mercredi 1 avril 2020

Un peu de poisson

J'ai peut-être déjà raconté cette anecdote: j'étais à peine au collège lorsque, dans la ville où j'habitais, on annonça la venue exceptionnelle de Bernard Giraudeau et Gérard Lanvin, en promotion pour un film. Les deux acteurs avaient l'intention d'escalader la cathédrale du coin ! Certains les ont attendus sur le parvis, en ayant oublié le calendrier...

Je n'ai finalement jamais vu Les spécialistes (signé Patrice Leconte). Échaudé, j'ai appris à me méfier des "infos" du premier jour d'avril. Cela dit, arrêtez-moi si je me trompe: il me semble qu'à notre époque multimédia, le poisson n'a plus le même goût ou est passé de mode. Pourtant, il y a encore quelques décennies, un journal aussi sérieux que Positif n'avait pas hésité à présenter la carrière d'un réalisateur méconnu, Maurice Burnan. Et ce n'était en fait qu'une grosse blague ! Comme victime ou coupable, vous aussi avez peut-être connaissance d'un quelconque canular: je trouve ce petit jeu amusant et bien venu au cinéma. Ce mercredi, j'espère repérer... vos mensonges assumés !

lundi 30 mars 2020

Sombres desseins

On dit parfois d'Henri-Georges Clouzot qu'il est le Hitchcock français. C'est en coupant in extremis l'herbe sous le pied de son confrère anglais que le cinéaste acquit les droits de Celle qui n'était plus, l'un des tous premiers polars de Boileau-Narcejac. Il en fit une adaptation libre, sortie en 1955 sous un titre sentant le soufre: Les diaboliques !

Choix audacieux pour l'époque: dans un internat de garçons, le film met en scène un trio composé d'un odieux directeur, de son épouse apparemment soumise à son bon vouloir... et de son ex-maîtresse. Tout ce petit monde cohabite tant bien que mal, jusqu'au jour où, vacances obligent, les femmes se disent qu'elles ont un peu de temps et une occasion de supprimer le sale type qui pourrit leur quotidien. Vous avez bien lu: je parle effectivement d'un assassinat prémédité. Maintenant, fidèle à mes habitudes, je vous laisse découvrir la suite par vous-mêmes. Ce que je peux vous dire, c'est que Les diaboliques joue sur plusieurs tableaux (et émotions associées): film au suspense implacable, c'est également un thriller vraiment efficace. La tension va crescendo, au gré des retournements de situation: effet garanti. L'amoureux des acteurs que je suis ne peut manquer de souligner qu'entre Simone Signoret, Paul Meurisse et Vera Clouzot, le casting s'avère lui aussi parfaitement réussi. Et c'est compter sans les rôles annexes - Charles Vanel, Michel Serrault, Noël Roquevert... du solide !

Une fois l'ultime image dans la boîte, Henri-Georges Clouzot eut l'idée malicieuse de conclure avec ce carton: vous comprendrez dès lors pourquoi je ne souhaite pas m'affranchir de la "consigne officielle". Qu'ajouter ? Que, désormais disponible en version restaurée, le film offre des scènes remarquables sur le plan technique. Rien d'étonnant compte tenu du réalisateur, mais c'est ma foi une belle confirmation. Je ne suis pas du tout sûr que les images auraient eu le même impact en couleurs: en tout cas, le superbe noir et blanc est le complément idéal d'une intrigue basée sur les sombres desseins des personnages. Nocturne et haletante, la séquence finale joue sur des contrastes marqués, qui, à l'instant crucial, m'ont mis des frissons dans le dos. C'est seulement le lendemain que j'ai réalisé qu'après le générique initial, Les diaboliques n'a plus de musique avant les crédits finaux. J'espère désormais pouvoir lire le livre dont le long-métrage est tiré pour y relever les différences. Je sais déjà que c'est l'une des femmes que le roman élimine, mais oui, je garde en moi ce désir... coupable !

Les diaboliques
Film français d'Henri-Georges Clouzot (1955)

Il y a dans tout cela une perversité que je trouve assez jubilatoire. Nébuleux, le récit aurait tout aussi bien pu verser dans le fantastique. La dernière réplique rouvre d'ailleurs une porte que l'on croyait close trente secondes plus tôt: presque un avant-goût du génial Psychose ! Si, après cela, vous voulez trembler encore, j'ai quelques autres films à citer comme, en noir et blanc, l'angoissant Bunny Lake a disparu...

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Maintenant, il faut rendre à Alfred...

L'histoire dit qu'après être passé à côté de cette histoire, Hitchcock sut finalement apprécier un autre Boileau-Narcejac: D'entre les morts. Il y piocha des idées pour l'un de ses chefs d'oeuvre: Sueurs froides...

Et j'achèverai mon propos avec un lien...
Il vous permettra de lire la chronique (mitigée) de "L'oeil sur l'écran".

dimanche 29 mars 2020

Faute de cinéma...

Aujourd'hui, j'avais imaginé une chronique enthousiaste pour évoquer le passage à l'heure d'été et l'édition 2020 du Printemps du cinéma. Confinement oblige, j'ai dû revoir ma copie et alors jugé préférable de privilégier une certaine retenue. Pas de panique: je vous reviens dès demain midi - avec une grande référence du patrimoine français !

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Un ajout (tardif)...

Sur le site du Printemps, la Fédération nationale des cinémas français annonce une future "Fête de réouverture". Et pas d'info plus précise...

vendredi 27 mars 2020

Toute la vérité

Un cinéma que je fréquente régulièrement a joué le jeu des César. Point de polémique ici: pour cinq euros seulement, on pouvait (re)voir l'un des opus nommés pour la récompense suprême. Cela m'a permis de rattraper Roubaix, une lumière, que j'avais manqué l'été dernier. J'ajoute sans attendre que, pour le coup, le film n'a rien... de solaire !

Ce vrai/faux policier a valu à Roschdy Zem sa première compression dorée. L'acteur incarne ici le commissaire Daoud, un bon flic d'origine nord-africaine, le seul des siens "à ne pas être retourné au bled". Avant de s'intéresser à la mort d'une vieille dame, le scénario passe allégrement d'un dossier à l'autre, montrant ce qui fait le quotidien d'une brigade dans la ville du Nord, parmi les plus pauvres de France. Anecdote révélatrice: c'est à un documentaire que le long-métrage emprunte sa trame principale. Il n'est dès lors pas interdit d'apprécier Roubaix, une lumière comme une tentative d'apporter un éclairage sur une région sinistrée - dont le réalisateur est lui-même un enfant. Sordide, l'assassinat dont il sera question a bien eu lieu, les proches de la victime déplorant d'ailleurs que personne n'ait daigné les aviser de cette "récupération". Je dois vous dire que je n'ai vu aucune trace de complaisance dans ce récit, ni dans aucune des images, du reste...

Un peu longuet parfois, le film repose aussi sur les épaules d'un duo féminin, improbable mais convaincant: Léa Seydoux / Sara Forestier. J'ai parfois de grosses difficultés à me laisser embarquer dans le jeu assez froid de la première nommée: en fait, son personnage public entrave souvent ce que je peux ressentir de positif face à ces rôles au cinéma. À l'inverse, la seconde prouve fréquemment que j'ai raison de faire confiance à son talent pour aborder des sujets multiples. Roubaix, une lumière les remet (presque) à égalité: Sara Forestier livre une composition formidable en fille dépassée par les événements quand le personnage de Léa Seydoux, plus calculateur, semble résister face à la pression, avant de s'effondrer sous le poids du mensonge. D'aucuns reprochent au long-métrage de faire preuve d'une empathie qu'ils jugent, en réalité, parfaitement inadaptée aux circonstances. Pour ma part, je ne partage pas cette opinion: même si des faits réels sont ainsi portés à l'écran, j'ai d'abord vu une oeuvre de fiction. Moins emballé que d'autres, j'ai tout de même passé un bon moment !

