lundi 30 novembre 2015

Destin d'étoile

Le lendemain des attentats parisiens, j'avais commencé la journée avec Humphrey Bogart. Quelques heures plus tard, privé de la sortie que j'avais imaginé faire dans la soirée, je suis resté fidèle à l'acteur américain et j'ai regardé La comtesse aux pieds nus. Bogey y joue avec une autre grande star hollywoodienne: la sublime Ava Gardner...

Dans le rôle-titre, la belle interprète une danseuse de cabaret espagnole, qu'un gros producteur vient rencontrer en vue de l'attirer vers le joli (?) monde du cinéma, de l'autre côté de l'Atlantique. L'artiste n'ayant pas envie d'abandonner son quotidien et son pays natal, ledit producteur prend ce qu'il est aujourd'hui convenu d'appeler un "rateau". C'est à cet instant que le bel Humphrey entre en scène. Parce qu'il a une attitude bien plus respectueuse envers la vedette hispanique, il parvient à la convaincre de venir passer un bout d'essai. Ce qui devait arriver arrive: la jeune et séduisante ballerine européenne devient aussitôt une actrice que toute l'Amérique adule. Si, à ce stade, vous vous demandez encore pourquoi au juste le film s'appelle La comtesse aux pieds nus, il me faut vous conseiller simplement... de le regarder. Le duo Gardner / Bogart peut suffire ! Ce serait dommage toutefois de passer à côté d'un très bon scénario.

Moi qui ai une passion illimitée pour les longs-métrages de l'âge d'or hollywoodien, je me suis régalé de cette histoire, racontée en voix off par plusieurs narrateurs différents.Vous pourriez bien sûr m'objecter que quelques autres films ont utilisé cette technique de multiplication des points de vue pour éclairer leur propos sous divers angles complémentaires (ou contradictoires). C'est vrai. Je voudrais ajouter cependant que La comtesse aux pieds nus le fait avec grand talent. Ce n'est assurément pas un écran de fumée pour masquer la vacuité d'un récit: tout ce qui arrive à Ava à l'écran est bien assez poignant pour que l'émotion naisse naturellement et se maintienne tout au long du métrage. Ce qui m'a très agréablement surpris, c'est le ton d'ensemble, franchement critique à l'égard du petit monde du cinéma. S'agit-il d'un règlement de comptes par pellicule interposée ? Je suis incapable de l'affirmer - et, pour être honnête, je m'en fiche un peu. Il est certains films dont la beauté suffit à ce que je les aime. Décortiquer et remettre dans le contexte, je le ferai une autre fois...

La comtesse aux pieds nus
Film américain de Joseph L. Mankiewicz (1954)

Vérifiez dans mon index: ce n'est que la seconde fois que je découvre une oeuvre de ce réalisateur ! D'autres suivront très certainement. Quand ? That is the question. Je n'ose pas trop m'avancer et implore donc votre patience, chères lectrices et chers lecteurs. Si vous tenez néanmoins à voir un autre grand film sur une actrice, je vous renvoie vers le Fedora de Billy Wilder, sorti un petit quart de siècle plus tard.

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Et si jamais ma chronique ne vous suffit pas...

Vous pouvez en lire une autre du côté de "L'oeil sur l'écran".

samedi 28 novembre 2015

Coulisses

In the loop n'était pas dans mes radars. Hôte d'une soirée pizza + télé chez un ami, je me voyais toutefois mal refuser de le découvrir. Inspiré d'une série et conçu pour le cinéma, ce film tient la route. C'est loin d'être un chef d'oeuvre, mais ça reste un programme divertissant quand on n'a pas tellement envie de se prendre la tête...

Dans un contexte qui ressemble fort à celui de la Grande-Bretagne d'avant la seconde guerre du Golfe (2003), le scénario nous embarque dans les coulisses du pouvoir. Un dénommé Simon Foster, ministre chargé du Développement international, assure que le conflit s'avère "imprévisible". Il cause du coup la stupeur et éveille une grosse colère du directeur de la communication du Premier ministre ! Notre homme n'a pourtant aucune intention de rétro-pédaler et d'adopter un ton formaté lors de ses futures déclarations à la presse. Nous le suivrons alors jusque dans ses rendez-vous officiels avec ses homologues américains, autour d'enjeux décisifs pour l'avenir de notre planète...

L'une des qualités de ce long-métrage tient à ce que ses personnages semblent toujours en mouvement. Sans aucun doute portée à l'épaule lors de quelques séquences clés, la caméra virevolte et saisit du coup sur le vif des événements certes fictifs, mais à l'allure presque réelle. Cela étant dit, j'admets que In the loop ne m'a pas convaincu à 100%. Objectivement, malgré des dialogues jubilatoires, l'intrigue finit aussi par tourner un peu en rond - ou plus exactement en vase clos. L'idée d'infiltrer les plus hauts cénacles était bonne, mais elle rebondit insuffisamment à mes yeux pour générer une excitation durable. Prendre le temps de sortir du camp anglo-saxon aurait pu apporter autre chose. Reste le plaisir un peu coupable d'assister de près au jeu de massacre qui peut naître de la diplomatie entre deux pays amis...

In the loop
Film britannique d'Armando Iannucci (2009)

Précision: malgré son nom, le réalisateur est lui aussi britannique. Wikipédia indique même qu'il est né dans un quartier de Glasgow. Armando Iannucci a fait ses débuts à la télé il y a plus de vingt ans. Moins assidu au cinéma, il me laisse avec un petit goût d'inachevé. Les coulisses du pouvoir vous intéressent ? Je vous conseille de relire ce que j'avais pu écrire à propos de La guerre selon Charlie Wilson.

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Un mini-cours d'anglais, ça peut servir...
To be in the loop, ça veut dire "être au courant, être dans le coup". Une référence évidente aux imbroglios de communication du film.

