mercredi 31 juillet 2019

Oz revisité

Le saviez-vous ? William Hanna et Joseph Barbera, les réalisateurs pionniers de Tom et Jerry, ont produit 114 épisodes de la série animée, pour le compte de la MGM, entre 1940 et 1957. Sept Oscars du meilleur court-métrage d'animation leur ont été décernés ! Aujourd'hui, je vous parlerai de deux téléfilms, issus de cet univers...

Tom et Jerry & le magicien d'Oz
Téléfilm américain de Spike Brandt et Tony Cervone (2011)

Ainsi que son titre le dit clairement, ce dessin animé rend hommage au grand classique Le magicien d'Oz, multi-diffusé aux États-Unis lors des fêtes de fin d'année. Pour un programme estival, on frise l'anachronisme, mais tout y est: la petite Dorothy et son chien Toto, leur visite-surprise d'un monde imaginaire, les habitants dudit monde en proie avec une vilaine sorcière... pour être franc, l'ajout d'un chat et d'une souris n'apporte pas de changement fondamental à l'intrigue. Partant de ce constat, vous aurez le choix: vous regarderez le film avec mansuétude ou jugerez qu'il n'amène rien de très indispensable au récit originel. Ah ! Je précise qu'il ne dure que 56 petites minutes !

Tom et Jerry: retour à Oz
Téléfilm américain de Spike Brandt et Tony Cervone (2016)

Cinq ans plus tard, ce nouvel opus retourne au Kansas... et prolonge son propos d'un gros quart d'heure, pour atteindre du coup la durée d'un long-métrage "ordinaire". Sympa ? Mouais ! Les personnages familiers sont tous là, à l'exception notable et logique de la sorcière du premier épisode. C'est nouveau: en guise de méchant, on a droit cette fois à un roi des gnomes colérique, dont l'ambition suprême serait d'obliger chacun à vivre sous terre et à son service exclusif. Moins enlevé que le premier volet, ce téléfilm jeune public se laisse regarder d'un oeil distrait, à condition de ne pas être trop exigeant. Oui, je peux tout à fait comprendre ceux qui le laisseraient de côté...

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Pas grand-chose à ajouter, mais...
Si vous voulez retrouver Tom et Jerry, ils sont aussi chez Ideyvonne !

lundi 29 juillet 2019

Soupçons soudains

J'ai cru que Woody Allen était devenu persona non grata à Hollywood. Visiblement, j'avais tort: bien qu'écarté d'Amazon Studios, le cinéaste a pu trouver une solution pour distribuer son nouveau film. Sa sortie dans les salles françaises est programmée pour le 18 septembre. Patience ! D'ici là, j'ai largement le temps d'évoquer... d'anciens opus.

Meurtre mystérieux à Manhattan est la toute dernière collaboration entre Woody Allen et Diane Keaton, qui interprète ici un personnage d'abord écrit pour Mia Farrow. Je ne souhaite pas en dire davantage sur le sujet des liaisons ambiguës entre le réalisateur et ses muses successives. Pour ne parler que de cinéma, voici d'abord un petit mot sur le scénario: lui éditeur, elle apprentie cheffe cuisinier, un couple de bourgeois new-yorkais - Larry et Carol Lipton - est invité à venir boire un café chez ses voisins de palier. Le lendemain, leur hôtesse est morte, victime d'une crise cardiaque ! Parce qu'elle constate alors que le mari de la défunte n'a pas l'air triste, Carol s'imagine soudain que la vérité est ailleurs et qu'un crime a eu lieu dans l'appartement mitoyen. D'allure policière, le récit est toutefois un peu plus complexe qu'il n'y paraît de prime abord. Fidèle à ses névroses, l'ami Woody emballe son énigme dans le papier-cadeau d'une étude sur le couple...

Larry est en effet fasciné par une autre femme, Marcia, dont il veut publier le roman et qui pourrait du même coup lui apprendre à bluffer au poker - merci à Anjelica Huston: scène courte, mais irrésistible ! Avec ou sans lui, peu importe, à vrai dire: son épouse légitime entend mener jusqu'au bout l'enquête sur les comportements étranges de celui qu'elle accuse d'assassinat, même si la police a classé l'affaire et même si elle doit dès lors... se rapprocher d'un autre homme ! J'imagine que vous l'aurez compris: c'est bien au rayon des comédies qu'il faut classer Meurtre mystérieux à Manhattan. Les aphorismes qui le séquencent font plaisir à entendre - plus qu'un quelconque opéra de Wagner, qui, à la longue, vous donnera envie d'envahir la Pologne. Autre aspect séduisant: une caméra très mobile dans les scènes d'intérieur. Clairement, je ne m'attendais pas à une telle "virtuosité" ! Les plus cinéphiles d'entre vous noteront qu'un hommage est ici rendu à d'autres grands artisans du septième art, à l'image d'Orson Welles et d'Alfred Hitchcock (par exemple). Mais c'est plus rigolo qu'intello...

Meurtre mystérieux à Manhattan
Film américain de Woody Allen (1993)

Je n'ai pas (... encore !) vu Annie Hall, le grand classique de Woody dont, d'après les spécialistes, l'opus du jour serait en fait une suite cachée. Ce n'est pas grave: j'ai quand même passé un bon moment. Malaimé, Le sortilège du scorpion de jade m'avait amusé, lui aussi, dans la série des vrais/faux polars. Si vous préférez les films noirs sans note d'humour, autant vous tourner vers Le rêve de Cassandre !

