mercredi 22 avril 2026

Ojoloco et mes voyages

Vous en souvenez-vous ? L'année dernière, j'avais présenté deux films projetés lors du 13ème Festival Ojoloco de Grenoble (et restés inédits dans les salles françaises). J'y ai vu quatre longs-métrages cette année ! Avec l'espoir de titiller votre curiosité, j'ai alors choisi de les rassembler dans une même chronique, pour une certaine approche de la diversité...

Romería 
Espagne / Carla Simón / 2025 
- sorti en salles depuis le 8 avril
Ses parents sont morts du Sida quand elle était encore un bébé. Désormais majeure, Marina veut entreprendre des études de cinéma. Pour cela, elle a besoin d'une bourse et, pour l'obtenir, d'un document officiel confirmant à l'administration l'identité de ses père et mère biologiques. C'est pourquoi elle part à Vigo rencontrer sa "vraie" famille. La réalisatrice du film - son troisième - s'est dit-on inspirée d'éléments autobiographiques pour raconter ce pèlerinage (la traduction du titre). Elle nous livre un témoignage touchant et d'une très grande dignité. Grâce aussi à l'actrice débutante Llúcia Garcia, née en 2006, son récit maintient constamment notre intérêt pour le sort de la jeune femme. Elle ne pourra parfois compter que sur elle-même pour se tirer d'affaire. Tout à fait concret, le film s'autorise toutefois un petit écart onirique avec un final porté par un flashback singulier. La belle et cruelle réalité apparaît ainsi au grand jour. Mais Marina, elle, ira sûrement de l'avant...

(+) La petite info en plus...
En version originale, le film parle à la fois espagnol, catalan et français. Comme ses personnages, en fait, et même si l'action se passe en Galice.

NB : Pascale a également vu le film et en est sortie moins enthousiaste.

---

Olivia & les nuages (Olivia & las nubes)
République dominicaine / Tomás Pichardo Espaillat / 2024 - inédit
Bigre... voici assurément l'un des films d'animation les plus singuliers qu'il m'ait été donné de voir ! J'aurais sans doute bien des difficultés pour vous résumer son propos. Il parle en tout cas des sentiments d'attachement qui peuvent unir (ou non) hommes et femmes. Un fil conducteur ténu pour ma première visite d'un pays plutôt méconnu. L'auteur qui nous offre cette possibilité signe ses débuts au format long. Derrière sa grande virtuosité technique, il témoigne d'une imagination des plus fertiles, apte donc à nous interpeller, voire à nous émouvoir. J'en retiens que la communication est indispensable entre les êtres humains, a fortiori lorsqu'il s'agit de former un couple. Vous me direz que ce n'est pas un scoop: je l'admets. Il est préférable de voir le film sans y chercher un message. On pourra parler de cinéma expérimental ou, comme je l'ai lu dans une critique, d'une "exploration surréaliste des mystères de l'amour". J'ai apprécié de la contempler à coeur ouvert.

(+) La petite info en plus...
Le film a été vu au Festival d'Annecy 2025 (sans y avoir obtenu de prix). Je crois qu'il reste inédit dans les salles françaises. Et devrait le rester...

---

La fille condor (La hija cóndor)
Bolivie / Álvaro Olmos Torrico / 2026 - prévu en salles dès le 19 août
Les films boliviens sont rares, même en festivals: je n'ai aucune donnée statistique précise à vous donner, mais je l'ai entendu de l'animateur d'Ojoloco qui animait la soirée de présentation de ce long-métrage. Présent sur scène à ses côtés, le réalisateur ne l'a nullement démenti. Cela noté, je veux surtout retenir le plaisir pris lors de cette séance. J'ai aimé grimper sur les montagnes pour rencontrer le duo Ana-Clara. La mère exerce comme sage-femme - à partir de savoirs ancestraux - tandis que la fille intervient à ses côtés pour créer une atmosphère apaisée. Sa méthode consiste à chanter d'anciennes chansons douces aux oreilles, tout en observant les gestes précis qu'elle devra accomplir le jour où elle prendra la succession de son aînée. Or, Clara a des envies d'ailleurs et comprend vite qu'Ana n'acceptera pas de la laisser partir. Malgré quelques longueurs, j'ai trouvé le film intelligent et touchant. Les deux actrices (Marisol Vallejo Montaño et María Magdalena Sanizo) sont bien entourées et d'une justesse de jeu d'autant plus admirable qu'elles n'avaient jamais tourné. Je vous souhaite de les croiser cet été !

(+) La petite info en plus...

Les protagonistes du film sont presque tous des Quechuas, descendants des premiers Andins (Wiki). Leur langue réunit dix millions de locuteurs.

---

Suçuarana
Brésil / Clarissa Campinola et Sérgio Borges / 2024 
- inédit
Elle l'admet elle-même: "Je ne cherche pas vraiment à me poser". Confiée aux bons soins de sa grand-mère, Dora est adulte désormais. Après la mort de son aînée, elle a quitté le lieu où elles habitaient ensemble et vit depuis sur la route. Sur elle, une photo de sa mère avec, au verso, le nom du lieu où elle a été prise - Eldorado supposé. Suçuarana: c'est aussi le titre de ce très beau film brésilien, resté loin des salles françaises jusqu'à aujourd'hui (j'espère que ça changera). Ojoloco l'a promu comme l'un des plus beaux opus du Festival 2026. Sachez-le: c'est un road movie. On arpente le Minas Gerais, une région minière située au nord du Sudeste, tout autour de Belo Horizonte. Autant le dire: elle ne colle pas à la première image que l'on a du Brésil. Mais justement, c'est l'un des intérêt du film de nous montrer un pays très éloigné de la samba, du foot et de l'immense plage de Copacabana. Un pays où il reste de la solidarité: un temps, Dora oublie sa quête individuelle et s'intègre dans un collectif d'autres laissés pour compte. J'espère que vous aurez la chance de découvrir ce qui lui arrive ensuite.

(+) La petite info en plus...
Voyez la photo: parmi les acteurs du film, il y a également un chien ! Blague à part, j'ai trouvé qu'il apportait une petite touche fantastique...

----------
Vous l'aurez compris: Ojoloco continue de se focaliser sur le cinéma ibérique et latino-américain. C'est un très bel événement, aux formes multiples. Il est presque exclusivement mis en place par des bénévoles.

Un petit bilan personnel...

Je n'avais jamais vu autant de films au cours d'une édition du Festival. Une cinquantaine était au programme cette année, documentaires compris. C'est à regret que j'ai dû écarter As vitrines, un film brésilien sur des enfants victimes du putsch d'Augusto Pinochet, au Chili (1973). Autre loupé: Maspalomas, le portrait d'un vieil Espagnol homosexuel. Rattrapage possible cet été, peut-être: il doit sortir en salles le 24 juin. Les dates d'Ojoloco 2027, elles, n'ont pas encore été communiquées. J'imagine que je vous en reparlerai, le moment venu ! À suivre, donc...

Quelques chiffres et un rappel...

Depuis le début janvier, avant Ojoloco, je n'avais vu "que" trois films dans sa ligne: deux productions espagnoles (Les disparus et Los tigres) et un long-métrage brésilien (Les voyages de Tereza, mon préféré). Avec seize films, 2025 reste pour l'heure ma deuxième année-record pour le cinéma ibérique et latino - derrière 2016 et ses dix-huit séances.

Et enfin, un tout dernier mot...
Vous pouvez bien évidemment retrouver ma double chronique de 2025.

Aucun commentaire: