jeudi 4 avril 2013

Jusqu'à l'irrémédiable

La pluie des récompenses obtenues m'a finalement décidé à aller voir Amour. Par bonheur, même sorti en DVD, il passait encore il y a peu dans un cinéma près de chez moi. J'hésitais encore quelque peu jusqu'à deux heures avant la séance, mais j'ai pensé que l'émotion ressentie serait moins forte sur mon canapé. J'ai subi un papy commentateur en direct, mais je suis content de ce que j'ai vu. Rappel pour les étourdis ou les cinéphiles intermittents: le film, Palme d'or l'année dernière, évoque la façon dont un vieux monsieur s'occupe de sa femme mourante. Un long chemin de croix vers l'inéluctable.

Après quelques plans d'introduction qui préfigurent la fin, on découvre Anne et Georges au concert, mélomanes parisiens en train d'attendre un lever de rideau. La caméra cadre large: avec eux, c'est l'ensemble du public du Théâtre des Champs Élysées qu'il est donné d'apercevoir, comme pourrait le faire le pianiste, resté hors-champ. Le style s'impose d'emblée: pas de caméra frénétique, pas de mouvements inutiles pour définir un rythme. C'est dans le dialogue que le film trouve pleinement sa justification. Huis-clos oblige, Amour peut paraître un peu trop théâtral au début, mais je me suis aussi habitué à ce phrasé. La finesse d'écriture met en valeur un scénario capable ponctuellement de transcender le pathétisme des situations. Il m'est même arrivé de sourire après quelques répliques, sans en être gêné.

Puisqu'Anne et Georges sont bientôt contraints à l'immobilité, le film repose sur les épaules d'Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant. Quel duo ! Comment ne pas admirer le travail de Riva ? Il faut avoir un sacré cran pour chercher au fond de soi de quoi exprimer l'ignominie de l'agonie. Le faire à 85 ans passés mérite à mes yeux tous les coups de chapeau. Trintignant, lui, brille dans un registre différent: il lui est donné de jouer toute une gamme de sentiments, complémentaires ou parfois contradictoires. Quelques personnages renforcent la distribution, mais ils passent vite au second plan. L'essentiel du propos se concentre sur le tandem et la thématique essentielle. Bien que rude, Amour est vraiment une très belle œuvre.

Amour
Film franco-autrichien de Michael Haneke (2012)

Cette oeuvre a évidemment quelque chose d'unique. Je ne crois pas avoir vu d'autre long-métrage montrant ce que peut être la fin de vie de manière aussi frontale. Plusieurs grand spécialistes médicaux figurent au générique, ce qui laisse penser que le réalisateur a pris des renseignements auprès de sources compétentes. À titre maintenant de comparaison, j'ai entendu parler de Mar adentro, axé sur la tétraplégie, et j'ai su "affronter" Le scaphandre et le papillon.

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Un tout dernier mot...

Simplement pour vous proposer de lire également la chronique cinglante de Pascale ("Sur la route du cinéma") et de découvrir celle de Dasola ("Le blog de Dasola"). Plusieurs avis valent mieux qu'un.

mardi 2 avril 2013

Choix d'avenir

Sur ma planète de cinéma, je viens planter un 33ème petit drapeau. J'en suis content et, à vrai dire, un peu embêté aussi: je connais beaucoup trop mal l'histoire du Chili pour faire la part des choses entre réalité et fiction dans No, le film avec l’acteur… mexicain Gabriel Garcia Bernal. Il est toutefois clair que j'ai beaucoup apprécié ce long-métrage. Il nous embarque donc vers Santiago, à l'heure fatidique de 1988 où le dictateur Augusto Pinochet, après quinze ans de règne absolu, lance un référendum sur son maintien au pouvoir.

La peur qui dominait alors était telle, semble-t-il, que l'opposition redoutait un piège et ne croyait même pas la victoire possible. No a pour héros un homme jeune, revenu d'exil, publicitaire à succès. Apolitique, René Saavedra cherche plutôt à passer entre les gouttes de la répression. Une vieille relation lui demande pourtant d'apporter ses compétences pour la victoire des anti-Pinochet, eux-mêmes d'ambitions très diverses. Et quand il découvre la campagne conçue sans lui, ce brave garçon la trouve tout simplement "pas vendeuse". Plutôt qu'une série de clips sur les exactions du clan adverse, il va promouvoir – et faire triompher – un concept basé sur la joie simple d'être Chilien. Un argument que la dictature ne pourra guère contrer.

