mercredi 6 juin 2018

Crétin en chef

Plus que deux ! L'admiration sans borne que je porte aux frères Coen m'incitera à voir tous leurs films... et il ne m'en reste donc que deux dans le viseur avant de finaliser mon intégrale. Aujourd'hui, j'ai choisi de vous en présenter un troisième: Le grand saut, que j'ai pu revoir récemment. Un opus malaimé, il me semble, et pourtant jubilatoire...

La galerie de personnages crétins inventés par les insatiables frangins s'allonge avec Norville Barnes, jeune diplômé d'une école de commerce et chercheur d'emploi bien trop inexpérimenté pour occuper d'emblée de prestigieuses fonctions. Nous sommes toute fin 1958 et notre ami s'avère chanceux: le groupe Hudsucker le repère et le place à la tête de son conseil d'administration, après que le fondateur de l'entreprise s'est suicidé en se jetant par la fenêtre du 44ème (45ème ?) étage. Cette bénédiction n'en est pas une: il s'agit plutôt d'une machination ourdie par les têtes pensantes de la société pour faire chuter le cours de l'action Hudsucker et prendre les commandes sans se ruiner. J'imagine que vous aurez déjà compris que tout va partir en sucette. Bingo ! Il ne vous restera qu'à voir comment: je n'en dirai pas plus. Simplement, ce constat: l'humour des Coen me plaît toujours autant. Mobile, il se fait tour à tour incongru, burlesque, éclatant, loufoque...

Ethan et Joel Coen sont aussi connus pour être fidèles à leurs acteurs. C'est bien le cas ici et on pourra apercevoir quelques "habitués". Pourtant, le film tourne principalement autour du trio presque inédit constitué par Tim Robbins, Jennifer Jason Leigh et... Paul Newman ! Soyez assurés, si vous en doutiez, qu'ils sont tous les trois excellents. En fait, c'est sur le plan technique que la parenté de ce long-métrage avec d'autres chefs d'oeuvre du duo fraternel semble la plus évidente pour les fans. Je tiens à mettre en exergue la photo de Roger Deakins et la bande originale de Carter Burwell: l'une et l'autre sont superbes. Résultat: je suis entré dans l'histoire comme dans des chaussons. J'étais en terrain familier, mais je me suis une nouvelle fois délecté devant l'inventivité et l'aspect complètement débridé de la chose. Quand je pensais avoir tout vu et au moment précis où je me suis dit que la caricature était crédible, j'ai repris une bonne dose de bizarre. Bref, Le grand saut ne m'a pas lâché et m'a régalé jusqu'au générique final. Ces deux - petites - heures de pure folie ont filé à 200 à l'heure.

Le grand saut
Film américain d'Ethan et Joel Coen (1994)

Je le répète: à l'instar d'Intolérable cruauté, cet opus des frangins est parfois présenté comme un film mineur. Je trouve cela injuste. Franchement, avec d'autres cinéastes derrière la caméra, je suis sûr que bien des critiques jugeraient bon d'applaudir des deux mains. Serions-nous trop exigeants avec le génie ? C'est ma foi possible. Quant à moi, j'entends rire de ces pochades à la Burn after reading !

lundi 4 juin 2018

Le souffle coupé

Film-catastrophe ou pamphlet écolo ? Dans la brume entre plutôt dans la première catégorie. Il y a pourtant dans ce long-métrage quelque chose qui pourrait aussi ressembler à un avertissement. Quand, sans raison identifiée, un épais brouillard s'étend tout à coup sur Paris, la nature semble imposer sa loi - et c'est plutôt inquiétant !

L'idée de départ du scénario, c'est de faire de ce phénomène étrange une menace pour l'homme: de fait, le smog répandu dans la capitale s'avère mortel à très court terme pour celles et ceux qui l'inhalent. Concrètement, la seule manière de sauver (provisoirement ?) sa peau consiste à rejoindre le dernier étage d'un immeuble, pour échapper finalement à la montée de la "vague" et respirer un air resté pur. Anna et Mathieu y parviennent, mais, pour cela, ils sont obligés d'abandonner Sarah, leur fille, atteinte d'une maladie rare et recluse depuis sa naissance dans une bulle stérile. Est-ce un futur possible pour l'humanité ? Dans la brume joue aussi sur certains des codes inhérents à la science-fiction, avec d'autant plus de brio qu'il évite tout recours excessif aux effets spéciaux numériques. Et ça marche ! Sans crier au génie, je tiens à dire que le film, premier long-métrage de son auteur, remplit son contrat. Un honnête pop corn movie, donc.

