dimanche 7 juin 2015

Sans contrefaçon

Avec Xavier Dolan, j'ai commencé par la fin. En parcourant mon index des réalisateurs, vous n'aurez aucune difficulté à trouver le seul film du réalisateur québécois que j'avais vu jusqu'à il y a quelques jours. L'occasion aussi de vérifier qu'il s'agit bien de son dernier en date. Arte ayant choisi de diffuser Laurence anyways, son troisième long sur cinq en tout, j'en ai profité pour rattraper un peu de mon "retard".

Autant vous le dire tout de suite: Laurence anyways est un film frénétique - certains ont même pu dire "hystérique". J'ai eu besoin d'un peu de temps pour véritablement entrer dans cette fresque. Sachant qu'elle se déroule sur dix ans (1989-1999) et 168 minutes d'images, ce n'est pas très grave. Une fois familiarisé avec ce rythme de narration particulier, je me suis plutôt attaché aux personnages. Cette empathie a favorisé le plaisir que j'ai eu à les accompagner aussi longtemps. Leur histoire est très originale: Laurence et Fred s'aiment follement, mais voient pourtant la survie de leur couple menacée. L'explication tient en quelques mots: Laurence, à 35 ans révolus, annonce à Fred son intention d'enfin devenir... une femme. Pas d'erreur dans les prénoms, non: j'ai appris du coup que Laurence était un prénom mixte, au Québec. En interview, Xavier Dolan a dit qu'il ne savait pas que ce n'était pas le cas en France. C'est étonnant.

Étonnant, son film ne l'est pas moins, et celui que qu'on présente parfois comme un petit génie ouvre ici toutes les vannes de son sens créatif. Il faut lui reconnaître un talent: celui d'avoir apposé sa patte sur l'ensemble du long-métrage. Très probablement parce qu'en plus d'en être le réalisateur et le scénariste, il a aussi conservé pour lui deux postes importants: celui de costumier et celui de monteur. Résumer Laurence anyways à la folle exubérance technico-artistique de son jeune auteur serait toutefois commettre une erreur. L'énergie qui se dégage de ce récit tient aussi (beaucoup) aux acteurs. Embringué dans un rôle casse-gueule au possible, Melvil Poupaud reprend un personnage qui avait failli revenir à Louis Garrel et tire admirablement son épingle du jeu: il est beau, fort, émouvant. Suzanne Clément est à l'unisson, très engagée et presque parfaite. Maintenant, attention: maniéré et survolté, ce drôle d'objet filmique frôle la démesure. Xavier Dolan a ce petit côté épuisant, exaspérant. Parce qu'il est précoce ? Pour la sortie du film, il n'avait que 23 ans...

Laurence anyways
Film franco-canadien de Xavier Dolan (2012)

Surprise: la France est aussi représentée ici par... Nathalie Baye ! C'est un joli symbole pour une coproduction objectivement réussie. Maintenant, pour être honnête, j'ai préféré Mommy, un paradoxe voulant que, sous couvert d'anticipation pessimiste, cet autre film m'ait paru plus réaliste. Par sa conclusion, l'histoire d'amour atypique de Laurence anyways m'a également rappelé celle de La vie d'Adèle.

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Comme je le pensais, le film ne fait pas l'unanimité...

Cela dit, pas de critique trop virulente: Dasola semble plutôt déçue. Chonchon, elle, a vraiment bien aimé, et Pascale accorde un 5 sur 5. Tinakiller parle de film lumineux: elle donne aussi la note maximale !

samedi 6 juin 2015

Brasse coulée

Je ne sais plus ce qui m'a donné envie de voir Le plongeon. J'en ai lu une critique quelque part, c'est sûr, mais où ? Mystère ! Il semblerait que, malgré Burt Lancaster en tête d'affiche, le film soit méconnu. C'est avec plaisir que j'en parle aujourd'hui, en vous souhaitant d'avoir comme moi l'occasion de le découvrir et en le classant aussitôt parmi les oeuvres les plus étranges de mon premier semestre 2015...

