samedi 22 décembre 2012

Noël en avance

Je sais. L'heure de la dinde aux marrons n'est pas encore venue. Merci. Il faudrait le dire à George Lucas. La nouvelle date d'il y a près d'un mois et demi: le créateur de l'univers Star Wars a bien revendu sa boutique à Disney. Seul propriétaire, il l'aurait donc refourguée pour la bagatelle de quatre milliards d'euros - à deux décimales près. La somme lui sera certes donnée en actions, mais ça fait beaucoup !

Alors qu'on annonce une suite à la saga, reste donc à voir ce que va devenir la lointaine, lointaine galaxie imaginée par notre ami barbichu. La photo choisie pour égayer ma chronique va dans le sens de ceux qui s'inquiètent de la collision Mickey / Dark Vador. Notons que la rumeur affirme que le maître obscur de la première trilogie Star Wars pourrait ressusciter ! Parmi les protagonistes des origines, les comédiens Harrison Ford, Mark Hamill et Carrie Fisher feraient également leur grand retour. Sans parti pris d'aucune sorte, j'attends de voir pour savoir. Et je me souviens du coup qu'avait été évoquée une possible conversion au format 3D des six films déjà existants. Que la Force soit avec eux... et le futur réalisateur, encore inconnu !

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Un mot encore...
En titrant ma chronique "Noël en avance", je voulais aussi annoncer l'arrêt (temporaire) des mises à jour sur Mille et une bobines. Confronté à un surcroît d'activité, j'ai préféré faire une pause blog courant décembre et repartir de plus belle en 2013. Chères lectrices et chers lecteurs, je prévois exactement deux semaines d'arrêt. Rendez-vous le 5 janvier prochain pour d'autres échanges cinéphiles !

mercredi 19 décembre 2012

Son intimité pénétrée

J'espérais beaucoup d'Entre ses mains. Un peu trop, sans doute. C'est pour voir un film avec le duo Isabelle Carré / Benoît Poelvoorde que je l'attendais au tournant d'une rediffusion télévisée. Un mot rapide sur l'histoire, d'abord: vétérinaire de son état, Laurent Kessler s'incruste tout doucement dans la vie de Claire Marsan, employée d'une compagnie d'assurance, à la suite d'un dégât des eaux. Convaincu qu'il aurait des difficultés à la séduire, le médecin animalier fascine toutefois la jeune femme. En arrière-plan, un tueur multiplie les crimes sadiques, actif dans toute la région. Suspense...

Le film m'a donc déçu. J'espérais plus d'épaisseur, une intrigue haletante sur fond d'ambigüité amoureuse. J'ai trouvé le scénario très prévisible et les effets dramatiques un peu trop martelés. L'aspect fantomatique de certains personnages m'a déplu. Exemple parmi d'autres: la mère de Laurent Kessler apparaît rapidement comme assistante de son cabinet, laisse planer le doute sur la façon dont elle accepte le comportement de son fils et... voilà, c'est tout. On ne la reverra qu'à la fin poser une question, sans que ça mène vraiment quelque part. Entre ses mains ne décolle jamais bien haut.

Le bémol tient aux acteurs. Le charme discret d'Isabelle Carré correspond très bien à son personnage: femme effacée qui se targue de convaincre qu'elle est heureuse, Claire Marsan lui offre un rôle tout en retenue, où elle est, comme souvent, touchante et efficace. Et que dire de Benoît Poelvoorde ? Connu alors pour ses compositions comiques, le comédien brille cette fois dans le dur, homme enjôleur et torturé à la fois. J'ai vérifié: lors de la sortie du film, la critique parlait encore de contre-emploi. Le Belge a depuis prouvé l'étendue de sa palette: Entre ses mains lui aura donc servi de révélateur. Rien que pour ça, j'ajoute qu'il vaut peut-être quand même le détour.

Entre ses mains
Film franco-belge d'Anne Fontaine (2005)

Avant de voir ce long-métrage, j'ai cherché à éviter d'en savoir trop sur ce qu'il racontait. J'ai ensuite rédigé cette chronique avec, j'espère, la même discrétion. Je voulais en fait revoir Isabelle Carré et Benoît Poelvoorde dans un même film après avoir bien apprécié leur réelle complémentarité dans Les émotifs anonymes. L'oeuvre d'aujourd'hui est bien différente et, de par son ambiance, peut rappeler Les fantômes du chapelier. Sans grand frisson, toutefois.

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Un autre avis que le mien ?

Vous pourrez en lire un chez mes camarades de "L'oeil sur l'écran".

dimanche 16 décembre 2012

Choix de vie

Leur histoire pourrait être toute simple. Sabrina et Dorcy s'aiment. Ils veulent se marier. Unique problème: les tourtereaux appartiennent à deux communautés aux mœurs bien différentes. Sabrina est d'origine maghrébine. La famille de Dorcy, elle, vient d'Afrique noire. En une heure vingt à peine, Rengaine reprend l'histoire éternelle des amours contrariées. Le film a fait grand bruit à sa sortie: le réalisateur évoque l'aspect fauché de sa production, reconnaît ne même pas avoir obtenu chaque autorisation de tournage nécessaire et a mis neuf ans à construire son long-métrage. Scénario assez convenu, mais c'est un peu le phénomène cinéma du moment.

De par sa sincérité fondamentale, Rengaine gagne son pari. Il le fait avec ses armes et un style si particulier qu'il fait évidemment parler de lui. Le cadre est presque toujours en mouvement et semble attraper au vol des images bruitées, tronquées, saisies au plus près des personnages. On a parfois presque l'impression d'être venu suivre un documentaire tourné caméra à l'épaule. Sentiment d'urgence. C'est aussi pour me frotter à cette forme que j'ai voulu voir le film. Aucune déception après coup, même si j'ai trouvé l'effet un peu trop appuyé. La brièveté du long-métrage rend la chose supportable et sa relative originalité lui apporte un supplément d'âme. Tourné de façon plus conventionnelle, il aurait moins d'impact.
 
Sur le fond, en effet, le propos n'est pas follement nouveau. L'affiche du film le présente comme un conte. Mouais. Passez votre chemin sans regret si vous cherchez une bonne fée: même si Sabrina a pu trouver en Dorcy son prince charmant, le royaume enchanté demeure le Paris du quotidien, dont on reconnaît la grisaille et le métro. L'aspect fantaisiste du long-métrage, c'est sans doute une héroïne aux 40 frères, là où le héros n'a guère qu'une mère pour famille. Rengaine bat au rythme de la ville et trouve une certaine efficacité dans certaines scènes bien dialoguées. Ce n'est pas tous les jours qu'un tel projet débarque sur les écrans. Mais de là à crier au génie…
  
Rengaine
Film français de Rachid Djaïdani (2012)

Boxeur, ouvrier, agent de sécurité… le jeune cinéaste a déjà vécu plusieurs vies. C'est dans cette dernière fonction qu'il dit avoir découvert le cinéma, lors du tournage de La haine. En plus apaisé toutefois, son premier long-métrage m'a d'ailleurs fait penser à celui de Mathieu Kassovitz. Né d'un père algérien et d'une mère soudanaise, Rachid Djaïdani ne cache pas ses origines. Personnage atypique, il est également romancier, membre de la troupe théâtrale de Peter Brook et a connu quelques petits rôles à  l'écran, notamment dans Ma 6-T va crack-er de Jean-François Richet. À suivre...

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Une toute dernière info...

Je remercie Pascale, organisatrice du jeu qui m'a permis de gagner deux places pour le film. Son blog "Sur la route du cinéma" parle aussi du film, en des termes moins élogieux. Je vous laisse regarder.

jeudi 13 décembre 2012

Tableau mobile

D'où vient l'inspiration ? Je ne sais pas répondre à cette question. Simplement, je dirais qu'elle se pose dans La jeune fille à la perle. Ce film anglais (et luxembourgeois) ne me semble pas avoir fait grand bruit, en dépit d'un casting prestigieux. Scarlett Johansson interprète le rôle-titre, aux côtés de Colin Firth et Cillian Murphy. L'histoire nous entraîne dans une ville hollandaise, début 17ème, pour y découvrir le travail du peintre flamand Johannes Vermeer. Précision: le titre du film reprend celui d'un de ses célèbres tableaux.

