lundi 6 octobre 2014

Messemanne en dit long

J'ai trouvé sympa que Cédric Messemanne me contacte via Facebook pour me demander si je pouvais parler de ses courts. J'ai eu envie alors de prolonger notre échange et d'évoquer son début de parcours. Il a gentiment accepté de répondre à mes questions. À vous de lire...

Comment est venue votre envie de faire du cinéma ?
J'ai fait l’École européenne supérieure de l'image, à Poitiers. Je rêvais surtout d'être animateur, à cette époque. C'est en travaillant sur différentes techniques d'animation que j'ai compris que c'était plutôt le cinéma en lui-même qui m'attirait. La pédagogie était ouverte sur l'ensemble des pratiques. Les enseignants nous poussaient vers l'expérimentation. Quand on a entre 18 et 21 ans, c'est important de ne pas être cloisonné d'entrée de jeu et de pouvoir se trouver. J'ai compris que c'était un langage qui m'intéressait, plutôt qu'une technique particulière. Je suis alors retourné vers le cinéma, en me rendant compte que c'était un art bien plus vaste que ce que j'entrevoyais au départ. J'ai réorienté mon travail au début de la 3ème année que j'ai passée à l'école. Et c'est ce qui m'a conduit vers une autre école, de cinéma, à Toulouse...

Quel a été votre cursus complet ?
J'ai donc commencé à Poitiers, dans une école qui correspond un peu aux Beaux-Arts, avec une ouverture sur les installations numériques. Ensuite, après ces trois années, je suis allé à l’École supérieure d'audiovisuel, à Toulouse. C'est l'une des trois ou quatre écoles publiques de cinéma en France, avec la Fémis et Louis-Lumière. J'ai suivi le cursus réalisation, qui se fait en trois ou quatre ans. Au cours de la dernière année, j'ai aussi pu profiter d'un partenariat établi avec la School of visual arts. J'ai passé six mois à New York. C'est tellement énorme là-bas que leur seul département "Images et films" est bien plus riche que l'école de Toulouse...

Aviez-vous des références, des réalisateurs qui vous inspiraient particulièrement ?
Dans l'animation, j'étais attiré par les Japonais, les réalisateurs qui prennent beaucoup de liberté. Satoshi Kon, par exemple: je trouve qu'en matière de choix de raccords notamment, il fait des choses très créatives, par rapport aux techniques de découpage du cinéma classique. Ensuite, parmi les réalisateurs qui me plaisent beaucoup aujourd'hui, je citerais Steve McQueen, que je trouve génial. Il y a aussi Hirokazu Kore-eda, pour la manière dont il dirige ses acteurs, surtout les enfants. Pour avoir eu moi-même l'occasion d'y travailler au cours de mes études, je me suis rendu compte à quel point c'était difficile. Sa méthode est vraiment étonnante, incroyable...

Vous avez réalisé cinq courts, quelques-uns dans le cadre scolaire, d'autres plus personnels. D'où viennent vos idées ?
Tout dépend. Parfois, ça vient très rapidement. Pour La cellule familiale, par exemple, j'ai tout écrit en une soirée, avec un script d'une page: sans dialogues, cinq minutes de récit tiennent finalement en quelques lignes. Ce que je voulais raconter n'était pas forcément dans mon synopsis: j'avais tout bien en tête. Avec une petite équipe, j'ai apprécié la rapidité que pouvait engendrer cette technique d'écriture rapide, fulgurante. Sur un long-métrage, j'imagine qu'on est bien obligé de coucher ses idées sur le papier. Quand j'ai eu à me pencher sur des choses plus complexes, ça n'a peut-être pas forcément aussi bien fonctionné pour moi.

Et pour le reste ?
Dans mon école, nous avions souvent des contraintes. Il fallait par exemple travailler en collectif, ce qui suppose déjà des compromis lors de l'écriture ou des sujets qui ne vous intéressent pas forcément. Un court-métrage comme La nébuleuse, où j'ai collaboré avec un musicien du Conservatoire de Toulouse, j'ai un peu plus de mal à le partager. Je ne dirais tout de même pas que chaque collaboration amène à créer quelque chose qui vous est étranger. Pour créer After, par exemple, j'ai choisi un compositeur que je connaissais: je savais qu'on avait quelque chose en commun dans nos univers respectifs. C'est ce qui fait que j'arrive à m'approprier ce travail.

C'est donc votre projet le plus personnel ? Le plus abouti ?
Personnel, La cellule familiale l'était aussi, mais étrangement, je dirais que oui. C'est peut-être un peu moins perceptible pour moi dans la manière dont je l'ai écrit. J'ai vraiment essayé de créer un personnage à part. Ce n'est pas si personnel, parce que je n'identifie pas à lui. Quand on crée, on est souvent influencé par tout ce qui nous entoure. Au moment où j'ai écrit le film, je sortais d'une situation personnelle particulière. Certaines choses me travaillaient. Je me suis aussi servi d'une personne de mon entourage pour refaçonner un personnage plus vieux, placé dans une situation différente. Le travail de création consiste à mettre en scène un monologue intérieur, qui n'est pas forcément le but concret du film...