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Et si vous souhaitez en savoir un peu plus...
Les clins d'oeil sont dévoilés dans la chronique de "L'oeil sur l'écran".

samedi 27 juillet 2019

En roue libre

Attention: une comédie française peut en cacher une autre ! Le filon ne nous réserve peut-être pas que des pépites, mais je dois bien dire qu'il est loin d'être tari et qu'il attire encore de nombreux spectateurs dans les salles de cinéma. Quant à moi, j'en vois peu sur grand écran. Tout le monde debout ? C'est donc à la télé que j'ai pu le "rattraper" !

Vous connaissez toutes et tous Franck Dubosc, n'est-ce pas ? Ce film est le premier de l'humoriste derrière la caméra. Que les admirateurs de l'acteur se rassurent: il occupe également le premier rôle masculin. Et, pour le coup, rien de bien nouveau, il me semble: son personnage est patron et... chasseur de femmes. Sa volonté ? Toujours ajouter de nouveaux noms à la liste de ses conquêtes. Un jour, un quiproquo le fait passer pour un handicapé auprès d'une jeune aide-soignante. Bientôt, la demoiselle présente Don Juan à ses parents et à sa soeur aînée qui, elle, ne peut réellement se déplacer qu'en fauteuil roulant. Bon... à partir de ce pitch et avec son titre, je vous crois capables d'envisager seuls si le film peut vous plaire ou non. Le sujet sensible qu'il aborde peut-il être traité à la légère ? Je n'ai pas d'avis tranché...

Ce que je peux vous dire, c'est qu'au final, Tout le monde debout n'est JAMAIS parvenu à me faire rire (ou simplement sourire). Le fait est que j'ai trouvé tout cela mollasson et parfois lourdingue ! Constat cruel pour une prétendue comédie, me direz-vous ? Oui... et non. Parce que je crois que l'intérêt du film est ailleurs, pour être clair. L'expression est galvaudée, certes, mais il me semble que le scénario parvient à faire passer un message: nous sommes tous égaux. Évidemment, c'est plein de bons sentiments, mais ça passe encore. Un bon point: on restera à l'écart de tout misérabilisme. Il faut dire que, pour le premier rôle féminin, Franck Dubosc a fait un choix intelligent en la personne d'Alexandra Lamy, tout à fait pétillante. D'aucuns jugeront qu'il aurait été préférable de retenir une actrice handicapée, mais je vous assure: l'ex-Chouchou est très impliquée. Du coup, elle emmène la totalité de la production vers le haut. Bravo !

Tout le monde debout
Film français de Franck Dubosc (2018)

Rien de génial dans l'ensemble, mais du travail honnête, à mon sens. S'il y a parmi vous des amoureux des acteurs, vous pourriez apprécier de voir Elsa Zylberstein, François-Xavier Demaison, Gérard Darmon ou... Claude Brasseur ! Bon... en revanche, si c'est le traitement comique du handicap qui vous attire, autant (re)voir Intouchables. Autre option: La famille Bélier, mais ce serait sans fauteuil roulant...

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Vous aimeriez un autre avis ?
Très bien: je vous encourage donc à aller lire ce qu'en pense Pascale.

jeudi 25 juillet 2019

La guerre (ou presque)

Elle est ingénieur en chef sur un chantier de conception d'éoliennes. Lui médecin obstétricien. Florence et Vincent étonnent leurs amis quand ils disent vouloir divorcer. Devant le juge, ils sont tombés d'accord sur tout, jusqu'à la garde partagée de leurs trois enfants. Évidemment, un petit grain de sable va faire dérailler la mécanique...

Le premier atout de Papa ou Maman ? Ses principaux interprètes. Marina Foïs et Laurent Lafitte se coulent avec une vraie délectation dans le costume de ces deux grands bourgeois, bien moins généreux qu'on ne pourrait l'imaginer de prime abord. L'idée du scénario consiste évidemment à se moquer d'eux, sans choisir son camp. D'ailleurs, cela "fonctionne": Marina/Florence et Laurent/Vincent paraissent si peu mâtures l'un et l'autre que l'on a rapidement envie de les renvoyer dos à dos. À ce stade, je souhaite tout de même dire que, face à ce duo dépareillé, les autres personnages du film peinent à exister. C'est dommage: les enfants auraient pu emballer l'affaire...

Une critique du film - publiée dans Le Monde, je crois - soulignait avec justesse qu'il manquait de hargne. Cela peut certes s'expliquer par le fait que le réalisateur n'avait aucune expérience au cinéma avant de tourner ce premier opus d'une série de deux. Il était habitué à des formats plus courts, en tant notamment qu'ancien contributeur des Guignols. Petite déception: il est ici très sage. Trop, sans doute. On sera indulgent: quand de nombreux spécialistes parlent d'indigence de la comédie actuelle en France, celle-là tient la route. Sa durée totale (moins d'une heure et demie) fait qu'on n'a même pas le temps de s'ennuyer: cela joue clairement en sa faveur, malgré le manque d'intensité que je viens d'évoquer. Soyez-en assurés: j'ai vu pire. Tant qu'à faire, je me dis que l'idéal serait d'y repenser... en famille !

Papa ou Maman
Film français de Martin Bourboulon (2015)

Voir la suite et juger du diptyque ne m'a pas fait envie tout de suite. Je reste donc sur cet avis mitigé - mais encore favorable. Je manque de points de comparaison, mais je me souviens vaguement du titre d'un autre film français: Génial, mes parents divorcent ! (1991). Pour plus de férocité, retrouver Kathleen Turner et Michael Douglas dans La guerre des Rose (1989) pourrait s'avérer la meilleure option !

lundi 22 juillet 2019

Reprises multiples

Et si... ? Formuler une hypothèse et s'interroger sur les conséquences d'un (ou plusieurs) fait(s) imaginaire(s), c'est peut-être une façon intéressante d'attaquer l'écriture d'un scénario. Et si les Beatles n'avaient pas existé ? C'est le point de départ de Yesterday. Un sujet qui m'a séduit et donc décidé à voir le film... dès le jour de sa sortie !