Dans le rôle des parents affolés, Olga Kurylenko et Romain Duris forment un couple convaincant. Âgée de 13 ans, Fantine Harduin démontre, elle, une vraie justesse dans le jeu, sans éclat toutefois. Derrière ce trio, le reste de la distribution n'occupe qu'un rang anecdotique, mais les cinéphiles seront peut-être heureux de croiser la route de Michel Robin, 87 ans, absent des écrans depuis 2015. Évidemment, c'est le décorum de Dans la brume qui prend finalement le dessus sur toute idée que le casting aurait pu nous suggérer ! N'allez pas croire que je m'en plains: au contraire, je trouve pertinent que la forme puisse ainsi prendre un - léger - ascendant sur le fond. On dirait que le cinéma de genre, longtemps confidentiel, commence à se généraliser sur les écrans français. Est-ce l'effet d'une mode ? Une simple coïncidence ? Une vraie tendance durable ? Je l'ignore. Toujours est-il que je m'en réjouis. Et, de ce fait, j'attends la suite...

Dans la brume
Film français de Daniel Roby (2018)

Course contre la montre assez anxiogène, ce récit m'a rappelé celui de Desierto, par certains aspects. Efficace, cette montée de tension ! Bon... avant d'oser un "cocorico", je voudrais vous signaler également que le réalisateur du film est québécois. Le Paris qu'il recompose paraîtra sans doute familier aux touristes, ce qui doperait les ventes du long-métrage. De quoi, je l'espère, susciter d'autres productions...

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Si je n'ai pas réussi à vous motiver...

OK. Vous vous laisserez peut-être convaincre par notre amie Pascale.

samedi 2 juin 2018

Héritage du passé

Les ami(e)s... jeudi, j'ai oublié de vous dire que j'avais prévu d'évoquer les divers films revenant sur les événements de Mai 1968. Si j'ai renoncé, c'est finalement parce que je n'en connais que peu. J'enchaîne donc avec À l'heure des souvenirs, film adapté d'un roman de Julian Barnes, The sense of an ending (Une fille, qui danse en VF).

Rien à voir avec les barricades et pavés attendus le mois dernier ! Détail amusant, en revanche: j'ai vu ce film après avoir eu la chance de présenter Takara lors d'une soirée de mon association, ce qui fait que j'ai apprécié successivement deux regards "asiatico-européens". Malgré l'origine britannique du récit, c'est bel et bien un réalisateur indien qui est à l'oeuvre ici pour mettre en images une belle histoire. Même si j'ai raté les deux ou trois premières minutes, je dois pouvoir vous en dire quelques mots: futur grand-père, Tony Webster vit seul depuis qu'il s'est séparé d'avec la mère de sa fille. Un jour, il apprend qu'il hérite d'une femme qu'il avait connu... quand il n'était encore qu'un étudiant et qui se trouve être la mère de son petite amie d'alors. Laquelle petite amie, sortie de la vie de Tony, entend garder pour elle un mystérieux carnet - la principale pièce de l'héritage ! Résultat: estimant que ses droits sont bafoués, le vieux monsieur persiste à vouloir récupérer son dû, au risque de réveiller un passé assez peu reluisant. Je dois dire que la suite est (très) intéressante...

C'est par de nombreux aller-retours entre le présent et l'ancien temps que le film avance. Il y a aussi des scènes "mixtes": on y voit le Tony d'aujourd'hui avec ses proches, épargnés, eux, par le vieillissement. Du coup, il me paraît possible de considérer À l'heure des souvenirs comme un film de fantômes, dans une dimension plus mélancolique qu'effrayante. Au centre de ce récit sensible, Jim Broadbent démontre un talent que, certes, je lui connaissais, mais que j'ai donc retrouvé avec grand plaisir. Si ce n'est Charlotte Rampling, les autres acteurs étaient surtout pour moi des inconnus, mais je les ai tous appréciés. En fait, le scénario est d'autant plus efficace qu'il offre une réflexion pertinente sur notre vie faite de choix, le tout en jouant allégrement sur une gamme étendue de sentiments et d'émotions. Le résultat n'est jamais larmoyant et, surprise ! Il arrive même qu'il soit drôle. Franchement, cette jolie histoire trouve un équilibre quasi-parfait ! J'ignore si le livre est si juste, mais j'ai envie de le lire, désormais. Avis aux amateurs (et -trices): il est disponible en poche (chez Folio).

