lundi 8 septembre 2014

Les nuisibles

La métamorphose des cloportes, c'est d'abord le titre d'un roman d'Alphonse Boudard, sorti en 1962. Michel Audiard en rachète rapidement les droits, confie à son ami Albert Simonin le soin d'adapter le texte, réécrit le dialogue et choisit Pierre Granier-Deferre comme réalisateur. En résulte un film hybride, comédie populaire dans sa première partie, puis véritable film noir. Un vrai petit bijou.

L'intrigue elle-même est très classique: quatre mauvais garçons associent leurs talents pour un dernier braquage. Ils ont évidemment des caractères hétéroclites et une efficacité discutable. Leur coup foire lamentablement et l'un d'eux est mis en prison pour cinq ans. Sitôt sorti, Alphonse Maréchal, dit Le Malin, filera revendiquer sa part de butin, quitte à trouer la peau à ses complices d'hier. À vous désormais de découvrir les péripéties qui s'ensuivent ! Je dois dire que La métamorphose des cloportes m'a agréablement surpris. J'imaginais rire: j'ai surtout pris plaisir au côté sombre de l'histoire. Lino Ventura montre ici qu'il est un vrai dur, chef d'une troupe sympathique où l'on retrouve, entre autres tontons, Charles Aznavour et Maurice Biraud. On appréciera de voir plusieurs visages connus...

Ce genre de productions semble caractéristique d'un certain cinéma français. Le fait est qu'à sa sortie, La métamorphose des cloportes s'attire plutôt les foudres de la critique. Yvonne Baby, journaliste critique au Monde, décrit ainsi "un film médiocre avec, dans un climat de faux réalisme, de déplaisants moments de vulgarité". Sévère ! Personnellement, je trouve que le long-métrage s'inscrit parfaitement dans son époque - il le fait d'ailleurs ostensiblement lors d'une scène de transition qui montre Lino/Alphonse derrière les barreaux. Aujourd'hui, c'est vrai, un demi-siècle plus tard, les bras cassés cambrioleurs paraissent un peu vieillots. Qu'importe ! C'est justement tout ce qui fait leur charme. À noter d'ailleurs un rôle féminin important, celui d'Irina Demick, 29 ans. Et une belle surprise finale...

La métamorphose des cloportes
Film français de Pierre Granier-Deferre (1965)

Non: faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages ! Et surtout pas ce film pour un ersatz d'autres productions "audardiennes" comme Les tontons flingueurs, au risque d'être déçu. Je l'ai dit et je le répète: le ton s'avère cette fois différent de celui d'une comédie pure. En réalité, ce polar sanglant en noir et blanc rappelle davantage Du rififi chez les hommes que Les barbouzes...

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Un autre regard sur le film ?

Vous pouvez compter sur "L'oeil sur l'écran".

samedi 6 septembre 2014

Sept ans de réflexions

Autant vous prévenir tout de suite: je n'ai pas l'intention aujourd'hui de revenir sur le grand classique signé Billy Wilder. Si le blanc sourire de Marilyn vient toutefois illuminer cette chronique, c'est dans un but précis: celui de célébrer ce samedi le septième anniversaire du blog. Avec la star des stars, je lève donc ma coupe de champagne bien haut pour trinquer à la santé du septième art. Prochaine chronique lundi...

En attendant, je souhaite associer à la fête mes camarades blogueurs souvent cités à la fin de mes chroniques: je trouve chez eux d'innombrables pistes de réflexion sur le cinéma, mais aussi bien sûr toutes sortes de films à ajouter à la liste de mes envies. Périodiquement, l'idée de faire évoluer Mille et une bobines revient me tarauder, d'autant plus forte qu'il est très probable que je finisse 2014 avec un record de films vus - le précédent, 165, date de... 2013. Je suis satisfait de ma formule, toutefois, et des 1.140 chroniques déjà écrites à ce jour. Ces sept ans de réflexions sont vite passés ! Tiens... et si on se donnait rendez-vous en 2021 pour un autre bilan ?

