mercredi 5 septembre 2018

Une femme forte

J'ai déjà souligné, à plusieurs reprises je crois, combien le cinéma africain était rare sur nos écrans. Le film que j'évoquerai aujourd'hui est métissé, mais il se passe entièrement au Congo - je vous précise que le réalisateur est franco-sénégalais. Félicité a failli être retenu pour une soirée de mon association... et je l'ai découvert hors-saison.

En un peu plus de deux heures, ce long-métrage plutôt ambitieux compose un étonnant portrait de femme. Votre première surprise viendra peut-être du fait que cette femme vit seule avec son fils adolescent, grâce à l'argent qu'elle gagne la nuit, comme chanteuse dans un bar de Kinshasa. Les sommes qu'elle parvient ainsi à réunir lui offrent un certain confort matériel, mais elles sont insuffisantes quand Samo, l'adolescent précité, est victime d'un accident de moto. Félicité nous montre alors à quel point cette dramatique situation vient altérer le très fragile équilibre de vie de cette mère-courage. Sans cri ni pleur, l'actrice principale, Véro Tshanda Baya Mputu, montre un grand talent et, pour son tout premier rôle de cinéma, s'avère saisissante de vérité. Elle est de fait le premier atout du film. Mobile, la caméra ne la lâche pas et elle est dès lors de tous les plans. Je voudrais retenir aussi la belle prestation du jeune Gaétan Claudia !

La belle histoire de ce film tient également à ce que le réalisateur raconte de ses hésitations à confier le premier rôle à la comédienne qu'il a finalement choisie. "Pendant quatre ou cinq mois, j'ai essayé de la repousser, de me dire qu'elle trop jeune, trop jolie", a-t-il dit. Et d'ajouter ceci: "Dès que je regardais les essais, j'étais aimanté. Tshanda un peu fait un hold-up sur le film... et ça a été un cadeau. J'ai rarement eu en face de moi ce type de puissance". Le cinéaste souligne que, durant le casting, son actrice "n'a cessé de démontrer une envie, une détermination vitale et un grand sens du jeu". Franchement, à l'écran, cet engagement est pour ainsi dire palpable. Même si son rythme assez lent et ses quelques échappées poétiques pourraient vous dérouter, Félicité est un beau film, porté à la fois par une performance de choix, un scénario complexe et une photo remarquable. Pour l'anecdote, l'an passé, il est reparti de la Berlinale avec le Grand Prix du jury. Une récompense méritée pour une oeuvre tournée dans un contexte tendu. Le cinéma africain en a l'habitude...

Félicité
Film franco-sénégalais d'Alain Gomis (2017)
Pas totalement emballé, mais séduit malgré tout: je recommande volontiers ce long-métrage à celles et ceux d'entre vous que l'Afrique intéresse (ou fascine). Attention: le propos n'a ici rien de politique. Parmi les oeuvres comparables déjà citées sur ce blog, je crois pouvoir citer Un homme qui crie - Prix du jury à Cannes, en 2010. Autre tuyau: si Alain Gomis vous est inconnu, visitez son Andalucia ! 

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Et si un autre point de vue vous intéresse...

Vous devriez trouver votre bonheur sur le blog de mon amie Pascale

mardi 4 septembre 2018

Un autre futur

J'ai une question pour vous, lecteurs fidèles ou de passage: un type de film particulier a-t-il votre préférence les soirs de grosse fatigue ? Personnellement, il arrive parfois que je me repose les neurones devant un "spectacle" plutôt médiocre, mais que je veux croire rigolo. C'est ainsi qu'au petit bonheur la chance, j'ai parié sur Cherry 2000 !