À l'heure des souvenirs
Film britannique de Ritesh Batra (2017)

Le troisième film du cinéaste, Nos âmes la nuit, met en scène quelques stars (Robert Redford + Jane Fonda + Bruce Dern) et, inédit en salles, est disponible depuis septembre dernier sur... Netflix ! Étant donné que je ne l'ai pas vu, j'en resterai sur les "valeurs sûres" et vous conseillerai donc plutôt de découvrir le film d'aujourd'hui. Rappel: le premier de Ritesh Batra, The lunchbox, était sympa aussi.

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Je pensais que le film avait connu meilleur succès...

Le fait est toutefois que je n'ai lu d'autre chronique que chez Eeguab.

jeudi 31 mai 2018

Mon défi (étape 2)

Hé ! Il est bien temps désormais de vous proposer un deuxième bilan de ma participation au Movie Challenge 2018, initié par Tina et Lily ! Comme l'année dernière, je crois qu'il sera plus difficile de le terminer que de le commencer. Pour autant, je dirais aussi que j'avance correctement. Voire un peu mieux que l'an passé à la même époque...

Un petit rappel: Tina et Lily ne sont pas seules à participer au jeu. Laurent s'y est lancé aussi et cette "compétition" ludique est ouverte à tou(te)s. Vous pouvez relire ma présentation et mon premier bilan !

Depuis début avril, voici les nouveaux critères que j'ai validés...
1. Je voudrais changer la fin du film...
La bamba

3. Le film a eu de mauvaises critiques...
Tomb raider

13. Le film comporte un numéro...
Ready player one

14. Le film est réalisé par l'un de ses acteurs...
Mme Mills, une voisine si parfaite

16. Le film est muet...
Takara, la nuit où j'ai nagé

23. C'est un premier film...
Les Ardennes

24. C'est un film engagé...
Welcome

28. Le film se déroule au collège, au lycée ou à l'université...
Je n'ai pas encore parlé du film concerné. Ça arrive !

37. C'est un film d'animation...
L'île aux chiens

40. La bande-originale du film est bonne...
Marie Madeleine

J'y ajoute la liste des catégories qu'il me faudra encore remplir...
4. Personne ne s'attendait à ce que j'aime le film...
7. Le film se déroule dans le milieu médical...
9. Le titre du film comporte un verbe à l'infinitif...

15. Le réalisateur du film n'est ni acteur, ni cinéaste...
18. Le film est un court-métrage...
19. Le film est sorti l'année de mon bac...

22. Le film a remporté l'Oscar du meilleur film...
25. Le film m'a mis en colère...
31. C'est un film sensuel...

32. Le film dure au minimum trois heures...
35. Le film est tiré d'une série ou en a inspiré une...
36. C'est l'adaptation d'un livre que j'ai lu...

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Et maintenant, que va-t-il se passer ?

Je vais poursuivre mon petit bonhomme de chemin, évidemment ! J'espère bien boucler l'affaire d'ici la fin de l'année, comme le principe du jeu (sans que l'on puisse parler de règle obligatoire). Je prévois aussi de faire des points réguliers sur mon avancée. À suivre, donc...

mercredi 30 mai 2018

Du côté obscur

Vous le savez peut-être: un épisode dérivé de la saga Star wars occupe les écrans français depuis pile une semaine. J'en reparlerai peut-être, mais, avant cela, j'en reviens à L'Empire contre-attaque. Cette suite directe du film fondateur sorti en 1977 est pour beaucoup le meilleur volet de l'ensemble ! Je m'y suis "replongé" avec bonheur...

C'est bon, vous êtes conscients des enjeux interstellaires ? Non ? Histoire de ne laisser personne à des années-lumière, je vais redire que toute cette série repose sur l'affrontement entre un régime autoritaire dominé par un monarque et les partisans d'une République défunte, que l'on appelle les Rebelles et qui se battent pour ramener la paix dans toute la galaxie. Bien qu'elle ait détruit l'arme de guerre la plus redoutable jamais construite par l'ennemi, cette résistance déterminée doit de nouveau l'affronter sur un bout de caillou givré perdu dans l'espace. L'Empire contre-attaque: tout est dans le titre ! On est reparti pour deux heures et une première bataille homérique...

Une part du plaisir que l'on prend à revoir ce long-métrage historique vient bien évidemment de nos retrouvailles avec ses personnages charismatiques: Luke, Leia, Han, Chewbacca, Vador et les autres. Avec Yoda, la saga en introduit un autre tout aussi iconique ! J'ajoute que nous ne sommes pas au bout de nos surprises, l'un des principes de Star wars étant de nous proposer un bestiaire d'une rare diversité. Mission accomplie dans L'Empire contre-attaque, qui sait développer intelligemment les thématiques de l'opus précédent, conçu au départ comme un film unique. On ne s'ennuie jamais, même si l'action peut apparaître - un peu - moins trépidante que dans le premier épisode...

