mercredi 5 mai 2010

Dans l'attente du bébé

Sacré Sam Mendes ! Pas franchement spécialiste de la filmographie du réalisateur américain, je crois pouvoir dire qu'en tournant Away we go l'année dernière, il a pris à contre-pied une partie du public. J'aurai l'occasion d'y revenir ultérieurement, mais il me semble bien que quelques-uns de ses longs-métrages étaient d'un cynisme glaçant. Là, c'est le contraire: l'oeuvre proposée est tout ce qu'il y a de plus tendre. Elle raconte l'histoire de Verona et Burt, un couple ordinaire qui attend un enfant. Nous sommes invités à les suivre, chez eux et sur la route. Les parents du jeune homme leur annonçant leur départ avant l'arrivée du nouveau né, les amoureux s'en trouvent un peu déboussolés et décident finalement de se mettre eux-mêmes en quête de l'endroit idéal où fonder une famille. Direction ailleurs...

Drôle ? Away we go l'est aussi, détaché de toute méchanceté gratuite. Il est facile de s'attacher aux deux jeunes adultes que sont Verona et Burt et je ne doute pas un seul instant que beaucoup d'entre vous se reconnaîtront en eux, peut-être pas tout le temps mais au moins à un moment ou à un autre du film. Sam Mendes offre également d'autres "modèles" d'identification, en fait une série d'autres personnes que le couple croisera sur son chemin. Galerie d'Américains lambda qui va du duo de hippies en guerre ouverte contre... la poussette aux pseudo-amis inquiétants, femme hystérique et mari parano, en passant par la famille composée à grands renforts d'adoptions successives et variées. Autant de miroirs plus ou moins déformants, repoussants ou au contraire attractifs.

Sur la forme, rien de révolutionnaire dans la technique Sam Mendes. Simplement une efficacité qu'on pourrait qualifier d'américaine. Cette petite heure et demie de cinéma, c'est d'abord la promesse (tenue) d'un chouette divertissement: on ne la voit pas passer ! Maintenant, je ne dirais pas que le film est trop court: de mon point de vue, il est parfaitement dosé. Au moment où démarre le déroulé du générique final, on se dit qu'on aurait volontiers passé un peu plus de temps avec Verona et Burt, ne serait-ce que pour voir comment, au final, ils s'en sortent dans leur nouvelle vie. Away we go s'arrête en fait juste avant de le montrer, comme si le réalisateur avait cherché à préserver l'intimité d'un vrai couple. Un ange passe alors. C'est aussi bien de quitter les tourtereaux sur le pas de leur porte. Sans faire de bruit et le sourire aux lèvres. C'est un vrai bonheur. Sentiment que Maya Rudolph et John Krasinski incarnent à merveille !

lundi 3 mai 2010

Bizarrerie hitchcockienne

Sept Alfred Hitchcock dans ma collection de DVD: le premier que j'ai tiré au sort s'appelle Mais qui a tué Harry ? Un film qui m'a surpris sans franchement m'emballer. De celui que les cinéphiles appellent souvent le maître du suspense, j'attendais à vrai dire autre chose. Non que ce long métrage de 1955 soit mauvais: c'est juste que je l'ai trouvé assez frustrant dans son principe. Le titre est trompeur. Effectivement, un dénommé Harry est retrouvé mort et, si on peut facilement imaginer qu'il a été liquidé, on ne sait évidemment pas par qui. Le truc, c'est que ce "détail" n'est finalement qu'anecdotique.

Le film est plutôt pour Hitch le prétexte à une galerie de portraits. Quelques exemples. Il y a d'abord l'enfant qui découvre le corps. L'ancien capitaine qui tombe dessus et trouve cette rencontre improbable pour le moins compromettante. La vieille fille qui, constatant l'infortune du pauvre bougre, l'aiderait bien si c'était possible. La mère du gosse, dont on apprend qu'elle connaît parfaitement la victime, qui se trouve en fait être... son époux disparu ! Et caetera. L'énigme proposée n'est pas celle du pourquoi du meurtre, ni même d'ailleurs du comment. Mais qui a tué Harry ? Tout le monde s'en moque. La question, ce serait: comment agir désormais pour faire comme si de rien n'était et avoir la paix ?