À ce stade précis de ma chronique, vous avez peut-être l'impression que j'ai tout dit. J'espère toutefois vous avoir convaincu de découvrir ce film, car ses rebondissements sont fort heureusement plus riches que ce que mes quelques phrases de présentation laissent imaginer. Pour ne rien révéler de plus sur le fond, il me faut également évoquer la forme. No est un long-métrage plutôt original dans le traitement. Pour rendre floue la frontière entre fiction et réalité, le réalisateur a choisi d'opérer avec de vieilles caméras télé et dans un format presque carré. Les images ainsi produites sont d'autant plus fortes que des films d'archives parsèment le métrage et s'y fondent parfaitement. Avec une réflexion sur la démocratie, l'ensemble forme vraiment à mes yeux l'un de très bons films de ce début d'année.

No
Film chilien de Pablo Larrain (2012)

En lice aux Oscars, le long-métrage complète en fait une trilogie consacrée à la dictature d'Augusto Pinochet. Je n'ai pas (encore) vu les autres, Tony Moreno (2007) et Santiago 73 post mortem (2010). J'espère avoir l'occasion d'y revenir, mais d'ici là, je crois utile de dire que le travail de Pablo Larrain ne fait pas l'unanimité dans son pays. Les plaies issues de cette époque sont encore vives, semble-t-il.

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Pour aller plus loin...

Sur son blog, Dasola parle du film également. En bien.

dimanche 31 mars 2013

La fin de l'innocence

Son prochain film est attendu en salles dans deux grosses semaines. Aujourd'hui, je voulais vous parler d'une oeuvre un peu plus ancienne de Gus van Sant: Paranoid Park. On a parfois présenté le réalisateur américain comme le cinéaste de la jeunesse. C'est en effet le cas ici.

Le personnage principal est un adolescent lambda, qui trompe l'ennui de sa scolarité au cours de longues sessions de skate. Alex commet un jour une grosse bêtise - dont je ne dirai rien, désolé. Sa vie reste inchangée, tout du moins en apparence. Lui vit un grand big bang tout en gardant le silence. Rien ne sera jamais plus comme avant.

Paranoid Park adapte un roman de Blake Nelson. Gus van Sant signe ce que j'appelle un film sensoriel. Il dure moins d'une heure et demie. Les dialogues sont presque secondaires. C'est d'abord sur l'aspect photographique que le long-métrage a éveillé mon intérêt. Christopher Doyle, le directeur photo, a eu l'occasion de travailler avec de nombreux artistes asiatiques: il apporte une identité particulière à ce qui serait sans doute demeuré une histoire basique sans sa lumineuse intervention. L'emballage "cadeau" se complète d'une bande originale de très belle facture, mélangeant hymnes urbains et musique classique. Je conçois fort bien que cette forme puisse en rebuter certains. Pour moi, elle s'imbrique parfaitement dans le film et en augmente l'authenticité. Elle lui donne son souffle.

L'âme de Paranoid Park, elle, repose sur le visage assez tourmenté du jeune Gabe Nevins, acteur amateur. D'abord candidat à une place de figurant, le comédien a dit des choses fortes sur sa manière d'appréhender le film après y avoir joué: "J'ai compris que le cinéma pouvait être un art. Je veux réussir et réaliser des documentaires. Gus van Sant a changé ma vie". Le long-métrage prend alors des airs de récit initiatique, de douloureux passage vers le monde des adultes. En laissant ouverte la porte à l'imagination, les scènes finales forment mieux qu'une conclusion: une invitation à écrire la suite de l'histoire. Il n'est que de voir la manière dont Alex se purge de sa culpabilité pour comprendre que, s'il existe un espoir, le chemin vers la lumière est une route de solitude, bordée de difficultés et de renoncements.