Autre question: si je vous parle de Melanie Griffith, vous connaissez ? Vu qu'elle tourne toujours, c'est assez injustement que je vois l'actrice comme une poupée blonde des années 80. J'ajoute que, dans le film qui nous occupe aujourd'hui, elle a bel et bien les cheveux rouges ! Précision: l'action de Cherry 2000 est censée se passer en 2017. Melanie y interprète Edith E. Johnson, une espèce de Mad Max féminin, à qui un dénommé Sam Treadwell, joué par David Andrews, demande de l'aide pour traverser une zone du territoire américain occupée par un gang de fous furieux, dominé par un chef sanguinaire. Objectif (tenez-vous bien !): dénicher et récupérer un robot-femme. À vrai dire, Sam en possédait déjà un, mais il est tombé en panne après ce que ce qu'on pourrait appeler une soirée un peu trop humide.

Vous l'aurez compris: il ne sera pas facile de remplacer une androïde par une autre, et ce même avec le soutien d'une femme bien réelle. Proche du nanar, mais pas prétentieux, le film nous offre un méchant incroyablement kitsch. Au final, je me suis vite laissé prendre au jeu. Le tout est, je crois, de ne pas prendre cette histoire au sérieux. Improbable rejeton du cinéma de genre, Cherry 2000 trace son sillon sans se poser de question existentielle: le fait est que son côté cheap me l'a rendu sympathique. Après, c'est vrai que l'image des femmes n'en sort pas grandie: hormis l'héroïne, toutes celles qui passent devant la caméra sont des machines, des idiotes ou des créatures prêtes à monnayer leurs charmes... après avoir signé un contrat ! Vous me direz: avec un taux de chômage à 40%, on peut comprendre. Non ? Pas vous ? D'accord. Je plaide coupable: j'ai eu un moment d'égarement. Mais il est fort probable que ce ne sera pas le dernier...

Cherry 2000
Film américain de Steve De Jarnatt (1988)

J'ai fait une allusion à Mad Max, mais soyons clairs: le film d'aujourd'hui se place un bon cran en-dessous d'un point de vue qualitatif. Reste qu'il m'a permis un vrai bon moment de détente. Comment l'expliquer ? Je confirme qu'au fond, entre deux oeuvres "exigeantes", j'aime faire une pause avec ce genre de programme. Déjà présentés, Action Jackson ou Jack Burton valent le coup d'oeil !

lundi 3 septembre 2018

Histoire d'héritage

Hakuna matata ! La bonne nouvelle du jour, c'est que j'ai enfin eu l'occasion de voir Le roi lion. Alors qu'il approche gentiment du quart de siècle, ce grand classique Disney se fraye une place intéressante dans mon Panthéon animé. Le fond est classique, mais le savoir-faire du studio américain emporte le morceau ! Et je redeviens un gamin...

Le très noble Mufasa règne sans partage sur un vaste territoire. Monarque généreux, il occupe son temps à assurer la vie en harmonie de tous les animaux. Il s'efforce également de faire de son fils Simba un prince héritier respectable, prêt à s'inscrire dans la même logique quand son heure sera venue de s'installer sur le trône. Une éducation digne qui se heurte à la touchante immaturité du lionceau, mais aussi et surtout... aux ambitions malsaines de Scar, le propre frère du roi. Ce dernier trouve que la couronne lui irait mieux qu'à son neveu. Associé aux hyènes, il fomente un complot à son seul bénéfice. Maintenant, c'est à vous de découvrir la suite: si, de fait, Le roi lion ne réserve qu'assez peu de surprises, il reste un spectacle épatant pour les amateurs du genre. Le tout premier film d'animation entièrement réalisé en images de synthèse ne devait sortir qu'un an plus tard. Pour autant, rien à déplorer: ici, la technique est par-faite !

