jeudi 8 mai 2014

Woody mac

Carlo, un ami à moi, ne comprend pas bien qu'on puisse apprécier Woody Allen. Il ne s'intéresse pas à ses films et rejette définitivement l'homme derrière le cinéaste, qu'il considère apparemment comme un sale type du fait des frasques de sa vie privée. Tout ça, moi, je n'y pense plus quand je suis bien installé devant un écran, grand ou petit. Et c'est même pour Woody d'abord que j'ai décidé d'aller voir Apprenti gigolo au cinéma. J'avais lu quelques critiques franchement mitigées, mais je n'y ai pas renoncé.

Apprenti gigolo, c'est d'abord le premier film avec un rôle principal pour Woody depuis huit ans ! J'ajoute que c'est aussi la première fois qu'il accepte de jouer un personnage important dans un long-métrage qu'il n'a pas réalisé depuis presque quinze longues années ! Il faut avouer que John Turturro lui a taillé un costume sur-mesure: Woody est donc devenu Murray, bibliothécaire aussi juif que névrosé, contraint de fermer boutique faute de lecteurs-clients en nombre suffisant. Pour s'en sortir, le retraité forcé pense avoir eu une idée lumineuse: il va louer les services de son ami Fioravante, fleuriste célibataire de son état, aux femmes en mal d'amour. L'argent gagné sera ensuite partagé à 60/40 entre Cupidon et son souteneur improvisé. Vous n'êtes bien sûr pas obligés d'y croire. Et pourtant...

Présenté ainsi, le film que je vous présente aujourd'hui a tout l'air d'une bonne grosse pantalonnade. Voir déambuler une Sharon Stone dermatologue et super-cougar, amie d'une Sofia Vergara, bombe sexuelle en Louboutin, renforce aussitôt cette impression première. C'est avant, sans coup férir, que débarque un autre personnage majeur, joliment joué par Vanessa Paradis. Apprenti gigolo dévie alors de son cap initial et file vers un horizon insoupçonné jusqu'alors et que je qualifierais volontiers de "romantico-mélancolique". Quelques très jolies choses sont ensuite exprimées - ou suggérées. Quelque peu répétitif, le scénario y gagne clairement en profondeur. Tout ça ne saurait suffire à faire de ce long-métrage une oeuvre incontournable, mais j'ai tout de même été content de revoir Woody.

Apprenti gigolo
Film américain de John Turturro (2014)

Pour être honnête, je me demande si ce n'est en fait pour rendre hommage à Allen que cette histoire a été tournée. Il paraît que non. Ce serait ce bon vieux binoclard qui aurait "dragué" le réalisateur pour avoir le rôle. Sa prestation ici m'a semblé un peu plus réussie que celle de Scènes de ménage dans un centre commercial. Évidemment, on reste bien loin d'un classique comme Manhattan...

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Vous savez bien que mes avis n'engagent que moi, pas vrai ?

Pascale, elle, n'a pas aimé du tout (cf. "Sur la route du cinéma").    

mercredi 7 mai 2014

Cannes bientôt

Le Festival de Cannes 2014 ouvrira ses portes dans une semaine. Avant de vous parler des films en compétition, j'avais envie de faire un zoom sur différentes personnalités liées à l'événement. Le monde du cinéma en action, ce n'est juste une question people. Chroniquer le septième art, à Cannes comme ailleurs, c'est une belle occasion d'évoquer de nouveaux talents et d'en retrouver d'autres. La preuve...

Gros plan d'abord sur Nicole Kidman: l'actrice australienne va revenir sur la Croisette pour défendre le film d'ouverture, Grace de Monaco. Marchera ? Marchera pas ? Le scénario apporte son lot de polémiques. Olivier Dahan, le réalisateur, a dit rejeter le montage final. La famille princière, elle, le dit "inutilement glamourisé". Bon, c'est bien parti...

