dimanche 6 juillet 2014

En roue libre

Je ne peux pas le contester: avoir comme moi l'envie de (re)voir l'ensemble des films de et/ou avec Clint Eastwood revient à se lancer dans un long tour de montagnes russes. S'il a bien signé une poignée d'oeuvres magistrales devant et/ou derrière la caméra, l'Américain s'est aussi offert le luxe de quelques productions assez dispensables. On dit même qu'aucun cinéma français n'a voulu de Pink Cadillac...

Ce long-métrage très "amerloque" est en fait le dernier des trois films que Clint Eastwood a joués sous la direction de Buddy van Horn. C'est également le dernier des trois films... que Buddy van Horn a réalisés. Sur les sites de référence, l'illustre inconnu est le plus souvent cité comme spécialiste des cascades, avec 106 films entre 1951 et 2011. Vous l'aurez compris: il a très souvent travaillé avec son bon ami Clint et a parfois été sa doublure. Tout ça pour dire que Pink Cadillac n'atteint pas des sommets sur le plan scénaristique. La star Eastwood s'amuse dans la peau - et les déguisements multiples - d'un chasseur de primes moderne, chargé de retrouver une jolie fille soupçonnée d'avoir essayé de se soustraire à la justice. Le justicier solitaire découvrira vite que la belle est innocente et menacée par un gang...

Sous cette seconde image, vous me permettrez de ne pas entrer aujourd'hui dans trop de détails. Je manque cruellement d'inspiration. Du côté des anecdotes, les gazettes relèvent que Clint n'a pas perdu son temps en acceptant ce film moyen, puisque le tournage lui a permis de rencontrer Frances Fisher, sa compagne pendant cinq ans et la mère de Francesca, la quatrième de ses cinq filles. Vous noterez également, si ça vous intéresse, que Jim Carrey fait une apparition dans le long-métrage, avec dix secondes de parodie d'Elvis Presley. Pink Cadillac n'a d'intérêt que pour les inconditionnels d'Eastwood. J'avouerais bien volontiers une certaine mansuétude pour cette pièce du puzzle d'une carrière franchement disparate. Il est évident aussi que de plus hauts sommets suivront. Mais c'est une autre histoire...

Pink Cadillac
Film américain de Buddy van Horn (1989)

Jugé coupable, Créance de sang, etc...: vous trouverez ici même plusieurs autres longs-métrages eastwoodiens au rayon des films gentillets. Il faudra qu'un jour, je vous parle également de Doux, dur et dingue, celui où Clint a un orang-outan pour premier partenaire. Maintenant, je ne vous en voudrais pas si vous vous détournez. J'espère juste que vous reviendrez rapidement lire mes chroniques ! 

vendredi 4 juillet 2014

Émotions volatiles

Bird people fait partie de ces films dont il n'est pas facile de parler. J'ignorais tout jusqu'alors des travaux de Pascale Ferran, une cinéaste rare: elle ne signe ici "que" son quatrième long-métrage, vingt ans après le premier. Moins prolifiques que d'autres, certains artistes concentrent leur talent sur quelques oeuvres fortes. Cette conviction personnelle - et quelques critiques positives, c'est vrai -  m'ont poussé à aller voir ce film-là. Dont il ne m'est donc pas facile de vous parler.

La scène inaugurale donne le ton. Audrey, jeune femme de chambre dans un hôtel aéroportuaire parisien, part travailler. Avant d'arriver sur elle, la caméra s'attarde sur les autres passagers de "son" RER. Outre leurs conversations, on entend alors la musique qu'ils écoutent parfois ou... leurs pensées du moment. Le long-métrage illustre alors de façon très sensorielle le quotidien de vies tout à fait ordinaires. Quant à Gary, l'autre personnage principal du film, il est pris soudain d'une crise d'angoisse face à son existence normée. Après une nuit agitée, cet ingénieur américain en transit entre San José et Dubaï décide de tout plaquer, travail, femme et enfants, sans s'inquiéter vraiment des conséquences. L'air de rien, Bird people se penche alors ostensiblement sur le monde d'aujourd'hui et notre relation collective, entre stress professionnel et incommunicabilité affective. Toute ressemblance avec la réalité n'est assurément pas fortuite...

