samedi 30 novembre 2024

Lui... ou l'autre

Je suppose que nous sommes nombreux à rêver d'un jumeau ou sosie acceptant d'assumer nos activités les plus ingrates à notre place. Dans le bien nommé La gueule de l'autre, un homme politique véreux se sent menacé par une relation ancienne. Pour mener une campagne électorale, l'un de ses collaborateurs décide d'en appeler à son cousin !

Scénariste et producteur, Jean Poiret se tourne vers Pierre Tchernia pour réaliser cette comédie bouffonne et confie à l'ami Michel Serrault le double rôle du leader des Conservateurs indépendants progressistes et de son parent, un acteur à la petite semaine. C'est drôle ? Oui. C'est désopilant ? Euh... non. Au temps de Giscard, je peux admettre que l'histoire avait un petit quelque chose de corrosif, mais sa force semble bien effacée désormais, 45 ans après la sortie dans les salles obscures. Vous noterez que, même en 1979, La gueule de l'autre n'avait rencontré qu'un succès d'estime, avec à peine plus d'un million de spectateurs (32ème rang du box-office / 19ème film français). Aujourd'hui, reste tout de même le plaisir de revoir des acteurs familiers dans leurs oeuvres, parmi lesquels Roger Carel, Michel Blanc ou, du côté de ces dames, Bernadette Lafont et Dominique Lavanant. Très décent, ce casting élève un  peu le niveau du film: c'est déjà ça !

La gueule de l'autre
Film français de Pierre Tchernia (1979)

Du même réalisateur, très franchement, je préfère Le viager (1972). Le film d'aujourd'hui - son troisième (sur quatre) - est un bonbon nostalgique, au goût quelque peu passé. Bon, il y a pire comédie ! C'est le thème du double qui vous a intéressé ? Je vous recommande de (re)découvrir deux films: Président d'un jour et Second tour. Sérieux ou pas, je suggère aussi Le dictateur, Kagemusha, Enemy...

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Et pour prolonger le plaisir...
Vous pouvez toujours accorder un peu de temps à "L'oeil sur l'écran".

mercredi 27 novembre 2024

Une forêt à défendre

J'avoue: je ne sais pas exactement où nous en sommes aujourd'hui. Je me souviens cependant de campagnes contre le groupe Ferrero pour l'utilisation de l'huile de palme dans son produit-phare: le Nutella. Une huile végétale qu'on peut extraire des fruits d'arbres indonésiens ou malaisiens, plantés en lieu et place de la forêt primaire. Une folie !

Huit ans après le triomphe public et critique de Ma vie de Courgette au Festival d'Annecy, le réalisateur suisse Claude Barras nous conduit sous les tropiques, à Bornéo. Là-bas, la production de l'huile de palme représente clairement une menace pour plusieurs espèces végétales et animales: l'orang-outang, l'éléphant pygmée et le tigre de Sumatra. Notez qu'elle en constitue également une pour les Penans, le peuple local. C'est ce que montre ce nouveau film: Sauvages. Le scénario s'articule autour du personnage de Kéria, une petite fille qui a adopté un bébé singe dont la mère a été tuée par des ouvriers de la forêt. Citadine, elle rencontrera bientôt son cousin, Selaï, et sa famille toujours installée au coeur même de la nature - bien qu'aussi équipée avec quelques-unes des technologies dites modernes, téléphones portables ou panneaux solaires, par exemple. Accessible aux gosses dès 8-10 ans, cette histoire s'adresse aussi aux plus grands. Oui, oui !

"Nous n'héritons pas de la Terre. Nous l'empruntons à nos enfants". Rappelée en ouverture du long-métrage, la célèbre maxime écologiste illustre parfaitement son propos. Si on adhère aux idées développées dans ce joli film, on passera à l'évidence un bon, un très bon moment. Je ne rejoindrai pas aujourd'hui le camp de ceux qui jugent Sauvages comme un pamphlet manichéen, bons d'un côté, méchants de l'autre. Engagé, assurément, il ne semble pas pour autant trop caricatural. Claude Barras explique qu'il souhaite encourager le passage à l'acte des personnes sensibles à la cause et assure qu'il est possible d'opter pour une consommation "responsable, plus locale et plus sobre". D'après lui, "c'est là que réside l'acte politique le plus efficace". Didactique, il donne quelques clés pour avancer, sans prêchi-prêcha. Petite perle sur le plan technique, cette agréable "leçon de choses" brille aussi par des choix sonores et musicaux d'une efficacité certaine. Avec également des surprises du côté voix: Laëtitia Dosch ou Benoît Poelvoorde, notamment. Un bon plan pour TOUTE la famille.