La fiction ne repose pas tant sur l'idée de montrer l'artiste à la tâche que sur la présentation de celle qui sera sa muse impromptue. Surprise, donc: La jeune fille à la perle est une femme de chambre du maître. Un climat d'ambiguïté amoureuse s'instaure entre l'artiste et son modèle. Scénario convenu ? Pas vraiment. Le film développe un sous-thème intéressant: en dépit d'apparences trompeuses, Vermeer et son égérie sont peut-être du même monde, tous deux voués qu'ils sont à servir les puissants au mépris de toute dignité. Ensuite, la conclusion reste ouverte, mais pas des plus souriantes...

Sur le plan formel, maintenant, le film est une merveille graphique. D'aucuns lui reprocheront sûrement de faire trop d'effets avec trop peu d'intrigue. Moi, ça ne m'a pas dérangé. Le soin porté à la photo m'a au contraire ravi et j'ai donc cru voir une sorte de tableau mobile. Il me paraît clair qu'au-delà de la tranche de vie qu'il a voulu retranscrire, le réalisateur a rendu un hommage au peintre qui l'a inspiré. Certains plans fixes sont franchement troublants ! J'ai envie de dire que c'est le intérêt numéro 1 du long-métrage: La jeune fille à la perle éblouit par la beauté de sa reconstitution. Il n'y a finalement que la musique d'Alexandre Desplat que j'ai trouvée quelque peu "chargée". Pas au point de me faire détourner le regard.

La jeune fille à la perle
Film britannique de Peter Webber (2003)

Dans ma collection, il fait partie d'une série de DVD sur le thème peinture et cinéma. Issu du même groupe, A bigger splash lui offre un contrepoint contemporain assez décoiffant. Amateurs d'art pictural et cinéphiles, je vous conseille également le Basquiat signé Julian Schnabel. J'ai bien d'autres références, mais il est trop tôt pour m'essayer à un classement qualitatif. Une autre fois, promis.

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À lire aussi...

L'analyse en nuances des deux rédacteurs de "L'oeil sur l'écran".

mercredi 12 décembre 2012

Revoir Cate Blanchett

Quand l'occasion se présente, je tâche de ne pas la manquer. J'aime beaucoup cette actrice australienne, comme je l'ai déjà dit. Dernièrement, j'ai revu L'étrange histoire de Benjamin Button. Pas spécialement envie d'en reparler aujourd'hui: j'ai déjà dit beaucoup de choses la première fois et je n'ai guère changé d'avis depuis, même si la surprise s'est bien sûr émoussée au deuxième regard. Autant vous parler d'autres films de l'actrice que j'espère pouvoir découvrir un jour ou l'autre, avec bien sûr quelques explications.

Le talentueux Mr. Ripley (Anthony Minghella - 1999)
Vous savez bien que les films en costumes me plaisent. Celui-là réunit également Gwyneth Paltrow, Matt Damon et Jude Law. Il est en gros question d'un jeune homme frivole et dépensier qu'il faut ramener à la raison. Dans une ambiance de thriller, cette adaptation d'un roman de Patricia Highsmith était en lice pour l'Ours d'or berlinois en 2000, ainsi qu'à six Oscars. Son histoire avait déjà fait l'objet d'une adaptation pour le cinéma en France, par René Clément en 1960, avec Alain Delon et sous le titre Plein soleil. Un classique ?

Coffee and cigarettes (Jim Jarmusch - 2003)
Le réalisateur est un drôle de zozo. Quelques autres de ses films émargent déjà sur le blog pour vous faire une petite idée. Ici, le film est composé de petites scénettes indépendantes, où les personnages boivent du café - ou du thé - et fument donc des cigarettes (sic !). Cate Blanchett joue deux rôles en un seul court et a pour partenaire Mike Hogan. Les trois premiers morceaux du long-métrage étaient d'abord sortis seuls, l'un d'eux décrochant une Palme catégorie courts lors du Festival de Cannes édition 2003. Tout ça m'intrigue un peu.

La vie aquatique (Wes Anderson - 2004)
Un autre drôle de zozo ! Wes Anderson compose ainsi un hommage parodique au commandant Cousteau. Comme d'habitude, il convoque une galerie de personnages hauts en couleurs dont une journaliste anglaise enceinte, un équipage cosmopolite et un fils prodigue putatif. Mieux connaître l'univers du réalisateur me tente beaucoup, alors que je n'ai finalement vu que deux de ses films. Y retrouver Cate Blanchett est un bon argument pour foncer sans réfléchir, d'autant que Bill Murray, Owen Wilson, Jeff Goldblum et autres Angelica Huston l'accompagnent dans l'aventure. À suivre, donc...

I'm not there (Todd Haynes - 2007)
À ne pas confondre avec I'm still there, le faux documentaire tourné par Casey Affleck sur la pseudo-reconversation de Joaquin Phoenix en rappeur. Le film dont je vous parle ici suit toutefois également l'inspiration et les pas d'un musicien: Bob Dylan himself. Et dès lors qui croyez-vous que Cate Blanchett interprète là-dedans, hein ? Finalement, c'est logique: le même Bob Dylan, bien sûr ! Les échos que j'ai eus disent qu'elle est même méconnaissable et surprenante. Mélange de réalité et de fiction, le long-métrage associe également chansons originales du papy rockeur et reprises par d'autres groupes. Une grosse trentaine de morceaux en tout, qui donnent assurément un petit aperçu d'une oeuvre pléthorique. Il faudra bien m'y plonger !

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Une ultime précision...
Cate Blanchett est également cette semaine à l'affiche de Le Hobbit. J'en reparlerai. Ce film événement marque le retour du réalisateur néo-zélandais Peter Jackson et adapte un roman de J.R.R. Tolkien.

dimanche 9 décembre 2012

Rien que Woody ?

Quelques jours après avoir découvert Manhattan, l'opportunité m'a été donné de lire ce que Woody Allen en pensait. De ce qui est incontestablement l'un de ses films culte et d'après certaines sources celui qui a rencontré le plus grand succès, le cinéaste new-yorkais a dit... du mal. Déçu par le montage final, il aurait déclaré qu'il avait envie de changer de métier. Il aurait même proposé aux studios United Artists de ne jamais sortir le film et d'en tourner un autre gratuitement. Ce vieux névrosé n'en finira jamais de m'étonner...

J'ai déjà eu l'occasion de le dire: je découvre sa filmographie tardivement. Regarder Manhattan l'autre soir était aussi répondre aux souhaits de ma mère: "tester un Woody", elle qui n'avait pas dû voir le moindre de ses films depuis longtemps. À l'inverse donc d'Allen lui-même (et de mon père), nous avons vraiment aimé l'oeuvre que nous avons vue. Rien que Woody ? On peut le penser. Objectivement, le scénario - le dernier que le New-yorkais a écrit avec un comparse, Marshall Brickman - tourne presque seulement autour de lui. Séance d'auto-caricature, disent certains. Il est vrai qu'Isaac Davis habite donc la Grosse Pomme, est juif, a bien du mal à vivre une relation amoureuse épanouie, semble même aussi attiré qu'effrayé par les autres en général et les femmes en particulier. Ajoutez-y le flot ininterrompu des dialogues: vous tenez là un style caractéristique. Je conçois bien qu'il puisse déplaire. Voire rebuter.

Du coup, je m'estime presque chanceux d'y accrocher, à ce style. Quelle jubilation d'entendre Woody Allen balancer des répliques frappantes à tour de bras !  Et encore ! Le plus beau, d'après moi, c'est qu'il ne se contente pas de bons mots. Son auto-dérision forcenée ne l'empêche pas, bien au contraire, de poser son propos sur toute la gamme des sentiments. Isaac Davis est ainsi, scène après scène, tour à tour, drôle, ridicule, émouvant, pathétique, fou, raisonnable, séduisant et inquiétant. J'en passe vraisemblablement et peut-être bien des meilleures. On dit également de Manhatthan qu'il est un hymne d'amour à la ville. Je me suis trouvé sincèrement moins sensible à cet aspect du long-métrage, mais il ne saurait être question pour moi de nier les qualités artistiques de qui-vous-savez derrière la caméra. Magnifiés par le noir et blanc et la vibration musicale de Gerschwin, quelques plans sont à tomber par terre.