C'est quand on a l'impression de voir une simple et nouvelle chronique de notre temps que le film décolle vers autre chose. Vous dire quoi serait trahir une intrigue qu'il me semble bien préférable de découvrir sans information préalable. Parce que j'en avais lu un mot, j'avais personnellement un indice quant à cette inflexion scénaristique. Sincèrement, je l'ai regretté: quand je vais au cinéma, je préfère être surpris que de voir mes premières impressions se confirmer. Bref... j'ai malgré tout aimé Bird people, film empli de liberté. Porté par une petite troupe d'acteurs, au premier rang desquels j'ai été ravi de revoir Anaïs Demoustier, ce long-métrage, d'un rude pragmatisme par certains aspects, offre aussi - et surtout - une bouffée de poésie. La manière (aérienne, bien sûr !) dont est filmé l'aéroport qui lui sert de cadre vaut à elle seule le déplacement. C'est une sorte de voyage. S'il est difficile d'en parler, il n'est pas facile non plus d'en revenir.

Bird people
Film français de Pascale Ferran (2014)

Pascale Ferran tourne peu, mais elle tourne juste: son oeuvre précédente, Lady Chatterley, a reçu le César du meilleur film 2007. Petits arrangements avec les morts, sorti en 1994, lui avait valu d'obtenir la Caméra d'or du Festival de Cannes. Je n'en dirai rien d'autre aujourd'hui, faute d'avoir pu les voir aussi. Le long-métrage de ce vendredi, lui, ne ressemble à aucun autre. Pas même à Birdy...

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Et maintenant, un petit tour sur la blogosphère ?
Vous pouvez vous arrêter sur "La cinémathèque de Phil Siné". Princécranoir a vu le film, lui aussi, et en parle sur "Ma bulle". Pascale l'évoque également en termes favorables: "Sur la route du cinéma".

jeudi 3 juillet 2014

Une mère, une fille

Je me suis réconcilié avec Pedro Almodóvar. Les habitués du blog gardent peut-être le souvenir de la colère que j'avais ressentie l'année dernière devant son dernier film. Alors que je remonte le calendrier pour découvrir ses anciennes réalisations, le fait que je préfère l'Espagnol dans le registre dramatique semble se confirmer. César 1993 du meilleur film étranger, Talons aiguilles s'inscrit pleinement dans cette dimension. J'y ai retrouvé l'essentiel de ce que j'apprécie chez le plus connu des artistes de la Movida. Ça fait toujours plaisir !

C'est entendu: Pedro Almodóvar n'est pas le dernier pour les films chargés de fantasmes. Une précision: ce n'est qu'à la fin de Talons aiguilles que vous connaîtrez le sens exact de ce titre. Vous aurez avant cela rencontré Rebeca, journaliste-star d'une chaîne télévisée madrilène. Quand l'histoire démarre, la jeune femme attend anxieusement l'arrivée d'un avion, celui qui ramène sa mère, Becky, sur le sol ibérique, après un long exil professionnel sud-américain. Rapidement, on comprend que les deux femmes ne se sont pas vues depuis longtemps et qu'une certaine animosité régit leurs rapports. C'est facile à comprendre, quand on sait que la plus jeune est mariée avec... l'ancien amant de son aînée. Et le scénario de détailler alors deux de ces innombrables portraits de femme chers à l'homme resté derrière la caméra. Avec le duo Victoria Abril / Marisa Paredes placé sur le devant de la scène, seuls les grands misogynes se plaindront...

