude que je partage largement !

Bon... jusqu'au début du mois, je ne connaissais pas Michael O'Leary. Cet homme est le PDG de Cinema United, la plus grosse organisation de salles aux États-Unis. Il a récemment plaidé pour que les cinémas disposent d'une période d'exclusivité d'au moins un mois et demi. Rappel (et contrexemple): l'échec américain du blockbuster Mickey 17 aura conduit la Warner à le diffuser en streaming après... 18 jours ! C'est un fait: dans le monde, la fameuse "chronologie des médias" n'est pas la même partout. Et elle a également fait débat en France...

Chez nous, si ce que j'ai lu est exact, les télés et les opérateurs Web doivent toujours attendre plusieurs mois - en fait, le nombre précis dépendrait de leurs investissements dans la production française. Canal + doit ainsi patienter un semestre complet, alors que Disney + peut rendre ses propres longs-métrages accessibles après neuf mois. Il semblerait que les réglementations américaines aient été négociées dans un contexte pandémique, alors que les grandes compagnies productrices de cinéma pouvaient douter de leur survie économique...

En substance, Michael O'Leary estime donc qu'aujourd'hui, les choses ont pu évoluer dans un sens positif. Il a quelques autres suggestions pour accompagner les salles obscures dans leur reconquête du public. "Nous devons faire les choses autrement", a-t-il clairement affirmé. L'idée serait de développer un véritable offre premium, au-delà même de tout ce que le septième art propose, avec donc un soin particulier apporté aux espaces communs, notamment. Il conviendrait en outre de faciliter l'accès aux films des salles situées en zones non-urbaines et/ou indépendantes. C'est évident: une partie de l'avenir du cinéma se joue au quotidien. Tâchons donc simplement... de ne pas l'oublier !

----------
Un sujet d'actualité...
Peu après avoir préparé cette chronique, j'ai appris que Netflix attaquait la chronologie des médias devant le Conseil d'État. Précision du Figaro dans son article: la plateforme doit attendre quinze mois avant de diffuser les productions françaises sorties dans les salles. Elle investirait actuellement 50 millions d'euros par an dans le cinéma français, soit 4% de son chiffre d'affaires. La ligne risque de bouger...

Et vous, alors... qu'en pensez-vous ?
Je ne crois pas avoir dit quelque chose de vraiment révolutionnaire. Et j'aimerais beaucoup en rediscuter avec vous. À vos commentaires !

mercredi 23 avril 2025

Duo latino

Il a survécu à la crise sanitaire. Sa vocation ? La promotion du cinéma ibérique et latino-américain. J'ai vu il y a peu deux des films récents projetés au 13ème Festival Ojoloco de Grenoble (25 mars - 6 avril). J'ignore s'ils ont trouvé une structure pour une plus large diffusion. Mais je suis sorti ravi de ces "voyages" - en Argentine et en Uruguay !

Los tonos mayores (ou The major tones)
Film argentin d'Ingrid Pokropek (2023)
Après un accident, Ana, 14 ans, doit vivre avec une plaque de métal dans l'avant-bras, ce qui lui permet de ressentir des vibrations ! L'adolescente en parle à sa meilleure copine, qui les transforme illico en notes de musique (et en tire donc de quoi écrire une chanson). Finalement, tout semble remis en question quand, un soir, le hasard place un jeune soldat sur la route d'Ana. Lui interprète les pulsations ressenties par la jeune fille comme des signaux, en langage morse. Bref, vous l'aurez compris: ce - premier - long-métrage d'une cinéaste de Buenos Aires introduit une bonne dose d'imaginaire au quotidien ordinaire d'une gamine rêveuse. Mais le film va un peu plus loin ! C'est aussi le portrait d'un tandem fille-père, sans autre personnage féminin adulte pour prendre la place et le rôle d'une maman. L'aspect fantastique du scénario se combine donc avec une approche subtile d'un sujet somme toute classique, traité avec beaucoup de douceur. Aucune raison de pleurer. Au contraire: l'espoir est de se réconcilier avec la vie. Je suis convaincu que petits et grands en sont capables...

Agarrame fuerte (ou Don't you let me go)
Film uruguayen d'Ana Guevara et Leticia Jorge (2024)
Un film qui commence mal: nous assistons à un grand rassemblement après la disparition prématurée d'Elena, une très jolie jeune femme. Ce deuil affecte naturellement Adela, l'une de ses amies intimes. Quand la cérémonie funéraire s'achève, elle s'effondre en sanglots dans sa voiture, à l'abri du regard des autres proches de la défunte. Puis, une fois qu'elle a repris contenance, elle se remémore un temps fort de leur relation passée... comme si elle la vivait, à nouveau. Nous, spectatrices et spectateurs, découvrons donc cette histoire grâce à un long flashback. Et ce qui pourrait être banal ne l'est pas ! Pourquoi ? Parce que les deux réalisatrices associées ont eu l'idée d'introduire dans cette reproduction du réel une dose de poésie visuelle. Pour peu qu'on y accroche, on s'évade alors vers un rêve. Toute la puissance consolatrice du cinéma est de ce fait mobilisée pour nous aider à sécher nos larmes - ou, mieux, à ne pas les verser. Un bateau pourrait nous emmener pour prolonger cette escapade. C'est bien à nous de décider jusqu'où accompagner les personnages...

