dimanche 6 septembre 2015

Huit ans révolus

Je ne suis pas fou des mois de septembre. Je ne suis pas concerné cette année, mais quand juillet et août s'effacent, je trouve toujours à l'air du temps un parfum de rentrée des classes. On va po-si-ti-ver ! Pour moi, ce dimanche est aussi synonyme d'anniversaire: je fête aujourd'hui les huit ans de ce blog ! À votre santé à toutes et tous ! J'ai soudain eu envie de revenir sur la façon dont tout a commencé...

En 2007, je travaillais dans un journal mensuel et j'étais confronté alors à une nécessité imprévue: fournir assez d'articles pour alimenter un certain nombre de pages susceptibles d'intéresser un lectorat complémentaire. C'est ainsi que, sur une idée de titre de rubrique inventé par une collègue maquettiste (coucou, Céline !), les Cultures multiples sont nées. Chaque mois, une grande enseigne partenaire nous permettait de lui emprunter livres, BDs, CDs et DVDs. J'ai pris l'habitude de piocher des films que je ne serais pas forcément allé voir au cinéma... et je suis alors, comme on dit, tombé en cinéphilie.

Bonus du jour: le copier-coller de sept de mes premières chroniques. Double précision avant tout: j'ai pu changer d'avis sur les films visés. Mais rien n'est sûr, en réalité: je crois n'en avoir revu aucun depuis.

Le faucon maltais / John Huston / 1941
C'est la plus connue des quatre adaptations cinématographiques du roman de Dashiel Hammett. Elle a même totalement éclipsé le roman original. Mais comment en vouloir à Bogey ? Dans Le faucon maltais, le bel Humphrey Bogart se glisse avec aisance dans la peau du détective Sam Spade. Avec son franc-parler et ses méthodes expéditives, il accepte de venir en aide à une jolie femme qui se dit menacée. Problème: le soir même, son coéquipier est assassiné. Débute alors une intrigue policière des plus alambiquées, dont l'humour n'est pourtant pas exclu. En guise de bonus, le DVD propose notamment deux documentaires et un court-métrage. Incontournable.

Tideland / Terry Gilliam / 2005
La mère d'une petite fille meure d'overdose. Le père, lui, continue de se piquer. Parce qu'il faut quand même changer un peu, il emmène sa gamine à la campagne, sur ce qu'il croit être le chemin du Jutland. Là-bas, Jeliza-Rose promène ses têtes de poupées et, sur le bord d'une voie ferrée, rencontre Dell et Dickens, au moins aussi fracassés que son géniteur. Après Les frères Grimm, Terry Gilliam revient à ses premières amours, 100% déjantées. Ce film-là n'est pas le plus accessible de toute sa filmographie, mais il vaut pour les acteurs, tous impeccables dans leurs drôles de rôles. Mention spéciale pour Jodelle Ferland, époustouflante.

Le vent se lève / Ken Loach / 2006
Avec Ken Loach, un film est toujours engagé, à la limite de la partialité. Le maître a décroché la Palme d'or avec cette oeuvre sombre. Il y évoque le destin de deux frères irlandais des années 20, en rébellion contre l'occupant anglais. Le propos peut paraître manichéen: les soldats du roi apparaissent immédiatement comme des brutes sanguinaires. Ce serait oublier que le réalisateur filme avant tout des êtres qui entendent rester maîtres de leur destin, sans toujours y parvenir. La révolte irlandaise est traitée sans complaisance, avec ce qu'elle contient de violence. Ce cinéma-là peut ne pas plaire. Il laisse difficilement indifférent.

L'homme sans frontière / Peter Fonda / 1971
Ils sont trois, à cheval, sur la route de la prometteuse Californie. Harry, ce soir-là, est fatigué. Il renonce à aller plus loin et décide qu'au petit matin, il retournera rejoindre sa femme, qu'il a quittée sept ans auparavant. Tant pis pour l'océan, les oranges et les filles de l'Ouest. Arch, son vieux compagnon de route, se prépare à poursuivre l'aventure, malgré tout. Mais Dan, le plus jeune du trio, est tué. Les deux hommes oublient alors leurs rêves et font demi-tour. Sublimé par de magnifiques images, ce western, parle, comme d'autres, d'amour, d'amitié, de vengeance et de mort. Sur les pas de son père Henry, Peter Fonda marche vers son destin.