Ultime info: d'autres blogs en parlent aussi...
J'en cite quelques-uns: ceux de Pascale, Dasola, David, Elle et Lui.

vendredi 27 novembre 2015

Ces bons vilains

"Meilleur est le méchant, meilleur sera le film": cette petite phrase est attribuée à Alfred Hichcock. D'avoir évoqué deux des héros archétypaux de la littérature et du cinéma m'a donné envie de rallier le côté obscur pour parler brièvement de ma conception des vilains. Franchement, sans eux, nos lectures et séances seraient fades, non ? J'ai un goût prononcé pour les bad boys et autres pervers de la fiction.

Je ferai peut-être un jour une liste (et/ou un classement provisoire) de mes méchants de cinéma préférés. S'il me fallait citer aujourd'hui l'une des caractéristiques susceptibles de me satisfaire, j'évoquerais probablement un côté insaisissable. En clair, j'aime être surpris: voir arriver la catastrophe avec de gros sabots, ça m'intéresse assez peu. J'ai constaté que j'appréciais surtout de ressentir une tension croissante vis-à-vis d'un personnage qui semble capable d'exploser dans la seconde... sans nécessairement passer à l'acte, d'ailleurs. J'aime aussi que tout arrive tout à coup et qu'il n'y ait pas eu de signe avant-coureur. Tant qu'on n'est pas dans la vraie vie, bien entendu...

Il me semble que le septième art ne compte que peu de psychopathes vainqueurs. Généralement, au contraire, les criminels de pellicule sont punis ou se repentent de leurs mauvaises actions passées. Quelques autres échappent à la justice ou sont mangés par un poisson plus gros qu'eux. Sans parler de ceux auxquels une série de films permet d'effectuer plusieurs tours de piste, je trouve intéressant d'imaginer un cinéma un peu moins consensuel, qui fasse la part belle aux ordures récidivistes. En fait, ce sont parfois les prétendus héros qui, pour venir à bout de leurs ennemis les plus tenaces, ont tendance à s'inspirer de leurs méthodes. Friand d'ambiguïté comportementale chez les gentils, je jubile quand ils s'écartent peu ou prou des règles. Un peu d'immoralité à l'écran, je juge ça tout à fait acceptable. Non ? 

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Un mot sur les photogrammes du jour...
Le premier sort de L'empire contre-attaque, l'épisode V de la Guerre des étoiles, réalisé par Irvin Kerschner et apparu au cinéma en 1980. Le second date de 1995 et vient d'un thriller de David Fincher: Seven.

Bien ! Le débat est désormais ouvert...
Je suis à vrai dire très curieux de connaître votre vision sur le sujet. J'ajoute que, bien sûr, vous êtes libres de la manière de la présenter.

mercredi 25 novembre 2015

Faux détective

Je ne me suis pas amusé à les compter, mais je suppose que le ciné propose de très nombreuses variations autour du célèbre personnage d'Arthur Conan Doyle: Sherlock Holmes. La dernière que j'ai vue porte un titre français assez bête: Élémentaire, mon cher... Lock Holmes. C'est toutefois un (petit) film sympathique - et gentiment iconoclaste.

Dans cette version, on retrouve toute la mythologie du détective londonien: sa complicité avec le docteur John Watson, sa relation tumultueuse avec sa logeuse, sa pipe, son Stradivarius et bien sûr son combat contre les criminels en général et Moriarty en particulier. Vous avez remarqué ? Je n'ai pas parlé de cette grande intelligence qui lui permet de déjouer les machinations les plus perverses. Soyez-en certains: ce n'est pas un oubli. L'originalité d'Élémentaire... tient justement au fait que son scénario transforme Sherlock Holmes en crétin, buveur, joueur et coureur ! C'est donc ce bon vieux Watson qui est ici le vrai génie des enquêtes. Pour ne pas compromettre cependant son image de médecin, il paye un acteur, Reginald Kincaid, pour jouer aux brillants enquêteurs à sa place et tromper la presse...

Vous l'aurez compris: à partir d'une jolie reconstitution de l'Angleterre victorienne, ce long-métrage britannique propose une grosse blague. Les acteurs s'amusent: si vous reconnaissez peut-être Jeffrey Jones sous le chapeau melon de l'ineffable inspecteur Lestrade sur la photo ci-dessus, vous apprécierez sans doute Michael Caine et Ben Kingsley dans les deux rôles principaux. Il ne faudrait surtout pas négliger l'idée qu'Élémentaire... est aussi un authentique film d'investigation policière. D'ailleurs, la fin pourrait bien vous surprendre ! Il est permis, c'est vrai, de préférer les trames de polar plus consistantes. J'admets que le divertissement prend le dessus: c'est ce qui m'a plu. Inconditionnels du Sherlock Holmes écrit, soyez rassurés: votre héros s'en tire avec les honneurs. Et ça donne envie de relire les bouquins...

Élémentaire, mon cher... Lock Holmes
Film britannique de Thom Eberhardt (1988)

Le titre anglais - Without a clue - est quand même bien plus subtil ! J'ai préféré ce regard sur le détective au Sherlock Holmes surexcité concocté par Guy Ritchie. Désormais, j'aimerais revoir une madeleine d'enfance: Le secret de la pyramide, sur la jeunesse du garçon. J'imagine qu'un jour, je vous toucherai également un mot de La vie privée de Sherlock Holmes, vue par Billy Wilder. To be continued...

lundi 23 novembre 2015

Bond, d'accord...

Je comptais bien vous en parler, mais il se trouve que je l'ai vu quelques jours plus tôt que prévu: c'est donc sans attendre davantage que je vais évoquer le nouveau James Bond. Une vraie déception ! J'attendais du grand spectacle et j'ai trouvé Spectre plutôt fade. Résultat, mon intérêt pour la franchise repart vraiment à la baisse...

C'est peut-être derrière le mot "franchise" que se cache le problème. James Bond, pour moi, ne peut pas se réduire à un produit de série. Certes, après 23 épisodes, je veux bien admettre que ce soit difficile de trouver un ton original et une histoire qui puisse offrir autre chose que la panoplie habituelle. Sur ce point, les inconditionnels de 007 seront comblés: paysages, voitures à gadgets, cocktails vodka Martini et jolies filles, tout y est, jusqu'à la machination infernale du bad boy. L'ennui, c'est que, la caméra ne daignant jamais lâcher Daniel Craig d'une seule semelle, les autres personnages ont du mal à prendre corps. Défaut plus grave à mes yeux, Spectre s'inscrit dans la suite directe des trois (!) opus précédents, ce qui fait que le scénario ressuscite quelques grands disparus et n'invente rien de passionnant. L'espionnage en pantoufles et des sommes folles dépensées en vain. À en croire Wikipédia, la facture voisine les 250 millions de dollars...