Paranoid Park
Film américain de Gus van Sant (2007)

Dans son approche de la jeunesse américaine, le réalisateur fait écho au travail d'une Sofia Coppola, si pertinente dans Virgin suicides. Venu du cinéma américain indépendant, il développe une écriture picturale d'une grande beauté formelle, peut-être aussi parce qu'il a touché à la photo et à la musique. Si vous ne souhaitez pas attendre que je présente ses autres oeuvres, il vous est possible... de revenir en arrière et, dans mes archives, de retrouver le touchant Restless.

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Une option alternative ou complémentaire ?

Elle est ouverte grâce à la complicité de mes petits camarades rédacteurs de blogs. Vous trouverez ainsi d'autres chroniques du film sur les sites suivants: "Le blog de Dasola", "L'oeil sur l'écran" et enfin "Sur la route du cinéma". Je vous recommande fort d'aller y cliquer.

vendredi 29 mars 2013

L'enfant et les sortilèges

Quoi de plus banal ? Une famille déménage et la petite fille boude vaguement à l'arrière de la voiture. Quand le trio croit être arrivé enfin à proximité de sa nouvelle demeure, elle accepte quand même d'en sortir, le temps de découvrir un vieux parc d'attractions abandonné. Abracadabra ! À peine le temps de voir ses deux parents se ruer sur un repas pantagruélique que la gamine sent le monde alentour se transformer. Son statut d'humain fait bientôt d'elle l'esclave d'une sorcière. Ainsi débute vraiment Le voyage de Chihiro.

Traditionnel ou non, ce conte japonais est une pure merveille graphique. Je crois me souvenir que c'est avec lui que j'ai découvert Hayao Miyazaki et, en dépit d'une oeuvre inégale quant à son intérêt scénaristique, je ne l'ai jamais regretté. De celles que j'ai connues jusqu'à aujourd'hui, Le voyage de Chihiro est peut-être ma création préférée du maître japonais. C'est un vrai rêve éveillé ! L'imagination déborde dans tous les sens, avec toutes sortes de personnages hauts en couleurs. L'intrigue, elle, est un tantinet ésotérique, mais c'est justement l'occasion d'un dépaysement complet. Je ne peux promettre à personne de passer un bon moment, mais une chose demeure certaine: cette histoire-là vous emmènera ailleurs, inévitablement.

Le voyage de Chihiro est généralement très aimé. Dans son pays d'origine, il a été vu par 23 millions de spectateurs et s'affiche aujourd'hui comme le film le plus rentable de l'histoire du cinéma nippon. Récompensé au Festival de Berlin et aux Oscars, il est aussi très populaire en France, où il fut candidat au César du meilleur film étranger. Au tableau d'honneur, je veux citer également Joe Hisaishi, habituel collaborateur de Hayao Miyazaki et créateur de la bande originale, une pure merveille qui m'a transporté une fois de plus ! Sous sa facture classique, ce dessin animé prouve que nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres et que l'émerveillement procuré par l'art peut être universel. Une leçon pour tous les âges.

Le voyage de Chihiro
Film japonais de Hayao Miyazaki (2001)

Jetez à présent un oeil à l'index des réalisateurs: il y a d'ores et déjà trois autres oeuvres du même auteur chroniquées ici. D'autres suivront probablement. Ma préférence ? Elle vise les plus enfantines. Je garde ainsi un excellent souvenir de mon état d'esprit au moment de sortir de Ponyo sur la falaise. J'avais de nouveau 5 ans à peine ! C'est peut-être également parce que c'est le seul que j'ai vu en salle.

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Plaisant, mais pas pour tout le monde ?

C'est possible aussi. Et confirmé à la lecture de "L'oeil sur l'écran".

Une dernière précision...
La référence à Ravel dans mon titre est clairement volontaire.

mercredi 27 mars 2013

Le dernier chemin

Un réalisateur dont j'ai souvent apprécié l'étrangeté, un acteur charismatique que j'aime dans ses premiers rôles, un genre pour moi incontournable, une photographie noir et blanc qui titillait ma rétine cinéphile… j'avais plusieurs raisons de vouloir découvrir Dead man. Jim Jarmusch et Johnny Depp réunis pour un western, je n'avais pas besoin d'avoir beaucoup plus d'informations pour titiller ma curiosité. Et si j'ai du mal aujourd'hui à vous parler du film, c'est en fait juste parce que je ne suis pas sûr d'avoir vraiment compris où tout cela menait. Il me manque quelque chose, je crois. Quoi ? Je l'ignore.