Vous m'aviez parlé de L'escapade comme d'un projet non finalisé. C'est votre dernier court en date ?
Non, c'est After, que j'ai choisi de finir en premier, parce qu'il m'a paru plus simple à finaliser: il dure huit minutes, avec des plans très longs, sans retouche visuelle et avec juste l'ajout de la voix off. L'escapade, je l'ai en fait tourné l'année dernière, avant de partir pour New York. Je n'ai pas pu faire le montage aussitôt. Quand je suis rentré en France, j'ai donc fait After et désormais, je peux repasser sur L'escapade. Il y a quelques effets visuels à faire. Selon les retours que j'ai, je vais peut-être aussi réagencer les choses, changer éventuellement 2-3 petits détails. J'ai l'impression que l'histoire n'est pas encore très claire pour tous les spectateurs. Je me rends compte a posteriori que je n'ai pas tout à fait obtenu ce que je voulais. Maintenant, je préfère y revenir que de bâcler un an de travail.

Comment choisir ses comédiens, quand on est débutant ? Comment trouver ses techniciens ?
Ça dépend de l'endroit où l'on est et du réseau que l'on a. Quand j'étais à Toulouse, c'était compliqué: en tant qu'étudiant, tous vos acteurs et tous vos associés sont bénévoles. Ensuite, là-bas, il y a beaucoup moins d'acteurs qu'à Paris, par exemple. Je devais donc faire appel à des non-professionnels. Par le biais de connaissances, il fallait trouver dans les salles de théâtre, les écoles d'acteurs... des personnes volontaires pour travailler. C'est intéressant, cela dit, parce que ça nous force à nous concentrer pour diriger. Un acteur professionnel, lui, n'aura besoin que de quelques mots pour savoir exactement dans ce dont on parle. Devoir gérer la performance d'un comédien de A à Z vous place en face de vos responsabilités, sachant qu'il faut aussi lui laisser une certaine liberté pour qu'il sorte potentiellement quelque chose de génial. C'est un peu frustrant de travailler ainsi, mais c'est aussi enrichissant: je n'ai pas de regret d'avoir dû appeler des amateurs, des enfants parfois ou des adultes qui n'avaient qu'une expérience de théâtre très limitée...

Et quid des non-comédiens ?
Le reste de personnes dont on s'entoure, ce sont des connaissances. Des amis, d'autres étudiants. Florent Paris, par exemple, qui a composé la musique sur mes deux derniers films, c'est quelqu'un que j'ai rencontré par le biais d'un ami commun, à l'école. Parfois, on a aussi la chance comme ça de rencontrer quelqu'un qui vous est lié artistiquement. Après, à New York, la façon dont on compose une équipe est très différente. Il y a tellement de monde qui a envie de travailler dans le cinéma et d'en vivre que le rapport change. On se retrouve alors plutôt dans une dynamique professionnelle. Les gens sont intéressés par l'expérience qu'on peut leur proposer, mais restent dans la dynamique de vivre de leur travail. Il faut donc très souvent les payer... et surtout que le film se fasse. Il faut être sérieux: il y a tellement d'offres ! Un projet étudiant, c'est un parmi des centaines d'autres. À Toulouse, beaucoup de choses venaient de la motivation et du rapport humain que ça pouvait engendrer. C'était différent...

Aujourd'hui, comment arrivez-vous à diffuser votre travail ?
Tant que j'étais dans le circuit scolaire, ça ne m'a pas inquiété. J'ai contacté beaucoup de festivals, essayé d'avoir des sélections: quand on est étudiant, vous êtes dans le cadre de l'école, ça s'arrête là. Maintenant que je suis sorti, je me rends compte que donner de la visibilité aux films, c'est un peu l'essence de mon travail. Dans les festivals, chacun a déjà son petit film. Les blogs me permettent d'atteindre un autre public. C'est une autre manière d'accéder aux programmes. Je suis le premier à regarder plein de petites vidéos sur le Net. pour les jeunes, c'est un moyen génial d'accéder à de nombreuses petites créations. Quand, comme pour vous, ça passe d'abord par le regard de quelqu'un d'autre, c'est bien aussi. Si on peut arriver à sensibiliser le public par ce biais, c'est tant mieux !

Votre avenir au cinéma, vous l'envisagez comment ? Vous voudriez passer au format long ?
J'aimerais commencer par quelques autres courts-métrages. Aujourd'hui, j'ai le sentiment d'avoir besoin de travaux plus aboutis que ceux que j'ai réalisés jusqu'à maintenant. Je voudrais avoir fait un film qui ait vraiment du succès. Le dernier, After, compte déjà 5-6 sélections en festivals, mais je n'ai pas l'impression de l'avoir tourné dans des conditions habituelles. J'étais seul avec mon acteur? Je filmais et je dirigeais en même temps. J'aimerais réussir à faire un court-métrage de fiction qui soit propre, réussi à mes yeux, avant de partir sur une fiction d'une heure et quelque avec l'assurance nécessaire. J'espère bien parvenir à le faire un jour si j'en ai l'opportunité, mais je sais que je n'y arriverai pas pour l'instant. Avant d'aller plus loin, il faut être sûr de soi pour réussir à convaincre un producteur, mais il le faut aussi pour soi-même, pour penser avoir les épaules nécessaires pour s'investir dans un projet différent.

Du coup, d'où pourrait venir votre déclic, d'après vous ?
Une grosse partie se jouera sur ma satisfaction devant le produit fini, avec l'investissement de plusieurs collaborateurs. Je voudrais pouvoir me dire que ces collaborations ont réussi en tout point. Pour un problème de temps, de matériel ou de moyens financiers, je me dis encore pour l'instant que certaines collaborations n'ont pas été aussi fructueuses que ce que j'aurais aimé. J'ai toujours pensé pouvoir faire mieux que ce qui était finalement accompli. Cela dit, les expériences que j'ai eues me renforcent dans ma volonté. Il n'y a pas de découragement de ma part, simplement cette idée que le chemin est encore un peu long avant que je me crois capable d'y arriver.