Sauvages
Film suisse de Claude Barras (2024)

J'ai déjà cité l'admirable Ma vie de Courgette comme une référence importante du cinéma d'animation francophone (sur un autre sujet). Pour renouer avec la nature, je reverrai Princesse Mononoké, le chef d'oeuvre du grand maître japonais Hayao Miyazaki. Une émotion d'intensité comparable pourrait vous traverser devant Le peuple loup ou Le jour des corneilles. Et je reste à l'écoute de vos suggestions...

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Vous voulez en savoir plus ?
Le film s'accompagne d'un site Internet pédagogique très complet. Bilingue français-anglais, il devrait aussi être disponible en allemand.

Et vous voulez lire un autre avis ?
Cela tombe bien: celui de Pascale était disponible bien avant le mien !

dimanche 24 novembre 2024

Des vies et la musique

Vous cherchez un film pour ce dimanche ? Celui que je vous présente aujourd'hui ne sortira que mercredi prochain: une avant-première festivalière m'a permis de le découvrir dès la fin du mois d'octobre. J'avoue qu'avant cela, je n'avais pas entendu parler d'En fanfare. Désormais, je crois donc pouvoir vous le recommander grandement...

Chef d'orchestre international, Thibaut enchaîne voyages et concerts dans les plus belles salles du monde. Au cours d'une répétition difficile, il perd connaissance: on lui diagnostique alors une leucémie. Seule une greffe de moelle osseuse lui offrirait une - infime - chance de guérison. Problème: sa sœur n'est pas compatible. Une solution alternative apparaît, grâce à Jimmy, l'employé d'une cantine scolaire dans le Nord de la France. Les deux hommes se rencontrent assez vite et... je vous laisserai évidemment découvrir la suite dans un cinéma.

Interrogé sur ses intentions, le réalisateur du film dit aimer "concilier les contraires et trouver une forme d'équilibre". Son film en témoigne avec éclat, constamment sur une ligne de crête entre comédie populaire et drame social. En fait, En fanfare est d'abord humain. Benjamin Lavernhe y fait une nouvelle preuve de son talent d'acteur dans un registre un peu différent de ce qu'il peut proposer d'habitude. Pierre Lottin partage joliment la tête d'affiche avec lui et le casting secondaire est à l'unisson. Conseil d'ami: ne boudez pas votre plaisir !

En fanfare
Film français d'Emmanuel Courcol (2024)

De la belle ouvrage, incontestablement, et un coup de coeur personnel pour ce long-métrage aux personnages aussi crédibles qu'attachants. J'avais déjà apprécié le réalisateur avec le sensible Cessez-le-feu porté par le trio Romain Duris / Céline Sallette / Grégory Gadebois. Pour un parallèle avec le film du jour, je conseille plutôt un détour vers le cinéma social made in Angleterre: La part des anges, Pride...

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Un autre avis enthousiaste, déjà ?

Oui: celui de Pascale, qui a vu le film dans un autre festival, à Mâcon.

jeudi 21 novembre 2024

Sept films, une question

Aujourd'hui, une vraie reprise ! Je veux vous proposer une chronique autour de sept films plus ou moins récents, vus à la télé ou en VOD. Cherchez (ou plutôt lisez) bien: il y a quelques perles dans le lot. J'imagine que, la semaine prochaine, je vous en présenterai d'autres !

1001 pattes
Film américain de John Lasseter et Andrew Stanton (1998)

Le deuxième opus sorti des studios Pixar, trois ans après Toy Story. De sympathiques fourmis y sont rackettées par des sauterelles belliqueuses, elles-mêmes menées par un chef à l'allure dictatoriale. Tilt, la plus gaffeuse d'entre elles, quitte alors la petite colonie ouvrière pour chercher des secours. Sans surprise, mais divertissant.

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Les complices
Film franco-belge de Cécilia Rouaud (2023)

L'excellent François Damiens incarne ici un tueur à gages, handicapé par les évanouissements qu'il subit... à la seule vue du sang. Stéphanie et Karim, ses nouveaux voisins, ignorent évidemment tout de ses activités illicites. Le payeront-ils de leur vie ? Faux suspense. Cette aimable comédie parle aussi du monde du travail. Avec acidité !

