vendredi 10 juillet 2020

La mante

Il va véritablement falloir que je songe à réhabiliter Claude Chabrol. Ainsi que je vous le confiais récemment, j'ai eu du mal à accrocher aux films de ce cinéaste. Or, après L'enfer en avril, j'ai eu l'occasion de découvrir Rien ne va plus en juin et oui, j'ai plutôt bien aimé. Même si certains parlent d'un opus mineur dans la carrière du maître !

Ce qui m'a attiré ? D'abord, la perspective de revoir Michel Serrault. J'adorais ce grand acteur né la même année que mes grands-parents maternels (1928, pour info). Il s'amuse ici à jouer un drôle de duo avec Isabelle Huppert. Elle combine avec lui, drague des hommes supposément riches et leur propose alors de passer la nuit avec eux. Quand ces messieurs acceptent, un somnifère et hop: au dodo ! Entrée en scène du complice, vol de ce qui peut l'être sans risque exagéré et disparition dans la nature... le tout est rondement mené. Vous ne serez probablement pas surpris si je vous dis que la caméra place le spectateur au côté des malfaiteurs et les rend sympathiques. En tout cas, j'ai marché: Isabelle / Betty et Michel / Victor m'ont plu. Leur différence d'âge - 25 ans - ajoute à leur tandem un petit côté piquant, qui sert le film dès l'instant où la belle s'évade dans les bras d'un pigeon. Et titille la jalousie inquiète de son partenaire habituel...

Liée à un art consommé de la mise en scène, la malice chabrolienne fait des merveilles et donne d'emblée au film un tempo intéressant. Ainsi, assez rapidement, on se dit que les arnaqueurs associés pourraient bien, l'un et l'autre, ne plus respecter leur contrat commun. Trahison ? Je n'ai rien dit... et, de fait, ce n'est pas aussi simple. Comme à la roulette, disons que, parfois, les aléas sont défavorables et qu'il faut savoir s'arrêter pour ne pas finir plumé ! Le suspense proposé par Rien ne va plus n'est pas insoutenable, mais j'ai trouvé que les quelques rebondissements de l'intrigue étaient bien amenés. C'est aussi parce que, dans l'ensemble, les divers acteurs des rôles secondaires sont inspirés - cf. François Cluzet, Jean-François Balmer ou Jackie Berroyer pour citer les personnages les plus "développés". Bref, tout cela m'a bien diverti et, ma foi, c'est ce que j'espérais. Voir ou revoir un Chabrol plus sombre ? Je le ferai bien un jour ou l'autre...

Rien ne va plus
Film franco-suisse de Claude Chabrol (1997)

Allez hop, quatre étoiles, messieurs dames ! C'est le signe manifeste que je ne me suis pas ennuyé une seule seconde devant ce petit film joliment ficelé et parfaitement interprété. Du bon cinéma français. Dans un genre comparable, mais avec une mise en scène plus simple et disons fonctionnelle, j'avais aimé... Quatre étoiles, justement. Pour la filouterie de haut vol, L'arnaque va demeurer THE référence !

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Est-ce un film mineur, donc ?

Je ne partage pas cet avis, mais je le respecte (et le comprends). "L'oeil sur l'écran" publie un texte dans ce sens: je vous laisse juges...

mercredi 8 juillet 2020

Une journée en enfer

Allez savoir... John Cleese a peut-être entendu parler d'Alison Pereira. Pour ma part, j'ai bêtement abandonné l'idée d'assister à un concert du clarinettiste brésilien et j'ai passé une fin de soirée avec l'acteur anglais. Impossible pour moi de résister à la tentation Clockwise ! C'est un film (rare) qu'un ami m'avait recommandé il y a des lustres...

Le Monty Python John Cleese (présenté ainsi sur l'affiche "officielle") incarne ici le très strict proviseur d'un lycée ordinaire. Un rôle taillé sur mesure pour ce valeureux représentant du flegme britannique. Quand le film démarre, notre homme anticipe un jour qu'il qualifie d'historique: avec un soin quasi-maniaque, il prépare son discours d'investiture à la présidence d'une fameuse association de directeurs d'établissement. Mais, contre toute attente, sa légendaire ponctualité va soudain... être prise en défaut: Brian Stimpson manque le train qui devait le conduire, tout droit et à l'heure, vers la gloire suprême. Et pour nous, spectateurs, c'est naturellement une promesse de rire...

Vous l'aurez compris: Clockwise est bien évidemment une comédie. Je dois vous dire qu'elle ne m'a jamais fait m'esclaffer, mais l'humour de cette nature me convient assez bien, tout de même. John Cleese est évidemment presque le seul maître à bord, mais son registre s'avère plutôt étendu, basé tout à la fois sur les situations incongrues et le burlesque pur. En fait, c'est simple: je ne vois personne d'autre pour jouer ainsi les grands escogriffes dépassés par les événements. Du coup, ce n'est pas grave si le scénario ne va pas encore plus loin dans la folie: j'ai su apprécier le numéro d'acteur, point à la ligne. Petit bémol sur la fin, qui m'a laissé avec un (léger) goût d'inachevé. Rien de bien méchant: le film est proche de son "cahier des charges". À ce titre, il reste assez distrayant... et c'est toujours bon à prendre !

Clockwise
Film britannique de Christopher Morahan (1986)

Sans doute un peu trop centré sur son principal personnage, le film n'est pas tout à fait au niveau d'autres avec le même John Cleese. L'acteur fera mieux aussitôt après, avec Un poisson nommé Wanda et Erik le Viking (sortis, eux, en juillet 1988 et septembre 1989). Pour une série de catastrophes d'un autre type, il y a After hours. Tant qu'à faire, je tranche plutôt entre A serious man et... La party !

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Un petit lien pour clore le débat ?
Je vous laisse désormais lire l'avis du rédacteur de "L'oeil sur l'écran".

lundi 6 juillet 2020

Miam !

Le cinéma est un puits sans fond (et c'est une bonne nouvelle). Aujourd'hui encore, j'arrive encore à me laisser surprendre et séduire par des films dont j'ignorais tout à la veille de leur découverte ! Exemple récent: Arte m'a permis de savourer La grande cuisine. L'appétit m'était venu en y voyant Jean Rochefort et Philippe Noiret...