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Avec tout ça, une précision tout de même...
J'aime toujours Billy Wilder et Sept ans de réflexion... sans S final. Par ailleurs, je poursuis activement ma recherche d'un nouvel emploi.

vendredi 5 septembre 2014

Retour de flamme

Je n'ai vu Dragons 2 que plus d'un mois après sa sortie. Le souvenir que je gardais du premier épisode était celui d'un bon p'tit dessin animé, apprécié dans des conditions inhabituelles: sur un écran minuscule, quelque part au-dessus de l'Asie, alors que je me rendais en Chine pour trois semaines de vacances. À l'époque, à en croire certains cinéphiles, Dreamworks avait signé sa plus belle réussite...

Quatre ans plus tard, les aventures d'Harold, Astrid et leurs copains vikings permettent d'arpenter un monde devenu familier, enrichi d'ailleurs de quelques humains supplémentaires. Si vous voulez savoir pourquoi, après avoir su cohabiter avec les dragons, les hommes sont encore en danger, je crains de devoir vous demander d'aller voir ailleurs - en sachant bien à l'avance que vous ne m'y trouverez pas. D'un point de vue purement narratif, Dragons 2 ne surprend pas autant que son prédécesseur de 2010. Reste qu'à défaut d'innover vraiment, le long-métrage reste un divertissement très honorable. Même si je n'ai pas toujours été emballé, je me suis laissé emporter dans cet univers fantasmagorique... et ne serais pas surpris de voir débarquer une suite à la suite, dans un avenir plus ou moins proche.

On notera aussi, pour la bonne bouche, que Dragons 2 aura sacrifié un personnage majeur en chemin, avant un éventuel troisième opus. Contrairement à une tendance lourde de l'animation, ce film-là délivre probablement le même message aux petits et aux grands: la loyauté et le pacifisme sont les meilleurs gages du bonheur. Je crois même que, l'air de rien, les scénaristes nous ont concocté un petit clin d'oeil écolo, pour dire au moins que toutes les espèces animales méritent de vivre en harmonie. Il y en a ici de toutes petites et d'immenses. Du côté des bipèdes, cela dit, une surprise: le méchant est... noir ! Ses dreadlocks le distinguent franchement de la masse des Vikings. Petit regret: ce second volet est peu disert sur les nouvelles contrées qu'il permet d'approcher. De quoi rester accessible à tous, sans doute.

Dragons 2
Film américain de Dean DeBlois (2014)

J'ajoute un (petit) point négatif: j'ai dû me contenter de la version française. C'est grave ? Disons que j'ai été privé de la performance vocale de Cate Blanchett, qui était au départ l'une de mes motivations pour voir le dessin animé. C'en sera une... pour le revoir, donc ! D'autres propositions dans ce registre ? Outre l'épisode 1 de Dragons bien sûr, Les Croods peut faire l'affaire. Ou la saga Kung-fu panda...

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Et si vous préférez privilégier les cracheurs de feu...

Je vous conseille également la lecture de "Sur la route du cinéma".

jeudi 4 septembre 2014

Leur paradis blanc

L'occasion m'a un jour été donnée de m'entretenir avec un routeur météo, spécialiste du suivi des expéditions en haute montagne. Grâce à ses explications, j'ai compris que, confronté au manque d'oxygène, un alpiniste, aussi bien préparé soit-il, affronte toujours un danger au-delà d'une altitude donnée - mon interlocuteur plaçait cette barre à 7.000 mètres. Je m'en suis souvenu quand j'ai regardé Nanga Parbat - L'ascension extrême, programmé l'an passé sur Arte. Un film allemand, jamais sorti dans les salles françaises. Dommage...