Au tout début du film, Burt Lancaster / Ned Merrill sort d'un taillis pour pénétrer, en maillot de bain, chez des amis. Ces derniers paraissent ne pas l'avoir vu depuis longtemps et lui font bon accueil. La bizarrerie survient quand notre homme fait part de son intention de rentrer chez lui... à la nage, de piscine en piscine, en passant donc sur le terrain de la plupart des propriétés du voisinage. Il s'avère alors que, bien que certains voudraient l'en empêcher, il passe à l'acte. Chaque nouvelle étape de ce périple le remet en présence d'hommes et de femmes qui le connaissent, joviaux ou au contraire mécontents de le croiser. Petit à petit, Le plongeon suscite un certain malaise. On peut comprendre que le "héros" a quelque chose à se reprocher vis-à-vis de sa famille ou de ses proches, mais ce n'est pas explicité.

Dans cette ambiance trouble, Burt Lancaster offre une démonstration de son talent, en archétype du quinqua américain sûr de sa force. L'acteur fait évoluer son jeu par petites touches pour faire ressentir l'évolution de son personnage vers une incompréhensible déchéance. Sa prestation est donc remarquable dans ce film aux contours incertains, qui laissera bien des portes ouvertes à votre imagination. D'une certaine façon, Le plongeon peut se lire comme une métaphore de la vie, depuis la vigueur des débuts jusqu'au déclin inéluctable. Autant dire que ce n'est pas franchement rigolo ! J'ai très vite admis que je ne comprendrai pas tout et, de ce fait, j'ai pris du plaisir devant ce long-métrage insolite. Wikipedia y voit "une critique intimiste et vertigineuse de la vanité du rêve américain". Ça se tient.

Le plongeon
Film américain de Frank Perry (1968)

L'une des dernières scènes du film a été tournée par Sydney Pollack. Cela ne change probablement rien de fondamental à sa dramaturgie particulière, mais je crois que c'est bien de le préciser. J'ai du mal désormais à trouver une oeuvre similaire: Melancholia, peut-être ? Comme chez Lars von Trier, il est ici question d'avancée du destin. Maintenant, il faudrait peut-être que je me remette à David Lynch...

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Deux blogs amis parlent également du film...
J'ai nommé "L'oeil sur l'écran" et "Ma bulle" (Princécranoir). 

vendredi 5 juin 2015

Souvenirs d'Afrique

Il existe des films moyens qu'un casting prestigieux peut sublimer. C'est un peu l'espoir que j'avais en regardant Mogambo. Une espèce de prémonition me suggérait que ce n'était pas le meilleur John Ford possible, mais je me suis laissé tenter en découvrant les trois acteurs choisis en têtes d'affiche: Ava Gardner, Grace Kelly et Clark Gable. Que voulez-vous ? Les mythes hollywoodiens me fascinent toujours...

Pour dire toutefois les choses comme elles sont, Mogambo est un film de commande. Les producteurs d'alors estiment que le continent africain offre la possibilité de tourner des longs-métrages d'aventure aptes à séduire un large public. Ici, ils s'appuient sur la figure virile d'un homme blanc, patron d'une société organisatrice de safaris chargé d'escorter un couple d'Anglais jusqu'au territoire des gorilles. Histoire de pimenter l'expédition, notre homme doit aussi composer avec la présence d'une Américaine égarée, invitée d'un maharadjah chasseur, lui-même reparti depuis une semaine vers son Inde natale. Résumons: habitué à la seule compagnie des bêtes et de ses hommes de main, Vic Marswell doit tout à coup gérer deux bonnes femmes pour le prix d'une. Ce qui devait arriver arrive: il tombe finalement sous le charme des deux, ce qui, bien entendu, ne fait qu'aggraver une situation déjà fort tendue. Crêpages de chignons dans la savane !

Mes recherches m'ont permis de découvrir qu'un journal canadien voyait (je cite) "deux façons de considérer le film". La première consiste à déplorer la relative banalité de son scénario, jugé indigne du pedigree d'un John Ford. L'autre - qui est un peu la mienne - revient à observer avec amusement ce que le cinéaste tire d'une idée conçue pour mettre en valeur les stars de la MGM. Je ne trouve pas que Mogambo soit un mauvais film et note d'ailleurs que son succès en salles aura permis de rembourser près de trois fois son budget. Simplement, c'est une évidence: il accuse désormais le poids des ans. 62 ans après sa sortie, c'est normal, me direz-vous. J'en conviens. J'ose même croire que, si vous ne faites pas attention à l'alternance des scènes tournées en studio et des séquences in situ, il sera possible que vous passiez, comme je l'ai fait, un assez bon moment. Même si, d'accord, il existe des oeuvres nettement plus importantes.