Vous avez le sentiment que c'est compliqué, aujourd'hui, de faire du cinéma en France ? Au niveau du financement, notamment ? Quand on compare avec les États-Unis...
C'est difficile pour moi de répondre. Ma comparaison pourrait être injuste. L'expérience que j'ai en France, je l'ai eue à Toulouse. Je n'ai jamais essayé de faire du cinéma à Paris, par exemple. Je pense paradoxalement que c'est peut-être plus facile d'en faire à New York. En fait, je ne suis pas sûr que faire du cinéma soit juste une question de financement. Aux États-Unis, c'est difficile, dans la simple mesure où vous n'avez absolument aucun soutien régional, tel qu'il est possible d'en avoir ici. Le seul soutien éventuel, c'est celui de boîtes de production engagées à vos côtés. En France, les étudiants peuvent avoir accès à différents fonds, auprès des universités, du Centre national du cinéma et de l'image animée, des régions, de l’État... qui peuvent financier des choses plus importantes. J'imagine qu'à Paris, une fois qu'on a trouvé les bons collaborateurs, c'est largement jouable de réaliser. Ce n'est pas si difficile que ça pour les jeunes auteurs - il en émerge encore beaucoup. Disons que c'est d'abord une question de talent et de réseau. Comme jeune réalisateur, on doit s'estimer chanceux d'avoir ces possibilités. Tout ça n'existe pas en Amérique. Si c'est plus facile là-bas, c'est qu'il y a plein de personnes qui ont envie de faire du cinéma. C'est vrai aussi qu'il faut toujours un peu de moyens, quoiqu'il arrive. Autre aspect: à New York particulièrement, c'est assez facile de trouver un décor intéressant...

Et avec tout ça, vous avez encore le temps d'aller au cinéma ?
Assez peu, malheureusement. Ça me manque beaucoup, mais il faut dire que ces derniers temps, j'ai été assez occupé. Je navigue un peu à vue, tout en essayant de finir mes projets. J'ai encore un film tourné à New York l'année dernière, que je n'ai pas encore eu le temps de monter. Je vais essayer de le boucler une fois que j'aurais terminé L'escapade. Au cinéma, ces derniers mois, j'ai vu très peu de créations. Je me contente de séries. Peut-être que j'en ressens moins l'envie. Ça marche par périodes, généralement: quand j'arrive au bout d'un projet, j'entre dans une phase où j'aime me replonger de façon plus intense au cinéma, y aller 6-7 fois par semaine... c'est assez stimulant, en fait. Quand je suis dans une phase d'écriture, j'ai moins de temps. Avec des films tournés sur l'ordinateur et prêts à être montés, j'ai du mal à me dire que je vais aller faire autre chose. C'est un regret, évidemment: je vois bien qu'il y a beaucoup de bons films qui sortent et j'aimerais bien en voir quelques-uns. Quand je vais lire les critiques, ça me fait bien envie...

Quel serait alors votre prochain projet ? Ce film américain tourné l'année dernière à New York ?
Oui. J'ai aussi un projet autour d'une histoire d'amour, avec deux ex qui se retrouvent au cours d'une soirée, alors que la vie les avait un peu séparés malgré eux. Les autres sont encore en phase d'écriture, sans concept abouti. J'ai 2-3 scénarios que j'avais écrits l'an passé, quand j'étais encore à la School of visual arts. L'une de mes idées serait de tourner un drame sur un sujet assez dur, mais qui nécessite davantage de recherches en amont pour pouvoir en faire un bon film. Je n'ai pas encore réussi à lui donner une tournure satisfaisante.

samedi 4 octobre 2014

Courte pause

Non ! Ne partez pas ! Je ne suis pas là aujourd'hui pour vous annoncer une nouvelle interruption dans le fil des chroniques. Je devrais parler de "pause courte", en fait: c'est avec une poignée de courts-métrages que j'ai décidé d'alimenter cette dernière mise à jour de la semaine. L'idée m'en est venue de leur réalisateur, Cédric Messemanne, qui m'a contacté l'été dernier via la page Facebook de Mille et une bobines...

Avant de vous encourager à vous y inscrire, je me propose donc aujourd'hui d'évoquer le travail de Cédric, à qui j'espère aussi donner la parole très rapidement. Une précision: j'ai rédigé ces petites notes moins de 24 heures après avoir vu les courts, sans avoir pris le temps de reparler avec leur auteur, donc. C'est mon ressenti "à chaud". Finalement, ça colle bien à la méthode que j'emploie le plus souvent.

After (2014)
C'est ce court-métrage que Cédric m'a proposé de regarder prioritairement. C'était en fait son dernier travail abouti, je crois. Dans une nuit qui pourrait être celle de New York, on fait connaissance avec un monsieur d'un certain âge. Une voix off rocailleuse nous permet de comprendre qu'il est retour dans ces rues. Il s'interroge sur son avenir, évoque des amitiés, des trahisons aussi. En huit minutes chrono, un personnage est esquissé. Le mystère demeure sur ce qu'il est ou a été, comme perdu dans les images floues qui défilent à l'écran. Entre ombre et lumière, il m'aurait plu d'en savoir davantage, mais j'ai bien aimé ce que j'ai vu et entendu.