Nanga Parbat... - la montagne nue - est le nom d'un sommet himalayen, accessible par le Pakistan. Le film débute dans le Tyrol des années 50. Reinhold et Günther Messner, deux jeunes garçons d'une famille... italienne, aiment partir à l'assaut des hautes parois voisines, même si elles ne sont que les murs du cimetière municipal. Leur passion commune pour la montagne va faire d'eux, à l'âge adulte, les membres d'une expédition allemande pour vaincre enfin l'un des "murs" asiatiques les plus mythiques. Vaincre ? Reinhold parle plutôt de franchissement que de conquête. Quant à Günther, il suit fidèlement la logique et le mouvement de son aîné, persuadé qu'il est que les conditions extrêmes s'affrontent plus efficacement à deux. C'est d'ailleurs la question-clé du scénario: oublier l'équipe, serait-ce la seule manière de gagner ? Et surtout, le jeu en vaut-il la chandelle ? Je ne suis pas certain qu'il y ait une réponse simple à ces questions.

Parce qu'il revient très fréquemment sur la figure du chef d'expédition, décrit comme un couard tyrannique, le film a réveillé une vieille polémique. Je veux me garder de tout vous dire aujourd'hui. La problématique essentielle est celle-ci: en jouant possiblement leur carte en solo, les frères Messner ont-ils respecté l'engagement qu'ils avaient pris d'être membres d'un groupe solidaire ? Leur quête du sommet justifie-t-elle autant de sacrifices ? J'imagine que le réalisateur n'a pas voulu répondre positivement, mais il est sûr qu'il éprouve une forme d'admiration pour ses héros. Il illustre efficacement combien le milieu qu'ils affrontent est sans concession. Sur certains événements controversés, Nanga Parbat - L'ascension extrême reprend la thèse de Reinhold, connu pour être devenu ensuite le premier homme à atteindre l'ensemble des 14 sommets supérieurs à 8.000 mètres. Certes partial, le récit demeure fascinant.

Nanga Parbat - L'ascension extrême
Film allemand de Joseph Vilsmaier (2010)

Quatre étoiles, oui: j'ai eu un petit coup de coeur pour cette histoire. Imparfait sans doute, un peu irréaliste peut-être, le long-métrage montre toutefois quelques images de montagne assez saisissantes. Autre mérite: il n'oublie pas tout à fait de montrer les populations locales, d'une aide si précieuse pour les conquérants des sommets. Après, bien sûr, libre à vous de préférer passer Sept ans au Tibet... 

mercredi 3 septembre 2014

Des ados, des rumeurs

Ce n'est pas un scoop: le cinéma français divise le public. Il y a ceux qui, comme moi, sont toujours prêts à lui donner sa chance. Il y a ceux qui ne croient jamais en lui et le jugent d'une qualité inférieure à celle de son homologue américain. Il y a enfin ceux qui en font l'étalon du bon goût et de ce que le septième art offre de meilleur. Présenté à Cannes il y a quelques années, Simon Werner a disparu... partait avec les faveurs d'un pronostic favorable. Il m'a (un peu) déçu.

Dans un lycée lambda, un élève ordinaire manque soudain à l'appel. Deux autres disparaissent ensuite, dans des conditions inexpliquées. On a parlé de teen movie. Outre-Atlantique, cette appellation désigne les films qui ont des adolescents pour personnages principaux. Objectivement, c'est le cas ici, les rôles adultes étant presque muets. De Laurent Delbecque à Ana Girardot, en passant par Jules Pelissier, Audrey Bastien ou Yan Tassin, le film offre donc la possibilité d'apprécier les talents de jeunes comédiens nés à la fin des années 80 ou au début des années 90. Problème: Simon Werner a disparu... reste assez vague quant à ses intentions. Ni réel thriller, ni plongée en milieu scolaire, le long-métrage hésite sur le chemin à prendre. Certaines scènes reviennent en boucle, sous différents points de vue.

Il a manqué un je-ne-sais-quoi pour que ce qui se passe à l'écran m'intéresse vraiment. Certains critiques parlent de film "excitant". Personnellement, comme d'autres, je le juge plutôt inabouti. L'idée originale est assez sympa, pourtant, et, avant de révéler le fin mot de l'histoire, le scénario traite intelligemment le thème de la rumeur. En lice pour le César du meilleur premier film de 2011, Simon Werner a disparu... était un candidat intéressant, mais peut-être trop sage. D'aucuns diront que le long-métrage s'illustre par sa "sophistication". C'est un bien grand mot pour ce qui est aussi un premier film. Quelques bonnes idées en germe me font espérer que le réalisateur aura d'autres occasions de m'impressionner, lui qui, jusqu'à présent, bosse avant tout pour la télé. Meilleure chance la prochaine fois...

