mercredi 11 mai 2011

Pour qui la Palme ?

Une chronique de Martin

Chose promise chose due: ainsi que je vous l'ai annoncé, je voulais vous présenter les 21 cinéastes qui, à partir de ce mercredi, brigueront la Palme d'or du 64ème Festival de Cannes. Je les ai classés comme ils le seraient dans l'index des réalisateurs, à savoir par ordre alphabétique de nom de famille. Vous êtes prêts ? On y va ! J'ai même prévu un trombinoscope pour vous habituer aux visages.

Pedro Almodovar / Espagne / 61 ans
Un premier habitué de la Croisette, mais qui est toujours revenu bredouille de ses virées cannoises. Petite ironie du sort: il vient cette année y présenter La piel que habito, un film dont il avait imaginé réserver la primeur au public de son pays, sortie envisagée pour l'automne. On parle d'une production inspirée du roman Mygale, signé Thierry Jonquet. Soit, d'après ce que j'ai lu, une oeuvre jugée cruelle, à la limite du film d'horreur. De quoi déjouer les pronostics. J'imagine qu'on n'attribue jamais vraiment une Palme "à l'usure". Maintenant, et si 2011 était enfin l'année de l'Espagnol ?

Bertrand Bonello / France / 42 ans
Ce que veut raconter L'Apollonide (souvenirs de la maison close) ? On ne le sait pas encore très bien, même si, compte tenu du titre, certains parlent d'un film retraçant le quotidien d'un bordel. Info susceptible de susciter la curiosité des cinéphiles: on y retrouvera Hafsia Herzi, la jeune actrice qui monte du cinéma français, connue entre autres pour ses rôles chez Abdellatif Kechiche, l'enfant chéri des Césars. Pour le reste, j'ai peu de renseignements à ce stade.

Alain Cavalier / France / 79 ans
Je n'écarte pas d'emblée l'idée de vous reparler de ce réalisateur, car j'ai très envie de voir son film précédent - chut, je serais plus bavard si je concrétise. En attendant, intéressons-nous un instant à Pater. L'idée ici est de décrire la relation particulière qui unit un président de la République à son Premier ministre. Avec le cinéaste lui-même et son ami Vincent Lindon. Une curiosité.

Joseph Cedar / Israël / 42 ans
Incroyable mais apparemment vrai: le Festival nous offre cette année une comédie en sélection officielle. Thierry Frémaux, son délégué général, l'a certifié. Sur le papier, pourtant, rien de bien rigolo. Après un film de guerre assez âpre, le réalisateur s'est intéressé ici aux rivalités entre un père et son fils, avec pour décor une université talmudique. On verra bien ce que ça donne, Footnote.

Nuri Bilge Ceylan / Turquie / 52 ans
Lui aussi est venu plusieurs fois à Cannes, décrochant un Grand Prix du jury et un Prix de la mise en scène. Pour atteindre peut-être l'ultime et suprême consécration, le cinéaste lance Il était une fois en Anatolie. Un film-fleuve sur les relations troubles entre un avocat et un médecin, concentré sur un soir d'été. Avec, à l'écran, le malaise de vivre et pas mal d'introspection. Pas forcément le plus accessible.

Luc et Jean-Pierre Dardenne / Belgique / 57 et 59 ans
Jamais deux sans trois ? Les frères ont déjà chacun une Palme d'or sur leur cheminée: ensemble, ils ont touché le Graal à deux reprises, en 1999 et en 2005. Fallait-il six ans à nouveau avant la troisième ? C'est à voir. Leur film de cette année s'appelle Le gamin au vélo. L'histoire d'un enfant qui cherche à retrouver son père, après avoir été placé en foyer. On y verra notamment Cécile de France.

Michel Hazanavicius / France / 44 ans
L'invité de dernière minute. Un peu de cuisine interne: j'avais écrit ma chronique en avance et je l'ai modifiée la veille de sa publication pour y faire figurer le bon copain de Jean Dujardin. Après avoir associé leur force comique, le réalisateur et l'acteur devraient venir ensemble à Cannes pour y défendre un drame, The artist. J'ignore encore de quoi il sera question, mais je suis très attiré par le peu que je sais sur la forme: ce sera un film en noir et blanc... et muet !

Aki Kaurismäki / Finlande / 54 ans
Pour l'heure, je ne connais encore rien de l'oeuvre du réalisateur scandinave. J'ai noté que son nouveau film s'appelle Le Havre et a pour théâtre la ville que j'ai fréquentée pendant quatre années comme étudiant (en droit). Cela pourrait suffire à ce que je lui prête crédit, même si je ne sais du tout ce qu'il est en fait censé raconter. Seule demi-certitude: l'idée que son auteur a tourné ici, et pour l'une des premières fois, loin de chez lui.

Naomi Kawase / Japon / 41 ans
Le festival s'enorgueillit cette année d'accueillir quatre réalisatrices en compétition officielle - un record. Pour ce qui est de la teneur précise de Hanezu no Tsuki, le film de la cinéaste nippone, je dis joker. Rien n'a vraiment filtré au cours de la conférence de presse d'annonce de la sélection, juste que son oeuvre entrait en résonance avec les catastrophes que vient de subir son pays. À suivre d'un oeil attentif, la jeune femme ayant déjà obtenu plusieurs prix à Cannes.