Heureusement, l'humour à la sauce vintage est toujours de la partie ! J'ai volontairement regardé le film en VF pour retrouver les dialogues que j'avais appréciés adolescent, sur... mon enregistrement VHS. Très franchement, 38 ans après sa sortie, L'Empire contre-attaque reste un divertissement de haute tenue. Je dispose d'une version exempte de toute retouche numérique, ce qui n'altère pas le plaisir d'un énième visionnage. Au contraire: curieusement, tout me paraît plus authentique ainsi. Les artisans de la coulisse ont décroché l'Oscar du meilleur son, tandis que l'Académie honorait aussi les techniciens des effets visuels - du fait de leur "contribution spéciale" au cinéma !

Surprise: en son temps, le film reçut cependant un accueil critique mitigé. Le public, lui, fut fidèle au rendez-vous, le long-métrage récoltant quelque dix millions de dollars lors de son premier week-end d'exploitation, soit près du tiers du montant investi par George Lucas en sa qualité de coproducteur. Ces chiffres ont bien entendu explosé depuis et, fin 2010, L'Empire contre-attaque a été choisi pour être l'une des oeuvres conservées à la bibliothèque du Congrès américain. À mes yeux, il appartient au patrimoine cinématographique mondial. Mettre d'accord des générations d'admirateurs... ne croyez-vous pas que bien des blockbusters récents aimeraient pouvoir en dire autant ?

Star wars épisode V - L'Empire contre-attaque
Film américain d'Irvin Kershner (1980)

Il serait assez difficile de citer une liste complète des films influencés par le saga Star wars en général et/ou par cet opus en particulier. Franchement, si vous n'êtes pas encore familiers avec ces univers fantasmagoriques, autant reprendre les choses depuis le début et voir d'abord l'épisode IV (alias Un nouvel espoir). Cette première trilogie avait quand même de la gueule ! Suite et fin... euh... prochainement.

lundi 28 mai 2018

Nanardesque

Autant vous prévenir tout de suite: le film du jour sort des sentiers battus. Ou pas. Disons que je n'en ai pas vu beaucoup de semblables. Boudé par le public l'année de sa sortie, Action Jackson est à classer dans la catégorie des nanars. Au programme: un flic aux méthodes musclées, des jolies filles, de l'humour niveau zéro et des explosions !

Dans le détail, notre ami policier entend contrarier la progression sociale d'un magnat du monde automobile, qui se sentirait à l'aise dans le costume de l'homme tirant toutes les ficelles de la politique. Sans surprise, nous tenons là un méchant de la pire espèce, capable toutefois de déléguer une partie de sa basse besogne aux canailles mal fringuées qui lui tiennent lieu d'acolytes. Vous aurez compris qu'Action Jackson ne fait pas dans la dentelle: je vous le confirme. Cela dit, son côté improbable le rend attachant, d'une certaine façon. Carl "Apollo" Weathers se démène et on le suit donc sans s'ennuyer vraiment. C'est tellement débile, en fait, que ça en devient assez fun.

Ah, les années 80 ! Dans ce pur produit de l'époque, vous pourriez être surpris de trouver une inattendue Sharon Stone, dont la carrière était encore en phase ascendante. Tout est relatif, mais son aura éclipse presque Vanity, une chanteuse afro d'alors et amie de Prince. Il faut dire que l'on ne croit pas vraiment à ce personnage de junkie repentie et qu'au passage, la miss pousse deux fois la chansonnette. Sincèrement, il n'y pas de quoi se relever la nuit, mais j'assume parfaitement mon coup de coeur pour cet Action Jackson au goût douteux. J'espérais me vider les neurones... et c'est ce que j'ai fait. Même la VF d'origine était un vrai régal de kitscherie à l'ancienne. Trente ans plus tard, je me suis donc payé une tranche de rigolade. Des films comme celui-là, ma foi, je crois bien que l'on n'en fait plus !

Action Jackson
Film américain de Craig R. Baxley (1988)

Cela ne m'a pas frappé tout de suite, mais, à la réflexion, je trouve qu'il y a une parenté entre ce film et Le flic de Beverly Hills (1984). Peut-être devrais-je évoquer aussi la Blaxploitation, ce mouvement de la fin des années 60 et 70 qui faisait des Noirs des personnages forts du cinéma de divertissement. Pour l'heure, je note que le genre nanar est désormais représenté sur les Bobines... et cela me réjouit !

dimanche 27 mai 2018

Le retour du fils

Les personnages lunaires ont souvent la cote dans les salles obscures. Jérémie Elkaïm en interprète un dans Les bêtises, le joli premier long d'un duo de soeurs. Pitch: abandonné par sa mère, François s'incruste dans une fête de son ex-famille et fait tout pour lui parler enfin. Parce qu'il est très maladroit, c'est - très - loin d'être gagné d'avance !