Surprenante sensation d'être un peu perdu… en terrain familier. Reprenons par le début: au terme d'un périple ferroviaire trop long pour être honnête, Johnny Depp / William Blake se présente candidat à un poste d'assistant comptable dans une drôle de ville du far west. Bien qu'il soit venu sur demande écrite, il est violemment éconduit par le patron de l'entreprise - Robert Mitchum, dans son dernier rôle. Quelques instants plus tard, il croise une femme éjectée d'un saloon, couche avec elle, se fait tirer dessus et se retrouve entre les mains (pacifiques) d'un Indien à la philosophie aussi métaphorique qu'obscure, poursuivi de plus par un trio de chasseurs de primes. Bizarre, vous avez dit bizarre ? J'ai bien regardé et vous le confirme !

Je me répète: à la descente du train, je n'ai pas réussi à raccrocher les wagons. Je m'attendais certes à un film un peu ésotérique venant de Jim Jarmusch, mais là, ça dépasse ce que j'avais pu imaginer. Autre aspect qui m'a dérouté: la bande originale, une série d'improvisations de Neil Young à la guitare électrique, qui est arrivée à me mettre les nerfs en pelote plutôt qu'autre chose. Reste au fond de moi l'impression d'être passé à côté de quelque chose, sentiment frustrant, mais qui m'incite à ne pas descendre le film. On peut aimer Dead man, j'en suis convaincu, et j'ai d'ailleurs moi-même pu apprécier le jeu des acteurs, Johnny Depp en tête, et cette photo noir et blanc. C'était peut-être juste un peu trop expérimental pour moi.

Dead man
Film américain de Jim Jarmusch (1995)

J'ai découvert le réalisateur avec Ghost dog - que j'aime beaucoup. Vous trouverez en moi un défenseur de Broken flowers, film controversé. En revanche, j'ai eu plus de mal avec Down by law. Attendons de voir ce que ça donnera avec son opus 2013, Only lovers left alive. D'ici là, pour Johnny Depp, je vous conseille Arizona dream. Ou, côté westerns modernes portés par la performance d'acteur, True grit. Une liste très loin d'être exhaustive, bien sûr...

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Deux dernières choses à dire...
D'abord, un conseil: allez lire la chronique de "L'oeil sur l'écran". J'indique enfin que j'ai parlé de ce film aussi pour un clin d'oeil posthume à Marlon Brando qui, il y a quarante ans jour pour jour, refusait l'Oscar du meilleur acteur et envoyait une Amérindienne profiter de sa tribune pour parler de la cause de son peuple. C'est dit. J'ai préféré cette anecdote aux cinquante ans de Quentin Tarantino.

lundi 25 mars 2013

La gamine au vélo

Le paradoxe de Wadjda, c'est qu'on en parlera sans doute beaucoup dans les cercles cinéphiles et qu'à l'inverse, sa modestie fondamentale pourrait le couper d'une importante partie du public. Moi, je suis d'abord allé le voir pour ajouter un petit drapeau - le 32ème déjà depuis l'ouverture du blog - sur le planisphère de mes découvertes cinéma. Ce pays, c'est l'Arabie Saoudite, État du Golfe persique grand comme quatre fois la France et pourtant dépourvu de la moindre salle obscure. J'ose donc dire que le film d'aujourd'hui est un petit miracle.

Le plus incroyable est que cette toute première production saoudienne est l'oeuvre d'une femme, Haifaa Al-Mansour, qui a souhaité tourner sur place, à Riyad, la capitale du royaume, avec des partenaires allemands, certes, mais aussi des interprètes locaux. Wadjda, le titre du film, est le prénom d'une petite fille de 12 ans, inscrite à l'école coranique. Son destin paraît tout tracé et devrait ressembler à celui de sa mère: se marier jeune et vivre sans bruit, soumise à l'homme qu'on aura choisi pour elle. La gamine, elle, n'y pense pas et poursuit son rêve éveillé: posséder le vélo qui lui permettrait de faire la course avec son ami Abdallah. Un rêve qui tient lieu de pensée révolutionnaire dans un pays où les femmes n'ont même pas le droit de conduire une voiture et où le pouvoir s'est, depuis 60 ans, concentré entre les mains de cinq frères. Le long-métrage n'a rien d'un pamphlet, mais il illustre - finement - l'archaïsme de ce régime.