De quoi faire l'unanimité ? Pas sûr. Je suis convaincu que certain(e)s d'entre vous auront toujours un peu de mal avec le côté gnan-gnan d'une production Disney, a fortiori s'il est appuyé par les chansons ajoutées aux dialogues. Sauf erreur, en version française, Le roi lion en compte sept (six + un "bis" d'Elton John sur le générique de fin). On arrive même à douze une fois ajoutées les reprises et parodies. Que dire ? Pour moi, cela fait partie du truc: il me paraît très clair qu'un tel film s'adresse simultanément à des publics d'âges différents et que la musique peut aussi servir de fil conducteur aux plus jeunes. Notons au passage que ces derniers auront droit à leur lot d'émotions fortes: oui car, dans ce qu'il a de sombre, le récit est plutôt explicite. Cela n'a pas empêché un extraordinaire succès public: les 80 millions de dollars investis se transformèrent en près d'un milliard de recettes internationales ! Vous n'y aviez pas contribué ? Il n'est pas trop tard...

Le roi lion
Film américain de Roger Allers et Rob Minkoff (1994)

Une ombre au tableau: de nombreuses similitudes rapprochent le film du Roi Léo, un manga d'Osamu Tezuka, publié dans les années 50. Ambigu, Disney nia d'abord le plagiat, avant de présenter des excuses à la famille du mangaka, décédé en 1989. Bref... libre à vous d'éviter d'y penser, devant un triomphe inédit jusqu'à La reine des neiges. Dernière information: une version live est attendue pour juillet 2019 !

dimanche 2 septembre 2018

Au bout du fil

Curiosité et bienveillance: je vais m'en tenir à ce que je vous disais hier de ma façon d'accueillir les premiers films d'un auteur de cinéma. Pour être très honnête, je ne sais pas si je serais allé voir The guilty sans la proposition d'un ami, mais j'aime - aussi - suivre les envies des autres. Ce qui m'amène bel et bien à reparler de ce film danois...

L'anglais vous échappe ? The guilty, le titre, fait écho à la culpabilité. J'aime autant ne pas m'étendre sur la traduction exacte, dans l'idée d'éviter toute révélation sur l'intrigue: vous comprendrez sans doute en voyant le film, tout simplement. Je peux quand même vous dire que celui-ci consiste avant tout en un huis-clos tendu dans un centre d'appel de la police danoise. Par les dialogues, on comprend assez vite qu'Asger Holm, le personnage principal, n'a plus que quelques heures devant lui dans ce service, avant de rejoindre sa précédente unité. Sauf que ce flic a aussi de sérieux problèmes, ce qui lui complique singulièrement la tâche dès lors qu'il s'agit de décider d'un mode d'intervention adapté aux situations d'urgence qu'on lui expose. Finalement, c'est le rapt d'une femme qui va retenir son attention jusqu'à la fin de sa journée et même au-delà - je n'en dirai pas plus. L'idée de placer toute l'action loin du champ de la caméra est géniale !

C'est bel et bien par son traitement formel que The guilty témoigne d'une efficacité incontestable. En fait, à proprement parler, l'histoire d'enlèvement n'est pas d'une originalité folle, mais tout faire passer par le son plutôt que par l'image est une vraie bonne idée narrative. Évidemment, pour que cela fonctionne, il faut aussi pouvoir compter sur un bon opérateur caméra - c'est le cas ici - et, surtout, un acteur impliqué. Sur ce dernier point, je dois vous dire que Jakob Cedergren livre une prestation sans défaut, à la fois sobre et convaincante. Chaque voix, elle aussi, est irréprochable et cet harmonieux ensemble fait aisément monter la pression ! Je place toutefois un petit bémol sur cette impression favorable: j'ai compris deux choses importantes avant que le récit les confirme. Résultat: plutôt qu'au vrai suspense proposé, je me suis intéressé au reste... et aux invraisemblances. Rien de grave, mais ça m'a un peu fait sortir de cette bonne histoire. Question de sensibilité, sans doute, et voir le film avec le doublage français n'a pas non plus favorisé mon immersion. Un peu frustrant...

