dimanche 5 juin 2011

Bien mal acquis...

Une chronique de Martin

Vous connaissez le proverbe, pas vrai ? Pas la peine que je le cite entièrement. Le bien mal acquis, c'est un joli magot - deux millions de dollars - qu'un trappeur texan, Llewelyn Moss, découvre par hasard dans une mallette au milieu du désert. Seulement, dans ce coin campé au centre de nulle part, il y a aussi quelques 4x4 "accidentés" et un certain nombre d'hommes morts, visiblement entretués. Chaud ! C'est sous un soleil de plomb et dans une froide ambiance que s'ouvre donc No country for old men, film que j'avais manqué au cinéma et que j'espérais découvrir depuis longtemps. C'est chose faite et j'ai tout lieu de m'en réjouir. Laissez-moi vous raconter...

Adapté d'un roman signé Cormac McCarthy, No country for old men en est une transcription fidèle. Chose surprenante: Moss ne tient pas forcément le rôle principal - ce que la fin laisse croire, en tout cas. Je le dis sans rien enlever à l'acteur, Josh Brolin, vraiment très bien. Pour moi, les deux êtres les plus intéressants de cette histoire sont le shérif Ed Tom Bell (Tommy Lee Jones) et le tueur Anton Chigurh (Javier Bardem). L'enquête policière se mue en jeu de chat et souris, entre trois protagonistes plutôt que deux, et la sauce s'avère alors d'autant plus relevée qu'elle s'accompagne d'une certaine exposition de l'Amérique profonde. L'homme de loi est désabusé, le profiteur vite dépassé par les événements et le meurtrier d'une cruauté implacable. Non, ce n'est pas un pays pour les vieux hommes. Franchement, n'allez pas dire qu'on ne vous avait pas prévenus...

Ceux qui attendent une action échevelée d'un tel scénario peuvent renoncer. No country for old men est plutôt un film d'ambiance. J'ai trouvé ses comédiens absolument sensationnels, d'un bout à l'autre de la distribution. Les Coen renouent ici avec un cinéma de trognes que j'affectionne tout particulièrement. Et une chose en particulier ne peut que frapper les amateurs de beaux films: dès le tout début, je crois avant même les premiers dialogues, les plans sont superbes, confectionnés avec une attention aux détails tout à fait remarquable. La marque des grands. Sur le plan formel toujours, le plus étonnant est peut-être qu'aucune réelle musique ne vienne scander les images. On ressort de là avec le sentiment d'avoir visualisé un conte à portée philosophique sous les atours d'un film noir à l'ancienne. La lumière écrasante du Texas n'est vraiment pas faite pour illuminer les âmes.

No country for old men
Film américain d'Ethan et Joel Coen (2007)
Dans la page dédiée, vous pourrez lire que le film a, en 2008, décroché quatre Oscars. Celui qu'il a le plus mérité concerne probablement la réalisation. Cette mise en scène a effectivement beaucoup de classe: elle est léchée sans être tape à l'oeil, alchimie suffisamment rare pour être soulignée et donc récompensée. Indéniablement, même s'ils pêchent un peu côté scénario, les Coen savent repérer les bonnes histoires et les illustrer à la perfection. Maintenant, si vous voulez rester dans l'ambiance de ce western moderne, j'aurais envie de dire qu'il peut s'inscrire dans une trilogie avec Fargo et True grit. De ces deux autres films, c'est le premier que je recommande le plus. Des trois, c'est à mon avis le plus abouti.

samedi 4 juin 2011

Paris est une fête

Une chronique de Martin

Vous avez forcément entendu parler du dernier film de Woody Allen. Minuit à Paris a fait il y a peu l'ouverture du Festival de Cannes. J'ai appris quelques jours plus tard que le réalisateur n'aime pas entrer en compétition: si treize de ses longs métrages ont ainsi été présentés sur la Croisette, aucun n'est venu y briguer la Palme d'or ! Cette fois, après des détours par Barcelone ou Londres, le cinéaste new-yorkais nous conduit dans la capitale française, qu'il présente d'abord de la manière la plus agréable qui soit, une série de plans consacrés aux plus beaux monuments et quartiers ouvrant le film avec un "tube" jazz de Sidney Bechet. Nous rencontrons aussitôt Inez et Gil, deux Américains bientôt mariés. Et là, je suis bien ennuyé...

Ennuyé ? Pas par le film, je vous rassure tout de suite. Il me paraît difficile à croire que la romance puisse vraiment couler de source chez Woody Allen et, de fait, ici, Inez et Gil sont assez désassortis. Elle est bien mignonne, certes, mais sa psycho-ridigité intellectuelle casse le charme. Lui est nettement plus rêveur, s'imagine d'emblée tout quitter aux États-Unis pour vivre en Europe et, déjà scénariste de fictions télévisées à succès, se croit alors capable d'y mettre enfin un point final à son éternel projet de roman. Mon ennui vient du fait que Minuit à Paris s'intéresse surtout à Gil, à qui il arrive une chose incroyable que je ne peux décemment pas raconter, mais sur laquelle repose toute l'intrigue. Je vous laisse la surprise: je parlerais juste de magie et vous verrez alors par vous-mêmes. N'est-ce pas ?