→ À lire aussi :
Sur la route du cinéma / Le tour d'écran

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L'auberge rouge
Film français de Gérard Krawczyk (2007)

Outche ! Trois des membres du Splendid (Balasko, Clavier et Jugnot) cachetonnent allégrement dans ce remake d'un vieil Autant-Lara. Autre vedette du casting: Anne Girouard, la Guenièvre de Kaamelott. Tout ce beau monde nous embarque dans un très vilain estaminet campagnard. Des commerçants y assassinent leurs clients ! Atroce...

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Flubber
Film américain de Les Mayfield (1997)

À réserver aux plus jeunes d'entre nous et/ou aux amoureux (endeuillés) du grand Robin Williams. Cette petite production Disney fait de lui un savant fou oublieux... de la date de son mariage ! Abandonnée à l'autel, sa promise pourrait dès lors préférer un bellâtre quelconque. À moins qu'une miraculeuse invention lui sauve la mise...

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Circulez y'a rien à voir !
Film français de Patrice Leconte (1983)

Vue pour Michel Blanc, cette pochade typique "années 80" m'a permis de retrouver d'autres chers disparus: Jane Birkin et Jacques Villeret. L'histoire ? C'est celle d'un flic qui tombe amoureux d'une femme inconnue, au point de la suivre partout où elle va (et jusqu'au Brésil). C'est léger comme tout et très bien interprété. À redécouvrir, donc...

→ À lire aussi : L'oeil sur l'écran

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Le roi de coeur
Film français de Philippe de Broca (1966)
Un long-métrage pacifiste, incompris à sa sortie. Adapté en comédie musicale et, à la fin des années 1970, passé (48 fois) à Broadway. Octobre 1918: un soldat écossais est chargé de désamorcer la bombe que les Allemands ont laissée derrière eux dans un village de Picardie. Et les pensionnaires d'un asile d'aliénés s'échappent ! Un air de Fellini.

→ À lire aussi :
L'oeil sur l'écran / Newstrum / Inisfree

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Coup de théâtre
Film américain de Tom George (2022)

Ambiance Agatha Christie dans ce whodunnit qui se moque gentiment de ce genre littéraire suranné. Toute la question est en fait de savoir qui a tué Leo Köpernick, un réalisateur de cinéma - américain - décidé à adapter à sa sauce la pièce policière qui triomphe à Londres. Dans la lignée d'À couteaux tirés, un long-métrage correct, sans plus.

→ À lire aussi :
L'oeil sur l'écran / Le blog de Dasola

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Et j'avais donc une question, par ailleurs...

Elle est toute simple: appréciez-vous ce type de chronique "multiple" ?

mardi 19 novembre 2024

Bon...

Un mois complet: je trouve que ma "pause" (imprévue) a assez duré. C'est pourquoi je reviens vous parler de cinéma, dès ce jeudi midi. Merci à vous si vous avez patienté et/ou pris de mes nouvelles. J'espère que nous connaîtrons une fin d'année radieuse en salles. Prochaine étape: des films d'hier... et d'aujourd'hui. Comme toujours.

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Un dernier mot...

J'ai enfin répondu à vos derniers commentaires. Et je vais continuer !

samedi 19 octobre 2024

Pfiou !

Il aurait pu (et a bien failli) rester enfermé dans ses rôles de loser attachant, toute sa carrière durant. Michel Blanc est mort le 3 octobre et, passée la stupéfaction, on se souvient quel grand acteur il était. Dans Grosse fatigue, un film qu'il a réalisé, il joue son propre rôle. Franchement, je ne suis pas certain que cela ait été si facile pour lui !

Michel Blanc a des ennuis. Il a été surpris en train de "cachetonner" dans une boîte de nuit pour remettre son prix à Miss Seins Nus. Présent à Cannes à l'occasion du Festival, il apprend que la chambre d'hôtel qu'il était certain d'avoir réservé l'a été pour un autre acteur ! Plus grave encore, il est accusé de viol par son amie Josiane Balasko. Seule Carole Bouquet accepte encore de lui témoigner de la confiance et de l'aider à comprendre l'origine véritable de tous ses tourments. Bon... que dire ? Je crois avoir vu ce film à sa sortie dans les salles et, quelque trente années plus tard, je n'y ai pas pris le même plaisir. Grosse fatigue n'a rien d'antipathique, mais il reste anecdotique. C'est d'ailleurs à partir d'une mésaventure arrivée à Gérard Jugnot que Michel Blanc a écrit le scénario - avec aussi plusieurs complices. L'équipe (avec Bertrand Blier, Josiane Balasko et Jacques Audiard) aura décroché le Prix du scénario à Cannes et fut nommée aux César. Je vous laisse découvrir seuls les tenants et aboutissants de l'intrigue. Et sachez que je n'ai pas fait la liste exhaustive des visages connus...

Grosse fatigue
Film français de Michel Blanc (1994)

J'insiste ici pour vous rappeler que l'acteur-réalisateur-coscénariste pouvait se targuer d'avoir plusieurs cordes à son arc de comédien. Aujourd'hui, le film que je vous ai présenté n'est pas son meilleur. Adeptes des grands écarts, démarrez en revoyant Marche à l'ombre ! Vous pourrez ensuite passer à des choses beaucoup plus sérieuses comme L'exercice de l'État. Une filmo que je continue de parcourir...

mercredi 16 octobre 2024

La cité utopique

Captivant. Extraordinaire. Sidérant. Vertigineux. Unique. Grand. Libre. Inouï. Fou. Il me paraît relativement fréquent qu'un publicitaire s'appuie sur des extraits d'articles de presse pour promouvoir un film. Ma litanie d'adjectifs ? Elle figurait sur une affiche de Megalopolis. Mais sans mention qui précise l'origine de ces qualificatifs flatteurs...

Vous l'aurez constaté: le film avait déjà fait couler beaucoup d'encre lorsqu'il est sorti sur les écrans de France, le 25 septembre dernier. L'explication tient au nom de son réalisateur: une rumeur persistante affirme que Francis Ford Coppola, à 85 ans, a signé son ultime opus. Un projet qu'il voulait concrétiser depuis quatre décennies, paraît-il. Ce ne serait certes pas insulter le maître que de dire que Megalopolis a l'ampleur d'une oeuvre finale, d'un film-somme (ou testamentaire). Son audace et son charisme sont précieux pour réinventer New York en une Nouvelle Rome décadente - patronymes antiques à la clé. Adam Driver est César Catilina, un architecte qui rêve d'une ville tournée vers l'avenir et qui reste accessible à chacun de ses citoyens. Face à lui, plusieurs rivaux: Cicero, le maire, Crassus, son oncle banquier, ou encore Clodio Pulcher, un cousin arriviste et jaloux. Heureusement, notre homme n'est pas seul: la fille du premier élu semble d'abord s'opposer à lui, mais finit par adhérer à sa conception de la cité idéale. Et, d'après Coppola, tout cela ne serait qu'une fable !

La première chose qui m'a plu ? Le casting. Aux côtés d'Adam Driver déjà cité, on retrouve quelques légendes vivantes du Hollywood éternel tels que Jon Voight, Dustin Hoffman ou Giancarlo Esposito. Talia Shire, la soeur de notre ami Francis, est là aussi, et avec elle d'autres familiers comme son neveau Jason Schwartzman. Des rôles importants ont par ailleurs été confiés à Shia LaBeouf, Aubrey Plaza et Nathalie Emmanuel (la très belle Missandei de Games of Thrones). Mais c'est aussi - et surtout - grâce à sa spectaculaire mise en scène que notre ami Francis a décidé de nous en mettre plein les mirettes ! Megalopolis est un film "chargé"... et peut-être même un peu trop. Quelques magnifiques trouvailles visuelles y côtoient des séquences douteuses sur le plan technique, appuyées sur des effets spéciaux d'une qualité franchement déplorable, compte tenu du réalisateur. Certains ont évoqué un film "boursouflé" ou a minima "prétentieux". Moi ? Je le trouve parfaitement adapté aux grands écrans de cinéma. Et je l'ai aimé, même s'il n'est sûrement pas exempt de tout défaut...

Megalopolis
Film américain de Francis Ford Coppola (2024)

Le cinéaste est allé jusqu'à hypothéquer une partie de ses vignes californiennes pour financer ce projet colossal. C'est une raison supplémentaire pour aller voir le film au cinéma - sa juste place. Apparemment, d'autres envies le titillent: j'attends donc la suite. Avant cela, il me faudrait voir (ou revoir) d'autres de ses créations. En commençant par enfin boucler sa trilogie Le parrain ? Peut-être...