Même si la réponse est assez loufoque, supposant notamment nombre d'enterrements et de remises au jour pour le cadavre, je dois dire que ces improbables péripéties ne m'ont pas passionné. Allez ! J'admets qu'il m'est arrivé de sourire. Le problème, c'est que j'aurais largement préféré... frissonner. Je mettrai donc mon désintérêt (relatif) pour le film sur le compte d'un malentendu. Je suis sûr d'assouvir ma soif d'effroi avec les six autres Alfred Hitchcock encore en ma possession. Il me reste à dire ici que Mais qui a tué Harry ? mérite quand même le coup d'oeil pour ses images. La scène initiale où l'enfant repère le mort est juste tordante dans sa composition, comme vous pouvez l'apercevoir sur la première des deux photos illustrant cette chronique. Désolé pour les inconditionnels: le reste m'a semblé un peu trop étrange et m'a beaucoup moins captivé...

samedi 1 mai 2010

Une histoire, deux meufs

J'ai bien fait de suivre mon instinct. Voilà quelques dimanches, j'avais envie d'aller au cinéma, mais je projetais initialement de voir autre chose que Tout ce qui brille. Mon choix s'était d'ailleurs porté sur un autre film consacré à la banlieue, mais sans doute bien plus sérieux. Je ne l'ai toujours pas vu, mais me rattraperais peut-être prochainement: bien évidemment, j'en reparlerais le cas échéant. J'assume d'autant mieux d'avoir changé d'avis à la dernière minute que le long métrage pour lequel j'ai finalement opté est tout à fait séduisant. Mignonnettes, il est indéniable que les deux héroïnes (Lila / Leïla Bekhti et Ely / Géraldine Nakache) le sont aussi, de fait. Devant et derrière la caméra, la seconde gère efficacement ce cumul des mandats cinématographiques. J'imagine que son travail ne plaira pas à tout le monde, car il est très typé. Pour ma part, je l'ai trouvé très frais, très contemporain aussi. Certains pourront sans doute regretter un ton et une thématique assez "cliché": je n'en disconviens pas autrement que pour dire que, de mon point de vue, c'est bien là ce qui ancre le film dans un certain réalisme. Bien sûr, comme il est aussi pétri de bons sentiments, le discours social qu'il est susceptible de livrer est souterrain. Pour ma part, vous l'avez sûrement déjà compris: j'apprécie l'équilibre qui me semble avoir été trouvé.

Un mot sur l'histoire, tout de même. Les jolies Lila et Ely sont en fait deux copines ordinaires, la vingtaine, que les autres prennent régulièrement pour deux soeurs tant elles sont proches et complices. Les filles ont l'âge des grands emballements et des petites bêtises, du genre, depuis Puteaux, rejoindre Paris en taxi et partir en courant au moment de payer la note. Suffisamment habiles et en tout cas opiniâtres pour s'incruster dans une soirée chic et y trouver rapidement de nouvelles amies, en se faisant, ni une ni deux, passer pour de radieuses habitantes des beaux quartiers de Neuilly. Je l'ai suggéré: Tout ce qui brille est un film gentil. On pardonnerait presque tout à ces deux coquines, d'autant que, si elles sont un peu truqueuses, elles ne sont pas franchement méchantes et ont simplement tendance à profiter des opportunités. Tout n'est pourtant pas si simple. Le film créera une évolution, avec un personnage d'Ely rapidement beaucoup plus dur que celui de Lila. Les deux potes finiront même par se fâcher et ne plus se voir, brouille qui deviendra alors l'argument dramatique numéro 1 du long métrage. Là encore, dans la manière dont les choses changent et finissent par s'arranger, on pourra se dire que tout cela est un peu gros, trop gros en somme pour être vrai. Je ne le nierai pas. Je maintiens toutefois que le tout m'a fait plutôt sourire, ce qui n'est pas désagréable en salle obscure...

