lundi 10 décembre 2018

Lapin crétin ?

Y a-t-il une fin à la liste des choses qui me font aimer le cinéma ? Très honnêtement, je n'en suis pas sûr. Je suis à peu près certain cependant qu'en accompagnant un bout de notre chemin, les films s'attachent à nous, certains préservant une part de notre enfance. Ainsi de mes rares souvenirs de Qui veut la peau de Roger Rabbit...

Trente ans après, j'ai pu revoir en salles ce pop corn movie sympa. L'histoire est assez ordinaire pour le cinéma américain: un détective privé est mis sur la piste d'une femme fatale (et peut-être adultère). Rapidement, il se retrouve à enquêter sur une série de meurtres sordides, ce qui lui remémore l'assassinat de son frère... et associé. L'originalité du truc, c'est que le Los Angeles ici reconstitué est peuplé d'hommes et de femmes "ordinaires", mais aussi de toons, créatures de dessins animés plus ou moins fofolles. Et voilà notre détective sommé d'enquêter sur la possible culpabilité d'un lapin aussi fantasque qu'insupportable, conçu pour faire rire et donc tout à fait incapable d'être raisonnable pour essayer de prouver son innocence. L'histoire devient celle d'un duo désassorti. Un autre archétype du cinéma US...

Je me souviens qu'à l'époque, j'étais resté fasciné en entendant dire que l'insertion d'animés dans un film sur pellicule avait demandé un an de travail à cent techniciens. Oui, c'est un fait: cela m'impressionne moins aujourd'hui, mais j'ai quand même ressenti beaucoup de plaisir lors de mes retrouvailles avec Qui veut la peau de Roger Rabbit. Naturellement, comme le second photogramme vous le montre, il y a un méchant dans ce récit, mais bien sûr, je n'en dirai pas davantage. Simplement que les deux acteurs principaux, j'ai nommé Bob Hoskins et Christopher Lloyd, semblent s'amuser beaucoup - un bonheur de jeu que je trouve largement communicatif, pour qui s'y laisse prendre. Voir (ou revoir) le film à plusieurs me semble apporter un gros plus. Trente ans vont-ils passer avant ma troisième fois ? Ce serait rigolo !

Qui veut la peau de Roger Rabbit
Film américain de Robert Zemeckis (1988)

Vous voulez que je vous dise ? Mon plaisir n'est même pas coupable. J'assume très bien d'apprécier ce type de films de divertissement pur. Robert Zemeckis en a réalisé d'autres, des  "classiques": mon index des réalisateurs vous aidera à en retrouver quelques-uns. Le mélange images réelles / animation vous intéresse ? Je vous conseille dès lors de donner sa chance à un autre film, certes moins drôle: Le congrès !

samedi 8 décembre 2018

Une grâce très cruelle

Et revoilà Joss ! Mon amie souhaite aujourd'hui vous parler d'un film que je n'ai pas encore vu. Coup de bol: je trouve ce choix excellent ! Sans attendre davantage, je lui cède donc la place: Joss, c'est à toi...

Tout a sûrement été dit sur Les noces rebelles (Revolutionary Road en VO), un film décortiqué, débattu, critiqué et vivement encensé. Mais ne pourrait-on dire qu'il fait partie de ces imperfectibles, tout simplement parce qu'il approche la force du sublime ? C'est un choc. Humainement, intellectuellement, esthétiquement parlant. Et l'on peut ne pas avoir toujours l'humeur de le revoir facilement pour son histoire si douloureuse, mais à chaque fois, immanquablement, on y découvrira des détails dont on se demande comment on a pu passer à côté, la fois précédente.

Le scénario de Justin Haythe fut tiré de l'excellent roman de Richard Yates, publié en France sous le titre La fenêtre panoramique, vivement critiqué aux États-Unis pour sa remise en question de la nature du mariage. Beaucoup de personnes avaient alors considéré ce livre comme un pamphlet contre la banlieue, alors que l'auteur le voulait comme une charge contre la soif générale de conformisme et la quête de sécurité à tout prix: "Je voulais suggérer que la route de la Révolution de 1776 était devenue, dans les années cinquante, quelque chose qui ressemblait beaucoup à une impasse".

Personnellement, le titre du livre me plaisait beaucoup. Non pas que Les noces rebelles ne m'évoquent rien, mais j'appréciais ce titre de roman si paradoxal au regard du contenu. Et puis, après tout, celui de ces Noces rebelles marque peut-être mieux les retrouvailles entre Leonardo DiCaprio et Kate Winslet, onze ans après Titanic de James Cameron. On y revoit aussi l'actrice Kathy Bates, ex-Molly Brown dans Titanic (la bourgeoise parvenue, embarquée à Cherbourg, qui prend la défense de Jack devant l'aristocratie à laquelle elle n'appartient pas elle-même) et ici dans le rôle de Helen Givings, l'agente immobilière.

Autre élément particulier (d'influence ?): ce film américano-britannique est le premier de Kate Winslet dans lequel elle est dirigée par son mari d'alors, Sam Mendes, qui réalise son quatrième film, après l'oscarisé American beauty, le film de gangsters Les sentiers de la perdition et le film de guerre Jarhead: La fin de l'innocence. Étude de mœurs à la fois liée à son temps et également intemporelle en ce qui concerne l'humain, ce nouveau film est une véritable consécration de talents, de celles que l'on n'oublie jamais.

