samedi 9 juillet 2016

Elle s'appelait Rachel

RoboCop, Total recall, Basic instinct... j'étais encore adolescent quand ces trois films de Paul Verhoeven sont sortis consécutivement. Au tournant des années 90, je ne suis pas sûr que je vous aurais cru si vous m'aviez dit que le réalisateur était néerlandais. Ma curiosité pour le cinéma était encore très relative, à l'époque. Things change...

Paul Verhoeven est finalement revenu dans mes radars il y a peu. J'aurais pu aller voir Elle, son film présenté à Cannes le 21 mai dernier, mais non ! Réflexion faite, je me suis abstenu et j'ai choisi de regarder Black book, un film qu'il a sorti il y a dix ans, au retour d'une très longue période hollywoodienne (de 1987 à 2006, environ). L'histoire tourne autour d'une dénommée Rachel Stein, femme juive dans la Hollande de 1944, occupée par les Nazis. Une figure d'héroïne peu conventionnelle. C'est après que toute sa famille a été massacrée devant ses yeux que la jeune femme rallie les rangs de la Résistance. Sa soif de vengeance la pousse alors à infiltrer les rangs de l'ennemi en se faisant passer pour une fille facile auprès d'un officier influent. Très réussie, toute la première partie du long-métrage nous montre ainsi comment Rachel devient Ellis de Vries, une jolie poupée blonde entre les pattes des ours hitlériens. Et ensuite ? Ça va se compliquer.

Dans la seconde moitié de son métrage (2 heures 20 environ), le film s'emballe et l'intrigue connaît alors d'innombrables rebondissements. J'aimerais vous dire que j'ai trouvé ça génial, mais ce serait mentir. Les gros points positifs, c'est qu'on ne s'ennuie pas et que l'action soudainement débridée ne nuit nullement à la lisibilité du scénario. Bien au contraire, même si le vrai bon suspense de Black book repose largement sur un jeu de faux semblants, les nombreux personnages sont suffisamment charismatiques et bien joués pour qu'on les suive sans difficulté de compréhension. Si je reste réservé sur les qualités intrinsèques de cette (grosse) production, c'est pour d'autres raisons. D'abord, même si ce n'est pas très grave, certaines séquences manquent franchement de vraisemblance: je n'en citerai... aucune pour ne pas atténuer votre possible plaisir, mais le mien en a pâti. Par la suite, j'ai regretté aussi que le film demeure assez complaisant avec la violence psychologique, ce qui ne lui apporte rien, au fond. D'ailleurs, pour un peu, ça m'aurait poussé à baisser ma note finale...

Black book
Film néerlandais de Paul Verhoeven (2006)

Une précision: si vous le jugez face à Hollow man, l'autre Verhoeven chroniqué sur ce même blog, vous tenez là un sacré chef d'oeuvre ! Visiblement habitué aux polémiques, ce bon vieux Paul ne recule pas quand il s'agit d'utiliser l'imagerie Gestapo pour ce qui reste en réalité un film... de divertissement. Si ce genre de choses vous convient aussi, vous aimerez le Inglourious basterds de Quentin Tarantino...

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Vous en voulez encore ?

Très bien ! Il y en a chez "L'oeil sur l'écran" et dans "La Kinopithèque". Et aussi sur les blogs de Pascale, Dasola, Chonchon et Princécranoir.

jeudi 7 juillet 2016

Vers sa destinée

J'aurais attendu longtemps avant de pouvoir enfin voir Brooklyn ! Heureusement, parmi mes six cinémas habituels, l'un diffuse les films en fin d'exploitation, c'est-à-dire quand les autres les ont déjà passés. Je suis heureux d'avoir ainsi ajouté cet opus (brito-canado-)irlandais sur la liste de ceux que j'ai pu découvrir en salles, plutôt qu'en DVD...

Le film nous ramène dans les années 50, quand la jeune Eilis Lacey, lassée de sa vie irlandaise, décide de s'embarquer vers les États-Unis pour y vivre... autre chose. La demoiselle s'inquiète de ce qui peut arriver ensuite, mais pas pour elle, plutôt pour sa mère et sa soeur restées au pays. C'est pourtant cette dernière, Rose, qui l'a confiée aux bons soins d'un prêtre déjà expatrié, lequel lui a obtenu un travail et des papiers en règle. Certains ont d'ailleurs reproché à Brooklyn l'idéalisme (supposé) avec lequel il aborde le thème de l'émigration. Je ne les rejoins pas: pour moi, le film parle surtout d'émancipation féminine, depuis une société assez rigide vers un horizon favorable aux personnes humbles et travailleuses. OK, c'est aussi un peu naïf quand c'est exprimé ainsi. Je conçois que l'exposé répété des états d'âme d'Eilis n'intéresse pas tout le monde. Moi, j'ai trouvé ça juste. Pour info, le film adapte un livre du romancier irlandais Colm Tóibín.