Julia Leigh / Australie / 40 ans
Sleeping beauty
est le premier film de celle qui est aussi romancière. Cette histoire mi-onirique mi-érotique a semble-t-il déjà créé une polémique dans son pays d'origine. Elle s'intéresse au destin d'une dormeuse, jeune femme qui, en parallèle de ses études, travaille dans un bordel. De quoi faire jaser sur la Croisette également ? Pas si sûr. Après tout, Cannes en a vu d'autres...

Maïwenn / France / 34 ans
La benjamine de la sélection présente Polisse, un film qui plonge dans la vie quotidienne de la brigade des mineurs. Elle joue dedans et aux côtés de deux comédiennes que j'apprécie particulièrement, Karin Viard et Marina Foïs. Chez les garçons, on retrouvera également le bel Italien Ricardo Scarmarcio, mais aussi (et surtout ?) le très controversé Joey Starr. Prometteur ? Peut-être.

Terrence Malick / États-Unis / 67 ans
Le mythe dans toute sa splendeur. S'il est trop audacieux de parler d'une Palme d'or garantie, le réalisateur américain est à coup sûr vivement attendu sur la Croisette. Son film, The tree of life, s'y est fait attendre: espéré l'année dernière, mais coincé un long moment sur le banc de montage, il a finalement bénéficié d'une année supplémentaire avant d'être présenté. Brad Pitt et Sean Penn jouent dans ce qui est l'une des oeuvres que j'attends le plus cette année.

Radu Mihaileanu / France / 52 ans
Le plus roumain des réalisateurs français a lui aussi Hafsia Herzi dans la distribution de son nouveau film, La source des femmes. Dans une campagne reculée... du Maroc, les personnages féminins décrètent la grève de l'amour pour obtenir de leurs gentils maris qu'ils participent aux tâches quotidiennes - du type ramener de l'eau du puits jusqu'au village. Je suis quelque peu intrigué.

Takashi Miike / Japon / 50 ans
L'homme qui a donné un rôle à Quentin Tarantino dans un western sauce nippone ne peut que susciter ma curiosité. Ichimei - son film pour Cannes - s'inspire d'une oeuvre du maître Masaki Kobayashi, oeuvre, dont, d'ailleurs, j'aurai l'occasion de reparler un jour prochain. Notons en attendant que ce film de samouraï sera d'abord le seul métrage retenu en sélection à être présenté... en 3D relief !

Nanni Moretti / Italie / 57 ans
Palmé il y a dix ans, le grand réalisateur italien est de retour. Doublé possible ? Son nouveau projet, baptisé Habemus papam, déplacera probablement la lumière vers un grand nom du cinéma français, Michel Piccoli. Comme son nom latin l'indique, il devrait alors nous conduire dans les arcanes du Vatican. Attendons de voir pour savoir et notons dès aujourd'hui que la sortie italienne du film a correspondu à la date du procès en béatification de Jean-Paul II.

Lynne Ramsay / Royaume-Uni / 41 ans
La Britannique revient au cinéma après une absence de neuf ans. Tensions en vue. Il faut qu'on parle de Kevin ne promet pas vraiment de nous faire rire, puisqu'il s'intéresse à un garçon responsable d'une tuerie dans son école, si toutefois j'ai bien compris. Avec, dans le rôle de la mère du gamin, une comédienne que j'aime beaucoup: Tilda Swinton. Je vais suivre ça de près.

Markus Schleinzer / Autriche / 39 ans
Un homme enlève, viole et séquestre un enfant. Tel serait le point initial de Michael, en partie basé sur l'histoire de Natacha Kampusch, l'un des premiers films en sélection officielle cette année. Son auteur n'est pas pour autant un complet inconnu du monde du cinéma, puisqu'il compte plusieurs collaborations avec son compatriote Michael Haneke, couronné de la Palme d'or il y a deux ans. Présage favorable ? L'avenir et la décision du jury le diront.

Paolo Sorrentino / Italie / 40 ans
Sean Penn est aussi dans This must be the place, le nouveau film signé du réalisateur italien. D'après le peu que j'ai pu voir, il y est d'ailleurs méconnaissable. Cette oeuvre tournée entre les États-Unis et l'Irlande évoque le destin d'un drôle de rock star sur le retour. J'ignore les détails, mais la tête d'affiche, partagée parmi d'autres avec l'excellente Frances McDormand, promet déjà une réussite. Reste évidemment à confirmer cet a priori sur grand écran.

Lars von Trier / Danemark / 54 ans
S'il décroche une deuxième Palme d'or, le Danois viendra-t-il seulement la chercher ? Ses névroses l'empêchant de prendre l'avion, ce n'est pas gagné d'avance. Les festivaliers devraient encore avoir droit à une histoire sombre, basée cette fois sur un risque, celui d'une collision de la Terre avec une autre planète. Cela pourrait aussi vous surprendre mais, grâce à Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst dans le casting, j'ai déjà envie de le voir, ce Melancholia.

Nicolas Winding Refn / Danemark / 40 ans
Apprécié pour des oeuvres ancrées à son pays, le Danois se tourne cette fois-ci - et pour la première fois - vers l'Amérique. Je n'ai pas eu d'informations sur le scénario de Drive, mais je sais qu'on parle d'un thriller et qu'on y verra notamment la jolie Carey Mulligan, ainsi que l'incroyable Ron Pearlman. Je sais, c'est court, mais il ne reste plus longtemps à attendre avant d'autres précisions.

mardi 10 mai 2011

Robert et les autres

Une chronique de Martin

J'aurais pu en parler il y a presque un mois, le 14 avril exactement, quand la sélection officielle a été dévoilée. À la veille de l'ouverture du Festival de Cannes, il est temps, je crois, de détailler 2-3 infos sur le programme de cette 64ème édition. Une annonce personnelle, d'abord: je vous parlerai demain des prétendants à la Palme d'or. Aujourd'hui, permettez-moi de mettre quatre comédiens à l'honneur.