Produit par un groupe américain et soutenu aussi par des financiers allemands, cet étrange long-métrage a été réalisé par un Canadien d'origine bulgare ! Aux deux stars du cinéma français déjà citées quelques lignes plus haut, vous pouvez ajouter Jean-Pierre Cassel. Mais si j'ai choisi une photo du Britannique Robert Morley, c'est aussi parce que c'est avec lui que le film commence. Son rond personnage est critique culinaire, organisateur d'un très impressionnant banquet pour Sa Majesté la Reine et, à toute heure, gourmand comme quatre. C'est pour toutes ces raisons qu'il entretient une affection profonde pour une chef pâtissière qui pourrait être sa fille (euh... spirituelle). Une femme belle, douée - Jacqueline Bisset herself ! - et convoitée par plusieurs hommes, dont son ex-mari, en quête d'une partenaire économique pour lancer une vaste chaîne de restaurants spécialisés dans l'omelette. Résultat du mélange: une comédie policière enlevée !

Il y aura en effet quelques assassinats parmi les meilleures toques internationales. Pas question d'en dire plus: le film est certes loin d'être parfait en tous points, mais il est largement assez délectable pour que je vous conseille la dégustation sans consultation du menu. Un simple conseil: ne pas prendre La grande cuisine trop au sérieux. Ce que vous verrez est en effet aussi invraisemblable que loufoque. Sur le plan formel, peu de phases marquantes, mais diverses choses plutôt sympathiques quand même, dont une BO signée Henry Mancini. En résumé, je dois dire que je ne comprends pas véritablement pourquoi je n'avais jamais entendu parler de ce long-métrage auparavant. Ses petits défauts ne sauraient occulter ses qualités réelles: cet aimable divertissement porte très dignement ses 42 ans ! Et Rochefort / Noiret ? On les voit peu, mais ils sont une jolie cerise sur le gâteau. Le must étant la version originale anglaise, of course...

La grande cuisine
Film "américain" de Ted Kotcheff (1978)

Une vraie curiosité, mais elle est vraiment fort agréable en bouche ! C'est d'autant plus étonnant et détonant que le réalisateur est connu pour avoir été, à peine quatre années plus tard, celui de Rambo ! Dans l'esprit, le film d'aujourd'hui rappelle ce délire encore plus fou qu'est La grande course autour du monde. En cuisine, Soul Kitchen et #Chef m'ont bien plu. Mais, côté frenchy, je préfère Ratatouille...

samedi 4 juillet 2020

Lumbago

Autant vous le confirmer tout de suite: j'ai une véritable sympathie pour Jean-Pierre Améris. En effet, il y a déjà neuf ans, ce réalisateur français fut le premier à répondre à mes questions pour une parution sur les Bobines ! Je vous laisse voir en cliquant sur le lien et souhaite désormais vous présenter l'un de ses films (récents): Je vais mieux...

Adaptation d'un livre de David Foenkinos, ce film très "amérissien" raconte l'histoire de Laurent, un quinqua qu'un mal de dos intense accable subitement. Une galère qui survient pile quand notre homme doit assurer la présentation d'un projet à un gros client du cabinet d'architecture dont il est l'un des employés ! Cette déveine lui sert finalement de déclic: mal dans sa peau, il s'est trop fait marcher dessus pour être réellement heureux... et les médecins spécialistes ou autres magnétiseurs n'y pourront dès lors rien changer à eux seuls. Sur cette idée, JPA brode un petit film, sans grande ambition formelle et qui peut certainement plaire. Aux amateurs de comédies légères...

Que ce soit clair: cette fois, je ne suis pas resté béat d'admiration. L'aspect artisanal de cette petite heure et demie de cinéma m'a paru dans le droit fil de ce que le cinéaste nous propose d'habitude. J'imagine volontiers que les acteurs se sentent bien devant la caméra d'un type qui les respecte et les laisse travailler à leur manière. Sincèrement, j'ai trouvé Eric Elmosnino inspiré dans ce rôle (lunaire) de gars "coincé", au moins au sens premier du terme. J'ajoute juste que je n'ai jamais ri aux éclats, même si quelques scènes inattendues m'ont marqué positivement, comme celles avec Alice Pol, l'actrice vêtue d'un manteau rouge de la photo ci-dessus. Le casting féminin est bon dans l'ensemble, d'ailleurs, avec une mention toute spéciale aux interprètes de la femme et de la mère de Laurent - Judith El Zein et Lise Lametrie, parmi une jolie petite galerie d'autres personnages intéressants. Les hommes ? Je peux dire que j'ai été ravi de revoir quelques visages connus, tels ceux d'Henri Guybet et Sacha Bourdo. Je vais mieux est certes un petit film, mais on ne lui reprochera pas !

Je vais mieux
Film français de Jean-Pierre Améris (2018)

Peu de cinéastes français travaillent de cette façon, j'ai l'impression. Cette modestie me touche, d'où une petite demi-étoile en "bonus". Pour rappel, j'ai donc découvert Jean-Pierre Améris avec Les émotifs anonymes, avec le superbe duo Isabelle Carré / Benoît Poelvoorde. Notez qu'il travaille également pour le petit écran: cf. La joie de vivre avec cette fois Anaïs Demoustier et Swann Arlaud. À voir (ou revoir) !

jeudi 2 juillet 2020

Chiens fous

Je zappe (provisoirement ?) True romance et Tueurs nés, deux opus dont il a écrit le scénario. Je souhaite revenir aujourd'hui sur le film qui aura marqué les débuts de Quentin Tarantino comme réalisateur remarqué: Reservoir dogs. J'avais dû le voir au cinéma, à l'époque ! Bien du mal à réaliser que cela fera bientôt trois décennies entières...

D'aucuns disent que ce long-métrage est déjà nettement représentatif du style Tarantino. Pour ma part, j'en retiens deux caractéristiques essentielles: les longues séquences dialoguées et l'irruption soudaine d'une violence ultra-explicite, à coups de flingues et grands renforts d'hémoglobine. Reservoir dogs est déconseillé aux moins de 16 ans ! Au terme d'un casse qui a mal tourné, des braqueurs se retrouvent dans un entrepôt qui leur sert de planque. La situation générale s'avère plus que tendue: deux des malfrats sont visiblement restés sur le carreau, un autre se vide de son sang après avoir pris une balle lors de sa fuite et il est bien possible que les flics débarquent bientôt. À moins que ce soit le commanditaire du coup, qu'on imagine furieux que ses hommes de main aient foiré dans d'aussi grandes largeurs. Désormais habitué aux formats longs, QT concentre ici son intrigue en un peu plus d'une heure et demie. Oui, c'est nettement suffisant...

