mercredi 13 janvier 2021

Une de trop

Le saviez-vous ? Ce n'est que depuis 1969 que l'Italie laisse les couples mariés libres de demander la dissolution de leur union. Un vieux texte resté en vigueur jusqu'en 1981 minimisait en revanche les crimes d'honneur, commis par exemple par un mari trompé par sa femme ! Une double absurdité légale qui pouvait donner des idées à certains...

Sur écran, celles de Pietro Germi sont d'une drôlerie et d'une férocité tellement délectables que le cinéaste s'inscrit parmi les grands noms de la comédie transalpine (après des débuts plutôt néoréalistes). Divorce à l'italienne - que j'ai découvert peu avant Noël - m'a régalé. Marcello Mastrionanni y excelle littéralement dans le rôle d'un nobliau désargenté, soucieux d'éliminer son épouse et de séduire sa cousine. Après avoir envisagé diverses méthodes d'assassinat, notre homme se dit qu'il serait plus raisonnable de fournir à Madame l'amant idéal qui viendrait justifier son courroux et, du coup, le meurtre à venir. Toute ressemblance avec des personnes existantes... patati patata...

D'aucuns jugent que le film a eu une réelle influence sur le législateur italien, même si l'on dit aussi que la société elle-même était prête pour le changement. Je ne veux pas entrer ici dans des considérations politiques et me contenterai donc de souligner encore le grand plaisir que j'ai eu devant cette oeuvre audacieuse et résolument "moderne". Pour info, elle obtint à l'époque l'Oscar du meilleur scénario original ! Je tiens également à en évoquer la forme: le film est d'une beauté certaine, transcendée évidemment par un noir et blanc impeccable. C'est d'autant plus flagrant et donc agréable aujourd'hui qu'une copie restaurée est sortie courant mai 2019. L'anecdote la plus fameuse reste qu'à l'origine, le scénario n'était pas du tout censé faire rire. "Nous nous sommes alors aperçus qu’il n’était pas possible d’éviter que les éléments comiques ne prennent le dessus sur les éléments dramatiques, a indiqué Pietro Germi. Aussi nous vint-il l’idée d'un ton grotesque". Une décision qui s'avère particulièrement convaincante. Conseil du jour: ne passez pas à côté de ce petit bijou d'humour noir !

Divorce à l'italienne
Film italien de Pietro Germi (1961)

Je suis encore un débutant avec la comédie italienne, mais j'insiste pour dire que cet opus est un vrai bon cru. J'ajoute que Pietro Germi m'avait moins amusé avec Ces messieurs dames, co-Palme d'or 1966. Autant revoir d'autres perles d'ores et déjà chroniquées sur ce blog comme Le veuf (Risi), Larmes de joie (Monicelli) ou Il boom (Sica). Une liste très loin d'être exhaustive: vous pourriez donc la compléter !

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Si vous voulez en savoir plus...

Amateur du genre, Vincent a déjà parlé du film et de son auteur. Comme je l'imaginais, c'est bien sûr Eeguab le plus disert sur le sujet.

mardi 12 janvier 2021

La suspecte idéale

Certains films marquent leur époque. Basic instinct aura été le film le plus vu en France en 1992, avec au total un peu plus de 4,6 millions de tickets vendus. Ma seule curiosité m'a poussé à regarder ce thriller porté par une réputation sulfureuse. Je l'ai trouvé plutôt soft, moi ! Je ne crois pas que les moeurs aient tellement évolué en trente ans...

Résumons: au cours d'une torride partie de jambes en l'air, un rockeur quelque peu has been est sauvagement assassiné par sa partenaire. La police soupçonne alors Catherine Tramell, l'amante du musicien. Cette dernière n'arrange pas son cas: elle se montre très provocante lors de son interrogatoire, en déclarant qu'elle aimait surtout "baiser" avec le défunt et en étant très familière avec l'un des inspecteurs. Suspense au commissariat: le flic connaît-il la suspecte intimement ? Si ce n'est pas le cas, comment expliquer qu'elle en sache tant sur lui ? Troublé et bientôt mis à pied, l'intéressé va mener sa propre enquête en marge des investigations officielles - je vous épargne les détails. L'enjeu de Basic instinct ? Savoir si Nick Curran / Michael Douglas saura garder la tête froide face à cette accusée bien plus que sexy. Sharon Stone, très investie, lui fait indéniablement tourner la tête. Même si le côté érotique des choses est assez plan-plan à mon goût...