Le premier, c'est évidemment Robert de Niro, président du jury 2011. Il serait fastidieux d'énumérer les grands films de l'acteur américain et un peu arbitraire, aussi, dans la mesure où je reste bien loin de les avoir tous vus. À ce poste, je note que Cannes accueille son cinquième représentant du cinéma US en dix ans, chiffre tout de même important. Point intéressant: autour de lui, l'aréopage des jurés comprend quatre femmes et quatre hommes. Honneur aux dames: "Bob" s'appuiera notamment sur les conseils avisés de sa compatriote Uma Thurman, de la scénariste norvégienne Linn Ullmann, de l'actrice argentine Martina Gusman, ainsi que de la productrice chinoise Nansun Shi. Du côté des garçons à présent, les petits veinards seront Jude Law, le réalisateur français Olivier Assayas, le cinéaste tchadien Mahamat Saleh Haroun et enfin leur confrère chinois Johnnie To. Au passage, je reconnais d'emblée quelques artistes déjà venus sur la Croisette l'an dernier...

Woody Allen, lui, devrait également revenir à Cannes. On disait même qu'il monterait les marches avec Carla Bruni, pour présenter son dernier film. La femme du président de la République y tient officiellement un (petit ?) rôle - je l'avais déjà indiqué ici il y a quelque temps. Pas de prix à attendre, cependant: le long-métrage est diffusé en ouverture du Festival et ne peut donc prétendre obtenir la moindre récompense. Ce qui ne veut pas forcément dire que, par principe, je ne voudrais pas le voir. J'ai découvert le gars Allen sur le tard et souvent passé un bon moment en sa compagnie. Je note qu'il est plutôt aimé en France, comme en témoignent notamment les deux Césars du meilleur film étranger qu'il a décrochés en 1980 et 1986. À Cannes, Woody a également obtenu une Palme des Palmes, second à être récompensé de ce trophée après le Suédois Ingmar Bergman. Avec son humour caractéristique, il avait alors souligné: "Les Français font généralement deux erreurs à mon sujet. Ils pensent que je suis un intellectuel comme je porte des lunettes et me prennent pour un artiste parce qu'on prétend aussi que mes films ne rapportent pas d'argent. Deux idées fausses".

Une autre comédienne qui prend ses aises sous les projecteurs cannois, c'est Mélanie Laurent. Je reconnais que je n'apprécie pas tout à fait cette jeune actrice française. Je trouve juste qu'on la voit un peu trop et, n'en déplaise à Quentin Tarantino, je ne l'ai encore jamais trouvée ébouriffante de talent. Son physique avenant devrait toutefois en faire une maîtresse de cérémonie tout à fait acceptable. La belle a déjà souligné à plusieurs reprises combien elle était stressée à l'idée d'assurer une solide prestation - il faut bien dire évidemment qu'en la matière, il n'y a pas de seconde chance, direct oblige. Mélanie Laurent a paraît-il confié l'écriture de ses textes futurs à Nicolas Bedos, fils de Guy. Je ne connais... strictement rien de ce jeune homme, mais note que Wikipedia le dit ex-conseiller artistique chez Canal+ à l'âge de 18 ans seulement. Vraie précocité ou piston paternel bien appuyé ? Dans l'ignorance de ses compétences et aptitudes, je ne peux conclure sans procès d'intention. Je jugerai donc (une première fois) sur ce que je verrai et entendrai à Cannes. En attendant, bon courage à miss Laurent !

De courage, Jean-Paul Belmondo n'en a vraiment plus besoin, fut-ce pour mener la vie du vieux monsieur malade qu'il est devenu au fil des années. J'ai déjà dit ici l'affection que j'avais pour ce monstre sacré du cinéma franchouillard. Il est certes bien vrai que la plupart de ses films repose sur une conception populaire du septième art. J'ai envie de dire: et alors ? Il faut de tout pour faire un monde. Constatons d'ailleurs que "Bébel" compte aussi quelques films d'auteurs, tournés dans sa prime jeunesse. Il me paraît donc légitime que le Festival lui rende hommage. C'est ce qui sera fait prochainement, dans une semaine exactement, avec la projection d'un documentaire consacré à la star. On annonce la présence de tous ses amis et confrères du Conservatoire, Jean Rochefort, Claude Rich, Jean-Pierre Marielle ou Pierre Vernier, pour l'honorer à sa mesure. Déjà venu sur la Croisette à plusieurs reprises, mais toujours reparti bredouille, JPB n'amène malheureusement aucun film à défendre cette année. Il est même très probable qu'on ne le revoie jamais plus au cinéma. Raison de plus pour un petit retour en arrière nostalgique.

dimanche 8 mai 2011

Vers une autre vie ?