Retenez donc que Tout ce qui brille est un divertissement. Passez donc votre chemin si vous y cherchez un film social sur la banlieue, ses doutes et ses maux. Ils sont suggérés ici, mais ne constituent absolument pas la trame du scénario. C'est en fait le naturel du jeu des deux comédiennes principales qui emporte le morceau, je crois. Leur phrasé colle parfaitement à ce que l'on pensait entendre: un peu relou pour certains, il m'a paru à moi tout à fait juste et, contrairement à ce que j'avais pu craindre, pas si fatiguant que ça sur la durée. J'ajoute que le charme de l'ensemble doit aussi beaucoup aux décalages et à une kyrielle de seconds rôles savoureux, notamment celui de la troisième copine restée banlieusarde et fière de l'être, confié à Audrey Lamy - la soeur d'Alexandra alias Chouchou d'Un gars, une fille. Même s'il n'a pas grand-chose à jouer et tourne sous la direction de... sa femme, Manu Payet s'en sort bien, lui aussi, en petit copain abandonné. J'ai été un poil moins convaincu par Virginie Ledoyen et Linh-Dan Pham en Parisiennes bobo, mais sans doute parce que leur rôle n'est finalement qu'assez secondaire. D'une manière générale, sous son apparente légèreté, je trouve franchement que le film dit beaucoup de choses à qui veut l'entendre. On peut critiquer la forme: deux petites heures durant, la dynamique du fond m'a emporté "ailleurs". Tout ce que j'attends du cinéma.

jeudi 29 avril 2010

Monsieur Jean

Jean Rochefort, c'est pour moi un exemple, la classe à la française personnifiée. Antoine de Caunes a dit un jour qu'il aurait sacrifié énormément de choses pour être lui. Je n'irai pas jusque là, mais j'ai une admiration sans bornes pour ce vieux monsieur. Une info: j'ai appris ce matin en parcourant le Figaro qu'il pensait ne plus tourner qu'un seul film, pour jouer un sculpteur sous la direction de l'Espagnol Fernando Trueba. Et avant cela, combien de rôles a-t-il acceptés dans sa carrière ? En comptant cinéma, théâtre et télé, une centaine bien tassée, je suppose. Depuis 1999, millésime "toute fin de siècle" au cours duquel les professionnels de la profession leur attribuèrent enfin un César d'honneur, les plus belles moustaches du septième art français sont apparues dans 18 longs métrages ! Qui dit mieux ?

Rions un instant, voulez-vous ? "Quand je les enlève, j'ai l'impression de ne plus avoir de slip. En fait, j'ai un espace énorme entre le nez et la lèvre supérieure et je me trouve obscène sans elles". Joli, non ? C'est paraît-il l'aveu qu'en 1994, Jean Rochefort fit à un journaliste de France 3 qui voulait bien l'entendre. Analysées, ces deux phrases pourraient renfermer tout ce que j'aime chez lui: un juste mélange de sérieux dans l'expression et de fantaisie la plus totale et débridée quant au fond du propos. Parfois, c'est le contraire. En bon clown patenté, notre homme est capable de tout et, selon une recette n'appartenant qu'à lui-même, prouve que Pierre Desproges avait raison d'affirmer qu'on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui. En sens inverse et très digne pour le coup, le même amuseur public raconte ses souvenirs de la Libération et des femmes tondues. Un temps pour tout. Au fond, c'est peut-être ça aussi, la grandeur.

C'est que, contrairement à bon nombre de "petits jeunes" évidemment moins drôles que lui, Jean Rochefort n'est pas cynique. Vulgaire ? Méchant ? Non plus. Il aime à dire que nous avons tous, foncièrement, besoin des autres. Mercredi sortira sur les écrans cinéma son tout premier film... comme réalisateur. Un documentaire sans commentaires, une histoire autour du cheval. J'y reviendrai probablement car, même si le thème retenu ne me fascine pas nécessairement, j'ai bien l'intention de la découvrir quand même. Une façon (très imparfaite, j'en conviens) de rendre à nouveau hommage au talent de son auteur. L'année dernière, je suis allé l'applaudir sur scène, au Théâtre national de Nice: grand souvenir ! C'était encore mieux que j'aurais pu l'imaginer. Depuis, je rêve d'avoir d'autres occasions et, qui sait ? peut-être un jour de saisir celle d'une rencontre. Vous me direz que c'est pour les anniversaires que l'on formule des voeux. Je répondrai que je le sais pertinemment et que ça tombe bien: aujourd'hui, en effet, Jean Rochefort a 80 ans.