La cellule familiale (2011)
Deux enfants calmes, probablement un frère et une soeur, jouent dans leur chambre. Le petit garçon a décidé de maquiller la fillette avec un rouge à lèvres dérobé à leur maman. Quand cette dernière rentre à la maison, elle menace de battre la gamine et s'en prend finalement... à son hamster. Ces six courtes minutes sont traversées d'une tension peu commune, d'autant que tous les rôles sont muets. Je suis resté sur ma faim avec le dénouement - c'est peut-être simplement le format qui veut ça. D'aucuns voient dans ce petit film une évocation froide des violences familiales. Sachant que la victime est animale, ça ne m'a pas ému. Belle maîtrise de la forme, cela dit.

Tout est journalier (2011)
Afin de me présenter ce court, Cédric m'a précisé qu'il était le fruit d'un exercice au cours de sa formation audiovisuelle: il s'agissait essentiellement de n'utiliser qu'une seule bobine 16mm de 3 minutes. La plupart des plans n'ont donc fait l'objet que d'une seule prise. L'historiette met en scène un jeune garçon, qu'un vieux monsieur charge de promener son chien. Surpris par une détonation, l'enfant découvre une arme à feu abandonnée... à proximité d'un cadavre. Vite remis de ses émotions, il emporte le flingue - je ne vais pas dire pourquoi. Au bout d'à peine cent secondes, la chute surprend un peu. Comme si la banalité du quotidien pouvait déraper à tout moment...

La nébuleuse (2012)
Un autre exercice pour Cédric, qui s'est associé pour cette occasion avec un élève-compositeur du Conservatoire national de Toulouse. C'est d'ailleurs sur le plan sonore que ce court m'a d'abord embarqué. J'ai vraiment apprécié le tout premier plan - le visage d'une jeune fille en pleurs, chahuté par un vent violent. Le gros chagrin de Marie s'efface quand elle rencontre Henri, un homme plus âgé qu'elle, veuf, qui lui parle des étoiles et avec qui elle cohabite quelque temps. L'histoire dure seize minutes en tout: Cédric m'a dit qu'il la jugeait mal écrite, qu'il ne s'y retrouvait pas vraiment. Une auto-évaluation que je trouve plutôt sévère. Moi, j'ai vu une assez jolie sensibilité.

L'escapade (2014)
J'ai découvert ce court "en chantier": de l'aveu de Cédric, la version qu'il m'a montrée n'était pas tout à fait aboutie, sur le plan du mixage notamment. Le jeune réalisateur n'a donc pas terminé son travail. Les douze minutes que j'ai pu appréhender m'ont bien plu, cela dit. Parallèles ou non, il y a deux petites histoires: un garçonnet construit une cabane pour son chien sous l'oeil d'un père haltérophile, un couple d'amoureux se promène en pleine nature. Quelques très belles images m'ont permis d'apprécier ce court et préparé à un joli final, emporté par une petite touche d'onirisme. La lenteur de l'ensemble m'a paru favoriser une approche contemplative - et tant mieux pour les yeux !

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Un petit mot de conclusion...

Je suis heureux et plutôt fier qu'un jeune réalisateur ait fait confiance à mon jugement pour vous parler de son travail. Une belle rencontre. Qui sait ? Ces cinq courts sont peut-être le prélude d'une carrière. C'est tout le mal que je souhaite à leur auteur, Cédric Messemanne.

jeudi 2 octobre 2014

Perché

Ça devait bien arriver un jour: Benoît Delépine et Gustave Kervern m'ont déçu. Near death experience restera un rendez-vous manqué. Sur les cinq films que je connais dans leur carrière de six, c'est celui qui me plaît le moins - et de loin. J'espère que ça n'augure pas véritablement de la forme qu'ils donneront à leurs longs-métrages futurs. Bien pire qu'ennuyé, je me suis senti tout à fait indifférent...

L'idée première, pourtant, relève de l'audace coutumière des trublions grolandais. Ben et Gus confient les clés du film à l'écrivain improbable qu'est Michel Houellebecq. La surprise de le voir là n'en est plus une depuis que l'auteur a accepté qu'une partie de ses écrits soit chantée par Jean-Louis Aubert, après mise en musique bien sûr. Qu'il disperse ses particules élémentaires dans les collines de Provence pour faire plaisir à deux autres fous reste à peu près sensé, en comparaison. Near death experience évoque toutefois les suites d'un suicide raté. Paul, employé d'une centrale d'appel téléphonique, broie du noir. Parti de chez lui à vélo, il se dit mort et soliloque dans la garrigue. Bon...

Le gros problème, c'est que je ne me suis jamais senti concerné. Habituellement, j'aime bien la manière dont Delépine et Kervern racontent notre monde de tarés, en vrais poètes du désarroi social. Cette fois, ils ne sont pas parvenus à m'émouvoir. C'est une chose que de faire dire à un quinqua qu'il est obsolète, surtout s'il le pense sincèrement, mais une heure et demie en pareille compagnie interroge sur le pourquoi du comment. Point de dialogues, ici. Seul avec ces idées-là, le "héros" ne croise qu'un pauvre bougre qui l'invite à... jouer aux billes. Chemin faisant, Near death experience livrera son lot d'images floues et de grandes envolées de musique classique. Quelque chose m'a complètement échappé, je crois. C'est dommage. Au moins le film est-il revendiqué comme un opus assez personnel...