Une chronique de Martin

C'est, je crois, encore d'un téléfilm que je vais vous parler aujourd'hui. Il me reste un petit doute dans la mesure où je ne suis pas parvenu à "tracer" le long-métrage en question: Les fugueurs. J'ai simplement noté qu'il était produit par HBO, mais il me semble que la chaîne américaine travaille pour le septième art, presque autant que pour la petite lucarne. Une chose est sûre: j'ai déjà vu chacune des deux têtes d'affiche de ce petit film sympa sur écran géant. J'apprécie d'ailleurs ce que je connais de Susan Sarandon et, cette année, j'ai aimé découvrir Stephen Dorff, qu'il m'a donc été plutôt agréable de retrouver ici, quelque douze ans plus tôt.

L'intrigue du film tient en quelques lignes. Pour couvrir sa retraite, un braqueur de banques kidnappe une femme qui attendait son tour devant le guichet. Laquelle était en fait venue clôturer son compte avant de quitter son mari. Charlotte et Jake ont au moins un point commun: l'envie de vivre enfin une autre vie. Les fugueurs différent toutefois en ce que lui prend l'initiative, parlant même d'impulsion, tandis qu'elle "subit" la situation qui se présente et, bien qu'elle soit d'abord une otage, finit par en tirer parti. Une espèce de syndrome de Stockholm renforcé par la compréhension réciproque que finiront par développer ces deux-là, en s'apprivoisant doucement. Pour le pire peut-être pas, mais pour le meilleur ? C'est encore à voir.

Les fugueurs vous offriront une agréable compagnie un de ces soirs où vous n'aurez pas envie de vous prendre la tête avec une oeuvre trop compliquée. Sans être sensationnel, le film se laisse regarder, avec un soupçon de nostalgie et quelques pointes d'humour tendre. Sans transcender les techniques de la réalisation d'un road movie traditionnel, le réalisateur reprend une bonne idée déjà éprouvée ailleurs: sur les personnages principaux, il fait témoigner une partie de ceux qui croiseront leur route. Ce regard distancié est un peu celui du spectateur: je m'y suis en tout cas souvent retrouvé. Quant à ce qui arrive au bout du chemin fait à deux, je vous laisse l'imaginer ou le découvrir. Seul indice: cette conclusion n'est pas forcément aussi caricaturale qu'anticipé. Un bon point pour finir.

Les fugueurs
Téléfilm américain de James Lapine (1999)
Qui dit Susan Sarandon sur la route, dit Thelma et Louise. Le film d'aujourd'hui est moins sombre que celui de Ridley Scott, une oeuvre superbe dont il me faudra redire un mot à l'occasion. Geena Davis n'est plus de l'aventure, mais le duo que constitue la belle rousse avec le jeune Stephen Dorff - 26 ans contre 53 - marche bien également. Il est vrai aussi que le papa de Somewhere compose ici un personnage attachant. Encore une fois, il n'y a rien d'extraordinaire dans cette aventure, juste assez de bons moments pour ne pas regretter de lui consacrer une grosse heure et demie.

vendredi 6 mai 2011

Tragédie à l'indienne

Une chronique de Martin

Je n'en suis pas fier, mais voilà: je me suis endormi (deux fois !) devant Devdas. J'aurais sans doute dû attendre d'être moins fatigué pour regarder cette production bollywoodienne longue de trois heures largement chantées. Il est sûrement quelque peu injuste d'en écrire une chronique, alors même que j'ai le sentiment de ne pas lui avoir laissé toutes ses chances de m'émerveiller. Je n'ai pas résisté longtemps à sa langueur (monotone ?), mais je ne suis pas sûr que, dans d'autres circonstances, elle ne m'aurait pas semblé meilleure. Tout ce que j'ose affirmer, c'est qu'il y a sans doute dans ce cinéma un style caractéristique qui ne plaira pas à tout le monde. Maintenant, j'admets aussi qu'il peut faire l'objet d'admiration.

Devdas, c'est le prénom d'un jeune Indien du début du siècle dernier. Fils de bonne famille, il a suivi des études à Londres et revient enfin au pays, dix ans plus tard, dans l'idée d'y devenir avocat. Ce retour est aussi pour lui l'occasion de revoir Parvati, la jeune fille qui avait tellement pleuré son départ. Il ne faut pas longtemps, juste le temps de quelques oeillades, avant que la carapace du macho cède d'un bloc sous les coups de boutoir de l'amour. Seulement voilà, la demoiselle aimée est d'un autre rang et, dans cette société de castes, ce fait rend impossible toute union. Pour leur malheur, les tourtereaux retrouvés ne peuvent convoler en justes noces. Shakespeare lui aussi aurait pu écrire cette histoire. Peut-être même l'a-t-il fait...

Trois heures, c'est long. Et c'est moi qui le dis, moi qui aime pourtant les grandes fresques hollywoodiennes. Est-ce simplement que tout se joue à une lettre près ? J'ai encore du mal à apprécier Bollywood. Devdas n'étant finalement que mon deuxième essai, j'accepte volontiers l'idée que je suis par trop ignorant de ce cinéma pour m'en enthousiasmer. Ici et là, ce film est régulièrement cité parmi les meilleurs - ou les plus représentatifs - du genre. Il a même été présenté à Cannes, hors-compétition, au cours de l'édition 2002 du Festival. Et pourtant, je n'ai pas accroché et, vous l'avez lu, j'ai même décroché plus souvent que d'habitude. L'idée d'écarter d'emblée tout un pan du cinéma mondial ne me plaît pas beaucoup. Donc, il faudra que je retente ma chance. Peut-être pas aussitôt...