Simon Werner a disparu...
Film français de Fabrice Gobert (2010)

Vous connaissez la série Les revenants ? Fabrice Gobert l'a réalisée. Je viens de vous présenter ce qui est pour l'heure son unique film cinéma. Le talent du quadra est-il plus percutant dans un format resserré ? Possible. Certains l'ont comparé à Gus van Sant. Il faudrait que je voie Elephant, la Palme d'or 2003. L'architecture du lycée rappelle aussi celle de l'université de L'amour est un crime parfait...

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En attendant que j'y revienne, vous pouvez aller lire...

- Princécranoir: "Ma bulle",
- Pascale: Sur la route du cinéma",
- David: L'impossible blog ciné",
- Phil: La cinémathèque de Phil Siné".

mardi 2 septembre 2014

Douze années

Je le reconnais humblement: Boyhood a mis du temps pour apparaître sur mes écrans radars. C'est quand sa promotion médiatique a débuté que j'en ai entendu parler. Le film a fait le buzz autour de son concept audacieux: montrer pendant douze ans la vie d'une famille américaine ordinaire. Le récit tourne en fait autour de Mason, un petit garçon que la caméra va suivre jusqu'à son entrée à l'université. Belle idée !

Ne vous y trompez pas: Boyhood n'est en rien un documentaire. Mason et les siens n'existent que dans l'imaginaire d'un artiste prolifique, Richard Linklater, signataire d'une quinzaine d'autres films en 30 ans de carrière. Le culot narratif dont il fait preuve ici donne tout son sens à une démarche créative inscrite dans la durée. Il faut souligner toutefois que le réalisateur-scénariste a eu de la chance avec ses acteurs. Du côté des adultes, le talent de Patricia Arquette et Ethan Hawke n'étonnera pas forcément les habitués des circuits indépendants de l'Amérique cinéphile. Reste à apprécier l'émergence d'un talent avec le jeune Ellar Coltrane, filmé de 8 à 19 ans ! L'intrigue lui offre une soeur: la fille du cinéaste, Lorelei Linklater. Qu'ajouter à cela ? Le pari est réussi: on croit voir une vraie famille.

Il est alors assez facile - et recommandé ! - de s'y attacher. Nostalgique parfois, le film a des allures de douce comédie humaine. Certains regretteront qu'il ne reflète pas plus intensément l'histoire tourmentée de l'Amérique de ces années-là, après le 11 septembre. D'après moi, ce n'est pas le propos: Boyhood s'intéresse avant tout aux êtres, bien plus qu'aux événements. C'est ce qui peut lui donner un aspect inédit dans l'histoire du septième art: le temps passe inéluctablement et c'est sans maquillage que les comédiens vieillissent, ensemble et avec lui. Le dispositif peut alors émouvoir comme le ferait un miroir, toute nouvelle ride ramenant à la mémoire son lot de souvenirs enfouis. Le portrait de groupe est donc réussi. Peut-être manque-t-il juste d'une dimension un peu plus universelle...

Boyhood
Film américain de Richard Linklater (2014)

Récompensé lors du dernier Festival de Berlin, le long-métrage semble bien accueilli (presque) partout où il passe. Public et critique s'emballent de concert - c'est assez rare pour être souligné ! Je vois peu d'équivalents dans la filmographie mondiale, d'autant moins d'ailleurs que l'histoire tient presque trois heures. On pourrait citer Forrest Gump qui, lui, dit bien davantage sur l'histoire américaine...

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Bien sûr, le film fait aussi parler de lui sur Internet...
David de "L'impossible blog ciné" en tire l'une de ses rares chroniques du millésime 2014. Phil Siné, lui, l'évoque dans sa "Cinémathèque". Pascale fait de même sur son propre blog: "Sur la route du cinéma".

