Vous en souviendriez-vous ? Au mois d'avril, j'avais évoqué quatre films vus et appréciés dans le cadre du 13ème Festival Ojoloco, à Grenoble. L'un d'entre eux - La fille condor - doit arriver dans les salles françaises mercredi prochain. Le réalisateur, Álvaro Olmos Torrico, n'a que 43 ans. Il est venu en Isère fin mars pour présenter son film. En voici une trace !
Mais d'abord, bref rappel: La fille condor retrace les vies (parallèles ?) d'une fille et de sa mère, accoucheuses dans les montagnes boliviennes. D'une grande beauté plastique, il montre à quel point le peuple local reste ancré dans ses traditions ancestrales et pourquoi les jeunes peuvent s'en trouver frustrés. Un sujet plutôt "ordinaire", mais traité avec pondération et un regard affirmé. Disons-le: oui, ce film est beau !
Une première intention visuelle ?
"Au début, l'idée était plutôt de présenter un travail photographique empreint de poésie, avec des plans très soignés, afin de faire ressortir la texture des maisons, des intérieurs et des alentours. Cela permettait également de souligner le contraste entre les villes et les montagnes".
À l'origine, l'idée d'un documentaire
"Je voulais d'abord en tourner un dans les montagnes", révèle Álvaro. Finalement, et grâce à sa compagne et à d'autres producteurs, il a pu rencontrer plusieurs accoucheuses et s'est intéressé à leurs histoires. Après sa "carrière", et bien qu'encore présentée à lui comme une femme compétente, l'une d'entre elles vivait "dans un état de quasi-mendicité". Un autre parlait uniquement le quechua. Le cinéaste a pu échanger avec des associations, ce qui a visiblement alimenté son futur scénario. "C'est donc plutôt le récit qui est venu vers moi que le contraire", dit-il.
Mais d'abord, bref rappel: La fille condor retrace les vies (parallèles ?) d'une fille et de sa mère, accoucheuses dans les montagnes boliviennes. D'une grande beauté plastique, il montre à quel point le peuple local reste ancré dans ses traditions ancestrales et pourquoi les jeunes peuvent s'en trouver frustrés. Un sujet plutôt "ordinaire", mais traité avec pondération et un regard affirmé. Disons-le: oui, ce film est beau !
Une première intention visuelle ?
"Au début, l'idée était plutôt de présenter un travail photographique empreint de poésie, avec des plans très soignés, afin de faire ressortir la texture des maisons, des intérieurs et des alentours. Cela permettait également de souligner le contraste entre les villes et les montagnes".
À l'origine, l'idée d'un documentaire
"Je voulais d'abord en tourner un dans les montagnes", révèle Álvaro. Finalement, et grâce à sa compagne et à d'autres producteurs, il a pu rencontrer plusieurs accoucheuses et s'est intéressé à leurs histoires. Après sa "carrière", et bien qu'encore présentée à lui comme une femme compétente, l'une d'entre elles vivait "dans un état de quasi-mendicité". Un autre parlait uniquement le quechua. Le cinéaste a pu échanger avec des associations, ce qui a visiblement alimenté son futur scénario. "C'est donc plutôt le récit qui est venu vers moi que le contraire", dit-il.
Un métier en danger ?
Le réalisateur l'affirme: "Oui, le métier d'accoucheuse (de doula, dit-on) est en train de disparaître". Il ajoute que ce n'est pas seulement du fait des médecins spécialisés ou même du système médical institutionnel. "Je ne crois d'ailleurs pas qu'il y ait une véritable alliance entre le corps médical et les responsables politiques du pays. Les médecins diplômés sont rejetés à certains endroits, tandis qu'à d'autres, des coopérations existent". En parallèle, l'exode rural contribuerait aussi à la diminution du nombre des accoucheuses, qui ne sont pas aptes à exercer en ville. Et, autre écueil, "des régions sont investies par les églises évangélistes, souvent américaines, qui considèrent les traditions comme une forme de péché. On dirait leurs fidèles tout droit sortis de chez McDonald's !". Le cinéaste n'est pas fataliste, mais se montre plutôt lucide. Il constate qu'"énormément de jeunes ont migré vers les grandes zones urbaines avec un a priori un peu idéalisé sur ce qu'elles pouvaient être". Triste...