Devdas
Film indien de Sanjay Leela Bhansali (2002)
Certains d'entre vous ont compris qu'il m'était difficile de dire vraiment du mal d'un film. J'aime autant nuancer mon propos, essayant d'expliquer pourquoi telle ou telle oeuvre ne m'a pas séduit. C'est le cas ici et je le déplore, tant j'apprécie de pouvoir découvrir une forme nouvelle à laquelle, encore béotien, je me révèle néanmoins sensible. Ce ne sera pas le cas ici. Pour tout dire, je crois que je préfère les comédies musicales occidentales. Le drame joué ici m'a donné envie de revoir un film de Baz Luhrmann. M'est avis qu'un parallèle pourrait être fait avec son Roméo + Juliette. Maintenant, cette intuition, il faudrait également que je la vérifie...

mercredi 4 mai 2011

Le mauvais sujet repenti

Une chronique de Martin

C'est un fait assez rare pour être signalé: le long-métrage analysé aujourd'hui est le second téléfilm que je vois en trois semaines seulement. Philippe, un collègue de travail, m'en a prêté le DVD. Admettons sans ambages que j'ai apprécié, cette initiative et le film lui-même. Les premières images vont droit au but pour nous faire comprendre l'enjeu en l'espace de quelques minutes. Billy Bats Batton est un truand à la solde de la mafia, loyal, mais vendu comme traitre à l'organisation par Dieu sait quel mouchard. Une nuit, un tueur s'introduit chez lui, mais plus de peur que de mal: après un échange de coups de feu, sa famille s'en sort... avec l'intention d'en terminer avec tout ça. Billy devient alors un Témoin sous contrôle, livrant donc son chef en échange de la protection d'une autre identité légale.

Là où le film fait preuve d'une certaine originalité, c'est dans le fait qu'il ne s'intéresse pas à une quelconque guerre des gangs. Non, pour l'essentiel, il se concentre sur les sentiments de cette famille américaine pas tout à fait ordinaire. Témoin sous contrôle raconte en fait combien il est difficile aux trois non-mafieux d'assumer pleinement le passé de leur parent pour fuir dans une autre ville, dans une autre vie. Il y a la femme amoureuse, qui a finalement tout sacrifié pour couvrir les mensonges de son époux. Il y a le fils presque adulte, qui doit renoncer à sa petite amie et à son entrée programmée à l'université. Il y a la petite fille, qui ne comprend pas bien pourquoi, subitement, tout le monde lui demande de mentir. Enfin, il y a cet homme perdu, qui ne parvient plus à tout contrôler.

Tom Sizemore l'incarne avec un jeu convaincant, parfois un peu outrancier. En face de lui, Forest Whitaker est le flic qui lui dicte chacune des conditions de sa possible rédemption. Le duo marche bien et, au milieu, Mary Elizabeth Mastrantonio fait presque office d'arbitre, passant d'un camp à l'autre selon l'évolution d'une intrigue assez bien ficelée. Les jeunes - Shawn Hatosy et Skye McCole Bartusiak - sont importants pour les enjeux du scénario, bons, pas forcément transcendants. J'ai passé un bon moment devant Témoin sous contrôle (pas terrible, ce titre !). Le film présente évidemment quelques défauts, une musique un peu appuyée, quelques effets faciles et une vraisemblance discutable. Pour une simple soirée plateau-télé, ça reste un divertissement tout à fait acceptable.

Témoin sous contrôle
Téléfilm américain de Richard Pearce (1999)
Le thème de la mafia est un classique, à la télé comme au cinéma. Quand j'aurai vu Le parrain, je pourrai me risquer à un comparatif. Pour l'heure, je trouve que le fait d'avoir abordé cette thématique sous l'angle d'une famille en passe d'imploser est une bonne idée. Pour voir ce que ça peut donner dans un autre contexte, vous pouvez choisir La chambre du fils, Palme d'or 2001 sur la question du deuil, ou Brothers, axé sur les conséquences de la guerre sur la vie intime des vétérans. L'un et l'autre sont objectivement d'une intensité nettement supérieure à celle du (petit) film présenté aujourd'hui.

mardi 3 mai 2011

Un autoportrait

Une chronique de Martin

Parmi les toutes premières choses que j'ai remarquées avant même de regarder A bigger splash, c'est que ce film anglais date de l'année de ma naissance. C'est avec une curiosité certaine que j'ai enfin fini l'autre soir par le lancer sur ma platine DVD, pressentant que j'allais découvrir l'oeuvre la moins accessible de ma série de longs-métrages sur les peintres au cinéma. Sur ce point, la circonspection s'impose encore: il me reste toujours quelques découvertes en rayon, ma série comportant trois "épisodes" de plus, à voir plus-tard-j'ignore-quand. Mettons fin au suspense: en attendant, je peux dire que j'ai déjà plutôt apprécié celui-là. Et essayer de vous expliquer pourquoi.

Une confirmation d'abord: A bigger splash n'est pas un film évident. Il paraît pourtant reposer sur une idée simple: raconter l'histoire quotidienne d'un peintre britannique homosexuel, au cours des mois qui ont suivi sa rupture avec son petit ami. Là où les choses deviennent plus intéressantes et se densifient, c'est que l'artiste existe bel et bien, qu'il s'agit en fait de David Hockney et qu'il a ici fait le choix... de jouer son propre rôle. Plus surprenant encore, c'est également le cas de l'ensemble des personnages du récit, qui peut donc être présenté comme une fiction venue reproduire le passé immédiat. L'intérêt de la démarche ? Chacun en jugera intimement et selon ses propres critères. Pour moi, il est d'ordre esthétique.