Roubaix, une lumière
Film français d'Arnaud Desplechin (2019)

Je connais encore mal le réalisateur, dont ce film est le premier polar. Parmi les grands atouts du long-métrage: les écarts qu'il s'autorise avec les figures imposées du genre et, de ce fait, cette dimension sociale rarement observée ailleurs. Résultat: les diverses séquences d'interrogatoires ou encore une scène de reconstitution sonnent juste. Davantage qu'Une nuit, avec, déjà, Sara Forestier et Roschdy Zem...

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Vous souhaitez confronter les témoignages ?
Je comprends. Bon... c'est possible grâce à Pascale, Dasola et Strum.

mercredi 25 mars 2020

Attendre la fin

Un avertissement...
Le film que la liste de mes découvertes m'amène à vous présenter aujourd'hui parle de la mort, et ce de manière assez explicite. Prudence: il pourrait heurter la sensibilité de certain(e)s d'entre vous.

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Le saviez-vous ? Les cinq premières éditions du Festival de Cannes avaient un écrivain pour président du jury. C'est de nouveau arrivé plusieurs fois par la suite - la dernière en 1983, avec William Styron. Aujourd'hui, je vais vous présenter le film qui obtint la Palme d'or cette année-là: La ballade de Narayama (du grand Shôhei Imamura) !

Avis aux curieux: ce long-métrage est en fait la seconde adaptation d'une nouvelle de Shichiro Fukazawa (la première remonte à 1958). Dans le Japon rural de la moitié du 19ème siècle, quelques familles vivent chichement, au rythme des saisons. L'implacable coutume veut que, lorsqu'ils atteignent l'âge de 70 ans, les anciens soient conduits dans la montagne, pour y être purement et simplement abandonnés ! Orin, la matriarche de l'un des clans, se prépare ainsi à l'inéluctable. Elle va même jusqu'à se casser les dents pour convaincre son fils aîné, Tatsuhei, de respecter la tradition ! Je vous laisserai découvrir seuls cette vieille dame déterminée, à la douceur un rien trompeuse. Filmé au coeur d'un sublime cadre naturel, La ballade de Narayama devrait surprendre bien des Occidentaux, conduits en terra incognita. C'est sa force et peut-être sa limite: les cinéphiles les plus "casaniers" risquent d'être un peu perdus. Mais ce n'est pas toujours déplaisant...

Pour être franc, je m'attendais à autre chose: j'avais entendu parler de cette pratique d'abandon des vieillards et pensais que le scénario s'appesantirait sur le sujet. Pas du tout: je ne vais pas vous raconter tout ce qui se passe en détail, mais le film reste longtemps au village. Comme le souligne à juste titre Wikipédia, il montre ainsi qu'Orin "met de l'ordre dans les affaires de sa famille". Du coup, les scènes s'enchaînent et l'émotion va crescendo, à l'image du parcours de vie d'une héroïne complexe. Au fait de sa responsabilité, Orin est capable parfois de l'assumer avec une grande froideur (un euphémisme...). Tout au long du métrage, La ballade de Narayama dresse un parallèle entre des communautés humaines "primitives" et leur environnement immédiat, comme pour rappeler que nous sommes tous des animaux soumis à de vagues instincts et au bon vouloir de forces supérieures. En cela, le propos est moderne et fait oublier que l'auteur de l'oeuvre originelle jugeait le film pornographique ! Quelques scènes hardcore peuvent certes justifier ce qualificatif dépréciateur. À vous de voir...

La ballade de Narayama
Film japonais de Shôhei Imamura (1983)

Ma quatrième rencontre avec le cinéaste ne sera pas ma préférée. Cela dit, le film lui a donc valu une Palme d'or, une belle consécration qu'il connaîtra d'ailleurs une seconde fois en 1997 (avec L'anguille). La ballade de Narayama évoque plutôt Profonds désirs des dieux. Pour le cadre naturel, je recommanderais aussi La forêt de Mogari dans un contexte contemporain. On y parle également du grand âge...

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Pour finir, je vous conseille une lecture...
Si vous n'avez pas le texte originel, il vous restera "L'oeil sur l'écran".

lundi 23 mars 2020

Derrière le masque

Les historiens nous disent que, dans le théâtre grec, les comédiens portaient des masques. Que sait-on finalement de la véritable nature des femmes et des hommes que nous voyons jouer ? Cette question est centrale dans Ève, un classique après lequel j'ai couru longtemps ! Autant le dire ici: je suis ravi de pouvoir vous en parler aujourd'hui...

Eve Harrington, une jeune comédienne, reçoit un prix prestigieux. D'emblée, la caméra nous offre un certain contraste entre son visage rayonnant et la mine de certains de ceux qui assistent à la cérémonie. Autour de l'héroïne, il y a là notamment une actrice (un peu) plus âgée et la femme d'un auteur à succès. Une voix off donne quelques détails sur les un(e)s et les autres, avant que ne démarre un long flashback explicatif sur les relations croisées qui unissent cette petite troupe. L'on découvre alors que la star du jour n'était encore qu'une "groupie" quelques mois plus tôt, devenue toutefois, à grand renfort d'humilité affichée, l'amie et l'assistante ultra-zélée d'une vedette des planches. Dense et remarquablement écrit, adossé en outre à des dialogues mitonnés aux petits oignons, le scénario va alors renverser la table pour nous ramener au point de départ... et nous raconter la suite. Admettons-le sans sourciller: Ève est un film exigeant, mais au sens noble du terme. De fait, l'attention qu'il réclame est payée en retour par la découverte d'un trésor de l'âge d'or hollywoodien. Bonheur XXL !

À l'époque, six Oscars - dont celui du meilleur film - ont récompensé cette belle réussite. Je la mets d'abord au crédit des comédiennes choisies: à Anne Baxter dans le rôle titre, vous serez sans doute ravis d'ajouter le remarquable duo Bette Davis / Celeste Holm, sans oublier d'apprécier les rôles secondaires (Thelma Ritter et Marilyn Monroe). Cette grande comédie humaine s'intéresse d'abord aux personnages féminins, mais les hommes, bien qu'en léger retrait, ont une place importante dans le déroulé de l'intrigue - non, je n'en dirai pas plus. Je tiens donc à saluer les prestations de quelques-uns de ces acteurs que j'ai en réalité découverts à l'occasion: Gary Merrill, Hugh Marlowe et Gregory Ratoff, par exemple. Et pour le coup, je réserve ma Palme d'honneur à George Sanders, comme souvent impeccable d'ambiguïté. Ève, assez féroce avec le monde du théâtre, doit-il également être vu comme le miroir de celui du cinéma ? C'est une clé d'interprétation possible, mais gardons-nous toutefois des généralisations abusives ! Je ne retiendrai, au final, que le simple plaisir pris à regarder ce film.

Ève
Film américain de Joseph L. Mankiewicz (1950)

Traverser les décennies: c'est aussi cela, la magie du grand cinéma. Juste deux ans plus tôt, Les chaussons rouges nous avaient entraîné dans les coulisses d'un ballet... et c'était vraiment très bien aussi ! Pour retourner au théâtre, on peut opter pour le radicalisme absolu d'un chef d'oeuvre comme Persona ou préférer la belle expression contemporaine de Sils Maria. Avant d'en revenir à Jeux dangereux...