"J'ai tout mangé le chocolat"... certains d'entre vous se souviendront peut-être du chagrin d'amour chanté par Sabine Paturel (en 1985 !). Entendue dans le film, la ritournelle est plus triste que lui. Les bêtises cinématographiques ? C'est un bonbon dépourvu de toute amertume. L'argument minimaliste du départ s'emballe (un peu) quand François rencontre, avant la maman qu'il était venu chercher, Sonia, serveuse "officielle" de la réception, mignonne et presque aussi douée que lui pour générer des catastrophes. Que dire ? Sara Giraudeau excelle dans le pur registre burlesque, à l'unisson en fait de son partenaire masculin, que je n'attendais pas à pareille fête. Un tandem gagnant...

Le reste du casting attire moins le caméra, mais assure l'essentiel. Anne Alvaro, Jacques Weber et Jonathan Lambert sont les têtes d'affiche les plus connues du côté des personnages secondaires. Bientôt, les festivités décollent réellement, quand toute une troupe costumée débarque à son tour au milieu du jardin des Burdini. Objectivement, ce n'est pas tordant, mais c'est gentiment drôle. Parfaitement équilibré, le film n'est ni trop long, ni trop court. Résultat: aucun moment pour s'ennuyer et pas de prise de tête. Minimaliste dans ses enjeux, Les bêtises mise sur l'attachement porté aux protagonistes et gagne son pari. C'est peu, mais c'est bien !

Les bêtises
Film français d'Alice et Rose Philippon (2015)

D'une certaine manière, le personnage de François m'a rappelé ceux de Pierre Richard (Le grand blond...) et Peter Sellers (La party). D'après moi, ce n'est pas un hasard si on le retrouve d'abord perché sur un escalator et, par la suite, en parfait dynamiteur de soirée ! Conclusion: j'ai apprécié ce petit film, vite oubliable mais sincère. Les frangines derrière la caméra en feront-elles un autre ? Mystère... 

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Si jamais vous voulez un autre avis...

Aujourd'hui encore, vous pouvez compter avec "L'oeil sur l'écran".

vendredi 25 mai 2018

L'innocence des oiseaux

Classique de la littérature américaine, To kill a mockingbird (1960) est sorti en France sous le titre Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Après avoir obtenu le prix Pulitzer, il a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, que l'on a intitulée... Du silence et des ombres ! J'ai eu la chance d'en profiter sur grand écran et en copie restaurée...

L'American Film Insitute, qui s'efforce de préserver les vieux films d'une lente dégradation, s'est amusé à classer les héros et méchants du cinéma américain, en 2003. Atticus Finch, le personnage principal de mon film d'aujourd'hui, occupe la première place et devance l'improbable tandem Indiana Jones / James Bond. Il faut admettre qu'il a de solides arguments à faire valoir: ce jeune veuf travaille dur et tâche de préserver ses deux enfants du côté sombre de l'existence. Avocat, il leur interdit donc de venir l'écouter plaider au tribunal. Scout et Jem ont, pendant les vacances d'été, d'autres occupations. Cela dit, c'est franchement bien difficile de les empêcher de fouiner autour d'une maison voisine, réputée abriter un homme dangereux. Pas d'erreur: les vrais héros du début du film sont bien ces gamins désobéissants et audacieux ! Le scénario annonce assez vite le procès d'un Noir accusé de viol sur une femme blanche, mais laisse d'abord cette sous-intrigue à l'arrière-plan. Et c'est d'ailleurs ce qui est beau ! Du silence et des ombres filme la vie comme les mômes la croquent !

En toute logique, la beauté du noir et blanc nous happe: nous oublions notre statut de spectateur ordinaire pour adopter celui de complice des deux marmots, bientôt rejoints par un troisième plutôt bavard. Parce que le film dure un peu plus de deux heures, on a tout le temps d'en profiter, c'est-à-dire de rire ou de trembler de leurs tribulations. Soudain, le ton change et on part vers autre chose: la jolie chronique enfantine mue en un récit initiatique d'une très belle intelligence. Confrontés à la très délicate question de la justice, Scout et Jem comprennent un peu mieux que la vie n'est pas toujours aussi sucrée qu'ils pouvaient le croire pour les nobles âmes et autres oiseaux chantants. La caméra continue d'adopter leur regard, mais s'éloigne d'eux, les reléguant au rang d'observateurs inutiles. On craint alors que Du silence et des ombres bascule vers le drame, mais la suite surprend encore. Comment ? Je ne vais bien sûr pas vous le révéler. Sachez-le: malgré quelques longueurs, le film m'a pleinement séduit. Désormais, je suppose qu'il ne me restera plus... qu'à lire le bouquin !