Je ne sais pas exactement ce que l'écrivain a mis de sa personnalité dans son personnage, mais je constate qu'il a fait Eilis, comme lui, originaire de la petite ville d'Enniscorthy, au sud-est de l'Irlande. Attention toutefois aux amalgames trop faciles: Colm Tóibín est né en 1955 et, même s'il a lui aussi voyagé, en Espagne et Argentine notamment, cette histoire n'est pas la sienne. Je reviens au cinéma pour signaler que, si j'avais un reproche à faire à Brooklyn, ce serait sans doute son relatif manque d'aspérités. Tout est beau, si propre finalement que ça en devient un peu trop lisse, parfois. Il faut voir tout cela comme un conte pour l'apprécier vraiment, au risque assumé d'être lassé par les quelques violons plaintifs de la bande originale. Pour le reste, rien de méchant à dire: la reconstitution est soignée, les acteurs impliqués et talentueux (Saoirse Ronan progresse bien !) et l'histoire, ma foi, m'a semblé émouvante et plutôt bien racontée. Vous aurez noté que je n'en ai pas dit grand-chose: c'est volontaire. J'espère bien que vous aurez envie de la découvrir par vous-mêmes...

Brooklyn
Film irlandais (etc...) de John Crowley (2015)

Tant pis si c'est un peu "rose bonbon": j'ai bien aimé cette histoire. D'une certaine façon, elle dit aussi beaucoup sur ce que nous sommes et pourrions devenir. Sur (presque) la même base, The immigrant développe un propos moins intéressant, d'après moi. En voyant Eilis essayer de vivre sa vie, j'ai aussi repensé, époque oblige, à Carol. C'est positif d'avoir un point de vue européen sur ces questions d'exil.

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D'autres avis sur le film ? Il y en a, bien sûr...

Vous en verrez notamment chez Pascale, Dasola, Tina et Sentinelle. Eeguab, lui, a su écrire les mots pour donner envie... de lire le livre. 

mercredi 6 juillet 2016

Leur petite Enterprise

16.842 entrées: cela paraît fou, mais ce serait le score au box-office français réalisé par Galaxy Quest. On m'avait pourtant conseillé d'accorder sa chance à cette comédie américaine, ce que j'ai fait dernièrement en la découvrant sur l'une de mes chaînes cinéma. L'idée de retrouver le regretté Alan Rickman a fini de me convaincre.

Le pitch ? Cinq comédiens (et un figurant) signent des autographes lors d'une convention, c'est-à-dire une rencontre avec des centaines de leurs fans, telle qu'organisée aux States pour les acteurs de séries. Or, Jason, Gwen, Alexander et les autres n'ont pas de nouvel épisode à promouvoir, mais seulement un boulot à faire pour gagner des sous. Puis, par un mécanisme que je n'expliquerai pas, ces héros d'un show du type Star Trek se retrouvent... vraiment envoyés dans l'espace ! Identifiés à leurs rôles respectifs, il leur faut résoudre le problème majeur du peuple thermien: la très banale menace d'anéantissement que fait planer sur lui un dénommé Sarris, extra-terrestre belliqueux. Bilan: les quiproquos étant de très bons moteurs comiques, on rira davantage qu'on ne frissonnera à proximité de la nébuleuse de Klathu.

Une partie d'entre vous trouveont Galaxy Quest plutôt kitsch. Comment leur répondre ? Il l'est... et je crois bien que c'est voulu ! Quelques effets spéciaux très "carton-pâte" émaillent le film: j'y vois justement une forme de respect pour les séries de la télé d'antan. L'amusement premier tient à ce décalage: la parodie reste gentille. Ensuite, et pas si subsidiairement, j'ai trouvé vraiment chouette d'avoir embarqué de bons acteurs dans le délire, dont Alan Rickman déjà évoqué, ou l'icône geek des années 80, alias Sigourney Weaver. Peut-être un tantinet limité dans ses enjeux, le long-métrage assure sans problème, ni prétention, sa fonction de pur divertissement. Apparemment, on a parlé d'une suite possible ou d'une série dérivée. Je vous avoue que je ne crois pas que ce serait véritablement utile...