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D'autres amateurs dans la salle ?

Ils semblent nombreux: je cite donc Strum, Eeguab, Vincent et Lui. Attention: des spoilers peuvent encore traîner, à droite ou à gauche !

vendredi 20 mars 2020

Roc, pic, cap, péninsule...

Vous l'avez sans doute remarqué si vous êtes intéressés par le sujet et/ou attentifs: je n'ai guère abordé le sujet des César cette année. J'y reviendrai peut-être, car la direction de l'Académie a démissionné en bloc il y a un mois - ce qui pose quelques questions pour la suite. Bref... pour aujourd'hui, passons: je veux vous parler d'autre chose...

Pourquoi diable cette introduction ? Parce que je voulais évoquer l'un des deux films ayant gagné le plus de compressions dorées: Cyrano de Bergerac, dans sa version cinéma sortie en 1990 (trente ans !). Faut-il que je fasse les présentations ? Au cas où, je rappellerai juste que Cyrano - personnage réel ayant vécu de 1619 à 1655 - a acquis une incroyable dimension mythique depuis qu'à la fin du 19ème siècle, un dénommé Edmond Rostand en a fait un personnage de théâtre truculent, porteur d'un certain esprit français. C'est simple: je vénère ce héros et j'adore la pièce, tant la langue que l'auteur a utilisée s'impose comme un délice pour mes oreilles. Et j'applaudis avec force ceux qui ont choisi Gérard Depardieu pour jouer ce rôle légendaire ! Ici, je juge l'acteur excellent. Et j'ajoute: sur l'ensemble de la gamme.

Cela mérite une explication pour qui l'ignore encore: haut en couleurs si ce n'est arrogant, Cyrano est en réalité un personnage complexe. Derrière son grand nez et son indéniable verve, il cache une blessure secrète: l'amour qu'il porte à sa cousine et la conviction absolue qu'elle ne partage pas ses sentiments. Une plaie intime décuplée lorsque la belle Roxane, en confiance, lui avoue qu'elle s'est éprise d'un autre homme: un certain Christian de Neuvilette, qu'elle charge Cyrano de prendre sous son aile, puisqu'ils sont tous deux... soldats du même régiment royal. Le chevaleresque cousin fera bien "mieux" que cela dans un premier temps: il aidera son innocent rival à gagner de l'assurance et, du même coup, à lui enlever la femme qu'il aime. Assez de détails sur l'histoire elle-même: je veux dire sans tarder combien Anne Brochet et Vincent Perez me plaisent dans ces rôles d'amoureux juvéniles. Oui, leur absolue candeur les rend admirables !

Vous dire aussi que Cyrano de Bergerac, c'est plein d'autres choses. Puisqu'il est aussi question de départ à la guerre, c'est une fresque épique de très haut vol, déjà admirable sur scène, mais que le cinéma enrichit encore grâce à des scènes extérieures des plus virtuoses. Incroyable force du film d'aujourd'hui: il n'est jamais tape à l'oeil. J'imagine qu'il a dû coûter cher, mais cette probable grosse somme d'argent a été bien utilisée: tout est magnifique et nous transporte dans la France du roi Louis XIII d'une manière tout à fait crédible. Autant vous le redire: j'aime décidément ce type de reconstitutions. Les historiens rigoureux pointeront sans doute des anachronismes ici et là, mais face à une telle poésie visuelle, cela m'importe très peu. Cerise sur le gâteau: outre les dialogues, le son et la bande musicale restent de vraies merveilles, même après trois décennies complètes. Trouve-t-on un meilleur ambassadeur pour le cinéma français ? Euh...

Le destin est malicieux: le Cyrano du théâtre est pratiquement apparu en même temps que le cinématographe, ce qui leur a de fait permis de se rencontrer. Et à une époque où les films étaient muets, oui ! Selon moi, c'est également la grandeur du long-métrage d'aujourd'hui que d'offrir quelques silences évocateurs, où l'émotion et le plaisir qu'elle fait naître ne passent donc que par les seules images et le jeu des comédiens. Le travail d'adaptation a été si soigné que l'on oublie totalement que les vers de l'oeuvre originelle ont été modifiés parfois et évidemment raccourcis - le film durant un peu plus de deux heures génériques compris et la pièce... j'en compterais trois, au bas mot. Sacrilège ? Que nenni: l'esprit demeure (et c'est bien là l'essentiel). Tenez, un aveu: tout cela m'a mis les larmes aux yeux. Une émotion vive, sachant que je n'avais plus vu le film depuis sa sortie en salles. Bien au-delà du cinéma, un très haut sommet du patrimoine national !

Cyrano de Bergerac
Film français de Jean-Paul Rappeneau (1990)

Oui: cinq étoiles pleines et entières pour un in-con-tour-nable. Qu'ajouter ? Que j'aimerais aussi revoir la pièce dans un théâtre d'ici ou d'ailleurs. Et, qu'en attendant cela, je me rabattrais bien volontiers sur d'autres adaptations ciné. Une suggestion: vous frotter au Cyrano sans parole et en couleurs, un bel hommage italien remontant à 1923. Ou alors, tiens ! Tenter l'ascension de la légende par la face Edmond !

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Au fait, une précision...
Au total, le film a remporté dix César: un "record" qui tient toujours et qu'il partage avec Le dernier métro, grand cru du millésime 1981 !

Vous en voulez encore ?
Ce sera avec plaisir que vous lirez la chronique de "L'oeil sur l'écran".

mercredi 18 mars 2020

Un étrange papillon

Nouveau virage à 180 degrés aujourd'hui: je reviens au cinéma ancien pour vous parler de Harakiri, un film sorti... il y a plus d'un siècle. C'est la deuxième fois seulement que je parle d'un long-métrage réalisé et diffusé avant les années 20. Pour tout dire, je l'ai découvert un peu par hasard et dans une version ciné-concert. Drôle de machin !

L'histoire ? C'est celle de Madame Butterfly. Une jeune Japonaise devrait devenir grande prêtresse, mais son père estime qu'elle seule doit choisir cette voie et que personne ne saurait l'y contraindre. Finalement, la belle s'entiche d'un Occidental... au point de l'épouser ! Comme dans l'opéra de Puccini, les deux époux seront séparés et, lorsqu'il revient finalement honorer ses promesses de retour, le mari est accompagné d'une autre femme. Ce que j'ai découvert à l'écran n'était pas spécialement émouvant, cela dit. Il m'a en réalité semblé que le scénario n'était pas très bien écrit, l'absence de toute parole apparaissant alors comme un handicap, sans la moindre envolée lyrique un tant soit peu significative. Ce qui explique ma déception. Elle est relative: en fait, je ne suis pas mécontent d'avoir vu le film...

Sur l'aspect ciné-concert, maintenant. Le dispositif scénique, proposé par le groupe Der Zoologe von Berlin, était objectivement ambitieux. Aux images du film s'en ajoutaient d'autres, diapositives ou ombres chinoises, ainsi qu'un peu de théâtre et de la musique électronique. Pour mes oreilles peu habituées à de telles sonorités, cette démarche que les artistes eux-mêmes jugent difficile à décrire et expérimentale n'a pas toujours été des plus agréables. Et je le regrette, d'ailleurs. Loin de me positionner en "gardien du temple", je ne veux pas être trop sévère avec cet Harakiri 2018 (créé à l'occasion d'un festival). Franchement, je suis persuadé que cela peut convenir aux esthètes mieux éclairés que moi: avis aux amateurs, donc, et sans rancune. Tourner le dos aux ciné-concerts n'est assurément pas mon intention !