Cannes, en tout cas, s'est choisi un maître de cérémonie. Le rôle demeure symbolique, bien sûr, puisqu'il ne s'agit jamais que d'animer les soirées d'ouverture et de clôture. Après Audrey "Amélie" Tautou l'année dernière, Lambert Wilson sera l'hôte de cette édition 2014. L'occasion de m'apercevoir que je connais fort mal sa filmographie !

À Adèle Exarchopoulos, je souhaite en tout cas la même longévité. Dernièrement, la révélation de La vie d'Adèle confiait son impression que le temps était vite passé depuis sa Palme d'or 2013. Elle sera encore à Cannes cette année pour un film retenu en sélections parallèles. Mieux que de remonter les marches pour un "bonjour"...

Gilles Jacob, lui, va dire "au revoir". Délégué général du Festival depuis 1978 et actuel président, cet ancien critique passera la main au terme de cette 67ème édition. Connu entre autres pour ses liens étroits avec le groupe Canal+, Pierre Lescure lui succèdera en 2015. 2014 marquera-t-il déjà une transition ? Je vais en juger très bientôt.

mardi 6 mai 2014

Où ça, un tigre ?

J'avais gagné deux places pour aller voir Un tigre parmi les singes. J'aurais dû vous en parler beaucoup plus tôt, mais il est resté trop peu de temps en salles pour que je puisse utiliser ma double invitation. J'avais toutefois retenu le titre et c'est donc avec ce que je pourrais appeler une curiosité augmentée que je l'ai regardé à la télévision. Cela fait déjà bientôt un mois et je suis presque déçu, désormais. Désappointé, à tout le moins, comme chaque fois que je me sens obligé de dire qu'un film ne m'a pas emballé. C'est le cas aujourd'hui.

Notre personnage principal s'appelle aujourd'hui Marino Pacileo. Il est comptable dans une prison de Naples. À ses heures perdues, il... perd beaucoup (trop) d'argent en jouant au poker. Il essaye invariablement de se refaire grâce à d'autres paris, mais ça ne marche jamais. Conséquence: Marino pique dans la caisse du bureau, se croyant encore capable de rembourser assez vite pour ne pas s'attirer d'ennuis. Son aveuglement est d'autant plus funeste qu'il se double d'espoirs amoureux pour une jeune Chinoise, la fille du patron du bar où Marino tape le carton avec un avocat véreux et d'autres loulous bien peu recommandables. J'arrête là mon explication du scénario. J'aimerais juste ajouter que le "héros" d'Un tigre parmi les singes parle peu. Ce qui ne contribue pas à le rendre très sympathique...

Effet de style ou pas, ce mutisme forcené m'a d'abord intrigué. Ensuite, et très rapidement, il m'a laissé froid. L'exprimer ainsi m'apparaît exagéré, et pourtant: je me suis bien vite désintéressé des aventures de Marino. J'espérais que la romance allait apporter quelques couleurs à cette platitude, mais non: tout m'a semblé terne et affreusement banal, presque factice, même, pour ainsi dire. Jusqu'à l'acteur principal, Toni Servillo, dont je respecte les origines théâtrales et dont j'ai lu beaucoup de bien, la distribution complète m'a paru bien fade - la grande beauté de Mi Yang n'y changeant rien. Un tigre parmi les singes, histoire d'un malentendu ? Peut-être. J'attends encore la justification du titre. En VO italienne, le film s'appelle Gorbaciof, le surnom donné au personnage principal, affligé comme l'ancien dirigeant russe d'une tâche de vin sur le front. Maintenant, je vous assure: rien qui vaille d'y regarder à deux fois.

Un tigre parmi les singes
Film italien de Stefano Incerti (2010)

Deux étoiles quand même, l'une pour les acteurs, l'autre au bénéfice du doute: peut-être qu'il y a là quelque chose qui parle au public italien et que je n'ai pas saisi. Je reste bien déçu par ce petit film. J'aurais aimer l'aimer. Dans le registre de la difficile cohabitation italo-chinoise, j'ai préféré La petite Venise. En napolitain, Gomorra. Là, au moins, je ne vois pas venir les balles perdues à la Tarantino...

