dimanche 18 septembre 2011

Ceux qui auraient pu

Une chronique de Martin

Son idée d'en faire un film l'a incité à la développer, mais c'est bien une histoire vraie qu'a choisi de conter Nick Hamm dans son oeuvre sortie en France cet été. Le cinéaste britannique a voulu se tourner vers Neil et Ivan McCornick, frères et musiciens rock dans l'Irlande des années 70. Encore au lycée, les deux frangins ont pour camarade Paul Hewson, qui ne demande pas encore à ce qu'on l'appelle Bono.

Sur une durée d'une dizaine d'années, Killing Bono évoque l'ascension fulgurante d'un petit gars de Dublin et de son groupe, U2, référence planétaire en devenir, le tout en suivant les pas de ceux qui ont laissé le train partir sans eux. Neil est le personnage principal. C'est lui qui, dès le début, est persuadé de pouvoir rivaliser avec les stars du rock. Lui aussi qui, méfiant malgré tout, n'informe pas son frère d'une proposition pour les rejoindre. Ne vous y trompez pas: le film s'intéresse de beaucoup plus près aux diverses pérégrinations musicales des McCormick qu'au parcours de leurs brillants copains d'école. Comme son titre le suggère, il est ici question d'une rivalité lancinante, aux confins de la jalousie, le coeur même de l'intrigue. C'est dur à imaginer, mais tout est donc bien tiré de faits réels.

Ce n'est certes pas la première fois que le cinéma dresse le portrait d'un loser attachant. L'admiration que Nick Hamm porte à U2 s'efface devant l'empathie qu'il ressent pour ce pauvre Neil McCormick. Drôle le plus souvent, le film prend parfois un accent pathétique, surtout quand Ivan réalise que, depuis le premier jour, son grand frère ment régulièrement, pour la seule sauvegarde de ses propres intérêts. L'air de ne pas y toucher, Killing Bono pose alors la très délicate question de ce qu'il est juste de sacrifier à l'ambition. De manière intelligente, il renverse également la perspective et interroge Ivan - ainsi bien sûr que le spectateur avec lui - sur ce qu'il aurait fait s'il avait tout su. Étant alors entendu qu'il est toujours facile d'avoir de quoi répondre quand le temps a passé, une fois l'histoire connue dans sa globalité. Toute sa (relative) complexité. On parle bien ici de choix de vie.

Killing Bono, c'est aussi et surtout un vrai bon moment de cinéma. Quelques longueurs plombent légèrement le film, mais c'est finalement sans vraie impatience que l'on attend de connaître le fin mot de l'histoire. La reconstitution de l'époque est parfaite, grâce notamment aux costumes et bien sûr à une bande son 100% adaptée au sujet. Cette Europe des seventies parle également d'un temps passé, un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. La misère sociale existait déjà, mais, avec juste un peu de détermination, les choses semblaient encore pouvoir changer. Conséquence, le long-métrage est traversé par une énergie communicative: j'en suis ressorti avec le sourire. Dans la vraie vie, et c'est bien ce qui permet finalement d'en rire, Ivan McCormick est toujours musicien et Neil, lui, est resté l'ami de Bono. Devenu journaliste, il a écrit un livre qui raconte son histoire "avec" lui. Quand il a appris que ce bouquin serait adapté au cinéma, il paraît qu'il s'est félicité d'obtenir finalement une forme de reconnaissance que le leader de U2 attend toujours. Simplement fidèle à lui-même.