J'ai une autre difficulté: je ne suis pas du tout un grand connaisseur des oeuvres de Woody Allen. En fait, le cinéaste est longtemps resté loin de mon regard, menant carrière sans que j'aie eu l'occasion d'apprécier le moindre de ses films. Tout lien entre ce qu'il tourne aujourd'hui et ce qu'il a réalisé jadis me paraît des plus incongrus, cela dit en attendant d'être plus amplement informé. Une chose m'apparaît incontestable: Minuit à Paris respecte certains canons alleniens que j'ai déjà eu l'occasion d'identifier. Ainsi parle-t-il d'amour, dans une grande ville d'Europe, et en offrant une apparition à une kyrielle de stars françaises et internationales. Toutes les citer serait inutile: vous verrez aussi, y compris sur l'affiche qui en relève beaucoup. Un mot seulement sur Carla Bruni: la femme du président est bien là, mais ne pollue pas la pellicule, trois minutes d'images seulement et pas des plus dispensables. Le comédien qui m'a semblé le plus remarquable est encore Owen Wilson, le premier rôle. Habitué à des comédies plus légères, le comédien est un nouveau Woody, dans son jeu comme dans ses intonations. À lui seul, il rend agréable un film perfectible, mais fin et souriant, donc sympathique.

Minuit à Paris
Film américain de Woody Allen (2011)
Vous l'aurez compris: j'ai plutôt apprécié le spectacle. C'est agréable d'avoir le sourire tout au long d'une projection de film et c'est presque ce qui m'est arrivé avec ce film. C'était sympa aussi d'être dans une grande salle pleine à craquer, au deuxième rang seulement, et d'entendre tous ces gens rire derrière soi. Magie du vrai cinéma que rien ne remplace. À l'heure des comparaisons, un simple mot pour dire que ce long-métrage est à coup sûr bien plus badin encore que Vicky Cristina Barcelona, le dernier Allen lumineux dont j'ai eu l'occasion de vous parler. Face à Match point, il peut s'imposer également, par sa drôlerie et une certaine forme de poésie. Ou pas. Certains disent qu'il n'est pas digne du Woody des plus belles années. Si c'est vrai, ce que j'ignore, j'ai bien hâte de découvrir le reste...

jeudi 2 juin 2011

Cancres impénitents

Une chronique de Martin

Mon histoire d'aujourd'hui commence dans un lit. Grimaces pathétiques à l'appui, son jeune héros fait semblant d'être malade pour éviter le bahut. C'est déjà la neuvième fois de l'année en cours que ses parents se font piéger et que sa soeur, bien qu'alors saisie d'un sentiment d'injustice, accepte de ne pas cafter. Notre cancre impénitent peut donc ne rien faire d'autre que ce dont il a envie.
Après réflexion, il convainc un pote de se joindre à lui et, ensemble, les deux garçons font tout de même un saut à l'école pour y prendre la petite amie du premier. Et c'est alors que débute La folle journée de Ferris Bueller. Pour suivre, un conseil: accrochez vos ceintures !

Jusqu'à récemment, à part un titre vaguement familier, j'ignorais tout de ce film des années 80, que je classerais dans la catégorie réservée aux teen movies. La joie insouciante de l'adolescence constitue d'après moi la force motrice du scénario: La folle journée de Ferris Bueller n'aurait jamais pu être celle d'un homme ancré dans la force de l'âge. Je dois bien le dire d'emblée: dans leur quête de liberté absolue, ne serait-ce que pour une journée passée à sécher les cours, les jeunes dont il est ici question apparaissent décomplexés, 100% cool. On a là également un film de copains, l'amitié s'imposant toujours comme la première des valeurs centrales quand les choses en viennent à se compliquer quelque peu. Pour rire !

Rire, oui ! Ne vous y trompez pas: La folle journée de Ferris Bueller est avant tout une comédie. Je dirais qu'elle tourne en fait autour de deux axes principaux: le burlesque, mais aussi, chose moins attendue, une complicité avec le spectateur. Pour commencer avec le premier aspect, je dirais que j'ai particulièrement apprécié l'un des personnages secondaires du film, le proviseur Ed Rooney. C'est peut-être le seul adulte que les ados fugueurs ne parviennent pas à duper tout à fait. Acharné à faire avant tout prévaloir la règle du lycée, le pauvre clown va de catastrophe en catastrophe et sombre dans le ridicule absolu. Je remercie Jeffrey Jones: c'est par moments tout à fait jubilatoire. Ce qui l'est un peu moins, mais donne pourtant une spécificité très sympathique au film, c'est la manière dont le héros tourne régulièrement son regard vers nous autres, derrière l'écran, pour expliciter ses actions et nous prendre à témoin de leur efficacité. De quoi rendre les choses plus amusantes encore.

La folle journée de Ferris Bueller
Film américain de John Hughes (1986)
Sur le Net, de nombreux cinéphiles admirent Ferris Bueller. Il faut dire que le personnage est franchement sympathique, attachant, mais aussi admirablement campé par un Matthew Broderick particulièrement roublard et inspiré. Ce petit film sans prétention m'a donné la pêche: parmi les images qui subsistent, celle d'un défilé carnavalesque dans Chicago au son de Twist and shout, le tube immortel des Beatles. Même si les deux histoires n'ont presque rien de comparable, au niveau plaisir, je conçois une sorte de parenté avec celle d'un autre jeune héros de l'époque, je veux bien sûr parler de Marty McFly, l'adolescent de la trilogie Retour vers le futur. Côté séries télé, Ferris Bueller m'a aussi rappelé le fameux Parker Lewis.

mardi 31 mai 2011

Ras-le-bol

Une chronique de Moko-B

Il y a longtemps que je n'avais point voyagé dans l'héroico-onirisme chinois. Les combats aux gestes soyeux, nimbés de tintements métalliques et de discipline corporelle, me manquaient. Comme un présage, j'y pensais il y a peu encore. Et, hasard du calendrier cinématographique 2011 faisant, Tsui Hark a répondu à mon souhait avec Détective Dee: le mystère de la flamme fantôme.