Talons aiguilles est un drame, je l'ai dit. C'est aussi un film policier. La mort frappe très vite un protagoniste important: je vous laisse apprécier tout ça sans en dire plus. Le long-métrage cache son jeu. Sombre parfois, il peut aussi s'avérer très émouvant, et notamment lors d'un final absolument pathétique. Je ne vois pas Pedro Almodóvar comme un génie, mais je reste tout de même admiratif de son talent à rendre crédibles des récits plus qu'improbables. Il le réussit d'ailleurs généralement avec classe, ce qui pourrait faire de ses quelques films ratés des exceptions pardonnables à une brillante règle de conduite. Formellement, ici, tout est plutôt juste et bien senti. Avec la VO espagnole pour plus d'authenticité, je ne me suis jamais ennuyé. J'étais bel et bien de retour en terrain familier et aimé. J'avertis toutefois ceux d'entre vous que le sexe au cinéma rebute que le film n'en est pas exempt. Juste un peu d'épice, disons du piment doux...

Talons aiguilles
Film espagnol de Pedro Almodóvar (1991)

Pour une sixième rencontre avec le cinéaste sur les Bobines, je suis donc content de mon choix. Je reste curieux de ce qu'il a réalisé avant, ce long-métrage étant tout de même son dixième. Il en a créé autant depuis ! En attendant la prochaine opportunité de présenter cette belle carrière, je continue de vous recommander celui des films que j'ai préféré, j'ai nommé Étreintes brisées. Un autre drame, oui...

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Un petit clic pour un second avis ?

Vous en saurez davantage sur "Mon cinéma, jour après jour".

mardi 1 juillet 2014

Au-delà du bocal

"Je ne comprends même pas que tu rentres à Paris. New York, c'est un bon endroit pour un artiste". Dite par l'un des deux personnages principaux de Swim little fish swim, cette petite phrase résume bien l'enjeu de ce long-métrage récent, où la métropole américaine tient lieu de refuge à une jeune vidéaste française. Lilas veut pouvoir couper le cordon qui la relie à sa mère, artiste confirmée en passe d'exposer au MoMa. Benjamin, qui l'y encourage, est un musicien talentueux, incapable de sortir un album. Paradoxes, paradoxes...

Swim little fish swim s'inscrit pleinement dans une mouvance cinéma récente et certifiée arty, qui fait de la Grosse Pomme la terre d'asile de jeunes créateurs internationaux d'avant-garde non encore révélés. Premier long-métrage du tandem Lola Bessis / Ruben Amar, il révèle lui-même deux talents d'une vingtaine d'années - la jeune femme jouant en outre le rôle principal. Que dire désormais du regard posé sur New York ? Il est plutôt sympathique. Si les deux créateurs assurent que leur récit n'a rien d'autobiographique, le long-métrage paraît incarné et respire le vécu. On commence à avoir l'habitude désormais de voir les États-Unis présentés sous cet angle. Le film conserve toutefois un certain pragmatisme: aux nombreux artistes bohèmes qu'il met en avant, il "oppose" d'autres personnages ancrés dans la réalité et le matérialisme qui la sous-tend. Ainsi par exemple de Mary, la femme de Benjamin, infirmière qui rêve d'une maison...

Un peu prévisible parfois, ce petit film conserve une certaine grâce. Plus que naïf, il est en fait doux. J'y ai vu deux petits poissons chercher le chemin de la mer, mais avoir véritablement à se heurter aux parois du bocal. Lilas et Benjamin n'ont pas de prédateur, juste des doutes à dissiper et du chemin à parcourir. Ils ressemblent assurément à d'autres jeunes de leur âge et peut-être bien un peu quand même à ceux qui les ont inventés. Swim little fish swim n'exclut pas la mélancolie: il s'en sert comme d'un moteur alternatif pour avancer. En l'absence de vrai méchant, il suffit parfois d'être plus malin que d'habitude - ou un peu plus déterminé - pour gagner. Assez linéaire, l'histoire qu'on nous raconte s'achève positivement. Sans surprise de ce point de vue, le long-métrage demeure attachant dans sa description - un peu idéalisée, c'est vrai - des milieux de l'art contemporain. Et la bande originale suffit à nous y transporter...