Near death experience
Film français de Benoît Delépine et Gustave Kervern (2014)

S'il y a quelque chose que je respecte là-dedans, c'est le côté risque-tout de l'entreprise. Les auteurs ont mis leurs propres deniers dans l'aventure et pour ça au moins, je dis: chapeau, Messieurs ! Maintenant, entre eux qui disent vouloir partager leur mal-être existentiel et leur pote qui se croit au bout de son chemin, il y a trop de névrose à mon goût. Je préfère Louise-Michel ou Le grand soir...

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Tout le monde n'est pas forcément de mon avis...

Phil Siné, lui, a plutôt aimé le film: cf. sa "Cinémathèque".

mardi 30 septembre 2014

Ne plus bouger

Je n'ai pas franchement accroché à Palerme. Ce film italien a valu une Coupe Volpi de la meilleure actrice à Elena Cotta, âgée de 82 ans.

Heureux pour cette vénérable grand-mère, je me suis un peu ennuyé devant le long-métrage lui-même. Il faut imaginer une rue palermitaine, donc, la via Castellana Bandiera - c'est le titre original du film. Parce qu'elle est étroite bien qu'à double sens, la circulation s'y trouve bloquée quand des voitures arrivent l'une en face de l'autre. C'est reparti: deux conductrices s'affrontent et refusent de reculer...

Dans le premier véhicule, il y a Samira, qui revient d'un cimetière marin où elle est allée se recueillir sur la tombe de sa fille, disparue quelques années plus tôt. Mutique, Samira transporte toute sa famille et semble obéir à Saro, son gendre, un personnage assez odieux. L'autre véhicule ? Rosa s'y est disputée avec Clara, sa compagne. Derrière son volant, la jeune femme est figée, c'est un euphémisme. Pendant presque une heure et demie, l'improbable duel va occuper l'écran. Parfois, et heureusement, la caméra s'échappe des habitacles pour arpenter le voisinage. Palerme montre alors une communauté d'incroyables égoïstes, tout juste bons à parier sur l'endurance têtue d'une vieille dame pour gagner un peu d'argent facile. On peut y voir une métaphore sur les blocages de l'Italie d'aujourd'hui, paraît-il...

Mouais... je ne suis vraiment pas convaincu. Il me faut préciser peut-être qu'Emma Dante, en plus de réaliser le film, tient ici le rôle de la jeune obstinée. Reconnue au théâtre, elle adapte une pièce qu'elle connaît bien, puisqu'elle l'a elle-même écrite. Je ne dirais pas que Palerme est un mauvais film, ni même qu'il est inintéressant. Objectivement, la caméra est maîtrisée, le montage efficace. Partiellement composée avec des comédiens amateurs, la distribution s'en sort très honorablement. C'est le sujet lui-même qui m'a déçu. Peut-être l'apprécierez-vous davantage si vous acceptez son côté absurde ou si, derrière la situation improbable, vous percevez aussi une intention politique. La cinéaste a vécu dans cette rue, dit-on. Possible qu'elle ait voulu livrer un message que je n'ai pas su saisir...

Palerme
Film italien d'Emma Dante (2013)

Dans la manière dont le temps s'étire, dans la confrontation muette entre ces deux femmes décidées à ne rien lâcher, il y a quelque chose de Sergio Leone dans cette production transalpine. Il y a donc bien quelque chose qui pourrait me plaire davantage. Las ! J'ai vite trouvé que cette situation ubuesque ne présentait pas un grand intérêt. Autant revoir Le pigeon ou, mieux encore, L'argent de la vieille...

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Vous voulez savoir ce que d'autres en ont pensé ?
Pascale vous en parle sur sa propre page: "Sur la route du cinéma". C'est tout ce que j'ai pu trouver sur les blogs que je visite ! À noter que j'ai vu le film en ouverture de la 13ème saison d'une association de cinéphiles. Il n'est pas exclu que j'en reparle un jour ou l'autre...

lundi 29 septembre 2014

En première ligne

D'avoir évoqué Stanley Kubrick samedi m'a donné envie de regarder un autre de ses films: Les sentiers de la gloire. En cette année commémorative du centième anniversaire de la Première guerre mondiale, le long-métrage me paraissait quasi-incontournable. J'étais donc doublement décidé à l'aborder enfin. Joseph, mon grand-père paternel, a été gravement blessé en 1916. Un peu de mon héritage...

Même si j'ai regardé le film dans sa version originale en langue anglaise, je dois dire tout de suite qu'il se déroule sur le front français et dans un corps d'armée français. Le 701ème régiment d'infanterie doit partir à l'assaut d'une colline tenue par l'ennemi. Hormis ses bombes et sa mitraille, de cet ennemi, on ne verra rien. L'élément-clé du scénario réside ailleurs: dans une vive dénonciation du commandement. Quand, finalement repoussées par le feu allemand, les troupes françaises reculent, le général en chef estime qu'elles font preuve de couardise. Les sentiers de la gloire le montre même prêt à tirer sur ses propres tranchées pour obliger les soldats restés à l'arrière à en sortir. Il y a donc plusieurs phases dans le film. Après la pré-attaque et l'assaut proprement dit, c'est un procès militaire qui débute, pour juger trois hommes accusés de lâcheté. C'est en réalité une parodie de justice qui est offerte à nos regards.