Yesterday ne passe pas mille ans à se demander si les goûts musicaux du public seraient différents aujourd'hui sans John, Paul, George et Ringo. Le film s'articule simplement autour d'un personnage de loser sympathique: Jack Malik, employé de supermarché en passe d'abandonner sa vocation de rockeur pour une vie vaguement rangée. Jusqu'au jour où, victime d'un grave accident de vélo, le brave garçon se réveille dans un monde ignorant tout de la bande de Liverpool. Passés la stupeur, quelques vérifications sur Google et de légers états d'âme, Jack reprend son destin en mains: il décide de ne plus jouer que les compositions du groupe mythique, ce qui lui vaut d'abord d'épater ses amis et, bientôt, de rencontrer un succès considérable. Vous avez dit feel good movie ? Bingo ! Même si la suite réservera peu de surprises aux habitués (et amateurs) du genre, le spectacle remplit son office: c'est un vrai plaisir. Dopé à la musique, of course !

Les grands classiques des Scarabées y sont, mais ce n'est pas tout. Avec Ed Sheeran dans le casting, le film joue également la carte jeune et fait le lien entre les générations. C'est intelligent. Le reste de la distribution se montre tout à fait attachante et, dans le rôle principal, Himesh Patel est très bon pour ses débuts sur grand écran ! Point remarquable: il n'est pas doublé pour les chansons - une raison supplémentaire pour voir le film en VO, si vous en avez la possibilité. Ce Yesterday, c'est également une chouette galerie de personnages secondaires. Je n'entre pas dans les détails: je tiens à vous laisser quelques surprises, du côté féminin notamment (et n'insistez pas !). Bref... tout comme je l'espérais, je suis ressorti de la salle de cinéma avec la banane. Cela ne révolutionne rien, mais c'est bon à prendre. Inutile, donc, d'aller chercher plus loin, sauf évidemment si l'envie vous vient de réécouter l'intégrale des Beatles. Et ce n'est pas exclu...

Yesterday
Film britannique de Danny Boyle (2019)

J'avais perdu de vue le cinéaste depuis Slumdog millionaire (2008 !). Onze ans plus tard, il pourrait dérouter ceux qui l'ont jadis vénéré pour Petits meurtres entre amis ou Trainspotting. À cette position fermée, je préfère un avis plus favorable, car, je le répète, le film m'a mis le sourire - plus encore qu'un biopic à la Bohemian Rhapsody. Après, vous avez bien le droit de préférer Control, Once... ou autres.

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Je n'en suis pas encore à monter un groupe, mais...

Le jour où cela arrivera, je sais que je pourrai compter sur Pascale ! Allez savoir ! Peut-être Princécranoir voudrait-il se joindre à nous...

vendredi 19 juillet 2019

Au nom de la Lune

Elle a réussi le 20 juillet 1969, à 21h56, heure de Houston. Décalage horaire oblige, en France, la journée du 21 avait déjà commencé. Quant à moi, je suis également en avance pour célébrer l'anniversaire de la mission Apollo 11, qui conduisit le premier homme sur la Lune. Un joli sujet de cinéma, je trouve, et une grande invitation au rêve...

Quelques titres me sont revenus, mais ma liste n'est pas exhaustive. Je savoure d'avance de découvrir ce que ma chronique vous inspirera. Tandis que je regarde en arrière, je ne peux évidemment manquer d'ouvrir mon propos avec Georges Méliès. Apparue en 1902, sept ans seulement après les tous premiers films, sa Lune voit son oeil droit crevé par une fusée précoce et, aussitôt, s'inscrit dans l'imaginaire collectif comme l'un des premiers grands symboles du septième art. Le voyage dans la Lune constitue un petit miracle: quinze minutes d'images auront alors suffi pour rouvrir en grand la porte des étoiles. L'exploit peut rappeler ceux des héros de Jules Verne, un écrivain populaire que je trouve beaucoup trop peu estimé. D'autres artistes s'engouffreront dans la brèche. J'ai réservé une mention particulière pour le Tchèque Karel Zeman: Le baron de Crac m'avait émerveillé ! Penser à la Lune, c'est préserver une chance de redevenir un enfant...

Steven Spielberg l'a compris: dès l'instant où il se tourne vers le ciel nocturne, notre regard s'évade du quotidien et le plus improbable semble possible. À l'image de la scène emblématique du vélo volant d'E.T. l'extra-terrestre, le cinéma apparaît comme une source infinie de références lunaires positives. Le paradoxe veut alors que l'astre puisse y demeurer inaccessible. Je n'ai certes pas compté le nombre d'hommes (et de femmes ?) que les films ont conduit à poser le pied sur le sol de notre cher satellite, mais je n'ai pas non plus l'impression qu'ils soient si nombreux. Tout bien réfléchi, c'est d'ailleurs peut-être parce que des scientifiques ont conquis la Lune que les missions spatiales du grand écran filent toujours plus loin dans les galaxies. Pourtant, Woody Allen a raison: il y a de la Magic in the moonlight ! Négliger nos rêves, en somme, serait renoncer au cinéma lui-même...