Galaxy Quest
Film américain de Dean Parisot (1999)

Bref... j'aime bien quand le cinéma US se moque de sa propre culture. Les Britanniques le font un peu de la même façon, dans des films comme Shaun of the dead, Hot fuzz ou Paul (la trilogie Cornetto). Cela ne donne jamais de chefs d'oeuvre, mais ça permet de se vider les neurones après une rude journée de travail - testé pour vous ! Côté spatial, on n'est pas loin ici de l'humour d'Absolutely anything...

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Si vous voulez aller voir ailleurs sur le Net...
Vous verrez que les avis sont contrastés du côté de "L'oeil sur l'écran". Laurent, lui, nous propose une très bonne chronique de réhabilitation.

mardi 5 juillet 2016

Révolution ?

De la frustration cinéphile naissent parfois de belles surprises. Aujourd'hui, je voulais évoquer un film d'Orson Welles, mais le fait est que mon enregistrement programmé n'a pas fonctionné ! Dépité d'abord, je me rabats vers Printemps tunisien, le film... tunisien alors choisi comme "programme de remplacement" de ma soirée télé.

Me revoilà déjà obligé de reparler d'Arte ! En effet, s'il a pu être projeté en salles dans son pays d'origine, Printemps tunisien repose d'abord sur une commande de la chaîne franco-allemande, où il a été diffusé un peu avant Noël, en 2014. Ses producteurs le présentent officiellement comme le premier film tunisien évoquant la Révolution de jasmin, qui a vu le départ du président Zine el-Abidine Ben Ali après presque un quart de siècle au pouvoir, au tout début de 2011. Précision importante: il ne s'agit pas d'un documentaire. J'ajoute d'ailleurs que mes connaissances sur la Tunisie sont bien trop limitées pour que je fasse la part de ce qui reproduit la réalité et de ce qui est inventé ou modifié pour les besoins de la cause cinématographique. Reste une certitude: ce récit pas-tout-à-fait-historique m'a marqué. Sans esbroufe, il évoque ce que peut être la vie sous un régime autoritaire, où le citoyen lambda marche sur un fil en permanence...

L'intelligence de ce film consiste à placer le propos à la hauteur d'hommes et femmes ordinaires. Les trois protagonistes principaux sont des amis musiciens, chargés un jour de l'animation d'un mariage dans la haute société, en présence de l'épouse du président. Prudence ou intelligence, je ne sais, mais seul son prénom - Leïla - est cité. Impossible de ne pas reconnaître Leïla Trabelsi, la véritable femme du dictateur désormais déchu: dans le film, son mutisme permanent renforce incontestablement son charisme glacial. Ce visage féminin est contrebalancé par un autre, celui de Noura, jeune femme éprise d'une plus grande liberté, bien qu'issue d'un milieu plutôt favorisé. Printemps tunisien m'a justement plu pour ce vrai sens de la nuance. Quand elle veut dénoncer quelque chose, la réalisatrice montre clairement une situation, mais évite toujours les grands discours. Même ses personnages positifs échappent au monolithisme simplificateur et se heurtent à certaines de leurs auto-contradictions. La fin est donc très juste, entre vraie tragédie et espoir pour l'avenir.

Printemps tunisien
Film tunisien de Raja Amari (2014)
Je trouve fort que ce long-métrage ait été réalisé par une femme ! J'ai pris une belle leçon de courage et de libre-arbitre, si puissante d'ailleurs qu'elle me fait m'intéresser aux autres films de Raja Amari. Au-delà, cela réveille aussi mon intérêt pour le cinéma nord-africain contemporain. Le Challat de Tunis du côté tunisien et Le repenti pour l'Algérie sont très recommandables pour une première approche.

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Bon, allez, tant que j'y suis...

Je fais de la pub à Dasola, qui a évoqué un autre film de la cinéaste.

lundi 4 juillet 2016

Deutschland blues

L'avez-vous remarqué ? Je cite parfois Arte en référence des chaînes de la TNT accessibles à tous, pour ses choix de diffusion de films cinéma. Preuve de son caractère binational, le canal franco-allemand permet aussi d'accéder à une partie de la production d'outre-Rhin. Exemple: Les chansons cachées, au programme à l'automne... 2014 !