De toute la filmographie du gars Quentin, cette première réalisation est (de loin) celle qui a coûté le moins cher: 1,2 million de dollars. Pour les décors, hormis une rue et l'intérieur d'une grosse bagnole américaine, un restaurant, un bureau et un entrepôt, donc, ont suffi à façonner un univers convaincant. Comme d'autres, Reservoir dogs est d'abord un film d'acteurs: placé en tête d'affiche, Harvey Keitel cumule les postes de comédien et producteur, mais il est vite rejoint par Tim Roth, Steve Buscemi ou bien Michael Madsen - entre autres. Les amateurs vous diront que le film est au moins aussi savoureux qu'un grand Sprite et un Big Burger de chez Kahuna ! Je dois admettre que, de mon côté, je ne suis toujours pas véritablement convaincu. J'apprécie le côté geek, mais je trouve qu'il n'en sort pas grand-chose de follement intéressant: en réalité, l'exercice de style tourne à vide. Après, je ne dis pas: il est bien possible que cette manière de filmer et de raconter une histoire porte l'esthétique du début des années 90. Affirmer que je regrette ce choix d'un soir serait tout à fait excessif !

Reservoir dogs
Film américain de Quentin Tarantino (1992)

Je suis étonné, mais je ne trouve pas facilement d'opus comparable. Multi-référencé, le cinéma de QT m'agace un peu, mais ce film mérite d'être vu, au moins parce que c'est donc le tout premier d'un auteur désormais porté au firmament (et qui veut se consacrer à la critique). Au gré d'une décennie riche en gangsters, je préfère cependant ceux d'autres films comme Les affranchis, L'impasse et Miller's crossing !

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Et si vous voulez allez plus loin...
Vous verrez que Dasola et Vincent ont (brièvement) évoqué le film. Court, l'avis de "L'oeil sur l'écran" est plutôt négatif... et a fait réagir.

mardi 30 juin 2020

Le fils idéal

Ai-je vu trop de westerns ? Je n'ai rien trouvé de vraiment étonnant dans L'homme de la plaine, le cinquième et dernier opus du genre tourné par le grand James Stewart sous la direction d'Anthony Mann. Bon... on peut se dire que la quintessence du cinéma américain classique est révélée dans ce type de récits. Ce n'est pas déplaisant...

Will Lockhart convoie des marchandises entre Laramie et Coronado. L'expédition se déroule sans encombre, alors même que l'on prétend que les Apaches représentent une véritable menace dans la région. Lockhart en sait quelque chose, lui qui a vu son jeune frère tomber sous les balles d'Indiens armés de bons fusils, vendus par les Blancs. C'est d'ailleurs peut-être également pour tirer cette histoire au clair qu'il reste un peu en ville, même si le fils du maire local l'attaque sauvagement et lui ordonne de partir. Sans nullement faire offense aux protagonistes de ce film, je connu des scénarios plus originaux ! Anthony Mann disait avoir eu affaire à un producteur un peu frileux...

Entendons-nous bien: L'homme de la plaine reste un film honnête. L'absence de surprise ne m'a pas empêché d'apprécier cette virée dans le Grand Ouest, ainsi que j'avais déjà pu en faire tant de fois auparavant. On ne peut pas dire que James Stewart avait fait le tour de la question, puisqu'il tourna d'autres westerns par la suite - et pas les moindres de sa très riche filmographie. Alors ? C'est donc l'aspect ultra-traditionnel de la chose qui m'aura laissé une petite impression de frustration. Je vais tâcher d'en retenir le meilleur: ce triple lien entre un vieux père, son fils réel, son fils fantasmé et son fils idéal. Dans la distribution, Donald Crisp, Alex Nicol et Arthur Kennedy trouvent ici de beaux rôles pathétiques, finalement assez touchants. Je n'en dirais pas autant de Cathy O'Donnell, un premier rôle féminin en retrait, heureusement sauvé par celui d'Aline MacMahon, parfaite dans le costume de la femme propriétaire à qui on ne la raconte pas. Est-ce à cela que la vie ressemblait, au Far West ? Ce n'est pas sûr. Mais, après guerre, Hollywood a produit moult fantaisies de ce type...

L'homme de la plaine
Film américain d'Anthony Mann (1955)

Je suis un peu sévère avec ma note en demi-teinte: ce western "ordinaire" m'a plu, mais je n'en ferai pas un absolu incontournable. Cela dit, je verrai certainement tôt ou tard les autres longs-métrages du tandem Mann / Stewart (rappel: j'ai déjà évoqué Les affameurs). Au rayon des grandes références, je continue de citer La poursuite infernale ou La prisonnière du désert. Mais il y en a plein d'autres...

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En attendant que je revienne chevaucher...
Je vous suggère d'arpenter les grands espaces avec "L'oeil sur l'écran".

lundi 29 juin 2020

Hayao

Il y a du soleil, chez vous, aujourd'hui ? C'est ce que je vous souhaite. L'été a commencé et, ce lundi midi, j'espère également que chacun peut profiter des grands plaisirs que peut procurer la vie en plein air. Mais je tiens quand même à évoquer le cinéma: ma petite chronique s'intéresse au grand maître de l'animation japonaise, Hayao Miyazaki.

Une fois n'est pas coutume: je voulais vous conseiller la découverte d'un documentaire télé. Son titre ? 10 years with Hayao Miyazaki. D'un clic, mon lien vous conduira droit sur une page de la chaîne publique japonaise NHK, où vous pourrez trouver les quatre épisodes d'un reportage longue durée, en immersion dans les studios Ghibli. Tout commence en fait pendant la production de Ponyo sur la falaise et s'achève peu après les premières projections de Le vent se lève. Le portrait d'un artiste exigeant (avec les autres et avec lui-même), tourmenté et pas toujours sympa, mais aussi très généreux parfois. Gare aux spoilers ! Ces 4 x 49 minutes sont gratuites et disponibles jusqu'en 2026: un vrai bon plan. Elles m'ont donné envie de revenir vers celui qui, à 79 ans, a repris le travail en vue d'un douzième long !

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Et pour les prochains jours, me direz-vous ?

J'ai plusieurs films à vous présenter au cours de la semaine à venir. Est-ce qu'il y en aurait un japonais, dans le lot ? Je n'ai rien tranché...

samedi 27 juin 2020

Possédée ?

Les innocents... François Truffaut le citait comme "le meilleur film anglais depuis qu'Hitchcock est parti aux États-Unis". Je réserverai mon jugement, mais il est certain que j'ai pris beaucoup de plaisir devant cette belle histoire de fantômes. J'y ai retrouvé Deborah Kerr pour la seconde fois en douze jours, avec, là encore, joie et bonheur !

