jeudi 1 septembre 2011

Apocalypse now

Une chronique de Martin

J'ai bien l'impression qu'avec Lars von Trier, c'est tout ou rien. Soit on aime beaucoup ses films, soit on les rejette avec violence. Encouragé par l'opinion favorable que j'avais de lui, je suis allé voir Melancholia, sa toute dernière oeuvre, plutôt (très) bien accueillie par la critique professionnelle et la blogosphère spécialisée cinéma. Je reviendrai plus tard sur la vive polémique causée par le réalisateur lors du dernier Festival de Cannes et rappellerai ses conséquences.

Il y a deux semaines, en compagnie de mon père, j'avais l'intention de ne juger le Danois que selon ce qu'il allait montrer à l'écran. Résumons sommairement le propos général, pour ceux qui seraient parvenus à esquiver la campagne promotionnelle: Melancholia débute lors de la soirée de mariage d'une jeune femme, Justine, organisée par sa soeur, Claire. Tout commence par des sourires quand, trop longue, la limousine des époux a bien du mal à aborder un virage, mais l'ambiance tourne vite à la catastrophe. En cause cette fois: le comportement des invités, parents de la mariée compris, mais aussi celui de cette dernière, en proie à la dépression. Dans sa deuxième partie, c'est sur la gestion par Claire de la maladie de Justine que se focalise l'intérêt du film. Avec, en renfort dramatique, la menace permanente de collision de notre planète Terre avec une sorte de deuxième lune, gigantesque astéroïde bleu.

Je m'en tiendrai là pour les éléments de scénario. Autant prévenir ici ceux d'entre vous qui l'ignoreraient: s'il ne fait donc jamais l'unanimité, Lars von Trier n'est pas un joyeux boute-en-train. L'amusement que peuvent générer certaines situations précoces s'avère donc de courte durée: comme son nom l'indique, Melancholia, c'est d'abord deux grosses heures de tension avec peu de moments de répit. C'est un film dans lequel on peut se retrouver, mais pas un film facile, un film qui permet de souffler ou d'oublier quelque peu le quotidien pour penser à autre chose. Silencieuses, filmées au ralenti sur une musique de Richard Wagner, les scènes inaugurales donnent le ton. Je n'ai pas le souvenir d'avoir déjà vu pareilles images au cinéma. D'une certaine façon, on se sent presque en face d'une installation, la quasi-imperceptibilité du mouvement créant d'emblée une sensation de malaise. Et ce n'est que le début...

Sans être du même acabit, la suite n'en est pas moins éprouvante. On pense d'abord Lars von Trier simplement revenu aux fondements du Dogme, lumières naturelles et tournage caméra à l'épaule. Il y a encore quelque chose de pourri au royaume de Danemark. Évidemment, on aimerait ne pas ressentir la nausée de cette noce funèbre, mais il s'avère impossible d'en faire abstraction, a fortiori quand surviennent les traditionnels discours. On espère se préserver en s'attachant à l'un ou l'autre des personnages, mais la tâche, ardue, devient compliquée par le pathétisme qu'ils renferment presque tous. Même les deux tristes héroïnes de Melancholia ne sont pas seulement des victimes. Malade bien sûr, Justine est toute fermée sur elle-même, ce que le début de la seconde moitié du film illustre avec une violence presque intenable. Claire, elle, s'accroche péniblement aux branches de la vie et tente de sauver ce qui peut l'être, mais ses efforts ne masquent pas complètement une naïveté teintée d'une certaine dose d'égoïsme. Dès lors, logique, le spectacle n'est pas plaisant: il ne saurait l'être. Il peut cependant se montrer grandiose, le chorégraphe de ce sinistre ballet de mort étant tout sauf un incapable quand il s'agit de composer de grandes images. C'est bien simple: le tout dernier plan m'a laissé groggy, quasi-coincé sur mon fauteuil, avant que lumière et musique ne reviennent. Ouf !

Melancholia
Film danois de Lars von Trier (2011)
On a tout dit sur le cinéaste: qu'il était brillant, génial, fou, mégalomane ou bien arrogant, truqueur, irrespectueux du public. Possible. Je crois, moi, qu'il est honnête, à sa manière, c'est-à-dire tout à fait névrosé et incapable de faire la juste part des choses entre la réalité et les représentations de la vie telle qu'il la perçoit et, artistiquement, la donne à voir. En ce sens, il n'est pas aimable. Pourtant, ça ne m'empêche pas de lui vouer une sombre admiration. Sur mes étagères, de ses films, j'ai encore un opus, Manderlay. Puisqu'il s'agit d'une suite, il faudra bien que je me décide un jour prochain à reprendre les choses à leur début par ce terrible Dogville. De ce long-métrage audacieux, magnifique, mais d'une noirceur implacable, on ne sort pas indemne. Relisez ma chronique de Dancer in the dark, le temps que je reprenne le contrôle de mes émotions.

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