Harakiri
Film allemand de Fritz Lang (1919)
Une note moyenne qui traduit avant tout ma complète incertitude. J'attendais (un peu) mieux, compte tenu du statut de monstre sacré du réalisateur. Pas grave: ce sera sans doute pour la prochaine fois. En attendant, je vous invite à relire mes impressions très favorables après la découverte du Faust de Murnau, en version ciné-concert. Preuve que les muets allemands méritent bien d'être vus... ou revus !

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Une précision chromatique...
Les images que vous pouvez voir ci-dessus sont directement issues du film, où elles apparaissent bel et bien ainsi, en jaune et en vert. D'autres teintes ont également été utilisées (orange, bleue, rose...). Les artistes présents ont tenu à participer à ce jeu avec les couleurs !

Et pour finir, un petit lien ailleurs...

Vous pourrez lire une chronique du film du côté de "L'oeil sur l'écran".

lundi 16 mars 2020

L'école de la chair

Attention, grand écart ! J'en viens aujourd'hui à vous parler d'un film complètement différent du précédent, même s'il a aussi une héroïne féminine. Je me souvenais vaguement que Grave avait fait sensation lorsqu'il est sorti: j'ai dès lors eu envie, bien sûr, de voir pourquoi. J'ai souhaité me frotter à ce qu'on disait être "un petit phénomène"...

Jeune fille sage et élève brillante, Justine marche sur un chemin balisé par ses parents en étant admise dans une école vétérinaire. Elle y retrouve alors Alexia, sa grande soeur, ce qui ne l'empêche pas de subir un bizutage particulièrement éprouvant, où elle doit avaler un rein de lapin cru, bien qu'elle soit végétarienne. Cette "nourriture" affaiblit l'adolescente au point qu'elle développe aussitôt une urticaire géante. Cela dit, sa santé s'arrange assez vite, mais on constate alors avec elle que Justine change: sa peau redevenue lisse, elle est prise soudain d'un appétit vorace pour la viande sous toutes ses formes. Grave monte dans les tours. Autant le dire sans délai: ça va saigner !

Soyez prévenus: ce premier long-métrage d'une réalisatrice française ne fait pas dans le feutré, ce qui lui a d'ailleurs valu d'être interdit aux moins de 16 ans. Cela dit, la violence, le gore et le sexe explicite n'arrivent pas par hasard: c'est impressionnant, mais jamais gratuit. J'aimerais vous convaincre que Grave bénéficie d'une mise en scène d'une indéniable virtuosité, digne des meilleures références du genre. Dans une critique du Monde, j'ai lu: "Rares sont les premières œuvres aussi fiévreuses, aussi électrisantes, d'un romantisme aussi échevelé et d'une si complète désinhibition"... et cela résume bien mon avis. Une précision, toutefois: je ne veux pas réduire le tout à un exercice de style, si réussi soit-il au demeurant. Il y a une vraie personnalité artistique dans ces images fortes, aux couleurs souvent éclatantes. C'est une promesse pour l'avenir: il faut souhaiter que Julia Ducournau - qui a largement vendu son film à l'international - puisse enchaîner avec d'autres oeuvres marquantes. Et j'espère revoir aussi son actrice principale, Garance Marillier, excellente ici, du haut de ses... 19 ans !

Grave
Film français de Julia Ducournau (2017)

Allez... quatre étoiles pleines, avec une petite prime à la jeunesse ! Bien évidemment, des histoires comme celle-là, le cinéma en a vu d'autres: l'influence de Carrie et de Suspiria est tout à fait palpable. J'ai aussi songé à d'autres opus en "décalage": Le parfum, Morse, Only lovers left alive ou encore Les bonnes manières. Il faut croire que j'aime jouer à me faire peur. Oui, je crois, quand c'est efficace...

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Il a reçu un zéro pointé, aussi ?
Oui: c'est le score du film aux César 2018, où il était nommé six fois. Voici les catégories concernées... et les lauréats finalement choisis:
- réalisateur/trice : Albert Dupontel (Au revoir là-haut),
- espoir féminin: Camélia Jordana (Le brio),
- scénario original: Robin Campillo (120 battements par minute),
- son: O. Mauvezin, N. Moreau et S. Thiébaut (Barbara),
- musique originale: Arnaud Rebotini (120 battements par minute),
- premier film: Petit paysan (Hubert Charuel).

Pour finir, je vous propose de lire encore...
Les chroniques de Pascale et Princécranoir sont moins enthousiastes.

samedi 14 mars 2020

Provence éternelle

D'abord, un bref aparté...
Malgré les conséquences du coronavirus, je n'ai nullement l'intention de renoncer à vous parler de cinéma. Il se peut juste que le nombre de sorties récentes présentées ici diminue un peu (à moyen terme). Quoi qu'il en soit, j'espère que tout va bien pour vous et vos proches !

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D'un classique à un autre... je reste en noir et blanc pour vous parler aujourd'hui d'un (beau) film de Marcel Pagnol: La fille du puisatier. Bientôt neuf ans auront passé depuis qu'une chronique fut publiée ici pour évoquer le remake: il est grand temps de revenir aux sources ! Partons un instant vers la Provence: ce sera pour moi un pur plaisir...

Printemps 1939. Depuis la mort de sa femme, Pascal Amoretti élève seule ses six filles. Patricia, son aînée, est revenue vivre à ses côtés après avoir passé de longues années dans une famille riche, à Paris. Le jour de ses 18 ans, elle croise un jeune homme très entreprenant et, bien qu'elle refuse de le montrer, en tombe aussitôt amoureuse. Dans le même temps, il lui faut bien se comporter et aussi résister aux avances timides d'un brave homme: Félipe, l'ouvrier de son père. Des interactions entre ces personnages naît un scénario solide, porté par des dialogues d'une rare poésie. Certes, La fille du puisatier date d'il y a 80 ans: les valeurs sociales ont évidemment changé depuis. Pourtant, j'ai vu un film moderne, qui donne en tout cas le beau rôle aux jeunes et aux modestes. Malgré les difficultés souvent extrêmes qu'elles affrontent et les drames qui les accablent, les petites gens préservent leur dignité et peuvent même, parfois, relever la tête. L'empathie de Pagnol est manifeste (et fait toute la beauté du récit) !

Tout est ici à l'opposé de la nostalgie, le film s'étant de fait construit en temps réel, au moment précis où la France concédait un armistice scabreux à l'Allemagne nazie. Certains critiques y ont vu une apologie des valeurs de Vichy. S'il est vrai que l'on entend le fameux discours radiophonique du maréchal Pétain appelant à la fin des combats, voir dans cette scène un signe d'allégeance me semble un total contresens. Initialement, le script montrait la France triomphante: les faits réels ont conduit Pagnol à revoir sa copie... et il a su le faire avec talent. Les visages baissés qui apparaissent à l'écran témoignent à mes yeux du sentiment de débâcle que beaucoup de Français ont alors ressenti. Pour le reste, plusieurs fois, les protagonistes luttent à l'évidence contre leurs sentiments profonds. Le film reste à l'écart du pathos grâce à ses interprètes "Stradivarius", parmi lesquels je placerai immédiatement (et sans hésiter) le trio Raimu / Charpin / Fernandel. Et La fille du puisatier a pour nom Josette Day, actrice assez douée pour faire oublier qu'elle est plus âgée que son personnage. Chapeau !