Du silence et des ombres
Film américain de Robert Mulligan (1962)

Je n'ai pas parlé des acteurs, mais ils sont tous très bons. Mentions spéciales aux gosses, évidemment: Mary Badham et Phillip Alford forment un duo fraternel convaincant... et John Megna est très drôle. Et le grand Gregory Peck ? Sa prestation lui valut son unique Oscar. Conclusion: le film est incontournable pour les amoureux du cinéma hollywoodien. Un peu à l'image de Mr. Smith au Sénat, en son temps.

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Deux avis valent mieux qu'un, non ?

Je vous propose donc d'aller lire la chronique de "L'oeil sur l'écran".

lundi 21 mai 2018

Kore-eda au sommet

Les lampions de la fête se sont éteints samedi soir: le 71ème Festival de Cannes est à présent derrière nous. Je suis légèrement en avance pour tenir ma promesse de vous en livrer un petit bilan (subjectif). J'espère que cette édition très féministe annonce de rapides progrès sur tous les champs de l'égalité. Mon credo: ce combat doit continuer.

Cate Blanchett et Hirokazu Kore-eda
En attendant, la Palme d'or de cette année est revenue à un cinéaste que j'aime beaucoup: le Japonais Hirokazu Kore-eda. Une coïncidence amusante pour moi: cette consécration lui parvient dans un moment où j'hésite encore à aller voir son dernier long. Je suis en tout cas sûr que je m'offrirai le suivant, Une histoire de famille, dont j'ai reçu quelques très bons échos avant même la fin de la quinzaine cannoise. Pour autant, la date de sa sortie en salles n'est pas encore connue. Seules infos: le scénario tournerait autour d'une vraie-fausse famille pauvre, qui recueille en son sein une petite fille de la rue. Je compte sur la délicatesse du réalisateur pour magnifier ce pitch très "simple". Son choix de revenir à un cinéma de l'intime renforce cette confiance. Fatalement, j'envie un peu celles et ceux qui ont déjà pu voir le film !

Spike Lee
Puisqu'il n'y a pas eu de doubles Palmes depuis 1997, on dit parfois que le Grand Prix du jury est en réalité la consolante du Festival. Remise samedi à Spike Lee pour un BlacKkKlansman dont j'attends beaucoup, cette pourtant prestigieuse distinction s'est faite discrète après la Palme d'or spéciale de Jean-Luc Godard (Le livre d'image). Absent de la cérémonie, le cinéaste franco-suisse se voit décerner une récompense inédite et taillée à sa mesure, en quelque sorte. Nettement plus prévisible, si j'ose dire, le Prix du jury a été attribué à une femme: la Libanaise Nadine Labaki. Capharnaüm ? Un drame sur l'enfance qui, visiblement, ne fait pas l'unanimité sur la Croisette.

Pawel Pawlikowski et Kristen Stewart
Pas de double Palme, donc, et un seul Prix de la mise en scène. Apparemment, Cold war, l'histoire d'amour tragique du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski, a un peu déçu sur le fond, mais le jury paraît confirmer qu'elle est sublimée par un noir et blanc d'anthologie. Les mêmes jurés ont remis non pas un, mais deux Prix du scénario ! Retenu en Iran, Jafar Panahi a dignement été représenté par sa fille pour récupérer le trophée remis à Trois visages, un film qu'il a coécrit avec son compatriote Nader Saievar (et qui sort en salles le 6 juin). L'Italienne Alice Rohrwacher, elle, n'a pas eu besoin de remplaçante pour savourer pleinement le succès de son Heureux comme Lazzaro. 

Asia Argento, Samal Esljamova et Ava DuVernay
Je l'ai déjà dit, mais je veux bien le répéter: Cannes m'intéresse particulièrement comme fenêtre ouverte à nombre de filmographies étrangères. Son film risque de rester confidentiel, mais je me réjouis de voir une Kazakhe, Samal Esljamova, obtenir le Prix d'interprétation féminine. Ayka, le film concerné, évoque le destin d'une sans-papiers kirghize dans le Moscou d'aujourd'hui. Un récit glaçant, semble-t-il. Plus proche de nous, mais assez sombre aussi, Dogman, thriller social italien, met en scène Marcello Fonte, un acteur jusqu'alors cantonné aux rôles secondaires ou de figuration. Une bonne pioche: il repartira de Cannes avec le Prix d'interprétation masculine. Une jolie surprise !