S'il y a parmi vous quelqu'un qui a vu le film, qu'il le dise aussitôt ! Non ? Personne ? Avant que vous pensiez que je suis cinéma-dingue au point de retenir par coeur de vieux magazines télé, je précise quand même que j'avais simplement enregistré ce long-métrage. Après, petit calcul: j'ai mis presque 20 mois avant de le regarder ! Bref... Les chansons cachées, c'est l'histoire d'un trompettiste jazz très talentueux et (accessoirement ?) prénommé Martin. Le récit l'attrape au milieu d'un concert, que notre bon ami interrompt brusquement, convaincu soudain que sa petite amie est amoureuse du musicien et non de l'homme qu'il est vraiment. Crise passagère, réconciliation sur l'oreiller et plus si affinités, nouvelle engueulade matinale, porte qui claque et auf Wiedersehen la vie rangée: Martin lâche tout, file jouer de la musique dans le métro et s'attire dès lors de sérieux emmerdements. Autant le dire: je parle d'une déchéance...

Sur cette base, je peux supposer que le film ne fera pas l'unanimité. J'insiste sur sa dimension confidentielle: si j'en crois IMDb, présenté officiellement à la Berlinale 2009, il n'aurait ensuite pu être diffusé qu'en Allemagne et en Espagne, avec tout de même aussi un passage dans un festival... sud-coréen ! Mon entreprise de réhabilitation s'annonce d'autant plus ardue que je n'ai rien vu d'absolument génial. Malgré tout, Les chansons cachées sait aborder quelques thèmes intéressants, comme la difficulté d'être un écorché vif dans la société contemporaine. Au départ, j'ai presque eu l'impression que Martin "cherchait" la marginalité qui lui tombait dessus, mais le film montre aussi, par petites touches, que les pas de côté peuvent se payer cher. L'une des réussites du scénario, c'est de se garder du manichéisme. La vie n'est facile pour personne, mais certains peuvent avoir droit aux secondes chances. Il reste de quoi y croire, malgré la grisaille...

Les chansons cachées
Film allemand d'Andreas Struck (2009)

Dans toute chose, une chanson dort
: c'est la traduction approximative du titre allemand. J'y vois aussi une maxime sur le caractère relatif des misères que la vie peut nous réserver. En tout cas, je dois dire que je n'ai pas passé un mauvais moment devant ce film méconnu. Après y avoir réfléchi, j'ose presque pointer quelques points communs avec certains films du Finlandais Aki Kaurismäki - en plus rude, aussi.

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Deux précisions d'ordre culturel, voulez-vous ?
Schläft ein Lied in allen Dingen est aussi le premier vers d'un quatrain du poète romantique allemand Joseph von Eichendorff (1788-1857). La BO jazz du film, elle, est l'oeuvre du Norvégien Nils Petter Molvaer.

samedi 2 juillet 2016

Sortir du pétrin

Je suis peut-être un Bisounours, mais j'aime croire que le cinéma peut servir aussi à venir à bout des clichés et à propager la tolérance. Le réalisateur de Dough avait-il cette idée en tête ? Pas sûr. D'ailleurs, il me semble que son film est passé pour le moins inaperçu. Je l'ai vu plus d'un mois après sa sortie officielle, sans avoir rien lu...

Ici, l'éternel principe de la fructueuse association des contraires repose sur Nat, un vieux boulanger juif, et Ayyash, un jeune réfugié politique, africain et musulman, devenu son apprenti. Le scénario s'appuie sur l'idée que, pourchassé par la police, le garçon se voit obligé de vider une quantité de cannabis... dans le pétrin du patron ! Soudain, les pains et gâteaux ont un tout autre goût, mais se vendent beaucoup mieux, d'autant qu'un marché parallèle renforce l'activité première de la boutique. Une précision: les amateurs de farce cynique trouveront sûrement Dough un peu fade. Le film décrit des situations sociales compliquées et s'il en rit, c'est toujours avec bienveillance...