Mogambo
Film américain de John Ford (1953)

Vous l'avez (peut-être ? sûrement ?) compris: le titre de ma chronique reprend une version française de Out of Africa, le chef d'oeuvre romantique de Sidney Pollack - avec Meryl Streep et Robert Redford. La comparaison s'arrête là. Les aventures sont ici moins trépidantes que dans d'autres films de cette même époque, comme Scaramouche ou Le corsaire rouge. Mais ce n'est pas véritablement comparable...

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Pour être complet, une petite anecdote...

Mogambo est connu comme le remake de La belle de Saïgon, un film de Victor Fleming sorti en 1932, avec Jean Harlow et... Clark Gable ! Les deux longs-métrages ont le même scénariste: John Lee Mahin.

Et enfin, un petit lien ailleurs sur le Web...
Le film du jour fait aussi l'objet d'une chronique de "L'oeil sur l'écran".

jeudi 4 juin 2015

Six mois déjà !

Vous avez remarqué ? Aujourd'hui, cela fait six mois jour pour jour que j'ai commencé à répondre à vos commentaires. Je me suis dit que ça me procurait une nouvelle occasion d'évoquer quelques chiffres liés à l'activité du blog - avant un possible autre bilan en fin d'année. D'abord, du fond du coeur, un grand merci à vous tous qui venaient ici, régulièrement ou non, lire mes avis sur le cinéma. Ça continue...

Quand j'ai - enfin ! - décidé que les commentaires que vous laissez sous mes chroniques ne resteraient plus sans réponse, j'avais imaginé que cet "échange" allait vous inciter à intervenir plus régulièrement. Je ne pensais pas avoir raison à ce point: en six mois, donc, j'ai reçu 349 nouveaux commentaires, c'est-à-dire un peu plus de 32% du total. J'y pioche très souvent des idées de films à voir et d'autres nuances quant à ceux que j'ai déjà vus... c'est très enrichissant. Je constate avec plaisir que la plupart de mes billets sont désormais commentés. Que vous soyez d'accord avec moi m'importe peu: ma satisfaction véritable, c'est de remarquer que vos retours ne se concentrent pas seulement sur les films récents ou "grand public". Lancé sur un coup de tête, ce blog m'a appris à aimer le cinéma dans toute sa diversité.

Une question que je me pose souvent, c'est: comment aller plus loin ? Heureux de vérifier quasi-quotidiennement que nos anonymats respectifs ne nous empêchent nullement de débattre, je voudrais "renvoyer l'ascenseur" en ouvrant plus largement mes colonnes. L'expérience menée en ce sens fin 2010 - début 2011 a tourné court. Sans avoir de regret, je me dis qu'il y aurait peut-être quelque chose d'autre à inventer, autour de nouvelles contributions, sous la forme d'échanges de chroniques de blog à blog, par exemple. La discussion est ouverte: avant une éventuelle démarche plus directe, je serais ravi de connaître votre opinion sur le sujet. Je rassure toutefois celles et ceux d'entre vous qui pourraient s'interroger: je suis loin d'imaginer mettre la clé sous la porte de Mille et une bobines. Rendez-vous donc demain midi pour une nouvelle chronique, qui sera déjà la 101ème cette année et la 1319ème en tout, depuis les débuts.

mardi 2 juin 2015

Cavale

Le jour où je suis allé voir L'astragale, j'étais un peu fatigué. Quelques heures avant de rejoindre mon cinéma préféré, j'avais failli renoncer. Je suis bien content de ne pas l'avoir fait: je suis entré dans le récit à la toute première image et n'en suis sorti qu'à regret. Mes yeux n'ont pas décollé de ce somptueux noir et blanc. J'ai admis que le film avait pu me conduire jusque dans la France des années 50.