Vous noterez qu'en plus de la blonde piquante, notre bon ami le flic fréquente aussi une psychologue brune, qui lui est liée par un dossier ancien et probablement par quelques autres considérations triviales. Sa personnalité un peu borderline étant l'un des enjeux secondaires du scénario, on se laisse assez vite convaincre que Basic instinct pourrait nous entraîner vers un modèle d'intrigue à rebondissements insoupçonnés. Las ! Cet espoir fait long feu: nous n'avons affaire qu'à un film policier lambda, même si un rien plus sexy que la moyenne. Paul Verhoeven, le réalisateur, est un petit malin sûr de ses effets, qui sait certes brosser son fidèle public dans le sens du poil. Je peux tout à fait concevoir que pour certains, cet opus soit un film culte. D'ailleurs, il ne me semble pas que ses acteurs aient trouvé à y redire. Mes trois étoiles, elles, font bien sûr écho à la réalité de mon plaisir personnel. Oui, pour une soirée plateau-télé, ça peut encore passer...

Basic instinct
Film américain de Paul Verhoeven (1992)

Certains cinéphiles aiment beaucoup le réalisateur, mais ses oeuvres me laissent souvent un goût d'inachevé (malgré leur belle facture). C'est bel et bien le cas ici: des idées intéressantes, mais le scénario m'apparaît trop léger pour me convaincre vraiment. Pour davantage de frissons, d'autres films, plus anciens, me semblent à privilégier. Vous aimez les blondes mystérieuses ? Sueurs froides reste un must !

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Vous voulez prolonger le débat ?

Peut-être serez-vous sensibles aux arguments de "L'oeil sur l'écran".

lundi 11 janvier 2021

Face au fascisme

Connaîtriez-vous Miguel de Unamuno (1864-1936) ? Cet écrivain natif de Bilbao est vu comme l'un des auteurs espagnols les plus importants de son temps. Son hostilité à la monarchie lui valut quelques ennuis. Dans les années 30, quand la République était malmenée par la guerre civile, il crut Franco capable de rétablir l'ordre ! Avant de déchanter...

Sorti en France en février dernier, Lettre à Franco dresse le portrait de ce personnage relativement méconnu de notre côté des Pyrénées. Avoir quelques notions de base sur l'histoire de l'Espagne peut être d'une grande aide pour tout comprendre. J'ai toutefois saisi l'essentiel du propos, je crois, et ce sans avoir véritablement cette connaissance élémentaire. Belle reconstitution, le film est porté par des acteurs solides, au premier rang desquels je cite logiquement Karra Elejalde. D'une bonne dizaine d'années plus jeune que le rôle, le comédien livre une grosse prestation et donne le change sans difficulté apparente. Avec lui, c'est toute la distribution qui se montre convaincante. Bien !

Il ne me paraît pas inutile de souligner que vous n'aurez pas affaire ici à un film d'action. Même s'il s'ouvre avec un terrifiant coup de force militaire, le récit se déroule la plupart du temps sans violence visible. Cela ne veut surtout pas dire qu'il embellit la réalité de la dictature émergente: au contraire, c'est bien parce qu'on s'en prend à ses amis proches que Unamuno va finir par faire volte-face et dire tout le mal qu'il pense alors de l'idéologie des nouveaux maîtres de l'Espagne. Naturellement édifiante à l'époque, il me semble que cette leçon d'histoire vaut toujours pour aujourd'hui. Si un jeune garçon est mis en avant par le scénario, c'est sûrement aussi parce qu'il est question de valeurs à transmettre (ou, au moins, à rappeler à toutes et tous). Ni sentencieux ni moralisateur, ce long-métrage le fait avec à-propos.

Lettre à Franco
Film espagnol d'Alejandro Amenàbar (2019)

Sobre et pertinent, cet opus mérite le détour si vous aimez revenir sur des faits historiques aux côtés de protagonistes un peu oubliés. Une adaptation aussi récente de Pour qui sonne le glas, le livre d'Ernest Hemingway publié en 1940 et transposé au cinéma trois ans plus tard, n'aurait sans doute pas la même tonalité. Pour la guerre d'Espagne sur grand écran, je conseillerais plutôt Land and freedom !