Je vous ai parlé d'émerveillement: Mune, le gardien de la Lune figure parmi les films d'animation qui sont parvenus à m'émouvoir. Pourquoi cela ? Sans aucun doute parce qu'il y a un peu de mes idéaux dans ceux de ce petit personnage chargé de préserver l'astre lunaire et, du même coup, le rythme des jours et des nuits. Ma sensibilité profonde y perçoit une poétique à laquelle nous sommes, je crois, toutes et tous, en tant qu'humains, reliés et viscéralement attachés. Avec amusement, je constate d'ailleurs que le tout premier des films dont j'ai parlé ici aura été La voce della luna, l'ultime long-métrage réalisé du maestro Federico Fellini. Il me faudrait sûrement le revoir aujourd'hui, presque douze ans plus tard, pour en être tout à fait sûr, mais quelque chose me suggère que l'on trouve là aussi un regard particulier (parce que venu d'en haut ?) sur notre monde. La puissance d'attractivité de la Lune, elle, n'est plus à démontrer. Idée d'éternité !

"Un jour, j'irai sur la Lune"... les frères rappeurs Big Flo et Oli chantent en tandem pour témoigner de leurs espoirs contemporains. Scrutée depuis la Terre, si loin et si proche à la fois, la Lune s'entoure de légendes et resplendit comme le miroir de chacune de nos âmes. Neil Armstrong, le First man, renaît à l'écran. Il a l'étoffe d'un héros qui lève enfin le voile sur sa face cachée. Mais qu'en serait-il là-haut ? Quelles émotions seraient les nôtres si nous pouvions mettre le cap vers autre chose que la Mer de la Tranquillité ? Nous devrons répondre seuls: les puissantes caméras du monde moderne ont tué le fantasme ancien lié à l'existence possible d'une mystérieuse population sélénite. Heureusement, un peu de lumière perdure: elle est utile, au cinéma. Sous cet éclairage tamisé, des séances en plein air auront encore lieu demain, sources de plaisirs terrestres dont il ne faut pas se priver. Les mythes lunaires vont continuer à traverser l'espace... et le temps.

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Et maintenant, à l'heure de revenir sur Terre...

Comme je l'ai écrit, je serais tout à fait enchanté de faire le voyage de retour avec vous. Quelles seraient vos références sur la Lune ? Quels sont vos sentiments face à elle ou aux innombrables images dont elle est le sujet ? Je vous laisse carte blanche pour en (re)parler !

mercredi 17 juillet 2019

Givré !

Comment les objets connectés impacteront-ils nos vies demain ? Jusqu'à quel point nous dominent-ils déjà aujourd'hui ? Ces questions philosophiques servent de toile de fond à Yves, une comédie loufoque sortie à la toute fin du mois de juin. L'un des deux films que j'ai vus lors de la Fête du cinéma. Autant être clair: il ne vole pas très haut...

So et Jérém pourraient certes s'appeler Sophie et Jérémy, mais non. Quand ils se rencontrent pour la première fois, les deux personnages se confirment réciproquement qu'ils se font appeler par leur prénom respectif... et pas par le diminutif d'abord supposé. Le plus dingue reste à venir: Yves - le titre du film, oui ! - est aussi le prénom réservé à son "héros", qui n'est autre qu'un grand frigo relié au Web. Parmi ses fonctionnalités, hormis la conservation durable d'aliments équilibrés qu'il sait commander lui-même: celles d'un smartphone ordinaire et bien d'autres encore, ce que je vous laisserai découvrir seuls, si d'aventure ma chronique ne vous a pas refroidis. Je souhaite ne rien dire de plus que ce que vous pourrez lire partout: refourgué par So, commerciale efficace, à Jérém, rappeur raté, le blanc outil pourrait bien aider son nouveau propriétaire à réussir sa vie. Le tout étant d'y croire, bien sûr. Mais je dois dire que ce n'est pas évident ! Bien plus qu'artificielle, l'intelligence du film reste toute relative. Franchement, avec un tel sujet, je pense qu'il y avait mieux à faire...

Si, d'emblée, vos oreilles ne saignent pas à l'écoute d'une bande originale pleine de grivoiseries (et je reste mesuré), vous apprécierez peut-être le début du film, plutôt moche, certes, mais assez farfelu pour séduire les plus frappadingues d'entre vous. Las ! La promesse d'une amusante bizarrerie de cinéma fait vite long feu: la majorité des scènes apparaît au mieux plate au possible, au pire consternante. Seule une séquence Eurovision sort le long-métrage d'une torpeur accablante, mais elle dure trop peu pour sauver la mise du scénario. Dans ce contexte, les acteurs font ce qu'ils peuvent: William Lebghil compose un Jérém si navrant que je me suis même dit que le rôle pourrait lui nuire durablement, Dora Tillier ne convainc qu'à moitié, Philippe Katerine n'a pas de slip... et il ne me reste rien à ajouter. Les autres ? Ils ne sont venus que pour faire le nombre, semble-t-il. Yves fait donc l'effet d'un gros pétard mouillé. Programmé en clôture de la dernière Quinzaine des réalisateurs à Cannes, il pousse le vice jusqu'à prétendre qu'il y a triomphé ! Ouais, je vous aurai prévenus...

Yves
Film français de Benoît Forgeard (2019)

Une machine qui agit toute seule, ça vous rappelle 2001 ? Le chef d'oeuvre de Stanley Kubrick est explicitement cité ! Autre référence du réalisateur: le mélancolique Her, de Spike Jonze, à la nuance près que c'est donc un réfrigérateur qui peut ici adopter la voix envoûtante de Scarlett Johansson (ou celle de Victor Hugo jeune, si vous voulez). Pour la folie douce, on préférera Quentin Dupieux: Rubber, Wrong...

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Après, le film a ses défenseurs...
Vous le vérifierez avec Télérama ou les commentaires chez Pascale. Pourquoi pas ? Mais ma camarade chroniqueuse partage mon avis...

lundi 15 juillet 2019

De la bombe ?