Killing Bono
Film britannique de Nick Hamm (2011)
Un point important, encore: nul n'est besoin de connaître la carrière de U2 pour apprécier le film. C'est bien une comédie, là où Control, le long-métrage consacré au groupe Joy Division, doit sûrement être davantage une biographie en images. Je n'ai pas tant de références de films avec la musique rock comme univers sonore. J'irai voir celui sur Queen, qui doit sortir l'année prochaine. Pour retrouver l'atmosphère des années 70-80, je me dis qu'il faudrait aussi m'offrir Haute fidélité ou Presque célèbre. D'ici là, je crois utile de rester sur la musique et de retourner vers ma collection d'albums CD...

jeudi 15 septembre 2011

Bébel, Vanel, le duel

Une chronique de Martin

Je n'ai pas fini d'explorer la filmographie de Jean-Pierre Melville. Sûrement, je sais déjà qu'on le présente souvent comme un maître du septième art, mais j'ai constaté que son style pouvait être vivement décrié. Je ne suis donc pas en mesure de prendre position pour l'instant: il me faut attendre d'avoir vu plus de ses films. Si j'ai regardé L'aîné des Ferchaux l'autre jour, lors d'un passage télévisé, c'est d'abord pour Jean-Paul Belmondo, ici âgé d'à peine trente ans dans la peau d'un des deux personnages principaux. Le rôle titre, lui, revient à Charles Vanel. Le long-métrage marque leur confrontation.

Belmondo est Maudet, un boxeur sans gloire qui décide de changer radicalement de vie en s'engageant comme secrétaire d'un patron voyou, en partance vers l'Amérique du sud. Ce patron, vous l'aurez compris, c'est donc Vanel, L'aîné des Ferchaux, un homme puissant et arrogant que son passé douteux a fini par rattraper. L'enjeu premier du film est de montrer l'évolution de la relation de ces êtres que tout semble devoir opposer. Vanel-Ferchaux se demande en fait dans quelles catégories d'hommes il faut classer Belmondo-Maudet. Lui en compte trois: d'abord celle des moutons, qu'il exclut d'emblée, ensuite celle des léopards et enfin celle des chacals. C'est à la fois sur cette question et sur ses conséquences que l'intrigue progresse.

Avant d'être un film, L'aîné des Ferchaux est un livre, un roman signé Georges Simenon. Je ne l'ai pas lu. Parfois, le contexte général est raconté par Maudet, en voix off. C'est donc bien son histoire à lui que le long-métrage évoque avant tout, à un rythme dont la lenteur peut surprendre, voire déstabiliser, le public des créations contemporaines. Les acteurs sont restés en France, mais Melville entrecoupe leurs scènes de longs plans de villes américaines, histoire de se situer dans le décor. Le tournage fut éprouvant, le cinéaste vexant coup sur coup ses deux acteurs. On notera que son oeuvre a connu un remake, réalisé d'ailleurs par l'un de ses anciens assistants, Bernard Stora. 38 ans plus tard, mouvement d'inversion, Belmondo reprenait le rôle de Vanel, le sien étant alors offert à Samy Naceri.

L'aîné des Ferchaux
Film français de Jean-Pierre Melville (1963)
Au tout départ, c'est Jean Valère, un autre cinéaste, qui devait ici tenir la caméra. Il était question qu'Alain Delon et Spencer Tracy incarnent les personnages, un petit rôle revenant à Romy Schneider. Tel qu'il se présente aujourd'hui, le film reste une oeuvre intéressante, même si son auteur a fait mieux - Le cercle rouge, par exemple. Dans la relation qui s'instaure entre Belmondo et Vanel, j'ai retrouvé un peu de celle qui unit Romain Duris et Niels Arestrup dans De battre mon coeur s'est arrêté. Et dans le personnage ambigu de Maudet, un opportunisme désabusé qui m'a rappelé celui de Barry Lyndon. Même si ses motivations sont tout autres, la fuite en avant du film peut également évoquer celle de Pierrot le fou. Quatre autres films qui, autant le préciser, sont sortis plus tard.

mercredi 14 septembre 2011

Clint en approche

Une chronique de Martin

Pile trois mois pour les Américains, presque quatre pour nous pauvres Français: il faut garder encore patience avant de découvrir le prochain film de Clint Eastwood, intitulé J. Edgar et qui racontera la vie de... J. Edgar Hoover, l'un des anciens patrons du FBI. Je crois bien que je ne suis pas le seul à en attendre beaucoup. Le réalisateur pourrait revenir à un cinéma moins optimiste, compte tenu du sujet. Sur le papier, ça peut donner quelque chose d'exceptionnel, surtout qu'il y a Leonardo DiCaprio dans le rôle titre. Reste à transformer l'essai. Sortie dans les cinémas français le 12 janvier prochain.