Londres, fin du 19ème siècle. Miss Giddens obtient un premier poste de gouvernante pour s'occuper de Flora et Miles, deux jeunes enfants orphelins que leur oncle, un riche célibataire, avait jusqu'alors confiés aux bons soins de leur vieille nourrice, la souriante Madame Grose. Les deux femmes sont ravies de se rencontrer et sont vite d'accord sur l'idée de donner à leurs protégés une éducation tout aussi stricte que bienveillante. Seulement voilà: en plus de quelques domestiques attachés au domaine, le vieux manoir qui héberge ce petit monde semble également cacher des secrets et peut-être abriter des âmes perdues. Les innocents le sont-ils vraiment ? Rien n'est moins sûr. Porté par une mise en scène de grande qualité, le film a eu tôt fait d'envoûter l'amateur de frissons que je suis, en brouillant les repères qui permettent de distinguer l'illusion de la réalité. Il faut dire aussi que la caméra ne lâche pas l'héroïne d'une semelle, d'où un sentiment de malaise d'autant plus fort que l'ambiguïté paraît s'insinuer partout dans la maison. J'en suis ainsi venu à douter de ce que je percevais...

À ce stade, une précision: je n'ai pas lu Le tour d'écrou, la nouvelle d'Henry James - publiée en 1898 - dont le film est une adaptation. Anecdote amusante: le hasard a voulu que j'ai failli m'offrir le livre juste avant de découvrir cette histoire grâce à la chaîne TCM Cinéma. Partie remise, sans doute, et en attendant, commencer par l'image avant d'apprécier les mots n'aura jamais été frustrant: le noir et blanc du long-métrage est absolument splendide et la réalisation d'ensemble très inspirée. Je tiens à souligner que Les innocents ne joue pas qu'avec nos peurs, mais s'attaque aussi, mezza voce, à des tabous. De fait, la tension qui parcourt le récit a quelque chose... de sexuel. Pour une production du tout début des années 60, c'est audacieux ! Une hardiesse qui a été couronnée de succès, le prix Edgar-Allan-Poe venant notamment souligner les indéniables qualités d'un scénario écrit (entre autres) par l'écrivain américain Truman Capote, alors âgé de 37 ans. Tout cela n'a rien perdu de son pouvoir d’ensorcellement ! Je peux imaginer qu'il serait encore plus fort dans une salle obscure...

Les innocents
Film britannique de Jack Clayton (1961)

Un bon moment: cela confirme tout le bien que je pense du cinéma ancien. Les cinéphiles les plus curieux de ce genre de films noteront que l'acteur qui incarne le petit garçon - Martin Stephens, 11 ans - avait affiché quelques prédispositions dans Le village des damnés. J'ajoute que cet opus m'a donné envie de revoir Les autres, le modèle de stress qu'Alejandro Amenábar a offert à Nicole Kidman. À suivre...

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Et pour finir, plusieurs liens à vous suggérer...
Pascale et Dasola évoquent le film, mais n'en parlent pas en détails. Des images sont à voir chez Ideyvonne, tandis que "L'oeil sur l'écran" propose une chronique en bonne et due forme. Bref, plus qu'à choisir !

jeudi 25 juin 2020

Une vie allemande

L'Allemagne est peut-être bien le premier pays étranger où je suis allé sans mes parents. J'ai un vague et bon souvenir des familles d'accueil qui m'y ont reçu, à peu près à l'époque de la chute du Mur de Berlin. Quelque chose de mon intérêt adolescent pour nos "grands voisins" subsiste encore, une petite trentaine d'années plus tard. Nostalgies...

Depuis 2015 et ses dix longs-métrages, le nombre de films allemands que je veux regarder déclinait régulièrement: j'ai inversé la tendance récemment en découvrant L'oeuvre sans auteur, un diptyque filmé inspiré de la vie du peintre Gerhard Richter (né à Dresde en 1932). Autant le mentionner tout de suite: l'artiste a participé à l'élaboration des films, mais il les a ensuite désavoués. Il faut dès lors prendre avec circonspection ce qui peut être vu comme "une histoire vraie". J'ai noté par ailleurs que cette expression n'apparaît jamais à l'image et que le héros s'est même vu attribuer un autre nom: Kurt Barnert. Nous le rencontrons alors qu'il est un petit garçon, en pleine visite d'une exposition de ce que les nazis ont appelé "l'art dégénéré". L'innocent bambin est accompagné par sa tante, qu'un zélé médecin enverra bientôt à l'hôpital soigner une prétendue pathologie mentale. Et l'on sait ce que Hitler et ses sbires ont finalement fait des "fous"...

Sous tension (presque) permanente, L'oeuvre sans auteur va suivre le chemin de Kurt Barnert, de 1937 au milieu des années 60, environ. C'est bien entendu l'occasion de réaliser un tableau intime de l'histoire de l'Allemagne, à partir du portrait d'un homme que seul l'amour sauvera peut-être. Il y a cependant plusieurs autres personnages positifs et lumineux dans cette belle fresque, à commencer par celui d'Elisabeth Seeband, l'amie et bientôt la femme du protagoniste principal. Elle sera également... sa muse: à ses côtés, Kurt Barnert fera ainsi éclore son incroyable talent d'artiste peintre ! Une qualité qu'il développera tout au long de ces décennies des plus tourmentées et sans aucun doute cruciales pour l'avenir de l'Europe toute entière. J'aime quand le cinéma regarde ainsi vers le passé à travers le prisme d'une personnalité unique, à laquelle le spectateur peut s'identifier. Ici, maîtriser l'histoire allemande n'est pas forcément indispensable...

On se souviendra juste qu'après la guerre, une partie des Allemands est tombée sous le joug d'un autre régime totalitaire: celui installé par le "grand frère" soviétique. Je rappelle simplement aux oublieux que deux Allemagne coexistèrent entre 1949 et 1990, avec un rideau de fer (et bien des valeurs politico-économiques) censés les séparer de 1961 à 1989. À partir d'un destin individuel, L'oeuvre sans auteur témoigne aussi du déchirement d'un peuple, tel que je l'ai appréhendé plus tard, en écoutant par exemple le père d'un copain m'expliquer qu'il n'avait pas pu voir sa soeur pendant dix-huit longues années ! C'est sans jamais sombrer dans le pathos que mes films d'aujourd'hui traitent ces sujets sensibles et celui, inévitable, de la dénazification. Je ne vais pas vous en dire plus, mais un personnage sombre s'impose dans ce récit sans complaisance: la terrible figure d'un vrai salaud, odieusement passé "entre les gouttes" ! Il est certain qu'il y en a eu...

