samedi 21 janvier 2017

Malheurs en série

J'ai mis du temps avant d'apprécier les classiques de la littérature française à leur juste valeur. Une vie, d'abord publié sous la forme d'un feuilleton en 1883, est le premier roman de Guy de Maupassant. C'est aussi la première oeuvre que j'ai lue de l'écrivain normand. Aujourd'hui, je vais vous dire un mot sur une adaptation au cinéma...

Le réalisateur Stéphane Brizé indique que la naissance de son projet remonte à une vingtaine d'années, au moment où il a découvert l'oeuvre écrite, suivant un conseil de Florence Vignon, la co-scénariste de plusieurs de ses films. Deux mots sur l'histoire: dans la Normandie du 19ème siècle naissant, Jeanne, une jeune aristocrate juste sortie du couvent, épouse Julien, homme peu fortuné, mais lui aussi issu d'une famille noble. La noce tourne au fiasco et un long cauchemar commence pour la mariée - il durera de longues années. La lumière est presque absente de ce récit, sans conteste parmi les plus sombres et glacés que je connaisse. Sur grand écran, pourtant, Une vie s'anime d'images très contrastées, illustrant tant les moments de joie que les séquences de désespoir de sa (belle) héroïne. Je dois avouer que je garde un souvenir éprouvant du livre, très chargé en émotions mortifères. C'est un fait: le long-métrage m'est apparu plus "nuancé".

Une grande partie de la réussite formelle du film tient à son montage. En fait, c'est par petites touches et sans se soucier de suivre logiquement le fil du temps que la caméra réalise le portrait sensible des différents personnages. On les suit au présent, on file ensuite vers leur futur, on revient dans le passé... le tout est très découpé. Rassurez-vous: on s'habitue bien vite et on s'y retrouve facilement. D'ailleurs, il n'y a guère qu'une dizaines de protagonistes. Le couple principal en côtoie d'abord deux autres, jeunes amis et vieux parents. Avec eux encore, une servante, soeur de lait de Jeanne et témoin muet de sa décrépitude. D'autres notables: deux prêtres, un médecin et un notaire. Plus tard naîtra un fils, que la mère parviendra à aimer viscéralement, envers et contre tous les ennuis qu'il pourra lui causer. Une vie permet d'apprécier d'excellents acteurs: outre Judith Chemla en mater dolorosa, vous retrouverez Swann Arlaud, Clotilde Hesme, Finnegan Oldfield, Yolande Moreau et Jean-Pierre Darroussin, etc... Jusqu'à l'ultime réplique, le film reste fidèle au roman: un vrai "plus" !

Une vie
Film français de Stéphane Brizé (2016)

Le film a remporté en décembre le Prix Louis-Delluc, que l'on présente parfois comme "le Goncourt du cinéma". Il fait partie des favoris annoncés pour les prochains César. À noter également: le format carré de l'image. Stéphane Brizé conserve un style fait de silences évocateurs, déjà à l'oeuvre dans Mademoiselle Chambon. Ce travail épuré peut ne pas vous toucher. Ou vous motiver à lire Maupassant...

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D'autres images existent sur le même récit...

Surprise: la toute première adaptation date de 1947 et est l'oeuvre d'un réalisateur... finlandais, Toïvo J. Särkkä ! Une autre version cinéma a été réalisée par Alexandre Astruc en 1958 et un téléfilm d'Élisabeth Rappeneau, soeur de Jean-Paul, a été diffusé début 2005.

Si, désormais, vous jugez utile d'avoir un autre avis...
C'est avec plaisir que je vous oriente vers celui de mon amie Pascale

4 commentaires:

Pascale a dit…

Film étonnant. Tout ce desespoir !!!
Et le livre que j'ai hâte de lire.

Martin a dit…

La manière dont le film est monté est d'une grande intelligence.
Une adaptation plus littérale n'aurait pas apporté grand-chose au livre.

On en reparle quand tu l'as lu, si tu veux.

GirlyMamie a dit…

Celui-là je suis curieuse de le voir. J'adore Maupassant, et c'est même le roman que je préfère chez lui. Et j'aime bien aussi la sensibilité de Stéphane Brizé.

Martin a dit…

Si tu aimes Maupassant et que tu es sensible au style Brizé, je pense qu'il ne pourra que te plaire.