vendredi 30 juin 2023

Alger, année zéro

Un ami à moi jugeait le titre "pas très inspirant". Non ? Il se trouve que je pense exactement le contraire ! Ce sont bien ces trois mots qui m'ont d'abord attiré vers le désormais fameux Omar la fraise. Derrière cela, évidemment, le duo Reda Kateb / Benoît Magimel titillait fortement mon imagination ! Et je suis donc allé voir le film...

Omar est un malfrat français condamné (en son absence) à vingt ans de prison. Pourquoi la fraise ? Le film nous livre trois explications différentes et entretient ainsi la légende du gangster charismatique. Malgré tout, quand le récit commence, l'intéressé est en cavale méditerranéenne et s'ennuie ferme à Alger, pourtant présentée comme la ville d'origine des siens, censée donc lui être "confortable". Roger, son fidèle homme de main, invite Omar à faire profil bas. Avec l'argent qu'il a encore, il peut très vite prendre les commandes d'une entreprise de fabrication de biscuits et se faire un peu oublier. Reste que la respectabilité, ce n'est pas très excitant, au final. Surtout lorsque l'on constate qu'il y a d'autres gros poissons voleurs qui ont échappé aux filets dans le bocal dans lequel on a plongé. Partant de ce postulat, Omar la fraise est d'abord... une comédie ! Assez sanglante parfois, mais drôle, parce que décalée des standards.

Il serait toutefois dommage d'en rester à cette seule dimension. Grâce d'abord à un personnage féminin fort, le long-métrage s'enrichit d'autres thématiques. Il est aussi un portrait de la jeunesse algéroise et une évocation de ses difficultés sociales, relatives aux mutations d'un pays si proche de la France et pourtant (encore) si différent aujourd'hui - un sujet qui m'intéresse de plus en plus, pour tout dire. Retenez le nom de Meriem Amiar: cette actrice dont j'ignorais tout offre de son pays un visage nouveau, souriant, moderne et résolu. Omar la fraise est donc loin de n'être qu'un film de truands perdus dans un univers qui ne leur est pas familier. Et je tiens à souligner qu'il tient même du drame par certains aspects, malgré une fin ensoleillée. Certains comparent sa violence à celle d'un Tarantino. Graphiquement, cela se tient, mais je trouve cependant ici un sens souvent absent, à mes yeux, des oeuvres 100% geek dudit Quentin. Dès lors, la double nationalité du film lui va bien: oui, sa complexité joue en sa faveur. Inventif, ce cinéma-là est pour moi un vrai plaisir !

Omar la fraise
Film franco-algérien d'Élias Belkeddar (2023)

Quel kif ! J'en suis d'autant plus séduit que c'est aussi le premier film du réalisateur. J'ai surtout parlé du fond, mais la forme est très belle également ! Ce qui m'incite à défendre encore le travail des cinéastes algériens de notre époque, depuis Inland jusqu'à Houria, en passant par Le repenti ou L'Oranais (une liste non exhaustive, bien entendu). De mon côté, je voudrais bien découvrir aussi deux-trois classiques...

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En attendant d'y (re)venir...

Je vous encourage aussi vivement à aller lire la chronique de Pascale.

8 commentaires:

Pascale a dit…

Ah oui moi aussi j'ai été très attirée par ce titre qui cache bien l'aspect sombre du film parfois. Et violent aussi. Et drôle.
Mais c'est magnifiquement filmé, on sent la complicité entre les acteurs et la découverte/révélation est effectivement Meriem Amiar très à l'aise entre ces acteurs confirmés pour son premier rôle je crois. Et je ne sais que dire de sa beauté qui capture la lumière.

Benjamin a dit…

Le film ne m'inspirait pas tant, malgré la sympathie que je peux avoir pour les acteurs. Mais à te lire, j'ai eu probablement tort de manquer l'occase.

Martin a dit…

@ Pascale :

Je m'attendais à quelque chose de plus violent encore, puisque j'ai lu certaines comparaisons avec le cinéma de Tarantino. Bon...

Le film sublime Alger. J'ai de plus en plus envie de m'y rendre !

Martin a dit…

@ Benjamin :

Franchement, le duo Kateb / Magimel fonctionne très bien. Je n'aurais pas imaginé cette heureuse complémentarité.

tadloiducine a dit…

Vu avec dasola (non chroniqué).
Le personnage féminin est effectivement redoutable (ne se laisse pas marcher sur les pieds).
Je me demande si on aura droit à une suite ou même à une "préquelle"?
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola

Martin a dit…

Vous trouvez qu'un autre film s'impose ? Moi, je me contenterais bien de celui-là.
Pour tout dire, je serais cependant ravi de revoir Meriem Amiar dans un autre film.

Anonyme a dit…

Il vaut mieux oublier, pardonner et sourire,
Que de claquer la porte du bonheur. Comment voyons-nous les choses https://dpstream.onl/1256-without-remorse-2021.html au cinéma ?

Martin a dit…

Euh... je crois préférable d'éviter de cliquer sur ce lien.