Il m'a semblé en effet que les tableaux de David Hockney, que le film montre souvent, sont nés des choses qui ont pu se passer dans sa vie d'homme "ordinaire". A bigger splash - Une éclaboussure plus grosse en français - est à la fois le titre de l'une des toiles, la réminiscence tangible d'une journée autour d'une piscine et l'onde de choc ressentie par la fin d'une histoire d'amour. Le talent du long-métrage est de le faire comprendre, ou au moins ressentir, en images. C'est en ce sens que je crois possible de dire que le spectacle ici proposé est relativement exigeant: il faut probablement être assez réceptif, ou tout du moins ouvert, à l'art contemporain pour apprécier. J'imagine qu'à l'époque de sa sortie en salles, la thématique homosexuelle a également pu conférer à ce curieux projet un attrait autre, un peu sulfureux. 37 ans plus tard, cet érotisme diffus devrait être mieux accepté et, dès lors, passer un peu plus inaperçu. Reste une certaine réflexion sur les conditions de la création, intemporelle et donc toujours intéressante. J'aurais également pu dire sensible.

A bigger splash
Film anglais de Jack Hazan (1974)
Deux champs de comparaison possibles, donc. Si je reste sur le plan de l'homosexualité masculine, le film m'a presque aussitôt fait penser à Mort à Venise, d'autant qu'apparaît très ponctuellement à l'image un garçon en marinière, fantôme du Tadzio de Luchino Visconti. Objectivement, Le secret de Brokeback Mountain est bien loin. Idem pour la thématique d'un I love you Philipp Morris. Constat facile qui m'amène à vous inciter à vous replonger de préférence dans les trois autres films déjà présentés de ma collection "Peintres au cinéma", soit, par ordre d'apparition sur le blog: Ivre de femmes et de peinture (16 novembre 2009), Frida (2 mars 2010) et Moulin rouge (16 avril 2010). La source de plaisirs je crois assez variés.

lundi 2 mai 2011

Ses dernières séances

Une chronique de Martin

Il entamera demain une série de quatre concerts parisiens au Palais des sports de Bercy, avant de partir en tournée provinciale estivale et de faire quelques dernières dates à l'Olympia début septembre.

Je suis allé l'écouter une fois, il y a plusieurs années, dans une salle assez petite, mais en formation spéciale big band. Je vivais alors dans la région de Rouen, courant des années 90. Après un report pour cause de maladie, il avait assuré le show et prouvé un humour échevelé pour évoquer l'histoire de ses chansons et l'actualité politique du moment. De Serge Gainsbourg et les difficultés d'écriture des paroles de Vieille Canaille au ministre Jacques Toubon et l'impossibilité de traduire Be bop a lula. C'est pourtant bel et bien autour du cinéma que j'ai appris à connaître et apprécier l'enfant rock de Belleville, Claude Moine alias Monsieur Eddy Mitchell. Aujourd'hui, j'en parle pour dire qu'il tirera sa révérence cette année, soucieux d'éviter la représentation de trop. Je dis chapeau, l'artiste ! Après ses derniers adieux aux grandes prairies, il risque de manquer.

Il est difficile d'en trouver des images, mais pas vraiment d'être nostalgique de La dernière séance, cette belle émission sur le cinéma qu'il animait jadis sur ce qui était encore FR3. Ici, j'ai souvent parlé du western comme de ma madeleine cinématographique. Je peux ajouter que, si les cow-boys en avaient bu, le rendez-vous télévisuel mensuel aurait été le thé qui va avec. Je me souviens encore parfaitement de son découpage à l'antenne: présentation et diffusion d'un premier film technicolor en VF, retour plateau et dessin animé, coupure pour les infos du soir, second film en noir et blanc et VO sous-titrée. Le tout tourné vers Hollywood, années 40, 50 et 60.

J'ai dû voir bon nombre d'ouvertures, grâce aussi au fait qu'au début, la diffusion avait lieu le mardi, veille de jour de repos pour l'écolier que j'étais. Le Tex Avery intermédiaire marquait alors pour moi l'ultime plaisir de ces réjouissances télévisuelles. Je me rappelle d'ailleurs avoir été déçu quand le cartoon a disparu. J'ai ensuite su que j'avais grandi quand, alors que mes parents allaient se coucher, j'ai été autorisé à regarder l'ensemble du programme. Faute d'être réellement cinéphile à l'époque, j'ignore le nombre précis des films que j'ai pu voir et mieux connaître de par l'intelligence du propos d'ensemble, soutenu par le producteur Serge Moati. Imaginé d'abord par Mitchell lui-même, sans retransmission, le principe aura été repris à 192 occasions devant les caméras, depuis le 19 janvier 1982 et jusqu'au 28 décembre 1998. Souvenirs. La lumière s'éteint déjà...

samedi 30 avril 2011

Le clown prisonnier

Une chronique de Martin

J'aurais aimé qu'il en soit autrement, mais ma troisième rencontre avec Jim Jarmusch ne restera pas parmi mes grands moments cinématographiques. En me prêtant Down by law, Stéphane, collègue de travail comme moi accro au septième art, m'avait annoncé un film pointu. Tourné en noir et blanc, ce long-métrage curieux n'est pas d'un abord facile et paraît effectivement réclamer quelques efforts à ceux qui veulent "entrer dedans". Malgré la fatigue de ce soir-là, j'y suis à peu près parvenu, non sans difficulté, donc, et avec un enthousiasme tout relatif. Pardon pour ce qualificatif redoutable: cette histoire d'évasion m'a paru un peu vaine.