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Si vous voulez lire un autre avis...

Vous pourrez en consulter un (double !) du côté de "L'oeil sur l'écran".

dimanche 10 janvier 2021

Six infos sur Dario

Il se pourrait que, d'ici la fin de l'hiver, je vous parle d'un autre film de Dario Argento. Pour l'heure, j'ai pensé qu'il serait bien de revenir sur son parcours avant de passer à autre chose. Le maître a eu 80 ans le 7 septembre dernier: voici, donc, quelques anecdotes à son sujet...

1/ Un amoureux de la France ?

C'est ma foi possible: adolescent, avec la bénédiction de ses parents eux-mêmes très actifs dans le septième art et la photo, Dario a quitté son lycée italien et s'est installé à Paris, où il a vécu d'expédients. Apparemment, à l'occasion, il a beaucoup fréquenté la Cinémathèque française. Là où une rétrospective lui fut d'ailleurs consacrée en 1999.

2/ Du vrai cinéma "familial"...
Cela ne saute pas aux yeux, mais ce très cher Argento aime travailler avec ses proches. Sa cadette, Asia, apparaît ainsi dans la distribution de cinq de ses films. Dans Phenomena, il avait confié un rôle décisif à Daria Nicolodi, sa compagne à l'époque, et osé "tuer" leur fille Fiore dès la première scène du film ! Et qu'est-ce qu'on dit ? Grazie, papa...

3/ Un parrain prénommé Sergio...
Sur le CV de Dario, les premières lignes ne sont pas les moins nobles. En 1968, même pas trentenaire, le futur cinéaste bossait sur l'écriture scénaristique d'un immense classique : Il était une fois dans l'Ouest. L'histoire retient que Sergio Leone, réalisateur, avait su s'entourer d'un autre talent en devenir: Bernardo Bertolucci. Du très beau linge !

4/ Les tourments du sommeil...
Il n'y a pas que ses personnages qui souffrent de somnambulisme. Argento himself est sujet à ce trouble et a même failli... en mourir ! C'était en 1976. Il vivait dans un hôtel de Rome: "La porte-fenêtre m'appelait comme les sirènes avaient dû attirer Ulysse", a-t-il révélé. Résultat: il dut faire déplacer les meubles et se barricader. Flippant...

5/ Vous avez dit Hitchcock ?

Le parallèle est certes contestable, mais Argento est souvent comparé au grand Alfred. Il me semble avoir vu passer un éloge du Britannique sur le talent de son confrère, mais je ne parviens pas à le retrouver. L'Italien, lui, a cité L'inconnu du Nord Express, Fenêtre sur cour, L'homme qui en savait trop et Psychose en p-références. Je dis oui !

6/ Et l'histoire continue...
Je n'ai pas énormément d'informations sur le sujet, mais il semble qu'un film de Dario Argento soit prévu - dans les salles ? - le 20 mars prochain. Occhiali neri (ou Lunettes noires, si je traduis mot à mot) devrait avoir pour héroïne une jeune aveugle lancée à la poursuite d'un meurtrier. Le tout, paraît-il, sur une bande son signée Daft Punk.

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Il y a sûrement mille autres choses à dire...

C'est à vous: je vous invite à compléter cette liste en commentaires.

samedi 9 janvier 2021

Peurs d'altitude

Bon... je n'ai pas attendu pour voir un autre film de Dario Argento. Cette fois, j'ai choisi d'avancer dans le temps et je me suis alors dit que ce serait bien de regarder Phenomena. Le seul hasard a voulu que je "tombe" dessus le jour des cinquante ans de Jennifer Connelly ! Pour la sortie du film, quasi-débutante, elle n'en avait que quatorze...

Fichtre ! Il fallait quand même qu'elle ait le coeur très bien accroché pour accepter un rôle pareil. Jennifer joue... Jennifer, fille unique d'un célèbre acteur américain, confiée aux bons soins d'une école privée dans les Alpes suisses. Le problème, c'est qu'un tueur en série rode dans les parages et s'en est déjà pris à plusieurs adolescentes. Par ailleurs, la nouvelle venue souffre de somnambulisme et s'expose au danger pendant son sommeil, sans donc jamais s'en apercevoir. Sur cette trame policière, le (drôle de) scénario de Phenomena ajoute une bonne dose de fantastique, la jeune héroïne étant douée pour communiquer par télépathie... avec toutes sortes d'insectes ! C'est ainsi qu'elle finit par se lier d'amitié avec un entomologiste soucieux de découvrir l'identité du meurtrier qui terrorise la région...