Mon pote Jean-Mi, qui a vu le film avec moi, est encore plus sévère. Pour lui, c'est (je cite): "Triple zéro et double cliché". Je sauve personnellement quelques détails et notamment une belle scène d'introduction du méchant, plongée dans la pénombre pour un soupçon de tension. Mais patatras ! 007 n'a même pas eu à mener l'enquête pour retrouver la trace de l'organisation criminelle et il déjouera quelques projets d'attentats avec plus de facilité que pour la conquête des coeurs des premières girls venues. J'en profite pour vous rappeler que cette fois, la production a choisi Monica Bellucci et Léa Seydoux comme compagnes de son héros. Le rôle de l'Italienne est... minimal ! La Française s'en sort un peu mieux, mais son attitude bravache initiale, pourtant prometteuse, fait long feu - dommage ! Je passe sur quelques incohérences et un humour qui tombe souvent à plat. Mais où est donc l'émotion ? Spectre n'est pas nul: il est juste moyen.

Spectre
Film britannique de Sam Mendes (2015)

Je crois en fait que c'est le côté "compilation" qui m'a le plus déplu. Rendre hommage au mythe, c'est bien, mais faire du célèbre espion un personnage digne d'un feuilleton télé, je trouve ça regrettable. Maintenant, il est probable que j'irai voir le 25ème opus de la saga ! Après deux épisodes, Mendes doit passer la main et Craig, qui en est à quatre, pourrait l'imiter. Sinon, il reste Casino Royale et Skyfall...

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D'autres avis divers et variés sont à lire...

Vous en trouverez chez Pascale, Dasola, Princécranoir et 2flics.  

samedi 21 novembre 2015

Virée sur Arrakis

Mon titre devrait suffire aux initiés pour savoir de quel long-métrage j'ai l'intention de vous parler aujourd'hui. Un petit décryptage s'impose pour les autres, celles et ceux qui, comme moi, n'ont pas lu les livres de Frank Herbert. Arrakis est le nom d'une planète recouverte de sable, qu'on appelle parfois Dune. Je garde un souvenir fort lointain de m'être endormi devant l'adaptation de ces bouquins...

Dune - le film - méritait donc une autre chance. L'histoire racontée nous conduit en l'an 10191 après la Guilde, alors que l'univers (connu) est entre les mains d'un monarque, l'empereur Padishah Shaddam IV. Sur la planète Arrakis, aride, venteuse et parcourue de vers de terre géants, les hommes de ce temps avancé exploitent l'unique gisement de l'Épice, une ressource qui peut à la fois allonger la vie, développer la conscience et permettre une sorte de téléportation interstellaire. Quelque part au coeur des vastes étendues d'Arrakis, une race méconnue, les Fremen, espère en l'arrivée d'un messie libérateur. Évidemment, ce n'est pas aussi simple: leur monde est aussi un fief impérial, convoité par deux familles, les Atreides et les Harkonnen. Rien de forcément très innovant dans l'univers de la science-fiction...

Le film a connu son lot de détracteurs. Parmi les livres les plus vendus au monde, le roman originel est le pilier premier d'une saga longue comme un mois sans cinéma ! Avant David Lynch, d'autres ont voulu un temps se frotter à ce matériau XXL et s'y sont cassé les dents. Ridley Scott renonça après la mort de son frère. Alejandro Jodorowsky souhaitait en faire un film-fleuve de dix heures, avec Alain Delon, Orson Welles, Salvador Dali et Mick Jagger, mais n'y parvint pas davantage. Dune, tel qu'il existe aujourd'hui, s'avère un spectacle grandiloquent - et on notera qu'une version télé de trois heures existe aussi, reniée néanmoins par le réalisateur. Faute de références littéraires précises sur ce drôle d'opéra cosmique, je n'ai pas été loin parfois de décrocher encore. La puissance des images et de la bande originale (signée du groupe rock Toto) m'ont toutefois tenu en éveil. Je n'en ferai pas un classique, mais c'est un film qui mérite d'être vu.

Dune
Film américain de David Lynch (1984)

On pourrait parler de film malade, mais le spectacle reste fascinant ! N'étant pas féru de SF, comme vous l'avez remarqué, je trouve quelque chose de sympathique dans ce récit, un tantinet bancal. Curieusement, en le (re)découvrant, j'ai pensé à une comparaison possible avec un autre produit tapageur des années 80: Excalibur. Bon, en tout cas, j'aurai désormais - enfin ! - revu un David Lynch...

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Un petit tour sur d'autres sites, maintenant ?
Le film a ses avocats: un plaidoyer est publié sur "L'oeil sur l'écran". Pascale, elle, parle d'un "navet génial". Et David ? À vous de lire...

jeudi 19 novembre 2015

Un regard sur l'intime

Aujourd'hui, le hasard fait bien les choses: c'est un an jour pour jour après la sortie (tardive) de son premier film dans les salles françaises que j'ai l'occasion de présenter Les secrets des autres, second opus du cinéaste américain d'origine taïwanaise Patrick Wang. Un film orienté vers une cellule familiale tout ce qu'il y a de plus ordinaire...

Adapté d'un roman, ce long-métrage est, je crois, arrivé en France grâce à l'Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (ACID). Depuis 1993, cette organisation présente chaque année une sélection parallèle au Festival de Cannes: Les secrets des autres a été diffusé sur la Croisette en mai dernier. La famille que la caméra examine rassemble un homme, une femme et leurs deux jeunes enfants. Bientôt, elle est rejointe par une fille plus grande, l'aînée du père, née d'un premier mariage, et un ado orphelin, accompagné de son chien. J'aime autant ne rien vous révéler de la nature de l'élément perturbateur propice à l'intérêt de tout scénario de fiction. Il y a quelque chose de cassé chez ces gens: à vous, donc, de l'appréhender. La beauté se cache parfois au coeur de ce qui est le plus éprouvant...