mercredi 28 avril 2010

Le roi de la forêt

Présentée comme un événement, une récente rétrospective des films de Hayao Miyazaki sur Arte m'a permis de découvrir Mon voisin Totoro. Sorti en 1988, ce long métrage d'animation est souvent désigné comme le chef d'oeuvre de son créateur, son personnage principal étant d'ailleurs repris en emblème du studio Ghibli qui l'a vu naître. Après, comme très souvent au cinéma quand le travail relève d'une certaine originalité formelle, c'est une question de conviction. En clair, pour apprécier ce genre, il faut parvenir à pénétrer l'univers ainsi proposé, pas si éloigné du nôtre, d'ailleurs, mais malgré tout foncièrement différent. Au début de l'aventure, cette fois-ci, un père et ses deux petites filles déménagent pour s'installer à la campagne. La maman, elle, soigne une sérieuse maladie lors d'un séjour hospitalier. Tout semble pour ainsi dire normal et même naturel lorsque l'une des gamines rencontre une vieille dame que la tribu adopte et baptise rapidement... Grand-mère. Une petite exploration du grenier, suivie d'une escapade dans le jardin, donne au scénario une tournure nettement plus onirique, avec la découverte successive des Noiraudes, petites boules de suie aux grands yeux, et de Totoro. Le voisin est une gigantesque créature poilue, volante et pacifique.

Et il ne surprend personne ! Présenté comme une sorte de divinité sylvestre, ce qui signe de fait le travail de Miyazaki, je l'ai d'abord perçu comme le rêve... de la plus jeune des deux héroïnes du film. Mais non ! Mon voisin Totoro existe bien, et au moins dans l'esprit des enfants, puisque la plus grande des deux soeurs le rencontre aussi. En somme, il s'occupe des plus jeunes comme le ferait notamment une baby-sitter au format XXL ! S'il ne parle pas la langue des humains, il les comprend toutefois parfaitement et devance généralement leur désir quand ils font face à une adversité quelconque. En ce sens, il est donc tout à fait rassurant et attire indéniablement une confiance immédiate chez ceux qui ont la chance de croiser sa route. Je lisais dernièrement une analyse du film soulignant qu'à aucun moment, le spectateur n'a à subir une violence quelconque, que ce soit en images ou dans le propos. Je le confirme ! La seule (petite) ombre vient de la mère des petites filles, mais, quand on la découvre dans sa chambre d'hôpital, l'intéressée paraît sereine et a le sourire. Comme si, dans le fond, rien ne pouvait jamais aller vraiment mal. Un discours doux et positif qui est aussi, dans une moindre mesure, la marque du réalisateur nippon.

On a le droit de trouver ça nunuche ! C'est à vrai dire un peu iconoclaste de le penser, mais ce ne serait pas tout à fait injustifiable. Wikipedia explique d'ailleurs que la comptine qui ouvre le film est aujourd'hui encore un classique... des écoles maternelles japonaises. De ce que je connais de l'oeuvre de Miyazaki, je crois pouvoir dire que Mon voisin Totoro s'adresse plutôt à un public jeune. Sauf erreur, le gentil personnage lui-même est issu d'un livre pour enfants. Pour autant, ce film pourrait très bien ne pas exister. Surprise: son scénario a été refusé (deux fois !) par les producteurs du pays du soleil levant, pas forcément plus conciliants que d'autres. Qu'il soit finalement parvenu jusqu'à nous est donc une chance aussi. Anecdote amusante: en français, c'est Mélanie Laurent qui double Satsuki, l'une des jeunes héroïnes de cette fiction étonnante. Notez que sept autres oeuvres du même cinéaste sont sorties depuis. Comme j'ai déjà eu l'opportunité de le dire ici, certaines se tournent vers une audience un peu plus adulte. Cécile, une collègue de boulot, me disait hier qu'elle avait vaguement entendu parler d'une huitième, mais je n'ai pas trouvé de confirmation particulière. Une chose semble avérée: alors qu'il aura 70 ans en janvier prochain, on n'a probablement pas fini d'entendre parler - en bien - du vieux senseï.