Quand Les sentiers de la gloire sort en salles aux États-Unis, le jour de Noël 1957, Stanley Kubrick n'a que 29 ans. Partiellement tournée dans un studio munichois, son oeuvre est déjà diffusée en Allemagne. Est-ce la très martiale Marseillaise du début ? La France, elle, laisse sa frontière fermée - interpellés par le gouvernement sous la pression d'anciens combattants français et belges, les producteurs américains finissent par renoncer à la distribution. Il faudra attendre 18 ans (!) pour que le long-métrage soit visible dans les cinémas de notre pays. Qu'en dire aujourd'hui ? Qu'il est marquant, malgré son âge avancé. Sec comme un coup de trique, il dure une heure et demie, temps suffisant pour nous dire toute l'horreur de la guerre et des émotions contradictoires qu'elle suscite. Le personnage de Kirk Douglas, officier intègre dans la tempête, préserve un espoir en l'humanité. Sa montée en première ligne permet un plan-séquence d'une incroyable intensité.

Les sentiers de la gloire
Film américain de Stanley Kubrick (1957)

Le réalisateur "aime" la guerre, mais je le trouve ici plus percutant encore que dans Full metal jacket - ne surtout pas oublier toutefois que trente ans séparent les deux longs-métrages. On parle souvent d'absurdité pour aborder 1914-1918: il me semble que Stanley Kubrick va plus loin et rend honneur aux troufions. Deux autres approches recommandées: La vie et rien d'autre et La chambre des officiers.

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Ils en parlent aussi...

"L'oeil sur l'écran" et "Mon cinéma, jour après jour" en disent un peu plus long que le "Ma bulle" de Princécranoir, qui suit une thématique.

samedi 27 septembre 2014

La prédatrice

Je n'éprouve pas la fascination de beaucoup de mes copains mecs pour Scarlett Johansson. Il ne faut pas mentir pour autant: c'est elle que j'ai voulu voir quand je me suis intéressé à Under the skin. L'idée qu'un réalisateur - anglais - ait pu obtenir de la star hollywoodienne qu'elle tourne dans un "pur" film d'art et d'essai m'impressionnait fort. Restait à aller voir et à évaluer le résultat...

Under the skin est un film étonnant, souvent brillant sur le plan formel, mais plutôt déroutant sur le plan narratif. Sans qu'il soit expliqué ni pourquoi, ni surtout comment, Scarlett Johansson erre dans les rues de Glasgow au volant d'une camionnette. Elle fait mine d'avoir perdu son chemin et, très fréquemment, aborde des hommes seuls, qu'elle embarque parfois comme passagers. La mort attend ceux qui se sont laissés tenter - je vous laisse découvrir seuls comment la "créature" tue et se débarrasse des corps, avec l'aide souvent d'un mystérieux motard. Prédatrice implacable, elle emprunte inlassablement le même chemin, sans véritable émotion apparente.

Je crois pouvoir dire qu'Under the skin est un film qui se ressent. C'est inutile de chercher à tout comprendre: je ne suis même pas sûr que ce soit possible. Le scénario laisse bel et bien des trous béants dans ce qui est montré à l'image: il vous faudra faire preuve d'implication et d'imagination pour les combler. Le long-métrage offre probablement à chacun une expérience de cinéma différente, basée sur ses propres ressentis. Moi ? Après avoir entendu parler en amont d'une histoire d'extraterrestre, j'ai appréhendé une jeune femme réduite le plus souvent à sa dimension corporelle, voire érotique. Comme l'incarnation d'une force contre les séducteurs impénitents.

C'est alors que le choix de Scarlett Johansson devient intéressant. Femme fatale ou fantasme ambulant, la comédienne américaine joue certes de son charisme, mais n'a pas toujours l'aura d'une actrice légendaire - je me souviens qu'elle n'a pas encore 30 ans, cela dit. Dans une interview à Cahiers du cinéma, Jonathan Glazer souligne qu'il pensait tourner avec une inconnue et qu'il a finalement changé son fusil d'épaule pour une question de financement. Tant mieux ! Une coloration plus tard, Scarlett Johansson habite le film d'une façon très particulière. Elle n'a ici que des partenaires amateurs. Pour eux aussi, le scénario d'Under the skin était flou. Ça marche, pourtant.

Je crois que ça marchera, en tout cas, si vous vous laissez embarquer dans les choix formels. Premier constat: comme son personnage principal, le long-métrage est presque muet, disons traversé seulement de dialogues minimalistes. Under the skin mise beaucoup sur l'alternance d'images d'un quotidien ordinaire, tournées de façon quasi-documentaire, et d'autres plans saisissants pour révéler sa face fantastique. Sa drôle de bande-son fait aussi de lui un spectacle étonnant, presque inédit même, mais qui peut s'avérer inconfortable. Des explications sont distillées au fil de l'intrigue, mais il me restait beaucoup de questions à la sortie de la salle. Et j'ai plutôt aimé ça...

Under the skin
Film britannique de Jonathan Glazer (2014)

Sans doute parce qu'on a toujours besoin de se raccrocher aux choses qu'on connaît, une bonne partie des critiques autour du film évoque l'influence de Stanley Kubrick. Le lien à 2001, l'odyssée de l'espace est légitime, oui, dans le ton radical de cet objet science-fictionnel. Le long-métrage m'a aussi donné envie de redécouvrir la filmographie de David Lynch. Pour ne rien y comprendre, peut-être, mais ressentir.