Je vous l'avoue tout net: il m'a fallu du temps pour vraiment entrer dans ce récit abracadabrantesque. Phenomena est un véritable film d'ambiance, l'environnement montagnard comptant pour beaucoup dans l'atmosphère angoissante que nous sommes invités à ressentir. Parmi les choses que j'ai appréciées, il y a ce vent presque constant des scènes extérieures, dont le souffle est peut-être celui d'un démon caché. Dans un dialogue, un personnage dit d'ailleurs qu'il rend fou ! Surprise: le long-métrage est aussi parcouru de musique hard rock. Certains fans ont jugé qu'en illustrant son propos avec le gros son d'Iron Maiden ou Motörhead, Dario Argento avait osé trahir le pacte noué avec Goblin, le groupe de Claudio Simonetti, son partenaire historique. Cela a parfois pu me dérouter, sans toutefois me déplaire. Cela dit, attention: si vos oreilles tiennent le coup, vos yeux risquent d'être soumis à rude épreuve, le film n'étant pas avare de séquences cauchemardesques et/ou ultra-sanglantes. Âmes sensibles, s'abstenir. Les autres pourraient le vénérer en mètre-étalon du genre horrifique !

Phenomena
Film italien de Dario Argento (1985)

Soyons clairs: cet opus ne s'adresse vraiment pas à tout le monde. Dans son genre, il peut cependant faire référence, dans le droit fil d'un Suspiria... dont je ne suis toujours pas complètement remis. Relire mes notes m'a permis de me rappeler que le somnambulisme sévissait aussi dans Les bonnes manières, bon film encore récent. Pour Jennifer Connelly, vous pouvez aussi jeter un oeil à Dark water !

vendredi 8 janvier 2021

À couteaux tirés

J'avais depuis un bon moment l'envie de renouer avec Dario Argento. Après une première expérience marquante, j'ai choisi de me pencher sur les débuts de l'Italien comme réalisateur, avec un grand classique au titre énigmatique et somptueux: L'oiseau au plumage de cristal. C'est ce film, paraît-il, qui a donné ses lettres de noblesse au giallo...

Vous connaissez ? Non ? D'abord inventé par Mario Bava, le giallo combine généralement intrigue policière, scènes d'horreur et érotisme diffus. L'idée est souvent de mettre en scène de jolies filles ciblées par un tueur sadique qui opère à l'arme blanche. Le héros de L'oiseau au plumage de cristal, Sam Dalmas, écrivain américain, vit à Rome. Une nuit, tandis qu'il rentre chez lui, il passe devant une galerie d'art. À l'intérieur, une lutte oppose la propriétaire des lieux et un inconnu vêtu de noir. Ce dernier s'éclipse avant que Sam ait pu s'interposer ! La femme agressée est finalement secourue à l'arrivée de la police. Ambiance tendue: un serial killer a déjà fait trois autres victimes. Sam, qui pense avoir entraperçu un détail troublant, fait donc l'objet d'un long interrogatoire et se décide à mener sa propre enquête. Autant vous le dire tout de suite: si vous avez besoin d'un scénario vraisemblable pour considérer un film, celui-là devrait vous déplaire. C'est en l'abordant comme un pur produit de son époque et du cinéma de genre que j'ai pris du plaisir à le regarder. Un plaisir... particulier !

Un simple constat: même si j'ai été content de revoir Tony Musante dans le rôle principal, ce n'est pas grâce à ses acteurs que le film sort du lot. Le reste du cast, entre figurants, beautés fatales et trognes patibulaires, ne me suffit pas davantage à expliquer le grand succès rencontré par cette production, ni son (actuel) statut d'oeuvre-culte. C'est du point de vue formel qu'il faut chercher de véritables raisons d'apprécier cet opus: derrière la caméra, Dario Argento est inspiré. C'est vrai qu'il est bien aidé par son directeur photo, Vittorio Storaro. Les images sont très évocatrices, les plans frappants et mémorables. Ce n'est pas tout: dans son équipe, le maître de l'angoisse en devenir compte un énième allié de choix en la personne d'Ennio Morricone. Parler intelligemment de la B.O. de L'oiseau au plumage de cristal relève pour moi de la gageure, mes connaissances et références musicales me paraissant par trop limitées. Reste que la composition "fonctionne" parfaitement, colle au récit et y ajoute un supplément d'étrangeté. C'est sans doute encore plus net dans une salle obscure...
 