L'histoire qui m'a été racontée débute une nuit d'avril 1957. Condamnée à la prison après un braquage raté, Albertine Damien s'évade. L'astragale n'est pas que le titre du film: c'est aussi le nom d'un os du pied, que la toute jeune femme se casse en sautant du mur de son pénitencier. De l'autre côté, elle parvient toutefois à se traîner jusqu'à une route voisine, où, percluse de douleurs, elle est recueillie par un dénommé Julien Sarrazin, lui-même voyou à la petite semaine. Albertine commence alors une vie de cavale et de prostitution. Aussitôt qu'elle le peut, elle écrit sa vie dans des carnets à spirale. Sans se l'avouer, elle est tombée amoureuse de son sauveur et rêve vaguement à des jours meilleurs. Son homme est souvent absent. Albertine fait face, obligée, mais n'est heureuse que par petits bouts.

Ce destin pathétique est celui d'une vraie femme et L'astragale également le titre d'un livre autobiographique qu'elle a écrit, publié aux éditions Pauvert en 1965 - Albertine avait alors 28 ans. L'histoire qu'il raconte est d'une intensité dramatique rare, compte tenu surtout de ce qu'il advint de l'auteure après sa parution. Je préfère taire ici tout ce qui arrivera à ce personnage après son évasion: la fiction aurait peut-être peiné à inventer une telle destinée. Une question possible autour du film: une personne tombée dans la délinquance avant même sa majorité peut-elle susciter une quelconque empathie ? Compte tenu de ce que j'ai ressenti pendant la projection, je dirais que oui. Il n'est pas question d'oubli et pas davantage de pardon. Juste du constat que la vie n'offre pas toujours une seconde chance...

Côté cinéma, outre une très belle reconstitution de la France gaullienne, ce long-métrage donne à voir une magnifique Leïla Bekhti dans le rôle-titre. Sa grande beauté naturelle trouve ici un écrin remarquable, c'est vrai, mais l'actrice délivre vraiment une prestation de haut vol, toute en nuances. Il faut dire aussi qu'elle est bien aidée par celui qui a été choisi pour jouer Julien: le brillant Reda Kateb. Avant d'aller plus loin, je voudrais dire un petit mot des origines ethniques de ces deux jeunes comédiens français: ils ont tous deux du sang algérien. La réalisatrice du film les a-t-elle justement retenus pour cette raison ? Je l'ignore, mais j'ai été heureux de ce choix. L'un des dialogues de L'astragale évoque les origines hispano-mauresques d'Albertine. Comme un écho à notre temps d'extrémisme politique...

De ce film, j'ai donc aimé la photo, les acteurs, mais d'autres choses encore, comme le montage et la musique par exemple. Des ellipses parsèment le récit, mais elles sont savamment dosées: la manière dont les personnages évolue reste claire et je suis allé jusqu'à penser que ne pas tout savoir sur tout est bénéfique au spectateur. Partager ainsi les incertitudes d'Albertine m'a petit à petit rapproché d'elle. Après quelques recherches complémentaires, je crois avoir compris que le film embellit un peu les choses, mais qu'importe: l'émotion seule compte à mes yeux et elle était bien là devant L'astragale. Plaisir supplémentaire: le film m'a donné très envie de lire le roman et, d'une façon plus générale, de m'intéresser à Albertine romancière et poétesse. C'est une rencontre que je pense ne pas oublier de sitôt.

L'astragale
Film français de Brigitte Sy (2015)

Difficile de trouver un film comparable ! Pour la grande beauté du noir et blanc, je peux citer une autre histoire d'amour: celle de Tabou. Pour ce qui est du scénario, c'est déjà plus compliqué. J'ai lu ici et là des parallèles avec la Nouvelle Vague, sans me laisser convaincre. Sachez aussi qu'une première adaptation de L'astragale était sortie en 1968 avec Marlène Jobert, mais... interdite aux moins de 18 ans !

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Si c'est la version 2015 qui vous intéresse...

Vous pourrez la retrouver chez Pascale: "Sur la route du cinéma". 

dimanche 31 mai 2015

Premières routes

Sauf exception, je ne suis pas amateur de remakes. Je suis content toutefois quand la sortie annoncée de la nouvelle version d'un film connu permet de découvrir l'original en salles. C'est dans ce contexte particulier que j'ai vu Mad Max, premier du nom, avec un Mel Gibson quasi-débutant, à 22-23 ans, dans le rôle-titre. C'était bien sympa. Assurément vieilli, fauché (400.000 dollars de budget), mais sympa...