--- Synopsis ---
Dans l'Amérique des années cinquante, April (qui suit des études de comédienne) et Frank (qui collectionne les petits boulots, notamment le dernier dans une compagnie d'assurance) font connaissance l'un de l'autre, séduits par leur anti-conformisme respectif, leur ambition de légèreté et de grandeur. Et c'est sur ces idéaux élevés qu'ils vont s'épouser et fonder une famille avec deux enfants, qu'ils installent bientôt justement sur Revolutionary Road ! Inertie du lotissement, nécessité de partir travailler même sans enthousiasme pour Frank qui se noie le matin dans un flot de costumes gris, et qui cache comme il peut son manque de confiance en lui derrière une grande désinvolture. Tandis qu'April (qui a vécu son insuccès au théâtre) se morfondra toute la journée. Tout va les conduire à devenir ce qu'ils ne voulaient pas être, jusqu'à ce qu'April lance un projet d'installation à Paris. Frank se laisse convaincre, suscitant parmi ses collègues comme parmi leurs voisins une vague de jalousie dont on perçoit la toxicité dans un malaise palpable. Mais bientôt, une promotion inattendue dans le travail de Frank marquera le point de départ d'une chute vertigineuse…

Si, dans Titanic, les deux héros étaient bien à leur place, il en va de même pour Les noces rebelles. Les deux gardent sur eux et en eux la marque d'une jeunesse pleine d'illusions auxquelles rien en réalité ne pourrait nous empêcher de croire. Il y a de la folie, mais encore plus celle de la refuser. Et pourtant, à des indices uniquement induits par la mise en scène, à quelques silences ou accords (musique originale de Thomas Newman, habitué de tous les films de Sam Mendes), la tragédie va monter en puissance. Accablante.

Plus encore que DiCaprio qui joue sur des cordes plus accessibles (cette fameuse désinvolture qui le fait s’agiter et palabrer, son manque de détermination…), Kate Winslet se révèle une fois encore extraordinairement complexe et authentique. Encore plus vraie que dans toute autre prestation. Que de sincérité dans ses regards et le moindre de ses gestes ! Bien sûr, Leonardo s'y montre très bon, mais comme toujours aussi bon dans les rôles qui l'apparentent à un homme très jeune, voire à un jeune homme immature, déconnecté de la réalité. Aucun mystère de son côté.

Dans cet opus de Sam Mendes, sous un premier aspect très classique de l'histoire de couple, on va éviter tous les écueils, poncifs ou pathos. La photographie de la rencontre nous emmène pourtant dans une valse. Non, c'est un slow, mais l'image de la valse est bien plus approprié, vous m'aviez comprise ! Rien ne manque, du romantisme, de l'harmonie, de l'esthétique (tons mordorés, halos avantageux, lumières de fête sophistiquées, comme dans un rêve auquel nous aspirons tous ou presque, pour l'avoir vécu ou fantasmé). Et bien que l'on en recueille la sensation physique de l'émotion du détail, la scène n'est pas si longue. Et nous voilà si vite projetés dans la vie déjà très installée de ce couple en grande souffrance ! Bref, quel talent, quelle perspicacité dans le scénario et la mise en scène pour nous faire ressentir que le film n'est pas là où on nous l'a fait croire quelques dizaines de secondes auparavant !

Nous les retrouvons sept ans plus tard et parents de deux enfants. Et maintenant, nous sommes au fait de leurs tempéraments respectifs. Elle qui se sent diminuée et préfère le retrait, le silence, lui qui culpabilise et démarre au quart de tour, levant la voix et de mauvaise foi parce qu'il ne sait comment faire autrement pour s'affirmer, donner le change à un esprit faible, plein d'illusions qu'il ne mettra d'ailleurs jamais en œuvre, ne serait-ce que dans une simple décision. Tout y est juste. Pendant la première partie du film, on ne peut s'empêcher d'entretenir quelques espoirs, sous une forme ou une autre, mais très vite, l'on intègre que l'on n'en sortira pas indemnes. L'aspiration à l'anticonformisme du couple ne pourra résister. Comme dans des sables mouvants dont nous extirperait temporairement un petit mouvement de jambe, nous nous enliserons fermement comme les deux personnages. Le tour de force est magistral. A force d'empathie, nous risquerions fort de couler avec eux. Et ça, nous le sentirons très vite.

La peinture, moins focalisée, mais tout aussi insidieuse et forte, des couples environnants (les voisins et celui de l'agente immobilière) finira de dresser le panorama complet. On y découvrira le fils du couple Givings (avec un patronyme tombé du ciel, puisqu'il s’agit quand même de ceux qui apportent… la maison !), un Michael Shannon absolument génial dans son rôle de dépressif violent (qui aurait d'ailleurs mérité l'Oscar du meilleur second rôle. Toute la vérité sortira de lui, mais comme le personnage est définitivement catalogué au rang des faibles d'esprit, on pourra encore un moment essayer de ne pas le croire (tout comme les héros qui tenteront d'y résister). Médiocrité, lâcheté, hypocrisie, tout y est. Sauf dans le personnage d'April, admirable. En parallèle à l'adultère de Frank, il y a par exemple celui d'April, en rien comparable. Alors que Frank joue un rôle devant sa conquête Maureen (remarquable dans sa naïveté et ses prétentions), jouant avant tout avec lui-même, l’adultère d'April est presque une conclusion affichée.