Victor Polster et Lukas Dhont
Vous le savez: le Festival, ce n'est pas qu'une course à la Palme. Parmi les autres récompenses que je surveille, il y a la Caméra d'or. Un petit rappel au cas où: ce trophée est décerné (par un jury spécial) à ce qui serait le meilleur des premiers films en lice, toutes sélections confondues. Cette année, pour le trouver, il fallait chercher du côté d'Un certain regard. Girl, film du cinéaste flamand Lukas Dhont, joue sur la confusion des genres: son héroïne est une jeune transsexuelle. Il reçoit aussi une Queer Palm, une distinction réservée aux oeuvres sur l'altersexualité. Quant à Victor Polster, l'acteur principal, il obtient le Prix d'interprétation de la sélection parallèle... à tout juste 16 ans !

Isabelle Adjani
Hé ! Revenez ! Je n'ai pas fini ! Dans l'ombre des lauréats, Cannes ouvre aussi la porte des cinémas à des films venus des quatre coins du monde. Dans le lot, j'essaye toujours d'en retenir quelques-uns pour rêver à mes séances futures. Et du coup, j'ai très envie de voir...

/ L'homme qui tua Don Quichotte (Terry Gilliam)
Moi aussi, je persiste et signe ! Maintenant que l'on est presque sûr d'avoir la possibilité de voir ce film "maudit", je me sens très heureux qu'il ait triomphé des mille et une embuches laissées sur son chemin. Cela valait-il le coup d'attendre - ou pas ? On s'en reparlera très vite ! 

/ En guerre (Stéphane Brizé)
L'aviez-vous remarqué ? Aucun film français n'a séduit le jury présidé par Cate Blanchett. Je ne veux citer aujourd'hui que le plus accessible des quatre engagés en compétition. La présence de Vincent Lindon attire mon regard vers ce qui semble être un drame syndical puissant.

/ Asako 1 & 2 (Ryusuke Hamaguchi)
Bon... il y a encore deux semaines, je n'avais jamais entendu parler de cet autre cinéaste japonais. Depuis, j'ai lu de très bonnes choses sur Senses, son premier film, d'une durée de... cinq heures et sorti en salles, coupé en trois parties. Cela aura suffi à me rendre curieux !

/ Le grand bain (Gilles Lellouche)
J'ai raté l'avant-première de cette comédie sur fond de natation synchronisée. Je ne suis pas fan du réalisateur, mais il m'a touché quand je l'ai vu ému par son accueil à Cannes. J'irai donc à la piscine cet automne, avec Anglade, Amalric, Poelvoorde, Canet et consorts...

/ En liberté ! (Pierre Salvadori)
Loin de mes radars avant le Festival, ce film est sous surveillance depuis que j'ai appris qu'on y verrait Adèle Haenel et Pio Marmaï. Deux comédiens que je place parmi les meilleurs de leur génération. Résultat: je suis déjà impatient de découvrir cette comédie policière.

/ Rafiki (Wanuri Kahiu)
Je crois que c'est l'un des tous premiers films dont j'ai entendu parler après l'ouverture du Festival. Son sujet ? Deux femmes amoureuses l'une de l'autre. Kényane, la réalisatrice affronte ainsi l'un des tabous les plus puissants de son pays. C'est ce courage que je compte saluer.

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Désormais, j'ai fait le tour (ou presque)...

Je vais vous reparler bientôt du film d'ouverture: Everybody knows. Un tout petit mot encore sur les courts: la Palme d'or de la catégorie est revenue à Toutes ces créatures, de l'Australien Charles William. On the border, opus du Chinois Wei Shujun, obtient une mention. Voilà... je n'ai rien à ajouter. J'attends l'édition 2019 de pied ferme et, bien évidemment, demeure ouvert à vos possibles commentaires !

samedi 19 mai 2018

Tempête sur Cannes !

Vous le savez sûrement: le Festival de Cannes se termine aujourd'hui. Nous connaîtrons donc ce soir le nom du lauréat - ou de la lauréate - de la Palme d'or. En attendant, je voulais parler de ce qui s'est passé il y a pile cinquante ans: la mise à l'arrêt des festivités cannoises ! L'occasion de dire que le vent de Mai 1968 a soufflé sur la Croisette...