Swim little fish swim
Film franco-américain de Ruben Amar et Lola Bessis (2014)

Oser la comparaison avec Woody Allen comme certains critiques professionnels l'ont fait, j'avoue que ça ne me paraît "too much". Maintenant, c'est vrai qu'on reconnaît parfois l'environnement familier du maître new-yorkais... et pour cause ! Pour revenir sans attendre davantage à un peu de mesure, j'admets avoir pensé à Frances Ha. L'aspect bricolé, lui, m'a remis en mémoire La science des rêves.    

lundi 30 juin 2014

L'étranger

Je le confesse: le cinéma me donne parfois des idées saugrenues. C'est pour mieux connaître la carrière de Michael Haneke qu'un soir dernier, j'ai regardé Le château. Ceux que la littérature passionne auront sans doute reconnu le titre d'un livre de Franz Kafka. Bingo ! J'évoque bel et bien aujourd'hui l'adaptation (pour la télé !) du roman de l'auteur tchèque de langue allemande, sorti en 1926. Voilà, voilà...

Moquez-vous si vous voulez ! N'empêche: je suis sûr que vous avez déjà dit d'une situation incompréhensible et absurde qu'elle était kafkaïenne. C'est un fait: livre et film donnent une bonne définition de ce que peut être une telle situation. On y découvre le personnage principal, K., après qu'il a traversé de très vastes étendues enneigées pour rejoindre un modeste village, dont il doit devenir le géomètre. Problème: personne n'est au courant de la nouvelle. Il n'existe même aucune chambre d'hôtel disponible pour héberger K. et, en tant qu'étranger à la petite communauté, ce dernier n'a en fait pas le droit de dormir sur place ! Le château ? C'est le siège de l'administration centrale dont K. dit dépendre. Il s'avère qu'il est presque impossible d'y joindre quelqu'un... et que personne n'y connaît K. de toute façon.

Vous l'aurez compris: au rayon films austères, j'ai touché le gros lot. En version originale germanophone, un tel film nécessite évidemment des efforts de concentration. La mise en scène de Michael Haneke s'avère très épurée, limite théâtrale. Respectueux de sa source d'inspiration, l'Autrichien semble vouloir laisser au texte le rôle principal: une voix off succède ponctuellement aux longues plages dialoguées. Le décor, lui, se fait discret et d'une froideur certaine, encore renforcée par le fait que la neige envahit tous les espaces extérieurs. La précision millimétrique de ce graphisme peut séduire. Le château peut aussi s'apprécier par la participation de comédiens impliqués, assez justes dans leurs drôles de rôles. Le film s'achève comme le livre, sur une impasse. Un bien curieux objet, en vérité...

Le château
Téléfilm autrichien de Michael Haneke (1997)

Dans le premier rôle, les plus cinéphiles d'entre vous auront reconnu Ulrich Mühe, l'acteur allemand découvert en France en maitre-espion dans La vie des autres. Pour Michael Haneke, ayant abordé ses films en commençant par des oeuvres récentes, je dois dire que j'ai trouvé Le ruban blanc et Amour plus abordables - bien qu'austères aussi. Deux Palmes d'or d'un côté, un téléfilm de l'autre: à vous de choisir.

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Une petite précision, pour finir...

Fortuite, ma référence à Albert Camus tombe assez bien, je trouve.

dimanche 29 juin 2014

La bonne occasion

Hé ! Merci de venir me lire, mais ne seriez-vous pas mieux ailleurs ? C'est que je ne voudrais pas que vous manquiez la Fête du Cinéma ! Elle a débuté ce matin et dure jusqu'à mercredi prochain. Oui, elle va donc permettre de découvrir quelques sorties de la semaine à venir...