Quand elle se lève pour aller danser avec son voisin, après un concours de circonstances que ni l'un ni l'autre n'ont d’ailleurs provoqué, c'est un "On y va" résolu et ferme, la matérialisation de son constat personnel, terrible. On comprend à quel point elle est déterminée (avec elle, pourrait-on s’attendre à du tiède ?). Ce moment de danse (encore un !) est d'une sensualité foudroyante. Quand elle se trouve seule aux commandes, April réussit forcément à donner le meilleur. On ne peut d'ailleurs que regretter son manque de chance ou de nez pour avoir accepté cette pièce de théâtre caricaturale où elle était bien la seule à briller (dixit son propre mari), au milieu d'une brochette de comédiens gris et très vieillissants. Mais cela appartient au passé ! Je vous l'ai déjà dit, et au risque de me répéter, on est maintenant possédé par le devenir de ce couple, quitte à ressasser des regrets ou des remords comme s’il s'agissait de notre propre existence. C'est fort quand même !

Essayant de ne pas trop détailler la fin du film (bien que très peu d'entre vous ne l'auront pas déjà vu), je soulignerais simplement la maestria du rythme qui retombe. Comme un projecteur sur tous les personnages restants, on visualisera les différents tableaux d'un quotidien… tranquille ! Terrifiant. Bouleversant. Inoubliable. J'en ai froid dans le dos !

--- Distribution ---
• Kate Winslet : April Wheeler
• Leonardo DiCaprio : Frank Wheeler
• Dylan Baker : Jack Ordway
• Kathy Bates : Madame Givings
• Richard Easton : Monsieur Givings
• Kathryn Hahn : Milly Campbell
• Zoe Kazan : Maureen Grube
• Dylan Baker : Jack Ordway
• David Harbour : Shep Campbell

--- Récompense ---
Golden Globe 2009 de la meilleure actrice pour Kate Winslet

--- Nominations ---
Oscars 2009 :
Meilleur acteur second rôle pour Michael Shannon
Meilleure direction artistique
Meilleure création de costumes

Golden Globe Awards 2009 :
Meilleur film dramatique
Meilleur réalisateur
Meilleur acteur dans un film dramatique pour Leonardo DiCaprio

British Academy Film Awards (BAFTA) 2009 :
Meilleure actrice dans un rôle principal pour Kate Winslet
Meilleur scénario adapté

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Encore une sacrée chronique de Joss, pas vrai ? Pour l'heure, j'ignore tout de ce qu'elle nous réserve pour la prochaine. Soyons patients ! Jusqu'à présent, nous avons apprécié de bien beaux films. À suivre...

vendredi 7 décembre 2018

En retenue

J'avais dix ans quand Breakfast Club est sorti sur les écrans français. Trop jeune pour le voir à l'époque, je l'ai rattrapé tout récemment et... je me suis senti trop vieux pour l'apprécier à sa juste valeur. Pourquoi ? Parce que c'est un film générationnel, à l'attention de ceux qui étaient ados au milieu des années 80. Comme ses protagonistes !

Andrew, Claire, John, Brian et Allison sont retenus dans leur lycée toute une journée de samedi. La voix off de l'un d'eux nous suggère qu'ils ont fait une bêtise, sans entrer dans les détails de cette faute. Bref... ceux que les autorités scolaires présentent comme un athlète, une fille à papa, un délinquant, un surdoué et... une détraquée purgent une colle, ce qui est censé les obliger à plancher sur un sujet de dissertation d'une ironie sans pareille: "Qui pensez-vous être ?". Comme de bien entendu, ce n'est pas ce qui va se passer réellement. D'abord purs antagonistes, les jeunes finissent par sympathiser. Profitant d'une surveillance quelque peu relâchée, ils se rapprochent. Parler de leurs vies respectives leur permet de se rendre compte qu'elles sont plutôt similaires les unes aux autres. Sacrée révélation...

J'ai l'air de me moquer, mais ce n'est pas le cas. Pas tout à fait. Franchement, je suis disposé à croire et, mieux, je peux comprendre que Breakfast Club ait marqué les esprits en son temps. Son côté très américain dans les valeurs ne l'empêche pas de toucher juste quand il témoigne de la difficulté d'entrer dans le monde des adultes. Me serais-je fourvoyé ? Je pensais plutôt découvrir... une comédie. Or, je n'ai rien vu qui puisse être considéré comme réellement drôle. Rassurez-vous: le film n'est assurément pas plombant, mais le ton général est loin d'être aussi potache que je ne me l'étais imaginé. Peut-être qu'il m'aurait plus "parlé" si je l'avais pris par le bon bout. Je ne jetterai pas le bébé avec l'eau du bain: les cinq jeunes acteurs font le job et jouent leurs personnages archétypaux sans commettre de fausse note. Les imaginer aujourd'hui quinquagénaires m'amuse. Ouaip ! Ils sont parvenus à me la rendre sympathique, leur histoire...