The guilty
Film danois de Gustav Möller (2018)

J'en reviens à l'idée de premier film: il y a assez de maîtrise formelle et de bonnes idées dans ce long-métrage pour donner envie de suivre le réalisateur dans ce qu'il pourrait venir nous proposer ensuite. Repéré au Festival du film policier de Beaune et honoré par le public de Sundance, cet opus aura eu des facilités pour passer les frontières. Mon thriller scandinave de référence ? Insomnia devance Millénium !

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Si vous hésitez encore...

Vous pourrez constater que Pascale et Dasola sont plus enthousiastes. Strum l'est aussi, d'ailleurs, et entre dans le détail pour s'en expliquer.

samedi 1 septembre 2018

Engrenage

Peut-être vous l'ai-je déjà signalé: je porte un intérêt tout particulier aux premiers films. Je les accueille avec curiosité et bienveillance. Deux cas de figure se présentent: 1) la découverte des grands débuts d'un(e) cinéaste que je connais déjà et 2) l'entrée dans l'univers d'un(e) artiste débutant(e). Toril pointe dans la seconde catégorie...

Je ne sais plus exactement ce qui m'a décidé à regarder ce film. J'avais un a priori favorable pour Vincent Rottiers, le jeune acteur principal, 32 ans depuis juin. Idem pour Bernard Blancan, 60 ans bientôt, qui joue ici son père. Les deux hommes nous embarquent cette fois dans une histoire paysanne, tournée en terre camarguaise. L'aîné est un agriculteur courageux, mais criblé de lourdes dettes. Lorsque sa situation bascule, Jean-Jacques commence par menacer ses créanciers et, se sachant acculé, fait une tentative de suicide. Philippe, le plus jeune de ses deux fils, s'efforce alors de l'aider. Problème: il le fait en violant la loi, pour devenir le premier complice d'un éleveur de taureaux, qui trafique du cannabis sous cette façade respectable. Est-ce que ça finit mal ou bien ? C'est à vous de voir. Toril délocalise intelligemment les codes du film mafieux et tient parfaitement la route au rayon thrillers. Je ne me suis pas ennuyé...

Si j'ai un reproche à lui faire, c'est peut-être d'être assez prévisible. L'engrenage annoncé par le titre de ma chronique est si bien huilé qu'en réalité, la mécanique ne sort jamais vraiment de sa trajectoire. D'aucuns pourront juger que cela témoigne d'une véritable maîtrise formelle, toujours louable quand celui ou celle qui tient la caméra démarre dans l'exercice (euh... après trois courts, tout de même). Pour ma part, cela gâche tout de même un peu le plaisir. Je veux rester sur une note positive, car j'ai trouvé l'ensemble du casting convaincant et tout à fait crédible. Il m'aura tout simplement manqué de l'ambigüité ou de la perversité pour que je sois vraiment captivé. J'ajoute cependant que Toril se distingue également par une photo soignée, qui fait presque du territoire un personnage à part entière. On comprend que le cadre s'empare d'un paysage familier pour l'auteur du film. Et on se dit qu'un jour, ce sera agréable d'y revenir avec lui...

Toril
Film français de Laurent Teyssier (2016)

J'ai lu par ailleurs un avis selon lequel le scénario reste à la croisée des chemins, sans oser s'orienter vers le drame social que le film aurait pu être. Cette grille de lecture m'apparaît assez pertinente. Cela dit, il reste une oeuvre très correcte et sans doute assez proche des intentions du réalisateur. La ruralité a de fait plusieurs visages cinéma: Petit paysan, Le démantèlement, Saint Amour, La vache...
 
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Si vous souhaitez y retourner sans attendre...
Pascale peut elle aussi vous servir de guide sur la terre de Camargue.

vendredi 31 août 2018

La route incertaine

Avez-vous déjà entendu parler de The strange ones ? Sous ce titre original (traduit, en France, par Deux inconnus), un court-métrage s'était, en 2011, taillé une petite réputation dans le relatif anonymat des festivals. L'an passé, l'argument a été repris dans un film long ! J'ai pu le voir au cinéma, un peu avant ma récente coupure estivale...