Je m'amuse de publier cette chronique aujourd'hui, soit une dizaine de jours seulement après avoir parlé du film avec Ségo, une amie également fan de Clint. J'ajoute qu'Eastwood n'a pas l'intention d'arrêter sa carrière après ce tournage: à 81 ans passés, il doit également être le réalisateur d'un nouveau Une étoile est née, histoire classique du cinéma hollywoodien, racontée plusieurs fois déjà et notamment en 1954 par George Cukor. Il semble toutefois que le projet prenne du retard du fait de la future maternité annoncée de l'actrice principale, la star R&B Beyoncé Knowles. Rassurez-vous: je compte bien en reparler à la première occasion.

mardi 13 septembre 2011

La guerre buissonnière

Une chronique de Martin

Les soldats Pithiviers et Tassin font la guerre parce qu'ils n'ont pas d'autre choix. Leur chef, Chaudard, les rappelle souvent à l'ordre, mais lui aussi aimerait bien pouvoir rentrer chez lui. Éclaireurs maladroits d'un groupe de soldats français cernés par les Allemands au coeur de la France profonde, les trois larrons échappent pourtant à la capture et, un peu perdus, cherchent alors mollement à rejoindre leur bataillon. Pieds nickelés vaguement pacifistes, ils croisent vite la route d'un officier aviateur, à pied depuis que son engin a été abattu. Ensemble, ils s'illustreront à leur manière, héros malgré eux. Question du jour: Mais où est donc passée la 7ème compagnie ?

C'est mon cousin Mathieu qui a fait entrer ce standard du comique troupier dans ma collection de films à voir. Le tirage au sort a ensuite choisi pour moi de le regarder rapidement. Pas bien folichon à l'heure actuelle, Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? n'en a pas moins attiré d'innombrables Français en salles, en fait presque quatre millions en tout, médaille de bronze du box office national 1973. Son mérite est d'aller droit au but et de s'achever après moins d'une heure et demie d'un scénario assez convenu. Visiblement, il faut croire qu'un tiers de siècle après les événements qu'il décrit, nos compatriotes avaient déjà retrouvé le goût de rire sur la funeste époque que fut celle de la Débâcle, en mai-juin 1940.

Si le film de Robert Lamoureux, ici dans le petit rôle d'un général désinvolte, est resté ancré dans l'inconscient collectif, c'est peut-être aussi grâce à son trio d'acteurs. Certes, Pierre Mondy, Jean Lefebvre et Aldo Maccione ne sont pas les plus brillants ambassadeurs du rire de leur génération, mais je crois qu'ils restent des comédiens sympas aux yeux du public. Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? les place dans la peau du Français moyen qui est en chacun de nous. S'il manque quelque chose au film, c'est peut-être bien l'équivalent féminin de ces drôles de zozos. Peut-être qu'au fond, c'est aussi là que le réalisateur a voulu placer sa limite, à la frontière du réalisme.

Mais où est donc passée la 7ème compagnie ?
Film français de Robert Lamoureux (1973)
Comme mon smiley du jour, j'étais un peu honteux quand le film a démarré sur ma platine DVD. Je n'en ai pas retiré un plaisir immense, je ne pense pas voir ses deux suites, mais, et c'est bien une surprise en soi, je ne me suis pas ennuyé. Cette réécriture de l'histoire m'apparaît en fait plus potache - et donc moins discutable - que celle d'un Quentin Tarantino dans Inglourious basterds. Il est vrai aussi que les deux longs-métrages n'ont guère d'autres points communs que leur arrière-plan de seconde guerre mondiale. Ici, on est plutôt sur le modèle La grande vadrouille, en moins rigolo tout de même.