Breakfast Club
Film américain de John Hughes (1985)

Un film titré La colle est sorti récemment en France, mais je doute qu'il vaille davantage le détour que celui que j'ai présenté aujourd'hui. Vous l'aurez compris: cet opus m'a un peu déçu et, du même auteur, je continuerai donc de préférer La folle journée de Ferris Bueller ! Rien n'égale la trilogie Retour vers le futur au rayon "films d'ados". Après, il n'est pas interdit de chanter: Don't you... forget about me...

jeudi 6 décembre 2018

Chronique de la rue

Les qualités du cinéma social britannique ne sont plus à démontrer. Argument marketing assez discutable: l'affiche (française) de Hector place Jake Gavin, son réalisateur, dans la lignée du grand Ken Loach. C'est vrai qu'il n'y a pas énormément de cinéastes pour s'intéresser d'aussi près - et en évitant tout misérabilisme - au sort des sans-abri.

Jake Gavin, lui, n'hésite pas à relever ce pari difficile. Je tiens à dire qu'il peut s'appuyer sur un acteur formidable: Peter Mullan. Méconnu en France malgré une carrière débutée en 1990, le comédien endosse le rôle-titre avec aisance, tout en faisant preuve d'une humilité remarquable. On sent qu'il aime son personnage, tout simplement. Impossible dès lors de ne pas être touché par cet homme de la rue que l'on aurait aussi bien pu croiser dans notre environnement, assis au pied d'un immeuble ou dans une rame de métro. Digne, le scénario prend tout son temps pour nous le présenter et pour nous expliquer comment il a dû faire sienne cette existence, que l'on dit "précaire"...

Oui, avant d'exposer les causes, Hector nous parle des conséquences. Un profond humanisme se dégage de la longue galerie de portraits que le film dessine. Car le protagoniste n'est pas seul ! Il s'est créé une seconde famille parmi les marginaux et les travailleurs sociaux. Quant à la première, la vraie, je crois mieux de vous laisser découvrir par vous-mêmes l'importance - décisive ? - que le récit lui accorde. J'insiste encore sur ce point déterminant à mes yeux: ici, le propos n'est jamais larmoyant. En réalité, il serait plutôt d'un réalisme cru. Peter Mullan a d'ailleurs expliqué qu'il avait lui-même été bénévole auprès de SDF... et sans-abri, à plusieurs reprises. Ce n'est pas tout ! Il a indiqué aussi que son héros était censé lutter contre une addiction à l'alcool, mais qu'il avait demandé à ce que cet élément scénaristique soit supprimé, pour ne pas en rajouter. Tout bien pesé, j'ai trouvé que l'histoire parvenait, malgré son âpreté, à être porteuse d'espoir. Ce type de cinéma a le mérite de nous ouvrir les yeux sur des réalités complexes. Je crois utile de lui octroyer, au moins, une petite place...

Hector
Film britannique de Jake Gavin (2015)

Je reviens sur la notion de dignité pour vous confirmer qu'elle reste d'après moi la toute première des qualités de ce beau long-métrage. Sur la grande pauvreté, je garde un souvenir fort de Louise Wimmer. D'autres vraiment marquants de Naked et Rosetta. Les conséquences du chômage, elles, font l'objet de films variés: Deux jours, une nuit, Le couperet, The company men, Retour chez ma mère. J'en passe !

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Si vous souhaitez prolonger le débat...

Il vous est offert de retrouver le film chez Pascale, Dasola et Eeguab.

mardi 4 décembre 2018

La fugitive

Un chiffre pour commencer: grâce à mon association, j'ai déjà pu voir des films de 38 (!) nationalités différentes. La dernière destination de notre cinéphilie ? Le Bhoutan, un petit pays d'Asie - de 38.000 km² et 760.000 habitants - qui promeut l'idée de bonheur intérieur brut. Soyez sans crainte: Dakini ne présente aucune théorie économique...

Je dirais même que le film commence de manière assez "classique" pour le public occidental. Dans un petit village de montagne, un trio d'agents de  police recherche une femme, suspectée de meurtre. L'opération est commandée à distance par un officier, lequel suggère à son adjoint d'éviter tout esclandre: s'il retrouve la fugitive, Kinley devra sympathiser avec elle, le temps de confirmer sa culpabilité. Surprise ! Croyez-le ou non: c'est très exactement ce qui arrive ! Après ces premières minutes, le film nous promène en terra incognita et nous égare un peu. Dakini émaille aussi son récit de références directes aux croyances bouddhistes. Ce n'est pas évident de suivre...