Quelque part au beau milieu de l'Amérique profonde, Nick et Sam parcourent des kilomètres en voiture. Le premier a une trentaine d'années, le second n'est qu'un adolescent. Si quelqu'un parle avec eux de leur périple, les deux garçons expliquent qu'ils s'en vont camper entre frangins. Pourtant, nous, spectateurs, pressentons que la vérité n'est pas forcément si simple. Les premiers plans nous le suggèrent et, renforcés par le titre, ils nimbent tout de suite le film d'une aura de mystère, qui disparait petit à petit... et jamais complètement. Oui, The strange ones pose une énigme, sans la résoudre vraiment. Aussitôt après la séance, un court dialogue avec une autre personne dans la salle m'a permis d'exposer ce que j'en avais compris: le fait est pourtant qu'une heure plus tard, j'avais (presque) changé d'avis...

Ces interprétations multiples font tout le sel de The strange ones. Formellement, le film est impeccable, dans des lieux que l'on a pu voir dans d'autres films, familiers donc, mais pas réellement identifiés. Finalement, c'est comme si les personnages évoluaient dans le décor d'un conte: il y a une maison qui brûle, un restaurant posé sur le bord de la route, un motel sans client, une cabane en forêt, une grotte obscure, un terrain d'exploitation agricole et sa grange... des lieux symboliques que l'on visite tour à tour, sans trop savoir où s'arrêter. Les acteurs, eux, captent l'essentiel de notre attention: Alex Pettyfer m'a laissé imaginer mille choses, ce qui est d'autant plus remarquable avec peu de dialogues, mais la vraie révélation du film reste pour moi le jeune James Freedson-Jackson, excellent, qui m'a semblé surpasser son aîné en intensité... et en ambigüité ! Sur ce point, j'ai constaté que le film ne faisait pas l'unanimité, d'aucuns lui reprochant un côté artificiel ou, à l'inverse, trop léché. Je réfute les deux qualificatifs. Face à un ton aussi original, je n'ai pas envie de faire la fine bouche !

The strange ones
Film américain de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein (2017)

La nuit. En pleine nature. Une voiture, les phares allumés. Un homme au volant et un gosse sur la banquette arrière. Le tout premier plan m'a rappelé celui de Midnight special, mais la suite n'a rien à voir. Reste un film que j'ai donc aimé, parce qu'il nous fait bien gamberger et ne dévoile ses secrets qu'au compte-gouttes (et partiellement). Dans un tout autre style, c'est également la force de... Paris, Texas

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C'est avec plaisir que j'ajoute un lien à cette chronique...

Merci à Pascale: séduite par le film, elle m'a permis de le découvrir.

jeudi 30 août 2018

Ubu flic

Je me souviens parfaitement de ma satisfaction le jour où j'ai appris que Benoît Poelvoorde allait tourner un film avec Quentin Dupieux. J'imaginais qu'avec son humour toujours un peu limite, l'acteur belge serait comme un poisson dans l'eau dans l'univers du plus foldingue des réalisateurs français. Las ! J'avoue: Au poste ! m'a un peu déçu...

Presque toute l'histoire se déroule dans un commissariat de police. Apparemment, cela fait déjà plusieurs heures qu'un flic du genre zélé interroge un type, après que ce dernier a trouvé un cadavre au pied de son immeuble. Que s'est-il passé ? Vous en saurez plus à la fin. Autant vous le dire tout net: ça n'a strictement aucune importance. Fidèle à ses habitudes, l'homme derrière la caméra part dans un délire et nous offre du coup une longue série de scènes absurdo-loufoques. Est-ce parce que le décor ne change guère ? J'ai trouvé ça plan-plan. J'ai souri parfois, c'est vrai, mais j'ai aussi ressenti de la frustration. Parce que je m'attendais vraiment à quelque chose de plus "secoué"...