Le parfum / Tom Tykwer / 2006
Stanley Kubrick lui-même avait fini par renoncer. C'est finalement Tom Tykwer qui s'est lancé dans l'adaptation du célèbre roman de Patrick Süskind. Matériau difficile et défi majeur: comment, en effet, transmettre des senteurs à l'image ? De fait, le réalisateur allemand y parvient plutôt bien, à grand renfort de plans très explicites. Il peut ainsi raconter facilement la drôle d'histoire de Jean-Baptiste Grenouille, enfant perdu du 18ème siècle, devenu meurtrier dans l'espoir de garder éternellement le souvenir, la trace des fragrances. Cinéma oblige, quelques passages du livre sont éludés, mais l'essentiel est là. Jusqu'à l'horreur finale...

Happy feet / George Miller / 2006
Mumble, le fils de Memphis et de Norma Jean, a un très sérieux problème: il ne sait pas chanter, ce qui est pourtant pour ses congénères la seule manière de séduire. Tout ce qu'il maîtrise, c'est l'art de la danse. Problème: c'est une qualité que ne goûtent guère ses parents et encore moins les vieux de la tribu. Ces derniers croient même Mumble responsable du manque de nourriture. Ni une ni deux, le pauvre petit se retrouve condamné à l'exil. Loin des siens, il affrontera le danger et se fera des amis, avant de revenir mettre à mal ses détracteurs et... rassurer sa maman. Pas si facile, en fait, la vie d'un manchot sur la banquise !

Quelques jours en septembre / Santiago Amigorena / 2006
"Ton père veut te revoir": c'est l'annonce qu'Irène fait à Orlando, jolie fille d'une vingtaine d'années. Un choc pour cette dernière, qui n'a plus vu l'intéressé depuis un bon moment. Autre surprise: Elliott a un fils, David, bien décidé lui aussi à partir à la recherche de son mystérieux papa. Le problème, c'est que, très vite, apparaissent un tueur et deux types bizarres, tous également pressés de retrouver Elliott. Pourquoi ce dernier est-il l'objet d'autant d'intérêt ? On le comprend très vite, sans conséquence pour le charme de ce film d'espionnage à la française. Une réussite passée plutôt inaperçue en salles et qui mérite une autre chance.

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Bonus du bonus: d'autres avis sur certains des films...
- Le faucon maltais: Elle et Lui.
- Tideland: Elle et Lui / Pascale / Laurent.
- Le vent se lève: Elle et Lui / Pascale / Sentinelle.
- Le parfum: Pascale / Ideyvonne.
- Quelques jours en septembre: Pascale / Chonchon.

Et pour finir, une précision...
La toute première photo est issue du très bon Fantastic Mr. Fox. Mon premier Wes Anderson, découvert dans un cinéma, en juin 2010.

samedi 5 septembre 2015

Une brute, un truand...

Sur le papier, une rencontre entre Marlon Brando et Jack Nicholson avait tout pour me faire saliver. C'est ce qui m'a décidé à découvrir ce western tardif qu'est Missouri Breaks. D'aucuns jugent qu'il était très compliqué de faire collaborer deux stars de cette envergure. Pourtant, comme une recherche sur Google Images vous le prouvera aisément, les compères se sont bien entendus... et le film est réussi.

Derrière la caméra, Arthur Penn y est bien sûr pour quelque chose. Pourvu d'un bon scénario, le cinéaste dresse un double portrait habile. D'un côté, il y a Logan/Nicholson, le chef barbu d'une bande de voleurs de chevaux, qui, après qu'un de ses jeunes complices a été pendu, s'inquiète soudain des risques encourus et serait presque tenté d'arrêter les frais avant que tout le groupe se retrouve corde au cou. De l'autre, Clayton/Brando, chasseur de primes aussi indépendant qu'excentrique, supposé à la solde d'un richissime propriétaire terrien soucieux de "réguler" les activités des desperados des environs. J'ignore si ce décalage vous plaira: dans ce récit, l'homme de valeur n'est pas nécessairement celui qui reste du côté de la loi. L'opposition du bandit au grand coeur avec le pseudo-justicier aussi intransigeant que sanguinaire ne représente pas une idée nouvelle, certes. Je dis juste qu'elle trouve ici une très belle expression. Missouri Breaks m'est apparu comme un bon représentant des westerns de son temps. Celui où le rêve américain d'une société juste (et libertaire) s'effrite.