Y a-t-il des amateurs de séries parmi vous ? Je vous pose la question directement, parce que j'ai failli écrire une chronique sur le sujet. Cela vous aurait-il intéressé ? Finalement, pour innover, je préfère parler... d'un film: Watchmen - Les gardiens. En soulignant d'emblée qu'il est l'adaptation d'un comic US du duo Alan Moore / Dave Gibbons.

Ignorant tout de l'oeuvre originelle, j'ai donc plongé sans aucun repère dans cette version cinéma de près de trois heures ! J'ai découvert quelques super-héros dont j'ignorais l'existence: Le Hibou, Rorschach, Le Spectre soyeux, Docteur Manhattan, Le Comédien et Ozymandias. Nous sommes dans l'Amérique de 1985, malgré quelques différences notables avec ce que disent les livres d'histoire. Exemple: le président des États-Unis, Richard Nixon, en est à son cinquième mandat consécutif et tente d'empêcher une guerre nucléaire contre l'Union soviétique. La trame du film en tient compte, mais tourne davantage autour d'une enquête. L'un des membres du groupe évoqué ci-dessus est en effet assassiné dès l'impressionnante première séquence. Las ! Bien que plutôt complexe et originale, la suite ne m'a guère emballé...

Wikipédia m'apprend qu'il se sera passé près d'un quart de siècle entre l'achat des droits de la BD - publiée chez DC Comics entre 1986 et 1987 - par la 20th Century Fox et la sortie du long-métrage, finalement produit par la Warner. Avis aux amateurs: l'encyclopédie en ligne pointe les nombreuses différences entre les deux oeuvres. Cela ne suffira pas à me donner envie d'y revenir, certes. Au chapitre des points positifs, je veux toutefois vous indiquer que Watchmen est très agréable à regarder (malgré quelques ralentis un peu foireux) et que sa bande originale est excellente, et ce dès son générique introductif porté par un standard de Bob Dylan. J'en regretterais presque de ne pas être féru de ce type de films: je veux bien croire que, dans le genre, celui-là tient la route. Jugez-en par vous-mêmes !

Watchmen - Les gardiens
Film américain de Zack Snyder (2009)

À réserver aux geeks ? Je n'en suis pas certain. J'ai préféré en rester sur une note légèrement supérieure à la moyenne, car je me suis dit que le long-métrage avait des qualités qui peuvent plaire à d'autres. Cela dit, attendre bien mieux du réalisateur de 300 et Sucker punch pourrait s'avérer illusoire. De mon côté, je préfère les super-héros version fun (Les gardiens de la galaxie) ou 100% cinéma (Chronicle).

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Et ailleurs sur la grande toile...
Vous constaterez que "L'oeil sur l'écran" se montre plutôt élogieux. Pascale, tout au contraire, dévie la conversation et s'en moque bien !

samedi 13 juillet 2019

Le droit de jouer

Que penser de l'Iran d'hier et d'aujourd'hui ? Que supposer ensuite pour l'avenir de ce pays ? Même si, c'est vrai, j'ai eu la grande chance de voyager dans plusieurs pays déjà, je ne suis jamais allé "là-bas". Curieux d'en savoir plus, j'ai saisi l'occasion de voir un documentaire surprenant: Football under cover, réalisé en 2006 et sorti en 2008...

Depuis plus d'une décennie, il est évident que nombre d'événements marquants ont eu lieu dans tout le Moyen-Orient... et ailleurs. Restons d'abord sur le film, voulez-vous ? En une heure et demie environ, il nous rappelle l'existence en Iran d'une équipe nationale féminine de football et explique que, depuis la Révolution islamique de 1979, elle n'avait jamais joué en compétition dans son pays. Marlene Assmann, jeune footballeuse amateur allemande, s'engagera pour que cela change. L'idée d'un ami cinéaste, Ayat Najafi, soutenu par le BSV Al-Dersimspor, un club turc de Berlin, lui-même engagé dans d'autres actions (cf. Courrier International et Discover Football) !

Feel good movie au pays des mollahs que ce Football under cover ? Chacun reste libre de son jugement. Il est clair que les Allemandes venues jouer à Téhéran seront passées par bien des impressions contradictoires, entre leur envie d'aider d'autres femmes à pratiquer leur sport librement et la nécessité absolue de s'adapter à des règles très strictes, à commencer par le port d'une "tenue adaptée" et donc d'un voile. Est-ce une victoire d'y être parvenues ? À vous de juger. Pour leurs adversaires iraniennes, en tout cas, le film tend à montrer que cela a été un moment important (et joyeux). J'admets volontiers que j'ai trouvé le documentaire souvent poignant, voire optimiste. Treize ans après le tournage, c'est difficile d'être sûr de ses suites encourageantes, mais le football féminin serait mieux toléré en Iran. C'est du moins ce que j'ai retenu de la rencontre avec le réalisateur organisée après la projection et à laquelle j'ai eu l'occasion d'assister.

Ayat Najafi, à droite, était accompagné d'Olivier Corbobesse, auteur d'un ouvrage intitulé "Le football (au) féminin en soixante questions". Ce dernier a ainsi expliqué que, depuis le film, le football féminin s'était beaucoup développé en Iran, grâce notamment au futsal. Aujourd'hui, les règles qui sont établies au niveau international autorisent les femmes (et les hommes) à porter un voile ou un turban en compétition - ce que la Fédération française continue de refuser dans ses championnats. Ayat Najafi, pour sa part, y voit une décision progressiste, qui permet enfin aux filles de pratiquer le même sport que les garçons. Olivier Corbobesse, lui, note que le régime iranien ouvre désormais... quelques tribunes aux femmes pour venir assister aux matchs masculins. Notez bien qu'aucun homme n'avait été admis à l'intérieur du stade où fut tourné Football under cover. Ayat Najafi avait une assistante sur place: il se souvient en détail des moyens employés pour faire sortir les rushes d'Iran et monter ainsi le film comme il l'entendait. Cela fut aussi visiblement une grande aventure !