Je me suis raccroché aux acteurs. Benoît Poelvoorde est à son aise. Grégoire Ludig, à la fois témoin et premier suspect, pas mal du tout. Sous une improbable perruque à bouclettes blondes, Anaïs Demoustier fait quelques apparitions inutiles et drolatiques ("C'est pour ça..."). Derrière, on retrouve une galerie de personnages secondaires au look très "dupieuxien": un flic à oeil unique (Marc Fraize), un post-ado suicidaire jouant à la Game Boy (Orelsan), des gardiens de la paix plus ou moins futés (Philippe Duquesne, Jacky Lambert...), un agent d'entretien malade d'Alzheimer (Vincent Grass)... et quelques autres parmi lesquels, dès les premières images, un chef d'orchestre en slip. Au poste ! ne dure même pas une heure et quart, un temps suffisant pour proposer deux rebondissements impromptus en fin de métrage et une courte séquence post-générique. Et après tout, pourquoi pas ? Ce n'est pas parce que j'ai peu accroché que je déconseillerais le film.

Au poste !
Film français de Quentin Dupieux (2018)

Une dernière précision: mon ami Philippe, avec qui j'ai fait séance commune, a été assez séduit par le film. Ayant désormais vu trois des sept longs-métrages de Quentin Dupieux, je peux juste vous dire que j'ai préféré les deux autres (Rubber et Wrong). Je reste curieux de ceux que je n'ai pas encore découverts, mais sans courir après. Plonger dans la folie, d'accord... mais à petites doses: pas d'urgence !

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Et à présent, la parole est la défense...

Le constat va s'imposer: Pascale est bien plus enthousiaste que moi. Je vous laisse également consulter les avis de Dasola et Princécranoir. Arrivé, lui, un peu plus tard, celui de Benjamin en dévoile davantage.

mercredi 29 août 2018

Mal embarquée ?

Comme son nom l'indique, Fidelio - L'odyssée d'Alice nous propose de nous intéresser à un personnage féminin. Ledit personnage travaille dans un univers majoritairement masculin: celui de la marine marchande. La belle Alice est mécanicienne en second sur un cargo. Au début du film, elle quitte son copain pour une mission d'un mois...

Cette "inversion des rôles" est en fait l'occasion pour la réalisatrice d'éprouver la fidélité amoureuse de son héroïne, qui monte à bord d'un navire dont le commandant n'est autre que l'un de ses ex ! D'abord déterminée à ne pas commettre d'impair, la jeune femme finit par craquer et, entre deux réparations, elle cède donc à l'appel du désir. Je vous arrête tout de suite si vous pensez que ce récit correspond à un regard d'homme: le scénario est signé de la cinéaste elle-même, laquelle s'est même entourée de deux autres femmes. Après avoir envisagé de tourner un documentaire, Lucie Borleteau explique en avoir écrit une toute première version depuis la cabine d'un porte-conteneur qui l'avait accueillie comme simple passagère pour traverser l'Atlantique. Fidelio... est donc bel et bien une fiction documentée, qui revendique tant son réalisme qu'une certaine part d'imaginaire. En mer, de véritables marins ont pris part au tournage ! Logique, dès lors, que le bateau apparaisse comme un personnage. Bien que muet, il est l'incontournable témoin de la vie de l'équipage...