Manhattan
Film américain de Woody Allen (1979)

C'est dit: le film peut prouver que le noir et blanc n'est pas réservé aux très vieilles productions et aux films fauchés. Sa qualité esthétique tire irrésistiblement vers le haut une oeuvre déjà dotée d'un scénario d'une intelligence assez remarquable. Je n'ai pas envie de le comparer à un autre, pour le moment. Je préfère bientôt partir à la recherche d'autres perles signées Woody Allen. Jetez donc un oeil à mon index des réalisateurs en attendant que j'y revienne...

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Et si vous voulez en savoir plus sans délai...
Vous pouvez aussi consulter "L'oeil sur l'écran". Mes confrères blogueurs connaissent bien mieux Woody Allen que moi. Un bon filon !

vendredi 7 décembre 2012

Silence et romance

Même si le cinéma muet m'intéresse, même si j'ai un livre entier consacré au sujet, il est clair que j'en vois peu. Je n'ai que très peu de films sans parole dans ma collection DVD et les diffusions télévisées en prime time sont rares. C'est pourquoi je remercie Gulli, la chaîne des enfants sur la TNT. Son choix de diffuser un cycle Charlot m'a permis de voir Les temps modernes, grand classique d'entre les classiques. J'ai cru comprendre que c'était le dernier film muet de l'histoire du cinéma - de cette époque, en tout cas, et salut à Jean Dujardin ! À mes yeux, c'est aussi une oeuvre assez touchante.

L'image la plus connue du film, c'est sans doute celle de Charlot coincé au milieu des engrenages d'une machine géante. Ouvrier lambda d'une usine qui fabrique Dieu sait quoi, le petit moustachu travaille à la chaîne et serre des boulons toute la journée. Situation risible dont le génie Charles Chaplin tire le meilleur grâce à un talent burlesque inégalé. Ironique en douceur, Les temps modernes place son héros dans d'autres situations et, comme le titre que j'ai choisi pour ma chronique doit vous l'avoir laissé entendre, parle aussi d'amour. Charlot-Pierrot épris de Colombine, enfant de la rue passée à côté du progrès: cette image aussi reste ancrée dans l'inconscient collectif. Le signe d'un humour immortel ? Je dirais plutôt d'un style unique en son genre et qui, de par sa simplicité, me touche encore.

En effet, qu'il soit drôle ou émouvant, Charlot est toujours juste. D'une poésie certaine dans la retenue, Les temps modernes paraît une fable moderne, où les petits parviennent à s'en sortir en dépit des embûches que le monde sème sur leur route. On peut y voir beaucoup de naïveté, mais j'ai le sentiment que Charles Chaplin assume parfaitement cet aspect des choses. Signe que les temps changent (vraiment ?), il faut noter que le cinéaste fut parfois accusé de subversion en abordant ces thèmes. Gentiment railler l'absurdité de l'industrialisation tenait lieu de blasphème, dans l'Amérique besogneuse des années 30. Et pourtant ! Les bêtises ici montrées font encore parler d'elles. Oui, le propos me paraît très moderne ! J'espère qu'il continuera d'assurer une belle postérité à son auteur.

Les temps modernes
Film américain de Charles Chaplin (1936)

Pour parler d'autres oeuvres du même auteur, il me faudrait d'abord les voir (ou revoir). Merci d'être patients. D'ici là, je vous propose volontiers de (re)découvrir les deux autres films muets déjà évoqués sur Mille et une bobines, Tabou et... The artist. De la merveille sortie en 1931 à l'hommage de 2011, l'occasion de se souvenir que, même en silence, on peut dire beaucoup. Leçon et magie du cinéma !

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Une petite précision...
On entend quelques paroles dans le film, et notamment les consignes du patron de l'usine quant à la cadence de la chaîne. On entend aussi Charlot chanter - la première voix de Charles Chaplin au cinéma. Sans réels dialogues, le film reste toutefois du côté du cinéma muet.

Pour en savoir plus...
Je vous recommande très vivement la lecture de "L'oeil sur l'écran". Vous y trouvez de nombreux autres films et courts-métrages signés Charles Chaplin. Et, je crois bien, la même sincère admiration.

mercredi 5 décembre 2012

L'homme qui en savait trop

J'inventerais volontiers le théorème de Clint Eastwood. Désolé d'avance pour tous ceux qui sont lassés de me voir défendre invariablement le vieux cinéaste américain: je l'aime trop pour être honnête. D'où, donc, le théorème: tout film qu'il a réalisé ou joué prend à mes yeux une valeur supérieure à ce qu'il est en réalité. J'imagine que, comme les autres, cette règle a des exceptions. N'empêche: le petit film qu'est objectivement Les pleins pouvoirs m'a plu parce qu'il y a Clint Eastwood devant et derrière la caméra.

Disons pour être objectif que ce n'est pas son meilleur. Je crois d'ailleurs que l'homme est en général meilleur réalisateur qu'acteur. Franchement, ici, il ne bouffe pas l'écran. Il joue un personnage solitaire, un de plus, Luther Whitney, veuf et gentleman cambrioleur de son état. Père, mais fâché avec sa fille, devenue procureur malgré l'abandon paternel. Les pleins pouvoirs - le film - démarre donc sur une scène de cambriolage. Minutieux mais surpris au cours de son opération, Clint/Luther voit débarquer un couple adultère. Caché derrière une vitre sans teint, il devient le témoin - forcé - d'une aventure extra-conjugale et de préliminaires plutôt musclés. Bientôt, l'affaire tourne court et conduit au drame. Je vous épargne les détails: autant taire ce que vous mettrez trois bons quarts d'heure à découvrir. Moi, je savais et ça m'a un peu gâché le plaisir.

Et donc, honnêtement, Clint Eastwood a fait de bien meilleurs films que Les pleins pouvoirs. Les premières scènes démontrent encore sa maîtrise de la caméra en général et du clair-obscur en particulier. Reste que le scénario de William Goldman est un peu trop convenu pour emmener le long-métrage vers les sommets eastwoodiens. Heureusement, la distribution permet encore de sauver le morceau. J'ai ainsi eu du plaisir à revoir Gene Hackman dans un rôle de salop et Ed Harris, moins charismatique, mais dans le bon ton, personnage de flic qui en rappelle d'autres du même réalisateur. Faut-il réserver le film à ses aficionados ? Peut-être bien. Je ne le conseillerais pas comme exemple, à ceux qui, le connaissant mal, voudraient découvrir de quoi Clint est capable. Moi, je m'en contente bien. C'est aussi parce que c'est un pas de plus dans mon intégrale Eastwood...

Les pleins pouvoirs
Film américain de Clint Eastwood (1997)

Un jour ou l'autre, je vous parlerai très certainement de Sur la route de Madison et de Minuit dans le jardin du bien et du mal, films qui "encadrent" celui-là dans la filmographie du maître. Il me faut encore les découvrir, pour tout vous dire, et j'en salive d'avance. Notez bien, si vous êtes superstitieux, que j'ai présenté aujourd'hui un 13ème Eastwood - le premier du genre policier. J'ajoute que Clint est ici un peu plus subtil qu'à la belle époque de L'inspecteur Harry.

lundi 3 décembre 2012

Whisky therapy

Paul Laverty est, depuis 1995 et Carla's song, l'ami et le scénariste attitré de Ken Loach. Une collaboration fructueuse: leur onzième film commun a reçu le Prix du jury lors du dernier Festival de Cannes. Apparemment, le réalisateur se tourne désormais vers des histoires moins dramatiques qu'à ses débuts. La part des anges sait être vraiment drôle, même s’il s'inscrit dans le quotidien des classes sociales défavorisées en Écosse. Comme quoi, on peut rire de tout…

L'histoire ? Elle commence au tribunal. Plusieurs jeunes répondent des petits délits qu'ils ont commis. Robbie est le héros du film. Tête base, il écope d'un long travail d'intérêt général après avoir violemment battu un anonyme qui le regardait de travers. Seul le fait qu'il va bientôt devenir papa lui permet d'échapper à la prison ferme. La part des anges raconte comment, avec d'autres garçons et filles coupables d'autres méfaits, il va tâcher de s'en sortir. Rédemption facilitée par son agent de probation, bon connaisseur du… whisky. Robbie va devenir un spécialiste du breuvage malté. C'est comme ça qu'il se tirera d'affaire, dans des circonstances que je vous laisse découvrir. Attendez-vous tout de même à être (un peu) étonné...