La fille du puisatier
Film français de Marcel Pagnol (1940)

Cela faisait un petit moment que j'avais envie de retrouver la verve pagnolesque sous sa forme originelle: je me suis vraiment ré-ga-lé. Quand, je l'ignore, mais je suis presque sûr à 100% que d'autres films suivront. En attendant, vous serez peut-être curieux des productions "récentes" que sont La gloire de mon père, Le temps des amours ou... La fille du puisatier (version 2011) ! Une liste bien incomplète !

jeudi 12 mars 2020

Petits arrangements

Je n'avais plus vu de film en noir et blanc depuis décembre dernier ! D'après ce que j'ai lu, c'est pour réaliser des économies budgétaires que le réalisateur de La traversée de Paris s'est passé de la couleur. Moi, j'ai pris les nuances de gris pour une touche vintage bien venue. En revanche, autant le dire tout de suite: le film m'a (un peu) déçu...

L'argument n'est pas compliqué à comprendre: du fait de l'Occupation de Paris par les troupes nazies, un chauffeur de taxi (Bourvil), privé d'emploi, s'est reconverti... dans le marché noir. Gros problème supplémentaire: son complice habituel a été arrêté en possession d'une valise pleine de savon. Or, comme le dit l'un des personnages subsidiaires du film, "si les Français ne se lavaient plus, la France serait plus propre". En clair, les trafics sont loin de faire l'unanimité. Notre chauffeur-chômeur doit cependant trouver un nouvel associé pour assurer sa nouvelle mission: convoyer - à pied - une quantité impressionnante de viande de cochon ! Ce qu'il fera lorsqu'il tombera sur un mystérieux bonhomme (incarné, lui, par le grand Jean Gabin). Soyons francs: c'est d'abord pour cette distribution que La traversée de Paris m'avait semblé la promesse d'un très chouette moment. Surtout que Louis de Funès est là aussi, dans un rôle de maquignon...

Las ! Comme je vous le disais, je suis resté sur une petite déception. Concis, le film ne laisse pas le temps de s'attacher aux protagonistes. Sont-ils seulement sympathiques ? Pas véritablement, je trouve. D'ailleurs, c'est peut-être bien volontaire: leur comportement amoral et/ou ambigu pourrait finalement n'être rien d'autre que l'illustration cinématographique de l'attitude de certains Français en cette époque trouble. OK, mais moi, je m'attendais à une plus franche comédie. Or, très honnêtement, La traversée de Paris ne m'a pas fait rire. Rien de gravissime, hein ? Je n'étais peut-être pas bien disposé. Retrouver ce trio d'acteurs m'a toutefois fait plaisir: c'est déjà ça. J'ajoute que Marcel Aymé, auteur en 1947 d'une nouvelle que le film adapte, était sceptique au départ, mais a fini par parler du film comme d'un travail "d'une très grande qualité" (ce sont ses mots). Bref, tout cela pourrait très bien vous plaire: n'hésitez pas à vérifier !

La traversée de Paris
Film français de Claude Autant-Lara (1956)

Pas particulièrement valorisant pour les Français, ce long-métrage étonnant n'a toutefois pas sur moi le même impact que Le corbeau. C'est logique, peut-être, étant donné qu'il est sorti une fois la paix revenue. Mais bon... tout n'est pas à jeter aux orties pour autant ! Sur les diverses bassesses des années 40, Uranus reste une référence sombre. Et L'armée des ombres (ou Une vie cachée) son antithèse...

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En complément (et contrepoint) à ma chronique...

Je vous invite à lire aussi celle qui est publiée par "L'oeil sur l'écran".

mercredi 11 mars 2020

Gondry encore

Hum... vous n'imaginez même pas à quel point j'ai pu tergiverser ! Finalement, après avoir longtemps réfléchi, j'ai décidé de consacrer ma chronique d'aujourd'hui à Michel Gondry, le réalisateur du film évoqué lundi. Son esthétique ô combien particulière le mérite bien. Maintenant, je vous préviens: ce sera bien incomplet et sub-jec-tif...

Michel et le Frelon...
J'aurais pu le préciser avant-hier: sans nullement renier son travail sur The green hornet, l'ami Michel a expliqué avoir eu des difficultés à trouver sa place et une vraie occasion de s'exprimer. Le scénario était déjà écrit quand il est arrivé, semble-t-il, et Seth Rogen cumulant les missions d'acteur, de scénariste et de producteur, faire preuve d'originalité n'était pas ce que l'on attendait du Frenchie. Ironie du sort: aujourd'hui, on parle d'un reboot, ce terme "délicieux" désignant le fait de refaire un film (basé sur un héros emblématique) à zéro. Si cela se concrétise, ce devrait, bien sûr, être sans Gondry...

Michel et moi...
Bon... je le connais depuis longtemps, mais objectivement assez mal. Je n'ai pas vu tous ces films et j'ignore tout de ce que l'avenir réserve, mais il me semble que ce sera difficile de dépasser l'émotion que j'avais ressentie devant Eternal sunshine of the spotless mind. Gondry a me semble-t-il atteint des sommets dans la reconnaissance critique avec ce long-métrage, qui lui a d'ailleurs valu une récompense fameuse: l'Oscar du meilleur scénario original, partagé avec ses amis et complices en écriture, Charlie Kaufman et Pierre Bismuth. Reconsidérer l'affaire quinze ans plus tard ? Je ne veux pas l'exclure...

Michel et Boris Vian...
Ne riez pas de l'incongruité (supposée) de ce duo: le film de Gondry qui a attiré le plus de spectateurs dans les salles de France n'est autre que L'écume des jours, son adaptation du roman éponyme (1947). Difficile d'en dire plus sachant que je ne l'ai pas vue... ni lu le livre ! Citer la distribution in extenso serait fastidieux, mais je me dis qu'avec Romain Duris et Audrey Tautou, d'emblée, ça partait bien ! Maintenant, je ne parle pas d'un carton, mais d'un succès d'estime disons correct: 861.627 spectateurs, d'après mes sources habituelles. Financièrement, cela aura juste coûté un peu trop cher, sans doute...

Michel et le reste...
Un constat peu réjouissant: Gondry n'a plus rien signé pour le cinéma depuis 2015 (et Microbe et Gasoil, un film très personnel, dit-on). Fatalement, je reste donc plutôt curieux... d'en (sa)voir davantage ! Je ne peux nier avoir laissé passer deux ou trois occasions, en fait. Dans mon idée préconçue, le côté touche-à-tout de ce brave Michel doit pouvoir donner de nouveaux bons résultats. Si vous l'ignorez encore, je vous informe donc que notre homme a plusieurs talents avérés, puisqu'il joue de la batterie, par exemple. Il aussi travaillé pour la pub et des marques: Air France, Levi's, Nespresso, Guerlain...

Michel et la télé...
Lors de mes recherches, j'ai aussi appris qu'il avait réalisé la saison 1 d'une série télé américaine: Kidding, avec Jim Carrey (la vedette masculine du Eternal sunshine... déjà cité) dans le rôle principal. Si j'ai bien compris, la saison 2 est en cours de diffusion aux States. Pour l'heure, je n'ai pas spécialement cherché à en apprendre davantage, le septième art ayant systématiquement ma préférence face à la petite lucarne. Est-ce que cela changera ? J'en doute fort. Maintenant, si jamais ça "bouge", je tâcherai de vous tenir informés. Et si vous avez déjà des infos, je suis malgré tout plutôt à l'écoute... 