Pourquoi diable avoir découpé tout cela en deux parties ? Je l'ignore. J'ai certes joué le jeu et pris deux soirées pour visionner l'ensemble du programme, mais j'aurais aussi bien pu enchaîner ces deux blocs de (bon) cinéma sans difficulté particulière. Une chose étonnante pour qui n'en a pas l'habitude: le premier film démarre sans générique et ce n'est donc qu'à la fin que le titre apparaît pour la première fois. Les crédits intermédiaires s'affichent alors... sans aucune musique. J'enfonce le clou: voir L'oeuvre sans auteur dans sa globalité et donc sans faire de pause au milieu est bien possible, sinon souhaitable. Oui, à vrai dire, ces trois heures et quelques minutes passent vite ! Les acteurs sont tous très bons: le duo Tom Schilling / Paula Beer incarne idéalement le jeune couple amoureux, quand Sebastian Koch se montre très convaincant en ordure intégrale. Résultat: du cinéma populaire (au sens noble du terme). Et je n'en attendais rien d'autre...

L'oeuvre sans auteur (première et seconde parties)
Films allemands de Florian Henckel von Donnersmarck (2018)

Avec en prime une très belle bande originale, voilà du bon travail ! Bon... cette rétrospective n'a tout de même pas l'ampleur d'un 1900. Elle s'inscrit toutefois, à ce que j'ai pu lire, dans un certain renouveau du cinéma allemand, comme La vie des autres, du même réalisateur. Le labyrinthe du silence et La révolution silencieuse ? Des plans B. Je vous avoue que j'ai toujours un gros faible pour Good bye Lenin...

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Vous aimeriez un autre avis sur mon film du jour ?
Il est facile d'en trouver: j'en ai notamment lu chez Pascale et Dasola.

mardi 23 juin 2020

Quelque chose à prouver

Ils ne savaient pas que c'était impossible et donc... ils l'ont fait ! Peut-être l'avez-vous remarqué: de temps à autre, j'aime le cinéma qui donne à voir des personnages embarqués dans une démarche personnelle qui semble folle pour... le "commun des mortels", disons. C'est une bonne façon pour moi de chasser la fatigue ou la morosité...

Avril 1947. Après des années de recherche en Polynésie, l'ethnographe norvégien Thor Heyerdahl est persuadé d'avoir fait une découverte importante: d'après sa théorie, une partie de ces îles du Pacifique sud ont été naguère colonisées par des peuples arrivés du continent américain. À l'époque, la communauté scientifique dans son ensemble croit plutôt en l'unique hypothèse de bons navigateurs venus d'Asie. Déterminé à prouver ses dires, Heyerdahl se décide alors à établir qu'il a raison... en reproduisant ce qu'il croit être la grande expédition des peuplades primitives. En gros, il construit un radeau à la manière des ingénieurs précolombiens et, avec cinq compagnons d'aventure aussi dingues que lui, quitte le Pérou à destination des archipels lointains (5.000 milles marins). Avec un peu de chance, vous pourrez peut-être découvrir la suite en voyant Kon-Tiki, le film dont le titre reprend le nom du très frêle esquif que les six aventuriers ont utilisé !

Autant vous le dire sans plus attendre: ce film n'est pas parfait. Coproduction internationale (Norvège/Suède/Royaume-Uni), il pâtit parfois d'une imagerie un peu kitsch, certaines des scènes du début ayant visiblement été tournées en studio - ici, je repense notamment à une séquence avec vue sur les toits d'une grande métropole urbaine. Heureusement, dès que l'on met le cap vers l'horizon, Kon-Tiki gagne en intensité émotionnelle. J'en parlerais volontiers comme d'un film d'aventures "à l'ancienne", sans la moindre connotation péjorative. Certains effets spéciaux manquent d'ampleur ? Oui, mais qu'importe. Personnellement, je me suis dès lors concentré sur l'aventure humaine et, oui, je l'ai trouvée belle. Au-delà même de toute sa dimension scientifique, cette vraie confrontation avec la nature a de la valeur dans un monde désormais sensible aux questions environnementales et écologiques. Disons donc qu'elle remet l'homme à sa (juste) place ! Les acteurs, eux, m'ont fait une assez bonne impression d'ensemble. Ce film n'est jamais sorti dans les salles de France. Un peu désolant...

Kon-Tiki
Film norvégien de Joachim Ronning et Espen Sandberg (2012)

Bon... pas vraiment du grand spectacle, mais du cinéma à hauteur d'homme.  La grande aventure m'a rappelé celle de The lost city of Z. Sans le côté scientifique, je conseille d'autres films comme Tracks ou, bien plus sombres, Gabriel et la montagne et Into the wild. L'odyssée de Pi est à considérer pour une drôle d'escapade en mer ! Et Pirates des Caraïbes 5 du duo Ronning / Sandberg ? Mouais, bof...

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Une petite anecdote pour finir...
Ce long-métrage était nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, 61 ans après que Thor Heyerdahl a reçu une statuette dorée pour son propre film documentaire (L'expédition du Kon-Tiki).

lundi 22 juin 2020

Enfin !

Quelle autre image que celle d'un Omar Sy euphorique pour symboliser l'événement de ce jour: la réouverture tant attendue des cinémas ? Cette chronique matinale témoigne en tout cas de mon grand plaisir de pouvoir à nouveau vivre ma cinéphilie ailleurs que sur petit écran. En ce début de semaine, je suis ravi de retrouver les salles obscures !

Ce ne sera sans doute pas dès aujourd'hui: je ne suis pas en congés. Du coup, je planifie AU MOINS une séance "de reprise" ce week-end. Le film ? Je ne l'ai pas encore choisi au moment où j'écris ces lignes. J'imagine d'ailleurs que ce sera aussi vraiment agréable de replonger dans la liste complète des programmations des cinémas de ma ville. Confinement oblige, certains opus sortis en mars n'ont eu qu'une vie très courte: il sera peut-être possible d'en rattraper quelques-uns. D'autres, attendus au cours de ce drôle de printemps, ont eté décalés et ne viendront qu'après l'été. J'aimerais aussi voir certains classiques ressortir des placards pour enrichir l'offre ! Et faire feu de tout bois...

Que nous réserve l'avenir proche ? Bien des satisfactions, j'espère. Ami(e)s cinéphiles, nous verrons: je crois que c'est le cas de le dire. Le septième art vit des heures difficiles, mais je m'efforce de rester optimiste et je compte recommencer à m'intéresser à son actualité. Si tout s'était déroulé normalement, nous aurions eu droit à une Fête du cinéma à partir de dimanche. Je doute fort que les tarifs réduits généralisés soient d'actualité prochainement, mais je n'ai pas d'info particulière sur ce point. Fin mai, je lisais qu'en retirant les films reportés et ceux partis vers les plateformes, 60% des longs-métrages prévus pendant le confinement n'ont pas encore pu être exploités. Malgré le risque évident d'un "embouteillage", cela laisse une marge significative pour croire à un bel été, unique en son genre. À l'affût des bons plans, Mille et une bobines fait durer le plaisir: les vacances attendront. La prochaine chronique est déjà écrite pour demain midi !