Je vais vous avouer un truc: je ne m'attendais pas à ce que j'ai vu ! J'avais de Mad Max l'image d'un film de science-fiction, mais j'ai pu constater qu'il s'agissait d'autre chose. Jamais nommé, le monde décrit dans le scénario ressemble au nôtre, avec certes un habillage futuriste. Pour résumer l'intrigue: sur une terre où l'essence se fait rare, des hommes sans foi ni loi sillonnent les routes à haute vitesse et d'autres, vêtus de cuir de la tête aux pieds, tâchent de les arrêter avant qu'ils ne causent des accidents mortels - et ça peut aussi passer par un coup de fusil à pompe entre les deux yeux des contrevenants. On ne fait pas dans la dentelle dans ce western à la sauce asphalte ! C'est précisément ce que j'ai apprécié dans ce scénario: les scènes d'exposition nous sont épargnées et, après un départ sur les chapeaux de roue, le rythme ne retombe jamais. Quand il est soudain question que le héros flic se venge de vilains motards, ça repart de plus belle.

J'avais quatre ans et demi quand le film est sorti dans son pays d'origine, l'Australie, et à peine sept quand il est arrivé en France. Élevé au rang d'oeuvre-culte pour une part du public, le long-métrage n'en a pas moins eu du mal à s'imposer. Pourtant plus suggestive qu'explicite, sa violence lui a causé bien des ennuis: aussi incroyable que cela puisse paraître aujourd'hui, il a même failli être classé X. D'abord interdit aux moins de 18 ans, Mad Max a descendu une à une les degrés de la censure et, sous label "art et essai", ne reste interdit qu'aux moins de 12 ans - mais seulement depuis... le mois dernier ! Honnêtement, j'ai pris un vrai plaisir à ce spectacle radical, daté certes, mais beaucoup plus tranchant que bien d'autres films récents. J'ai aimé découvrir plein de visages inconnus, d'acteurs australiens qui n'ont pas, ensuite, su ou pu percer aussi fort que Mel Gibson. Beau garçon et star en devenir, lui trouve ici un rôle à sa (dé)mesure.

Mad Max
Film australien de George Miller (1979)

Vous savez peut-être que ce long-métrage a donné lieu à deux suites "immédiates", en 1981 et 1985, également signées George Miller. Avec Tom Hardy dans le rôle-titre, l'homme est aussi aux commandes du quatrième opus, projeté au cours du dernier Festival de Cannes. Pas sûr que ça me motivera pour aller le voir. Je préfère les films dans leur sauce, type New York 1997, Terminator ou Blade runner.

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Pour finir, une anecdote étonnante...

George Miller passera sans doute pour un gros bourrin avec ces films. Il est pourtant à l'origine aussi des aventures cinéma d'un cochon bavard (Babe) ou d'un manchot danseur (Happy feet). Comme quoi...

vendredi 29 mai 2015

Libres

Une langue commune doit nous permettre de nous comprendre. Heureusement pour la diversité culturelle, Belges wallons et Français n'ont pas forcément le même regard sur la vie. C'est dans l'espoir d'apprécier un certain "décalage" que j'ai regardé Les géants, un film de Bouli Lanners. En préambule, je voudrais dire aussitôt que j'aime de plus en plus cet acteur, auteur et réalisateur. Il a "quelque chose".

Pas facile de dire ce que c'est exactement que ce "quelque chose" ! Pour faire les choses logiquement, un mot d'abord sur ce que ce film raconte: les héros sont des pré-ados, entre 13 et 15 ans, deux frères et un copain du plus grand. J'ai vraiment apprécié d'être plongé directement dans le vif du sujet, sans digressions explicatives. Brièvement, je vous le dis aussi: on découvre Zak, Seth et Danny livrés à eux-mêmes, au coeur d'une verte campagne (non identifiée). Les adultes ? Sinon absents, ils sont souvent violents et/ou camés. Les géants a ceci d'incroyable qu'il n'est jamais un film plombant. Accrochée aux basques des gosses, la caméra m'a surpris à filmer leurs bêtises et leur solitude avec une tendresse XXL. Cette histoire incroyable charrie beaucoup d'émotion(s). C'est très belge, je crois...