Je ne suis point une habituée du cinéma de monsieur Hark. Mais voir Andy Lau et Tony Leung Ka Faï au générique m'a d'emblée mise en confiance. Puis j'ai ouï dire que le film était un digne successeur de Tigre et dragon, film de Ang Lee qui avait posé la première pierre d'une ère prospère des films d'épées enroulées de soie chinoise. Est-ce vrai ? Bien ! Penchons-nous sur l'histoire de Détective Dee: le mystère de la flamme fantôme. La narration a pour cadre la Chine de l'an 690. L'actuelle régente et future première impératrice de toute l'histoire du pays, Wu Ze Tian, s'apprête à monter sur le trône.

Cet évènement est bien évidemment générateur de complots et dissidences. Ainsi, le clou de cette intronisation que doit être l'achèvement d'une gigantesque statue en bronze de l'impératrice, est-il menacé. En effet, diverses morts mystérieuses interviennent sur le chantier et perturbent l'organisation des cérémonies. Afin d'éviter que son couronnement ne soit mis en péril, la future impératrice prend alors la décision de faire sortir de prison le détective Dee, arrêté 8 ans plus tôt pour s'être rebellé contre elle. Aidé de la suave Wan'er et de l'impétueux Donglai, Dee va mener son enquête et débusquer celui qui se cache derrière ces crimes.

Le film obéit ensuite aux "codes" du genre : combats à l'épée, personnages belliqueux et impulsifs côtoyant d'autres plus sages et réfléchis, drapés flottants et soyeux, épées tranchantes et poses étudiées. Détective Dee : le mystère de la flamme fantôme répond aux attentes du spectateur aguerri de cette branche du cinéma asiatique. Andy Lau dans le rôle du détective Dee est fidèle à lui-même : juste, maîtrisant sa copie par coeur. Tsui Hark s'est offert les services de Sammo Hung (le Flic de Shangaï) et cela donne de très convaincantes chorégraphies de combats, notamment à l'intérieur de la statue de l'impératrice. Pourtant, cela n'arrive pas à enlever la regrettable impression qu'il manque "quelque chose" pour que le film soit....complet.

Détective Dee: le mystère de la flamme fantôme
Film chinois de Tsui Hark (2011)
Le cinéma asiatique, et plus particulièrement les cinéma chinois et japonais, nous offrent régulièrement de beaux spécimens de contes héroïques sublimés. Zhang Yimou (Hero, Le secret des poignards volants) en est un maître incontesté, mais d'autres sont passés par là : Ang Lee (Tigre et dragon), Ronny Yu (Le maître d'armes), Takeshi Kitano (Zatoïchi), entre autres. Aujourd'hu,i Tsui Hark marque de son empreinte cette longue liste avec Détective Dee: le mystère de la flamme fantôme. Mais bien qu'empreint de magie chinoise et de chorégraphies de combats sublimes, le film ne réussit pas à nous emporter aussi loin qu'il y paraît. Est-ce l'intrigue trop peu "noueusement" emmêlée pour un film du genre ? Est-ce l'enchaînement à la cohérence parfois douteuse de certaines scènes ? Il est vrai qu'on sort avec une impression mitigée. Les acteurs sont impeccables, la photographie très belle et les musiques naturellement faites pour l'ambiance de chaque scène. Mais on sent que quelque chose "cloche". Tsui Hark s'est inspiré de l'histoire d'un détective qui a vécu en Chine sous la dynastie Tang. A-t-il trop versé dans la platitude de la réalité, au détriment de plus d'onirisme et de philosophie chinoise ? Détective Dee est un beau moment de cinéma... sans plus.

Pour un autre regard sur le même film:
Vous pouvez également lire la chronique de Martin publiée ici.

lundi 30 mai 2011

Retour vers le futur

Une chronique de Martin

Il est vrai que, 27 ans plus tard, les effets spéciaux apparaissent quelque peu dépassés. Il n'empêche: j'ai apprécié de pouvoir découvrir... Terminator, le tout premier d'une série de quatre films d'une efficacité discutable. Cette fois, j'insiste: j'ai été convaincu par cet opus. Une bonne surprise comme le cinéma en réserve parfois. Le problème de voir ça aujourd'hui, c'est qu'il semble impossible que l'argument principal vous ait échappé. Je le dévoile donc sans trop de vergogne: femme des années 80, Sarah Connor est - comme tous ses homonymes - traquée par un robot à visage d'homme venu tout droit du futur. Allez, stop: je n'en dis pas davantage sur les causes de cet acharnement à tuer. À vous de voir.