La prestation des deux têtes d'affiche mérite bien sûr le détour. Maintenant, en toute objectivité, l'ensemble de la distribution joue parfaitement sa partition et les seconds rôles ont une part importante dans la réussite formelle du long-métrage - je vais notamment citer en exemples John McLiam, Harry Dean Stanton et, dans ce qui est aussi sa toute première apparition au cinéma, la jolie Kathleen Lloyd. Une précision sur ce point: si Missouri Breaks dénote dans le paysage ultra-normé du western américain, c'est aussi pour son personnage féminin, unique, certes, mais décisif. Fille d'éleveur, Jane Braxton pourrait n'être qu'une oie blanche à la merci des bad boys: elle est exactement le contraire, une femme déterminée à choisir seule l'orientation de sa vie, quitte pour cela à... tuer le père. Il me faut vous laisser découvrir seuls la suite de cette histoire: je m'en tiens là pour mes explications sur les ressorts narratifs du long-métrage. Chacun jugera si la morale est sauve et si la rédemption est possible pour les brigands. La fin, ouverte, nous invite de facto à y réfléchir.

Missouri Breaks
Film américain d'Arthur Penn (1976)

C'est entendu: Marlon Brando et Jack Nicholson sont excellents ! J'ajoute toutefois que ce western atypique est aussi le reflet évident du grand talent de son réalisateur. Il ne tutoie certes pas exactement les mêmes sommets qu'un Little big man, mais on est quelque part entre la flamboyance de La porte du paradis et le côté le plus sombre d'un Josey Wales. Et pas si loin de La vengeance aux deux visages.

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Un dernier détour vers l'Ouest ?

Je vous propose de le faire chez mes amis de "L'oeil sur l'écran".     

jeudi 3 septembre 2015

L'avenir en suspens

Aujourd'hui, si vous le voulez bien, je vous emmène en Subjectivité. Dans ce beau pays, on a le droit d'aimer certaines choses imparfaites sans avoir besoin de s'en justifier. Là-bas, je crois qu'il me sera probablement plus facile de défendre Absolutely anything. On y va ? Que les casaniers se rassurent: nous reviendrons vite de ce voyage...

Soit Terry Jones, 73 ans depuis février, spécialiste de l'histoire médiévale et diplômé d'Oxford. Sûrement plus connu comme membre fondateur des Monty Python et fidèle à la petite lucarne, le Gallois n'avait plus réalisé de film pour le cinéma depuis près de vingt ans. Pour son retour dans les salles obscures, il a convaincu ses vieux amis d'être... les voix de créatures extraterrestres, alors qu'un conseil interstellaire envisage le total anéantissement de la planète Terre. Tout repose finalement sur un seul homme: Neil Clarke (Simon Pegg). Nanti d'un super-pouvoir, ce cobaye malgré lui a une dizaine de jours disponibles pour faire le bien ou le mal. Absolutely anything, donc. Même s'il l'ignore, c'est de sa seule aptitude à prendre les décisions les plus nobles que dépend l'avenir de l'ensemble des espèces. Glups !

Bon, puisque je vous ai conduits jusqu'ici, il est temps désormais d'admettre que, sans la présence des Monty Python, j'aurais écarté cette pochade de la liste de mes envies, sans vergogne. Le fait même qu'il s'agisse aussi de la toute dernière apparition de Robin Williams au cinéma, comme doubleur... d'un chien, n'y aurait rien changé. Maintenant, je peux ajouter que, malgré une somme de défauts criants dans la mise en scène et quelques redondances scénaristiques fort mal venues, Absolutely anything m'a satisfait. Il existe évidemment nombre de comédies plus tordantes, mais le simple fait d'imaginer quelques braves papys en train de se marrer au moment d'apporter leur pierre à l'édifice m'a rendu la chose sympathique. J'étais, c'est vrai, dans un bon jour, en chemin vers la Subjectivité...

Absolutely anything
Film britannique de Terry Jones (2015)

Mine de rien, mon pote d'outre-Manche est un phénomène ! Si, si ! Même qu'un beau jour, il a su convaincre le jury du Festival de Cannes de lui attribuer son Grand Prix spécial ! Bon, OK, c'était en mai 1983 et la veine comique de Monty Python - Le sens de la vie s'est tarie depuis. Entre les deux films, vous aimerez peut-être Erik le Viking. D'une manière générale, c'est tout le côté absurde de l'humour british.

mercredi 2 septembre 2015

Permafrost

Mes habitué(e)s le savent déjà. Pour d'éventuels lectrices et lecteurs qui viendraient ici pour la première fois, je souligne que le cinéma reste fondamentalement pour moi un art de l'évasion. Si j'ai cru bon de regarder Far North, en dépit de critiques peu amènes, c'est bien justement pour découvrir un ailleurs. Objectif atteint... sur ce point.

Le titre est explicite: Far North nous conduit dans le Grand Nord. Désolé de ne pouvoir mieux renseigner celles et ceux parmi vous qui, passionnés de géographie, aimeraient savoir où exactement: le film reste assez énigmatique sur ce point, comme du reste sur l'époque précise à laquelle l'action est censée se dérouler. IMDb cite l'Arctique et l'Union soviétique: c'est possible - et c'est sur le "sol" de la Norvège que le long-métrage aurait été tourné. Une voix off nous explique d'emblée qu'une femme vit à l'écart de tout groupe humain constitué depuis qu'à sa naissance, un chamane a prédit qu'elle porterait malheur à tous ceux qui l'approcheraient. Un autre personnage féminin cohabite pourtant avec cette paria assumée, au beau milieu des glaces. Et, bientôt, c'est un homme qui se joint à l'étrange duo...

Autant l'écrire: plus que par son atmosphère, c'est grâce son décor naturel que Far North parvient à fasciner. Les dialogues sont réduits au strict minimum et laissent très régulièrement le spectateur imaginer ce qu'ils ne dévoilent pas. J'ai apprécié: alors que le milieu hostile aurait pu être le cadre d'un banal survival movie, le scénario m'a embarqué vers autre chose, tout en me laissant l'impression constante que, tôt ou tard, quelque chose allait finir par exploser. Comme j'ai vu le film sur un tout petit écran, je n'ai pas compris immédiatement que le fil narratif était coupé par un long flashback. Qu'importe: une fois remis à l'endroit, je l'ai trouvé... correct. Ailleurs sur le Net, d'autres dénoncent sa conclusion, jugée glauque et/ou rocambolesque. C'est vrai, mais on a bien le droit d'aimer ça...

Far North
Film britannique d'Asif Kapadia (2007)

Un conseil: n'en attendez pas trop ! J'ai abordé le long-métrage comme une vague série B d'un autre âge et c'est ainsi que je l'ai plutôt apprécié. Ceux qui vous diront que Michelle Yeoh et Sean Bean peuvent mieux faire ont raison. Resterait donc à s'immerger totalement dans ces incroyables espaces blancs: il me faut admettre que, dans un cadre similaire, On the ice est un film plus convaincant.

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C'est improbable, mais c'est vrai...

Asif Kapadia a réalisé le dernier documentaire sur Amy Winehouse.

Sur le film, bien peu d'échos chez les copains...

David disait simplement qu'il aurait mieux fait d'écouter les critiques.

mardi 1 septembre 2015

Le choix de Colette

Peut-on faire d'une terroriste une héroïne de cinéma ? James Marsh répond positivement et s'y essaye avec Shadow Dancer, le quatrième de ses cinq opus de fiction - auxquels s'ajoutent six documentaires. Sans grande finesse stylistique, ce long-métrage irlando-britannique introduit une famille de Belfast. 1973. Un très jeune garçon est tué alors qu'il faisait une course, une tâche d'abord réclamée à sa soeur...

Un flash-forward plus tard, c'est sous les traits d'Andrea Riseborough et comme mère célibataire qu'on retrouve, à 30 ans, Colette McVeigh. Visiblement adepte de la lutte armée, la jeune femme semble déposer un colis piégé dans un couloir du métro londonien. J'écris "semble" parce qu'aucune détonation ne confirme la nature de cette valise abandonnée. Constat d'évidence: jusqu'à son terme, Shadow Dancer joue beaucoup sur les incertitudes. C'est avec une efficacité louable qu'il nous embarque dans une histoire tortueuse, où la criminelle supposée, aussitôt arrêtée par les services secrets, évite la prison grâce à un "marché": elle devient l'espionne de deux fondamentalistes de la cause républicaine, Gerry et Connor, ses propres frères. Le film offre alors une reconstitution soignée d'événements pas si lointains...

Outre Clive Owen en flic ambigu, les amateurs de séries s'amuseront sûrement à retrouver Aidan Gillen, le très machiavélique Petyr Baelish de Games of thrones, ou Gillian Anderson, l'agent Scully des X-files, méconnaissable sous sa chevelure blonde. Cette troupe d'acteurs, complétée de comédiens peu connus de ce côté de la Manche, joue correctement une histoire riche, donc, de faux semblants. Il manque malgré tout quelque chose pour faire de Shadow Dancer une réussite plus remarquable. Quoi exactement ? Je n'arrive pas à le déterminer. Peut-être aussi que c'est moi qui manque de connaissances approfondies sur cette période tourmentée de la fin des années 90. Disons qu'à force d'être évasif, le long-métrage devient évanescent. Et qu'il n'aurait pas forcément perdu à être un chouia plus explicite...