dimanche 25 avril 2010

Des enfants ingrats

Le cinéma, c'est très souvent l'occasion d'une escapade dans l'espace et le temps. Je vous emmène à présent dans le Japon des années 50. Il y a peu, ce Voyage à Tokyo, je l'ai aussi fait pour la première fois. Quelques mots sur l'intrigue: Shukishi Hirayama et sa femme Tomi sont deux sexagénaires nippons. Ils habitent une petite ville côtière avec leur fille cadette, Kyoko. Un jour, ils prennent le train, direction la capitale, pour rendre visite à leurs enfants, Shige et Koichi, ainsi qu'à leurs petits-enfants. Un autre de leurs fils, Shoji, n'est plus. Mort à la guerre, il laisse derrière lui une belle-fille, Noriko, chaleureuse avec le vieux couple. D'abord accueillante avec les aînés, la famille se trouve gênée aux entournures quand il faut les héberger quelques jours. Peu perceptible d'abord, un malaise s'instaure pourtant petit à petit, à mesure que l'hypocrisie des plus jeunes bascule et disparaît sous les coups de boutoir de leur égoïsme forcené. Lentement mais sûrement, M. et Mme Hirayama passent pour des gêneurs. La discrétion de leur mode de vie n'empêche pas qu'ils ne soient plus vraiment les bienvenus chez leurs enfants. Comme si elle cohabitait avec deux inconnus, la jeune génération s'essouffle vite et en vient à chasser l'ancienne. Ce qui ne sera pas sans conséquences, notamment sur la santé de la grand-mère...

Voyage à Tokyo est sans doute le plus vieux film japonais qu'il m'ait été donné de voir - au moins pour le moment. De fait, j'ignorais tout de Yasujiro Ozu, le cinéaste qui le réalisa en 1953. Il n'est pas évident d'entrer dans cette histoire, aux enjeux finalement simples par rapport à ceux du cinéma d'aujourd'hui et d'une culture objectivement bien différente de la nôtre. Même si elle ajoute beaucoup à l'authenticité, la version originale japonaise achève également de faire du long métrage une oeuvre exigeante, difficile d'accès et, parfois, un peu hermétique dans son formalisme classique. Toutefois, je ne regrette pas les presque deux heures devant mon téléviseur. Le plus difficile consiste peut-être à trouver le bon créneau horaire pour visionner ce type de productions. Il est bien évident que les adeptes du cinéma d'action risquent de passer leurs chemins car, s'il réalise quelques plans d'une grande beauté, l'homme derrière la caméra n'est sûrement pas un adepte des effets spectaculaires. En un mot comme en cent, nous avons ici du cinéma à l'ancienne. Cela étant clarifié, je souligne que ce n'est pas étonnant compte tenu de l'ancienneté du film et j'insiste pour dire qu'il est vraiment intéressant de dépasser les petites "contraintes" techniques pour remettre au jour des monuments de la longue et belle histoire du septième art. Car c'est bien de cela dont il s'agit ici.

Le film est considéré comme l'un des chefs d'oeuvre de son auteur. Certains critiques professionnels en font même l'une des pièces majeures du cinéma dans son ensemble. Magazine spécialisé fondé en Angleterre en 1952, Sight and Sound propose tous les dix ans (!) son palmarès des cent meilleures productions internationales: Voyage à Tokyo était classé 3ème en 1992 et encore 5ème en 2002 ! Je ne suis pas sûr à 100% que ce soit également le cas outre-Manche, mais c'est en 1978 qu'il est arrivé en France, faisant du même coup connaître Yasujiro Ozu... décédé quinze ans plus tôt. Si ce n'est évidemment d'avoir pu honorer le maître de son vivant, il n'y a pas grand-chose à regretter. Même si, comme je l'ai suggéré, son travail apparaît aujourd'hui un peu daté, il est aussi enthousiasmant d'avoir l'occasion de le découvrir maintenant. Mieux vaut tard que jamais ! Mine de rien, dans cette histoire de conflits plus ou moins larvés entre les générations, il y a aussi un peu d'universalité. Les réactions des uns et des autres peuvent tout à fait nous parler aujourd'hui encore, et ce bien que nous soyons jeunes et occidentaux. La palette des caractères qui sont ici dépeints est large: un autre gage d'identification possible avec l'un ou l'autre des personnages. Conclusion: cette découverte était pour moi vraiment positive. Plaisir à venir, il reste une bonne demi-douzaine de vieux films japonais dans ma collection de DVDs: je me réjouis déjà d'avoir ainsi la possibilité de mieux appréhender cette culture et d'approfondir encore ma connaissance "globale" des films et de leurs auteurs.

samedi 24 avril 2010

Doublé de Cantona !