Résumons. En dépit de prénoms presque identiques, Zack et Jack vivent chacun dans leur coin et ne se connaissent pas. Apathique, mutique et chassé par sa petite amie, le premier, DJ au chômage longue durée, se laisse convaincre d'entrer dans une combine douteuse pour gagner un peu d'argent. Le second, proxénète, couche sans enthousiasme aucun avec l'une de ses filles, avant de se voir proposer de "protéger" une petite nouvelle, en fait à peine majeure. Dans cette Nouvelle-Orléans de cinéma, les deux larrons vont passer par la case prison. Entre deux bagarres, ils feront tout pour s'ignorer. Down by law change de ton quand un troisième rejoint la cellule. Roberto ne cache pas qu'il a tué un type qui le poursuivait, lui ayant jeté au visage la boule noire numéro 8 d'un billard américain...

J'ai déjà parlé de film d'évasion: Zack, Jack et Roberto ne croupiront en effet que provisoirement derrière les barreaux. Je vous laisse découvrir ce qui se passera (ou pas) quand ils se feront la belle. Franchement, ça m'ennuie, mais tout cela ne m'a pas passionné. Dans le trio des comédiens principaux - et presque uniques - du film, je ne connaissais guère John Lurie et Tom Waits: je les ai trouvés bons, mais donc pas follement intéressants. La vraie force motrice du métrage s'est en fait pour moi résumée à la prestation décalée offerte par Roberto Benigni, le clown qu'évoque mon titre aujourd'hui. Down by law lui doit beaucoup et notamment son aspect irréel. Ce bout de chemin parcouru à trois emprunte au rêve un peu de son immatérialité. En ce sens, je veux bien comprendre pourquoi et comment, culte pour les uns, ce film peut également séduire.

Down by law
Film américain de Jim Jarmusch (1986)
Étais-je trop fatigué ? Suis-je trop peu réceptif ? Peut-être bien, oui. Au moment du générique final, j'ai eu l'impression d'être passé légèrement à côté. Les (très) bonnes appréciations lues sur le film me laissent penser qu'il y a quelque chose que je n'ai pas su saisir. Tant pis: ça arrive. Il me faudrait revoir Big fish (et voir enfin La vie est belle) pour juger de la pertinence d'une comparaison sur le plan onirique. En attendant, je vous recommanderais deux autres films signés Jarmusch, plus récents: Ghost dog, le premier que j'ai pu découvrir, mais aussi - et surtout ? - le méconnu Broken flowers.

jeudi 28 avril 2011

Juste un père

Une chronique de Martin

Les écrivains font-ils de bons cinéastes ? La question a pu être posée à de nombreuses reprises devant les passerelles entre la littérature et le septième art. Je vous propose d'en arpenter une aujourd'hui.

Bien qu'il porte le nom d'un roman de Bertrand Visage sorti en 1984, Tous les soleils n'en est pas l'adaptation. Il repose sur le travail créatif d'un autre romancier, Philippe Claudel, passé pour l'occasion (et la seconde fois) derrière les caméras. C'est bien lui qui a écrit tout le scénario de ce film sensible et intelligent. L'histoire ? Celle d'Alessandro, professeur italien de musique baroque, qui élève seul sa fille, Irina, dans la belle ville de Strasbourg. La maman ? Elle est décédée peu après la naissance de l'enfant, il y a 15 ans, 15 années que son ex-époux a laissé filer, dans un deuil permanent qui ne dit pas son nom. Dans cette vie, on découvre encore un frère et tonton, lui aussi italien, squattant chez le couple père/fille. Luigi, anar robe de chambre, a fui l'Italie, un pays à la botte de Silvio Berlusconi. Personnage secondaire tout à fait truculent.

Une chose qu'il faut comprendre: bien qu'il parle de la perte de l'être aimé, Tous les soleils n'est pas un drame. Aux matheux, je dirais volontiers qu'il avance sur une sinusoïde, drôle et touchant, les deux en permanente alternance, pour livrer au final un long-métrage franchement réussi. Les acteurs n'y sont pas pour rien. Le père éploré, en peine d'élever convenablement son adolescente de fille, repose sur les épaules de Stefano Accorsi, connu à la ville pour être Monsieur Laëtitia Casta: il est exactement dans le bon ton, sa langue originelle et son accent chantant en français faisant des merveilles pour la musicalité des dialogues. Le constat vaut bien évidemment aussi pour ses deux partenaires principaux, la jeune Lisa Cipriani d'abord, et l'énorme Neri Marcorè. Trois belles révélations, éléments forts d'une distribution encore renforcée par les participations remarquées de Clotilde Courau et, surtout, d'Anouk Aimée.