Vous connaissez le principe ? Personnellement, je ne crois pas inutile de le préciser, car il arrive qu'il change d'une édition à l'autre. Organisée pour la trentième fois cette année, la Fête du Cinéma promeut le septième art pendant quatre jours, en proposant un tarif unique à 3,50 euros la place (hors supplément 3D). On peut s'interroger sur les raisons qui font que les fauteuils restent plus chers le reste de l'année. Personnellement, je préfère largement attendre avant d'y repenser et rejoindre une salle pour profiter de l'aubaine...

Il paraît que ses promoteurs comptent désormais programmer la Fête du Cinéma à la même date chaque année, pour en faire un événement aussi populaire et attendu que la Fête de la Musique. Les spots promotionnels de cette édition 2014 ont mis en scène un dragon prénommé Jean-Luc comme personnage principal. Cela renforcera sûrement l'idée d'une manifestation familiale - sept dessins animés ont assuré le maximum d'entrées lors des dix derniers millésimes. Maintenant, à ce prix-là, on peut sans hésiter multiplier les plaisirs !

vendredi 27 juin 2014

Cavale

Je ne sais plus sur quel blog j'ai lu récemment un commentaire pertinent sur la distribution des films en France. Il me semble clair que La belle vie est passé plutôt inaperçu, même s'il est revenu primé de la Mostra vénitienne. En interview, le réalisateur confiait d'ailleurs combien il est difficile de débuter aujourd'hui au cinéma. Jean Denizot, né en 1979, signe pourtant ici un joli premier film.

La belle vie, c'est, à ce qu'ils croient, celle d'Yves, Pierre et Sylvain. Ensemble, le père et les deux fils se sont volontairement (?) coupés du monde après une séparation difficile avec la mère. Cela fait désormais plus d'une dizaine d'années que le trio est en cavale et vit modestement de la vente de produits maraîchers, un peu aidé aussi par quelques anonymes restés silencieux, compréhensifs et solidaires. Rocambolesque, ce point de départ scénaristique ? Pas vraiment. Romancée pour les besoins de la cause cinéma, l'histoire est réelle. Elle a conduit un homme à faire de la prison pour soustraction d'enfants - Wikipedia vous en parlera mieux que moi. Sur un écran géant, cette "anecdote" prend une force peu commune. Le film démarre au moment où, lassés de cette fuite permanente, les gamins devenus adolescents s'interrogent sur la possibilité d'un bonheur différent. De quoi remuer alors bien des émotions contradictoires...

J'ai dit que nous avions affaire à un joli film. J'insiste. Il faut savoir pardonner le léger manque de rythme qui, de temps à autre, alourdit le métrage. Pour un premier essai au format long, le résultat démontre une bonne maîtrise de la caméra. Si le montage demeure d'une souplesse assez ordinaire, la photo, elle, s'avère très soignée. Le réalisateur explique avoir voulu les rendre les lieux reconnaissables et leur donner dans le même temps une allure quasi-mythologique. Pari gagné: contreforts des Pyrénées et vallée de la Loire se révèlent majestueux et propices à l'évasion... à tous les sens du terme. D'inspiration country, la bande originale invite elle aussi au voyage. Aurez-vous envie de découvrir La belle vie ? C'est de Pierre, le fils cadet, que le titre est repris, un peu avant la fin du film et sur le ton de l'ironie. Je passe sur quelques invraisemblances. Le dernier plan est saisissant, sans parti pris. Chacun reste libre de juger... ou pas.

La belle vie
Film français de Jean Denizot (2014)

Deux mois après sa sortie, j'étais seul dans la petite salle d'un cinéma de quartier pour découvrir le film, en fin d'après-midi. J'en suis sorti content. Sans explosion de violence, cette histoire a quelques points communs avec celle de Mud - Sur les rives du Mississippi, appréciée en 2013. Enfant du Cher, Jean Denizot se reconnaît dans ce cinéma américain. Il a composé lui aussi un saisissant portrait d'adolescent.

jeudi 26 juin 2014

Un poète

Si vous me demandiez mes préférences artistiques, je vous parlerais évidemment de cinéma. L'opéra viendrait probablement ensuite: l'art lyrique me fascine depuis que j'ai eu la chance de visiter les coulisses d'une de ses maisons. Et le théâtre ? Lui aussi m'intéresse. Il arrive que les planches parviennent même à supplanter les salles obscures. Et c'est ainsi, sur une scène de Nice, que j'ai applaudi François Morel.