Le symbole du condor
Confirmation du réalisateur: "Il y a bien dans mon film une métaphore relative à la vie de cet oiseau". Il explique que les légendes locales voient l'animal voler en haut des montagnes et se jeter des sommets quand il estime ne plus avoir de réelle utilité, au moment de sa mort. Cette mort n'étant peut-être au fond que... le début d'un autre chemin.
L'idée d'un perpétuel retour
"Dans le film, l'un des personnages dit que ceux qui s'en vont reviennent toujours. Nous sommes placés dans une relation temporelle cyclique". Sans forcément y adhérer, Álvaro voulait montrer cette idée à l'écran. Le scénario évoque aussi un retour (un peu tardif ?) vers une existence traditionnelle et les racines d'une famille. "Pas forcément une démarche physique, souligne le cinéaste. Cela peut passer par la reconnaissance, la compréhension ou juste le fait de se déconnecter de son lieu actuel". Lui a ainsi tourné sur une terre dont sa famille est elle aussi originaire. "Cela m'a d'ailleurs procuré un sentiment d'appartenance assez fort. L'impression d'être connecté avec ce que nous appelons la Pachamama. Peut-être que le film représente une forme d'espoir. Son message principal serait que tout ce qui meurt va renaître d'une autre manière".
L'importance de la musique chicha
Álvaro se confie volontiers sur une partie de son parcours: "J'ai travaillé comme monteur dans une chaîne de télévision dédiée à cette musique. C'était l'un de mes premiers jobs et ça a été l'une des meilleures années de ma vie. J'ai ainsi pu être en contact avec de nombreux groupes. Beaucoup me disaient de venir avec eux pour faire des clips et gagner de l'argent. Je n'ai pas forcément suivi leurs conseils, mais j'ai appris énormément de choses". Le jeune homme apprécie le lien qui se noue entre les musiques folklorique et électronique. Il lui a même été utile. "En fait, ce mélange donne un côté cyberpunk à l'ensemble, estime-t-il. Cela correspondait bien à ma vision d'un passé présent dans le futur". Dès lors, même si la musique sépare d'abord les personnages, il est clair que le cinéaste n'avait nulle intention de la dénigrer - bien au contraire.
Le choix des comédiennes principales
Aucune n'avait encore tourné au cinéma avant sa rencontre avec Álvaro. La plus jeune des deux a été repérée comme musicienne... sur Tik Tok ! "Avec le temps, ses vidéos ont même gagné en popularité. Sa famille trouvait notre démarche un peu inhabituelle, mais on a bien travaillé. C'était facile: l'actrice avait beaucoup de maturité et une belle forme d'intuition". Pour la femme plus âgée, il a fallu réaliser un casting. Chose étonnante (et plutôt réjouissante): c'est parmi les profils écartés dans un premier temps que le cinéaste a fini par trouver sa perle rare. "Cette femme m'a dit qu'elle venait tout juste de prendre sa retraite. Auparavant, elle travaillait à la création de feuilletons radiophoniques dans la langue quechua. De l'or pur ! Elle était même née dans la région du film et sa grand-mère y avait été accoucheuse". Vraie belle surprise !
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Une conclusion toute personnelle...
Vous avez dû le remarquer: je vois très peu de films en avant-première. Mes "sources" ? Les Fiches du Cinéma et quelques festivals - ça suffit. Voir un blockbuster lambda avant tout le monde ne m'intéresse guère. J'espère, cela dit, que vous aurez l'occasion d'apprécier La fille condor.