Alors, bien sûr, les esprits chagrins noteront ce qu'il y a de guimauve dans ce scénario. Malgré un point de départ pas franchement propre à susciter les rires, l'intention première du réalisateur semble pourtant bien de nous amuser et, dans d'autres moments, de susciter assez d'empathie avec les personnages pour qu'on puisse espérer avec eux cette vie meilleure qui finira évidemment par arriver. Comme son nom l'indique plutôt bien, Tous les soleils reste un film lumineux, pas extraordinaire en soi, non dépourvu d'outrances infimes et passagères, mais dont l'idée serait de délivrer un message positif, encourageant. Honnêtement, comme je l'ai déjà eu l'occasion de le dire à d'autres occasions pour d'autres projets sur un concept similaire, ça fait parfois du bien de sortir du cinéma avec le sourire aux lèvres. Je n'en demandais pas plus, l'autre jour, quand je suis entré dans la (petite) salle de projection. Et j'ai vécu ce bon moment porté par une oeuvre intelligente. Il faudrait que je m'offre maintenant un livre de Philippe Claudel pour apprécier ce qu'il écrit.

Tous les soleils
Film français de Philippe Claudel (2011)
Juché sur sa mobylette, l'Alessandro souriant du début du film fait penser à Nanni Moretti et à sa Vespa: je pense que c'est volontaire. Le réalisateur italien a parlé du deuil dans La chambre du fils, Palme d'or à Cannes en 2001. Dix ans plus tard, son confrère français préfère, lui, user de douceur pour faire valoir ses intentions. Le fait qu'il le fasse avec des personnages italiens ajoute au plaisir naïf d'une histoire simple et de ses bons sentiments. Au cinéma, il est évidemment des choses plus profondes, mais aussi d'autres plus sirupeuses encore. Le plan serré-visage de la dernière image m'a fait penser à celui d'Amorosa Soledad. Mais, si vous voulez pousser jusqu'à la comédie romantique, je vous recommande Le come-back.

mercredi 27 avril 2011

Leur harmonie

Une chronique de Martin

Paul Thomas Anderson, deuxième. J'ai vu un autre film du réalisateur américain: Punch-drunk love. Drôle d'histoire. Barry Egan exerce machinalement son métier de vendeur. Ce grand timide, dépressif, est harcelé par ses sept soeurs, toutes ayant décidé de le contacter sur son lieu de travail pour lui ordonner de participer à une réunion de famille. L'une des frangines viendra avec une femme, dans l'idée de faire les présentations. Tout cela crispe Barry, à qui il arrive aussi plusieurs choses curieuses: une voiture fonce et fait des tonneaux sous ses yeux, un harmonium tombe d'un camion, une entreprise offre des bons pour des voyages plus chers que ses puddings...

Bienvenue dans un monde qui ressemble au nôtre, mais s'en décale par quelques détails flagrants et s'avère plutôt onirique. On croit d'abord suivre l'histoire d'un célibataire endurci, adepte du téléphone rose, non pas pour prendre du bon temps, mais juste pour le faire passer, ce même temps. Et Punch-drunk love impose petit à petit une atmosphère de rêve, renforcée encore par la lumière blanche saturée de certains de ses plans ou les dessins colorés et mouvants qui séparent quelques scènes. Et s'il est clair que son héros est perturbé, le film n'apporte aucune réponse définitive aux énigmes qu'il pose, a fortiori quand dans la drôle de vie de Barry débarque Lena, la collègue de travail d'une de ses soeurs, donc. Débute alors, comme le titre du film l'avait laissé supposer, quelque chose d'indéfini qui ressemble à une romance, mais des plus bizarroïdes.

Pour aborder cette oeuvre à nulle autre pareille, il est préférable, selon moi, de ne pas chercher trop de points de repère. Le mieux serait plutôt de se laisser emporter et de remettre à plus tard l'envie de tout comprendre. Punch-drunk love s'apprécie ainsi, et surtout parce qu'il est concentré: le propos du réalisateur tient en moins d'une heure et demie. Parti sur des bases incertaines, l'amour naissant dont il est question replace doucement le film sur les rails d'une certaine rationalité, mais il est bon de se perdre tout à fait dans l'illogisme profond de ce qui est montré. Il est en fait rafraîchissant de constater que le cinéma ne répond pas systématiquement aux interrogations qu'il peut générer. Tout est ensuite question de point de vue. Je dirai pour ma part qu'un film comme ça de temps en temps, ça va, ça évade et, éventuellement, ça ouvre sur autre chose, une perception nouvelle de la chose filmée. Pour autant, je ne me crois pas capable de faire de ce genre d'étranges séances une habitude. Mon avis est qu'il faut aussi savoir garder les pieds sur terre pour, ensuite, mieux parvenir à s'envoler.

Punch-drunk love
Film américain de Paul Thomas Anderson (2002)
Récompensé à Cannes pour sa mise en scène, le cinéaste l'a mérité, tant ce qu'il donne à voir change de l'ordinaire de ce qui fait l'offre quotidienne de nos salles de cinéma. Surpris, je dis moi aussi bravo pour cette audace stylistique. Et bravo aussi aux acteurs d'être aussi volontiers entrés dans le jeu. Pour ce qui est du thème, après y avoir réfléchi, je crois pouvoir dire que le scénario a fait en moi un écho inattendu à celui de deux autres films. Le premier, Les émotifs anonymes, je vous en déjà ai parlé ici il n'y a pas si longtemps. Quant au second, The fisher king, il mériterait lui aussi d'être chroniqué. Je reparlerai un jour de ces autres amours un peu folles.

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Un mot encore:
Ce film est le 400ème long-métrage présenté sur ces pages. Je suis particulièrement heureux d'associer mes amies Killaee, L u X, Moko-B et Silvia Salomé à cette étape symbolique. Nous atteindrons bientôt la 500ème chronique, un vrai petit bonheur. Vers l'infini et au-delà ?