----------
Une petite conclusion...

L'Amérique latine est bien loin d'être le continent le plus représenté sur ce blog, mais elle devance tout de même l'Afrique et l'Océanie. Pour l'heure, j'ai vu des films de huit de ses pays, les plus nombreux tournés en Argentine, au Brésil et au Chili. Je compte bien continuer !

lundi 21 avril 2025

Idéal de Provence

Jean Giono a 35 ans en 1930 quand paraît Regain, l'un de ses romans cités parmi les plus réussis. C'est un autre célèbre auteur provençal qui en signe l'adaptation sept ans plus tard: Marcel Pagnol, bien sûr ! Les deux hommes sont nés la même année et ont collaboré à l'écriture du scénario. Je n'ai pas d'informations sur le déroulé des opérations...

Une certitude: le personnage qu'interprète Fernandel tient une place majeure dans le film, tandis qu'il serait vraiment "au second plan" dans le livre, d'après ce que j'ai pu lire ici et là. Gédémus, rémouleur faussement sympathique, trimbale sa carriole de village en village avec d'autant plus de difficultés qu'il a perdu son chien pour la tirer. Chance pour lui: il trouve une femme pour remplacer l'animal ! Ensemble, Arsule et lui parcourent les très escarpées campagnes provençales pour trouver de nouveaux clients. Et, un soir, le duo sauve un drôle d'homme d'une noyade dans une rivière sauvage. Finalement, un nouveau couple pourra se former, a priori plus franc...

Regain est un drôle de film, à la fois réaliste, poétique et onirique. D'après mon ressenti, il est ancré dans son époque, ces années trente encore porteuses d'un espoir républicain fondé à la fois sur le progrès et un essor économique enfin envisageable pour les classes sociales dites populaires. Une part de la belle imagerie autour de ces valeurs sera ensuite récupérée par les régimes autoritaires: triste constat ! Bientôt neuf décennies plus tard, le beau long-métrage que j'évoque aujourd'hui semble d'un autre temps - ce qui est de fait assez logique. Pourtant, avec le regard que la caméra amène sur la Provence d'alors et ses petits hameaux en voie de disparition, il y a dans cette histoire éternelle quelque chose de très touchant. Un humanisme profond qu'incarnent à merveille les deux acteurs de la photo, Orane Demazis dans le rôle d'Arsule (ou Irène, en fait) et Gabriel Gabrio en Panturle. Quelques autres protagonistes complètent le tableau, à voir ou revoir.

Regain
Film français de Marcel Pagnol (1937)

Pour son époque, je trouve finalement cet opus assez moderne. Évidemment, tout dépend aussi de l'oeil avec lequel on le regardera et/ou des attentes que son point de départ pourrait faire naître. Certains aspects peuvent étonnamment rappeler La strada (1954) ! Cela étant dit, liés à Pagnol, je préfère d'autres films: la trilogie marseillaise Marius-Fanny-César ou La fille du puisatier. À suivre...

----------
Et pour aller plus loin...

Je vous conseille de découvrir aussi l'intéressante analyse de Strum.

samedi 19 avril 2025

Un ami atypique

Un film plus léger, aujourd'hui: je termine avec vous cette semaine en évoquant un long-métrage que je n'avais que vaguement vu passer et qui m'avait été recommandé pour le rôle de Benjamin Lavernhe. Dans Le goût des merveilles, l'acteur, alors jeune trentenaire, forme un beau duo avec Virginie Efira. Leur première collaboration, je crois.

Arboricultrice dans la Drôme, Louise vit seule avec ses deux enfants depuis la mort accidentelle de son mari. Avec une pugnacité certaine et beaucoup de courage, elle s'accroche aux rêves du quatuor brisé pour maintenir à flot le verger qui est aussi le cadre de vie familial. Difficile devant de tels paysages ensoleillés de ne pas la comprendre. La vie n'est pas si facile, pourtant, avec maintes factures impayées. Et voilà que Louise renverse Pierre (alias πR), un jeune homme perturbé et solitaire qui est l'ami atypique d'un généreux libraire ! Vous voyez le tableau ? Rien de vraiment très original à attendre. Attention: Le goût des merveilles n'est pas du tout un mauvais film. Il s'avère à la gloire des acteurs-vedettes, mais n'est pas déplaisant. Disons que le récit est largement prévisible dès la première rencontre des protagonistes dans un cadre sublime - et sans grand aléa météo. Virginie Efira et Benjamin Lavernhe sont absolument irréprochables...