Maintenant, de deux choses l'une. Soit vous appréciez le cinéma social et vous pourrez goûter à La part des anges. Soit au contraire toute idée de seconde chance vous rebute et alors je vous dirais plutôt de l'éviter. Ken Loach ne change pas vraiment. N'hésitant pas à faire appel à des amateurs pour ses personnages, le vieux lion reste fidèle à ses idées et méthodes. On aime ou on n'aime pas, mais son œuvre me paraît remarquable de cohérence. Qu'elle prenne aujourd'hui une tournure portée sur l'optimisme peut surprendre, mais, finalement, le résultat est agréable. C'est aussi l'occasion d'appréhender l'Écosse contemporaine, débrouillarde et souriante malgré la crise. J'ai tardé à voir le film, sorti sur les écrans en juin. J'avais même pensé voir autre chose, mais je suis sorti du cinéma avec la banane. Et par les temps qui courent, oui, c'est déjà bien !

La part des anges
Film britannique de Ken Loach (2012)
Sans retrouver le sommet de Looking for Eric, cet opus du cinéaste anglais est donc un bon cru. À la vôtre ! Je n'écarte pas pour autant l'idée de le retrouver autour d'autres millésimes plus corsés. J'évoque avec une certaine émotion le fait de l'avoir découvert il y a déjà sûrement une quinzaine d'années autour du rude Land and freedom. Souvenirs poignants également de sa Palme d'or, Le vent se lève. Autant d'emblée enfoncer le clou: ça ne rigole pas tous les jours…

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Pour un avis assez similaire au mien...

Il y a celui, assez élogieux, de Pascale ("Sur la route du cinéma").

samedi 1 décembre 2012

Un héros très discret

D'avoir récemment revu Les enfants du paradis m'a donné l'envie d'en reparler sur le plan technique. Dans ma précédente chronique consacrée au film, j'ai déjà dit pas mal de choses sur cette merveille. Le temps n'a pas altéré son éclat. Je voudrais désormais présenter l'un des artistes qui l'ont créée, j'ai nommé Alexandre Trauner, l'auteur des somptueux décors du long-métrage. Le tournage complet s'est réparti sur deux sites, en région parisienne et, à seulement quelques kilomètres de chez moi, aux studios de la Victorine, à Nice.

Si je présente Alexandre Trauner comme un héros très discret, c’est qu'il est notable que Les enfants du paradis est un travail effectué… dans la clandestinité. Sa magnificence nous fait très rapidement oublier que le film a été tourné en temps de guerre. Le fait est que, de confession juive, le chef décorateur était menacé dans la France de Vichy. Originaire de Hongrie, Trauner était arrivé à Paris en 1929. Sa formation aux Beaux-Arts de Budapest lui permit de devenir l'assistant d'un autre décorateur de cinéma, Lazare Meerson. Ami fidèle de Jacques Prévert, il deviendra son propre patron dès 1937.

Devenu Boulevard du Crime, son Boulevard du Temple reconstitué demeure l'un des plus grands décors construits pour le cinéma français. On peut d'ailleurs noter que ce n'est pas le seul qu'il ait conçu en collaborant avec Marcel Carné: avant et après cet épisode, les deux hommes ont travaillé de concert à de nombreuses reprises. La carrière de Trauner impressionne pour sa longévité. Son travail sera récompensé d'un Oscar en 1961, pour La garçonnière. Il sera aussi nommé sept fois aux Césars et remportera trois trophées dorés avec Mr. Klein (1977), Don Giovanni (1980) et Subway (1986) !

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Si vous voulez en savoir plus...

À Paris, la Cinémathèque organise jusqu'au 27 janvier une exposition consacrée au film Les enfants du paradis. Elle évoque probablement la carrière de Joseph Kosma, co-auteur de la bande originale du film. Lui aussi a travaillé dans la clandestinité… et signe son travail Georges Mouqué. Né en Hongrie en 1905, Kosma fut naturalisé français en 1949, quatre ans après la sortie en salles. L'histoire populaire de la chanson française le connaît également comme auteur de la musique des Feuilles mortes. Paroles de Prévert, bien sûr...

jeudi 29 novembre 2012

Bond, retour probant

L'image fixe a ses limites. Aucune photo ne me semble apte à rendre compte de l'extrême vivacité du dernier James Bond au cinéma. Après le fort sympathique Casino Royale et la grosse déception Quantum of solace, je crois que je n'étais pas le seul à attendre 007 au tournant. Virage finalement bien négocié, je retrouve confiance en Daniel Craig. Un rappel: il a déjà signé pour deux autres épisodes.

Pas spécialement un inconditionnel de la saga, je n'ai pas envie d'entrer dans le petit jeu des comparaisons avec ses prédécesseurs dans le smoking de l'espion. Je peux tout de même dire que Skyfall m'a tout de suite scotché au fauteuil, la (longue) course-poursuite des premières minutes s'avérant particulièrement haletante. Évidemment, le rythme se calme ensuite, même si l'explosion subite d'un immeuble m'a très vite de nouveau fait sursauter. Réalisateur expérimenté, Sam Mendes m'a régalé avec des rebondissements d'intrigue que je n'avais pas anticipés. On est certes en terrain familier, mais on voit pourtant Bond d'un oeil nouveau. L'agent secret est un homme fatigué et, s'il ne fallait pas une fois de plus sauver l'Angleterre, il aurait bien disparu sans laisser d'adresse. Resté dans l'ombre un moment, il a perdu une part de ses capacités. Pas assez développée malheureusement, cette impression relâchée est l'un des grands atouts du film. 007 n'est pas un héros. Simplement un type qui fait régner l'ordre. Avec le permis de tuer.

Très vite, à mes yeux, il est passé au second plan. Le personnage principal de cet épisode, ce n'est pas non plus le méchant - joué pourtant par un impeccable Javier Bardem. Ce ne sont pas davantage les James Bond girls, même si Naomie Harris est toute mignonnette et Bérénice Marlohe diablement sexy. En fait, ce 23ème opus fait plutôt la part belle au patron de Bond, M, que Judi Dench interprète toujours à la perfection du haut de ses 77 printemps. L'intéressée affronte elle aussi un monde changeant, où l'administration essaye d'abord de la mettre au rancard, avant qu'elle soit piégée et menacée beaucoup plus ouvertement. C'est à elle, pour cette fois, que le vilain en veut. Las ! Temporairement sur la touche, 007 réapparaît vite dans la peau du sauveur de la nation. Il annonce clairement la couleur en évoquant son goût pour la résurrection. Ce retour à la vie s'orchestrant de manière particulièrement pétardante, Skyfall revient alors sur les rails d'un action movie classique. Il lui manque un petit quelque chose pour m'emballer vraiment. La prochaine fois ?

Skyfall
Film britannique de Sam Mendes (2012)

Certains disent que l'audace de ce nouveau Bond tient pour beaucoup au choix d'en confier la mise en scène à ce réalisateur. Possible. Maintenant, est-il allé au bout de ses intentions ? Je l'ignore. J'ai vu un bon spectacle, je ne me suis pas ennuyé et j'ai donc l'impression d'un bon cru dans la saga. Même si elle pourrait aussi venir marquer un nouveau départ, j'apprécie également le fait qu'il y ait une fin claire. Ce ne sera probablement pas le cas du prochain opus, annoncé en deux parties. Conclusion à la mode britannique: wait and see...