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Le film a du mal à séduire, semble-t-il...

"Sur la route du cinéma" en a quand même parlé lors de sa sortie. Pedro Almodovar a connu plus de succès avec La piel que habito...

vendredi 26 septembre 2014

Une mère, des principes

Il y en a que les leçons d'histoire au cinéma insupportent. J'admets d'ailleurs que la tendance des biopics, ces fameux films biographiques souvent édulcorés, est un peu lourde parfois, à tous les sens du mot. J'ai pourtant trouvé mon bonheur d'un soir avec La conspiration. Cette huitième réalisation de Robert Redford est passée inaperçue chez nous: disponible néanmoins, elle n'est... jamais sortie en salles !

Le film nous offre un point d'ancrage connu: le légendaire président américain Abraham Lincoln. Comme le titre l'indique, le scénario s'intéresse surtout à ses assassins. On découvre en fait un (bon) film de procès dont le premier personnage est une femme. Mary Surratt est la tenancière d'une pension de famille. Fidèle à la cause confédérée, elle est bien évidemment suspecte et de fait accusée d'avoir hébergé les protagonistes du complot, donc d'y avoir pris part. Mary est aussi une mère, dont le fils est en fuite, accusé également. J'ignorais tout de cette histoire avant de la découvrir à l'écran. L'intérêt de La conspiration, le film, repose sur l'opposition classique entre une certaine raison d’État et les droits de la défense. L'avocat de Mary est évidemment un jeune capitaine, héros de la guerre finissante, mais plaideur inexpérimenté, d'abord hostile à sa cause. Juste le temps de voir venir le retournement de situation attendu...

Vous l'aurez sûrement compris: plus qu'une mère courage, il s'agira ensuite de défendre de grands principes - la présomption d'innocence due à tout accusé, l'égalité de traitement entre les différentes parties devant le juge, etc... le tout bien sûr dans un cadre américain "fondateur". Je dois reconnaître qu'ici, l'intelligence du scénario permet d'oublier les bons sentiments avec lesquels ce type d'histoire est habituellement raconté. Il est vrai que la distribution brille suffisamment de ses talents multiples: Robin Wright, James McAvoy, Kevin Kline, Tom Wilkinson, Evan Rachel Wood... du beau monde ! L'image, elle, est peut-être un poil trop parfaite. Je me suis laissé embarquer, comme d'habitude, grâce aux costumes et décors 19ème. Il me semble toutefois clair que le propos de Robert Redford dépasse la simple illustration: avec La conspiration, notre vieil ami américain nous parle aussi de son pays aujourd'hui. À vous donc... d'en juger.

La conspiration
Film américain de Robert Redford (2011)

J'ai la très nette impression que ce film serait une conclusion parfaite pour une trilogie américaine, après Vers sa destinée et le Lincoln illustré de Steven Spielberg. Pas besoin de porter la bannière étoilée pour apprécier ! Pour un spectacle plus exigeant, vous trouverez également des similitudes fortes avec 12 hommes en colère, le chef d'oeuvre du duo Henry Fonda / Sidney Lumet et la référence du genre.

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Et pour en revenir au film de Robert Redford...
J'ai apprécié la chronique (anticipée) de "L'impossible blog ciné".

jeudi 25 septembre 2014

Mes autres horizons

Je me trouve chanceux d'avoir pas mal voyagé ces dernières années. Cet été, par exemple, je suis allé à Édimbourg, à Madrid et Lisbonne en juin et août 2013, à Stockholm précédemment... j'aimerais passer quelques jours dans chacune des capitales européennes (au moins). J'essaye souvent de rentrer en France avec quelques films du pays découvert, surtout s'il est "exotique". Le cinéma est ma carte postale.

Vous l'avez remarqué: ces derniers jours, je vous ai emmené visiter quelques contrées lointaines de la planète cinéphile. Je suis heureux que, sur les Bobines, plus d'un film sur deux soit non-américain. Content également que le cinéma français occupe une place importante, soit un gros quart des films chroniqués, sans dominer pour autant. Je ferai sans doute un jour un bilan complet des origines des longs-métrages que je présente ici. Je peux déjà vous dire qu'actuellement, j'ai parlé de productions venues de 37 pays différents. Singapour, l'Afghanistan et la Hongrie sont les derniers arrivés. La Roumanie et les Pays-Bas, eux, frappent déjà à la porte.

Qu'est-ce que l'avenir nous réserve ? Je n'en sais fichtre rien. Notez toutefois que, sur les huit premiers mois de l'année, la fréquentation des salles françaises a plutôt souri au cinéma tricolore, avec 46,2% des parts de marché - contre 32,5% l'an passé. Notre septième art national marche, ô surprise ! (un peu) mieux que son homologue américain, qui ne récolte, lui, "que" 45,9% de ces mêmes parts. L'avez-vous calculé ? Cela ne laisse donc qu'un tout petit 7,9% au reste de la production cinématographique mondiale. Attention: le Centre national du cinéma et de l'image animée publie ces chiffres et juge bon de les prendre avec prudence - il s'agit d'estimations imprécises. Reste que je suis toujours avide de découvrir d'autres filmographies. Avec, entre autres, nos voisins d'Europe en guise de terrain de jeu.

mercredi 24 septembre 2014

En pleine lumière

J'aimais bien Robin Williams, l'un des clowns tristes du cinéma américain, mort le 11 août dernier. Si j'ai préféré ne pas en reparler plus tôt, c'est que je n'ai pas le réflexe nécrologique - sauf exception. J'ai toutefois pensé au comédien l'autre jour, en regardant Insomnia. Sous ce titre, vous connaissez peut-être le thriller qu'il avait tourné sous la direction de Christopher Nolan, avec Al Pacino, sorti en 2002. C'était un remake. J'évoque aujourd'hui le film initial, européen...