Michel et sa passion...
Ce que je veux croire, c'est que l'intérêt - évident - de Michel Gondry pour l'art au sens le plus large du terme est et sera communicatif ! Mon seul petit regret le concernant est de ne pas avoir pris le temps d'aller jeter un oeil à la Fabrique des rêves, le vrai-faux laboratoire qu'il avait ouvert à Cannes un été pour inciter les cinéphiles anonymes à inventer (et, mieux encore, à créer) leurs propres courts-métrages. La vie est ainsi faite: on ne peut pas être partout, tout le temps ! Mon VIP du jour, lui, a su s'épanouir entre la France et les États-Unis. La recette du plaisir ? "Je vais là où l'on m'appelle": c'est lui qui le dit.

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Pour conclure, je le répète...

Cette évocation est bel et bien, par nature, incomplète et subjective. Si vous voulez y ajouter des éléments, je vous y encourage, pour sûr !

lundi 9 mars 2020

Vert pâle

Allez... mon intention de voir The green hornet ne date pas d'hier. Je n'en ai jamais fait une absolue priorité, mais le film est resté placé parmi mes possibles pendant un bon bout de temps ! L'avoir vu m'autorise désormais à en parler: ce sera sans grand enthousiasme. J'attendais - un peu - mieux de cette production américaine lambda...

Ce n'est qu'au moment du générique final (!) que je me suis souvenu que c'est un Français, j'ai nommé Michel Gondry, qui l'avait réalisée. Que dire ? Connu pour sa forte personnalité artistique, le cinéaste s'efface ici devant ce que j'imagine être un "cahier des charges". Précisons donc que The green hornet est en fait l'adaptation cinéma d'une série des années 60, avec notamment Bruce Lee comme acteur principal, elle-même reprise d'une série radiophonique antérieure. L'histoire a pour héros l'héritier d'un magnat de la presse: Britt Reid déçoit son père, car il est particulièrement oisif, passe sa vie entière à faire la fête et à coucher avec les filles ! Quand le paternel décède finalement, ce brave garçon vire l'ensemble du personnel de maison et se trouve contrarié par un mauvais café. Il réembauche l'ex-homme à tout faire de son géniteur et découvre alors les joujoux techniques inventés par ce fameux Kato, ce qui le décide à en faire son associé dans... la lutte contre le crime organisé. Je vous épargne les détails. L'humour "décalé" ne saurait faire oublier un scénario très plan-plan...

Christoph Waltz, que Quentin Tarantino avait ressorti du placard, reste un méchant bien terne, à l'image du duo Seth Rogen / Jay Chou. Cameron Diaz, elle, tient lieu de faire-valoir sexy et c'est tout ! L'idée du film repose sur le principe que l'on peut contrer efficacement l'activité d'une mafia si on se décide à marcher sur ses plates-bandes. Encore une fois, je préfère pas en dire davantage: The green hornet m'a surtout fait l'effet d'un truc tapageur et sans grande inspiration. Cela dit, si vous êtes amateurs du genre, il pourrait vous satisfaire sur la forme: les scènes d'action sont correctes, même si la dernière s'éternise et manque parfois d'une certaine lisibilité chorégraphique. Pas sûr qu'il y avait eu beaucoup mieux à faire avec le matériau originel: il a presque fallu une vingtaine d'années avant que ce projet de film se concrétise. À l'arrivée, un succès mitigé: les seuls chiffres du box-office US n'auraient ainsi pas suffi à rembourser le budget. Avec 734.464 spectateurs, Michel Gondry, lui, s'était offert son record dans les salles françaises. OK, il l'a très légèrement amélioré depuis...

The green hornet
Film américain de Michel Gondry (2011)

Un aveu: au rayon des super-héros, j'ai longtemps confondu ce Frelon vert avec le Bouffon de la même couleur (ennemi de Spider-Man). Maintenant que j'ai les neurones en ordre, je confirme ma déception relative à l'égard du film, sans doute trop potache pour être honnête. Au rayon coolitude, Les gardiens de la galaxie sont bien au-dessus ! Je préfère de loin Chronicle ou, mieux encore, Les indestructibles...

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Envie d'une lecture complémentaire ?

Je vous propose donc d'aller faire un tour chez Pascale et/ou chez Lui.

dimanche 8 mars 2020

Forza !

Elle fut l'une des premières à se dire victime de Harvey Weinstein. Depuis, il me semble que le débat sur la place des femmes au cinéma ne s'est jamais arrêté. Remercions Asia Argento pour ce poing levé ! En cette journée internationale des droits des femmes, je le vois comme l'un des meilleurs symboles d'un combat encore inachevé. Comme l'actrice, je reste songeur sur l'idée que le fameux #MeToo puisse être devenu un banal slogan, sans la force du cri de ralliement. L'actrice a dénoncé "quelque chose d'abêtissant, bigot, un peu vain"...

Bien évidemment, il n'y a pas que sur les écrans - ou les plateaux - qu'il faut établir l'égalité. Mais l'art peut tout à fait donner l'exemple ! Asia, elle, a démontré qu'elle n'était pas "seulement" la fille de Dario. Peut-elle être un modèle des petites filles d'aujourd'hui ? Pas certain que ce soit sa préoccupation première, à vrai dire. Elle qui a perdu son compagnon en 2018 et fut ensuite à son tour accusée d'agression sexuelle sur un acteur de 17 ans reste une personnalité controversée. Ce dimanche, je ne veux retenir que ses multiples talents: actrice, réalisatrice et scénariste, elle est aussi mannequin, chanteuse et DJ. Au mois de janvier dernier, elle a été la première femme présidente du jury au Festival international du film fantastique de Gérardmer. Chose amusante: c'est une autre femme qui a remporté le Grand Prix.

Il reste cependant du chemin à parcourir. Je ne fais pas un constat amer, mais je me dis que les marges de progression sont énormes. Oups... les femmes réalisatrices se font rares dans mes chroniques. La conclusion me paraît s'imposer d'elle-même: il faut que ça change !

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Une précision...

Je n'oublie pas non plus ce qui peut se passer en France, bien sûr. Que Roman Polanski ait obtenu - en son absence - un nouveau César pour son J'accuse (un film remarquable, au demeurant) m'interroge. Arrivera-t-on un jour à ne parler que de cinéma ? Et faut-il vraiment s'efforcer toujours de séparer l'art des artistes ? Le débat continue... 

Mesdames (et messieurs), à vous la parole...
Je suis curieux de connaître les combats que vous jugez prioritaires. C'est, à mon humble avis, l'occasion de parler de cinéma "autrement".

vendredi 6 mars 2020

L'amour d'une mère

"Homme libre, toujours tu chériras ta mère !"... je vais vous rassurer tout de suite: j'ai eu envie de me lancer sur une boutade, mais je sais que ce n'est pas la citation exacte du poème de Charles Baudelaire. N'en prenez pas ombrage et laissez-moi vous parler de ce film sérieux qu'est La promesse de l'aube, tiré du roman de Romain Gary (1960) !