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Un autre avis, vraiment ?

Celui que publie Pascale - "Sur la route du cinéma" - me semble proche du mien. Un peu plus détaillé, aussi. Bref, à vous de voir. Autre possibilité: y faire un tour, ainsi que sur "Le blog de Dasola".

lundi 26 novembre 2012

Si loin de chez lui...

Clin d'oeil - la personne intéressée se reconnaîtra probablement. J'avais depuis longtemps l'envie de revoir E.T. l'extra-terrestre. J'allais avoir huit ans quand le film est sorti en France. Il reste associé à l'un de mes vieux souvenirs d'enfance au cinéma. Je garde en mémoire une sortie avec ma grand-mère, où nous avions dû renoncer à une projection du fait d'une alerte à la bombe. J'ai oublié toutefois si nous étions passés à côté du long-métrage que j'évoque aujourd'hui ou si c'est celui sur lequel nous nous étions rabattus.

L'autre, en tout cas, c'était La guerre des boutons. Peu importe ! Ce qui est très clair, c'est que E.T. l'extra-terrestre reste un grand film pour enfants. Je ne suis pas le seul à le dire: il y a quelques années de cela, le British Film Institute l'a même classé tout au sommet d'une liste d'oeuvres à découvrir avant d'avoir 14 ans. Je précise également aux petits (et grands) qui l'ignorent encore qu'il raconte l'histoire d'Elliott, un jeune Américain. Dans le jardin de la maison qu'il occupe avec son grand frère, sa petite soeur et sa maman redevenue célibataire, le garçonnet découvre une créature étrange. Le public, lui, a une longueur d'avance: il a vu la bestiole descendre d'une soucoupe volante et ne pas parvenir à attraper le vol retour vers Dieu sait où. Il nous est donc donné d'observer deux solitudes qui se rencontrent. Ce deuxième niveau de lecture rend le film agréable aux adultes, même si, oui, il vise d'abord les plus jeunes.

Steven Spielberg avait 36 ans, soit juste un peu moins que mon âge actuel, quand il a réalisé le film. Melissa Mathison, sa scénariste, simplement 32. J'admire le talent dont ils ont fait l'un et l'autre preuve pour retrouver une inspiration digne de la magie de l'enfance. Les sentiments qui animent Elliott évoluent significativement. Apeuré d'abord, le jeune garçon prend doucement confiance, s'efforce alors d'apprivoiser celui qui va devenir son ami et, tolérant et protecteur, va finalement lui offrir l'une des plus belles affections de cinéma. Le jeune acteur, Henry Thomas, est digne d'éloges. J'aime à penser que, s'il est aussi expressif, si E.T. l'extra-terrestre est un film si sensible, c'est aussi que la créature "existe" réellement. Aujourd'hui, les comédiens joueraient très probablement devant un écran vert, avant qu'une série d'images de synthèse viennent s'incruster en phase de post-production. Le choix (contraint ?) des techniques de l'animatronique "à l'ancienne" apporte un charme auquel je suis très sensible. Une raison supplémentaire qui fait qu'à mes yeux, le film vaut encore d'être (re)vu... et aimé.

E.T. l'extra-terrestre
Film américain de Steven Spielberg (1982)

Revoir ce long-métrage renforce aussi ce que je pense de son auteur. Bien qu'il n'ait pas signé que des chefs d'oeuvre, Steven Spielberg tient une part importante dans l'histoire du cinéma populaire américain. Mémoire rafraîchie, je trouve également qu'un (bon) film comme Super 8 ne tient finalement pas vraiment la comparaison. Pour trouver trace d'une émotion encore plus grande dans un genre comparable, je vous conseille dès lors de privilégier une oeuvre comme Les Goonies. L'idéal: la partager avec un enfant d'aujourd'hui.

vendredi 23 novembre 2012

Françoise Dupertuis dans le décor

C'est allé vite. Bien qu'elle soit en tournage au moment où je suis entré en contact avec elle, Françoise Dupertuis a accepté d'apporter une réponse à quelques questions sur son travail. Cette artiste formée aux Beaux-Arts avait notamment été nommée aux Césars pour Molière, un autre film de Laurent Tirard, sorti en 2007. Toujours avec lui pour Le petit Nicolas, elle fut une nouvelle fois son chef décorateur sur Astérix & Obélix au service de sa majesté. Je la remercie de m'avoir consacré du temps pour cette interview.

Vous dites ne pas avoir été une lectrice assidue des aventures d'Astérix. Comment en être venue à travailler sur ce film, alors ?
Je veux dire que je ne suis pas de ceux qui connaissent par coeur chaque BD et chaque gag. Après, Astérix et Obélix, c'est un peu difficile de passer à côté. Et puis, au départ du film, il y a quand même un scénario ! Sans tout lire, donc, j'ai quand même parcouru les albums dont ce scénario s'inspirait. Ne pas être trop impliqué permet justement de prendre de la distance et de créer quelque chose qui s'inspire, tout en étant autre chose.

Quand le chef décorateur rejoint-il l'équipe du film ? Dès le début ?
Au départ du film, il y a une équipe de production, un metteur en scène et un scénario. Le chef décorateur est l'un des premiers postes pourvus avec celui de directeur de production. Cela se passe vraiment très en amont.

Qui le choisit ? Le réalisateur ? La production ? Les deux ?
Il y a un peu tous les cas de figure. En l'occurrence, Laurent Tirard et moi, nous travaillons ensemble depuis Molière.

Pour un film comme Astérix, êtes-vous tenue à un cahier des charges particulier ?
Non, sincèrement, pour ce film, je n'ai pas vraiment eu de contrainte. Il y en a eu sur le scénario, mais je n'avais pas de cahier des charges artistiquement parlant. Je n'ai pas été tenue de faire certaines choses, de ne pas en faire d'autres, de faire figurer tel ou tel détail dans les décors. Bien évidemment, quand on recrée le fameux village gaulois, il y a une certaine topologie à respecter. Pour ce qui est du village breton ou de Londinium, en revanche, j'ai été totalement libre.

Comment travaillez-vous ? Sur dessins préalables ?
Oui, effectivement, au départ, on cherche à établir un vocabulaire, un langage visuel. Ensuite, sur Astérix par exemple, j'ai chapeauté une grosse équipe de dessinateurs. On travaillait en parallèle sur plusieurs décors. Tout ça est finalement très lié: en commençant à travailler sur un décor particulier, on s'efforce ensuite de trouver une écriture, une cohérence sur l'ensemble du film. Quand la grammaire d'un décor s'impose, elle en appelle d'autres et les choses se mettent en place progressivement. En parallèle, il y a évidemment une question financière. La seule véritable contrainte.

Sur Astérix, vous avez suivi l'ordre chronologique du tournage ?
Non. Les choses se font plutôt ensemble et se mettent en place progressivement, en parallèle les unes des autres, y compris d'un point de vue budgétaire. En fait, on ne commence pas à construire quelque chose avant que l'ensemble soit décidé. La fabrication proprement dite, elle, s'effectue en fonction d'un plan de travail. Le plus difficile ne survient pas au moment du tournage, mais avant que tout s'imbrique, quand tout est encore possible. Une fois parti en construction, tout est millimétré. Il y a certes alors de grosses équipes de fabrication à superviser, mais les choses sont écrites.

Jusqu'où utilise-t-on le décor naturel pour créer un décor cinéma ?
Tout dépend du film. Il n'y a pas de règle. Pour Astérix, il n'y en a pas. Hormis les falaises et les forêts, on a tout fabriqué ! Le décor naturel reste très minoritaire dans Astérix. Quand il existe, il faut effectivement le chercher en amont, faire un repérage un peu pointu pour trouver un environnement satisfaisant. Quand on construit quelque chose dans un champ de patates, ce n'est pas ce qu'on appelle un décor naturel. C'est un décor construit en extérieur.