Ouais... l'actrice principale est très jolie, mais l'histoire est floue. Pourtant, assez curieusement, tout cela ne m'a pas réellement déplu. Réflexion faite, je me suis dit qu'être largué dans la culture d'un pays si lointain du nôtre n'a rien d'anormal ou d'indécent. J'ai attrapé au vol quelques impressions fugaces et cela a suffi à mon bonheur d'un soir. Pour vous intéresser au film, je veux également souligner que Dakini est l'oeuvre d'une femme - c'est même sa toute première réalisation. Très rares sont celles qui parviennent à exercer ce métier de cinéaste au Bhoutan: l'intéressée sort d'autant plus du lot qu'elle est également à l'origine de l'unique festival de son pays consacré au septième art. D'aucuns ajoutent qu'elle a le mérite de parler de ses compatriotes sans occulter la complexité d'une société engagée vers la modernité et, dans le même temps, respectueuse de ses traditions mystiques ancestrales. Peut-être que l'idée de la découvrir mieux vous séduira...

Dakini
Film bhoutanais de Dechen Roder (2018)

Je me résume: un long-métrage difficile à comprendre, mais agréable à voir. J'aime ainsi, de temps à autre, sortir des sentiers battus. Évidemment, pour en rester sur le bouddhisme, un film occidental comme Sept ans au Tibet est bien plus accessible... et j'aimerais revoir le Kundun de Martin Scorsese pour encore une autre regard. Envie de voir un autre conte venu d'Asie ? Je vous laisse tester L'arc !

lundi 3 décembre 2018

Vaudeville hôtelier

Je ne souhaite pas vous en dire trop long sur Tenue correcte exigée. Non que le film soit détestable, mais il faut bien reconnaître d'emblée qu'il ne m'a pas emballé. Une mini-chronique aurait donc pu suffire pour en faire le tour. Il est possible d'ailleurs que ce format resserré soit celui que j'adopte à l'avenir, les jours de trop petite inspiration...

Le gros de l'action se passe à huis clos, sous les dorures d'un palace parisien (le Royal Monceau soudain transformé en... Charles VII !). Pris par des péripéties que j'ai déjà oubliées, Jacques Gamblin, clochard de son état, y retrouve une femme qui est encore son épouse légitime, bien qu'il s'en soit en réalité séparé depuis plusieurs années. Commence alors une course à la signature des papiers pour un divorce effectif. C'est drôle ? Oui, un peu, mais certainement pas désopilant. Zabou Breitman fait ce qu'elle peut, d'accord. Cela s'avère insuffisant. Derrière, les personnages secondaires d'Elsa Zylberstein, Jean Yanne et Daniel Prévost essayent d'emballer l'affaire, mais ça ne décolle pas.

Gros souci de crédibilité, à vrai dire ! On voit passer un gouverneur américain drogué par erreur, un taxi agressif, des garçons d'hôtel ahuris... et on s'en fout un peu, parce que l'intrigue qui les réunit manque quand même franchement de consistance et que la forme théâtrale aurait sans doute largement suffi à raconter cette histoire. Désolé de le dire aussi net: la troupe ici rassemblée méritait mieux. Mention bien pour Zinédine Soualem, que j'étais content de revoir. Pour le reste, j'ai souri, d'accord, mais je n'ai rien vu de mémorable. Face à la médiocrité des comédies à la française, ça reste correct pour une soirée télé. Encore une fois, on peut aussi s'en dispenser...

Tenue correcte exigée
Film français de Philippe Lioret (1999)

Une comédie un peu balourde pour un auteur que je ne connaissais auparavant que pour des drames (cf. mon index des réalisateurs). L'ambiance palace vous attire ? Revoyez The Grand Budapest Hotel. À la rigueur, si vous insistez, il y aurait bien aussi Groom service. Enfin, pour tout dire, rien de franchement transcendant à l'horizon. Quitte à rester enfermé, Barton Fink serait de meilleure compagnie !

dimanche 2 décembre 2018

Secrets et mensonges

On dit que Marilyn Monroe aurait aimé faire un film sous la direction d'Alfred Hitchcock. Malgré sa fascination constante et quasi-fétichiste pour les actrices blondes, le maître du suspense fut d'une grossièreté incroyable à l'égard de la belle: "Je n'aime pas les femmes qui portent leur sexe sur la figure". Les espoirs de Marilyn restèrent donc vains...

En la regardant évoluer dans Niagara, je me disais que Hitch l'affreux était passé à côté de quelque chose. Le film m'avait été recommandé par une amie très proche, grande amatrice du cinéma hollywoodien. Confiant, j'étais d'autant plus motivé que je devais découvrir Marilyn dans un rôle de mauvaise fille, à contre-emploi, en quelque sorte. J'ignorais encore tout du scénario, qui fait d'elle une femme adultère et manipulatrice. Rose Loomis vivote avec son époux dans un motel voisin des chutes du Niagara. Le couple est censé laisser la chambre qu'il occupe aux Cutler, de jeunes mariés venus y passer une semaine de vacances. Oui mais voilà... rien ne se passe alors comme prévu. Bientôt, les deux tourtereaux ont même tout lieu de soupçonner Rose de mentir quand elle prétend son mari malade et incapable de quitter son lit. D'où, pour nous, spectateurs, un suspense très hitchcockien. Sans atteindre les sommets, l'intrigue est relativement bien menée...