J'aurais aimé vous en dire plus et retranscrire une interview complète des deux protagonistes de ce débat instructif, mais plus de dix ans ont passé et je ne voudrais donner de la situation actuelle une image trompeuse. Il a toutefois été dit que les hauts dirigeants iraniens n'étaient pas à un paradoxe près, ouvrant une porte à des libertés nouvelles dans certains cas, laissant leurs citoyennes et citoyens enfermés à double tour dans d'autres. Pour celles et ceux d'entre vous que cela intéresse, j'ajoute que j'ai découvert Football under cover dans le cadre du festival de Foot d'elles, organisé dans plusieurs villes françaises en marge de la Coupe du monde. Beaucoup reste à faire dans bien des pays, c'est une évidence, mais Ayat Najafi a dit croire aux petits pas (et son film en aura été un, sans doute). Le jeu subtil qu'il a dû mener pour obtenir l'aval des autorités démontre à lui seul que rien n'aura été facile, mais prouve que des choses sont possibles. Autre message du réalisateur: se méfier des préjugés, les situations de terrain pouvant parfois être plus bien complexes qu'on ne le pense.

Football under cover
Film germano-iranien d'Ayat Najafi et David Assmann (2008)

Taper "Iran" dans un moteur de recherches vous suffira pour vérifier que la situation des Iraniennes et Iraniens est loin d'être idyllique. Pour en revenir le film, j'avoue qu'il m'a inspiré des sentiments contrastés: une émotion réelle devant la détermination d'Ayat Najafi et de ses amies allemandes, mais aussi un doute sur sa pertinence dans le monde de 2019. Vous pourriez lui préférer Looking for Eric...

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Un dernier mot sur Ayat Najafi...
Il a également signé un documentaire consacré à un concours de chant féminin, organisé à Téhéran, en 2013, à l'initiative de sa soeur, Sara. Parmi les participantes: les Françaises Elise Caron et Jeanne Cherhal. Sorti dès 2014 et multi-primé depuis, le film s'appelle No land's song.

mercredi 10 juillet 2019

Se laisser tenter ?

Pleurer toujours ne servirait à rien. Je crois même qu'il est préférable de rire pour se souvenir de Jean Rochefort. C'est avec cette envie gourmande de le retrouver que je me suis penché sur deux films sortis quand je n'étais encore qu'un bébé. Cela ne nous rajeunit pas ! Mais est-ce que cela valait le coup ? Je dirais oui. Et voici pourquoi...

Un éléphant ça trompe énormément
Film français d'Yves Robert (1976)

C'est l'histoire ordinaire d'une bande de copains: Jean Rochefort incarne Étienne Dorsay, cadre bien placé dans un ministère parisien. Quand il ne joue pas au tennis avec ses potes Bouly (Victor Lanoux), Daniel (Claude Brasseur) et Simon (Guy Bedos), notre moustache préférée mène la vie banale d'un homme marié et père de deux filles adolescentes. Mais le voilà soudain saisi de tentations adultères ! Bref... dans la France post-soixante-huitarde d'alors, je veux croire que les humeurs du quatuor devaient faire rire, et ce d'autant plus que les deux actrices principales (Danièle Delorme et Anny Duperey) assurent fièrement quelques réparties et situations drolatiques. Mention spéciale pour Marthe Vilallonga, irrésistible en mère juive abusive. Reste que Jean Rochefort, aimant à caméra, nous offre l'essentiel du spectacle, avec en prime son inimitable voix ajoutée aux images, juste pour donner le beau rôle à son personnage infidèle. Aujourd'hui, le tout reste très badin, même si quelque peu suranné. Évocation d'un temps où, peut-être, la France était plus insouciante...

Nous irons tous au paradis
Film français d'Yves Robert (1977)

Vous le saviez déjà... ou l'aurez deviné: c'est la suite de l'autre. Légèrement moins équilibré, m'a-t-il semblé, cet épisode numéro 2 maintient le cap premier et tourne dès lors toujours autour d'Étienne et ses copains. L'amour libre d'alors fait-il encore des ravages ? Oui. Est-ce toujours drôle ? Pas à chaque fois. Même si c'est une comédie qui nous est présentée ici, je l'ai trouvée un rien plus mélancolique que sa devancière. On y parle de sentiments, du temps qui passe vite et d'autres sujets plus sombres (pour finir, certes, en pure rigolade). Et Jean Rochefort, là-dedans ? Je ne voudrais pas tout vous dire aujourd'hui, mais, après avoir joué les mauvais cavaliers, un comble pour lui, il se coule avec délectation dans le costume du mari suspicieux et jaloux, avec un vrai/faux air... d'inspecteur Clouseau. Ma théorie est que beaucoup d'autres comédiens placés dans le rôle seraient peu crédibles, voire absolument ridicules. Pas lui, amusant dès qu'il parle, mais aussi incroyablement juste dans ses silences. Cela dit sans enlever quoi que ce soit au mérite du reste de la bande !