Mieux qu'un brûlot politique, ce film est une porte ouverte. Il donne ainsi à voir un peu de ce qui reste habituellement caché. Il y parvient tout en douceur, sans grande déclaration et sans violon, et même avec une certaine dose d'humour. Waad Mohammed apporte l'incroyable fraîcheur de sa condition enfantine à cette histoire venue de nulle part. Elle est épatante: je crois que je ne suis pas près d'oublier sa frimousse mutine, d'un naturel désarmant. J'insiste toutefois pour dire que Wadjda parle aussi des adultes. Il est permis de prendre cette histoire pour un manifeste féministe. J'ai admiré l'intelligence du scénario, qui évite tous les écueils du manichéisme. Au final, et même si j'ai ressenti une toute petite longueur au milieu de la séance, j'ai vu un grand petit film, de ceux qui s'inscrivent rapidement au rang de mes coups de coeur. Heureux que l'émotion me vienne d'un pays jusqu'alors totalement fermé au septième art !

Wadjda
Film saoudien de Haifaa Al-Mansour (2012)

Le titre de ma chronique est évidemment un clin d'oeil au film optimiste des frères Dardenne, Le gamin au vélo. Dans une liste d'enfants en lutte, j'ose également un rapprochement géographique avec les petits Japonais de Nobody knows. Si vous préférez rester dans le Golfe persique, en compagnie d'autres jeunes rêveurs, il est bon de vous recommander une nouvelle fois Captain Abu Raed, venu de Jordanie. Le combat pour la liberté, vous pourrez mieux en juger en Iran, avec Une séparation ou Les chats persans, notamment.

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Pour en savoir plus...

Vous trouverez tout ce qu'il faut sur Internet pour mieux comprendre comment ce film est parvenu jusqu'à nous. Du point de vue critique, je vous recommande également la lecture des chroniques de Pascale ("Sur la route du cinéma") et de Dasola ("Le blog de Dasola"). Attention: la seconde en dit beaucoup sur la presque fin du métrage.

samedi 23 mars 2013

Les autres

La tête ailleurs, j'ai raté les derniers films de Vincent Lindon. C'est notamment pour lui que j'ai sauté sur l'occasion de voir enfin Ceux qui restent. À dire vrai, j'aime aussi beaucoup sa partenaire féminine dans ce joli film - Emmanuelle Devos. La thématique choisie peut inquiéter: il illustre la rencontre d'un homme et d'une femme dans les couloirs d'un hôpital, chacun au chevet de leur partenaire respectif. La mort rode, prête à tout bouleverser, mais les malades restent à l'écart du champ de la caméra. Le titre du long-métrage résume assez bien son enjeu. Je n'ai pas envie d'en dire davantage.

J'ai déjà dit que Ceux qui restent est un joli film. Imparfait certainement, mais plein de bonnes choses, au-delà des intentions. C'est aussi un premier film, d'une belle maîtrise émotionnelle. Évidemment, le duo de comédiens tire l'ensemble vers le haut. N'empêche: il aurait été facile de verser dans le pathos pur et dur. C'est pratiquement le contraire qui survient, le long-métrage conservant ce qu'il faut de silences pour laisser le spectateur choisir son ressenti propre et ouvrant la porte à assez de personnages secondaires pour densifier son intrigue, sans jamais l’opacifier. Malgré quelques petites failles, le propos est très intelligent. Le film n'étant ni trop court ni trop long, je le trouve réellement très tenu.