Avant Astérix, vous aviez travaillé sur Elle s'appelait Sarah, un film qui évoque la déportation des Juifs. C'est plus simple, de partir d'éléments réels ?
Non. En fait, ce n'est pas une question de facilité. Ce sont vraiment deux manières de travailler très différentes. Deux manières d'aborder un film. Elle s'appelait Sarah, c'est très intéressant, dans la mesure où on est dans le cadre d'un film historique qui évoque des gens parfois encore en vie. Il faut être précis, être juste, s'être bien documenté et rendre les choses telles que la mémoire les restitue. C'est un vrai regard sur l'histoire. Le camp de Beaune-la-Rolande que nous avons reconstitué, je pense qu'il restitue assez précisément ce qu'était le vrai. Il a été organisé des projections avec d'anciennes personnes déportées: c'était important de respecter leur vécu.

Cela doit être touchant d'avoir leur avis...
Oui, bien sûr. Cela dit, sans qu'ils viennent valider les choses, nous avions consulté des historiens en amont. On ne parle pas de documentaire, mais c'est vrai qu'il y a un droit de mémoire. On essaye donc d'être au plus proche de la réalité, que la sensation que nous apportons soit juste. Astérix, c'est autre chose. Dans un film comme celui-là, on peut donner carte blanche à son imagination.

Pour revenir à Astérix, on sait que Gosciny et Uderzo s'autorisaient nombre de clins d'oeil. C'est votre cas aussi ?
Il y en a plein dans le film ! Au niveau du scénario ou pour les décors, on part toujours du présent. On amène ce présent vers un imaginaire, mais il y a un point de départ: Londres aujourd'hui, une maison de campagne... il y a toujours un point de vue contemporain, quelque part. Dans Astérix, certains carrefours de Londinium renvoient à Abbey Road, il y a aussi du Notting Hill, du Trafalgar, d'autres endroits du Londres actuel... et puis les Beatles, forcément !

Le film a été projeté en 3D. Est-ce que ça change quelque chose pour le décor ?
Un peu, quand même. On s'est rendu compte que ce qui fonctionnait bien en 3D, c'était les plans larges. Il faut donc soigner le moindre détail. On ne corrige pas les lointains en 3D comme en 2D. Tout est tellement visible qu'il faut vraiment faire attention à tout. Les focales utilisées pour la 3D font que l'image est très nette, très loin.

Comment percevez-vous la renaissance de cette 3D au cinéma ?
Je dirais qu'elle est intéressante pour certains films et pas vraiment utile pour d'autres. Ce qui serait bien également, c'est de pouvoir passer à un autre système que les lunettes sur le nez. Je reconnais toutefois qu'à mon poste, la 3D est extrêmement intéressante. Notre travail est vraiment mis en valeur. Après, pour les films intimistes tournés en huis-clos, je ne suis pas certaine que cette contrainte, 3D et grosse équipe, ne soit pas finalement une entrave.

Dans une interview, Laurent Tirard expliquait qu'il était un peu réticent à l'utilisation de la 3D, avant donc de se laisser convaincre pour Astérix et d'y trouver un intérêt artistique...
Oui, c'est vrai qu'elle suppose aussi des contraintes techniques un peu lourdes pour un metteur en scène. Il n'y a plus du tout la flexibilité et la légèreté d'un tournage classique. Il faut une équipe conséquente et le metteur en scène verra davantage d'intervenants lui demander des choses. Pour des petits films tournés un peu à l'arraché, on n'a pas forcément envie de s'imposer tout ça. 

J'aimerais maintenant en venir à votre carrière, en vous demandant d'abord comment vous avez découvert ce métier. Vous étiez issue d'une famille de cinéma ?
Non, pas du tout. J'ai fait les Beaux-Arts, tout en étant évidemment très intéressée par le cinéma. D'origine suisse, quand je suis arrivée en France, j'ai réfléchi à ce que je pouvais faire. Je travaillais alors comme artiste plasticienne pour gagner ma vie. Pour la même raison, je suis allée voir du côté du cinéma pour trouver des jobs ponctuels. C'est comme ça que je suis tombée dans le décor, en continuant mon travail personnel dans un premier temps. Un heureux hasard.

Aviez-vous déjà une prédisposition pour le cinéma ? Peut-on dire que vous étiez cinéphile ?
Oui, très. Habitant Lausanne, la cinémathèque Freddy Buache était quand même l'un de mes hauts lieux de fréquentation !

Et maintenant ? Votre regard technique ne vous prive-t-il pas d'une partie du plaisir ressenti au cinéma ?
Pas vraiment. Sur les films que je fais, oui, mais sur les autres, non. Effectivement, si les décors sont moches ou qu'ils me dérangent par leur présence, ça peut me gâcher le film. Mais sinon, j'arrive encore à regarder un film comme un spectateur.

Vous avez le temps d'y aller souvent, au cinéma ?
Non ! C'est davantage ça, le problème ! Travaillant beaucoup, j'ai quand même des difficultés à aller voir les films en salles. Dernièrement, par exemple, je n'ai rien eu le temps de voir: je viens de faire un film sur l'île de Ré, sur laquelle il n'y a pratiquement pas de cinéma, ensuite un autre à Paris qui m'a pas mal occupée et s'est avéré assez compliqué et, maintenant, je suis en Rhône-Alpes, dans les montagnes, où il n'y a pas trop de salles non plus...

Au moins, on voyage !
Effectivement, on voit du pays, nous aussi. Et pendant un an et demi en Hongrie, sur Astérix, le cinéma, ce n'était pas terrible ! Je vois quand même pas mal de films à la télé ou plutôt en DVD.

Certains autres artistes vous paraissent-ils de bonnes références dans votre métier ? En existe-t-il dont vous admirez le travail ?
Oui. Je trouve que le décor d'un film comme Hugo Cabret est absolument magnifique. Les films de Scorsese ont souvent un décor absolument extraordinaire. Kubrick avait des décors formidables aussi. Lynch fait toujours un très beau travail artistique...

Je constate que vous parlez uniquement de réalisateurs. Un chef décorateur ne traque donc pas la ligne du générique qui dit "Chef décorateur: Untel"...
Non. C'est un ensemble, vous savez: un décor existe par l'intermédiaire d'une mise en scène et de l'image d'un chef opérateur. J'ai de la peine à regarder un décor pour un décor. Mal filmé, il existe très peu, de toute façon. Si un chef décorateur réussit bien un film, c'est aussi parce qu'il y a du répondant par ailleurs. Nos métiers sont vraiment complémentaires. C'est d'ailleurs justement ce qui m'intéresse dans le cinéma: c'est un travail d'équipe.

Vous avez été nommée aux Césars en 2008. Est-ce que ça compte pour vous, "malgré tout" ?
Ce qui est fantastique, c'est que c'est très festif. On passe des moments très agréables. Nos métiers nous prennent quand même une bonne partie de notre emploi du temps et de notre vie privée. Que ce soit reconnu, ça fait plaisir, oui.

Et au niveau des festivals ? Vous pouvez vous y déplacer ?
Cela me fait envie, oui. Avant, j'allais régulièrement à Locarno, que j'aimais bien. Je suis allée à Telluride: c'était sympa aussi. Cannes, j'y vais quand j'ai un film en compétition: on a alors des accréditations, sans avoir à faire des démarches difficiles pour avoir simplement accès à une projection. Voilà... je vais voir les films sur lesquels j'ai travaillé. Quand j'ai le temps !

Cela vous est-il arrivé d'avoir envie d'aller au-delà du décor ? Pour réaliser, par exemple ?

Non, ça ne m'a jamais trop tenté. Si j'avais dû faire un autre métier dans le cinéma, je pense que ce serait autour de l'image. Un travail sur la lumière. Je suis ravie de ce que je fais, cela dit. Si je devais changer, ce ne serait certainement pas pour de la réalisation. Metteur en scène avec les acteurs, je crois que ce n'est pas pour moi.

Comment les considérez-vous, ces acteurs, justement ?
Je suis intéressée par voir la manière dont un metteur en scène travaille avec eux, mais je n'ai pas le caractère pour les diriger.