Shadow Dancer
Film irlando-britannique de James Marsh (2012)

Pour qui s'intéresse à l'Irlande du Nord, Au nom du père s'impose comme un film à voir absolument - et je compte bien vous en reparler un jour ou l'autre. D'ici là, si le sujet vous titille, vous pouvez également tourner vos mirettes vers Hunger ou, pour une approche historique complète, Jimmy's hall. Sans avoir foncièrement à rougir des comparaisons, Shadow Dancer reste de fait un cran en-dessous.

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Une anecdote...

Je ne connaissais pas James Marsh, mais j'ai appris qu'il était l'auteur d'Une merveilleuse histoire du temps, le biopic de Stephen Hawking.

D'autres avis ?
La prestation glaciale de Clive Owen a refroidi l'amie Pascale. Chonchon, qui en a vu d'autres, trouve le film "juste regardable". Dasola, de son côté, a peu écrit, mais se montre plus enthousiaste.

lundi 31 août 2015

Deuil partagé ?

Kenza, Miriam et Sofia viennent de perdre leur père. Elles rejoignent donc leur mère, Aïcha, dans leur grande maison de Tanger. La famille se rassemble au grand complet, pièces rapportées comprises. Conformément au rite musulman, la cérémonie va durer trois jours. Rock the casbah, un film pour pleurer ? Euh, non, pas franchement...

Une précision, d'abord: ce film a un homonyme, signé du réalisateur israélien Yariv Horowitz, sorti dans nos salles quelques mois plus tôt et consacré à la situation de la bande de Gaza. Rien de tel dans l'opus d'aujourd'hui, si ce n'est donc la reprise - assez discutable - d'un titre du groupe anglais The Clash. Ce Rock the casbah féminin originaire du Maroc ne m'a pas déplu, mais il ne m'a pas emballé non plus. Peut-être qu'on peut y voir une représentation réaliste des réunions familiales forcées, en tout cas de celles qui tournent au vinaigre ! Presque constamment, j'ai eu l'impression que la cinéaste hésitait. Comme si elle ne savait pas quel ton adopter ou quel tempo donner...

C'est assez dommage, parce qu'il y a aussi quelques belles trouvailles dans ce scénario alambiqué. Celle qui m'a vraiment le plus convaincu est ce choix d'avoir confié le rôle du mort à Omar Sharif. A fortiori maintenant qu'il est lui-même décédé, l'Égyptien est bien "à sa place" dans ce personnage de fantôme-narrateur. Il est l'âme de ces images. J'imagine volontiers que certain(e)s d'entre vous pourront trouver d'autres attraits au film, mais je dois admettre que je n'ai ressenti aucune empathie particulière pour l'un ou l'autre des personnages vivants. Rock the casbah ne m'a pas ému. Je n'en tiens pas rigueur aux actrices, qui font honnêtement leur boulot. Ça ne m'a pas suffi...

Rock the casbah
Film franco-marocain de Laïla Marrakchi (2013)

Je sais gré à la réalisatrice de ne pas avoir enfermé ces personnages dans de vagues caricatures et d'avoir essayé de nous faire connaître son pays dans son intimité. Certes, le résultat n'est pas à la hauteur de mes espérances, mais c'est un nom que je m'efforcerai de retenir pour lui redonner une chance. Le cinéma nord-africain est encore rare sur ce blog. Sur la condition féminine, voyez Le Challat de Tunis...

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Ailleurs sur la Toile...

Chonchon se montre bien plus enthousiaste que moi. Elle explique notamment le pourquoi du titre du film: je lui d(o)is un grand merci.

Et un p'tit mot sur la vie des Bobines...
Vous l'avez peut-être noté: mon retour aoûtien s'est fait en douceur. En septembre, le blog reprendra son rythme de croisière. À demain !

samedi 29 août 2015

Franco est mort

Une très flatteuse réputation a précédé la sortie de La isla mínima dans les cinémas de France. En février dernier, le film a été couronné de dix Goya, l'équivalent espagnol de nos César. J'ai eu très envie d'aller me frotter à ce polar andalou après avoir vu sa bande-annonce. Premier constat: s'il m'a alors fallu attendre deux grosses semaines avant de les voir toutes, la promesse des belles images a été tenue...