Je n'ai pas (non... pas encore) lu le livre, mais j'ai aimé cette histoire en partie autobiographique d'un petit Juif russe né en 1914 et arrivé en France - à Nice - avec sa mère à la veille des funestes années 30. Couvrant presque deux décennies, ce récit est d'abord celui de l'amour inconditionnel qui relie ces deux êtres, avec ce que cela comporte d'extrême, du côté maternel, notamment. Il est parfaitement établi que Mina Kacew Owczynska avait d'immenses ambitions pour son fils. Sans se soucier de savoir si cela était raisonnable, elle rêvait pour lui d'une carrière de diplomate, de général et, bien entendu, d'écrivain. Tout le génie de Romain Gary (alias Émile Ajar, entre autres pseudos) aura été de transformer cette folle passion en un matériau littéraire. De fait, le cinéma n'est pas forcément le meilleur médium pour cela...

Il n'en reste pas moins que La promesse de l'aube m'a beaucoup plu. Malgré quelques maladresses formelles, parmi lesquelles des décors carton-pâte qui éloignent le regard de l'essentiel, le film est parcouru d'une belle émotion. Je vais l'écrire ici tel que je le ressens: le mérite entier revient à Charlotte Gainsbourg et Pierre Niney, magnifiques. Dix-huit ans les séparent "dans la vraie vie", mais la grande intensité de leur jeu a su me faire vibrer, à l'unisson avec leurs personnages. L'une et l'autre ont ainsi confirmé tout le bien que je pensais d'eux ! Face à cela, peu importe au fond qu'une partie des événements racontés soient imaginaires: j'ai très sincèrement cru à l'ensemble. Séparer le vrai du faux ne m'a fait envie que dans un second temps. Vous le savez, non ? J'aime me laisser emporter par un beau récit romanesque et, dans ce domaine, je peux donc dire que j'ai été servi. Seul (petit) bémol: c'est un peu long à démarrer. Rien de rédhibitoire.

La promesse de l'aube
Film français d'Éric Barbier (2017)

Quatre étoiles pleines d'enthousiasme et assumées comme telles ! C'est une évidence que je verrai de bien meilleurs films tout au long de cette année, mais je me refuse à bouder ce joli plaisir spontané. Ici, on évoque aussi la Résistance, autour d'un personnage plus noble que le type d'Un héros très discret. Sur l'amour maternel, d'aucun(e)s préféreront peut-être Une seconde mère, Valley of love ou Proxima.

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Une anecdote digne d'être rappelée...
Le livre avait été adapté une première fois au temps où Romain Gary était encore en vie. Résultat: un film de Jules Dassin, sorti fin 1970. La mère y était interprétée par l'égérie du cinéaste: Melina Mercouri.

Et pour finir, un petit rebond ailleurs ?
Cela vous permettra de lire aussi les avis de Pascale et Princécranoir.

mercredi 4 mars 2020

Avant la bombe

Je n'ai qu'une vague idée de ce que pouvait être le Japon des années de guerre. C'est justement l'intérêt de Dans un recoin de ce monde que de mettre des images sur cette réalité, méconnue en Europe. Adapté d'un manga éponyme de Fumiyo Kōno, le film d'animation titillait ma curiosité depuis un bon moment. Il est temps d'en parler...

Suzu n'a pas tout à fait 20 ans et habite à Hiroshima avec sa famille. Un beau jour, on lui apprend qu'elle va être mariée avec un homme qu'elle n'a jamais rencontré. C'est ce qui l'oblige donc à déménager pour s'installer dans un autre foyer - la maison de ses beaux-parents. Humble et souriante, la jeune femme prend ce que la vie lui apporte sans rechigner. L'action se déroule en 1944-45, mais tout se passe comme si son pays n'était pas engagé dans un abominable conflit. Spectateurs avisés, nous avons bien sûr la connaissance et le recul historiques qui font défaut à Suzu. Et à mesure que les dates défilent à l'écran, on se dit que toute cette histoire finira mal, forcément. C'est à la fois juste et faux: le film vous l'expliquera mieux que moi. L'ayant regardé sans a priori, j'ai apprécié sa "manière de raconter"...

Un vrai bon point: Dans un recoin de ce monde n'est pas larmoyant. À l'image de son héroïne, il témoigne au contraire d'une belle dignité. Si c'est avant tout grâce aux longs-métrages du grand Hayao Miyazaki que vous appréciez la japanimation, cet opus, aux dessins d'un style très différent, vous proposera d'en découvrir une autre facette. Sachant en prime que la principale protagoniste consacre une partie de son temps libre au dessin, vous pourriez bien être émerveillés. D'après ce que j'ai lu, le réalisateur a tenu à ce que sa reconstitution soit soignée, ce qui a bien sûr nécessité un long travail préparatoire. Je dirais que ces efforts ont payé: les deux heures et quart du film passent comme une lettre à la Poste, l'émotion allant crescendo. Méfiance: j'imagine que certaines séquences parmi les plus explicites peuvent s'avérer assez difficiles à endurer pour de jeunes enfants. Non, ce n'est pas adapté aux tous petits ! Cela dit, si vos marmots connaissent le Japon et son histoire, ils pourraient être intéressés. Vous seuls pouvez savoir où, habituellement, vous placez le curseur...

Dans un recoin de ce monde
Film japonais de Sunao Katabuchi (2016)

L'anim' nippone est décidément variée... et riche en belles surprises ! Une belle réussite que ce long-métrage. Il mérite assurément mieux que son box-office: j'ai su après coup que seuls 46.811 spectateurs l'ont vu dans les salles françaises. J'ai trouvé au récit quelques points communs avec celui du superbe Je ne regrette rien de ma jeunesse. Dans un autre pays d'Asie, j'ai aussi (re)pensé à Tonnerres lointains.

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Vous souhaitez aller plus loin ?
Je vous conseille de donner du clic chez Pascale, Princécranoir et Lui.

lundi 2 mars 2020

La bête et l'idiot

La disparition récente de l'ex-Monty Python Terry Jones m'aura servi de déclic. Après quelques tergiversations, j'ai fini par regarder le film des débuts de réalisateur de son pote Terry Gilliam: Jabberwocky. Attention: ce n'est pas un film de la bande, même si les deux amis collaborent et même si l'admirable Michael Palin tient le rôle principal.

L'intrigue, elle, se passe au Moyen-Âge (en mode pacotille, bien sûr). Inspiré dit-on d'un poème éponyme signé Lewis Carroll, Jabberwocky raconte l'histoire d'un brave garçon un peu crétin, Dennis Cooper. Piètre tonnelier, il est chassé de chez lui par son père, un artisan qualifié dans cette spécialité, qui le déshérite juste avant de mourir ! Notre ami n'a dès lors que très peu de chances de séduire la femme qu'il aime: une nommée Griselda, qui, en fait, l'ignore superbement. Dennis part donc sur les routes de l'exil, sans imaginer que la créature féroce qui terrorise tout le voisinage pourrait infléchir son destin. Bon... autant le dire: tout cela n'est évidemment pas très sérieux. Amateurs du genre, vous passerez sans doute un assez bon moment. Les autres ? Suivez-les donc ! Mais en toute connaissance de cause...

Au royaume de Bruno le Contestable, les abrutis sont princes de sang. Est-ce drôle ? Pas toujours, mais il y a malgré tout une originalité indéniable - et une vraie patte artistique - dans cette douce folie. Jabberwocky est fait de bric et de broc, ainsi que d'une foi inébranlable en la capacité du cinéma à inventer des choses farfelues. C'est pourquoi, malgré ses défauts, le film m'est aussi sympathique. Les historiens disent que l'argent manquait tellement sur le tournage qu'il a très souvent fallu se contenter d'une prise. Certains des décors et une partie des costumes avaient déjà servi pour d'autres films ! Viré sur un différend artistique, le directeur de la photo Terry Bedford aurait même été rappelé en dernière minute pour boucler l'affaire. Bref, j'imagine que, désormais, vous savez où vous vous aventurez ! D'aucuns voient ce drôle de long-métrage comme un vrai classique. Une opinion que je ne partage pas, mais que je peux bien admettre...