Revenons aux décors. Que deviennent-ils après les tournages ?
Ça dépend. Pour certains films, certains éléments sont stockés, dans l'idée par exemple de les ressortir pour des événements liés à la sortie en salles. Pour certains autres films contemporains, il arrive que les choses soient revendues, en priorité aux équipes ou auprès de gros vendeurs. Dans d'autres cas, ils sont cassés et partent à la benne. Dans la mesure du possible, j'essaye de donner la Cinémathèque française les dessins, maquettes, plans, etc...

Pas trop dur, ça, pour l'artiste qui a travaillé sur le projet ?
Non. De toute façon, une fois qu'un décor est construit et même s'il a l'air vrai, il n'est pas fait pour durer. C'est la vie d'un décor. Quand j'avais fait Arsène Lupin, sur la grande quantité de décors que nous avions construit, trois étaient partis en fumée. J'aime l'idée d'une démolition à l'image. Je trouve que c'est une assez jolie fin. Récupérer quelque chose, le recycler, le remettre aux bonnes cotes, ranger, stocker, manipuler... c'est un peu compliqué.

Que reste-t-il donc de vos décors, hormis les souvenirs ?
Des films, c'est déjà pas mal ! Il peut aussi y avoir des photos, des maquettes, des plans, des dessins parfois. Mais j'aime cette idée de construire quelque chose pour un film qui, ensuite, part à la benne. Cette idée d'éphémère me plait bien. Je trouve vraiment formidable de voir un décor se monter et j'aime assez le voir se casser.

Un mot sur vos projets d'avenir ?
J'ai travaillé sur un film de Philippe Le Guay, Alceste à bicyclette, pas encore sorti. Et celui de Valérie Lemercier, 100% cachemire.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
Plein de beaux films ! Et que l'on continue à en faire en France.

Un doute à ce sujet ?
Non. Je constate juste que beaucoup de films français se tournent aujourd'hui à l'étranger. Ce serait bien de continuer à faire des films français en France. Histoire que les techniciens français puissent continuer à travailler et les jeunes à se former.

mercredi 21 novembre 2012

Le nouveau Gaulois

Dessins animés et films confondus, il y a encore d'importants trous dans ma découverte du monde d'Astérix au cinéma. De fait, aller voir Astérix & Obélix au service de sa majesté, je ne l'avais pas prévu. Finalement, qu'on m'en ait parlé de manière positive m'a convaincu de lui laisser sa chance. Pas de regret. Même si j'ai trouvé une fois encore que la 3D n'apportait rien au spectacle, j'ai passé un moment sympa. Humour franchouillard ? Certes. Mais c'est ça, Astérix, non ?

Parce que ce sont aussi les quatrièmes aventures filmées du Gaulois irréductible, il me paraît inévitable qu'une comparaison s'instaure avec les autres. Moi qui, auparavant, n'ai vu que Christian Clavier sous la même moustache, je préfère largement Édouard Baer. Bémol toutefois, si vous permettez: cet "Astérix 4" replace le personnage au centre même de l'intrigue. Compte tenu de la volubilité naturelle de l'ex-trublion de Canal +, ça tombe plutôt bien et ce n'était pas forcément le cas de ses prédécesseurs. À confirmer éventuellement après visionnage de la prestation de Clovis Cornillac. Disons toujours que Baer est drôle... et plutôt bien accompagné, aussi. On retrouve Gérard Depardieu en Obélix, tendresse et douce bêtise mélangées avec une belle efficacité. Astérix & Obélix au service de sa majesté multiplie les têtes connues: Valérie Lemercier, Catherine Deneuve, Guillaume Gallienne, Bouli Lanners, Dany Boon... et d'autres encore que je vous laisse découvrir. C'est, je crois, l'un des attraits du film. Bon, évidemment, il faut vraiment apprécier ce genre de pitreries...

Avec tout ça, je ne vous ai toujours pas dit ce que ça racontait ! Amoureux de la BD, vous serez en terrain familier si je précise qu'Astérix & Obélix au service de sa majesté reprend et adapte deux albums: Astérix chez les Bretons et Astérix et les Normands. Les autres noteront que le petit Gaulois part en mission exceptionnelle pour une livraison de potion magique de l'autre côté de la Manche, à la rescousse des cousins (grand-)bretons, eux aussi attaqués par la moitié de l'armée romaine. Oh ! Je vais également insister sur le fait que le rôle de César (J.C. pour les intimes) a été confié à Fabrice Luchini. Un choix proprement excellent, l'emphase de l'acteur et celle de son personnage s'offrant un écho réciproque. Maintenant, je ne vous dirai pas qui gagne à la fin: je pense sincèrement que vous l'avez déjà deviné. Reste à savourer (ou non) les classiques anachronismes, les bagarres sans motif, les bateaux pirates envoyés par le fond et les sangliers farcis du banquet final. La recette n'a pas changé, en fait. Elle se serait plutôt réincarnée.

Astérix & Obélix au service de sa majesté
Film français de Laurent Tirard (2012)

Je pense que je chroniquerai Astérix & Obélix mission Cléopâtre. Sûrement pas tout de suite, mais un jour ou l'autre. Je crois bien qu'il restera encore un moment la plus populaire des apparitions d'Astérix au cinéma. Je ne sais toutefois pas si son humour résistera au temps qui passe. Les nombreux clins d'oeil à l'actualité de l'époque peuvent aussi périmer les blagues de ce type à vitesse grand V. Conclusion à ce jour: qui vivra verra... et son avis ici donner pourra.

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Mais bon, si vous voulez une autre opinion...
Vous pouvez déjà lire celle de Pascale, de "Sur la route du cinéma". Fidèle à sa ligne rédactionnelle, David ("L'impossible blog ciné") parle, lui, davantage... de l'ambiance dans la salle où il a vu le film.

lundi 19 novembre 2012

Un faux air d'Indiana

Quelles images me resteront du cinéma quand je serai vieux ? Objectivement, j'ai encore du temps devant moi pour m'inquiéter vraiment de la réponse. L'heure de confondre mes héros d'enfance avec leurs pâles copies n'est pas encore venue. Pas question dès lors de voir le modeste Allan Quatermain et les mines du roi Salomon comme un épisode méconnu de la quadrilogie Indiana Jones. J'admets qu'à dix ans, les deux séries me plaisaient presque autant l'une que l'autre. Pas au point de les assimiler, mais quand même...

C'est pour retrouver une sensation d'enfance que j'ai revu l'autre jour Allan Quatermain et les mines du roi Salomon sur Gulli, la chaîne spécialement conçue pour les marmots de la TNT. Coup de gueule d'abord contre le tronçonnage du film à grands coups de spots publicitaires. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a plusieurs que ça pose des problèmes. Bref. Ce désagrément mis à part, j'ai passé un moment plutôt agréable devant ce spectacle objectivement bien peu mobilisateur pour mes neurones. Le mardi, c'est permis ! Simpliste, le scénario va directement à l'essentiel: Allan Quatermain est donc un aventurier, plus ou moins chargé d'escorter une donzelle au coeur de l'Afrique, à la recherche... devinez un peu... des mines du roi Salomon, exactement. Le plus fort dans tout ça étant que, contrairement à ce qui peut se passer chez Spielberg, l'action du film est vraiment trépidante de bout en bout ! Oui, ça ne s'arrête jamais !

Bon, après, bien sûr, Richard Chamberlain n'est pas Harrison Ford. Sharon Stone, elle, fait une héroïne assez crédible, mais on se frotte un peu les yeux de la retrouver toute jeunette dans ce rôle improbable d'oie blanche au pays des cannibales. Non, le film ne brille pas par sa subtilité - c'est plutôt une bonne grosse comédie d'aventures qui tâche. De ce fait, on s'étonnera moins d'y retrouver deux caricatures de méchants, avec un vague colonel allemand obnubilé par la musique de Wagner et un comploteur turc du genre sadique en costume traditionnel. La vraie surprise, c'est de repérer John Rhys-Davies dans la peau de ce personnage, lui qu'on avait vu comme le brave Sallah chez Indy cinq ans plus tôt. Allan Quatermain et les mines du roi Salomon puise très clairement son inspiration dans d'autres films de la même époque. Il ne m'en a pas moins offert exactement ce que j'attendais de lui: une soirée sans prise de tête.