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Si vous voulez prolonger le plaisir...
- avec le premier opus: vous pouvez lire "L'oeil sur l'écran" et Strum.
- avec le second volet: vous irez chez... "L'oeil sur l'écran" et Strum.
- avec les deux à la fois: vous les retrouverez aussi cités chez Dasola.

lundi 8 juillet 2019

Dix Palmes

Bon.... vous l'aurez déjà compris si vous avez lu ma chronique publiée vendredi: la Palme d'or de cette année est pour moi un très bon cru ! Malgré ses excès et défauts, le Festival de Cannes m'intéresse encore et toujours. Certains des films qui ont reçu la récompense suprême l'ont bien mérité, dirais-je. Mais c'est bien sûr un sujet de débat(s)...

Avec désormais un peu de recul, j'ai jugé amusant de faire une liste de dix Palmes dont j'ai parlé ici et qui méritent le détour. Je choisis de les présenter sous forme de top ten, mais c'est assez "fluctuant"...

1. Paris, Texas / Wim Wenders / 1984

2. The tree of life / Terrence Malick / 2011

3. Une affaire de famille / Hirokazu Kore-eda / 2018

4. Quand passent les cigognes / Mikhaïl Kalatozov / 1958

5. Que le spectacle commence / Bob Fosse / 1980

6. Taxi driver / Martin Scorsese / 1976

7. La vie d'Adèle / Abdellatif Kechiche / 2013

8. Les parapluies de Cherbourg / Jacques Demy / 1964

9. Adieu ma concubine / Chen Kaige / 1993

10. Rome ville ouverte / Roberto Rossellini / 1946

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Et si on en rediscutait, à présent ?
Cette liste est tout à fait subjective et incomplète: certaines Palmes que je connais n'y figurent même pas, puisque je me suis contenté d'aller piocher parmi celles que j'ai déjà chroniquées. Les puristes noteront que la récompense ne s'est pas toujours appelée Palme d'or. Bref... on peut bien sûr en rediscuter. Ou pas. Et il se peut aussi qu'un jour (ou l'autre), je revienne ainsi sur... les Grands Prix du jury.

vendredi 5 juillet 2019

Deux familles, une affaire ?

Primé le 19 mai l'an passé, en salles 12 décembre et vu le 13 janvier cette année: il m'a fallu presque huit mois pour découvrir Une affaire de famille, la Palme d'or 2018. Parasite, lui, a triomphé à Cannes cette année, le 25 mai. Il est sorti le 5 juin et je l'ai vu trois jours plus tard. Bilan: ma première grosse baffe de cette année de cinéma !

Le premier est japonais, le second coréen: d'aucuns ont pourtant jugé que les deux films se répondaient et ils n'ont pas forcément tort. Après Hirokazu Kore-eda, Bong Joon-ho interroge l'idée de famille. Parasite nous présente d'abord les Kim, en bas de l'échelle sociale. Père et mère au chômage, deux post-adolescents, sans perspective. Une forme de "miracle" intervient quand un ami étudiant de Ki-woo, le fils, lui indique qu'il va terminer son cursus dans un pays étranger. Il le pistonne pour prendre son relais comme prof d'anglais de la fille des Park, des gens richissimes. Un bon plan: cela fonctionne aussitôt. Et c'est ainsi que le jeune homme timide des débuts, bien persuadé qu'il sera incapable de s'adapter, triche un peu et finit par placer chacun des siens au service de ces grands bourgeois. C'est très fort ! La suite ? Pas question d'en parler. Juste une chose: bien qu'il dépasse les deux heures, le film m'a aisément tenu en haleine jusqu'au bout...

Logique: ouvert en comédie grinçante, il est aussi bien plus que cela. Un joli suspense s'installe lentement, dans des espaces souvent clos. Par un raccourci trop facile, j'ai pris l'habitude de dire que le cinéma coréen ne fait pas dans la dentelle. D'une remarquable virtuosité technique, l'exemple du jour "colle" à ce préjugé: l'épatant scénario demande à avoir le coeur bien accroché et c'est avec un plaisir indéniable que j'ai suivi cette histoire complexe et des plus tordues. Parce que Parasite parle de beaucoup de choses, avec des moyens indéniablement importants, oui, mais toujours utilisés à bon escient. Jusqu'au dernier plan, moult rebondissements surviennent, prévisibles en un sens, bien qu'on en découvre la nature qu'au moment décisif. Âmes sensibles, prudence: certaines scènes sont d'une intensité rare et, de ce fait, pourraient vous heurter (et vous hanter longtemps). Même s'il met en scène un enfant, le film n'a pas été taillé pour eux. De mon côté, scotché au fauteuil, je l'ai trouvé très impressionnant. Bref, le yo-yo émotionnel paraît garanti, si vous mordez à l'hameçon !

Parasite
Film sud-coréen de Bong Joon-ho (2019)
Deux ans après la polémique Okja, passé directement d'une sélection cannoise à une diffusion exclusive sur Netflix, le réalisateur rebondit avec force et talent. Chapeau bas ! Memories of murder, du même, est un autre diamant noir à ne pas rater. Mademoiselle et Burning méritent également le détour, du côté thrillers. Mais dans le cinéma coréen, il y a également My sassy girl, Poetry, Yourself and yours...

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Pour compléter mon avis...
 
Bien que soucieux de ne pas trop en révéler, je veux exprimer aussi mon grand plaisir à la lecture des chroniques signées Pascale, Dasola, Princécranoir et Strum. Le film avait fait l'unanimité du jury cannois et est d'ores et déjà le long-métrage sud-coréen le plus vu en France !

mercredi 3 juillet 2019

Une femme, un homme...

Leur passion était telle qu'ils se sont retrouvés vingt ans plus tard. C'était en 1986. Anne Gauthier et Jean-Louis Duroc ont constaté alors que les temps avaient changé et se sont à nouveau séparés, je crois. Finalement, Claude Lelouch a offert d'ultimes retrouvailles au couple mythique d'Un homme et une femme. Un tout dernier chabadabada...