Jabberwocky
Film britannique de Terry Gilliam (1977)

Ce n'est pas plus absurde que Chevalier (2001), où les damoiseaux joutaient sur la musique de Queen ! Dans l'esprit, le film est proche de Sacré Graal !, sorti sous la bannière Monty deux ans auparavant. Je n'ai pas ri aux éclats, mais je me suis bien amusé: c'est déjà ça. Terry Gilliam pose les bases de ce qui le conduira jusqu'à L'homme qui tua Don Quichotte. Il est évidemment permis de préférer Brazil !

samedi 29 février 2020

Enfermée

Au lendemain des César, je tenais ab-so-lu-ment à parler avec vous aujourd'hui de tout à fait autre chose ! Mais c'est également la date qui m'a mis la puce à l'oreille: vous allez très vite comprendre. Amateur de voyages, je vous propose une petite virée au Mexique. Même si le film du jour se passe totalement à huis clos. Ou presque...

Année bissextile - ça y est, vous voyez le truc ? - évoque l'histoire d'une solitaire, Laura, que l'on découvre en train de faire des courses dans un supermarché. À la manière dont elle regarde les hommes autour d'elle, on devine qu'elle est célibataire. Cette journaliste pigiste passe l'essentiel de ses journées dans son petit appartement. Elle reçoit des appels de sa mère et, parfois, des visites de son frère. Une vie de néant: mentant à ses proches, Laura invite des hommes pour coucher avec eux (le terme cru est le bon). C'est un fait: le rôle confié à Monica Del Carmen s'avère particulièrement ingrat ! J'ajoute que la comédienne s'en sort avec les honneurs. Un bon point pour elle.

À la voir cocher les dates du calendrier jusqu'au 29 février, on se dit que Laura cache quelque chose qui, bien entendu, va finir par arriver. Pas de révélation fracassante: c'est dans le passé que le mystère réside et ce que le récit nous en apprend demeure assez suggestif. Année bissextile pourra vous plaire si vous aimez les scénarios énigmatiques et les personnages à l'existence un peu glauque. Présenté ainsi, je ne lui donne pas nécessairement toutes les chances d'arriver jusqu'à vous. J'en ai conscience, mais la forme "enfermée" du long-métrage m'a paru un peu trop oppressante pour que j'adhère au dispositif. Vous noterez toutefois que le film a obtenu la Caméra d'or au Festival de Cannes, un prix réservé aux premières oeuvres. Cela n'en fera pas un incontournable, mais il vous plaira... peut-être !

Année bissextile
Film mexicain de Michael Rowe (2010)

Je n'ai pas trouvé le nombre d'entrées du film en France, mais je note que son aspect érotique (si, si !) lui a valu une interdiction aux moins de seize ans ! Tout cela est si clinique que je suis resté très froid. Parvenir à séduire sans jamais tourner la moindre scène extérieure est évidemment compliqué. Ce film est le quasi-négatif de Desierto ! Côté huis-clos, je préfère El club, The guilty... ou Après la tempête.

mercredi 26 février 2020

L'ordre du jour

Sam Mendes a sans nul doute gagné beaucoup d'argent en acceptant de tourner deux James Bond consécutifs. Le réalisateur britannique s'est arrêté à ce doublé: il a bien fait, je trouve. C'est avec curiosité que je me suis alors tourné vers son nouveau long-métrage: 1917. Vous savez peut-être mon intérêt pour la première guerre mondiale...

Le scénario nous met surtout en présence de deux sous-officiers britanniques. Quand le film commence, Blake et Schofield dorment tranquillement au pied d'un arbre - c'est le mois d'avril et il fait doux. Leur repos ne dure pas: réveillé par un supérieur, ils sont envoyés auprès d'un général, qui leur ordonne de rejoindre illico un corps d'armée positionné un peu plus loin, pour ainsi l'avertir d'un piège tendu par l'ennemi. Vous l'aurez deviné: c'est bien sûr une mission extrêmement périlleuse, mais la vie de 1.600 hommes est en jeu. Réaliste ? Ce n'est pas certain. Mais, à mon avis, il ne faut pas juger de la qualité du film selon ce seul critère de vraisemblance. De grâce !

1917 m'a saisi d'emblée et ne m'a plus lâché jusqu'au générique final. J'étais même encore tout chose en sortant de la salle, à vrai dire. Afin de nous plonger dans le récit, Sam Mendes a usé d'une technique décidément populaire ces dernières années: celle du plan-séquence. Concrètement, il s'agit ici de filmer en continu, en "collant" la caméra au plus près des personnages, comme si elle était elle-même partie prenante à ce qui se passe sous nos yeux. On peut toujours chinoiser en expliquant qu'il y a tout de même des coupes, mais il n'empêche que le procédé est franchement efficace. En un mot: on s'y croirait. Coeur serré et souffle coupé jusqu'au bout... une intense expérience !

Malgré quelques (petites) maladresses, le long-métrage est dépourvu d'ambigüité sur la monstruosité de la guerre, une opposition frontale d'hommes qui, en réalité, se ressemblent. Sans donner d'élément important sur le déroulé de l'histoire, j'ai toutefois envie de relever l'une des répliques finales, selon laquelle l'ordre de cessez-le-feu donné un jour peut être annulé à peine quelques matinées plus tard. Cette vérité des conflits recouvre la conclusion du film d'un voile funeste. On peut certes l'anticiper, mais ça fait mal quand même. Surtout qu'avant d'en arriver là, nous aurons traversé une nuit de feu telle que le septième art n'en montre que rarement. Bon, je me tais...

D'une certaine façon, 1917 s'achève un peu comme il avait débuté. Toute l'affaire étant concentrée sur une journée, je me suis surpris, dans la foulée immédiate de la projection, à penser que les soldats aperçus à l'écran n'avaient pas fini d'en baver. J'y vois la preuve manifeste que ce que j'ai vu est parvenu à m'embarquer tout entier. Une mention spéciale pour les acteurs - tous britanniques, eux aussi - et en particulier pour George MacKay (en photo ci-dessus), déjà vu ailleurs, mais dans des prestations assurément moins remarquables. Bref, j'ai pris une claque et j'ai aimé ça. Ah ! C'est un film à découvrir sur écran XXL, of course. Mon conseil: n'attendez pas plus longtemps !

1917
Film américano-britannique de Sam Mendes (2019)

L'histoire dira, tôt ou tard, si nous tenons là un nouveau classique. Pour ma part, dans son genre, je le classe d'ores et déjà dans le haut du panier: je n'avais pas vu de scène de tranchée plus saisissante depuis Les sentiers de la gloire. Le film a été comparé à Dunkerque pour son aspect immersif, mais je crois qu'il lui est encore supérieur. Pour une émotion plus grande, rien de tel que La vie et rien d'autre !

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Je ne voudrais pas oublier les Oscars...
Oui... le film était tout de même candidat à dix statuettes dorées ! Bilan: il en a obtenu trois - photo, son et effets visuels. C'est mérité.

Si, maintenant, vous cherchez d'autres alliés...
Vous pourrez aller faire un tour chez Pascale, Dasola et Princécranoir.