L'oiseau au plumage de cristal
Film italien de Dario Argento (1970)

J'insiste sur un point: je pensais voir couler le sang, mais il est clair que le film s'est avéré moins gore que je n'avais pu le présupposer. Cela lui vaut une quatrième étoile pleine et vient renforcer mon envie de pousser plus loin ma découverte des oeuvres de Dario Argento. J'avais déjà chroniqué Suspiria ! On peut aussi citer Brian DePalma pour comparaison: cf. Carrie (1976) ou Blow out (1981), notamment.

mercredi 6 janvier 2021

2021, épisode 1

Me revoilà ! Comme prévu et annoncé, je relance Mille et une bobines aujourd'hui, non sans vous souhaiter à toutes et tous une belle année. Difficile d'imaginer qu'elle puisse être pire que 2020 pour le cinéma ! Cela dit, par prudence ou superstition, je préfère ne pas m'emballer. Dans un premier temps, je m'en tiendrai au programme déjà envisagé avant ma pause: je vais chroniquer les derniers films que j'ai pu voir fin décembre et enchaînerai avec un retour sur les tops du millésime. Je vise une mise à jour quotidienne pour (re)commencer... à partir de vendredi midi. Autre bonne résolution: faire un tour sur mes blogs préférés, histoire de me mettre dans le rythme. It's showtime, folks !

dimanche 20 décembre 2020

Le fil interrompu

Cette fois, ça y est: on arrive au bout de cette drôle d'année 2020. L'heure est venue de vous annoncer ma traditionnelle pause hivernale et de vous donner un rendez-vous autour du 6 janvier pour la suite. Mon programme de reprise sera très classique, avec des chroniques sur les derniers films découverts ce mois-ci et les tops récapitulatifs du millésime bientôt écoulé (en trois parties, comme l'an passé). Privé de salles obscures pendant cette trêve, j'espère que le Père Noël daignera sortir de la sienne pour nous faire oublier le coronavirus. Avant de le vérifier, je vous souhaite à toutes et tous de belles fêtes. Promis, on reparle de cinéma dans trois petites semaines. À bientôt !

samedi 19 décembre 2020

Blouses blanches

Je me suis dit que ce serait bien de reparler des personnels soignants. C'est la raison qui explique que j'ai voulu voir Hippocrate et le chroniquer avant la fin de cette année ô combien particulière. Réalisé par un ancien médecin, ce film de fiction suit les premiers pas d'un interne dans une structure hospitalière publique. Un beau sujet...

Thomas Lilti admet que son film est très largement autobiographique. Pour l'anecdote, il a d'ailleurs souligné que le personnage principal portait son deuxième prénom. Il voulait également rendre une forme d'hommage à ses douze années passées à apprendre la médecine. Avec un certain souci de réalisme, à l'opposé des images véhiculées par les séries télé: "Je me suis donc replongé dans mes souvenirs pour retrouver les sensations formelles de ce que j'avais connu" (sic). Hippocrate est presque un huis-clos: les occasions de quitter l'hôpital sont rares, comme elles le sont, j'imagine, dans la réalité des choses. Le film n'est jamais ni larmoyant, ni étouffant. Et je le juge crédible !

Les acteurs le sont aussi et j'ai été content d'en revoir quelques-uns que j'aime bien: Reda Kateb, Jacques Gamblin et Vincent Lacoste. Hormis celui de Marianne Denicourt, il m'a semblé que les rôles féminins étaient un peu plus en retrait: c'est d'autant plus dommage que les hommes ne me semblent pas majoritaires à l'hôpital public. Qu'importe, au fond: l'intérêt du film est ailleurs. J'ai envie de dire qu'il réside essentiellement dans la description fine du caractère social de la profession de soignant - et tout autant dans l'intelligence avec laquelle il expose la nécessaire solidarité entre les équipes. Hippocrate n'est pas une hagiographie du corps médical: s'il évoque le peu de moyens dont les professionnels disposent, il montre aussi combien ils s'opposent parfois en matière de stratégie thérapeutique. C'est pertinent, oui, même si ce n'est pas forcément aussi touchant que j'avais pu l'espérer. D'où, au final, ma note restée un peu basse...