Autant le dire: Marilyn est tout à fait convaincante en femme fatale. Sans elle, c'est une évidence: le film n'aurait pas la même saveur. Évidemment, le récit exploite largement les atouts de sa plastique irréprochable, mais il nous réserve aussi quelques rebondissements savamment orchestrés et nous mène vers une conclusion inattendue. J'émettrais des réserves sur le jeu de Joseph Cotten, que j'ai connu plus inspiré, mais il a le mérite de ne pas éclipser sa partenaire féminine. Et le duo Jean Peters / Casey Adams ? Je l'ai découvert avec ce film et je l'ai trouvé bon, bien que sans éclat particulier. Niagara est, dans l'ensemble, un thriller tout à fait recommandable. Seules les scènes "aquatiques", tournées en studio, accusent le poids des ans. Pour autant, cela n'a pas réellement nui à ma satisfaction devant cette production vintage en Technicolor... et tant mieux. Chère Sylvie, si tu passes par là, sois remerciée de ton très bon plan !

Niagara
Film américain de Henry Hathaway (1953)

Beaucoup de belles choses dans cet opus, que j'ai vraiment apprécié ! Assez audacieux pour l'époque, c'est un petit diamant noir. J'insiste pour vous dire qu'Alfred Hitchcock n'a pas toujours fait mieux. Objectivement, des thrillers comme Sueurs froides et Psychose pointent un bon cran au-dessus, parce qu'ils sont plus pervers encore. Pas une raison pour bouder le plaisir pris à savourer d'autres crimes...

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En complément de ma chronique...
Eeguab et Vincent ont abordé le film de manière légèrement décalée. Ideyvonne, elle, nous parle du chef décorateur et du chef costumier. Quant à Lui, il va à l'essentiel et nous propose du coup un texte court.

vendredi 30 novembre 2018

Dernière ligne droite

La fin de l'année approche à grands pas. La saison des tops aussi. N'allons pas trop vite: demain, il nous restera un mois avant 2019. Pour l'heure, je crois qu'il est temps de faire un petit bilan personnel du Movie Challenge 2018, initié le 5 janvier dernier par Tina et Lily. Motivé au coup d'envoi, j'espère toujours pouvoir le terminer, mais...

Il me reste six catégories à remplir, à savoir... 
9. Le titre du film comporte un verbe à l'infinitif... 
19. Le film est sorti l'année de mon bac... 
22. Le film a remporté l'Oscar du meilleur film... 
25. Le film m'a mis en colère... 
32. Le film dure au minimum trois heures... 
35. Le film est tiré d'une série ou en a inspiré une...

Promis: je ferai un bilan détaillé quand la date limite sera passée. J'avais un temps imaginé compléter le puzzle en jouant stratégique dans la dernière ligne droite, mais j'ai presque renoncé à cette idée. Mon intention est de regarder les films qui me font envie au moment où j'en ai envie: je verrai bien ensuite où tout cela m'aura mené. L'année dernière, j'étais parvenu à cocher 34 des 40 cases proposées. J'ai donc égalé ce score, mais faire mieux n'est pas gagné d'avance. Point d'amertume dans ce constat: ce qui compte, c'est de m'amuser !

mercredi 28 novembre 2018

Dualité américaine

On ne mesure peut-être pas assez le courage qu'il a fallu aux femmes et aux hommes qui, au 19ème siècle, ont quitté la façade atlantique des États-Unis pour aller vers l'Ouest. Certains ont changé de vie. L'homme qui tua Liberty Valance pose la question de leur adaptation à d'autres moeurs et conditions. Et ce classique y répond avec talent !

De nombreux cinéphiles présentent John Ford comme le maître absolu du western américain. Un aveu: j'ai réalisé tardivement que ce film était l'un de ses derniers. Cette pièce maîtresse de sa longue carrière construisit sa notoriété en se présentant comme la première occasion de voir les grands James Stewart et John Wayne ensemble à l'écran. Le premier joue un jeune avocat d'une rectitude absolue, convaincu que le droit est la meilleure des armes, tandis que le second incarne un cow-boy pragmatique, prêt à sortir son revolver quand les choses tournent mal. Après que Ransom Stoddard a été volé et roué de coups par un bandit sans vergogne, Tom Doniphon lui suggère aimablement d'oublier ses principes et d'apprendre à tirer. Présenté ainsi, le pitch peut vous paraître ordinaire, mais le film ne l'est assurément pas ! Construit sur un long flashback, L'homme qui tua Liberty Valance dresse le portrait de l'Amérique et offre une réflexion sur ses idéaux. A-t-on besoin de héros pour bâtir une société juste et égalitaire ? Quel degré de mensonge peut-on accepter ? Je vous laisse répondre...

Si ce western gagne à être vu - ou revu - aujourd'hui, c'est également parce qu'il se penche aussi sur un sujet majeur: celui de la presse. Lors de la scène d'ouverture, nous sommes au début du 20ème siècle et les journalistes occupent déjà une place centrale dans le jeu institutionnel. Même si ce n'est probablement pas le sujet numéro 1 du scénario, ce fameux positionnement des médias face aux hommes politiques et aux citoyens reviendra souvent, en filigrane du récit. Dès lors, L'homme qui tua Liberty Valance demeure d'une modernité étonnante, les sujets qu'il soulève étant toujours pertinents en 2018. L'usage du noir et blanc apporte certes une distance, mais l'empathie que l'on aura pour les divers protagonistes de cette noble histoire joue évidemment en faveur d'une émotion sincère, encore renforcée par l'interprétation sans faille de la distribution (dans son ensemble). Certains parlent d'une oeuvre testamentaire, qui concentrerait donc tout ce que John Ford a voulu exprimer depuis ses débuts... en 1917. Je trouve que sa sobriété formelle la rend particulièrement admirable.