dimanche 11 septembre 2011

Colts et blasters

Une chronique de Martin

C'est sûrement plus ou moins la même chose pour tout le monde. Parmi les innombrables raisons qui m'inciteront à pousser les portes d'une salle de cinéma, la nostalgie tient sa place et la défend vaillamment. Au-delà du plaisir pris devant un spectacle régressif, c'est je crois d'abord pour retrouver Harrison Ford que j'ai voulu voir Cowboys et envahisseurs. L'acteur fêtera ses 70 ans l'an prochain: je l'ai beaucoup aimé et il me fait plaisir de le revoir de loin en loin, même si c'est vrai qu'à présent, les limites de son jeu m'apparaissent beaucoup plus flagrantes qu'à l'époque de sa gloire. Bref...

Le héros de Cowboys et envahisseurs, c'est Daniel Craig, en fait. Délaissant provisoirement la panoplie de James Bond, le Britannique renoue avec la grande tradition du western, en jouant un cavalier solitaire... et sans nom ! Quand le film démarre, celui qu'on appellera Jake Lonergan a tout oublié de qui il était et de ce qu'il faisait allongé dans le désert, lesté d'un curieux bracelet. Quelques minutes plus tard, après avoir dessoudé des chasseurs de prime qui passaient par là, il aura récupéré un cheval, un chien et un chapeau, mais aussi et surtout assez de lucidité pour prendre la route sans attendre davantage. C'est ainsi qu'il débarquera à Absolution, petit village paumé et forcément poussiéreux, qu'il se créera quelques ennuis avec le fiston d'un propriétaire terrien du voisinage et que, du fond d'un convoi pénitentiaire, il assistera à l'attaque de... vaisseaux extra-terrestres et à l'enlèvement de quelques braves Américains sans défense. Le début des choses sérieuses, pour résumer.

Dans Cowboys et envahisseurs, il y a aussi une femme, mystérieuse et jouée par la jolie Olivia Wilde, mais je vous laisse la découvrir plus avant. L'important pour apprécier le film, c'est de ne surtout pas le prendre trop au sérieux. On appelle ça un crossover: la fusion volontaire de deux univers de fiction disparates afin d'y puiser matière à un troisième, hybride. C'est casse-gueule, mais le fait est qu'ici, ça marche plutôt bien. Il faut dire aussi que le film s'inspire d'une BD, ce qui a dû faciliter la tâche des scénaristes et permettre au réalisateur de se concentrer sur l'aspect spectaculaire de la chose. De ce point de vue, mission accomplie: les créatures qui débarquent sur notre pauvre planète sont assez convaincantes, dans le genre féroce et visqueux. Les scènes d'action ne manquent pas, ce qui fait qu'on ne s'ennuie guère. Enfin, si, un peu... une fois qu'on a compris le principe, certains passages traînent un peu en longueur. D'autres sont aussi plombés par une morale très américaine. On pouvait l'anticiper, mais j'aurais apprécié plus d'originalité sur ce point.

Cowboys et envahisseurs reste un bon film d'action pour le repos des neurones. Comme je l'ai suggéré, il lui manque peut-être juste un peu de fantaisie, voire de folie. L'univers dépeint n'est certes pas une coquille vide, mais reste d'une épaisseur relative. Il ne faut pas trop en demander: c'est comme ça qu'on peut passer un bon moment. Quant à Harrison Ford, même si on peut regretter qu'il n'étende plus sa panoplie d'expressions, il s'offre un personnage de vieux briscard sympa, un peu ambigu parfois et qui aurait sans doute gagné à avoir un peu plus de noirceur. Daniel Craig, lui, incarne bien le héros classique, sans peur et sans reproche: il joue très correctement, mais n'éclabousse tout de même pas l'écran d'un talent hors-norme. Disons que, pour un Anglais, se couler aussi bien dans les oripeaux d'un mec de l'Ouest, c'est un signe de bonne maîtrise de son art. Maintenant, j'en arrive à me demander ce qu'il manquerait au film pour être une totale réussite: trois fois rien, sans doute, un peu plus de corps, probablement. Oui, c'est ça: le plat est bon, il est copieux, mais la sauce, elle, aurait mérité d'être un peu plus corsée.

