samedi 4 avril 2026

Vivre, aimer, chanter

Un constat: mon intérêt pour tout ce qui a trait à la Première Guerre mondiale ne faiblit pas. Elle est un élément important - et invisible - d'un beau film: Le son des souvenirs, projeté à Cannes en mai dernier. La presse spécialisée cinéma et la blogosphère lui ont réservé un accueil plutôt froid (à son image, jugent-elles). Je tiens à prendre sa défense...

Lionel, un jeune homme originaire du Kentucky, est issu d'une famille extrêmement modeste. Il vit avec ses parents dans une ferme isolée. Son talent pour le chant lui vaut toutefois de décrocher une bourse étudiante: il entre ainsi au Conservatoire de Boston, Massachusetts. C'est en ville et par hasard qu'il rencontre David, un talentueux pianiste. Presque aussitôt, leur passion commune pour les chansons folkloriques américaines rapproche les deux garçons, qui deviennent alors amants. 1917. David part sur le front européen, tandis que les lunettes de Lionel lui valent d'être réformé. Ce n'est ensuite qu'en 1920 qu'ils se reverront et iront, dans le Maine, enregistrer sur des cylindres de cire ces airs traditionnels que des anonymes accepteront d'interpréter devant eux. Vous l'aurez deviné: Le son des souvenirs est traversé de mélancolie. Ses couleurs ternes donnent d'emblée le ton et les amateurs de comédie passeront allégrement leur chemin. Ce qui est tout de même dommage !

Non pas qu'il soit trépidant, mais, bien qu'austère sur la forme, le film est parvenu à m'émouvoir par ses qualités narratives et un scénario subtil, aux rebondissements (un peu) imprévisibles. Il est aussi évident que l'implication des deux acteurs contribue significativement au plaisir ressenti: j'étais ravi à l'idée de retrouver Paul Mescal et Josh O'Connor dans ce drame sans bruit, en parfaite harmonie. J'ai bien sûr conscience qu'à 30 et 35 ans, le comédien irlandais et son homologue britannique peuvent déjà se targuer d'une certaine expérience, mais leur apparition encore récente sur MES écrans tient de fait lieu de grande révélation ! L'un et l'autre ont également fait du théâtre: cela ne m'étonne guère. J'aurais bien aimé que Le son des souvenirs leur vaille d'être nommés pour un Oscar, tout en ayant constaté que la concurrence était rude. Vous trouverez sans doute d'autres bonnes raisons de découvrir le film. On pourrait déplorer que la musique n'occupe finalement qu'une place limitée dans le développement de ce long récit. Il faudra s'en contenter et lire la nouvelle de Ben Shattuck, venu au monde en 1984, dans l'Iowa.

Le son des souvenirs
(The history of sound)
Film américain de Oliver Hermanus / 2025
Le secret de Brokeback Mountain est la première des références citées pour établir une comparaison avec cet opus, sorti... vingt ans plus tard. Cela ne me choque pas, mais l'homosexualité des deux protagonistes m'est apparue beaucoup plus décisive dans le (superbe) film d'Ang Lee. Le duo de Hermanus me rappelle plutôt le First cow de Kelly Reichardt. Cette Amérique des petites gens a décidément quelque chose d'éternel !

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Un autre regard pour finir...

Je m'attendais à retrouver la trace du film sur plusieurs de mes blogs préférés. Au final, à ce jour, je ne l'ai guère aperçue que chez Pascale...

2 commentaires:

Pascale a dit…

Une énorme déception pour moi.
Le peu de chansons m'ont paru très répétitives comme si c'était la même.
Je n'ai pas appris grand chose et n'ai pas été émue.
Paul Mescal aussi producteur s'offre un hymne à sa petite personne (ce qui n'est certes pas désagréable).
Josh O Connor continue de surfer sur sa vague de personnages atones (3 films consécutifs avec le même style de personnage-).

Martin a dit…

Je me dis qu'il doit te manquer un aspect plus enflammé de la passion amoureuse.
Il n'y a pas grand-chose à apprendre, me semble-t-il, mais davantage à ressentir (ou pas).

Les deux acteurs m'ont plu. Paul me plaît davantage ici que dans des films comme "Gladiator II".
Quant à Josh, c'est vrai qu'il reste dans le même registre de personnage impassible. C'est... le sien ?