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Les avis sur le film du jour sont (très) constratés...

Je vous laisserai donc désormais consulter ceux de Pascale et Strum.

lundi 14 octobre 2024

Âmes, armes, larmes

J'ai passé vingt ans de ma vie à Nice et je n'ai jamais pris de bateau pour la Corse - malgré un vague projet entre potes vers 1998-2000. C'est donc de nouveau le cinéma qui me (et nous) mène aujourd'hui sur l'Île de Beauté, auprès de l'un de ses enfants: Thierry de Peretti. Natif d'Ajaccio, le cinéaste de 53 ans a une bonne maîtrise du sujet...

Avec À son image, c'est la troisième fois en quatre longs-métrages qu'il s'efforce d'orienter notre regard vers cette partie du territoire. Selon le pitch officiel, son intention est ici d'illustrer des "fragments de la vie d'Antonia, une jeune photographe de Corse-Matin, à Ajaccio. Son engagement, ses amis et ses amours se mêlent aux événements de la vie politique de l'île, des années 1980 à l'aube du 21ème siècle". Pour info, le film adapte à l'écran le roman - éponyme - d'un écrivain connu notamment pour son attachement à la Corse: Jérôme Ferrari. Sincèrement, je ne crois pas indispensable de connaître son histoire pour l'apprécier et je le trouve vraiment digne du plus grand intérêt. Comme l'a dit le réalisateur, c'est aussi "la fresque d'une génération". Une talentueuse troupe de jeunes acteurs locaux lui prête ses traits...

Confrontés à la violence, ces filles et garçons ont tous une vision différente de ce qu'il convient de faire. Je ne suis pas sûr toutefois que le propos soit aussi politique que j'avais pu l'imaginer a priori. Disons que je vois plutôt À son image comme un portrait de femme décidée à vivre la vie qu'elle a décidé de vivre, en Corse ou ailleurs. Pour l'incarner, une débutante: Clara-Maria Laredo, parfois présentée comme une ancienne étudiante en sciences politiques, la fondatrice d'une association d'aide aux sans-abris ou la fille du tout premier élu écologiste à l'Assemblée de Corse. La jeune femme est donc crédible. Autour d'elle, je n'ai reconnu personne, mais cela ne m'a pas dérangé. Au contraire: cela m'a paru renforcer l'authenticité de ce que j'ai vu. Désormais, il me faudrait donc lire le bouquin pour en avoir une idée plus précise - et ce même s'il s'agit d'une fiction, je vous le rappelle. D'ici là, traverser la Méditerranée restera une aventure qui me tente !

À son image
Film français de Thierry de Peretti (2024)

Si ce n'est la Corse, ce long-métrage n'a strictement aucun point commun avec celui que je vous ai présenté jeudi dernier. C'est dit ! Pour comparaison, autant (re)voir un autre Peretti: Une vie violente. J'ai failli réutiliser le titre, mais je préfère Les Apaches, à vrai dire. Ce que je constate, c'est qu'il est relativement rare que des caméras tournent sur l'île pour nous présenter sa réalité. Et je suis intéressé...

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Ce n'est pas forcément le cas de tout le monde...

Il apparaît ainsi très clair que Pascale aurait volontiers fait l'impasse.

samedi 12 octobre 2024

Au prix du sang

Le saviez-vous ? Les navigateurs portugais du début du 16ème siècle furent les premiers à découvrir l'Île Maurice, où des colons hollandais s'installèrent à partir de 1598. Virent ensuite les Français (1715-1810) et les Britanniques, jusqu'à l'indépendance proclamée en mars 1968. Là-bas, à ce jour, on compte 1,26 million d'habitants - sur 1.865 km2.

Cette introduction pour parler à présent de Ni chaînes ni maîtres. Projeté en ouverture mondiale au Festival de Deauville 2024, ce film sorti le 18 septembre est la toute première réalisation du scénariste franco-béninois Simon Moutaïrou (Burn out, Boîte noire, Goliath...). Il se passe sur l'Isle de France - l'ancien nom de Maurice - en 1759. Eugène Larcenet y dirige une exploitation sucrière dont les terres appartiennent au roi. Il est à ce titre le maître de dizaines d'esclaves. Originaires de Madagascar ou du continent africain, ces derniers tentent parfois de s'échapper... et payent parfois le prix du sang lorsqu'ils sont repris: marquage au fer, mutilation ou exécution. Massamba, lui, est jugé plutôt loyal, mais décide finalement de fuir pour retrouver sa fille, partie avant lui en quête d'un improbable asile épargné par les Blancs - je vous laisse découvrir cela vous-mêmes. Une histoire vraie ? Non, mais toutefois proche des faits historiques !