Comment en est-on arrivé à ce que le Festival s'arrête définitivement et ne décerne aucun Prix cette année-là ? Les historiens du cinéma notent que, quelques mois plus tôt, les professionnels s'étaient émus de la tentative d'André Malraux, ministre de la Culture, de désigner un nouveau directeur de la Cinémathèque nationale. D'abord sourd aux revendications sociales qui agitent le pays, Cannes démarre normalement et projette huit des 27 films en lice pour la Palme. Bientôt, des réalisateurs s'excluent eux-mêmes de la compétition officielle: Milos Forman, Alain Resnais et Carlos Saura sont rejoints par certains jurés - Monica Vitti, Louis Malle et Roman Polanski. Longs et houleux, des débats ont lieu quant à la poursuite du Festival le 18 mai, alors que des états généraux du cinéma organisés à Paris ont demandé qu'il soit arrêté. Les tenants d'une conclusion anticipée finissent par emporter le morceau, quand le conseil d'administration cannois décide à l'unanimité d'une clôture le 19 mai à midi, cinq jours avant la date initialement prévue. Et ce n'était encore JAMAIS arrivé !

Qui s'intéresse au cinéma français et à son histoire peut considérer que 1968 est aussi une année charnière pour plusieurs autres raisons. À la suite des événements survenus sur la Croisette, la quasi-totalité des tournages est interrompue. Les salles, elles, continuent pourtant de fonctionner, la Fédération des exploitants ayant signé un accord avec les syndicats de personnels dès le début des mouvements sociaux. Conséquence: 25.000 employés, directeurs, projectionnistes et ouvreuses, voient leur rémunération augmenter... de 30 à 60% ! Paris Match souligne que, dans le même temps, le prix des places grimpe lui aussi très significativement, de cinquante des centimes d'alors à deux francs ! Était-il réglementé ? Ou s'agit-il d'un tarif moyen ? Je n'ai pas pu le vérifier. Toujours est-il que l'agitation revendicatrice se poursuit au sein des cénacles cinématographiques. Réformistes, conservateurs ou utopiques, des nombreux projets animent les multiples conversations des amoureux du septième art. Certains vont même jusqu'à réclamer la gratuité du cinéma pour tous.

Un an plus tard, en mai 1969, Cannes accueille un nouveau Festival. En apparence, rien n'a changé: un jury officiel a bel et bien été formé autour de Luchino Visconti pour choisir un lauréat du Grand prix international, l'ersatz de la Palme d'or, parmi 23 prétendants ! Pourtant, le ton a changé et certains des films présentés se montrent plus corrosifs que leurs prédécesseurs. If..., de Lindsay Anderson, reçoit la récompense suprême et porte au point d'incandescence l'esprit rebelle de l'époque: un groupe d'élèves d'une école anglaise font feu sur leurs profs et camarades, ainsi que sur des militaires. Avant cela, le public a droit à des scènes de nu frontal et intégral ! Passé ce choc, un éphémère Prix de la première oeuvre est imaginé pour récompenser Dennis Hopper et son déjà légendaire Easy rider. L'envie de nouveauté favorise aussi la toute première organisation d'une Quinzaine des réalisateurs, d'abord indépendante. Les auteurs des 65 films (!) projetés s'appellent Susan Sontag, Nagisa Oshima, Bernardo Bertolucci, Roger Corman, André Téchiné, Philippe Garrel...

Cannes a survécu: aucune autre édition du Festival ne sera stoppée en cours de route. Certains des artistes "mutins" du millésime 1968 participeront ensuite, à l'image de François Truffaut, Claude Lelouch ou Jean-Luc Godard - ce dernier est même compétiteur cette année ! Je ne vous reparle même pas de Roman Polanski, honoré de la Palme d'or en 2002 pour Le pianiste. La Croisette, qui n'a jamais eu peur des polémiques et scandales, a fini par rallier ses enfants terribles. Belle initiative à noter: au cours de l'édition 2008, cinq des films bannis en mai 1968 ont été présentés en sélection Cannes Classics. Parmi eux, Peppermint frappé de Carlos Saura, Anna Karénine d'Alexandre Zarkhi et Un jour parmi tant d'autres de Peter Collinson. Le Festival est donc resté un rendez-vous emblématique du cinéma international, sans vraie défaillance si ce n'est l'événement mort-né de septembre 1939 et, à la limite, les non-éditions de 1948 et 1950. Objectivement, c'est quand même plutôt une très belle réussite, non ? À vos agendas: elle doit se prolonger encore... du 15 au 26 mai 2019 !

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Bon ! Je n'en ai pas fini avec 2018...
Je vais juste m'octroyer un peu de temps pour étudier le palmarès. Mon intention est de publier mon compte-rendu personnel lundi midi.