Et si, comme moi, vous vous êtes posé la question...
Boyhood, en anglais, ça veut dire "enfance" (de garçon).

lundi 1 septembre 2014

Folie des hommes

1893. Joseph Vacher, militaire de son état, est réformé: il est l'objet de bouffées de démence. Celle qu'il veut épouser rejette ses avances. L'amoureux éconduit lui tire dessus et retourne l'arme contre lui. Double échec. Alors interné à l'asile, il est libéré après quelques mois de pseudo-soins et entame un parcours criminel. En quelques années de vagabondage, il tue douze personnes, essentiellement des femmes et des enfants, souvent avant de violer leur dépouille. Cette histoire sordide, réelle, a inspiré un film remarquable: Le juge et l'assassin.

Si je tenais à le voir depuis longtemps, c'était pour la confrontation de deux très grands acteurs: Philippe Noiret et Michel Galabru. Maintenant, c'est fait et je confirme: quel bonheur que ce duo-duel ! J'avance l'idée qu'il est d'autant plus grand que, d'emblée, les dés judiciaires sont pipés. Si une certaine ironie est de mise, au point d'avoir donné au magistrat le nom d'Émile Rousseau, ce criminologue avant l'heure n'a rien d'un humaniste. Bien sûr, l'homme qu'il tient entre les mains est plus qu'instable: il est l'auteur de crimes effroyables, qu'il confesse d'autant plus volontiers qu'il se considère comme un missionnaire divin chargé de mettre au jour les bassesses de ses contemporains. Seulement, là où certains diagnostiqueraient une folie source d'irresponsabilité pénale, le petit notable de province voit l'opportunité d'envoyer un homme à la guillotine et de s'assurer du même coup la reconnaissance de la Nation. C'est là que réside l'implacable et noire beauté du film: Le juge et l'assassin fait d'abord le portrait d'une société décadente, dominée par une élite corrompue.

Telle était sans doute, après de longues années de troubles et virages politiques, la France des débuts de la 3ème République. Le scénario brasse très large: il aborde à la fois la misère des classes ouvrières nées de la révolution industrielle, l'émergence rapide de l'idéologie socialiste, la réaction bourgeoise et même le schisme franco-français provoqué par l'affaire Dreyfus. Du coup, aussi brillamment interprété soit-il, Joseph Bouvier en vient parfois à passer à l'arrière-plan. L'intrigue fait alors la part belle à quelques personnages secondaires très finement écrits. Isabelle Huppert est, à 23 ans, l'amante cachée de l'homme de loi, femme du peuple, égérie tardive de l'insoumission. Renée Faure joue son abominable maman-poule, Jean-Claude Brialy un confrère dépourvu de sens moral, procureur cynique et dépravé. Certains disent que le film est trop riche, trop "copieux". Je trouve pour ma part que c'est... un mauvais procès: Le juge et l'assassin relève certes d'une grande ambition narrative, mais je la vois au rang de ses qualités majeures. Avec la flamboyance de sa mise en scène.

Le juge et l'assassin
Film français de Bertrand Tavernier (1976)

Je conclus en citant un journal de l'époque, publié deux semaines seulement après que le criminel a été guillotiné: "L'abominable Vacher a été exécuté. La société ne l'a pas puni: elle s'est délivrée de lui. C'est ce qu'elle avait de mieux à faire". S'il est vrai que le film repose la question de la peine de mort, il n'en fait qu'un thème connexe. Loin, très loin d'un Jugé coupable, pour ne citer qu'un seul exemple.

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La parole est désormais à d'autres témoins...

C'est l'occasion de constater que le film reçoit un accueil mitigé. Exemples sur "L'oeil sur l'écran" ou "Mon cinéma, jour après jour". Dans un article de "Ma bulle", Princécranoir, lui, le juge magnifique.

dimanche 31 août 2014

1945 / 2199

Tradition d'humilité et modernité tapageuse: j'aimerais pouvoir découvrir le Japon dans toutes ses dimensions. Comme source d'information et d'émotion(s) avant un voyage possible, il me reste notamment le cinéma. Sorti directement en DVD chez nous, je crois bien toutefois que Space battleship est en fait un téléfilm adapté d'un manga. J'ai cru comprendre qu'il était aussi... l'un des "cadeaux" du 60ème anniversaire d'une chaîne tokyoïte. Quelqu'un en sait plus ?