L'homme qui tua Liberty Valance
Film américain de John Ford (1962)
Western tardif, ce long-métrage apparaît donc beaucoup plus réfléchi que de nombreux autres films du genre. Je le recommande volontiers aux amateurs, mais aussi à qui n'aime pas spécialement les histoires du Far West. Quelques années plus tard, des cinéastes venus d'Italie achèveront de dynamiter les grands mythes fondateurs américains. On a le droit de leur préférer La prisonnière du désert, évidemment.

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Une anecdote étonnante...
Elle s'adresse à celles et ceux qui choisiront de voir le film en version française. La version sortie en DVD en 2002 inclut quelques scènes coupées pour l'exploitation cinéma, qui n'ont donc pas été doublées. Résultat: certains dialogues sont restés en anglais (avec sous-titres) !

Et, pour finir, quelques liens...

Le film garde une excellente réputation. Certain(e)s de mes ami(e)s cinéphiles l'ont même évoqué plusieurs fois ! À vous d'aller farfouiller sur les blogs de Dasola, Sentinelle, Ideyvonne, Strum, Eeguab, Vincent et Lui. Avant de réétudier l'idée de légende, vous aurez de la lecture !

lundi 26 novembre 2018

L'amour en danger

De retour de Turin, j'aurais bien volontiers opté pour un film italien. Faute d'en avoir un à leur proposer, j'ai en fait guidé mes parents vers le travail d'un réalisateur italo-américain: Francis Ford Coppola ! Quelques jours plus tôt, ma maman et moi avions pu voir un extrait de Coup de coeur au Museo Nazionale. Un plan B intéressant, donc...

Certes, ce n'est pas le film le plus connu de la carrière de son auteur. Alors au faîte de sa gloire, lauréat de deux Palmes d'or et d'Oscars multiples, sans même tenir compte d'une multitude de récompenses annexes, Coppola entame les années 80 avec une oeuvre étonnante. Elle correspond au choix de sa part de tourner à l'ancienne, au coeur d'un studio et en totale autoproduction. Dérouté ou non, le public n'accroche pas et lâche celui qu'il portait aux nues: Coup de coeur connaîtra un échec retentissant et ruinera le maestro, qui prendra une quinzaine d'années, dit-on, pour éponger la totalité de ses dettes. Dommage ! Cet opus a bien des qualités. Il raconte l'histoire (banale) d'un couple qui fête ses cinq ans et, à l'occasion, entame une dispute sur le thème des cadeaux. Aussitôt après, Frannie traîne son chagrin chez une copine, tandis que Hank s'installe chez un copain. Les deux finiront bien sûr par se laisser reprendre par le goût de l'aventure. Bon... le moment est venu de vous dire que toute l'affaire est censée se dérouler à Las Vegas, que l'on surnomme parfois La ville du péché.

Ne craignez rien: il n'est en aucun cas question ici de bondieuseries ! Bien au contraire, le rythme trépidant du récit rend l'idée adultérine presque agréable: elle est à tout le moins le prétexte à une débauche d'effets visuels et sonores, qui ont eu sur moi un effet de fascination. Le constat s'impose dès les toutes premières scènes: Coup de coeur est d'abord un film conçu pour la musique, un nombre très important de chansons de Tom Waits (en solo ou en duo avec Crystal Gayle) alimentant la B. O. et explicitant les sentiments des personnages. Personnellement, le résultat m'a d'autant plus séduit que les images brillent de mille feux, le tournage dans un décor en carton-pâte autorisant un fort impressionnant jeu sur les lumières et couleurs. Pour qui se laisse saisir par l'émotion, il y a de la magie, là-dedans ! Côté casting, Teri Garr et Frederic Forrest, que j'ai en fait découverts pour l'occasion, m'ont convaincu, et je souligne la présence d'un duo promis à un avenir radieux: Nastassja Kinski et Harry Dean Stanton. Serait-ce assez pour vous convaincre ? Je l'espère très sincèrement...

Coup de coeur
Film américain de Francis Ford Coppola (1982)
Un joli film plein de couleurs qui parle avec une certaine emphase d'amour en musique... oui, ça vous dit quelque chose ? Ces images m'ont rappelé celles de La La Land, que j'avais beaucoup aimé aussi. Attention: nous ne sommes pas ici dans le registre de la comédie musicale (les personnages ne chantent pas). Mais l'hommage vibrant rendu au cinéma des studios m'a touché. Une réhabilitation s'impose !

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Si vous voulez aller plus loin...