Un mot sur l'intrigue, d'abord. Depuis Madrid, deux flics, Juan Robles et Pedro Suarez, sont missionnés dans les marais du Guadalquivir pour enquêter sur la disparition de deux soeurs adolescentes. L'enquête débute sous un soleil de plomb et, rapidement, les gamines sont retrouvées mortes. On comprend qu'elles auront été des filles faciles, prêtes à tout pour quitter une région d'une grande pauvreté. C'est en tout cas ce qui est suggéré aux enquêteurs, par des voies détournées, et ce que peut confirmer le négatif soudain retrouvé d'une série de photos compromettantes. Il est important que j'indique maintenant que l'action est censée se dérouler à l'automne 1980. Rappel historique: après 36 années de dictature, le général Franco n'était alors mort que depuis cinq ans et la démocratie espagnole renaissait à peine, sous la conduite du roi Juan Carlos. La richesse narrative de La isla mínima tient (aussi) à cet arrière-plan politique.

C'est en réalité la force et la possible faiblesse du long-métrage. Objectivement peu au fait de ces aléas historiques, il m'a semblé qu'ils enrichissaient le scénario, mais je les ai aussi trouvés expliqués trop sommairement pour parvenir à emballer le film vers autre chose qu'un bon petit thriller des familles. J'aurais sûrement mieux apprécié cette caractéristique du film si j'avais été espagnol. Bon... tant pis ! Même s'il paraît laisser quelques pistes inabouties, La isla mínima offre tout de même une intrigue solide et une forme très soignée. Comme d'autres, j'ai été fasciné par les magnifiques plans aériens proposés dès le début: c'est presque à regret que j'ai laissé la caméra me ramener ensuite, d'un raccord parfait, sur la terre des hommes. Réussite incontestable: la beauté panthéiste de la nature demeure tout au long du film, comme pour souligner que les créatures vivantes n'ont prise que sur peu d'éléments et révéler ainsi combien leurs actes sont, le plus souvent, laids et vains. Au final, une fois la lumière rallumée, ce sentiment qu'il a juste manqué un petit quelque chose...

La isla mínima
Film espagnol d'Alberto Rodriguez (2014)

Une étoile tronquée pour l'incompréhension et la (petite) frustration. J'aimerais que le système français permette de voir d'autres films espagnols, sans attendre leur hypothétique consécration nationale. Sur les trois opus précédents d'Alberto Rodriguez, un seul est sorti dans... huit (!) de nos salles. La isla mínima est donc jugée à l'aune de la série américaine True detective, pourtant sortie ultérieurement.

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Une précision d'ordre artistique...

Je n'en ai rien montré ici pour vous laisser les découvrir seuls. J'aimerais juste souligner que les plans aériens du début du film mettent en avant le travail du photographe espagnol Hector Garrido. D'autres images s'inspirent très manifestement des clichés d'Atin Aya.

Et si vous voulez compléter cet avis...
Vous pouvez faire un petit tour chez Pascale et/ou chez Dasola. Sentinelle lui a donné quatre étoiles... sans écrire de chronique dédiée au film. Tina, enfin, se montre très enthousiaste à son égard.

jeudi 27 août 2015

Les enfants du rock

Jouez-vous de la musique ? Pour ma part, je n'ai que trop peu touché d'instruments pour m'inventer ce talent. J'ai une amie saxophoniste dans un ensemble d'harmonie et un vieux pote guitariste amateur dans un petit groupe rock, mais la manière dont on peut se réunir autour d'une oeuvre commune reste pour moi un mystère fascinant. C'est aussi l'amorce du film du jour: Je suis mort mais j'ai des amis.

Yvan, Wim, Pierre et Nico devaient bientôt s'envoler vers Los Angeles pour une série de concerts rock. Le truc, c'est que Jipé, leur chanteur, est mort ! Ni une ni deux, l'un des guitaristes s'improvise alors nouveau leader et décide d'aller dérober l'urne funéraire à un frère ingrat, chanteur de variétés. Objectif: prendre quand même l'avion vers les States pour respecter les engagements pris ! De ce pitch improbable, vous imaginez bien que ce qui découle n'est pas un film sérieux... et vous vous trouvez finalement en face d'un long-métrage à l'accent belge, avec des acteurs du cru, Bouli Lanners en tête. Réalisé par deux Français, Je suis mort mais j'ai des amis transporte avec lui quelque chose de la douce folie de nos voisins. Le scénario repousse toujours un peu plus loin les limites du gros délire potache...