Ce que j'indique, en revanche, c'est que nous tenons là une histoire innovante, au moins pour l'époque, et appuyée sur un scénario réellement bien charpenté. Une fois l'idée du voyage dans le temps admise, on peut prendre plaisir à découvrir ce film, lui-même venu d'un autre temps. Premier constat: Terminator, c'est de l'action pure et dure. Les scènes d'exposition sont rares et la chasse à l'humaine intense pour la machine. Ni temps mort, ni discussions inutiles, quelque chose qui peut rappeler les westerns, juste transposés alors dans le monde de 1984 (belle date pour un film de science-fiction !). Ces qualités ont fait que je n'ai pas eu à me plaindre du côté naphtaliné du rendu visuel. Le long-métrage est daté, pas kitsch.

Après, bien sûr, ce n'est pas non plus l'oeuvre du siècle, le spectacle qui altère définitivement notre perception et nous fait dire qu'il y a un avant et un après. C'est juste, replacé dans son contexte, un film de qualité, doté d'une vraie personnalité. La VF ne supprime pas totalement le plaisir qu'on peut avoir à le découvrir. Ce qui est amusant, avec le recul, c'est de constater qu'aucun des acteurs principaux de Terminator n'est devenu une star, à l'exception évidemment d'Arnold Schwarzennegger dans le rôle titre. Il aurait gagné deux fois plus pour la suite et quatre fois plus pour l'épisode 3. On voit où toute cette carrière l'a mené ! Je suppose que ça veut dire aussi que ses rôles correspondent aussi à ce qu'attend le public américain. Ici, sans qu'il soit fait appel à un quelconque talent d'expressivité, ça me semble être une qualité. Même 27 ans plus tard.

Terminator
Film américain de James Cameron (1984)
Réalisateur, scénariste, parfois producteur: James Cameron fait beaucoup de choses à Hollywood. Ici, il a écrit et tourné: le résultat est là, pas fantastique mais franchement efficace. J'ai l'impression qu'à l'époque, il y avait dans l'approche une recherche d'originalité, alors qu'aujourd'hui, le bon Jim et ses copains ont tendance à recycler les concepts qui ont bien fonctionné. Or, ce qui est sûrement bon pour la machine à dollars ne l'est plus forcément pour le public. Chacun jugera selon ses critères. Pour ma part, dans la filmo du roi du box office, je suis content de découvrir les origines. Et j'ai plutôt envie de me replonger dans Abyss que dans un énième Avatar.

samedi 28 mai 2011

L'échappée belle

Une chronique de Martin

Ce n'est pas fréquent, mais quand il arrive que j'enchaîne deux films au cours d'une même soirée cinéma, j'essaye d'éviter que le second vienne plomber la belle humeur apportée par le premier. S'il y en a un qui risque d'être dur, je tente de le voir d'abord, avant donc d'enchaîner avec un autre, plus souriant. C'est ce que je suis parvenu à faire il y a peu avec Voir la mer. Patrice Leconte est un réalisateur dont j'apprécie le talent, même si je n'ai pas vu toutes ses créations. Celle-là - sa dernière en date - est à la fois lumineuse et modeste dans le traitement. Après quelques flops sur des productions d'ampleur, le cinéaste aurait voulu s'offrir un petit film de pur plaisir.

Ce plaisir supposé, je l'ai partagé. Voir la mer pourrait bien susciter une certaine controverse: mon ami Philippe, venu le voir avec moi, l'a trouvé très plat. Il est vrai que le scénario a l'épaisseur du papier à cigarettes. Petit miracle: pour moi, ce n'est pas un défaut, l'histoire ici contée me paraissant relativement ordinaire et l'absence de fioritures un atout qui permet d'apprécier l'oeuvre différemment, plus sur la forme que sur le fond. L'argument de départ n'est pas insignifiant pour autant: Nicolas et Clément, deux frangins, voient débarquer dans leur vie une dénommée Prudence, une jolie blonde qui fuit son ex, Max, un rustre plus âgé qu'elle. Alors qu'ils pensaient partir ensemble visiter leur mère à Saint-Jean-de-Luz, les garçons finissent par embarquer avec eux cette fille qui n'a jamais vu l'océan. Je n'ai pas envie de dire ici si c'est pour le meilleur, le pire ou un peu des deux. Le film et vos émotions répondront mieux que moi.

En ce qui me concerne, donc, j'ai vraiment aimé cette histoire. Pauline Lefèvre, ex-miss météo, offre un grand numéro de charme aux frères, Clément Sibony et Nicolas Giraud. Je me suis demandé après coup ce que j'en aurais pensé si j'avais été une fille: je suis donc curieux d'avoir des avis féminins sur le film. Une certitude quand même: Prudence est le noyau autour duquel tournent Clément, Nicolas, Max et le scénario tout entier. Voir la mer m'a de fait agréablement surpris dans cette optique: pour une fois, j'ai l'impression que ce ne sont pas les hommes qui mènent la barque, mais que c'est la femme qui emmène tout le monde où elle voudrait. Et parce que c'est filmé avec douceur, inventivité et humour, j'ai vraiment passé un très bon moment devant ces belles images. Si bon qu'au fond, je préfère n'évoquer que cette ambiance de vacances, parfois teintée d'un peu de nostalgie, mais ne trop rien dévoiler ici des divers tenants et aboutissants du voyage du joli trio constitué. Plutôt, je vous encourage fort à vous y confronter pour vous forger votre propre opinion. La mienne est donc tout à fait positive.