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Et vous ? Vous le vivez comment, ce moment ?

Je n'ai qu'un mot à ajouter: toutes vos observations sur la situation actuelle et vos suggestions de films sont évidemment les bienvenues.

vendredi 19 juin 2020

Avant Rome...

Triomphante ou décadente, respectée dans son intégrité historique ou trahie pour les besoins du spectacle, la Rome antique a inspiré d'innombrables films, et ce dès les débuts du cinéma. On se souvient notamment qu'au cours des années 50-60, les studios hollywoodiens produisirent des péplums à la chaîne. Des bons, certes. Et d'autres...

Rares sont ceux - hormis Sergio Corbucci, paraît-il - à s'être penchés sur le mythe originel de la grande cité latine: celui des jumeaux Romulus et Remus, élevés par une louve et que les Dieux ont guidés vers un conflit fratricide pour régler la question du chef véritable. Dans l'étonnant Romulus et Remus - Le premier roi, le cinéaste italien revient sur cette fameuse légende fondatrice. Je vous rappelle que les faits sont censés se dérouler... en 753 avant Jésus Christ ! Oubliez le côté tape-à-l'oeil d'autres films du genre: le long-métrage évoqué aujourd'hui montre un monde encore sauvage, où les hommes et femmes sont très souvent couverts de boue ou de sang. Crédible...

Sorti en Italie au début de l'année dernière, le film y est apparu comme une vraie curiosité au coeur d'une production nationale anémique. Grâce aussi à des producteurs belges, il a pu bénéficier d'un budget de 9 millions d'euros. Il s'avère plutôt intéressant de voir les protagonistes comme de simples éleveurs de moutons, dévastés par une soudaine montée des eaux du Tibre et devenus les esclaves d'une tribu voisine. C'est un peu après cet instant que le scénario dévoile une partie de ses intentions, à l'occasion d'une violente scène d'évasion. On en verra d'autres: je précise que Romulus et Remus... est déconseillé aux moins de seize ans ! Ces très âpres phases d'action sont malheureusement peu lisibles, car la caméra bouge presque constamment. Quand elle se pose enfin, on a le temps d'apprécier le soin apporté aux décors et costumes: un bon point. Autre idée notable: celle des dialogues en proto-latin, avec des mots proches de ceux que certain(e)s d'entre vous ont pu étudier en lettres classiques, au lycée ou à l'université. C'est un atout pour l'immersion !

Romulus et Remus - Le premier roi
Film (belgo-)italien de Matteo Rovere (2019)
Ouais... j'aurais aimé mieux aimer cette drôle de production. Le côté "crasseux" m'est apparu bien justifié et le choix d'une langue morte assez audacieux pour lui donner une note un peu plus que correcte. Maintenant, l'histoire n'est pas haletante et les nombreux passages nocturnes difficiles à suivre. Sur grand écran, ça devait être mieux ! Moins basique que Centurion et moins grandiloquent que Gladiator...

mercredi 17 juin 2020

Un autre enfant gâté

Je ne m'attendais pas à trouver un point commun entre le film présenté lundi et celui que j'évoquerai aujourd'hui: tout est déjà dit dans mon titre. Tout ? Non ! Je vous rassure: Le jouet m'inspire assez pour que j'en tire une chronique sous la forme habituelle. L'approche de l'été titille d'autres envies, mais j'en reparlerai plus tard... ou pas !

Le jouet est le tout premier film écrit et réalisé par Francis Veber. Son producteur est également son acteur principal: Pierre Richard. Celui qui traîne la fâcheuse réputation d'être un gaffeur en série incarne ici un journaliste tout juste sorti d'une lonnnnnnngue période de chômage. Ses premiers reportages le conduisent en service commandé pour des articles destinés... à faire mousser son patron. C'est pendant l'une de ces pseudo-enquêtes, dans un grand magasin de joujoux, que notre homme croise "Monsieur Eric", le fils du boss. Ce dernier, à qui l'on ne refuse rien, célèbre son anniversaire et exige que le reporter soit son cadeau. Personne ne contrariera ce caprice...

Drôle de film, en vérité ! Ce qui pouvait donner lieu à une comédie potache sur l'enfant-roi devient assez vite autre chose. Il est évident que Pierre Richard, qui avait déjà une belle expérience derrière lui avant ce film, sait aussi parfaitement jouer les (grands) enfants. Vous verrez comment il transforme son très jeune bourreau en allié dans sa lutte pour la liberté - et inversement ! Certes, le ton du film n'est jamais corrosif, mais les adultes pourront sûrement y déceler une charge contre les grands propriétaires de journaux, plus habiles dans la défense de leurs intérêts que dans la sauvegarde d'une ligne éditoriale indépendante. Le jouet donne au passage un superbe rôle de très sale type à Michel Bouquet, qui apporte à son personnage l'insoutenable et délicieuse froideur nécessaire pour être crédible. Réaliste ? D'après certaines sources, ce détestable Rambal-Cochet serait entre autres inspiré de Marcel Dassault, qui licencia un jour l'un de ses employés au motif qu'il avait les mains moites. Son fils Serge occupa longtemps les commandes du Figaro ! La boucle est bouclée...

Le jouet
Film français de Francis Veber (1976)

Je le répète: ce film est une bonne occasion de voir Pierre Richard dans un rôle un peu démarqué des Pierrot lunaires qu'il interprète habituellement (cf. Le grand blond..., lui aussi scénarisé par Veber). Cet aspect des choses rend son interprétation des plus intéressantes. Vous aimez l'acteur ? La course à l'échalote reste un classique sympa. Récemment, il y a Paris pieds nus, La ch'tite famille et Mme Mills...

lundi 15 juin 2020

Papa et sa fille

Otto Preminger est l'un des nombreux grands réalisateurs américains dits "classiques" nés en Europe et arrivés à Hollywood dans le courant des années 30. Sa carrière aux États-Unis, lancée en 1935, a duré jusqu'en 1979, sous contrat avec les studios ou en pleine autonomie. Bonjour tristesse y est inscrit comme une production indépendante...

Adaptation fidèle (et rapide) du roman éponyme que Françoise Sagan venait d'écrire à 18 ans seulement, le film s'intéresse à un duo étonnant: Cécile et son père Raymond, Parisiens en vacances d'été dans une villa de la Côte d'Azur. Ces superbes images en couleur correspondent en fait à un flashback: les premières, en noir et blanc et accompagnées de la voix off de Cécile, laissent d'emblée supposer que tout va mal finir. On découvre alors que Raymond est un papa d'une grande gentillesse à l'égard de sa fille adolescente, mais aussi un homme si insouciant qu'il séduit facilement... et néglige parfois ses conquêtes récentes au profit de nouvelles venues. Son hédonisme aura des conséquences très violentes, mais je ne veux pas en révéler davantage ! En son temps, le film a pu faire scandale: pas illogique...