Les plus belles années d'une vie est bien sûr un film mélancolique. Les personnages ont l'âge des acteurs: Anne / Anouk Aimée a 87 ans et Jean-Louis Duroc / Trintignant 88 ! Une démarche très personnelle du fils du l'un permet de retrouver l'autre: c'est malade et interné dans une maison de repos que la grand-mère, encore vive, retrouve celui qu'elle a aimé jadis. Que reste-t-il de leurs amours ? Rien. Tout. Je n'ai pas eu envie de réfléchir pour savoir si le vieil homme avait oublié le passé... ou faisait un peu semblant, par pudeur. S'il existe une vérité quelconque, elle m'a semblé entre les deux. Et positive ! Souvent éludée au cinéma, la question du grand âge restera entière...

Des deux oeuvres précédentes, je n'ai vu que celle de 1966, qui valut à Claude Lelouch une Palme d'or (et deux Oscars). Sans référence particulière sur ce film fondateur, Les plus belles années d'une vie pourrait ne pas vous paraître d'un grand intérêt sur le plan narratif. Peut-être ignorez-vous ce que sont les Planches de Deauville, ce lieu autour duquel tournent les trois "épisodes". Et qu'importe: je crois qu'apprécier cette histoire demande qu'on se détache du "simple" fond et qu'on se place en posture contemplative. Les cinéphiles noteront peut-être que les très jeunes comédiens qui incarnaient les enfants d'Anne et Jean-Louis ont - bien sûr - grandi et reprennent leur rôle dans ce nouveau long-métrage. D'autres seront, je suppose, sensibles à la présence de deux personnages secondaires, incarnés avec grâce par Marianne Denicourt et Monica Bellucci. Moi, je suis resté focalisé sur Anouk Aymé et Jean-Louis Trintignant, dont une caméra délicate souligne la grande beauté. Sans nul doute, ce film est d'abord le leur. Aller le voir pour eux, rien que pour eux, n'est donc pas si incongru...

Les plus belles années d'une vie
Film français de Claude Lelouch (2019)

Touchant. Intime. Personnel et universel. Remarquable. Inédit. Étonnant. Humain. Je pourrais multiplier les qualificatifs sans trouver celui qui "collerait" au mieux à ce long-métrage... unique. Passons ! Revoir Un homme et une femme et enchaîner sur cet opus 2019 pourrait être une bonne idée - et peut-être que je finirai moi-même par compléter le triptyque. D'ici là, je vous en laisserai seuls juges...

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Avec toutes ces émotions...

J'en ai carrément oublié que Pascale nous avait déjà parlé du film. Erreur réparée - et lien rétabli - le mercredi 4, sur les coups de 9h30 !

lundi 1 juillet 2019

Ouest sauvage

Certains d'entre vous le savent déjà, bien sûr: l'acteur James Stewart et le cinéaste Anthony Mann ont tourné ensemble cinq westerns. Peut-être que je reviendrai un jour sur cette coopération artistique pour en faire une sorte de bilan. Pour l'heure, ce serait prématuré ! En effet, je n'ai vu que le deuxième film de la série: Les affameurs...

Un brave type, joué par James Stewart donc, y fait office de guide pour un groupe de pionniers partis à la conquête d'espaces vierges. Alors qu'il chevauche en éclaireur, notre homme joue de sa carabine pour sauver un autre cowboy d'une pendaison assurée. Ce sera utile rapidement, lorsque les deux comparses, de retour auprès du convoi, organiseront de concert une contre-attaque contre quelques guerriers indiens soucieux que l'homme blanc n'empiète pas sur leur territoire. Première surprise: Les affameurs ne fait pourtant des Peaux Rouges que des ennemis éphémères, le scénario se concentrant par la suite sur les rivalités entre colons américains. Un sujet des plus inattendus.

L'ambigüité de certains personnages entretient un véritable suspense tout au long du métrage et offre quelques rebondissements bienvenus dans un récit qui aurait pu être tout à la gloire de l'Amérique nouvelle. Un autre intérêt du film est son aspect "documentaire": la traversée des terres inconnues n'apparaît jamais comme une partie de plaisir. Quant aux villes bâties au milieu de nulle part, elles sont présentées sous un jour fort peu glorieux, telles des lieux de perdition réservés aux seuls hommes sans foi ni loi. Bon... je caricature un petit peu. Disons que Les affameurs est plus subtil que je ne viens de le dire ! Cela en fait un film intéressant et un western hollywoodien classique, certes, mais qui pourrait réserver de belles surprises aux profanes. Ne pas avoir vu le premier des quatre autres ?  N'y voyez pas un souci.

Les affameurs
Film américain d'Anthony Mann (1952)
Vous dénicherez sûrement quelques critiques bien plus enthousiastes encore. J'ai apprécié ce film, mais j'en attendais (un peu) mieux. Quoi ? J'avoue que je ne saurai trop vous l'expliquer exactement. L'impression favorable ne rejoint pas les hauteurs atteintes l'an passé par deux de mes belles découvertes tardives: La poursuite infernale et L'homme qui tua Liberty Valance. La cinéphilie rend gourmand...

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Un - petit - détail qui peut surprendre...
Le personnage de James Stewart n'a pas le même nom en version française: si j'ai entendu correctement, le Glyn McLyntock de la VO devient un McClannick. L'un(e) de vous a une explication ? Je prends.

Et qu'a donné mon petit tour des blogs ?
J'ai vu que Dasola citait le film, mais vraiment (très) brièvement. "L'oeil sur l'écran" peut vous proposer une chronique plus longue. Quant à Eeguab, il a fait état d'Anthony Mann... sans James Stewart !