Le comédien vient de fêter ses 55 ans. C'est une pile éclectique. Après son spectacle La fin du monde est pour dimanche, j'ai réalisé qu'il avait une impressionnante carrière cinéma: il est en effet apparu dans une cinquantaine de films depuis 1993 - sans compter les films télé, presque aussi nombreux. Rien que pour 2014, il est annoncé dans Brèves de comptoir, adaptation au cinéma de la série de livres éponymes, et Tu veux ou tu veux pas ?, la toute nouvelle réalisation de Tonie Marshall. Personnage lunaire s'il en est, Morel se contente souvent de petits rôles. Peu récompensé, il a obtenu en 2012 le Prix Alphonse Allais, alors même qu'il jouait Le bourgeois gentilhomme...

Sur scène, l'homme est tour à tour passager de métro, Breton amoureux d'une huitre, journaliste à Bethléem, philosophe ou bateleur de cirque. Avec son amie Yolande Moreau et toute la troupe, il restera probablement pour toujours un Deschiens. Il est l'un de ces crétins magnifiques que le public sait aussitôt prendre en affection, un poète dans les habits d'un clown - ou le contraire. Des intonations de sa voix à sa gestuelle, le bon François met aussitôt l'auditoire dans la poche. Son humour, assez proche de celui d'un Raymond Devos, est absurde et tendre à la fois. Dans La fin du monde..., il nous annonce l'apocalypse en rigolant et nous offre une pleine semaine de rallonge. Puisse ce délai vous permettre de croiser son chemin ! La tournée s'étant achevée, mon conseil du jour sera de surveiller la prochaine. 

mercredi 25 juin 2014

Destinées génétiques

De longues années ont passé avant que je voie Bienvenue à Gattaca. Si mes souvenirs sont exacts, j'avais acheté la VHS vers 1998-99. Plusieurs de mes premiers collègues de travail m'avaient recommandé de ne pas passer à côté de ce film d'anticipation. Assez peu branché science-fiction, je l'ai finalement - et très longtemps - laissé de côté. Jusqu'à sa diffusion sur l'une des chaînes de mon bouquet Orange...

Je peux donc vous le confirmer dès maintenant: Bienvenue à Gattaca est un bon film. Peut-être pas un très bon, mais presque. Il se passe "dans un futur pas si lointain" (je cite de mémoire le pré-générique). Garçon ordinaire, Vincent Freeman rêve de devenir astronaute. Problème: dans ce monde d'avenir, le destin de chacun est déterminé dès la naissance,  après examen attentif des gênes et évaluation immédiate des capacités de l'individu. En l'occurrence, Freeman s'avère d'emblée trop faible pour prétendre au métier de ses rêves. Son frère Anton, lui, est le fruit d'une fécondation in vitro: l'embryon a été sélectionné pour la quasi-perfection de son ADN, source première du futur citoyen idéal. Euh.. vous avez le droit de trembler ! Sans hurlement et sans violence, le long-métrage dresse le portrait d'une société futuriste glaçante, où chaque destin est joué d'avance. Les "petits" n'ont même pas le droit d'essayer de s'améliorer. Jamais.

Assez inventif, presque surprenant même, ce film d'anticipation s'intéresse donc d'abord... à l'humain. C'est sa très grande qualité. Aucune dérive esthétisante ne vient entraver la bonne compréhension du propos. En acceptant juste comme crédibles les évolutions technologiques qu'il avance, le scénario de Bienvenue à Gattaca apparaît finalement très contemporain. Avec intelligence, il se double même d'une intrigue policière "classique", fil rouge qui peut rendre l'ensemble plus accessible au grand public - dont j'estime faire partie. Autre point réussi: le casting. Le discret Ethan Hawke y côtoie notamment Uma Thurman, qui brille ici d'un charme évanescent. J'étais aussi content de croiser Jude Law, parfait dans une partition d'ange déchu, clé de toute l'intrigue. Une bande originale impeccable et des images d'une rare sobriété nous laissent alors nous concentrer sur l'essentiel. Âmes sensibles, il se pourrait que vous soyez émues...