Dans ce double registre, les acteurs sont justes et convaincants. Autant vous le dire: c'est pour Jonathan Pryce que je me suis tourné vers cette gentille comédie. Sous une kippa et avec une barbe longue comme le deuil, le Gallois a su m'embarquer avec lui, une fois encore. Son jeune partenaire, Jerome Holder, soutient la comparaison. J'ajoute qu'à défaut de véritable surprise, la galerie des personnages secondaires fait le job - et c'est bien ainsi. Bon... dans un exercice critique véritablement appuyé, je pourrais certes chipoter en arguant que Dough n'invente rien de très nouveau au septième art. Le récit reste sur un itinéraire sagement balisé, c'est vrai, et les aspects formels n'apportent aucune réelle fantaisie. J'ai su m'en contenter car, d'après moi, la sobriété correspond bien à ce cinéma dit "social".

Dough
Film britannique de John Goldschmidt (2016)

Il n'est pas nécessaire de réveiller le vieux Ken Loach pour dénicher d'autres oeuvres de cette grande veine du cinéma made in UK. Quelques pistes, donc ? Dans le registre comique avec des émotions plus ou moins fortes, je citerais The full monty, Billy Elliot ou Pride. Bien... si vous tenez à Ken Loach, je vous conseille Looking for Eric. Entre deux débats politiques, ce type de longs-métrages fait du bien.

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Une petite précision linguistique...
En anglais, Dough signifie "Pâte". Comme "pâte à pain", bien sûr ! Allez, OK, je vous dis tout: j'ai failli titrer ma chronique Bonne pâte...

vendredi 1 juillet 2016

Compteurs

Vous avez compté ? Sûrement pas. Je vous indique qu'en ce vendredi d'ouverture du second semestre 2016, j'ai présenté ici 80 des films que j'ai vus depuis le début de cette année. Comme il y a un an jour pour jour, je trouve donc amusant de regarder en arrière et de faire une brève analyse statistique. Même si tout pourra changer ensuite...

Un tour du monde
Sur les nationalités, pas de surprise: les films américains et français continuent de constituer la plus grosse masse de mes découvertes cinéphiles. Avec 29 longs-métrages déjà, les States sont le leader provisoire de ce classement symbolique, les artistes de mon cher pays occupant "seulement" la deuxième place, avec 17 de leurs travaux. Derrière, la Grande-Bretagne est constante, mais larguée. Trois pays ont pu ouvrir leur compteur: le Cambodge, l'Islande et le Mexique. Aujourd'hui, 56 nations ont au moins un représentant sur le blog ! Faire mieux devient difficile, mais c'est certain: je n'y ai pas renoncé.

Du contemporain d'abord
44 des films que j'ai chroniqués datent de "notre" décennie 2010. Comment expliquer ce raz-de-marée ? D'abord par le simple fait qu'évidemment, je vais beaucoup au cinéma - comme l'année dernière et à peu près à la même cadence. Il n'est bien entendu pas question que je tourne le dos aux vieilles images, mais je ne vous ai présenté que quatre films des années 40 et 50 (et aucun qui soit plus vieux !). Je ne peux qu'admettre que je suis un peu en retard sur mon tableau de marche 2015. Rien d'irrémédiable, cela dit. Il est plus que probable que je trouverai bien d'autres classiques à me mettre sous les yeux...

Mes images XXL

Je n'aime rien tant que l'écran géant ! Ce n'est pas un hasard si j'ai vu 37 de mes 80 premiers films de 2016 dans une salle de cinéma. Soyons honnête: ce n'était pas toujours au Grand Rex... et ma ville n'offre pas forcément tout le confort qu'attend un cinéphile exigeant. Pas de quoi me décourager: j'essaye juste d'être un peu "stratège". Jusqu'à présent, cela m'a plutôt réussi, alors même que je reste généralement à l'écart des avant-premières. Je n'ai pas de souvenir récent de séance perturbée par un mangeur de popcorn ou la sonnerie d'un téléphone. Il me faut prier pour que ça puisse... ne pas changer !

L'envie de débattre

Sur les 80 films précités, il y en a trois que j'ai vu deux fois, portant donc mon total de séances à 83 en tout. Ces "doublons" s'expliquent par le fait que j'ai présenté ces trois longs-métrages lors de soirées de mon association. Je commence (doucement) à y prendre goût ! D'un autre côté, je regrette un peu de ne pas avoir trouvé de temps pour mener davantage d'interviews liées au cinéma et publiées exclusivement sur ce blog. Partie remise, j'espère, même si ce sera probablement un peu compliqué au cours de ce second semestre. Restez connectés, d'accord ? On n'est jamais à l'abri d'une surprise...