Contrairement à ce que vous pourriez croire en parcourant les textes de ce blog, j'ai fixé quelques limites à ma cinéphilie dévorante. L'une d'elles consiste à de ne pas revoir un film avant qu'une année complète soit écoulée. Cela dit, et comme pour le tirage au sort organisé autour du prochain DVD, quelques exceptions restent possibles. La dernière en date a bénéficié à Looking for Eric, découvert au cinéma le 7 juin dernier, chroniqué ici pile-poil un mois plus tard et finalement revu le 31 mars. Ce qui peut venir expliquer cet empressement, c'est ma volonté de le montrer à mes parents, motivés par ce que je leur avais raconté, et qui l'ont finalement apprécié. Fidèles lecteurs, peut-être vous souvenez-vous également que je l'avais classé à la troisième place de mon top ten cinéma 2009.

Avec un peu de recul, je reste convaincu de ses grandes qualités. J'insiste: drôle même si social, le film est donc franchement atypique dans la filmographie de Ken Loach. Je vous rappelle que l'idée originale est venu d'Eric Cantona, qui souhaitait au départ tourner quelque chose autour de la relation un peu particulière qui unit supporters et joueurs de foot - unique, en tout cas en Angleterre. Cette deuxième vision de Looking for Eric m'a permis de remarquer que l'ancien attaquant de Manchester United ne tient finalement qu'une place assez limitée dans le long-métrage. L'une des preuves que cette histoire de copains est un grand film: la star ne vole pas nécessairement la vedette aux anonymes qui l'entourent. Mon avis n'a guère changé: je vous renvoie donc à ma chronique antérieure.

Pour en savoir plus...
Je vous invite donc à lire cette première chronique sur le film.

jeudi 22 avril 2010

Un rêve aquatique

J'ai l'impression d'un malentendu à propos de M. Night Shyamalan. Depuis la sortie de Sixième sens en 1999, film que j'ai d'ailleurs franchement apprécié, on dirait que le public attend que le scénario de chacune de ses créations réserve une surprise de taille au cours des dernières minutes. Conséquence: souvent, le succès n'est pas véritablement au rendez-vous alors que, de mon point de vue, un peu plus de considération peut sans difficulté être apporté à des oeuvres parfois qualifiées de "mineures" dans sa filmographie. Un exemple parmi d'autres ce soir avec La jeune fille de l'eau, un long métrage que, pour ma part, j'aime beaucoup. Je l'ai revu il y a quelques jours avec un plaisir identique à celui de la découverte en 2007. C'est dire !

La jeune fille de l'eau se focalise sur un anti-héros, Cleveland, gardien d'une résidence assez ordinaire, là-bas, en Pennsylvanie. Sans s'expliquer comment, notre homme constate qu'un resquilleur fréquente la piscine commune la nuit, ce que, pourtant, le règlement de copropriété interdit formellement. Après quelques frissons d'usage, on apprend que ledit resquilleur est en fait une resquilleuse, et plus précisément une jolie jeune femme rousse, pas très bavarde quant à ses motivations. Prénommée Story, la belle demoiselle vient en fait d'un autre monde, d'un autre temps ou... des deux à la fois. Peu importe. Ce qui est sûr, c'est qu'elle en est sortie et souhaite pouvoir y retourner rapidement, mais aussi qu'une étrange créature la menace, comme tout droit sortie d'une très ancienne légende...