Bienvenue à Gattaca
Film américain d'Andrew Niccol (1997)

Mea culpa: bien qu'également attiré par elles, j'ai également laissé passer les dernières réalisations SF du même cinéaste, j'ai nommé Time out et Les âmes vagabondes. Partie remise ? Possible. Honnêtement, les questions (éthiques ?) posées ici sur le bon usage de l'ADN m'ont presque passionné. Il y a eu gênes et plaisir, donc. Rappel: c'était déjà le cas avec Never let me go, dans un autre genre.

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Pour plus d'infos sur le film du jour, quelques blogs amis...
- "Ma bulle"...
- " L'oeil sur l'écran"...
- "Mon cinéma, jour après jour".

mardi 24 juin 2014

Partie de campagne

J'emprunte à Jean Renoir - et à Guy de Maupassant - un beau titre pour ma chronique du jour. Le film dont j'ai à vous parler aujourd'hui m'a également fait penser au Déjeuner sur l'herbe, la célèbre toile d'Edouard Manet. En appelant l'un de ses longs-métrages Comédie érotique d'une nuit d'été, Woody Allen, lui, rend un hommage sincère à William Shakespeare et fait un clin d'oeil à Ingmar Bergman. Après quoi, il me semble qu'il arpente un territoire pour lui balisé...
 

Comédie érotique... ressemble en effet, dans son dispositif scénaristique, à beaucoup d'autres Woody Allen. Le cinéaste-acteur est Andrew, un inventeur un peu foufou du début du 20ème siècle. Alors que leur couple traverse quelques difficultés, sa femme Adrian et lui ont convié des amis à un week-end de détente à la campagne. Maxwell, le médecin, est venu avec Dulcy, une infirmière, la dernière de ses conquêtes. Quant à Léopold, beau parleur et universitaire réputé, il débarque avec Ariel, sa future épousée. Ce qui devait arriver arrive: la blonde jeune femme est une vieille connaissance d'Andrew, lequel a fort envie d'essayer de la reconquérir. À vous désormais d'imaginer - ou de voir - les péripéties qui découlent logiquement de cette situation de départ. C'est du Woody pur sucre.

Sur la musique de Felix Mendelssohn, la caméra virevolte sagement au coeur d'une nature magnifique. La forme est soignée, évidemment, et la photographie du film particulièrement belle. Woody s'essaye même - avec succès - aux effets spéciaux et donne ainsi au tout une petite teinte fantastique pas inintéressante. Comédie érotique... nous emmène ailleurs et je n'en attendais pas davantage. Face à d'autres oeuvres du maître, celle-là paraît peut-être, si ce n'est terne, disons limitée dans ses enjeux. Le fait qu'elle tourne autour de six personnages la rend toutefois attachante. Même si leur histoire a mal fini, on peut noter également que ce film est la première collaboration entre Allen et Mia Farrow. Il est permis de l'aimer aussi pour sa poésie et cette douce nostalgie qu'il inspire.

Comédie érotique d'une nuit d'été
Film américain de Woody Allen (1982)

Le onzième long-métrage du New-yorkais en seize ans de carrière ! Notez que, depuis, Allen va plus vite encore, trop vite peut-être parfois. Je dois dire qu'ici, je me suis trouvé sensible aux touches fantastiques, déjà appréciées dans Alice. Dans la longue succession des Woody, celui-là vient après Manhattan et Stardust memories. J'ose à peine parler d'une oeuvre mineure avant le suivant, Zelig...

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Ailleurs sur le Web...

Je constate que mes amis de "L'oeil sur l'écran" sont fans !