Zacharie Chasseriaud, Martin Nissen et Paul Bartel sont formidables. Je suppose qu'il faut rendre hommage à Bouli Lanners directeur d'acteurs, mais ces petits m'ont vraiment bluffé par leur naturel. Interprétations impeccables, donc, et beau scénario. J'attire toutefois rapidement votre attention sur un possible bémol: cette histoire déplaira à quelques esprits pourtant bien intentionnés. On suggère plus que clairement qu'à défaut d'autorité, des enfants peuvent boire, voler, se droguer, conduire une bagnole... rien de reluisant. Le film m'a touché en montrant aussi la fragilité de ces mômes, à l'égard desquels il est finalement bienveillant. Le récit quasi-initiatique prend des allures de conte, avec, comme le soulignait un chroniqueur d'Arte, un ogre et une bonne fée. Les géants, la porte de l'imaginaire.

Les géants
Film belge de Bouli Lanners (2011)

Alors qu'un nouvel opus du cinéaste est annoncé cette année, celui d'aujourd'hui m'inciterait presque à revoir son précédent, Eldorado. D'ici là, j'espère aussi avoir l'occasion de voir le premier, Ultranova. Dès aujourd'hui, je peux et veux vous encourager à donner une place aux longs-métrages belges dans vos choix cinéma. Et pour retrouver alors ce "décalage", je recommande notamment Cowboy et Torpédo.

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Le film a fait 30 042 entrées dans les salles françaises, mais...

Pascale ("Sur la route du cinéma") en parle aussi, dans un bel éloge. 

mercredi 27 mai 2015

La vérité en face

C'est marrant, le cinéma: il y a de nombreux films que l'académisme rend lourdingues et d'autres pour lesquels il paraît tout à fait adapté. Dans Le labyrinthe du silence, c'est (heureusement) le deuxième cas de figure qui s'impose. Oui, j'ai vraiment apprécié que le réalisateur italien de ce film allemand reste sobre. Son sujet l'imposait, je dirais. J'en sais gré au cinéaste, qui signe ici son tout premier long-métrage.

Nous sommes de retour dans l'Allemagne de 1958: un artiste juif rescapé des camps de la mort reconnaît soudain l'un de ses bourreaux parmi les enseignants d'une école proche de chez lui. Les autorités judiciaires sont alertées, font état de la situation à l'administration scolaire et, contre toute attente, ne cherchent pas à punir l'ex-Nazi repenti. D'ailleurs, cet homme est-il réellement un criminel ? A-t-il vraiment du sang sur les mains ? Est-il déjà coupable du simple fait d'avoir fréquenté Auschwitz du côté des gardiens ? Ces questions froidement juridiques n'étaient pas résolues alors. Les grands procès de Nuremberg orchestrés par les Alliés avaient laissé les Allemands tourner la page. Le labyrinthe du silence nous rappelle avec force qu'il aura fallu toute l'opiniâtreté de quelques magistrats et le courage d'un certain nombre de survivants pour rouvrir les dossiers et juger enfin une partie de ceux qui devaient l'être. Cela mérite d'être redit !

Et donc, encore une fois, c'est incontestable: le film est académique. Cette retenue formelle rend hommage à un scénario intéressant, porté par des dialogues soignés et emballé par des interprétations impeccables. J'ai apprécié que le récit soit parvenu à éviter les pièges du sentimentalisme et du manichéisme. Des questions importantes sont posées, mais avec une pudeur remarquable: pour ne donner qu'un seul exemple, je citerai la scène où les premières victimes identifiées commencent à venir témoigner de ce qu'elles ont vécu. Plutôt qu'une longue litanie d'horreurs, il nous est donné à entendre quelque musique, tout en regardant défiler les visages aussi dignes qu'ordinaires de ces miraculés, avec parfois de beaux contre-champs sur les juges, attentifs et bouleversés. Le labyrinthe du silence s'inspire de personnes ayant existé, bien sûr, mais en associe parfois plusieurs en un seul et même personnage. C'est intelligent: le propos n'est que plus fort d'être ainsi concentré. Seul petit regret: que le film soit resté muet sur les très nombreux martyrs non-juifs de la Shoah...