C'est bien cette gigantesque machine qui, du coup, occupe une place centrale - et cruciale ! - sur presque toute la durée du long-métrage. Pour autant, je ne voudrais pas vous laisser croire que les acteurs n'arrivent qu'au second plan. Au contraire: ils sont tous très bons. Sans surprise compte tenu de ce qui est raconté, Ariane Labed attire le plus la lumière: en bleu de travail ou pas, elle livre une prestation d'une vraie intensité, en évitant habilement le piège de l'exhibition. Les hommes, eux aussi, s'en tirent avec les honneurs: Melvil Poupaud campe un fier capitaine, quand le Norvégien Anders Danielsen Lie témoigne en peu de mots (et quelques dessins) d'une vulnérabilité assez touchante. Cerise sur le gâteau: on croise également ici et là des visages connus, comme ceux de Vimala Pons et Laure Calamy. Ouverte, la fin du film nous laisse imaginer d'autres campagnes. Fidelio... ne respire pas la joie de vivre, mais c'est une oeuvre honnête, qui dévoile petit à petit un intéressant portrait de femme. Et ce n'est certes pas tous les jours que l'on peut voir cela au cinéma !

Fidelio - L'odyssée d'Alice
Film français de Lucie Borleteau (2014)
J'ai bien aimé ce film, son histoire et sa façon de montrer la mer. Dans un genre plus musclé, vous aimeriez peut-être revoir Hijacking ou Survivre. Assurément, 9 doigts, le tout dernier huis-clos maritime dont j'avais fait écho jusqu'alors, navigue, lui, sur d'autres eaux. Avoir le pied marin et la tête cinéphile, ce n'est pas évident. Moussaillons, si vous voulez me dire un cap à suivre, je vous écoute !

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Tiens ! Le film va me servir pour le Movie Challenge...
Je vais en effet pouvoir cocher la case n°31: "C'est un film sensuel".

Pour conclure, vous voudriez peut-être un avis féminin...
Pas de souci: Pascale est là pour vous faire part de son point de vue.

mardi 28 août 2018

La vérité du son

Un seul acteur peut TOUT changer ! Quand John Travolta fut retenu pour le premier rôle de Blow out, le budget de ce que Brian De Palma avait conçu comme un petit film passa de 5 à 18 millions de dollars ! Ce qui n'a pas empêché cet opus de connaître un échec commercial. Bientôt quarante ans ont passé: il mérite peut-être d'être réhabilité...

Jack Terry est ingénieur du son à Philadelphie. Sa mission principale consiste à fournir des bruitages crédibles à des productions cinéma fauchées. Une fameuse nuit où il se promène à la recherche de sons nouveaux, le jeune homme est témoin d'un accident: sous ses yeux médusés, le chauffeur d'une voiture perd le contrôle et la machine termine sa course folle dans un étang. Ni une ni deux, Jack plonge pour secourir les occupants de l'habitacle et, in extremis, parvient simplement à en extraire Sally, une jolie fille du même âge que lui. Quelques heures plus tard, on lui apprend qu'un homme politique américain, favori des sondages pour la Présidence, est resté coincé dans la bagnole. En route pour une bonne heure et demie de thriller ! Pas forcément très original sur le fond, Blow out demeure toutefois un long-métrage efficace, assez réussi par ailleurs sur le plan formel. Je suppose que les amateurs du genre pourront y voir... un classique !

Quant à moi, j'ai aimé sa façon de s'intéresser aussi aux personnages secondaires, dressant du coup un tableau peu reluisant de l'Amérique. Pour l'anecdote, il paraît d'ailleurs que c'est justement cette vision sombre de la réalité qui a dérouté le public et la critique de l'époque. Sous la double influence de Coppola et d'Antonioni, Brian De Palma traçait son propre sillon, n'hésitant pas du même coup à "maltraiter" sa propre femme, Nancy Allen, peu à l'aise avec certaines contraintes du premier rôle féminin. Pire pour certains, le réalisateur eut l'audace d'aller jusqu'au bout de la noirceur, nous réservant une conclusion inattendue et atypique, le tout au cours des cérémonies de la Fête nationale américaine. L'effet de contraste était bien sûr saisissant. Les partisans du clan Reagan ont dû avaler leur popcorn de travers ! Maintenant, je vous (r)assure: on a déjà vu des brûlots plus violents. Blow out n'est pas ce que j’appelle un film politique au sens propre. Son contexte n'est au fond qu'un élément de décor. Seule la tension compte. Et le fait est qu'elle réside d'abord dans l'intrigue principale...