Est-il nécessaire que j'en dise plus ? Je vous ai annoncé la couleur aussitôt, dès le titre de cette chronique: La jeune fille de l'eau s'ancre dans le rêve ou la fantaisie. Même s'il parait assez cohérent que toute la petite communauté décide d'aider Story, il me semble également bien dérisoire, voire inutile, de chercher dans cette fable quelque chose de parfaitement rationnel. En fait, le long métrage repose véritablement sur l'onirisme, avec la création d'une dimension crédible et pourtant parallèle. L'imaginaire y cohabite avec la réalité. Dès lors, l'alternative est claire: entrer dans l'histoire ou bien rester "en marge". Possible que, malgré le retournement de situation pré-générique, la chose ait été plus simple avec Sixième sens. J'insiste toutefois: ce film plus jeune - il date de 2006 - m'emmène plus loin et très clairement... ailleurs. Pour cela, coup de chapeau particulier au réalisateur, au compositeur de la BO, ainsi bien sûr qu'aux acteurs et notamment au couple vedette, Bryce Dallas Howard et Paul Giamatti. Ils créent et maintiennent une très belle ambiance. Pas de twist, certes, mais une bonne dose de suspense et d'émotion.

mardi 20 avril 2010

Pauvre papa !

Jean Gabin, le retour. Ce soir, très heureux propriétaire d'une série de films du célèbre comédien français, j'ai choisi de vous présenter l'un d'entre eux, Rue des prairies, réalisé par Denys de la Patellière et sorti sur les écrans cinéma en 1959. Le héros de cette histoire tient un peu du Panisse de Pagnol: il élève comme son fils un garçon qui n'est pas le sien. Pourquoi ? C'est ce qu'expliquent de manière très pudique les toutes premières minutes du métrage. Ce petit inconnu, l'ex-prisonnier de guerre le découvre au moment de rentrer dans ses foyers, en 1942, et alors même qu'il apprend que sa femme est morte en couches, lui laissant en outre la charge d'assumer seul l'éducation des deux qu'ils ont eus ensemble. Séance très poignante du père devant les trois bébés couchés sur un lit. Fondu au noir.

Le temps avance: nous voilà à la veille des années 60. Les enfants d'Henri Neveux sont devenus grands. Louis, l'aîné, est champion cycliste. Odette, la cadette, vend des chaussures et fait des photos de mode. Fernand, enfin, le benjamin inattendu, n'a pas encore quitté l'école. Son comportement déplaît d'ailleurs à ses professeurs. Le jeune homme est ce qu'il est convenu d'appeler un petit caïd. C'est sur cette banalité familiale que va se développer le scénario. N'attendez pas des rebondissements épiques et un suspense à couper au couteau: Rue des prairies est une comédie de moeurs qui respire la simplicité. Elle nous parle d'une France qui n'existe plus: c'est bien dans ce constat que réside le charme du film. Désuet, sans doute, mais pas inintéressant. Le noir et blanc est même touchant, parfois.

Et que dire alors de Jean Gabin, dans ce rôle de pauvre papa débonnaire ? Sa gouaille fait ici merveille, à tel point que, s'il aurait été naturel que je m'identifie à l'un des enfants, c'est finalement bien du père dont je me suis senti le plus proche. Ce qui ne veut pas dire que les autres comédiens soient mal inspirés. C'est le contraire: Rue des prairies offre une chouette occasion de revoir Claude Brasseur jeune, de mesurer un peu mieux les nombreuses facettes du talent de Marie-José Nat et de découvrir Roger Dumas, certes un peu âgé pour son rôle d'ado lycéen, mais, à 77 ans, toujours actif aujourd'hui ! La perle de ce film, il faut toutefois la voir ailleurs. Hum... en fait, il faut même plutôt l'entendre ! Michel Audiard signe en effet des dialogues particulièrement savoureux, qu'ils soient drôles ou pathétiques. Rien que pour ça, je vous recommande vivement de regarder le film si, un jour, il (re)passe à votre portée.