Cowboys et envahisseurs
Film américain de Jon Favreau (2011)
Je n'ai pas vu Iron Man, le film qui a fait connaître le réalisateur. Partie remise. En attendant donc de l'évaluer dans un autre domaine, j'ai envie de dire que ce nouvel opus reste un spectacle honorable, mais que j'ai vu mieux cette année. Si le True grit des frères Coen semblait renouer avec la tradition, c'est pour moi Rango qui mérite la Palme du western décalé 2011. À voir si d'autres prétendants débarquent sur nos écrans, quitte à encore renouveler le genre.

samedi 10 septembre 2011

Couverture musicale

Une chronique de Martin

Je suis un peu fâché avec Tom Hanks. Je n'aime pas vraiment classer les acteurs et j'ai donc du mal à identifier qui sont mes préférés, mais je crois que lui, je l'aurais placé parmi les tout premiers rangs de ma liste... si elle avait existé. Certaines de ces interprétations m'ont refroidi. Et j'ai vu Ladykillers. Sans crier au génie, je me suis un peu réconcilié avec le comédien, qui s'y est tant amusé à changer de look et à cabotiner qu'il a fini par emporter le morceau. Finalement, j'ai pu en douter, mais, en lui accordant leur confiance, les frères Coen ont fait un (énième) très bon choix de casting.

Il faut dire aussi qu'à la base, les frangins disposaient d'un matériau d'une très grande qualité. Souvenez-vous: Ladykillers, c'est en effet le remake du film anglais éponyme, distribué en France et présenté ici en version francisée: Tueurs de dames. Une occasion de noter encore une fois que les meilleurs thèmes ne vieillissent pas. Bonus appréciable de cette redite: les Coen ont su transposer l'intrigue londonienne dans une Amérique stylisée qui, musique gospel oblige, rappelle La Nouvelle-Orléans. Je redis que l'idée est de raconter comment cinq prétendus musiciens s'installent chez une grand-mère un peu solitaire pour y préparer un braquage. Sauf qu'évidemment...

Ladykillers est souvent présenté comme un Coen mineur. Je peux bien admettre qu'ils ont fait mieux. Là où ils demeurent constants, et pour tout dire très forts, c'est dans l'aspect visuel de leur travail. La photo est toujours léchée, les décors parfaits pour matérialiser une ambiance, vraisemblable et imaginaire à la fois. Mais, à l'image donc de Tom Hanks, c'est par leurs acteurs que les deux frères s'expriment le mieux. Ici, encore une fois, ils ont déniché une série de "gueules" aux petits oignons. Les citer toutes serait fastidieux, surtout que certains de ces comédiens ne partagent pas la notoriété du personnage principal. Pas question toutefois d'ignorer totalement Irma P. Hall, la mémé de l'histoire: elle est tout simplement parfaite. C'est elle, je crois, la star. Celle qui m'a fait la plus forte impression.

Ladykillers
Film américain d'Ethan et Joel Coen (2004)
Remake oblige, je vous recommande l'original, le remarquable Tueur de dames. Autre lieu, autre époque, mais même humour décalé, avec un génial - et méconnaissable - Alec Guinness. Plutôt envie d'originalité ? Puisque j'évoquais l'idée d'un classement des acteurs pour ouvrir cette chronique, j'ajoute que, des films des frères Coen, c'est encore et toujours Fargo que je place au sommet. Il me reste malgré tout quelques trous à combler. Ici, dans l'esprit, j'estime qu'on s'approche plutôt d'un film comme Intolérable cruauté...

jeudi 8 septembre 2011

Penn de coeur

Une chronique de Martin

Le miracle du cinéma, c'est, parfois, de parvenir à émouvoir à partir de l'incongru. J'ai découvert dernièrement un film européen évoquant la Shoah à partir d'un univers quasi-onirique. Un certain réalisme cru ne peut masquer la bizarrerie d'un scénario porté sur la connaissance du génocide par la génération baby boom. Un peu tel le Costa-Gravas de Music box, le cinéaste m'a parlé d'un enfant et de son père méconnu, de ce qui disparaît et de ce qui reste, des grandes illusions et de la triste réalité, de la vie et de la mort. Et c'était très touchant.