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Ailleurs, tout ça m'a l'air d'être passé plutôt inaperçu...

J'ai lu une critique qui comparait avec un film d'Aki Kaurismäki. Dépassé, je me sens proche de l'avis publié sur "Le blog de Dasola"...

dimanche 4 mai 2014

Amours nocturnes

J'ai changé mes plans au tout dernier moment. Je pensais vous parler aujourd'hui d'un film allemand, mais j'ai attendu avant de le regarder. C'est que j'ai préféré saisir l'occasion de voir Only lovers left alive dans une salle de cinéma et non pas sur le canapé de mon salon. Sorti en février, candidat - battu - à la Palme d'or du Festival de Cannes l'année dernière, ce long-métrage est l'un des plus beaux que j'ai vus en 2014. Au-delà du parti pris esthétique, c'est, je trouve, une oeuvre atypique, comme le sont souvent (toujours ?) celles de Jim Jarmusch.

L'histoire ? C'est celle d'Adam et Eve. Lui joue de la musique, reclus dans un maison abandonnée de Detroit. Elle ne semble pas travailler et vit à Tanger. Adam et Eve forment un couple "moderne", atypique lui aussi, et qui paraît formé de toute éternité. Ils se réunissent quand Eve, que l'humeur d'Adam préoccupe, le rejoint en Amérique  après un long et éreintant voyage nocturne. Par petites touches évocatrices, le film nous aura déjà montré que ses deux personnages principaux ne sont finalement que... des vampires, l'un et l'autre consternés par la cohabitation avec les humains. Face à cette idée scénaristique, deux attitudes possibles: soit vous adhérez et goûtez au charme vénéneux de ce conte obscur, soit sa lenteur vous rebute et vous pouvez passer à côté de ses qualités. Only lovers left alive laisse difficilement indifférent. Je me suis laissé séduire, mais ajoute qu'au cours de la projection, deux personnes ont quitté la salle...

À vrai dire, hormis la très brève irruption de la soeur d'Eve au milieu du métrage, le scénario se déroule presque sans péripétie. Si le mot contemplatif a encore un sens, il serait peut-être bien de l'utiliser pour décrire cet objet de cinéma à nul autre pareil. Jim Jarmusch offre deux rôles d'une rare élégance à un duo complice, Tilda Swinton et Tom Hiddleston, on ne peut plus convaincants de langueur glacée. Le trublion s'appelle Mia Wasikowska et ce fut pour moi un vrai plaisir de retrouver cette jeune comédienne, que je juge plutôt inspirée dans ses choix de carrière jusqu'à présent - elle n'a que 24 ans. Comme d'autres opus du même réalisateur, Only lovers left alive s'apparente aussi à une expérience auditive, sa musique étant choisie avec soin et particulièrement bien interprétée. C'est ne rien dire encore de la photo: le travail du Français Yorick Le Saux a su capter mon attention dès les premières images. Superbe travail d'ensemble.

Only lovers left alive
Film américain de Jim Jarmusch (2014)

Parce qu'elle se déroule exclusivement de nuit, cette oeuvre développe une ambiance incroyable et, sans révolutionner le cinéma d'auteur, apporte un regard nouveau sur un genre éculé. Je crois possible d'aimer le résultat sans être fou des histoires de vampires. Oubliez donc la saga Twilight: je préfère de loin vous recommander Nosferatu, fantôme de la nuit ou, proposition plus récente, Morse.