dimanche 18 avril 2010

De retour à Wonderland

Parier sur l'idée du plaisir à quitte ou double: c'est un peu ce que j'ai le sentiment de faire à chaque fois que je découvre un film, ancien ou nouveau, de Tim Burton. Avec le recul, je dirais que le cinéaste américain m'a sans doute au moins autant enthousiasmé que déçu. Sans avoir vu tous ses films, je crois savoir et pouvoir dire qu'il en a réalisé de superbes, mais aussi qu'il a commis deux ou trois erreurs de parcours, à la limite d'ailleurs de la faute de goût. C'est d'autant plus surprenant que le futur président du Festival de Cannes a clairement une inspiration très marquée, un univers à lui qu'il sera d'ailleurs peut-être intéressant de chercher sur la Croisette prochainement. En attendant, il me semble évident qu'avant même de sortir, sa version d'Alice aux pays des merveilles était, buzz oblige, promise au succès. En termes cinématographiques, j'ose supposer que le monde "burtonien" est vraiment raccord avec celui de Lewis Carroll. N'ayant pas encore découvert les romans, j'ai retrouvé dans cette version un certain nombre d'éléments aperçus chez Disney. Des souvenirs de l'âge tendre qui remontent ainsi doucement à la surface: ce n'est pas, je crois, un véritable handicap pour savourer une production moderne, bien au contraire. Encore faut-il retrouver son âme d'enfant et/ou revivre des émotions analogues, sans être identiques, à ce qu'elles étaient alors. Je dois admettre cette fois y être parvenu, mais seulement partiellement.

Vous connaissez l'histoire ? Je crois qu'une petite mise à jour s'impose. Pour Tim Burton, Alice n'est plus une petite fille, mais bien une adolescente de bonne famille... à quelques jours de ses noces. Dans l'Angleterre victorienne, la jolie demoiselle n'a évidemment guère voix au chapitre. Le film débute quand, devant une kyrielle d'invités prestigieux, son fiancé forcé lui fait sa - piètre - demande en mariage. Comment sortir de ce pétrin ? Mais en suivant un lapin habillé en complet veston, montre gousset à la ceinture, aussi blanc que pressé ! Quelques bonds et le rongeur conduit Alice à l'écart: loin des yeux de la collectivité, la jeune femme finit (inévitablement !) par tomber dans un trou et se retrouve dans un autre monde, différent bien sûr et en fait le plus étrange qui soit. Alice au pays des merveilles développe alors l'essentiel de son argument. Une fois que l'héroïne a su établir son identité, elle attire la confiance aveugle de ses nouveaux compagnons et, mieux que ça, suscite leurs espoirs. Si je n'avais pas peur d'être jugé pour hérésie, je la présenterais volontiers comme... une Jeanne d'Arc anglaise ! L'environnement qu'elle découvre, Wonderland, subit en effet la tyrannie de la Reine rouge, despote hystérique et joueuse de croquet. Coupez-lui la tête ! Sa réplique favorite illustre parfaitement le caractère épouvantable de la monarque, par ailleurs usurpatrice du trône. La couronne, c'est sa soeur, une Reine blanche un peu nunuche et non-violente, qui devrait légitimement la détenir. Vous aurez certainement compris qu'Alice, bon gré mal gré, va devoir mettre de l'ordre dans tout ça...

Je ne développerai pas plus avant la manière dont elle y parviendra (ou pas). Ce qu'il faut dire sans plus attendre, c'est qu'Alice aux pays des merveilles est une grande réussite visuelle. Notons également tout de suite, pour évacuer la question, que bien que visible en 3D dans les salles équipées, le film n'y gagne pas grand-chose, n'ayant visiblement pas été d'emblée conçu dans cet esprit. Bref. Sur l'aspect purement graphique de la chose, on peut toutefois dire sans hésiter que Tim Burton ne déçoit pas. Il est même franchement très agréable de découvrir sa vision des personnages de Lewis Carroll: Chapelier fou, Lièvre de Mars, Tweedledum et Tweedledee, ils sont tous là ! D'autres encore complètent un casting qui, dans sa partie humaine, assure bien le coup. Pour les yeux et l'ambiance, le long métrage est un véritable régal ! Malheureusement, c'est sur l'aspect scénaristique qu'il est moins bon qu'espéré: désormais sous la coupe du studio Disney, et même si visiblement consentant, notre ami réalisateur semble désormais se contenter de mettre en images, sans apporter ses propres codes et références. Résultat: de la couleur, du sucre aussi bien sûr, de la belle ouvrage, en somme... mais assez peu d'émotions. N'allons pas clouer l'ensemble au pilori: il y a objectivement de très belles choses dans ce film. Je ne regrette pas de l'avoir vu, a fortiori parce que c'était sur un écran de cinéma. Maintenant, de là à en faire un classique, même de son auteur, il y a un pas. Un constat, tout de même: depuis la séance, j'ai envie de lire les bouquins et de revoir le dessin animé. C'est bon signe, j'imagine.