Tourné sur pellicule, Les secrets des autres est, oui, un beau film. J'ai même envie de dire que la forme sublime le fond. Aucun acteur connu à l'horizon et c'est une bonne chose: l'absence de visage familier permet de très vite s'intéresser aux personnages, un peu comme s'ils étaient nos voisins, nos amis ou notre propre famille. Découvrir leur intimité ne suscite dès lors aucune forme de malaise. Moi, en tout cas, j'étais peiné de les voir souffrir et j'ai alors espéré qu'ils finiraient par mieux s'accorder pour le reste de leur parcours commun. Il s'avère que, face aux difficultés de la vie, le scénario déploie une grande douceur. Le style fait le reste: Patrick Wang s'autorise de belles incrustations visuelles et sonores, apportant ainsi à son film une touche de poésie. À voir (si possible) sur grand écran.

Les secrets des autres
Film américain de Patrick Wang (2015)

Cette très minutieuse observation d'un groupe familial en souffrance m'a rappelé les enfants de Nobody knows, avec moins de douleur toutefois. J'aime ces films qui savent aborder les sujets intimes difficiles sans verser dans le pathos - For Ellen y était parvenu également, de justesse. Je remarque que je cite là deux oeuvres d'autres réalisateurs d'origine asiatique. Ah, ce hasard, décidément...

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Une précision...

Économiste de formation, Patrick Wang est également un passionné de théâtre. Pour Les secrets des autres, ses comédiens ont répété pendant deux mois, avant de tourner sous une direction assez souple. Douze jours auraient alors suffi pour tout "mettre en boîte", paraît-il.

Et pour finir, une petite info-bonus...

J'ai évoqué le premier film de Patrick Wang: il s'appelle In the family. Il évoque les liens affectifs qui unissent un homme homosexuel au fils de son compagnon décédé. Mal distribué aux États-Unis, il lui a fallu trois ans pour arriver en France. Bilan: trois copies, 2 471 entrées...

Euh... j'allais oublier...
Pascale, elle aussi, a vu le film... et en a retenu de belles choses. 

mercredi 18 novembre 2015

Khondji aussi

J'ai pensé un instant vous proposer aujourd'hui un petit tour d'horizon des muses de Woody Allen. Finalement, j'ai trouvé plus intéressant encore d'aborder la question de la photographie de son dernier opus pour évoquer celui qui l'a signée: Darius Khondji. Un artiste hors-champ que j'apprends doucement à reconnaître grâce à son nom aux génériques d'un certain nombre de films récents. Entre autres...

Ici "shooté" par Ed Alcock pour le New York Times, Darius Khondji vient de fêter ses 60 ans, le 21 octobre. Il a hérité d'une culture double, enfant d'un père iranien et d'une mère française. Un article paru dans Télérama en août 2012 soulignait son souhait "d'explorer les derniers rivages de la pellicule". Dans ce même texte, publié après qu'Amour a obtenu la Palme d'or, le directeur photo dissertait doctement sur l'influence de son job sur le style des réalisateurs. Modestie: "Idéalement, il faudrait que mon travail ne se voie pas"...

Darius Khondji a déjà photographié cinq des films de Woody Allen. Parmi eux, les deux dont l'action se déroule en France: Minuit à Paris et Magic in the moonlight. Il disait que le réalisateur avait le choix sur tout et juge que la liberté du New-Yorkais est "incroyable". Anecdote amusante: sur le plan de la photo, ce grand spécialiste assure qu'il n'est pas très à l'aise avec Paris et, en 2012, indiquait n'avoir pas encore trouvé l'occasion de la filmer comme il le voudrait. Comme quoi, le cinéma est bien avant tout un pur travail d'équipe...

Au début de sa carrière, dans les années 80, Darius Khondji a travaillé autour d'une série de courts-métrages et a même signé un clip vidéo. Le premier long que je connais de lui, c'est Delicatessen, le film étrange réalisé par Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro, sorti en 1991. Une autre collaboration suivra avec le duo: La cité des enfants perdus, en ouverture du Festival de Cannes 1995. Khondji et Jeunet collaboreront une dernière fois en 1997, sur Alien: la résurrection. Le premier nommé confirmait alors sa capacité à s'ouvrir au monde.

Parmi les cinéastes qui ont fait appel à ses services, on peut trouver, outre Woody Allen himself, quelques-uns des très grands noms d'aujourd'hui, comme Roman Polanski, David Fincher ou James Gray. C'est dans un western que l'on aurait dû bientôt retrouver une photo signée Darius Khondji: avec notamment Natalie Portman dans le rôle principal, Jane got a gun sortira dans les salles françaises mercredi prochain. Las ! Le directeur photo n'est pas allé au bout du tournage. J'admets que j'ignore tout du projet sur lequel il planche désormais...

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Les commentaires sont ouverts...
C'est l'occasion de  me donner des infos, si toutefois vous en avez. N'hésitez pas non plus à parler de photo cinéma au sens le plus large !

lundi 16 novembre 2015

Déprime et conséquences

Abe Lucas est un drôle de prof d'université. Il enseigne la philosophie sur un campus américain et, entre les cours, essaye vaguement d'écrire quelque chose d'intéressant, sans grand espoir d'ailleurs. Dépressif et alcoolique, il traîne son mal-être comme un boulet. L'homme irrationnel ne dévoile qu'assez lentement sa réelle nature...

Chaque année, c'est la même chose: les cinéphiles ont rendez-vous avec Woody Allen. À 79 ans désormais, le petit New-Yorkais n'apparaît plus dans ses films, mais choisit toujours l'un des acteurs réputés du moment pour être son alter ego. Cette fois, il a confié l'interprétation de ses névroses obsessionnelles à Joaquin Phoenix. C'est à mes yeux sa première bonne décision: sans forcer son talent outre mesure, le comédien trouve pile-poil le bon ton, entre respect du texte écrit et lecture personnelle, au-delà de la pure imitation. L'homme irrationnel est bien sûr entouré de femmes. Elles sont deux, cette fois: Jill, sa plus brillante étudiante, et Rita, une collègue pressée de tromper son mari ! Je vous laisserai découvrir seuls comment Lucas, parfait nihiliste, s'arrange de cette double relation. Les actrices, elles, s'en tirent avec les honneurs: Emma Stone gagne en sobriété et Parker Posey est (pour moi) une assez belle révélation.