Le film nous fait le plaisir de s'appuyer sur d'excellents acteurs. Mention spéciale pour Ibrahima Mbaye et Thiandoum Anna Diakhere que j'ai découverts dans des rôles complexes, interprétés sobrement. J'ai aussi été ravi de retrouver Benoît Magimel, mais surtout heureux d'avoir pu apprécier Camille Cottin dans un rôle il me semble inédit pour elle: celui d'une "méchante", qu'elle incarne avec un brio certain. Autre aspect intéressant de Ni chaînes ni maîtres: certaines scènes sont empreintes d'un mysticisme dont j'ignore l'origine et la nature. Bref... en dépit de quelques anachronismes, le film est fascinant. J'ajoute qu'il est aussi très beau, porté par la superbe photographie d'Antoine Sanier, qui disposait déjà de références dans ce domaine. Loin de l'austérité d'un vieux livre poussiéreux, cette leçon de cinéma donne évidemment de notre pays une image pour le moins piteuse. Assumons: en France, l'abolition définitive de l'esclavage ne remonte qu'à l'année 1848, premier millésime d'une très éphémère République. Il serait désormais bien regrettable de l'oublier. Vous ne trouvez pas ?

Ni chaînes ni maîtres
Film français de Simon Moutaïrou (2024)

Je venais de finir un livre sur l'esclavage (Aminata, de Lawrence Hill) quand je suis allé voir ce long-métrage d'une puissance incroyable. J'en ai quelques autres dans ma besace - dont je reparlerai un jour. L'homme blanc dominant peut aussi être le sujet au centre d'opus largement méconnus comme Le chemin de la liberté ou Robe Noire. Le sujet est inépuisable, me semble-t-il ! Et si vous avez des pistes...

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Avant de conclure moi-même...

Je vous propose de lire - ou de relire - la chronique de l'amie Pascale.

jeudi 10 octobre 2024

Elle de beauté

Pourquoi vous prétendre le contraire ? J'aurais "zappé" Itinéraire bis si Leïla Bekhti n'y tenait pas le premier rôle féminin. Cette bluette sélectionnée en 2011 au Festival du film de comédie de l'Alpe d'Huez met en scène celle que je vois comme l'une des plus jolies actrices françaises. Fred Testot, l'ex-complice d'Omar Sy, me fascine moins...

Jean, la trentaine bien entamée, habite toujours seul avec Maman. Pas dans un très vieil appartement rue Sarasate, non: à proximité d'un restaurant dont elle espère qu'il deviendra le chef, en Corse. Situation enviable, sauf que Jean ne se sent pas bien dans cette vie. Quand le hasard lui permet de rencontrer Nora, il utilise une voiture de luxe confiée par un client pour prendre la poudre d'escampette. Problème: la belle ne partage pas forcément son coup de foudre. Bon... si vous êtes venus pour voir l'île de Beauté, vous serez déçus ! Itinéraire bis la parcourt en tous sens sans guère s'y arrêter. "Préférez l'édition du Routard Haute-Corse", dixit l'Annuel du cinéma. C'est (un peu) sévère: road movie et comédie romantique, le film joue sur deux tableaux, prévisible sans doute, mais pas antipathique. Disons qu'avec un niveau d'exigence moyen, c'est un programme honorable et sans prétention. Et on a bien le droit de s'en contenter...

Itinéraire bis
Film français de Jean-Luc Perreard (2011)

Le nom du réalisateur ne me disait rien, mais vous pourrez remarquer que Pierre Salvadori a participé à l'écriture du scénario. Un argument suffisant pour vous convaincre d'y prêter attention ? Vous me le direz. À noter que certains comparent ce long-métrage à Hors de prix. Toujours dans le même registre, Quatre étoiles est un plan B décent. Si vous en connaissez d'autres, je suis preneur de vos (bons) conseils.

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Un contrepoint, maintenant ?

Je dois bien admettre que Laurent est beaucoup plus sévère que moi.