Le labyrinthe du silence
Film allemand de Giulio Ricciarelli (2014)

J'aime les gens qui regardent la vérité en face. J'aime les pays capables de considérer les fautes de leur passé, aussi lourdes puissent-elles être, pour s'amender et aller de l'avant, de nouveau. Pour un peu plus de légèreté, j'aime aussi ce cinéma historique allemand, depuis Good bye Lenin à La vie des autres, en passant éventuellement par Phoenix ou Oh boy... et c'est sûr: j'en reparlerai.

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Si vous voulez d'autres avis...
Je vous signale que Dasola et Pascale parlent également du film.

lundi 25 mai 2015

Audiard, etc...

Le Festival de Cannes, c'est fini ! Ethan et Joel Coen ont dévoilé hier le palmarès de leur jury... et je regrette que ce soit passé si vite. Pour être honnête, j'ai le sentiment de ne pas être tout à fait entré dans cette 68ème édition. Je conserve bien sûr l'espoir d'en voir quelques bons films et de m'en enthousiasmer alors, "à retardement". D'ici là, je tenais quand même à dire un mot au sujet des lauréats...

Jacques Audiard
Premier constat: Jacques Audiard revient sur le devant de la scène. Sa Palme d'or complète idéalement une collection de trophées riche par ailleurs de plusieurs César et de deux autres trophées cannois. Cela dit, franchement, Dheepan, son nouvel opus, ne m'attire guère. C'est possible que j'aille le voir pour compléter mes connaissances cinéphiles, mais il ne m'a pas vraiment tapé dans l'oeil jusqu'alors. Théoriquement, la sortie de ce film noir autour d'un Tamoul réfugié en France pour fuir la guerre civile au Sri Lanka est prévue le 26 août prochain - sauf si, sur la vague du succès, il bénéficie d'une diffusion anticipée. Wait and see: pour moi, donc, pas de sentiment d'urgence.

Mads Mikkelsen et Laszlo Nemes
Des gens pressés à Cannes, il y en a, et par exemple Laszlo Nemes. Âgé de 38 ans, le Hongrois, accueilli en résidence à Paris, se voit offrir le Grand Prix du jury pour son premier film: Le fils de Saul. Cette fiction évoque les Sonderkommandos, des unités de travail forcé au sein des camps de concentration nazis. Sortie en novembre.

Le Colombien César Augusto Acevedo, lui, vient juste d'avoir 28 ans. En cadeau, il repart avec la Caméra d'or, le trophée qui récompense une première oeuvre, pour La tierra y la sombra. Son scénario parle de la vie des paysans de la vallée du Cauca, au sud-ouest du pays. C'est à eux que le réalisateur a rendu hommage en recevant son prix.

Ely Dagher n'est quant à lui resté que quelques instants sur la scène du Palais des festivals, pour recevoir la Palme du meilleur film court. Ce cinéaste libanais, 29 ans, signe avec Waves '98 une oeuvre hybride (animation et images réelles) sur la déambulation d'un homme dans Beyrouth. Si j'ai bien compris, il y a mis beaucoup de lui-même.

Vincent Lindon
S'investir à fond dans son travail: c'est sans aucun doute une qualité de Vincent Lindon. Il est probable que je reparle de La loi du marché dans quelque temps, mais je me réjouis déjà que ce comédien attachant ait gagné le Prix d'interprétation, la première récompense de sa vie, a-t-il indiqué. Acteur émouvant, l'homme, hier, était ému.

Du côté de ces dames, Emmanuelle Bercot semblait l'être tout autant. Le fait est que je connais mal cette réalisatrice et comédienne. Cannes lui a offert (je cite) "la semaine la plus dingue de (sa) vie". Soit un Prix d'interprétation pour son rôle de femme folle amoureuse dans Mon roi et l'ouverture du Festival avec son film, La tête haute.

L'une des surprises de cette édition 2015, c'est que deux Prix d'interprétation féminine ont été attribués. La seconde lauréate s'appelle Rooney Mara et joue avec Cate Blanchett une histoire d'amour homosexuelle dans l'Amérique des années 50: Carol. J'attends avec une relative impatience la date de sortie en salles...

Jane Birkin, Agnès Varda et Lambert Wilson
D'une manière générale, il semble que ce duo féminin soit l'arbre dissimulant la forêt d'un Festival encore franchement très masculin. Soulignons alors la Palme d'or d'honneur attribuée à Agnès Varda ! Première réalisatrice récompensée de ce trophée, elle rejoint un club d'illustres papys: Woody Allen, Clint Eastwood et Bernardo Bertolucci. 