C'est en fait avec une certaine jubilation que j'ai abordé le film. J'avais fait en sorte de ne rien savoir de précis sur son intrigue principale avant d'entrer dans la salle. Après coup, je suis d'accord avec ceux qui disent que le film répond au principe des poupées gigognes: l'ami Woody nous offre quelques jolis rebondissements. L'impressionnant talent pour la joute oratoire est toujours là: Allen fait bon ménage avec la philo, c'est une évidence encore confirmée. C'est au moment précis où les deux personnages principaux s'arrêtent un instant de parler que le scénario se noue: l'intrigue évolue alors vers autre chose, avec - ô bonheur ! - un suspense plutôt bien ficelé. L'homme irrationnel ne surprendra pas forcément les inconditionnels du binoclard planqué derrière sa caméra, mais reste un long-métrage intéressant et franchement drôle par moments, dans le style ironique. Rien d'innovant ? Peut-être. Mais je ne veux pas bouder mon plaisir...

L'homme irrationnel
Film américain de Woody Allen (2015)

C'est un fait: Woody Allen est souvent comparé... à lui-même. Objectivement, la recette de son succès est connue et ce film 2015 n'est pas le chef d'oeuvre absolu de sa filmographie. Je trouve toutefois qu'il reste, en termes d'écriture, d'une belle efficacité. Personnellement, c'est vrai aussi que je préfère les oeuvres anciennes de notre ami américain: Manhattan, Stardust memories et/ou Alice.

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Et le même Woody vu d'ailleurs, ça donne quoi ?

Dans l'ensemble, le petit monde des blogs l'a assez bien accueilli. Pascale, Dasola, Tina, 2 flics et Princécranoir en ont parlé avant moi.

samedi 14 novembre 2015

En parler...

En parler ou pas ? Je me suis posé la question ce matin. En parler d'accord, mais pour dire quoi, exactement ? Une drôle d'impression m'est venue quand j'ai constaté être à la recherche d'une parole marquante, d'un mot original et qui fasse sens. Je me suis alors dit qu'il y avait peut-être bien quelque chose à piocher dans le cinéma...

J'ai repensé à Humphrey Bogart dans Casablanca, à cette phrase d'amour qu'il dit tardivement à Ingrid Bergman, lui signifiant ainsi qu'il est certaines choses qui ne s'effacent jamais et qu'il faut garder la tête haute. Dans le contexte, c'est bien plus qu'un argument romantique: une véritable phrase de résistance. Elle date de 1943. Faut-il rappeler qu'alors, la France était dominée, soumise ? J'aimerais noter qu'à l'époque, c'était nous, parfois, les migrants. Refuser de se résigner, savoir être fier et vivre, c'est un combat. Parfois, l'art nous le rappelle avec force et justesse. Je relève d'ailleurs qu'il le fait à toutes les époques... et sous tous les horizons.

Bien qu'américain, Casablanca offre aussi, plus tôt dans le métrage et autour d'un personnage joué par Paul Henreid, une séquence mémorable où une foule d'anonymes entonne une Marseillaise vibrante, pour se donner des forces face à l'oppression. J'imagine combien elle a pu résonner symboliquement pour le public français d'alors - ce n'est qu'en mai 1947 que le film est sorti dans notre pays. Aucune trace de haine ou d'exaltation patriotique, dans ces images d'un autre temps. Le scénario nous invite simplement à tenir le coup. En dépit même des circonstances, je crois toujours que c'est possible. Je termine là-dessus - et attendrai jusqu'à lundi pour reparler cinéma.

jeudi 12 novembre 2015

Un hôpital, des fous

Je parlais de liens affectifs mardi: ceux que le cinéma m'avait permis de tisser avec Artus de Penguern étaient certainement trop récents pour que je m'émeuve vraiment de la disparition du réalisateur. Décédé en mars 2013 à 56 ans seulement, le cinéaste et acteur burlesque nous a laissé un dernier film à lui: La clinique de l'amour !

Sous ce titre digne d'un mauvais feuilleton télé, point d'exclamation compris, vous découvrirez peut-être une comédie plutôt loufoque. John et Michael Marchal héritent d'un hôpital créé par leur père. Problème: les deux frangins n'en ont pas la même vision d'avenir. John s'inscrit dans la lignée, tandis que Michael, lui, rêve avant tout de vivre la belle vie d'un milliardaire, si possible entre les bras ambitieux de son amante, la très justement nommée Samantha Bitch. Est-il utile d'en dire plus ? Pas sûr, si ce n'est simplement qu'à partir de ce pitch improbable, le scénario part un peu dans tous les sens. Bientôt, il sera question de barbecue avec un ours dans une forêt canadienne ! Si vous aimez les comédies ancrées dans la réalité contemporaine, ce n'est pas forcément très utile de vous attarder...

Vous êtes encore là ? Très bien. J'en profite pour vous dire également que je n'ai pas passé un mauvais moment devant cette histoire foldingue. Outre le maître de cérémonie, je crois pouvoir affirmer que les acteurs y ont tous mis du coeur: hormis quelques visages rares, vous reconnaîtrez probablement sans difficulté ceux, un peu plus connus, d'Héléna Noguerra, Bruno Salomone, Dominique Lavanant et Michel Aumont - et petit coup de coeur personnel pour Ged Marlon. La clinique de l'amour ! réserve son lot d'incroyables retournements de situation, à la sauce ultra-parodique, bien entendu. Il est possible que vous trouviez ça un peu trop dur à avaler: le ton général reste plus personnel que référencé et ne plaira donc pas à tout le monde. Mieux vaut ne pas se poser de questions existentielles sur l'humour...