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Et du côté de mes voisins de blog, qui montre les crocs ?
Plusieurs de mes habituels sites-références parlent du film décrypté aujourd'hui: "Sur la route du cinéma" en bien, "Le blog de Dasola" aussi. À lire également: "La cinémathèque de Phil Siné" et "Ma bulle".

vendredi 2 mai 2014

Un prophète

Je considère Darren Aronofsky comme l'un des réalisateurs américains contemporains les plus intéressants. C'est parce que j'avais apprécié ses précédents films que j'ai eu envie d'aller voir Noé, celui qu'il a consacré au personnage de la Bible. Je suis resté hermétique au buzz qui a accompagné sa sortie, pour ce qui concerne Russell Crowe interpellant le pape via... son compte Twitter (!) et face à la censure infligée au long-métrage dans certains pays de tradition musulmane. Oui, j'ai tenté d'occulter l'indéniable aspect religieux de cette histoire.

Le titre que j'ai choisi en ouverture pourrait sans doute vous laisser penser que je n'y suis pas arrivé. Objectivement, et je ne le dis pas seulement parce qu'il est ici question d'un déluge, il est bien difficile de demeurer totalement imperméable. Le héros du film qu'est Noé reste bien, comme dans les textes sacrés des grandes religions monothéistes, un homme choisi par Dieu - ici appelé Le Créateur - pour construire une arche, destinée à embarquer un duo mâle-femelle de chaque espèce animale et ainsi, à préserver la vie, qu'une tempête menace d'extinction rapide. Ladite tempête, elle, est la conséquence de la colère divine face à des hommes faibles et malfaisants. Il fallait probablement un peu d'inconscience pour reprendre ce récit aujourd'hui. Or, même s'il l'a sciemment "délocalisé" d'Asie mineure en Islande, Darren Aronofsky s'en tire honorablement pour ce qui est de l'image. L'aspect sauvage, presque originel, du décor naturel permet de se plonger avec plaisir dans ce fantasme de réalité. Il est dommage que certains effets spéciaux nous en éloignent aussi sec...

Noé n'est pas un mauvais film. Ce n'est pas franchement un bon film non plus. C'est d'abord le fruit du travail d'un cinéaste qui se dit fasciné par le personnage depuis plus de 30 ans. Je l'ai ressenti paradoxalement comme son projet le moins personnel. Il m'a fait l'effet d'un blockbuster lambda, avec quelques belles idées, certes, mais trop peu de profondeur pour réellement marquer les esprits. L'expérience m'a appris à me méfier de Russell Crowe: une fois encore, l'Australien n'a pas su me toucher, alors même que le doute qui habite celui qu'il interprète aurait pu rendre son jeu captivant. Jennifer Connelly, qui est ici son épouse, s'en sort un peu mieux. Globalement, ce sont les dialogues qui pêchent: il y a donc un risque qu'en la jolie Emma Watson, vous ne voyiez que la Hermione Granger de la saga Harry Potter. Je ne parle pas du méchant, caricature extrême de seigneur moyenâgeux, seule figure vaguement identifiée d'un troupeau d'hommes gris, primitifs aux appétits cannibales. L'enjeu de ce film inabouti termine noyé sous les scènes de baston...

Noé
Film américain de Darren Aronofsky (2014)

Il ne vous reste plus qu'à vous tourner vers l'index des réalisateurs pour retrouver quatre des cinq films précédents du réalisateur. Noé est donc son sixième. Aux amateurs de cinéma biblique, je conseille plutôt d'autres oeuvres plus anciennes, comme le Barabbas évoqué dernièrement. Je n'ai toujours pas vu les oeuvres que la vie du Christ a inspiré à Martin Scorsese et Mel Gibson. J'y reviendrai peut-être...

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En attendant, vous pouvez consulter d'autres avis...
Pascale ("Sur la route du cinéma") raconte tout: elle n'a pas aimé. L'avis publié sur "Callciné" est nettement plus positif.

jeudi 1 mai 2014

Errance

Je vais finir un jour par écrire une thèse sur les traductions des titres des films anglo-saxons. Je ne vois pas bien pourquoi Meek's cutoff est devenu La dernière piste et pas Le raccourci de Meek. J'accepte toutefois l'idée que ce n'est pas le plus important: cette version française n'a pas gâché mon plaisir de découvrir cet étonnant western contemporain. Beaucoup d'encre a coulé sur les relectures modernes de ces films caractéristiques d'un certain cinéma américain. Oeuvre d'une femme, cette proposition a satisfait mes espoirs de renouveau.