Allan Quatermain et les mines du roi Salomon
Film américain de J. Lee Thompson (1985)

Je vous laisse parcourir l'index des films si vous voulez retrouver Indiana Jones. Pour ma part, j'ai revu ce film armé de l'état d'esprit qui était le mien il y a quelques semaines au moment de revoir Crocodile Dundee. Pour les cinéphiles plus exigeants, je signale également qu'il existe notamment un Les mines du roi Salomon sorti en 1950, avec Deborah Kerr et Stewart Granger. Je l'avais vu aussi, petit, déçu alors d'avoir confondu avec celui de 1985. Tous deux adaptent en fait un livre de Henry Rider Haggard, édité en... 1885 !

samedi 17 novembre 2012

Au tour du fils

Pour le premier épisode, je vous renvoie à l'index des films, à droite. Aujourd'hui, je compte vous parler de Le parrain - 2ème partie. J'avais de fait imaginé le faire beaucoup plus tôt, mais j'ai laissé passer l'occasion. Une récente rediffusion télévisée me permet d'enfin me rattraper. Grande joie pour moi de retrouver Al Pacino. Enfant de chef mafieux devenu leader du gang après la mort (naturelle !) du patriarche, Michael Corleone est un personnage fantastique. Et le film, lui, presque aussi bon que son devancier.

Presque, oui. Peut-être est-ce dû au fait que j'étais en terrain familier, les histoires mafieuses racontées ici m'ont paru un peu moins intéressantes que celles du premier opus. On reprend vraiment les personnages là où on les avait laissés - je recommande donc vivement de prendre la trilogie à son début. Cette suite porte bien son nom: elle ne rabâche pas, elle développe ce qu'on connaît déjà. Le parrain - 2ème partie disposait toutefois de moyens financiers plus importants: décors et costumes s'avèrent extrêmement soignés et la production n'a pas lésiné sur l'emploi de figurants en nombre très important. Même s'il se déroule dans une période que je n'ai pas connue, la fin des années 50, le long-métrage ne peut pas être suspecté d'approximations. Cette quasi-perfection visuelle vient compléter un scénario relativement touffu pour nous embarquer immédiatement dans l'histoire. Plus de trois heures sont passées sans que je trouve ça pénible. J'ai même envie de dire que le roman de Mario Puzo, co-scénariste, valait sans doute pareille fresque.

Chose nouvelle: derrière la caméra, Francis Ford Coppola s'amuse également à remonter le temps. Il y a en réalité deux films distincts dans Le parrain - 2ème partie. Distincts et entremêlés, en fait. L'un nous raconte donc comment Michael Corleone s'en sort comme chef de clan et successeur de son père, l'autre... l'enfance et la jeunesse de ce dernier, un bon demi-siècle auparavant. Il est plus qu'évident que les mafieux ne sont pas les seuls à considérer les lieux familiaux comme une valeur suprême. Le long-métrage propose une réflexion intéressante sur les questions d'héritage, le libre arbitre face au bien et au mal, la fatalité de certaines choses et le poids que prennent parfois nos décisions. Les criminels ici représentés ont été dépouillés de leurs oripeaux glamour. Avant d'apparaître comme le maître absolu de son destin, Michael Corleone a surtout l'air d'un homme très seul. Dans ce registre, l'impassibilité d'Al Pacino fait merveille. Et Robert de Niro en tête, le reste du casting est tout aussi fabuleux.

Le parrain - 2ème partie
Film américain de Francis Ford Coppola (1974)

Le premier opus avait récolté trois Oscars. Ce deuxième épisode arrivera jusqu'à six. Rien de volé, malgré mon sentiment persistant que le premier opus est (un peu) meilleur. Un extraordinaire diptyque en tout cas ! Dans la série des grands films mafieux, c'est à coup sûr ce que je préfère... parmi les oeuvres que je connais. Je dois dire également que j'aime aussi beaucoup L'impasse, de Brian de Palma et avec Al Pacino encore. J'attends Le parrain 3 et/ou Scarface...

jeudi 15 novembre 2012

Hitchcock en France ?

Je dois l'admettre: le dernier film de François Ozon a quelque chose d'un classique hitchcockien. Quand Fabrice Luchini affirme que celui qui écrit une histoire doit savoir surprendre son lecteur, on peut entendre une déclaration d'intention à l'usage du spectateur. Film pétri de littérature, Dans la maison instaure un suspense intéressant. Pourtant, le point de départ reste banal: Germain, prof de français dans un lycée ordinaire, réclame de ses élèves le récit écrit de leur dernier week-end. Il obtient un torrent de banalités et...

Contre toute attente, une copie sort du lot. Claude Garcia, le jeune qui l'a écrite, ne se fait pas remarquer en cours. Son devoir raconte avec une bonne dose d'ironie sa détermination à s'inviter dans la vie d'un de ses camarades. Elle se termine par un "À suivre..." frustrant pour le lecteur ! Germain y décélérait bien un soupçon de perversité, mais il est trop pris par l'admiration subite qu'il porte à la maturité littéraire de Claude. À partir de là, Dans la maison avance au rythme des épisodes écrits par le lycéen. Une atmosphère étrange s'installe doucement mais sûrement, d'autant que le long-métrage abolit petit à petit la frontière de la réalité et de la fiction. Ce qui est montré happe notre attention et, comme Germain le suggère également, nous fait nous demander à plusieurs reprises ce qui va advenir. Fabrice Luchini l'affirme: "Une bonne fin, c'est celle qu'on n'a pas vu venir, et dont on se dit pourtant qu'elle n'aurait pas pu être différente". Fort de ce critère, le film est assez réussi. Un tantinet trop sentencieux, ai-je trouvé, mais formellement assez impeccable.

Pour autant, je n'ai pas totalement mordu à l’hameçon. Constat cruel pour le réalisateur et ses acteurs: j'ai même regardé ma montre pendant la projection, à deux reprises. Claude Garcia m'a semblé fasciné par le vide. Dans la maison, il ne se passe pas grand-chose d'intéressant, en réalité. Imaginaires ou réels, les événements s'enchaînent sans réelle passion. Une fois mis en place le mécanisme voulu par François Ozon, le film paraît parfois un peu répétitif. Honnêtement, je me suis de fait demandé où tout cela pouvait mener, mais sans enthousiasme démesuré. J'ai vu un long-métrage intelligent, certes, mais assez froid également, comme si finalement le fond comptait moins que la forme. Aussi réussi soit-il, l'exercice de style me laisse sur ma faim. Les comédiens ne me semblent pas devoir être mis en cause. Par bonheur, Fabrice Luchini laisse exister son jeune partenaire et, face à pareil monstre sacré, Ernst Umhauer s'en sort bien. Emmanuelle Seigner, Denis Ménochet et d'autres comme Kristin Scott Thomas aussi. Il m'aura manqué un peu de folie.

Dans la maison
Film français de François Ozon (2012)

Trois étoiles pour mon impression générale et une demie supplémentaire afin de souligner l'intelligence du propos. Adapté d'une pièce de théâtre, le film est lui-même très écrit, trop peut-être pour être vraiment emballant. Je trouve Pedro Almodovar meilleur dans ce genre d'ambiance. Et pour retrouver un ado capable d'imposer un suspense éprouvant, je vous recommanderais plutôt Ezra Miller dans We need to talk about Kevin. Si vous préférez rester entre adultes, ce sera Robert de Niro dans Les nerfs à vif...

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Ce que je vous recommande maintenant...

C'est de croiser les opinions ! Pascale, de "Sur la route du cinéma", donne elle aussi son avis sur le film. Dorénavant, j'ai décidé de citer également les chroniques publiées sur "Le blog de Dasola". Gardez aussi un petit clic pour lire l'avis paru sur "L'impossible blog ciné" !