La clinique de l'amour !
Film français d'Artus de Penguern (2012)

Un jour, je vous proposerai sûrement le premier film du réalisateur. D'ici là, je dis et répète que son humour particulier ne sera ravageur que pour ceux qui aiment l'absurde au tout premier degré. J'ai pensé aussi que ça marcherait mieux en étant un poil moins bavard. Assurément, il y a là une veine comique finalement peu exploitée ! C'est aussi un peu celle du trio Abel-Gordon-Romy (Rumba ou La fée).

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J'ai trouvé d'autres amateurs en salle d'attente...

Elles et lui sont plutôt enthousiastes: Pascale, Chonchon et Laurent.

mardi 10 novembre 2015

Liens affectifs

Bientôt six ans que j'ai découvert mon premier Hirokazu Kore-eda. Aujourd'hui, le cinéaste japonais est l'un des réalisateurs que je suis avec confiance et enthousiasme. J'attendais donc Notre petite soeur avec une relative impatience, depuis sa présentation à Cannes en mai dernier. Son bredouille du Festival ne m'avait pas du tout découragé.

Dans Notre petite soeur, Sachi, Yoshino et Chika vivent ensemble depuis leur enfance. Elles ont la même mère et le même père, parti sous d'autres latitudes depuis une quinzaine d'années. Quand le film démarre, les trois jeunes femmes apprennent la mort de leur papa et, dans le même temps, l'existence... d'une quatrième fille: Suzu. Quelque peu embêtées de prime abord, elles se trouvent vite un point commun avec l'adolescente: elle aussi est orpheline et vit sagement avec la troisième épouse de son père, qui est donc sa belle-mère. D'une remarquable délicatesse derrière son sourire un peu triste, Suzu séduit rapidement ses trois grandes soeurs, qui décident aussi vite que spontanément de l'accueillir dans leur vieille maison familiale. Hirokazu Kore-eda retrouve une thématique familière: celles des liens affectifs qui unissent les êtres, qu'ils soient ou non du même sang. Comme d'habitude, il l'aborde avec beaucoup de douceur. C'est beau !

Je ne peux pas exclure l'idée que certains d'entre vous puissent trouver ce nouvel opus quelque peu naïf, voire "nunuche". La photo dégage à l'évidence de la tendresse: rien n'est violent, sur le plan physique en tout cas. Les personnages font face à certains dilemmes et doivent apprendre à accepter leurs contradictions, cela dit. Objectivement, les drames de la vie les rattrapent aussi, parfois. Simplement, dans ce cinéma, une porte n'est jamais fermée: il y a quelque chose de bon à retirer de chaque mauvaise expérience vécue. Notre petite soeur situe son propos d'ensemble dans un juste milieu entre fatalisme et optimisme - et il est bien évident que l'homme derrière la caméra respecte ses actrices et aime leurs personnages. Une précision: le film est l'adaptation d'un manga, Kamakura Diary. J'aimerais le lire, désormais, pour peut-être avoir une comparaison. Rien ne presse: autant dès lors laisser cette idée faire son chemin...

Notre petite soeur
Film japonais de Hirokazu Kore-eda (2015)

Ma notation est généreuse: j'ai bien failli retrancher une demi-étoile. Ce nouvel opus de mon "ami" nippon m'a en réalité un peu moins ému que Nobody knows. Cela dit, le ton est aussi bien moins dramatique. J'ai donc laissé quatre étoiles pleines, symbole de la jolie adéquation entre le fond et la forme - l'école Hayao Miyazaki n'est pas loin. J'aimerais voir d'autres films d'un maître de Kore-eda: Yasujiro Ozu.

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Bonus... mercredi 11, 11h16...

Son commentaire attire mon attention: Pascale parle du film aussi. Tiens, et je vois que Dasola est moins enthousiaste, au passage...

lundi 9 novembre 2015

Côté est

Vingt-six ans aujourd'hui que le mur de Berlin est tombé ! L'envie m'est venue de marquer le coup avec un film allemand: j'ai choisi Boxhagener Platz, qui m'attendait sur l'enregistreur de ma Livebox depuis plus d'un an. Le long-métrage n'est pas sorti dans les cinémas français. Du coup, je n'en savais presque rien avant de le regarder...

Boxhagener Platz existe réellement: c'est une place de la capitale allemande, connue sous ce nom depuis 1903. Le film, lui, nous offre une intrigue censée se dérouler en 1968, dans ce qui s'appelle encore la République démocratique allemande, à l'est. Adapté du roman éponyme de Torsten Schulz, sorti en 2004, le scénario tourne d'abord autour d'une vieille dame, Otti, et de son petit-fils, Holger. L'adolescent trouve chez sa grands-mère le calme dont il est privé chez lui, étant donné que ses parents se disputent presque sans arrêt. Ce quotidien assez banal va être bouleversé par le soudain assassinat d'un commerçant du voisinage, connu comme nostalgique du nazisme.

Sur un tel point de départ, bien des réalisateurs auraient pu broder quelque chose qui s'apparente au polar. Or, si l'énigme du meurtre peut servir de fil conducteur, elle ne parait finalement que le prétexte retenu pour dresser une galerie de portraits de Berlinois ordinaires. Mon regret serait peut-être que le film n'aille pas encore plus loin dans la description de ces Ossies - ainsi qu'on appelait les Allemands de l'est avant la réunification. Boxhagener Platz dit quelque chose des conséquences de la division d'un pays en deux entités indépendantes, glisse de petites allusions à ce que peut être la vie sous un régime communiste pur et dur, mais s'arrête en chemin. Possible, cela dit, que mes connaissances historiques sur l'Allemagne contemporaine soient trop faibles pour que j'aie pu tout bien saisir...

Boxhagener Platz
Film allemand de Matti Geschonneck (2010)

Je n'ai rien vu de mauvais, soyez-en sûr: ma note un peu faiblarde s'explique surtout par le fait que j'ai le sentiment d'être un peu passé à côté. Ce n'est pas grave: on peut aussi apprécier la petite histoire familiale que conte également le scénario. Pour parler de l'Allemagne d'avant 1989, Goobye Lenin et La vie des autres font référence. Évidemment, côté classiques, il me faudra citer Les ailes du désir...

dimanche 8 novembre 2015

Une route d'Argentine

Je vous ramène sur Terre aujourd'hui, mais je reste loin de France malgré tout et vous propose d'atterrir au sud de l'Argentine. C'est là que se déroule l'action de Jours de pêche en Patagonie, un film minimaliste d'une durée inférieure à une heure vingt. Il est certain que vous n'aurez pas le temps de vous ennuyer. Je vous raconte...