Voir la mer
Film français de Patrice Leconte (2011)
Une fille et deux garçons: la plupart des critiques que j'ai lues font d'emblée le rapprochement avec Jules et Jim. Pourtant, par la magie des couleurs, le long-métrage de Patrice Leconte ne ressemble pas vraiment à celui de François Truffaut. Mêmes parallèle et constat avec Les valseuses de Bertrand Blier. Si j'ai bonne mémoire, le film de Patrice Leconte est bien plus positif, je le dis sans rien enlever pourtant à ses prédécesseurs. Puis-je oser une autre comparaison, avec Thelma et Louise, cette fois ? Comme chez Ridley Scott, il est aussi question ici de quitter une vie insatisfaisante en quête d'un peu de joie de vivre. Mais là aussi, le message final reste bien plus optimiste. Je ne vois dès lors pas de raison de se priver du plaisir que peut procurer la séance. J'avais un bon feeling: le voilà confirmé.

vendredi 27 mai 2011

Une flic

Une chronique de Martin

Il y a des films dont je pressens vite qu'ils ne trouveront leur public qu'au bénéfice d'un bouche à oreilles favorable. Coup d'éclat en fait partie et, s'il n'y avait Catherine Frot en tête d'affiche, je me dis même qu'il aurait peiné à susciter la curiosité du spectateur lambda. Je me mets d'ailleurs dans le lot: sans la comédienne, je n'aurais sans doute pas prêté attention à ce long-métrage signé José Alcala, un réalisateur que je ne connaissais même pas. Il aurait pourtant été dommage de ne pas voir son deuxième long: dans la catégorie "polar noir", il tient parfaitement la route. Bon, évidemment, si on aime aller au cinéma pour se détendre, il vaut mieux choisir autre chose...

Sinon, à mon avis, il y a là de très bonnes choses à voir. L'interprétation de Catherine Frot, d'abord, et son personnage, femme flic désabusée, chargée de la police des frontières. Fabienne doit interroger une jeune prostituée d'origine kazakhe: ses papiers lui paraissent douteux. L'intéressée s'affole et prétend que, du fait de son interpellation, elle a laissé son jeune fils sans surveillance. Déprimée mais empathique, Fabienne l'accompagne pour retrouver l'enfant et se voit aussitôt fausser compagnie. La nuit passe et, après le lever d'un pale soleil, la fuyarde est retrouvée morte au pied d'un immeuble. Coup d'éclat repose sur une question: cette tombée du toit est-elle réellement un suicide ? Fabienne l'ignore. Elle doute.

J'ai parlé de polar noir. Décomposons, voulez-vous ? Polar, Coup d'éclat l'est, à l'évidence. Il y a bien enquête policière, suspense réel sur les agissements des uns et des autres, réponses (ambiguës) données à la toute fin du métrage. Noire, l'oeuvre proposée l'est aussi: les scènes de nuit sont assez révélatrices de la sourde tension qui se maintient quasiment jusqu'au générique final. La réussite majeure de ce petit film, c'est d'exposer une situation sans y porter de jugement. Il n'y a pas de bien et de mal: Fabienne, qu'interprète admirablement Catherine Frot, est certes pétrie de valeurs humanistes, mais elle se heurte en permanence à une certaine part d'ombre. Autour gravitent, dans les rôles principaux, une belle série de personnalités bien campées et une distribution d'acteurs méconnus. En somme, du cinéma qui surprend, du cinéma marquant. Et qui, au passage, montre aussi un peu de la France d'aujourd'hui.

Coup d'éclat
Film français de José Alcala (2011)
Le cheminement de Fabienne peut l'expliquer, mais j'avoue humblement avoir un doute sur le sens du titre. Peu importe: le film mérite largement le détour pour lui-même. À l'image du travail qu'aurait pu réaliser un Jacques Audiard, il n'y a pas forcément là assez de lumière pour attirer tous les publics. Pas nécessairement parfaitement abouti, le film peut dérouter par ses longues scènes d'exposition. À mes yeux, le fait qu'il prenne son temps crée l'effet inverse: cette langueur contribue largement à l'ambiance. J'ai retrouvé ici quelque chose de Gardiens de l'ordre, en plus noir encore. Pour ceux qui connaissent, je dirais que la comparaison d'évidence m'est venue du monde de la littérature, avec la trilogie marseillaise (Total Khéops, Chourmo et Soléa) de Jean-Claude Izzo. Le fait que l'histoire se passe à Sète a joué là-dessus, bien sûr.

lundi 23 mai 2011

Malick quand même

Une chronique de Martin

Bien. L'heure est désormais venue de reparler de cette édition 2011 du Festival de Cannes. J'ai évidemment choisi d'être exhaustif. Beaucoup de choses m'enthousiasment dans le palmarès: je vais tâcher de vous expliquer pourquoi. Et, bien évidemment, je piaffe déjà à l'idée de découvrir prochainement quelques-uns de ces films. Venez donc avec moi faire un dernier tour sur la Croisette ! Il se peut qu'on y rencontre quelques-unes des grandes stars du septième art.