Blow out
Film américain de Brian De Palma (1981)

Un autre petit détail amusant: il fut un temps envisagé de faire appel à Olivia Newton-John pour incarner le principal personnage féminin. John Travolta et elle auraient ainsi reconstitué le tandem de Grease ! Finalement, après ce semi-échec, De Palma parvint à se redresser sans délai, avec un film-culte: Scarface (et Al Pacino, cette fois). J'avoue un faible pour L'impasse - un autre de ses films de gangsters.

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Bien sûr, les avis sur le film peuvent diverger...

C'est dire l'intérêt pour vous d'aller lire aussi Strum, Benjamin et Lui !

lundi 27 août 2018

L'île mystérieuse

Une liste de noms d'abord: Donald Sutherland, Vanessa Redgrave, Richard Widmark, Christopher Lee, Lloyd Bridges... c'est bel et bien pour ce casting que je me suis tourné vers Le secret de la banquise. L'affiche me laissait espérer que j'allais découvrir l'un de ces films d'action vintage qui font mon bonheur. J'étais un poil trop confiant...

Un groupe de scientifiques internationaux est missionné par l'OTAN pour mener des recherches sur Bear Island, une terre norvégienne perdue au beau milieu de la mer de Barents, à 74° de latitude nord. Aux rigueurs du climat s'ajoute une ambiance franchement tendue entre certains chercheurs, en profond désaccord sur les conséquences réelles de la fonte des glaces. Avons-nous affaire à un thriller écolo ? Que nenni ! Plus que comme poste d'observation climatique, les lieux explorés le sont aussi parce qu'ils pourraient abriter une vieille base de sous-marins allemands, datant de la seconde guerre mondiale. Désormais, vous aurez compris le titre du film, mais j'en termine là avec mon résumé: Le secret de la banquise cache un autre mystère. Chaque personnage peut-il en trouver la clé ? Le film vous répondra...

Bon... il faut bien admettre que je vous parle aujourd'hui d'un plaisir coupable. Si j'apprécie ce genre de spectacle, c'est pour le "voyage". Le secret de la banquise a le mérite de bien exploiter les possibilités offertes par son cadre naturel, constitué de grands espaces enneigés. Hostile, cet environnement représente à lui seul une vraie menace pour les protagonistes et on comprend rapidement que leur sécurité est un concept très aléatoire en de tels lieux ! L'absence d'effets spéciaux numériques vient ajouter à cela une couche d'authenticité appréciable, même si les grands acteurs que j'ai évoqués ci-dessus n'apparaissent pas toujours aussi investis que le scénario l'exigerait. Certains trouveront cela insignifiant, sans doute, mais les amateurs du genre verront le verre à moitié plein et préféreront donc s'amuser du côté old school de l'entreprise. Vous l'aurez compris: je me range dans le deuxième camp. Mais personne n'est obligé de me rejoindre...

Le secret de la banquise
Film britannico-canadien de Don Sharp (1979)

Vite vu, vite oublié, mais vivement apprécié sur le moment: je répète sans hésitation que ce genre de petits films démodés me convient. Dans un cadre fort différent, mais avec grosso modo le même état d'esprit, j'avais aimé Les grands fonds (et son autre casting en or). Certains disent que c'est Steven Spielberg qui a fini par avoir la peau des productions de ce type. J'y ai pensé: c'est bien possible, en effet !

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Une petite précision...
En France, le film a d'abord été enregistré sous le titre L'île des ours le 10 octobre 1979. Il a finalement été diffusé sous son titre définitif à partir du 19 décembre de la même année. N'allez pas le confondre avec Le secret des banquises (2016), un film avec Guillaume Canet !