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La parole est à vous, désormais...

Avez-vous un intérêt quelconque pour ce type de rétrospectives ? Auriez-vous envie que j'en écrive d'autres à l'avenir ? Prenez-vous également du recul sur ce que vous voyez ? Oui, je veux tout savoir !

jeudi 30 juin 2016

Une (autre) séparation

Je n'avais plus vu le moindre film iranien depuis plus de quatre ans ! J'ai rattrapé ce retard dernièrement, en découvrant The hunter. Attention à ne pas confondre: il existe un film australien qui porte exactement ce titre, avec Willem Dafoe et Sam Neill dans les rôles principaux. Celui que je présente aujourd'hui est plus vieux d'un an...

Interdit de projection dans son pays, The hunter est arrivé en Europe grâce au Festival international du film de Berlin, dont il est reparti bredouille. L'histoire qu'il raconte est celle d'Ali, un ancien taulard devenu gardien de nuit dans une usine de construction automobile. Très pauvre en dialogues, le long-métrage se contente du minimum pour décrire cette vie, morne et routinière. Tout s'aggrave encore quand, un soir, Ali ne retrouve ni sa femme, ni sa fille, en rentrant chez lui. Après de longues heures d'angoisse, la police le convoque dans une morgue pour reconnaître le corps de son épouse: une balle perdue l'a fauchée en pleine rue, à l'heure de la pause-déjeuner. L'enfant du couple reste introuvable... et c'est sur un suspense relatif que Rafi Pitts, réalisateur et acteur, lance son intrigue. Je dois dire d'emblée que l'arrière-plan politique m'est largement passé à côté. Dommage, car je pense que le film m'aurait fait un tout autre effet...

Ce n'est pas anodin, je crois: le long-métrage a été tourné à Téhéran sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad. Ce qu'il nous montre des conditions de vie des Iraniens "ordinaires" n'est guère reluisant. Apparemment, c'est un petit miracle qu'il soit possible de voir ce film aujourd'hui, car les censeurs ont suivi de près sa conception... et ont donc finalement interdit sa sortie dans son pays d'origine. Rafi Pitts vit lui-même en exil depuis 2008: si j'ai bien compris, il réside désormais en Angleterre, après avoir également séjourné en France. Toutes ces considérations nous éloignent de The hunter: j'ai trouvé ce récit intéressant, mais bien trop austère pour me convaincre véritablement. Je note toutefois une forme soignée, sur le plan photographique notamment, avec quelques séquences marquantes sous la pluie ou dans un épais brouillard. Les pros du montage pourraient également apprécier les allers et venues présent / passé. Je manque d'enthousiasme ? OK. J'insiste donc: tout n'est pas à jeter. Et même s'il m'a semblé que la conclusion était trop sèche, elle aussi !

The hunter
Film iranien de Rafi Pitts (2010)

C'est toujours délicat pour moi de mettre des bémols sur un film comme celui-là, créé dans les conditions que j'ai décrites. Si on tient compte du contexte, il ne devient pas un chef d'oeuvre, mais il peut être considéré comme un acte de courage politique et d'insoumission. Maintenant, pour être honnête et direct, j'ai préféré Une séparation ou Les chats persans. Je vous conseille Persepolis, tant qu'à faire... 

mercredi 29 juin 2016

Oeil pour oeil

Je suis presque sûr que vous n'aurez pas à chercher loin pour trouver une histoire de vengeance dans le cinéma qui vous est familier. Passant outre quelques critiques mitigées, j'ai découvert récemment celle de Blue ruin. De ce film américain à petit budget, j'attendais finalement le minimum: un bon scénario et si possible des frissons...

C'était plutôt bien parti, à vrai dire, tant que la caméra se concentrait sur Dwight, le premier protagoniste de ce revenge movie. Le choix d'entrer lentement dans le vif du sujet, sans recourir aux dialogues explicatifs habituels, m'a semblé fort habile. J'ai pu et su m'intéresser au personnage principal. J'ai même ressenti une certaine sympathie pour lui, pauvre clochard vivant dans une vieille Pontiac délabrée. Plus tard, je suis resté sur ce même bon sentiment quand j'ai compris qu'il nourrissait une intention homicide à l'égard d'un homme supposé avoir assassiné ses parents. En fait, c'est assez simple: je regrette que Blue ruin n'ait su tenir la distance. Il m'a (trop) vite paru banal...