Marco Tucci prend la route pour aller voir sa fille. Il est coincé quelques heures dans une station-service, c'est-à-dire juste le temps de voir arriver le camion-citerne qui lui permettra de faire le plein. Concrètement, le film n'en dit pas beaucoup plus sur ce personnage principal, interprété par un Alejandro Awada... dont j'ignore tout. Chose intéressante à noter: il est l'un des rares acteurs professionnels au casting. Par souci de vraisemblance, il a été décidé de faire appel essentiellement à des comédiens amateurs, qui jouent ce qu'ils sont réellement dans la vie: un entraîneur de boxe ou un patron de pêche par exemple. Jours de pêche en Patagonie s'appuie sur une réalité ordinaire, dans cette région du monde en tout cas. Cet aspect dénué de toute esbroufe, c'est précisément ce qui peut le rendre attachant.

On comprend vite que cette visite d'un père à son enfant dépasse largement le cadre banal des habitudes familiales. C'est avec pudeur que la caméra dresse le portrait de cet homme: son sourire fatigué laisse entendre qu'il n'est pas tout à fait serein. En faut-il davantage pour faire un film ? Je n'en suis pas sûr. C'est vrai: Jours de pêche en Patagonie n'est pas la production la plus ambitieuse qui soit. Cependant, d'après moi, c'est là qu'est sa force tranquille. Le cinéma n'offre pas tous les jours une opportunité nouvelle de s'embarquer vers ces terres inconnues de l'Amérique latine. La simplicité extrême des images et situations a quelque chose de joliment universel. Sincèrement, j'ai aimé ce voyage. Sa conclusion a su me surprendre. Pour un peu, cela donnerait presque envie de sortir tailler la route...

Jours de pêche en Patagonie
Film argentin de Carlos Sorin (2012)

Les tout petits films ne sont pas forcément les moins réussis. Je l'ai vérifié une nouvelle fois devant ce long-métrage modeste et tendre. Sous des allures de road movie, il m'a rappelé Rendez-vous à Kiruna. Cela dit, la route n'est pas la même, bien sûr: si vous tenez à rester sur les chemins sud-américains, je vous conseille plutôt Les acacias. S'évader un peu, sans se presser vraiment, ça fait toujours du bien...

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D'autres sites pour arriver à destination ?

Oui ! À vous de choisir: "Le blog de Dasola" et/ou "L'oeil sur l'écran".

vendredi 6 novembre 2015

Loin, très loin de tout

Vous l'avez évidemment déjà remarqué: ce n'est pas tous les jours que je vais voir un blockbuster. J'avais le choix entre deux cinémas pour découvrir Seul sur Mars. Quatre jours après sa sortie officielle sur les écrans, il a fallu que je retienne le moins bon ! Salle minuscule et rangs ultra-serrés: du grand n'importe quoi. À la fin, la lumière s'est rallumée trois minutes trop tôt: tout ça était un brin frustrant...

Heureusement, la présence à mes côtés de deux copains a permis d'atténuer cette déception (partagée). Je me suis finalement plongé dans le film sans trop de difficultés. Qu'en dire ? Que le scénario complet tient probablement sur quelques pages d'une écriture serrée. Dans Seul sur Mars, Matt Damon / Mark Watney explore la planète rouge avec quelques amis et collègues astronautes. Le long-métrage commence juste qu'une tempête leur tombe sur le coin du casque. Mission terminée: tout le monde remonte en fusée, cap sur la Terre. Tout le monde ? Non: Matt / Mark est heurté par un débris d'engin spatial et perd le contact visuel avec ses petits camarades. Le titre de cette superproduction annonçait clairement la teneur de la suite des événements: notre héros survit, bien sûr, et va devoir inventer lui-même les moyens de son très hypothétique retour au bercail. Heureusement pour lui, il est botaniste diplômé. Ça peut être utile...

Libre à vous désormais de déterminer si tout ça est réaliste, un peu, beaucoup, à la folie ou pas du tout. Moi, à vrai dire, je m'en moque ! Quand je vais voir un film dans ce genre, j'espère surtout en prendre plein les mirettes, sans me poser trop de questions. Que ledit film puisse alors être validé scientifiquement, c'est pour moi anecdotique. Bon... dans le cas présent, il semblerait tout de même que le scénario tienne la route et ne contienne que peu de grosses invraisemblances. Sur le plan du fun maintenant, il reste aussi trop linéaire et prévisible pour être véritablement excitant. Non dénué d'humour et splendide visuellement parlant, Seul sur Mars est un divertissement honorable. Il ne faut pas lui demander de révolutionner à tout jamais l'approche de la science-fiction sur grand écran. Au passage, il m'a vendu un peu de rêve, ce qui est toujours bon à prendre. Parmi les rôles secondaires, j'ai été content d'apercevoir quelques visages familiers et aimés, dont ceux de Jessica Chastain, Jeff Daniels et Sean Bean notamment. Si modeste reste-t-il, je n'ai donc pas boudé mon plaisir.

Seul sur Mars
Film américain de Ridley Scott (2015)

Je n'ai toujours pas vu Interstellar, l'autre film d'aventure spatiale auquel celui d'aujourd'hui est souvent comparé. Alors que les images défilaient sur l'écran, j'ai pensé que tout ça n'arrivait pas un peu tard après Gravity. J'ai aussi songé à 2001, l'odyssée de l'espace. Conclusion: les années passent et les légendes demeurent. À suivre...

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Vous avez dit "film de geeks" ?

L'astronaute perdu en bave: il n'a plus à écouter qu'une playlist disco. C'est le plus insistant des clins d'oeil à la culture pop du métrage. Impossible de louper celui qui convoque Le seigneur des anneaux... 