J'en reviens au palmarès "ordinaire": parmi les autres films primés que j'espère découvrir, il y a The assassin. Cela m'offrirait l'occasion d'enfin voir mon premier Hou Hsiao-hsien, récompensé pour sa mise en scène de la Chine moyenâgeuse. À noter que le réalisateur taïwanais avait déjà reçu un Prix du jury... il y a maintenant 22 ans !

Autre curiosité: The lobster, du réalisateur grec Yorgos Lanthimos. Qu'on lui ait accordé le Prix du jury renforce quelque peu mon attente à son égard, mais, déjà, le pitch m'intriguait très franchement ! Imaginer un univers où les célibataires endurcis sont voués à être transformés en animaux, c'est assez taré pour me plaire. À suivre...

En revanche, malgré Tim Roth et le Prix du scénario, je suis loin d'être sûr d'aller voir Chronic. Je n'ai lu que des mauvaises critiques autour de ce film du Mexicain Michel Franco, dont le personnage principal est un aide-soignant auprès de personnes en fin de vie. Anecdote amusante: Franco et Roth se sont rencontrés... à Cannes.

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Voilà, j'ai fait le tour du palmarès...

Je conclus avec trois films non-primés que je pense voir: Mia madre de Nanni Moretti et Notre petite soeur de Hirokazu Kore-eda devanceront sans doute Marguerite et Julien de Valérie Donzelli. Avant leur sortie, je suis désormais à l'écoute de vos commentaires. 

dimanche 24 mai 2015

Toc toc badaboum !

Il déclarait encore récemment qu'il reviendrait volontiers au cinéma. Qu'après une longue maladie, il se sentait mieux depuis trois ans. Malgré sa formidable carrière, je connais mal Jean-Paul Belmondo. Voir Le magnifique, c'était pour moi une envie ancienne, encouragé que j'étais par plusieurs de mes copains - Stéph, Fred... dédicace ! C'est bel et bien une part du patrimoine cinématographique français.

Deux mots peuvent résumer le film: franchouillard et sympathique. Plus d'un quart de siècle avant le DJ, un dénommé Bob Saint-Clar, espion de son état, affronte des bad boys à Acapulco, quelques jours seulement après qu'un de ses camarades a été retrouvé dévoré vivant par un requin dans une cabine téléphonique - si, si, j'vous jure ! Scènes de course-poursuite et pirouettes dans le sable, on s'attache bien vite à ce sous-James Bond, tout droit sorti d'un roman de gare. Toc toc badaboum ! Une autre histoire commence: celle... de l'auteur qui invente ses histoires et dont la vie est beaucoup moins agitée. J'imagine que vous aurez déjà compris que Bébel joue les deux rôles. Le magnifique, c'est lui, évidemment, ou disons un personnage parfait pour lui, saltimbanque de l'action à 200% et de l'autodérision.

Je vous passe les détails de l'intrigue, OK ? Une bonne partie du plaisir procuré par le film est qu'il tient son parti pris jusqu'au bout. L'alternance des scènes entre le héros de papier et son créateur continue sans véritable temps mort, pour le meilleur et pour le rire. Rien n'est sérieux ici et je dirais que c'est même une joie enfantine qui est proposée au spectateur d'hier et d'aujourd'hui. Mon conseil consistera donc à vous encourager à éviter de vous prendre la tête. Passé le cap de son tout premier degré, Le magnifique ne recèle d'aucun trésor caché: c'est un film de divertissement, point final. Quelques cascades peuvent amuser à condition d'oublier un instant qu'on fait désormais beaucoup plus fort avec les effets spéciaux numériques. C'est possible: moi, sans mentir, je me suis bien marré.

Le magnifique
Film français de Philippe de Broca (1973)

Je n'ai pas encore vu L'homme de Rio, considéré par beaucoup comme la meilleure des collaborations du duo Belmondo / De Broca. Toutefois, je cite volontiers le réalisateur en valeur sûre du cinéma français populaire: à vérifier, si vous le voulez, avec L'incorrigible. Un aveu maintenant: des films que je lui connais, ma préférence continue d'aller à Cartouche, qui fait aussi vibrer la corde sensible.