Un bémol: certains des aspects du film m'ont vraiment plu. Sur le plan formel, principalement: au-delà du jeu des acteurs, qui délivrent tous une prestation très honorable, c'est la mise en scène de tout le début du long-métrage que j'ai trouvée particulièrement soignée. Bon point pour lui: jamais Blue ruin ne m'a semblé désagréable à regarder. J'ignore où Jeremy Saulnier, réalisateur, scénariste et directeur photo a appris son art, mais il maîtrise bien les bases de l'image, pour sûr ! Je note qu'il a cherché une part de son budget sur une plateforme participative - en n'y levant "que" 37.828 dollars (~ 33.300 euros). Cette somme aura tout de même suffi à ce que le fruit de son travail soit vu en festivals, jusqu'à Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs. Je m'en étonne, mais je ne le nie pas: le film a une assez bonne cote.

Blue ruin
Film américain de Jeremy Saulnier (2013)

On tient peut-être là un rejeton tardif des grands westerns d'antan. Parce que je trouve le spectacle en-deçà des promesses, je vais oser une comparaison - fort discutable - avec Les brasiers de la colère. Soyons tolérants avec nos amis ricains: le côté "brut de décoffrage" de leurs productions donne aussi parfois de très bons résultats. Patience: c'est peut-être juste une question de temps... ou d'époque.

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Un dernier mot sur le réa...

Jeremy Saulnier aime tant l'image qu'il est aussi directeur de la photo pour d'autres: il l'était sur le Putty Hill de Matt Porterfield. À noter que, pour Blue ruin, il a casté son meilleur ami, l'acteur Macon Blair.

Pour vous faire une idée plus complète sur le sujet...
Vous pouvez lire les avis (contrastés) de Chonchon, Pascale et Tina.

lundi 27 juin 2016

Deuils impossibles

Vous l'aurez remarqué: c'est devenu un plaisir pour moi d'aller piocher un peu partout dans le monde pour satisfaire mes appétits de cinéma. L'autre jour, c'est en Colombie que je me suis rendu, en choisissant d'aller voir Siembra, un film inédit en France, que j'ai pu appréhender grâce à un groupe de chercheurs en ethnologie. Une belle découverte !

Le saviez-vous ? La Colombie est un pays si instable que des millions de ses habitants ont dû partir de chez eux pour tenter de se protéger des éternels conflits qui l'agitent en tous sens et opposent des forces paramilitaires au gouvernement, notamment. Bien qu'il soit présenté comme un film de fiction, Siembra s'inscrit dans ce quotidien douloureux: son héros est un vieux pêcheur exilé au milieu des terres et toujours soucieux de rentrer chez lui un jour. Sur ce point particulier et sans doute sur d'autres, Turco s'oppose à son fils, Yosner, qui espère quant à lui construire sa vie là où ils sont rendus. La situation va subitement basculer: le jeune homme est assassiné...

Pas besoin de vous faire un dessin, si ? Le film est bien un drame. C'est aussi le portrait d'un homme digne. Porté par un noir et blanc d'une grande beauté, ce récit d'une vie "ordinaire" m'a conduit ailleurs pendant un peu plus d'une heure et demie. En partie composée d'amateurs, la distribution joue remarquablement bien. Le travail effectué sur le son et la musique est tout à fait admirable, lui aussi. Comme phagocyté par l'écran, j'ai ouvert grand mes yeux et oreilles pour profiter à fond de ce voyage en terre inconnue. Quand la lumière s'est rallumée, j'étais véritablement très heureux de cette séance. Évidemment, tout cela gagne à être visionné avec des explications préalables sur la situation actuelle des populations colombiennes. Petite précision: le statut de déplacé n'a rien à avoir avec la couleur de peau - le fléau touche indifféremment des gens de toutes origines. Siembra: une oeuvre coup-de-poing, une sacrée prise de conscience !

Siembra
Film colombien d'Angela Osorio et Santiago Lozano (2016)

Le titre signifie "Semence", ce qui peut s'expliquer tant par la volonté du père de retrouver sa terre que par celle du fils de faire souche ailleurs. Je n'ai pas vu des quantités de films comparables à celui-là ! Le jour même, j'ai pensé à Un homme qui crie du fait du conflit générationnel et à Elefante blanco pour le bidonville sud-américain. D'autres oeuvres qui sortent du sentier battu du cinéma occidental...