Ce qui est sûr, c'est que Space battleship exalte l'âme combattante du peuple japonais, en ressuscitant le Yamato, un puissant cuirassé naval de la seconde guerre mondiale - son équipage est connu aujourd'hui pour s'être presque totalement sacrifié, en avril 1945. Cette fois, l'engin de guerre est un vaisseau spatial et la menace extraterrestre. Nous sommes en 2199 et la Terre subit les assauts répétés des très agressifs Gamiliens, à grands coups de météores radioactifs. La survie de l'humanité est menacée ! Le seul courage d'une poignée d'hommes et femmes suffira-t-il à éviter le pire ? Objectivement, j'ai déjà vu des longs-métrages plus imaginatifs. Celui-là dure deux heures et quart: j'ai plusieurs fois frôlé l'overdose de bons sentiments patriotiques et sirupeux. Il me faut souligner aussitôt que les derniers humains sont tous japonais. Sous la surface terrestre, ils attendent la fin du monde, presque résignés. Mouais...

C'est clair: si le film avait été américain, je l'aurais moqué. Le fait qu'il soit japonais le rend un peu plus attractif et, disons-le, légitime. C'est bien à partir d'une source d'inspiration nippone que ces images ont été inventées. Ces images, oui: le design du film est son point fort. Si l'intérieur du vaisseau est souvent un peu trop lisse pour être vrai, les scènes extérieures de bataille démontrent une maîtrise exemplaire des outils numériques. Il manque juste un souffle épique plus important pour décoller vraiment vers les références du genre. Space battleship convient bien à une soirée sushis / télé. Il reste toutefois prévisible de bout en bout, avec des personnages manichéens au possible, aux ressorts intimes plutôt simplistes. Conséquence: je me suis plutôt désintéressé de leur sort commun. Face à eux, les méchants ne font pas vraiment le poids: une quête ésotérique n'a pas suffi à me les rendre plus "attachants". Tant pis...

Space battleship
Film - télé ? - japonais de Takashi Yamazaki (2010)

J'enfonce le clou: tout ça est meilleur que... Battleship, un nanar américain de la plus belle espèce vue sur Terre. Je reste convaincu toutefois qu'il y a mieux à faire avec ce type d'histoires, sans avoir lu cependant le manga originel. Les éternelles valeurs d'honneur m'apparaissent réellement mises en valeur dans les vieux classiques comme Les sept samouraïs, finalement. Bon, c'est incomparable...

samedi 30 août 2014

Un boxeur

L'heure de présenter de nouveaux films est venue. J'ai hésité longtemps sur la manière de relancer mes "vraies" chroniques cinéma. Après quelques hésitations, donc, j'ai finalement choisi d'entrer directement dans le vif du sujet avec un film percutant: Ali, biopic consacré au boxeur né sous le nom de Cassius Clay. Muhammad Ali est le nom qu'il prit en 1964, à 22 ans et après sa conversion à l'Islam.

Cette anecdote, je la connaissais déjà. De l'homme lui-même, l'image qui me restait était celle d'une personne âgée, malade de la maladie de Parkinson et porteuse de la flamme olympique - j'ai vérifié depuis que c'était en 1996 à Atlanta, l'intéressé n'ayant alors que 54 ans. Avec Ali, le film, j'ai donc découvert de nombreuses autres facettes d'un sportif dont, finalement, je ne savais que très peu de choses. C'est vrai que la boxe ne m'a jamais séduit, même si je reconnais désormais qu'elle véhicule certaines valeurs et qu'elle s'appuie surtout sur une rigueur technique que je suis loin, très loin de maîtriser. Autant le dire: si le long-métrage le montre bien, lors d'une ouverture mémorable notamment, il dépasse largement les frontières du ring. Vous découvrirez également le combat d'Ali pour ses droits civiques. Vous verrez comment il refusa de se battre au Vietnam. Vous saurez qu'il fut longtemps un héros populaire surveillé de près par la police...