L'affiche de This must be the place le dit aussitôt: le nouveau film du réalisateur italien Paolo Sorrentino place Sean Penn dans la peau d'un drôle de personnage. Cheyenne est une ancienne rock star rangée des concerts. On découvrira au cours du film la raison qui l'a poussé à mettre un terme à sa carrière. Désormais, il erre à pas feutrés dans sa vaste demeure de milliardaire, ne s'estime pas digne de l'amour de sa femme et tente d'aider un jeune serveur à séduire enfin la fille de ses rêves. Une âme en peine et tombée dans l'oubli.

Après avoir suivi Cheyenne et découvert autour de lui un Dublin populaire décalé, le spectateur qui verra ce film suivra l'ex-musicien sur les routes des États-Unis. Retrouvant après la mort de son père une famille qu'il avait quittée de peur de ne pas être aimé, le héros de This must be the place apprendra le terrible et double secret conservé par son géniteur: un passé de déporté et sa volonté farouche de retrouver l'officier nazi qui l'avait humilié à Auschwitz. En pleine tourmente affective, il se lancera à son tour à la recherche du criminel de guerre oublié. Le début d'un road movie initiatique comme Hollywood sait si bien les tourner. Chaque étape du parcours sera pour Cheyenne l'occasion de rencontres, qui lui démontreront que les choses ne sont jamais aussi simplistes qu'elles peuvent paraître et qu'il y a parfois, sur la scène de sa vie passée, des gens au moins aussi malheureux que lui. Et bien qu'il prétende à sa femme ne pas être parti pour se trouver, cette quête d'une vengeance encore indéfinie tient aussi du rituel de passage vers l'âge adulte.

Pour porter cette drôle d'aventure, il fallait à coup sûr des acteurs investis. Sean Penn l'est, indubitablement, sous l'improbable tignasse de Cheyenne. La plupart du reste de la distribution m'a paru bien loin de partager son statut de star et, pour la plupart, les acteurs choisis par Paolo Sorrentino sont pour moi des inconnus. Exception qui vient confirmer la règle: une très belle Frances McDormand, dans un rôle d'épouse attentive, moins étrange que son mari et en fait touchante pour cette même raison. Une galerie d'autres personnages parcourt continuellement le long-métrage et lui apporte beaucoup d'humanité, en dépit de quelques redites et d'un rythme étonnamment lent. Finalement, This must be the place est une oeuvre qu'il faut apprivoiser, à laquelle il faut savoir laisser une petite porte ouverte pour mieux apprécier ce qui y est montré. Le tout n'est pas exempt de quelques maladresses et pourra titiller de manière déplaisante l'émotion de ceux qui sont sensibles sur le lourd sujet de l'Holocauste. Moi, je reste séduit par le charme particulier de cette production italo-franco-irlandaise, à nulle autre pareille, portée par une bande originale rythmée et mélancolique à la fois. De quoi donner envie, après la projection, de s'intéresser de plus près à son réalisateur.

This must be the place
Film italien de Paolo Sorrentino (2011)
Revenu bredouille du dernier Festival de Cannes, le long-métrage divise, loin de faire l'unanimité. J'aime son originalité, son côté fantasque, pathétique et amusant à la fois. Il y a là quelque chose auquel je suis sensible, sans que je parvienne à dire quoi. Un peu comme son héros devant l'imprévu, d'ailleurs. J'ai, oui, un intérêt particulier pour les road movies et, bien que très différent, celui-là m'a d'une certaine façon fait penser à Into the wild. Conséquence directe du caractère débonnaire - et un peu dépassé par la société - de son principal protagoniste. Et effet Sean Penn, aussi, sûrement.

mercredi 7 septembre 2011

Pif paf boum vlan !