Sur la route de la Californie, ce road movie de grands enfants immatures nous conduira finalement vers une autre destination. J'aime autant vous laisser découvrir où et comment Yvan et Wim accompliront le voyage avec leurs potes, qu'ils soient partis avec eux ou qu'ils les aient rencontrés en chemin. C'est assez dépaysant ! Prise telle quelle, brute de décoffrage, Je suis mort mais j'ai des amis n'est pas la comédie la plus fine que je connaisse, ni la plus rythmée d'ailleurs. Son capital-sympathie tient essentiellement à ses acteurs. Bouli Lanners est toujours ce râleur au grand coeur qu'il maîtrise parfaitement, visage connu d'une troupe dont, jusqu'alors, j'ignorais presque tout - à l'exception de Serge Riaboukine. Une mention spéciale s'impose pour Wim Willaert, artiste flamand, qui joue admirablement le grand garçon naïf et totalement défoncé... à croire qu'il l'est vraiment ! Sous les effluves de marijuana, le film cache mal son immense tendresse pour ses personnages. Je lui épargnerai donc quelques critiques sur la forme: ce n'est pas ici ce qui compte le plus.

Je suis mort mais j'ai des amis
Film franco-belge de Guillaume et Stéphane Malandrin (2015)

Question: un film où l'on croise peut-être le cinquième Beatle, écarté du groupe avant Love me do (1962), peut-il être vraiment mauvais ? Je vous laisse plancher là-dessus: vous avez tout le temps voulu. Conseil pratique, toutefois: gardez-en pour le film, donc, pour avoir une idée des ravages causés par l'abus de saucisse et de houblon ! C'est sans aucun doute un peu plus rigolo qu'une Pop redemption...

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Bon, et la musique, dans tout ça ?

Comme le reste: rock et 100% décalée. Surtout les paroles: "Le soleil devant, la rivière derrière, et moi au milieu, putain ça m'émeut"...

D'autres que moi ont déjà fait ce voyage...
Pascale en revient plutôt satisfaite de cette drôle d'escapade. Sympathique: c'est le terme que retient Dasola pour qualifier la virée. Partie depuis la Belgique, Sentinelle s'est plutôt amusée, elle aussi.

mardi 25 août 2015

Écrire, être vu

C'est (presque) un hasard: aujourd'hui, je présente une autre Palme d'or attribuée à l'unanimité, j'ai nommé Barton Fink. Dans la filmo des frères Coen, le film pointe à la quatrième place chronologique. C'est aussi l'un de ceux qui a le moins marché en salles, visiblement. À Cannes, en plus de la récompense suprême, il avait pourtant obtenu le Prix de la mise en scène - et John Turturro un Prix d'interprétation.

Barton Fink nous entraîne dans l'Amérique du début des années 40. Nous sommes d'abord à New York, où le héros (?) du film est couronné d'un succès incroyable comme auteur de théâtre. Sur les conseils insistants de son agent, le voilà qui s'envole vers Los Angeles, un job de scénariste et la certitude de ramasser un gros paquet de billets verts. Seulement voilà... notre homme se rêvant comme le porte-voix des classes populaires, le bling-bling hollywoodien ne lui sied guère. Pire, enfermé volontaire dans un hôtel miteux, il voit son inspiration décroître à vitesse grand V et se considère comme un usurpateur. Conséquence: il est tout à fait incapable d'écrire le film de catcheurs que lui a commandé un gros nabab des studios. Stop ! À ce point précis du scénario, la question se pose: est-ce drôle ? Ma réponse personnelle est positive. Les Coen ont pris un malin plaisir à créer toute une galerie de personnages crétins, mais, cette fois, j'ai senti également une légère forme d'empathie se dégager de leurs portraits. L'histoire ne dit pas s'ils avaient (déjà) quelques comptes à régler...

Quelque chose me dit toutefois que la caricature est bien trop forte pour être vraiment vitriolée. Le fait que les Coen aient souhaité reconstituer une époque révolue les met à l'abri des accusations d'ironie facile à l'égard de leurs contemporains. Pour autant, je reste persuadé que ce film tient aussi du poil-à-gratter. J'ai pu lire ici et là qu'un nombre important de ses personnages s'inspirait - allégrement - de certains des anciens du cinéma, côté artistes et côté financiers. Bim ! C'est alors que j'appréciais cette proclamation d'indépendance que l'histoire a amorcé un virage décisif, une demi-heure environ avant sa (très belle) conclusion. Déception ? Le mot est outrancier. Disons que je me suis senti dérouté, ce qui était sûrement le but ultime d'Ethan et Joel, mais peut-être était-elle un poil trop rapide pour que j'apprécie cette autre évolution narrative à sa juste valeur. Barton Fink restera donc pour moi à quelques encablures symboliques du chef d'oeuvre qu'il aurait pu être. Cela dit, je dois préciser aussi qu'il émerge aisément au-dessus de la moyenne des films amerloques.