Est-ce que Bonjour tristesse m'a plu, me demanderez-vous ? Oui ! D'abord parce que Jean Seberg, qui joue Cécile, est d'un naturel confondant, du haut de ses presque vingt ans et alors qu'elle débutait juste - c'était son deuxième film, après qu'elle a joué Jeanne d'Arc pour Otto Preminger, déjà. Les personnages adultes, eux, assurent également de très belles compositions, qu'il s'agisse de David Niven, Deborah Kerr ou Mylène Demongeot. Leurs interactions multiples nourrissent un beau scénario mélodramatique - que je vous laisse découvrir. En prime, j'ai également apprécié le film d'un point de vue esthétique, même si je l'ai trouvé un peu "statique": le cadre naturel de la Riviera française m'a en fait semblé quelque peu sous-exploité. J'ai lu après coup que le tournage n'avait pas été des plus agréables pour les acteurs, mais n'ai pas l'impression que le long-métrage monté porte les stigmates de véritables dissensions avec le réalisateur. Bref, j'ai aimé ce que j'ai vu, sans vraiment me soucier du reste. L'aspect sulfureux de cette histoire s'est, de fait, largement éventé...

Bonjour tristesse
Film américain d'Otto Preminger (1958)

Le propos n'est plus vraiment moderne, mais le long-métrage conserve assez de qualités pour convaincre les cinéphiles exigeants. Pour décrire la fin d'un monde d'insouciance, Les désaxés (1961) demeure sans équivalent. Le pont que je faisais entre ce film et ceux du Nouvel Hollywood ne m'apparaît pas facilement transposable ici. Que cela ne vous prive pas de ce sommet qu'est La dernière séance !

dimanche 14 juin 2020

La brebis galeuse

1962. Quand Le 7ème juré sort sur les écrans français, Bernard Blier n'est pas encore devenu un tonton - un peu crétin - devant la caméra de son ami Georges Lautner. Il a tout de même 26 ans d'expérience au cinéma (et au théâtre). Cette fois, il a revêtu l'habit d'un criminel. Je vous dirai sans attendre qu'aujourd'hui encore, le film est mordant.

Adapté d'un roman, le scénario dessine petit à petit le portrait glacial d'un notable de province: Grégoire Duval, pharmacien "respectable". Après un pique-nique dominical allégrement arrosé, ce bon Français très ordinaire, marié et père de deux enfants, se promène sur la rive d'un lac et commet l'irréparable: sous le coup d'une pulsion sexuelle incontrôlable, il agresse une jeune femme endormie et l'étrangle. D'abord scabreuse, l'histoire devient folle dès lors que, quelques jours plus tard, il est appelé comme juré de cour d'assises pour le procès d'un autre homme, accusé de son crime ! Je ne veux rien dévoiler d'essentiel. Pour le dire vite, il s'applique alors à poser des questions susceptibles de remettre en cause la théorie du procureur, convaincu d'avoir d'ores et déjà trouvé l'assassin et pressé de lui trancher le cou.

C'est là que le film ne recule devant rien: plutôt qu'un banal récit judiciaire, il dresse le sombre tableau d'un pays peu attrayant, replié sur une vague morale et dont la prétendue élite s'avère détestable et/ou mesquine, à force de toujours préférer l'injustice au désordre. Pas de demi-mesure: il est possible d'ailleurs que certains effets appuyés, en images, musiques et sons, vous déplaisent. Le scénario est malin, mais il peut arriver qu'il se répète un peu. Un autre aspect étonnant: au milieu de sa noirceur, Le 7ème juré a aussi conservé une (petite) place pour un humour proche des codes du burlesque. J'insiste sur le fait que cela reste franchement ténu: le long-métrage tient plutôt du défilé d'abrutis dangereux, la belle France gaullienne étant dès lors passée au vitriol - et ce, six années avant Mai-68. Choisir un meurtrier comme possible rédempteur, c'est un comble ! Surtout, ne comptez pas sur moi pour révéler ce qu'il advient de lui...

Le 7ème juré
Film français de Georges Lautner (1962)

Au centre de tout, Bernard Blier est ici génial ! Il offre trois facettes de son grand talent: dialogues, postures et voix off. La distribution autour de lui - Francis Blanche, Danièle Delorme, Albert Rémy, etc. - est elle aussi excellente. Ce long-métrage est souvent comparé à ceux de Claude Chabrol. Oups: je suis en panne de repères avant L'enfer ! Et à ce stade, c'est plutôt avec Le corbeau que je ferai un parallèle...

samedi 13 juin 2020

Avec lui

C'est étrange: j'aime le cinéma spectaculaire, mais aussi les scénarios minimalistes. En fait, je n'ai pas (toujours) besoin qu'un film donné suive un rythme échevelé et/ou offre des rebondissements nombreux. Le point de départ insolite d'une histoire simple peut suffire, parfois. Et, dans cette optique, Orage, découvert par hasard, m'a plutôt plu...

Vague adaptation d'un roman de Marguerite Duras, ce film méconnu propose une sorte de portrait de femme. La surprenante Marina Foïs prête ses traits à Maria, une quadra à la dérive. La caméra l'attrape sur la route des vacances, prévues en Espagne avec son mari, sa fille et sa soeur. Problème: la météo fait des siennes et bloque la troupe en chemin, dans l'hôtel - réquisitionné - d'un petit village français. C'est là qu'au bout milieu de la nuit, Maria, qui se révèle alcoolique, croise Nabil, un homme qui vient de tuer sa femme et son amant. Surprise: elle décide alors... de fuir avec lui ! Je crois nécessaire d'éviter de réfléchir en termes de vraisemblance devant ledit Orage...

C'est également grâce à Sami Bouajila que j'ai réussi à l'apprécier. Pour être tout à fait honnête avec vous, je dois relever que le film m'a d'abord attiré pour sa courte durée (une heure vingt à peine). Malheureusement, cela ne le rend pas spécialement intense: l'idée originelle semble assez peu exploitée, faute d'une densité suffisante dans le traitement des personnages. Je vais toutefois rester indulgent à l'égard d'un réalisateur qui, après deux courts-métrages personnels et une belle carrière d'assistant, faisait ses débuts au format long. J'insiste, du coup: je n'ai vraiment pas passé un mauvais moment. Orage n'est pas calibré pour demeurer dans les annales du cinéma français, même en se concentrant sur les thrillers, mais il y a aussi d'assez bonnes choses dans cet opus discret d'un metteur en scène débutant. Oui, ça vaut bien un épisode lambda de série américaine ! Et, aussi prévisible soit-elle, la fin m'a plutôt séduit. À vous de voir...