Je suis vite rentré dans cette histoire, assez fasciné je dois dire. Surpris d'y trouver une grande émotion positive, aussi. Le tout début du film alterne combat de boxe et soirée music-hall: j'ai été happé ! Les débuts de Cassius Clay, la révélation Muhammad Ali, son rapport avec Malcolm X et d'autres théoriciens de la cause noire... ces aspects du scénario ne m'ont pas mis KO, mais vraiment captivé. Malheureusement, quand un film ne m'envoie pas au tapis, il faut encore qu'il tienne la distance. Ali n'est en ce sens qu'une réussite mitigée: toute la fin ne parle plus que de boxe et j'ai été déçu. J'imagine que l'espoir du citoyen américain d'obtenir une couronne mondiale après un combat au Zaïre méritait mieux qu'une carte postale africaine filmée au ralenti. Toutefois, avec un Will Smith convaincant dans le rôle-titre, l'impression d'ensemble reste bonne. Voilà donc, malgré ses défauts, un film que je recommande... à tous.

Ali
Film américain de Michael Mann (2001)

Les longs-métrages consacrés à la boxe sont légion. Vraiment ? Finalement, j'ai la nette impression que beaucoup ont le noble art comme élément de décor, mais parlent de tout autre chose. Rocky reste une excellente référence dans ce domaine, sans même reparler du superbe Million dollar baby de mon très cher Clint Eastwood. J'aimerais aussi voir un documentaire sur Ali: When we were kings.

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Si tout ça ne suffit pas pour vous faire une idée...

Les avis contradictoires de "L'oeil sur l'écran" vous y aideront.

samedi 23 août 2014

Attentes automnales

C'est un cauchemar de gosse: à peine les grandes vacances arrivées que les magasins mettent déjà en rayon les affaires de la rentrée. Cartables et tables de multiplication ne seront pas mon sujet aujourd'hui. Si je voulais brièvement évoquer la saison des feuilles mortes, c'est pour citer quatre des films à venir, que j'attends déjà avec une certaine impatience. La petite coupure estivale des Bobines se poursuit. La "vraie" reprise ? Ce devrait être dans une semaine...

3 coeurs / Benoît Jacquot
Sortie en salles le 17 septembre
Des mois déjà que j'ai repéré ce long-métrage, grâce à une chronique découverte sur le site d'Olivier Père, le programmateur cinéma d'Arte. Avec Benoît Poelvoorde, Charlotte Gainsbourg et Chiara Mastroianni têtes d'affiche, j'imagine un homme et deux soeurs... pour un choix.

Mommy / Xavier Dolan
Sortie en salles le 8 octobre
J'ai bien (trop) souvent négligé les films du petit prodige québécois pour manquer cette prochaine occasion d'appréhender son nouvel opus sur grand écran. Comme le titre l'indique, il sera cette fois question d'une mère - et d'un fils, jeune à problèmes. Prix du jury à Cannes.

Interstellar / Christopher Nolan
Sortie en salles le 5 novembre
Sans que je sache trop dire pourquoi, l'affiche du film me plaît. Méfiance: avec ce réalisateur, j'ai une relation compliquée, un peu comme celle qui m'unit à Quentin Tarantino. Les images m'attirent toujours, mais ses films me déçoivent souvent. Faut que ça change !

Timbuktu / Abderrahmane Sissako
Sortie en salles le 10 décembre
Ma première attente: que sa sélection officielle à Cannes cette année lui offre une visibilité relativement importante. Je serais très déçu d'avoir à renoncer à ce film consacré à l'oppression islamiste au Mali. Surtout que le réalisateur, mauritanien, est donc africain lui aussi.

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Et vous, avez-vous déjà quelques attentes de rentrée ?
Je serais ravi de les connaître: les commentaires sont ouverts !