Le goût des merveilles
Film français d'Éric Besnard (2015)

Je n'en attendais pas autre chose, mais il peut sembler regrettable qu'un tel film manque ainsi d'aspérités. J'insiste: rien de honteux. C'est un peu mieux ficelé que Les choses simples, du même auteur. Pour l'instant, Éric Besnard m'aura surtout convaincu avec Délicieux. Le feel good movie à la française a encore de l'avenir, je pense. Constat d'évidence: pour ma part, je n'en vois qu'assez peu, en fait...

----------
Et on en dit quoi, ailleurs ?

Le film est (presque) totalement absent de mes blogs de référence. Seul Laurent lui aurait-il "donné sa chance" ? Ça commence à dater...

jeudi 17 avril 2025

Combien de vies ?

Il n'est pas interdit de juger obscène le fait de représenter un attentat terroriste réel dans un film de fiction. Évoquer Un an, une nuit, opus inspiré du drame du Bataclan et des souvenirs de rescapés ? J'y tenais parce que je ne compte n'occulter aucun des films que je découvre. Même quand, d’après moi, il faut aborder le sujet... avec précaution.

Céline et Ramón, jeune couple de Parisiens, elle travailleuse sociale, lui analyste financier, errent dans les rues de la ville, silencieux, hagards, une couverture de survie sur le dos. On comprend très vite qu'ils sortent vivants de la tuerie survenue dans la salle de spectacle du 11ème arrondissement (un rappel: c'était le 13 novembre 2015). Le film s'intéressera à comment ils vont "surmonter" (ou pas) ce choc.

Oui, le choix de Un an, une nuit de revenir sur ces terribles faits historiques et la manière dont le film les reconstitue sont discutables. Mon avis ? Je me suis senti très ému par moments, mais pas choqué. C'est en réalité parce que je prête à ce long-métrage deux qualités importantes, si ce n'est essentielles: il s'est souvenu que le Bataclan n'était pas un cas isolé - après la gare d'Atocha sur le territoire espagnol et avant Nice, notamment - et surtout, il illustre l'idée qu'au-delà du drame collectif, chaque victime a sa propre souffrance. Et, sur ce point précis, je l'ai trouvé à la fois pudique et très juste. L'interprétation du duo Noémie Merlant - Nahuel Pérez Biscayart s'inscrit à mon sens dans cette logique, malgré le sentiment de colère qui anime parfois les personnages ou le déchirement qu'ils subissent. Sans en dire plus, je note que le scénario offre également un écart possible avec la réalité et que la fin de ce récit peut être comprise d'au moins deux façons différentes. Une réflexion que je vais écarter pour le moment, faute d'avoir lu Paix, amour et death metal, le livre à la source du film. Bon... ce n'est peut-être bien que partie remise. D'ici là, nous pouvons bien sûr toujours en discuter en commentaires !

Un an, une nuit
Film franco-espagnol d'Isaki Lacuesta (2022)

En écho au beau titre du film, je me suis demandé combien de vies avaient été perdues, changées, raccommodées ou bien renouvelées après ces événements tragiques. Et c'est parce qu'elle laisse le champ des possibles ouvert que j'ai aimé cette fiction... venue d'Espagne ! Cela dit sans nullement renier les qualités de quelques films français sur ce même très douloureux sujet, tels que Amanda ou Revoir Paris.

----------
Un avis plus nuancé ?

Celui de Pascale l'est, me semble-t-il. Arguments à l'appui, bien sûr. Pas d'autre billet en vue chez mes camarades blogueuses et - gueurs. Peu diffusé en France, le film n'a réalisé que 10.340 entrées en salles.

mercredi 16 avril 2025

Leurs premières fois

Bon... changement de programme: ce n'est finalement que demain que je mettrai en ligne une nouvelle chronique consacrée à un film. Aujourd'hui, un mot rapide pour vous signaler une petite nouveauté dans l'une des rubriques du blog, "Les réalisateurs et réalisatrices". D'ailleurs, la voyez-vous toujours en page d'accueil, en haut, à droite ?

Si c'est le cas, je tiens donc à vous signaler que j'y ai ajouté une info supplémentaire sur les films référencés. Comme mon titre de ce jour le suggère, un (1) accompagne à présent les premiers longs-métrages de leur autrice ou auteur - s'il a déjà été chroniqué, bien entendu. J'espère que cela apportera un soupçon de visibilité supplémentaire aux artistes qui se lancent, auxquels certains festivals de cinéma s'intéressent spécifiquement (un autre sujet qu'il me faudra aborder). Je me dis par ailleurs que c'est intéressant de revenir aux sources d'une inspiration, quelle qu'elle soit, et vous invite dès lors à le faire avec moi. Ce ne sont assurément pas les occasions qui manqueront. Sur ce, je vous retrouve donc demain avec un autre film: le 2752ème sur Mille et une bobines ! Je ne changerai pas d'intitulé pour autant...

----------
Au fait, chères lectrices et chers lecteurs...

Et vous, alors ? Est-ce que ça vous arrive de prêter une attention rétroactive au tout premier film d'un(e) cinéaste que vous aimez ? Et/ou est-ce que vous êtes intéressés par les artistes qui se lancent dans la carrière ? Oui, je reste assez curieux et motivé pour le débat !