Norvège, années 90s. Le corps d'une jeune femme a été retrouvé dans une décharge. Deux enquêteurs sont arrivés de Suède pour venir en aide aux équipes locales et coincer le tueur. La police fait diffuser un message télévisé pour laisser croire qu'elle cherche encore le sac de la victime, pensant que l'assassin, soucieux de faire disparaître toute trace compromettante, se montrera là où elle l'a récupéré. L'idée est bonne, mais le dispositif tourne mal: le criminel est repéré lors d'une planque, mais l'un des inspecteurs commet une erreur impardonnable lors de la tentative d'arrestation. Je vous laisse découvrir la suite - promis, je n'ai parlé que des premières minutes. Insomnia est un thriller noir, très noir, tout à fait implacable. Sûrement pas spectaculaire, mais d'une froideur des plus efficaces.

Un crime, de la noirceur, du suspense: vous vous demandez peut-être comment j'ai titré ma chronique. Je fais référence à un élément scénaristique majeur: lors de l'enquête, le soleil ne se couche jamais sur la Norvège. Pas habitué à affronter le jour permanent, le flic chargé du gros des investigations supporte très mal ce contexte météorologique. D'où le paradoxe: alors que tout est éclairé, il y voit de moins en moins clair. Un scénario malin, inventif: c'est la qualité première d'Insomnia. L'interprétation fiévreuse de Stellan Skarsgärd dans le rôle principal en est un autre. Il paraîtrait qu'en version originale, le film joue aussi sur les incompréhensions linguistiques entre le norvégien et le suédois. Nous, les francophones, devrons nous contenter du récit sans fioriture. C'est déjà bien, soyez-en sûr.

Insomnia
Film norvégien d'Erik Skjoldbjaerg (1997)

J'aime l'aspect sale et granuleux du générique de début ! Il permet d'entrer directement dans le vif du sujet: c'est une très bonne chose pour affronter ce thriller dans les meilleures conditions. Objectivement, mis à part une BO sympa, la forme reste ordinaire. Vrai coup de coeur cependant pour ce petit film nordique, troussé avec intelligence, du type Millénium - en version suédoise, bien sûr !

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Maintenant, en attendant que je revoie la version US...

Vous pouvez la retrouver sur "Mon cinéma, jour après jour".

mardi 23 septembre 2014

Ministère amer

Mes opinions politiques, je les garde pour moi. Mes goûts musicaux vont jusqu'au rap, mais avec modération. Si le titre de ma chronique vous a interpellé ce midi, c'est tant mieux: c'était bien son but ! Maintenant, je vous explique: l'amer ministère que je veux évoquer avec vous est celui d'un dénommé Daniel Barry, un prêtre catholique irlandais, personnage principal de Stella days, roman devenu film...

Le père Barry doute. Alors qu'il espérait être autorisé à finir sa vie d'études théologiques à Rome, son évêque le retient encore en Irlande pour l'édification d'une nouvelle église. Problème: l'institution-mère n'a guère de quoi financer le début des travaux et compte largement sur une souscription populaire pour régler le gros de la facture. Problème numéro 2: dans cette Europe des années 50, les paroissiens espèrent surtout pouvoir utiliser leurs économies pour améliorer doucement le confort de leurs foyers - avec en priorité l'eau courante froide et chaude, voire peut-être quelques appareils électroménagers. L'intrigue de Stella days, vous l'aurez compris, repose sur l'opposition classique entre les tenants d'une certaine tradition et les partisans d'un progrès supposé. Le tout dans un cadre original, vu de France...

Stella days n'est pas un chef d'oeuvre, non, mais un petit film sympa. Cette fois, mon attrait pour le regarder n'est pas venue du charme pourtant bien réel d'une reconstitution soignée. J'ai surtout eu envie de voir Martin Sheen endosser la soutane: dans son costume liturgique, l'acteur se montre d'une belle sobriété. Moins identifiable sous nos latitudes, à l'exception peut-être de Stephen Rea, le casting complémentaire joue correctement - sur la photo, Marcella Plunkett accompagne Garrett Lombard au centre et Trystan Gravelle à droite. J'aime apercevoir de nouvelles têtes ! Il faut ajouter encore que j'ai apprécié une autre idée de départ du film: faire financer l'église attendue... par la mise en place d'une salle de cinéma ! À vous désormais de voir, si le coeur vous en dit, cette balade irlandaise...

Stella days
Film irlandais de Thaddeus O'Sullivan (2012)

Coproduit par Arte, le long-métrage a été diffusé sur la chaîne un soir de l'été dernier. Il n'est jamais sorti dans les salles françaises. Dommage ! Il n'invente rien, mais lui offrir un petit créneau d'exploitation ne lui aurait sans doute pas fait de mal. Il y a beaucoup plus de cinéma dans d'autres productions, c'est vrai, mais on reste dans la lignée scénaristique d'un Ken Loach ou d'un The full monty...

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Je ne suis pas le seul à regarder les petits films Arte !

Aelezig le fait aussi: à vérifier sur "Mon cinéma, jour après jour".