lundi 2 novembre 2026

La guerre pour ennemie

J'ai aujourd'hui un peu d'avance sur les commémorations de l'armistice pour reparler de la Première Guerre mondiale. Notre bon vieux cinéma s'est à nouveau saisi du sujet avec Justin le juste. Cette coproduction franco-belge est inspirée d'un roman de Jean-Marc Pompougnac (1967). Je n'ai pas lu ce livre... et je crois bien de voir le film comme un conte !

Le héros éponyme est un paysan français, coupé du monde extérieur. Péniblement, il survit comme métayer pour le compte d'un propriétaire sans scrupule. Sa femme est morte. Il lui reste sa mère et son jeune fils. Justin, candide, n'a jamais fait de démarche pour s'inscrire à l'état civil. Un matin gris, les gendarmes viennent l'arrêter et l'emmènent avec eux pour qu'il soit conduit jusqu'au front. Nous sommes en février 1915. Qu'ajouter ? Qu'il ait pu y avoir en France, à cette époque, des familles assez isolées pour tout ignorer du conflit, je peux presque l'admettre. Justin le juste force le trait et suppose ainsi que son personnage principal n'a même aucune idée de ce que sont la guerre et les ennemis. D'ailleurs, sitôt enrôlé, il tente de rentrer chez lui et aide un aviateur allemand croisé en chemin. Je vous laisse découvrir les circonstances qui le ramèneront, sinon dans le droit chemin, au moins dans le camp tricolore. Elles sont tout à fait fantaisistes, oui. D'où mon idée de conte.

Ce que le film a de déroutant, c'est peut-être que, sous cette forme plutôt singulière, il aborde aussi un sujet bien réel: celui des soldats français dont on a pu dire qu'ils avaient été "fusillés pour l'exemple". Des officiers sans la moindre humanité auraient mené des procès exécutifs et condamné à mort de pauvres Poilus refusant les combats. C'est vrai... et simplificateur: la réalité n'était pas identique partout. Justin le juste ne ment pas, mais construit une figure de héros correspondant beaucoup à une envie de réhabiliter de pauvres types confrontés à une boucherie. La nuance passe ainsi au second plan. Franchement, cela ne me choque pas, d'autant moins que les acteurs apparaissent très impliqués dans ce qu'ils font. L'humoriste Alban Ivanov est très convaincant et montre d'autres facettes de son talent d'acteur. Birane Ba (de la Comédie française) est pour moi une belle révélation. Quant à Alexandra Lamy, sans briller, elle s'en sort avec les honneurs. Un détail amusant: le film ferait presque de la pub au Canard Enchaîné. C'est toujours bon à prendre quand la liberté de la presse est chahutée !

Justin le juste
Film franco-belge d'Éric Barbier / 2026

Cet opus ne restera sans doute pas dans les annales, mais il est honnête sur ses intentions et dans sa réalisation. La stricte réalité historique s'efface au profit du message: la guerre est bel et bien une saloperie. Or, elle continue à la fin de ce film, comme d'ailleurs à la fin de 1917. Pour mesurer le trauma, en revenir à Un long dimanche de fiançailles me semble une bonne idée. Et ne plus oublier Les sentiers de la gloire !

----------
Un petit clin d'oeil pour finir...

Je dédie cette chronique à l'ami Princécranoir, qui a su trouver les mots pour me (re)donner envie de voir le film au cinéma. C'est mieux ainsi...

1 commentaire:

princecranoir a dit…

Tu suis d'accord avec toi sur le fait qu'on ne passe pas un mauvais moment devant les tribulations de Justin le Juste dans l'enfer de la Grande Guerre, même si tout cela ne semble pas bien sérieux. On pourra toujours se dire que le sort terrible des fusillés pour l'exemple aura été bien mieux honoré à travers "Le Sentiers de la Gloire" ou "Pour l'exemple" de Losey. "Justin le Juste a au moins le mérite de remettre la guerre de 14 sous le feu du cinéma, de proposer un traitement original du soldat. Pus que la figure du candide égaré dans un conflit auquel il ne comprend rien, j'ai davantage aimé le patronage d'un soldat lettré issu des colonies. Une belle claque aux préjugés.
Merci Martin pour le lien, et content d'avoir contribué à te mener jusqu'à cette tranch(é)e de cinéma.