Trois familles de pionniers traversent une rivière, non sans difficulté. Observée de loin, c'est la première scène de La dernière piste. Apparemment, ces personnages ont quitté un convoi plus important. Trois femmes, trois hommes, un enfant... ils ont décidé de faire confiance à un trappeur, le fameux Meek, qui leur a dit qu'il suffirait bientôt qu'ils se baissent pour ramasser tout l'or de la Terre. Le fait est qu'au milieu de nulle part, le voyage ne se passe pas exactement comme prévu. Égarés, les colons commencent sérieusement à douter des compétences de leur guide. La situation est d'autant plus tendue que les vivres se raréfient, ainsi que leurs réserves en eau potable. L'arrivée d'un Indien au coeur du petit groupe va encore faire monter les tensions d'un cran. Je vous laisse découvrir la suite. Il est clair qu'entre de bonnes mains, dix comédiens peuvent tout à fait suffire pour faire un bon film. Malgré son aridité formelle, celui-là le prouve.

D'entendre des coups de feu dans un western ne surprendra personne. Les deux seuls tirs dans La dernière piste sont en fait des signaux d'alarme. Même la musique se fait rare, tout au long du métrage. L'unique son récurrent est celui des roues des charriots sur la terre sèche de l'Orégon, désespérant de répétitivité. Les nuits succèdent aux jours, les jours succèdent aux nuits: l'errance des pionniers paraît devoir durer toujours. La très bonne idée de réalisation aura consisté à écarter l'usage du Cinémascope des productions hollywoodiennes "traditionnelles": le format d'image retenu, presque carré, renforce délibérément la sensation d'oppression qui pèse sur les personnages. Ils n'ont ni certitude, ni vrai horizon pour espérer que leurs efforts seront récompensés. Le film pose du coup la question de la confiance apportée à l'individu au sein d'un groupe en crise, sans y apporter d'ailleurs de réponse définitive. À chacun de se forger une opinion...

La dernière piste
Film américain de Kelly Reichardt (2010)

Je n'ai pas dit un mot des acteurs, mais j'ai apprécié de revoir ici ceux que je connaissais déjà avant de voir le film: Michelle Williams, Zoe Kazan et Paul Dano. À l'image de l'Indien Rod Rondeaux, le reste de la distribution est bonne. Cela dit, c'est plus l'ambiance que le jeu particulier des uns ou des autres qui est admirable ici. Je crois pouvoir comparer avec Dead man - même si ce Jim Jarsmuch m'emballe peu. J'ai aussi songé à un western plus récent: Gold. Amateur du genre, je reste très preneur de vos possibles... pistes.

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Bien qu'assez pointu, le film semble avoir fait recette...

David ("L'impossible blog ciné") en parlait avant même sa sortie. D'autres en ont écrit la chronique après l'avoir vu: des avis divergents qui vous feront choisir - ou pas - entre "L'oeil sur l'écran", "Ma bulle", "La cinémathèque de Phil Siné" et "Sur la route du cinéma". À vous !

mercredi 30 avril 2014

Initiation

Il traînait sur un coin de mon enregistreur Livebox depuis juillet dernier. Je l'ai vu il y a trois semaines environ: il est grand temps désormais de vous parler de Northanger Abbey. Je constate ainsi qu'il est bien rare que je vous parle de téléfilms: produit de fiction britannique, celui d'aujourd'hui puise son inspiration dans un classique de Jane Austen, écrit vers 1798 et publié après la mort de la femme écrivain, en 1817. Tout ça ne m'a pas follement emballé, je l'avoue...

Dans Northanger Abbey, une jeune fille de la campagne anglaise part vivre à la ville, accueillie par de généreux voisins de ses parents. Grande lectrice de romans, ce qui semble bien encore considéré comme une activité futile en son temps, Catherine Morland découvre une vie plus frivole et, à l'occasion de bals et presque par hasard, fait vite la connaissance d'un jeune homme, un dénommé Henry Tinley, puis d'un autre, John Thorpe. Je vous passe les détails: les relations ainsi nouées restent chastes, bien entendu. Dans cette société anglaise huppée, il est en fait d'usage d'avoir une certaine position avant d'espérer convoler. Influencée par le romantisme bon marché des romans qu'elle dévore à la chandelle, la pauvre Catherine rêve éveillée d'un monde différent. La miss n'a que 17 ans, après tout...

Est-ce parce que j'ai vu le film en version française ? Je n'ai de fait que très moyennement accroché. La naïveté du personnage principal m'a paru plus exaspérante que touchante et, malgré la présence notable de têtes connues comme Cary Mulligan ou Liam Cunningham dans le casting, le jeu d'ensemble m'est apparu un peu plat. Dommage: en général, je vous l'ai déjà dit, j'aime les histoires costumées. De ce seul point de vue, Northanger Abbey respecte efficacement son cahier des charges, mais ce qui s'y déroule manque vraiment trop d'énergie pour être véritablement intéressant. Il est permis toutefois d'être sensible au charme de cette reconstitution. Personnellement, je n'ai jamais lu de Jane Austen: je crois savoir néanmoins que le roman originel est respecté. J'en attendais mieux.

Northanger Abbey
Téléfilm britannique de Jon Jones (2007)

Cette production fait partie d'un cycle produit par la groupe audiovisuel anglais ITV. Je lui accorde trois étoiles pour refléter l'idée que ce n'est pas un mauvais film en soi. Je me répète: c'est simplement que je n'ai pas "mordu" aussi fort que je pouvais l'espérer. Quitte à citer un autre récit d'initiation de la littérature britannique d'époque, il est préférable de vous renvoyer vers Tess...

lundi 28 avril 2014

La route ensemble

Il existe peut-être un trajet plus court. Google Maps donne 898 miles pour aller de Billings, Montana, à Lincoln, Nebraska, soit l'équivalent de 1.445 de nos kilomètres. Dans Nebraska, le film, c'est la route parcourue par Woodrow et son fils David. Le premier nommé a reçu une lettre qui dit qu'il est le grand gagnant d'une loterie, à hauteur d'un million de dollars. Il n'a pas envie d'écouter ceux qui prétendent qu'il s'agit d'une arnaque. Et c'est juste parce que cette obstination l'interroge que son second garçon l'accompagne chercher son "gain"...

Woodrow est-il sénile ? S'accroche-t-il à un ultime espoir pour oublier que le temps passe et que ses vieux jours n'ont plus rien d'exaltant ? David est-il soucieux ou pense-t-il devoir saisir une dernière occasion d'être proche de son père ? L'intelligence de Nebraska, c'est de laisser chacun libre de répondre à ces questions. Le film va son chemin lentement, presque tranquillement, sans donner de réponse définitive aux thématiques posées - il se termine d'ailleurs par le très beau plan d'une voiture filant vers l'horizon et tous les possibles. Cette odyssée dérisoire au coeur de l'Amérique profonde est efficace et touchante parce qu'elle mélange harmonieusement plusieurs émotions complémentaires: le ton est tour à tour drôle, mélancolique et digne. C'est évident qu'Alexander Payne, réalisateur, et Bob Nelson, scénariste, ont un grand respect pour le personnage de Woodrow. Imparfait, voire pathétique, il est surtout magnifiquement... humain.