Et dans l'attente du prochain mythe...
Vous lirez d'autres avis sur le film du jour chez Pascale et Dasola.

mercredi 4 novembre 2015

Retour à la vie

Je l'ai déjà dit, non ? L'expression "J'y suis allé les yeux fermés" m'apparaît bien difficilement applicable au cinéma - et pour cause ! Blague à part, il m'arrive parfois de choisir un film sans en savoir grand-chose. Ç'a été le cas il y a peu pour L'odeur de la mandarine. Je n'avais que deux éléments concrets: Olivier Gourmet dans le rôle principal et l'année 1919 comme contexte. Et je m'en suis contenté...

Il s'est aussitôt avéré que je m'étais un peu trompé pour le calendrier. La Première guerre mondiale n'est pas terminée quand le film commence. Elle l'est tout au plus pour Charles de Rochecline, officier de cavalerie gravement blessé sur le front et amputé de la jambe droite. Les images se concentrent d'abord sur un duo féminin, mère et fille, Angèle, sa future infirmière, et Louise, petite orpheline. D'emblée, les deux adultes s'entendent à merveille. Vous voyez venir la suite ? Détrompez-vous ! L'odeur de la mandarine est autre chose que le récit d'une double et réciproque reconstruction sentimentale. Unis autour de la figure du cheval, Angèle et Charles s'aimeront probablement, mais à leur façon, plutôt moderne pour leur époque. C'est puissant et c'est beau, assez charnel aussi, pathétique parfois. Difficile alors d'écarter l'idée que je me fais de mes grands-parents paternels, qui, en effet, avaient peu ou prou l'âge des personnages...

Pas question de tout dévoiler: j'ajoute simplement qu'au moment même où le récit semble sombrer dans la routine, un autre homme survient qui le relance et l'embarque sur une autre voie, surprenante elle aussi. Un mot désormais sur les acteurs. Olivier Gourmet ? RAS. J'ai retrouvé le Belge tel que je l'apprécie, voix grave et émotions portées à fleur de peau. Georgia Scalliet est à la fois une découverte et une révélation: d'une beauté lumineuse, elle qui est créditée comme sociétaire de la Comédie française est des plus convaincantes dans cette première au cinéma. Léonard, l'autre homme, est joué avec justesse par Dimitri Storoge, méconnaissable sous ses cheveux coupés ras et tête de pont d'une distribution secondaire convaincante. Derrière ce remarquable titre inexpliqué, L'odeur de la mandarine offre une reconstitution d'époque soignée, dans un décor naturel particulièrement évocateur. Certains d'entre vous pourraient déplorer que le film s'enlise parfois dans ce qu'il a de plus cru, là où d'autres regretteront son académisme formel. Euh... pas moi: ce style m'a plu.

L'odeur de la mandarine
Film français de Gilles Legrand (2015)

L'irruption soudaine de soldats au milieu de ce cadre campagnard jusqu'alors préservé des conflits rappelle la précarité des situations. Tout se joue sur un fil: c'est la grande qualité (cachée) du scénario. Pour une vision plus directe de la guerre, les propositions de cinéma ne manquent pas. Je vous recommande tout particulièrement un film déjà ancien pour envisager ses conséquences: La vie et rien d'autre.

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Nous ne sommes pas nombreux à l'avoir vu...
Je note toutefois que, comme moi, Pascale a plutôt apprécié le film.

mardi 3 novembre 2015

La poupée et la nuit

Question: et si le sentiment le plus fécond au cinéma était la peur ? Franchement, je ne compte plus le nombre de films qui en font usage comme premier carburant de leur scénario. Bunny Lake a disparu s'amuse à imaginer les réactions d'une jeune mère dont la petite fille s'est évanouie dans la nature. Une idée simple d'autant plus efficace que la gamine n'est visible dans aucune des toutes premières scènes !

Toute la question est donc: faut-il faire confiance à cette femme américaine, tout juste arrivée en Europe, qui prétend avoir conduit son enfant jusqu'à sa nouvelle école, mais ne trouve aucun témoin oculaire pour le confirmer à la police ? Cette grande interrogation joue méchamment sur nos nerfs à vif et, en attendant que le mystère se dissipe, installe doucement mais sûrement un climat de paranoïa propre à nous faire douter tour à tour de chacun des protagonistes. Malgré son demi-siècle et son noir et blanc, Bunny Lake a disparu soutient sans mal la comparaison avec d'autres opus plus récents. C'est une nouvelle (belle) preuve que le vrai bon cinéma n'a pas d'âge. Et même si, évidemment, quand on se lance avec Laurence Olivier parmi les rôles principaux, on a déjà une marge sur la concurrence...

Je n'ai rien vu qui me fasse crier au génie, mais j'ai bien apprécié l'ensemble de ce petit film, surtout parce que l'énigme et le suspense tiennent leurs promesses (presque) jusqu'au bout. Certaines scènes muettes sont de fait tout à fait saisissantes, à l'image d'une visite nocturne dans un magasin de poupées ou d'une évasion hospitalière joliment haletante. Autre qualité certaine: la galerie de personnages secondaires, assez riche pour durablement brouiller les pistes - il y a d'ailleurs plein de rebondissements que je n'avais pas su anticiper. J'ai également apprécié le choix fait de tourner ce thriller à Londres. Avec un Américain derrière la caméra, ce n'est pas forcément anodin. Bunny Lake a disparu est parfois présenté comme le dernier bon film de son auteur. Moi qui n'en ai pas vu d'autres, je ne peux pas prendre position sur ce point, mais j'ai en tout cas passé un bon moment. Pour tourner la page d'une grosse semaine côté boulot, c'était tip-top.

Bunny Lake a disparu
Film britannique d'Otto Preminger (1965)

Pour être honnête, je vais quand même souligner que le long-métrage ne rejoint pas les hauts sommets d'angoisse que d'autres classiques comme Le troisième homme ou Psychose, eux, atteignent aisément. Cela étant, si on ne tient pas compte de ces possibles influences extérieures, je ne vois aucune raison de dédaigner cette histoire. L'alternance ombres et lumières m'a aussi rappelé Seule dans la nuit.