Une chronique de Martin

J'avais dit que je le ferai et j'ai tenu ma promesse. Pour faire plaisir à mon pote Alexis, j'ai regardé l'un de ses films préférés: Expendables - Unité spéciale. Pas franchement ma came habituellement, mais ça fait du bien de déconnecter les neurones pour goûter au plaisir du film d'action pur et dur. Ici, il n'y a pas grand chose d'autre à se mettre sous la dent que des bagarres musclées et des échanges de coup de feu, mais ça, je le savais pertinemment avant même que le DVD ne tourne sur ma platine. Aussi, j'ai laissé au film une chance de me surprendre... autrement.

Alors ? C'est raté. Sylvester Stallone ne m'a pas étonné, qu'il soit devant ou derrière la caméra. Son film raconte l'histoire ordinaire d'un groupe de six gros bras, censés libérer les otages de pirates somaliens, puis s'attaquer à la véritable petite armée qui ose oppresser le modeste peuple d'une petite île aux faux airs de Cuba. Seule - courte- innovation: les mercenaires de cette banale mission ont déjà un âge avancé et, dans un premier temps, n'ont pas envie de se faire descendre pour la seule liberté de quelques miséreux. Sauf que voilà, au milieu des victimes du général corrompu, il y a aussi une jolie fille avide de paix et capable, elle, de subir la torture sans sourciller. Du coup, retour en arrière: Expendables - Unité spéciale sera bien le récit d'une révolution assistée, avec explosions et combats en tout genre. Et comme un air de déjà vu ailleurs...

Si le film a fait parler de lui, c'est surtout parce que Sly a réuni autour de lui quelques copains prêts à bastonner sec: Jason Statham pour représenter la "jeune" génération, les figures d'autrefois, Mickey Rourke et Dolph Lundgren, comme vieux de la vieille, Jet Li en tant que spécialiste évident des arts martiaux ou même encore Bruce Willis, en obscur commanditaire de la mission - et à vrai dire personnage au potentiel le plus intéressant, malheureusement sacrifié au bout de quelques minutes seulement. Alexis m'avait assuré que je rigolerai bien devant Expendables - Unité spéciale. Mouais. Si quelques répliques peuvent sortir du lot, il n'y a pas franchement de quoi sauter au plafond. Le film reste cloué au sol dans ses grandes largeurs, la faute à son intrigue à 99% prévisible. Je peux admettre que les acteurs se soient bien amusés, à l'image d'un Arnold Schwarzenneger goguenard, en plein (et bon) numéro d'auto-dérision. À mon goût, tout ça manque quand même beaucoup de second degré. Ça bouge, ça d'accord, mais ça n'avance guère.

Expendables - Unité spéciale
Film américain de Sylvester Stallone (2010)
Pas question de tirer sur l'ambulance: le long-métrage respecte même probablement son cahier des charges. Moi, je préfère simplement des films comme Red ou à la limite Machete, un brin plus ironiques. J'aurais également pu citer L'agence tous risques, mais je me suis dit qu'un scénario adapté de série télé n'était pas aussi séduisant qu'une histoire originale, aussi basique soit-elle.

mardi 6 septembre 2011

Kirsten, jolie frimousse multiple

Une chronique de Martin

Une nationalité américaine, mais aussi du sang allemand et suédois dans les veines: la jolie Kirsten Dunst est un mélange réussi. Au-delà de sa plastique, la jeune femme - 30 ans l'année prochaine - a déjà une belle filmographie derrière elle, débutée en... 1989. Connue comme la Mary Jane des trois premiers Spider-Man, je constate avec plaisir qu'elle se tourne souvent vers un cinéma plus exigeant. Je pense en fait l'avoir découverte grâce au petit rôle qu'elle tenait dans Eternal sunshine of the spotless mind, chouette film signé Michel Gondry. On m'a dit du bien de Rencontres à Elizabethtown.