Barton Fink
Film américain d'Ethan et Joel Coen (1991)

Ceux qui connaissent bien les frangins ne pourront que saluer ici l'incroyable performance de leur complice, John Turturro. Une partie des habitués est là aussi: Steve Buscemi et le génial John Goodman. Non sans pertinence, certains comparent le film à deux sommets d'angoisse: Le locataire et Shining - en plus amusant, bien entendu. Pour l'atmosphère du vieil Hollywood, je citerais également Ed Wood.

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Maintenant, un dernier détour sur la Croisette...

Après le triomphe cannois du film, les règles ont changé: la Palme d'or est depuis lors exclusive de toute autre récompense. Pour retranscrire les impressions de son jury face à la sélection 1991, Roman Polanski taillait dans le vif, déclarant sans rougir: "Ses membres et moi avons souvent été accablés d'ennui à la vision de films dont le dénominateur commun est une incommensurable prétention". Très diplomatique...

Et que dit-on du film ailleurs ?
Du bien, en général. Et des choses mitigées chez "L'oeil sur l'écran".

dimanche 23 août 2015

Un rêve américain

Un poulet rôti, des chips et un bon film: c'était le menu d'une soirée de juillet, chez l'ami Philippe. Les agapes m'ont permis de découvrir enfin Paris, Texas, à l'écart duquel j'étais passé par deux fois récemment - dont l'une l'été dernier dans un cinéma... parisien. Emballé par ces retrouvailles avec Wim Wenders, j'ai un temps pensé écrire une longue chronique, mais autant vous laisser des surprises...

Paris, Texas n'en manque pas, qui démarre dans un désert brûlant. Un homme seul, engoncé dans un costume poussiéreux, le parcourt silencieusement, visiblement hébété. Et quand il retrouve finalement un semblant de civilisation, il s'enferme dans une gargote, avale prestement quelques glaçons et perd connaissance. On découvrira qu'il s'appelle Travis, qu'il a une famille et qu'il a disparu subitement quatre ans auparavant: c'est ce que lui raconte Walt, son frère, venu le sortir de la clinique de pacotille dans lequel il est tombé. Certains parmi vous, sensibles à l'harmonie texte / images, pourraient se dire que les photos que j'ai choisies n'évoquent pas ce début de pitch. Bonne observation: c'est justement ma volonté de ne pas dévoiler l'essentiel des ressorts de l'intrigue qui explique cette démarche. Moi-même, je suis parti dans ce film à l'aveuglette, en ayant lu moins de choses encore que ce que je viens d'écrire. Je n'ai rien à regretter.

Le film a reçu la Palme d'or du Festival de Cannes 1984, à l'unanimité du jury - je pourrais donc le citer en exemple de bon film récompensé sur la Croisette. Tout, ici, m'a convaincu, et d'abord l'histoire écrite par Sam Shepard, dont j'ignorais - mea culpa ! - qu'il n'était pas qu'acteur, mais aussi auteur et scénariste. Chacun des comédiens m'est aussi apparu à sa place, à commencer par Harry Dean Stanton dans le rôle de Travis. Nastassja Kinski, bien qu'elle n'apparaisse qu'au cours de la seconde partie du métrage, a la grande intelligence de ne pas tout jouer sur la netteté de ses traits: elle se met pleinement au service de son personnage et de ses partenaires. Paris, Texas étant traversé d'une grande mélancolie, je m'en voudrais d'oublier Hunter Carson, qui, à 9 ans, joue l'enfant au centre de tout. Visuellement, le style est un peu daté, tout en restant convaincant. L'ensemble de ces belles images défile sur une bande originale devenue culte: un simple morceau de slide guitar signé Ry Cooder. Quelque chose me dit que je n'oublierai pas de sitôt ce beau voyage...

Paris, Texas
Film franco-allemand de Wim Wenders (1984)

En dépit de sa double nationalité européenne, ce long-métrage résonne comme une véritable déclaration d'amour à l'Amérique éternelle, tel un précurseur désabusé (et mobile) de Bagdad Café. Maître de cérémonie, Wim Wenders se montre parfaitement capable de parfaitement intégrer une dramaturgie locale déjà perceptible dans d'autres grands films: Le canardeur, Macadam cowboy, etc...

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Vu à la télé, puis lu sur d'autres blogs...
Elle et Lui, de "L'oeil sur écran", aiment beaucoup le film également. Pascale le jugeait - au moins - incontournable pour Cannes 1984.