Ce n'est pas banal: Terrence Malick n'était pas au Palais des Festivals hier à l'heure de recevoir la Palme d'or du 64ème Festival de Cannes. Après avoir préféré prendre un an de plus pour boucler son montage et présenter enfin The tree of life, le réalisateur américain triomphe sur la Croisette. Il n'en reste pas moins d'une timidité confondante, refusant de venir cueillir les lauriers de sa gloire et envoyant alors ses producteurs Dede Gardner et Bill Polhad les chercher à sa place. De cette chronique d'un sacre annoncé, il me reste à découvrir l'essentiel: le film. Rendez-vous au cinéma d'ici quelques jours.

Avant même la première montée des marches, ce Festival 2011 était considéré comme un très bon cru. Est-ce parce que les bons films étaient effectivement légion que le jury a eu tout ce mal à décerner son Grand Prix ? Possible. Pour contourner l'obstacle, Robert de Niro et ses compagnons ont couronné deux films de cette récompense. Les lauréats sont des habitués du palmarès cannois: Nuri Bilge Ceylan et son Il était une fois en Anatolie côtoient les frères Dardenne, avec Le gamin au vélo. C'est ce second film que je pense découvrir le premier, très certainement au tout début du mois prochain.

Pour Polisse, il faudra attendre l'automne. Le film de Maïwenn m'a l'air intéressant, tourné qu'il est vers une représentation réaliste d'une brigade de protections des mineurs. Hier soir, en robe rouge sur la scène du Palais des Festivals, la réalisatrice française remerciait les équipes policières qui lui avaient permis d'appréhender "la misère humaine". Je suppose donc qu'il faut anticiper un film coup-de-poing, mais c'est en fait ce que j'espère. Ce sera aussi pour moi l'occasion d'apprécier l'oeuvre d'une cinéaste que je ne connais pour l'heure que de nom. Je suis content de voir que, benjamine de la sélection, elle est repartie avec le Prix du jury.

Vous l'avez sûrement entendu: Lars von Trier a marqué ce Festival par des déclarations sur l'esthétique du nazisme et sa "sympathie" pour Hitler. Palmé en 2000, le réalisateur danois est le grand perdant de ce millésime 2011, premier cinéaste à être officiellement déclaré indésirable sur la Croisette. Navrant, d'autant que son Melancholia promet réellement d'être un grand film. La jolie Kirsten Dunst parvient à sauver les meubles en s'emparant du Prix d'interprétation féminine. C'est l'un des projets que j'attends désormais avec le plus d'impatience. Sa sortie est prévue pour août. Trois mois encore...

Autre attente forte: celle de The artist, le long-métrage sélectionné à la toute dernière minute, qui offre à Jean Dujardin un Prix d'interprétation masculine. Je suis vraiment très curieux d'apprécier enfin la valeur de ce long-métrage improbable, en noir et blanc, muet. Quelqu'un de mon entourage - bonjour, Jean-Laurent ! - l'a déjà vu et m'en a dit beaucoup de bien. Je n'en sais pas grand-chose, si ce n'est qu'il évoque le destin d'un acteur ruiné par l'arrivée soudaine des films parlants. Son interprète a fait preuve d'humour hier, se prosternant devant Robert de Niro et terminant son discours par un: "Maintenant, je me tais, parce que ça me réussit plutôt bien".

Derniers grands noms du palmarès édition 2011: ceux du Danois Nicolas Winding Refn et de l'Israélien Joseph Cedar. Ils obtiennent respectivement le Prix de la mise en scène et celui du scénario, l'un pour Drive, l'autre pour Footnote. Ce sont deux films qui n'ont rien de comparable, le premier évoquant des cascadeurs dans une histoire de braquage, le second étant présenté comme une comédie intellectuelle entre un père et un fils, universitaires juifs spécialistes du Talmud. Si l'occasion se présente d'y voir un peu plus clair, comptez sur moi: j'essayerai de la saisir. Notons que la consécration cannoise pourrait une nouvelle fois nous ouvrir à d'autres cinémas.

Ce serait aussi le cas si Las acacias, de l'Argentin Pablo Giorgelli, arrive sur nos écrans. J'avoue qu'avant hier, je n'avais pas entendu parler de ce réalisateur, mais j'ai une petite excuse pour ça: il a obtenu la Caméra d'or, le trophée cannois qui vient justement récompenser le meilleur premier film, toutes sélections confondues. Cette année, c'est au coeur de la Semaine de la critique qu'il fallait chercher l'heureux élu. Son film - une fiction - raconte l'histoire simple d'un camionneur qui prend en stop une femme avec son bébé. Un quasi-huis-clos minimaliste, mais paraît-il très beau. J'espère avoir l'occasion de me faire ma propre idée. Pour y revenir ensuite.

Pourrai-je également découvrir les deux courts-métrages couronnés cette année ? Rien n'est moins sûr. Pour la forme, je note au moins leur nom: la Palme revient à Cross country, oeuvre de la réalisatrice ukrainienne Maryna Vodra, et une mention spéciale est par ailleurs décernée à Badpakje 46, du Belge Wannes Destoop. D'un côté rencontre avec une bande de joggeurs, de l'autre vie d'une fillette complexée par son poids et qui fait de la natation: c'est bien là tout ce que je sais à ce stade de la discussion. Ce qui ne veut pas dire que le reste ne m'intéresse pas, loin de là. Reste à savoir si j'aurais donc l'occasion de le découvrir un jour prochain. Wait and see.