J'aime ces jeunes comédiennes qui osent prendre quelques risques avec leur image et souhaite donc que son Prix d'interprétation cannois ouvre toujours plus les portes de son art à Kirsten Dunst. Déjà, je suis assez curieux de voir la prestation qu'elle pourra proposer dans Sur la route, la future adaptation du roman éponyme de Jack Kerouac. Sacrée trois fois meilleure jeune actrice au cours des galas américains des années 90, la jeune femme pourrait avoir une belle longévité et se consacrer alors désormais à d'autres rôles plus matures. Ce sera probablement intéressant de suivre l'évolution de sa carrière. On devrait la retrouver prochainement dans un projet de film fantastique baptisé Upside down. Sur le sujet, je crois savoir qu'auprès d'un soldat, elle devrait y jouer une demoiselle venue d'un monde d'abondance et justement prénommée Eden !

dimanche 4 septembre 2011

Un drame adolescent

Une chronique de Martin

Voir un nouveau film avec Kirsten Dunst m'a donné envie de revenir en arrière pour regarder à nouveau Virgin suicides. En repartant depuis le début, ce sera également l'occasion d'avoir enfin présenté sur ces pages l'ensemble des longs-métrages de Sofia Coppola, la fille de Francis Ford. Je me suis d'ailleurs une nouvelle fois demandé comment, alors même pas trentenaire, la jeune femme avait pu tourner une première oeuvre aussi triste. Et pourquoi je n'arrive pas à le comprendre. Peut-être bien parce qu'à l'image d'un médecin psychiatre du film, petit rôle joué par Danny de Vito, censé analyser le mal-être d'une jeune patiente, je n'ai pas été une fille de 14 ans.

Virgin suicides évoque sans détours la mort d'adolescentes, celle d'abord de la plus jeune d'une fratrie, vite suivie de celle de chacune des quatre autres soeurs. Toute l'originalité tient à ce que l'histoire nous soit racontée par un narrateur garçon, homme invisible à l'écran qui aurait fréquenté les jeunes femmes au cours des années 70. Lux, Mary, Bonnie, Therese et Cecilia Lisbon paraissent aussi fascinantes qu'inaccessibles aux garçons de leur entourage. Elles sont également les cinq filles de parents aux principes stricts, qui les étouffent doucement dans la prison dorée de leur grande maison. Sont-elles malheureuses pour autant ? Ce n'est pas si évident. Trop simpliste.

Si Virgin suicides parvient à émouvoir, ce n'est pas vraiment parce que ses protagonistes semblent vivre une situation désespérée: c'est plutôt, je crois, parce qu'un début de bonheur simple leur tend progressivement les bras et qu'elles n'arrivent pas à le saisir, allant même jusqu'à le casser quand il semble enfin se présenter. Un bémol tout de même: à vrai dire, les petits mecs de cette histoire paraissent eux aussi assez cabossés, ne trouvant à communiquer qu'à travers les paroles symboliques des chansons à la mode. Sincèrement, sans surligner son propos, Sofia Coppola compose vraiment de belles images et sait jouer à merveille sur la suggestion pour faire passer la violence de son propos. C'est un paradoxe possible: dans cette méthode, il y a finalement beaucoup de douceur.

Virgin suicides
Film américain de Sofia Coppola (1999)
Après la sortie de cette première oeuvre, la jeune femme commençait déjà à se faire un prénom. Son étoile a un peu pâli depuis, mais je trouve une logique à son début de filmographie venue d'une relative constance dans le traitement de l'adolescence, ce temps de passage entre le monde des enfants et celui des adultes. De Lost in translation à Somewhere sorti en janvier, sans oublier Marie-Antoinette, je vous renvoie aux autres films, sans préférence particulière. Je crois pouvoir dire que je les aime à peu près tous.