Il faut bien dire que, devant la caméra, on assiste à un grand numéro de Bruce Dern. Souvenez-vous: en mai dernier, à 76 ans, l'acteur américain repartait du Festival de Cannes avec le Prix d'interprétation masculine. À l'antithèse de son nouvel héros, il rappelait avoir joué "plus de psychopathes, de marginaux et de camés que n'importe qui". Rien de tel ici, malgré un certain penchant pour la bière bon marché. Au sommet de son talent, Bruce Dern est le joyau d'une distribution quasi-parfaite, dont la justesse de jeu fait merveille. C'est formidable de voir autant de visages burinés réunis à l'écran et je veux citer l'extraordinaire June Squibb, 84 ans, au rang des seconds rôles majeurs, épouse acariâtre et malgré tout aimante. La belle retenue d'un Will Forte - alias David - en passe presque au second plan. N'allez surtout pas reculer devant l'image en noir et blanc: Nebraska est l'un des petits bijoux de ce début d'année 2014. Un joli voyage en famille.

Nebraska
Film américain d'Alexander Payne (2014)

Du même cinéaste, je voudrais voir The descendants, l'unique rôle de père de George Clooney. Pour le moment, je n'ai encore découvert que Sideways, un autre road-movie attachant avec Paul Giamatti. Alexander Payne tourne peu et bien. Les routes de ses films sillonnent l'Amérique populaire, ce fameux Promised land cher à Gus van Sant. On peut également songer à Jim Jarmusch et ses Broken flowers...

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Après toute cette route, faites une pause chez les copains...

Une autre chronique positive vous attend sur "Le blog de Dasola".

dimanche 27 avril 2014

Le roi criminel

Je voulais découvrir le cinéma d'Abel Ferrara depuis un bon moment. Pas attiré par son prochain film inspiré de l'affaire Strauss-Kahn, j'ai saisi l'occasion récente d'une diffusion télé de The king of New York pour assouvir un peu ma curiosité. C'est aussi Christopher Walken que j'étais content de retrouver ici. J'ai toujours trouvé l'acteur américain étrangement fascinant - c'est lié à son visage, je suppose. Cette fois, il est Frank White, un parrain du trafic de stupéfiants fraîchement sorti de prison et déterminé... à reprendre son business.

Ce personnage serait tout à fait ordinaire dans le paysage du cinéma hollywoodien s'il n'avait une spécificité: ce baron du crime voit grand et s'imagine maire de New York. Criminel endurci, il fréquente déjà quelques notables corrompus et s'imagine meilleur qu'eux, au motif qu'il souhaite sauver un hôpital de la fermeture administrative. L'ambigüité de son comportement ne l'empêche pas d'être ambitieux. Seul un (petit) groupe de policiers contrarie ses rêves de gloire politico-criminelle. Je veux dire aussitôt que The king of New York dresse un portrait de la ville des plus originaux. La première scène est à ce titre assez emblématique: Frank White observe la mégapole depuis le fauteuil arrière d'une limousine, à l'abri des sous-citoyens qui forment la faune des bas quartiers. Le titre du métrage annonce clairement la couleur: l'homme est de retour chez lui, empereur incontestable des grands voyous et petites frappes. Ceux qui oseront se mettre en travers de son chemin en paieront le prix. Les dialogues restent relativement rares et la violence toujours latente, explosive.

The king of New York porte le poids de son quasi-quart de siècle. D'aucuns ont émis l'idée qu'Abel Ferrara donnait alors à ses films l'imagerie de clips musicaux. C'est assez vrai ici et plutôt bien trouvé. Jimmy Jump, l'homme de main joué par Laurence Fishburne, paraît ainsi tout droit issu d'une vidéo de gangsta rap. Le scénario mélange allègrement toutes les communautés de la ville: blacks, irlandais, chinois... un melting pot du crime qui confère au métrage un ton particulier et une atmosphère réaliste. On ne sait trop sur quel pied danser: les "méchants" ont des principes, tandis que les "gentils", eux, n'hésitent pas à sortir du cadre légal pour faire respecter l'ordre. J'imagine que c'est là qu'il faut chercher la signature Abel Ferrara. Réputé pour l'aspect hardcore et transgressif de son style, le cinéaste sait pertinemment de quoi il parle, lui qui est né dans le Bronx il y a bientôt 63 ans. Ses comédiens composent une galerie de personnages haute en couleurs, dont Christopher Walken paraît en réalité l'élément le plus contrôlé. Faire couler le sang n'empêche pas d'avoir du style.