Un petit paragraphe maintenant pour évoquer aussi quelques favoris de la compétition qui repartent finalement bredouilles. Je cite d'abord l'éternel Pedro Almodovar, qui, bien que déjà récompensé, attend toujours sa Palme et n'a rien gagné pour La piel que habito. Constat identique pour la Japonaise Naomi Kawase, dont le Hanezu no Tsuki était pourtant présenté comme un candidat assez sérieux en cette période post-Fukushima. Côté comédiens, on peut s'étonner du chou blanc de Sean Penn, métamorphosé en rock star revancharde dans This must be the place, et plus encore de la consécration manquée pour Tilda Swinton, qui avait pourtant une cote favorable avec We must talk about Kevin. Impénétrables voies de Cannes...

Enfin, une dernière décision qui m'a fait plaisir: celle de remettre une Palme d'honneur au grand réalisateur italien Bernardo Bertolucci. Il y avait lieu de craindre que la disparition de Maria Schneider, comédienne révélée dans Le dernier tango à Paris, ne porte préjudice au cinéaste, pas franchement tendre avec son interprète féminine - une histoire de sexe filmé, cruel parce que non consenti. N'ayant pas vu l'objet du délit, je me garde bien de juger l'ensemble d'une carrière sur ce point particulier et me réjouis de voir consacré l'homme qui a présenté au monde Le dernier empereur.

Voilà.
Le Palais des Festivals a fermé. Rendez-vous en mai 2012.

samedi 21 mai 2011

Poulet au vinaigre

Une chronique de Martin

Je ne veux pas en faire une généralité, mais j'ai tendance à penser qu'habituellement, le cinéma glorifie plutôt la justice et le bon sens policier. Nicholas Angel, le héros de Hot fuzz, n'est pas un flic comme les autres: à Londres, la ville où il travaille, ses chefs l'évaluent comme le plus efficace de sa brigade. Mais bon, ça fait désordre: ça montre que les autres sont nuls. Et voilà donc comment le meilleur des gardiens de l'ordre se retrouve promu... et muté.

Regardez-le, avec ces deux flingues, bien déterminé à en découdre avec les criminels les plus odieux. Il n'est pas touchant ? Non, hein ? Pas vraiment ? Ma petite introduction vous aura probablement fait comprendre qu'il n'y a pas rien de très sérieux dans ce drôle de film. Et, si vous ne l'aviez pas reconnu, je précise aussi que vous avez sous les yeux l'acteur britannique Simon Pegg, bien connu pour le duo qu'il forme (ici aussi) avec Nick Frost - j'y reviendrai en conclusion. Cette fois, notre homme est donc chargé, non pas de rétablir, mais bien de maintenir l'ordre dans la rieuse cité de Sandford. Aïe ! Problème, parce que, pour lui, ça en est presque un: il ne s'y passe jamais rien ! Démarré sur les chapeaux de roue, Hot fuzz va-t-il s'enliser dans des sables moroses ? Vous imaginez bien que ce serait trop facile. J'ajoute que ce ne serait surtout pas assez drôle...

Cela dit, cette première partie du film reste celle qui m'a le plus plu. Voir ce super-flic débarquer au milieu de nulle part et vite souffrir d'ennui à ne rien avoir d'autre à faire que de "ramasser" les poivrots au pub du coin est particulièrement jubilatoire. Hot fuzz ne s'arrête toutefois pas à cette (bonne) idée de départ. Ce qu'il y a d'incroyable dans tout ça, c'est évidemment que, bientôt, après que Angel a donné la chasse à un cygne, une série de meurtres sauvages frappe Sandford et met à bas une tranquillité qu'on avait beau jeu de croire inaltérable. C'est là que le film s'aventure dans le n'importe quoi, avec d'autant plus de conviction qu'il devrait inévitablement perdre quelques spectateurs en route. Ceux qui seront restés devant l'écran auront droit à l'une de ces comédies anglaises 100% débridées, comme celles que les habitués du duo Pegg/Frost avouent adorer. Culture geek assumée sans complexe, ça peut ma foi être franchement marrant et rebondissant à presque chaque scène.

Comédie potache, Hot fuzz prend alors l'allure d'un film d'action particulièrement barré, avec, c'est la loi du genre, l'inévitable kyrielle de clins d'oeil. Les recenser devrait vous amuser si vous êtes connaisseurs et bien sûr réceptifs à ce genre d'humour. Sur le plan strictement formel, il n'y a là que du tout bon, une réalisation simple et efficace. Même quand ça pétarade en tout sens, comme ça finit bientôt par arriver, on comprend ce qui se passe. Le montage un peu clippé est franchement sympa et les effets spéciaux d'une efficacité indéniable. Bref, vous l'aurez compris, j'ai bien aimé le résultat final, regrettant juste que France 4, la chaîne de télé où je l'ai découvert l'autre soir, choisisse de le diffuser en VF. C'est presque criminel et, si Nicholas Angel était passé par chez moi, il aurait sans doute sorti son carnet à souches et dressé une jolie petite contravention. Maintenant, soyons honnête: le doublage n'est pas non plus calamiteux. Je crains juste d'être passé à côté de certains gags. Bah... il en reste suffisamment pour deux petites heures de délire. Pour conclure donc sur une bonne note, c'est ce que je retiendrai.

Hot fuzz
Film anglais d'Edgar Wright (2007)
Les autres films avec Simon Pegg et Nick Frost ? J'en ai également parlé ici: il s'agit de Shaun of the dead et de Paul. Chacun des trois pourrait allégrement passer pour la parodie d'un genre déterminé. C'est un rien plus complexe: plutôt que de se moquer, les trublions anglais rendent hommage à une certaine culture, je crois. Il le font en s'inspirant de certaines séries Z et en poussant leur logique jusqu'à l'extrême, sous un ton délibérément délirant. Une démarche qui peut rappeler celle d'un Quentin Tarantino, dans un autre genre. Moi, j'aime bien, sans élever les films au rang d'incontournable. Logiquement, en prenant tout ça au quatrième degré, vous devriez en tout cas passer un bon moment. Trop sérieux s'abstenir. J'ajoute encore que, l'air de rien, les flics ont ici un rôle assez respectable...

vendredi 20 mai 2011

De drôles d'oiseaux

Une chronique de Martin

J'aime de temps en temps retomber en enfance. C'est ce que j'ai fait l'autre jour devant Rio, prévenu par Jean-Michel - salut, mon pote ! - que le dernier né des studios Blue Sky s'adressait au jeune public. Ouais, je confirme: si vous aimez l'animation à deux discours, l'un accessible aux gamins et l'autre aux adultes, passez votre chemin cette fois-ci. En revanche, si, comme à moi, il vous est agréable d'oublier un peu le temps qui passe, vous pouvez accorder une heure et demie de votre temps à ce long-métrage très coloré et joyeux. Certes, même si le ciné joue la carte 3D, ça peut attendre le DVD...

Comme son nom l'indique, après une première incartade en Amérique du Sud, Rio débute réellement... dans le Minnesota (oh, le piège !). À gauche, Blu, ara bleu qui ne sait pas voler. À droite, Linda, bipède célibataire, du genre jeune libraire à lunettes passionnée d'oiseaux. Ces deux-là se sont rencontrés quand l'animal est tombé du camion d'odieux trafiquants et que sa copine l'humaine l'a sauvé d'une mort certaine en ramassant le carton dans lequel il était encore enfermé. Depuis plus de quinze ans, la bête et la belle cohabitent ainsi, amis improbables, et ça se passe plutôt bien, même si Blu rote parfois après s'être... lavé les dents. Le matin, il aime boire son chocolat chaud, agrémenté de quelques guimauves pour plus de douceur. L'élément perturbateur, c'est l'arrivée de Tulio, ornithologue brésilien un peu fou, qui informe Linda que son compagnon est le dernier mâle de son espèce et qu'il serait donc bon qu'il rejoigne la mère patrie afin de procréer. Le Brésil ou la destination de tous les dangers !

Quelques scènes plus tard, Blu se retrouve de nouveau emprisonné, accroché à... la dernière femelle de son espèce, j'ai nommé Perla. Outre la nuance de leur bleu plumage, les deux volatiles différent fondamentalement en ce que la demoiselle, elle, sait bien se servir de ses ailes. Et, face aux vilains contrebandiers, elle s'échapperait donc à la première occasion. Sauf qu'il y a Blu, justement. Rio marque donc l'énième confrontation entre deux personnages fantasques que tout semble opposer et qui, pourtant, vont devoir s'associer, au moins un moment, pour se tirer d'affaire. Vous avez deviné comment ça se terminera ? Tant mieux: je ne le dirai pas ! Honnêtement, le film ne m'a pas surpris: sa bande-annonce montrait déjà beaucoup de choses. L'important n'est pas là: j'espérais m'offrir une heure et demie de détente et c'est bien ce que j'ai eu. Sincèrement, sur le moment, ça a largement suffi à mon bonheur. Même si mon niveau d'exigence est souvent nettement supérieur.

Je vous épargne les figures classiques de ce genre de programmes formatés et notamment la galerie de personnages secondaires, dispensables, mais rigolos. S'il faut résumer mon propos, je dirais que Rio tient ses promesses: c'est un film simple, sans imagination mais sans chichis, qui se déroule sans esbroufe. Sa grande qualité est là, dans la modestie de fond et de style, et la relative efficacité qui en découle. Techniquement, même si ce n'est pas neuf, ça reste franchement joli pour les yeux et agréable pour les oreilles. Heureusement qu'au pays de la samba, il y a du rythme, hein ? Vraiment, de ce point de vue, Carlos Saldanha a largement respecté sa part du contrat. Pour ce qui est de la 3D, sans être indispensable, je dirais qu'elle est gérée intelligemment, apportant une profondeur de champ appréciable à certaines scènes. Pour un peu, ça donnerait presque envie d'aller voir de plus près à quoi ressemble effectivement le Brésil. Il paraît clair que la vision qui en est donnée ici est idyllique, mais bon... il s'agit bien de retomber en enfance.

Rio
Film américain de Carlos Saldanha (2011)
J'ai souvent parlé ici de la guerre qui peut opposer les admirateurs des deux grands studios US d'animation 3D, Pixar et Dreamworks. Voir une oeuvre signée Blue Sky me semble une façon très honorable de rester en-dehors du conflit. S'envoler avec celle-là, c'est simple, d'accord, mais pas déshonorant. Et, lunettes noires et crème solaire sur le nez, ça peut être une chouette façon d'attendre l'année prochaine et le quatrième - et ultime ? - épisode de la série emblème de la compagnie: je veux bien sûr parler de L'âge de glace.