Et puis, il y a donc Emmanuelle Devos et Vincent Lindon. Parfaits ? Peut-être pas. Justes, en tout cas, et concernés, c'est flagrant. Anecdote intéressante: chacun joue à contre-sens de sa nature ! L'anxiété de l'homme Vincent Lindon est ici canalisée pour composer un personnage introverti, mutique. La véritable Emmanuelle Devos serait très intérieure, mais son personnage est des plus volubiles. Ceux qui restent est donc bien un film de l'altérité. En s'appuyant d'abord sur une problématique à laquelle nous pouvons tous être confrontés, il montre qu'il n'y a pas qu'une unique réponse possible aux épreuves de la vie. Il en apporte une, avec pudeur et douceur. Une conclusion qui ne saurait convenir à tout le monde, mais...

Ceux qui restent
Film français d'Anne Le Ny (2007)

Avec son air de Valérie Lemercier, la réalisatrice est un visage connu du cinéma français, même si elle a mis une dizaine d'années à passer derrière la caméra. Elle se sort très convenablement d'un sujet difficile. J'aime ces films pudiques qui émeuvent sans violon. Laissez-moi y réfléchir un peu avant de vous en suggérer d'autres...

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Et en attendant...

Vous aurez peut-être envie de lire d'autres avis sur le long-métrage d'aujourd'hui. C'est possible sur trois des sites que je fréquente assidument, j'ai nommé "L'oeil sur l'écran", "Sur la route du cinéma" et "Le blog de Dasola". Je vous suggère d'y faire un saut également.

jeudi 21 mars 2013

Un homme et une femme

Simon sort de prison le jour du réveillon. Les mêmes clés ouvrent l'appartement de Françoise. La belle n'en est pas moins infidèle et, presque surpris par l'amant, Simon déguerpit. Fin des images en noir et blanc et... passage à la couleur. Simon veut braquer une bijouterie cannoise. Françoise, elle, possède la boutique d'antiquités voisine. Elle est si belle que le bandit en tombe amoureux. Vous pourrez connaître la suite en regardant comme moi La bonne année, un film de Claude Lelouch qui m'a été offert récemment (et merci à LuX !).

C'est ma mère qui, un soir, a voulu donner sa chance au film. Personnellement, il me tentait également pour une raison: la présence au générique de Lino Ventura. À 54 ans, l'ancien catcheur impose ici une personnalité massive. Son jeu de séduction est vraiment agréable à regarder et à entendre, gestuelle parfaite et dialogues ciselés. Partenaire au niveau, également: à 40 ans, Françoise Fabian s'avère très crédible dans le rôle de la femme expérimentée et hédoniste. Vous l'aurez compris: La bonne année est d'abord l'histoire d'un duo. Son bon fonctionnement fait vite passer le braquage au second plan.

Les autres personnages aussi, du même coup ! Pas question toutefois de s'en plaindre: le propos du réalisateur ne les concerne finalement guère. Quant au cadre de cette histoire, il n'a pas grande importance non plus, négligeant mon espoir de revoir la Cannes des années 70. Attention: La bonne année n'est pas tout à fait intemporel. Il dit même quelque chose de son époque, à travers l'autonomie revendiquée de son premier rôle féminin. Sur la forme, un peu lent parfois, le film s'offre une BO de Mireille Mathieu, d'ailleurs présente à l'image. Autant conclure ainsi: j'ai vu bien pire, mais j'ai vu mieux.

La bonne année
Film français de Claude Lelouch (1973)

Quarante ans déjà, fichtre ! Claude Lelouch peut susciter l'étonnement avec ce film, en l'ouvrant délibérément avec les scènes finales d'Un homme et une femme. Passée cette surprise, j'ai accroché à l'histoire et suivi avec un certain intérêt les parades amoureuses du duo Simon / Françoise. J'ai eu plus de mal à admettre les règlements de compte larvés entre le réalisateur et la critique cinéma. Le dernier plan, dont Stanley Kubrick himself s'est inspiré pour écrire la fin d'Eyes wide shut, est toutefois vraiment très beau.

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Une petite précision...

J'ai opté pour deux images en noir et blanc, mais l'essentiel du film est bel et bien en couleurs. L'alternance visuelle est intéressante.  

mardi 19 mars 2013

Fragment d'Afrique

Je veux découvrir le cinéma africain. Exprimé ainsi, mon désir paraît démesuré, comme s'il était possible, à partir de quelques films seulement, de capter l'âme d'un continent aux mille et une facettes. Disons que je souhaite m'ouvrir à ces cultures. Pour commencer, il y a maintenant quelques semaines, j'ai regardé Un homme qui crie, film venu du Tchad et lauréat du Prix du jury au Festival de Cannes 2010.