Le réalisateur l'affirme: "Oui, le métier d'accoucheuse (de doula, dit-on) est en train de disparaître". Il ajoute que ce n'est pas seulement du fait des médecins spécialisés ou même du système médical institutionnel. "Je ne crois d'ailleurs pas qu'il y ait une véritable alliance entre le corps médical et les responsables politiques du pays. Les médecins diplômés sont rejetés à certains endroits, tandis qu'à d'autres, des coopérations existent". En parallèle, l'exode rural contribuerait aussi à la diminution du nombre des accoucheuses, qui ne sont pas aptes à exercer en ville. Et, autre écueil, "des régions sont investies par les églises évangélistes, souvent américaines, qui considèrent les traditions comme une forme de péché. On dirait leurs fidèles tout droit sortis de chez McDonald's !". Le cinéaste n'est pas fataliste, mais se montre plutôt lucide. Il constate qu'"énormément de jeunes ont migré vers les grandes zones urbaines avec un a priori un peu idéalisé sur ce qu'elles pouvaient être". Triste...
Le symbole du condor
Confirmation du réalisateur: "Il y a bien dans mon film une métaphore relative à la vie de cet oiseau". Il explique que les légendes locales voient l'animal voler en haut des montagnes et se jeter des sommets quand il estime ne plus avoir de réelle utilité, au moment de sa mort. Cette mort n'étant peut-être au fond que... le début d'un autre chemin.
L'idée d'un perpétuel retour
"Dans le film, l'un des personnages dit que ceux qui s'en vont reviennent toujours. Nous sommes placés dans une relation temporelle cyclique". Sans forcément y adhérer, Álvaro voulait montrer cette idée à l'écran. Le scénario évoque aussi un retour (un peu tardif ?) vers une existence traditionnelle et les racines d'une famille. "Pas forcément une démarche physique, souligne le cinéaste. Cela peut passer par la reconnaissance, la compréhension ou juste le fait de se déconnecter de son lieu actuel". Lui a ainsi tourné sur une terre dont sa famille est elle aussi originaire. "Cela m'a d'ailleurs procuré un sentiment d'appartenance assez fort. L'impression d'être connecté avec ce que nous appelons la Pachamama. Peut-être que le film représente une forme d'espoir. Son message principal serait que tout ce qui meurt va renaître d'une autre manière".
L'importance de la musique chicha
Álvaro se confie volontiers sur une partie de son parcours: "J'ai travaillé comme monteur dans une chaîne de télévision dédiée à cette musique. C'était l'un de mes premiers jobs et ça a été l'une des meilleures années de ma vie. J'ai ainsi pu être en contact avec de nombreux groupes. Beaucoup me disaient de venir avec eux pour faire des clips et gagner de l'argent. Je n'ai pas forcément suivi leurs conseils, mais j'ai appris énormément de choses". Le jeune homme apprécie le lien qui se noue entre les musiques folklorique et électronique. Il lui a même été utile. "En fait, ce mélange donne un côté cyberpunk à l'ensemble, estime-t-il. Cela correspondait bien à ma vision d'un passé présent dans le futur". Dès lors, même si la musique sépare d'abord les personnages, il est clair que le cinéaste n'avait nulle intention de la dénigrer - bien au contraire.
Le choix des comédiennes principales
Aucune n'avait encore tourné au cinéma avant sa rencontre avec Álvaro. La plus jeune des deux a été repérée comme musicienne... sur Tik Tok ! "Avec le temps, ses vidéos ont même gagné en popularité. Sa famille trouvait notre démarche un peu inhabituelle, mais on a bien travaillé. C'était facile: l'actrice avait beaucoup de maturité et une belle forme d'intuition". Pour la femme plus âgée, il a fallu réaliser un casting. Chose étonnante (et plutôt réjouissante): c'est parmi les profils écartés dans un premier temps que le cinéaste a fini par trouver sa perle rare. "Cette femme m'a dit qu'elle venait tout juste de prendre sa retraite. Auparavant, elle travaillait à la création de feuilletons radiophoniques dans la langue quechua. De l'or pur ! Elle était même née dans la région du film et sa grand-mère y avait été accoucheuse". Vraie belle surprise !
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Une conclusion toute personnelle...
Vous avez dû le remarquer: je vois très peu de films en avant-première. Mes "sources" ? Les Fiches du Cinéma et quelques festivals - ça suffit. Voir un blockbuster lambda avant tout le monde ne m'intéresse guère. J'espère, cela dit, que vous aurez l'occasion d'apprécier La fille condor.



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