Orage
Film français de Fabrice Camoin (2015)

Bon... ma note est "boostée" par le duo Marina Foïs / Sami Bouajila. Avec d'autres, je suis presque sûr que le film me serait passé à côté. Si le thème de la cavale vous intéresse, je suis également convaincu que le cinéma a produit maints trésors en mesure de vous satisfaire. Je recommande notamment L'astragale, une vraie belle découverte. Classe tous risques et À bout de course sont mieux que des plans B !

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Une précision littéraire...
Dix heures et demie du soir en été: c'est le titre du livre de Duras. Comme vous pourrez l'imaginer, j'ai désormais très envie de le lire...

vendredi 12 juin 2020

Paniers gagnants

Certains films partent dans tous les sens. D'autres ont une trajectoire linéaire... et celui d'aujourd'hui entre dans cette seconde catégorie. Faut-il le déplorer ? Pas sûr. Champions est un feel good movie comme il en existe désormais des dizaines, mais il m'a paru sincère. Attachez vos ceintures: je vous embarque désormais vers l'Espagne...

Marco Montes est entraîneur de basket. Compétent, mais arrogant. Après une vive altercation avec un collègue, il est viré de son club. Pire: il ressasse sa rancune en buvant beaucoup d'alcool et, en route vers chez lui, a la mauvaise idée de percuter une voiture de flics. Résultat: le voilà condamné à deux mois de travail d'intérêt général auprès d'une équipe exclusivement constituée d'handicapés mentaux ! Vous imaginez la suite, n'est-ce pas ? Marco commencera évidemment par rechigner et, petit à petit, deviendra finalement un mec bien. Vous avez le droit de trouver tout cela naïf ou pire: cul-cul la praline. Oui, c'est vrai: ce type de récit est, à tout le moins, assez convenu...

Avec son humour "bon enfant", Champions a au moins le mérite d'évoquer franchement l'une des anecdotes les plus folles de l'histoire olympique: la participation aux Jeux paralympiques de Sydney 2000 d'une FAUSSE sélection handi - dix des douze joueurs étaient valides ! Ce grand scandale a notamment conduit à priver les athlètes atteints d'une déficience mentale d'une participation aux Jeux d'Athènes 2004. Quitte à simuler un trouble de cet ordre, autant être au cinéma, non ? Notons que, dans le cas qui nous occupe, les acteurs ne trichent pas et sont bel et bien à l'écran comme ils sont dans la vie quotidienne. Avec ce film, la plupart ont fait leur premier pas devant une caméra. Leur enthousiasme est joliment communicatif et convient sans doute à un public varié, dit "familial". Et même, oui, aux sportifs en herbe !

Champions
Film espagnol de Javier Fesser (2018)

Rien d'exceptionnel, mais une histoire sympa et dignement racontée. Même s'il s'agissait plus d'un groupe de cas sociaux que de personnes souffrant d'un handicap mental, j'ai vu Le grand bain comme un film comparable. Plus fin, on peut aussi penser à Gabrielle, l'un des films qui fait exception dans un cinéma peu habitué à aborder ce sujet. Pour les handicaps moteurs... et le basket, je recommande Patients !

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Si le clic vous démange encore...

Vous pourrez retrouver une chronique du film sur "Le blog de Dasola".

jeudi 11 juin 2020

Sous la glace

Elle s'est mariée pour se couper de l'emprise d'une mère tyrannique. Lui craint que son possible divorce ait des conséquences désastreuses sur son image... auprès de son patron. Genia et Boris ont-ils connu d'autres sentiments que la haine réciproque ? L'idée paraît douteuse. Faute d'amour: un titre tel un avertissement. Vous serez prévenus...

Au coeur de cet éprouvant long-métrage, il y a Aliocha, un garçon d'une douzaine d'années que ses parents ignorent avec une constance glaçante. Quand ils se déchirent et s'insultent sans jamais se soucier de sa présence, le gamin reste silencieux et prostré derrière la porte de sa chambre, dans le noir, à pleurer toutes les larmes de son corps. Jusqu'au jour où, sans préavis, il laisse son téléphone portable sonner dans le vide et ne revient pas de l'école. On peut bien sûr s'interroger sur les raisons - intimes ou non - qui poussent un cinéaste à aborder un tel sujet et, qui plus est, à le faire avec une si grande froideur. Lauréat du Prix du jury à Cannes en 2017, Andreï Zviaguintsev parle d'un cas extrême, d'une hyperbole, mais assure qu'il faut écarter l'idée d'une dimension autobiographique (et ce bien qu'il ait aussi un fils). De la même manière, même si l'action de Faute d'amour se situe clairement à Moscou, il faut d'après lui se garder d'interpréter le film comme un "simple" pamphlet contre la situation actuelle de la Russie. Difficile, toutefois, de ne pas tenir compte de ce cadre plus général...

Dès les premières images, l'hiver est là et les couleurs sont ternes. Tout au long du récit, les plans s'accompagnent d'éléments sonores explicites, sur la guerre du Donbass, notamment. On tourne en rond autour d'un constat de complète dislocation du tissu socio-familial traditionnel, ce qui laisse tout de même apparaître les larges failles du régime politique post-soviétique, quoi que l'on puisse en penser. Loin d'être un divertissement, Faute d'amour est bien une oeuvre marquante: un tableau, au sens pictural du mot. Il est incontestable qu'un soin tout particulier a été apporté à la photo, qu'il s'agisse d'enfermer quelques images de la nature ou de fouiller un immeuble délabré à la recherche de l'enfant disparu. C'est d'ailleurs justement parce qu'il témoigne aussi qu'il existe encore des personnes solidaires dans ce monde décadent que le film laisse passer un peu de lumière. Par ailleurs, on est vite happé par l'impression d'une implacable boucle temporelle: le mal se reproduit sans cesse et cloue l'homme au pilori. Âmes sensibles, s'abstenir. À moins que le côté sombre vous attire...

Faute d'amour
Film russe d'Andreï Zviaguintsev (2017)

Ce dernier opus en date du réalisateur de Léviathan laisse pantelant. Sans possibilité de s'échapper, le spectateur endure (presque) le pire sous la forme d'une violence psychologique manifeste et exacerbée. Serait-ce pour se construire une sorte de virginité ? La censure russe épargne parfois ce type de films coup-de-poing. J'ai déjà évoqué ceux de Yuri Bykov: The major, L'idiot ! et Factory. Et d'autres suivront...

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Après Cannes, le film a largement fait parler de lui...

Vous pourrez lire d'autres avis chez Pascale, Dasola, Strum et Eeguab.