Le scénario nous conduit dans un pays en guerre. Un conflit qui reste largement hors-champ, le film s'intéressant à deux personnages, Adam, gardien de piscine dans un hôtel de luxe, et son fils Abdel. Pour une simple question d'âge, le plus jeune menace la position sociale du plus âgé, ce qui rend la communication entre eux difficile. En apparence, Un homme qui crie porte mal son titre -  un vers d'Aimé Césaire. C’est une œuvre traversée de longs silences. L'expression même des non-dits. Si vous espériez un long-métrage bavard et explicatif, vous pourriez être dérouté par son rythme. Caméra fixe et absence de dialogues: c'est pesant, mais assumé comme tel. Un style, peut-être - j'attendrai d'avoir vu d'autres films du réalisateur pour en juger avec peut-être un peu plus de pertinence.

J'ignore tout de Youssouf Djaoro et Diouc Koma, les acteurs principaux de ce drame. Le second, qui interprète Abdel, a aussi joué dans plusieurs films français. Certaines de ses fibres relient objectivement Un homme qui crie à l'Europe: il est de production franco-belge et, comme je l’ai dit, il a été consacré sur la Croisette. D'autres prix sont venus sillonner son parcours, l'un lui étant décerné au nom du Vatican, lors de la Mostra de Venise. J'élude volontairement la question du mérite: malgré sa lenteur, le film m'a plu. Puisqu’il s'agit du premier film africain que je présente, j'espère désormais que ce ne sera pas le seul et que je ne vous ferai pas attendre cinq ans de plus pour en chroniquer un autre. Nous verrons.

Un homme qui crie
Film tchadien de Mahamat-Saleh Haroun (2010)
Pas facile de comparer ce long-métrage à un autre. J'apprécie toutefois de m'aventurer ainsi hors des sentiers cinématographiques battus. Si vous voulez m'imiter, je peux toujours vous conseiller d'aller sur ma page "Cinéma du monde". Et si ça vous paraît éloigné de vos repères artistiques, souvenez-vous que, cette année-là, le jury du Festival de Cannes était présidé par Tim Burton. Et qu'il avait offert une Palme d'or controversée à un film thaïlandais déjà évoqué ici: Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures.

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Un autre regard ?

Pascale ("Sur la route du cinéma") parle du film également.

dimanche 17 mars 2013

Tous au cinéma !

Ce midi, j'ai un conseil à vous donner: si vous trouvez votre bonheur dans la programmation actuelle de votre cinéma, c'est le moment idéal pour y faire une sortie. Le Printemps du cinéma vient juste d'ouvrir ce matin, les salles participant à l'opération offrant un tarif réduit à 3,5 euros la séance. Pour moi, c'est le tiers du prix habituel dans le cinéma le plus confortable de la ville et la moitié dans la salle la plus éclectique. Ce Printemps avancé se prolonge jusqu'à mardi.

L'année dernière, très exactement sur le même format, il avait attiré 2,5  millions de spectateurs, dont plus de la moitié le dimanche. J'espère que ça ne vous découragera pas: j'entends si souvent parler du mauvais comportement d'une partie du public des salles obscures comme d'un frein à l'expérience de l'écran géant ! Pour convaincre qu'on peut aimer le cinéma malgré ce vrai fléau, peut-être qu'il faudra qu'un jour, je vous parle à mon tour de mes mauvaises expériences...

Ce n'est pas mon propos aujourd'hui. J'aime autant dire deux mots rapides de la campagne promotionnelle du Printemps du cinéma, apparue assez rapidement sur nos écrans. La Fédération nationale des cinémas français, promoteur de la manifestation, avait opté cette année pour une animation 3D relief d'abeilles et d'hirondelles. C'était mignon comme tout, bien qu'en décalage avec le style habituel. Je n'ai pas été tout à fait convaincu, mais je m'inclinerai volontiers si ça motive les gens à sortir. La réponse nous appartient !