Hippocrate
Film français de Thomas Lilti (2014)

Une réussite, même si j'avais espéré pouvoir ajouter une demi-étoile. Les longs-métrages entièrement consacrés à l'hôpital semblent rares ! J'ai entendu parler de L'ordre des médecins, avec Jérémie Renier. Tout cela paraît franchement très sérieux, les ami(e)s ! Vous aurez peut-être envie d'aborder la question autrement ? Je vous dirais alors que La clinique de l'amour pourrait vous y aider. Pour rire, un peu...

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Une précision s'impose...

J'ai parlé de Thomas Lilti comme d'un ancien médecin: j'ai en fait lu qu'il n'exerçait plus depuis 2013. En mars, il bossait sur la saison 2 d'une série tirée d'Hippocrate quand le Covid-19 l'a obligé à arrêter de tourner. Résultat: il a remis sa blouse pour travailler aux urgences de l'hôpital qui lui servait de décor. Je vous applaudis, Monsieur Lilti !

Et pour en revenir au film...

Vous pourriez à présent vous tourner vers l'avis - mitigé - de Pascale. Je m'étais trompé en pensant qu'elle ne serait pas la seule à en parler.

vendredi 18 décembre 2020

Derrière la plume

Mon héroïne d'aujourd'hui est presque l'opposée de celle d'hier. Anglaise, vivant au 19ème siècle - de 1797 à 1851 - et d'une nature indépendante, Mary Wollstonecraft Godwin s'est jadis fait connaître pour ses talents d'auteure et son roman le plus célèbre: Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818). Cela méritait sans doute un biopic !

Si je m'y suis plongé, c'est tout d'abord pour retrouver l'actrice principale, Elle Fanning, que j'aime beaucoup, et aussi la réalisatrice de ce que j'imagine être un film de commande, Haifaa Al-Mansour. D'après ce que j'ai lu ensuite, elle a tenu à réécrire tout le scénario ! Le portrait proposé dans Mary Shelley n'est pas exactement celui d'une femme moderne, mais c'est à tout le moins celui d'une femme libre. Bien que très jeune encore, l'intéressée entretient une relation scandaleuse avec un homme marié, Percy Shelley, certes assez habile pour amadouer le père de sa compagne, mais fort peu sympathique au demeurant. Autant le dire sans attendre: le sujet n'est pas léger...

Moi qui aime tant les récits en costumes, j'ai trouvé le film empesé. De gros moyens semblent avoir été investis dans la reconstitution d'époque, mais, sans que je sache quoi, quelque chose paraît faux. C'est peut-être bien le caractère même des personnages qui déteint sur le décorum: lorsque Mary remet en question ses choix de vie adolescents pour tenter d'être heureuse, on se rend vite compte qu'autour d'elle, il n'y a pas que des gens désintéressés et généreux. Je m'étais imaginé que je serai fort intéressé, mais sans que je parle d'un mauvais film, j'admets que je me suis senti assez indifférent. Dommage: quand la jeune femme est enfin reconnue à sa juste valeur dans cette société d'hommes, on mesure bien toute son importance. Elle pourrait me conduire à la rejoindre, un jour, au rayon littérature !

Mary Shelley
Film britannique de Haifaa Al-Mansour (2018)

Je n'ai pas détesté, mais je m'attendais sincèrement à quelque chose de plus vibrant. La cinéaste (saoudienne !) placée derrière la caméra m'avait bien davantage convaincu avec son premier opus: Wadjda. Elle Fanning, je la préfère dans 20th century women, un autre film féministe. Bon... j'exagère, c'est vrai, car le cadre n'est pas le même. Quitte à choisir, autant revoir Sibel, un coup de coeur encore récent !

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Si jamais vous vouliez un avis féminin...

Je peux désormais vous renvoyer à la chronique proposée par Pascale.