The king of New York
Film américain d'Abel Ferrara (1990)

Une précision: ce film ne doit pas être confondu avec un autre, sorti neuf ans plus tôt et signé Sidney Lumet - Le prince de New York. Attention également avec Un prince à New York, une comédie réalisée par John Landis en 1988, avec Eddie Murphy dans le rôle principal. Du coté d'Abel Ferrara, les comparaisons possibles ciblent davantage des films comme Le parrain ou Les affranchis. Je préfère d'ailleurs Francis Ford Coppola et, un peu en retrait, Martin Scorsese. Mon film de gangsters culte demeure L'impasse, de Brian DePalma.

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Pour rester sur le film qui nous a occupés aujourd'hui...

Je vous recommande la lecture de "Mon cinéma, jour après jour".

samedi 26 avril 2014

Coup de pouce

Grégory Montel, Fred Scotlande, Martine Schambacher... au casting de L'air de rien, je n'ai trouvé que des noms inconnus. Il est rare d'ailleurs que je regarde un film sans en connaître les acteurs. L'unique repère dont je disposais ici était Michel Delpech, qui s'amuse à jouer son propre rôle dans une histoire inventée. Le scénario l'imagine criblé de dettes fiscales, au point d'être presque obligé d'hypothéquer sa maison pour ne pas passer par la case prison. Arrive alors un huissier, qui l'aide à lancer une nouvelle série de concerts...

L'air de rien fonctionne avant tout au travers de la complémentarité de ses deux personnages, le presque vrai et le pas-tout-à-fait-faux. C'est une gentille petite comédie sans prétention, qui ne s'adresse pas uniquement aux fans de Michel Delpech. Bien entendu, si les chansons du crooner des années 70 vous tapent sur le système, vous devriez passer à côté du film sans même vous retourner. Tant pis: il n'y a rien ici qui mérite nécessairement d'être découvert, sous peine de rater une nouvelle référence du cinéma mondial. L'aventure racontée tiendrait plutôt de la tranche de vie, avec un héros en mal de père véritablement bien peu à l'aise dans la peau d'un exécuteur de justice. Ce n'est pas un hasard si ce Grégory Morel décide d'apporter son aide à un ancien chanteur oublié. Lui aussi cherche une meilleure route...

Ce road-movie presque immobile est aussi l'occasion d'une promenade dans la France rurale. Il semble assez logique qu'il ait été sélectionné lors de festivals de province: à l'image de la terre où la vedette d'hier s'est retirée, son décor est celui des innombrables petites communes qui parsèment notre territoire. En partie financée par les régions Auvergne et Limousin, L'air de rien nous accompagne dans la Creuse et le Puy-de-Dôme. Ce n'est jamais toutefois un film franchouillard. J'aime assez cette modestie formelle, je dois dire, regrettant juste que le paysage naturel ne soit pas un peu mieux exploité. On passe rapidement d'un village à l'autre et on devine facilement où conduira le chemin. Peut-être est-ce aussi lié au fait que deux personnages seulement développent l'essentiel du propos. Je m'en suis contenté.

L'air de rien
Film français de Grégory Magne et Stéphane Viard (2012)

Parce qu'il est modeste et se passe sur les routes, ce film miniature m'a rappelé parfois le joli Mobile home de François Pirot. Il en ressort une douce mélancolie: le fait que l'intrigue soit une sorte de voyage évoque également le Torpédo de Matthieu Donck. Autant d'oeuvres d'une grande simplicité de forme, qui jouent tout sur le partage d'émotions ordinaires. J'aime bien. Quant à ceux qui seraient tentés d'apprécier le talent de Michel Delpech sur écran cinéma, ils noteront qu'avec un vrai engagement, il chante ici quatre de ses grands tubes.