Vous trouverez une autre chronique du film chez "L'oeil sur l'écran". Ideyvonne, elle, a parlé de Dean Tavoularis, son directeur artistique. 

samedi 24 novembre 2018

Un temple du cinéma

Vous vous souvenez ? Il y a peu, je me suis octroyé une petite pause sans blog. Parmi les choses que j'ai faites loin des écrans, il y en a une que j'avais envie de vous raconter: j'ai passé deux jours à Turin. Avec mes parents, c'était notre tout premier séjour dans cette ville d'Italie. Un peu speed, mais très sympa, malgré une météo maussade.

Près de 900.000 personnes vivent là-bas, d'après Wikipédia. Place forte industrielle, la capitale du Piémont n'a pas un look de carte postale. Pourtant, pour qui y erre sans intention précise, ses charmes sont multiples: traversée par le Pô, la cité dévoile son fort caractère historique grâce à de nombreux beaux bâtiments anciens. Les têtes couronnées qui y ont vécu et régné tour à tour sur la Savoie, la Sicile, la Sardaigne et l'Italie unifiée, ont laissé une empreinte indélébile. Maintenant, au-delà des palais, places de dimensions très généreuses et rues piétonnes, ce qui m'a frappé reste le très grand nombre d'arcades, fort utiles d'ailleurs... pour se protéger du mauvais temps !

Bon... peut-être l'avez-vous compris: si je vous en parle, c'est aussi parce que j'ai profité de ce mini-voyage pour entretenir notre passion commune, en visitant la Mole Antonelliana. Cet édifice majestueux est l'un des symboles de l'Italie toute entière - il apparaît sur la face des pièces de deux centimes d'euros. Commandé par la communauté judaïque en 1863, il devait abriter un lieu de culte et une école. Depuis presque le premier jour, son histoire est riche en péripéties. Finalement, sous sa flèche à 167,5 mètres de haut, il est devenu l'un des grands temples du septième art: le Museo Nazionale del Cinema. C'est un lieu très couru: le mieux est peut-être de s'y rendre assez tôt dans la journée, car il n'est pas exclu de faire la queue pour entrer. Oui, mais vous pouvez me croire quand je dis que cela vaut la peine !

La visite démarre par ce qui est appelé "l'archéologie du cinéma". Théâtre d'ombres, praxinoscopes, premières machines et inventions consacrées à l'optique et au mouvement, la quantité d'objets présentés dans cette (vaste) section est tout à fait impressionnante ! Pour le bonheur et la surprise de tou(te)s, une partie de la collection n'est pas seulement exposée, mais aussi manipulable. Difficile donc de résister à cette proposition de chausser un temps des lunettes stéréoscopiques pour la découverte de la 3D primitive, par exemple. Sans surprise, mais avec justesse, ce premier labyrinthe de salles évoque aussi l'apport des frères Lumière. On y passerait des heures...

Mis en appétit, on rebrousse alors chemin et on emprunte une volée d'escaliers que, dans un premier temps, on avait laissée de côté. Arrivé en haut des marches, je me suis senti un peu comme une star invitée à son premier Festival de Cannes, saisi d'une émotion forte devant la magnificence de la partie centrale du musée: une salle immense à partir de laquelle on accède à d'autres lieux d'exposition. Avant d'entrer dans le vif du sujet, ou après l'avoir fait, il est possible de prendre un temps de pause dans l'une des nombreuses chaises longues (dotées d'écouteurs) mises à notre disposition, pour profiter d'innombrables extraits de films en tout genre, de toutes les époques et de tous les pays. L'atmosphère est, ma foi, absolument magique ! De fait, on ne peut que lever les yeux, vers les écrans et les étoiles...

À ce stade, plusieurs petites salles thématiques nous sont accessibles pour en savoir encore davantage sur les différents types d'histoires que le cinéma peut nous raconter. Mieux: longue de plusieurs dizaines de mètres, une rampe hélicoïdale nous ouvre la voie vers les espaces supérieurs, où une belle partie de l'exposition nous initie à la manière de fabriquer un film. Intelligemment, un court-métrage est utilisé comme support pour une explication de toutes les composantes artistiques et techniques d'une oeuvre filmique. Quatre longs couloirs remplis de photos et d'objets emblématiques favorisent l'immersion dans ce making of grandeur nature, le résultat final restant à portée de vue, sur des écrans diffusant des extraits des meilleurs classiques. Là encore, on trouvera également quelques installations interactives !

Juste un étage au-dessus, on en prend à nouveau plein les mirettes grâce à une incroyable collection d'affiches originales. Le Musée n'expose qu'une partie de ses richesses, un autre lot restant à l'abri dans ses réserves, mais à découvrir également grâce à une vitrine interactive... que je n'ai pas vue. J'ai néanmoins pris un plaisir indéniable à arpenter cette partie de l'établissement, en m'amusant parfois d'un visuel un peu kitsch et en jouant à reconnaître les titres originaux (ou français) derrière les libellés en italien. D'une manière générale, je suis resté admiratif devant la grande qualité du travail des anciens illustrateurs. Il est indéniable que les temps ont changé...

Heureusement pour les passionné(e)s, le Museo Nazionale del Cinema est un lieu en mouvement, qui donne donc à voir des expositions temporaires de grande qualité, en vis-à-vis de son fonds permanent. Quand j'y suis allé, une multitude d'écrans ornait la fameuse rampe hélicoïdale pour parler des liens entre le septième art et la musique. Avis aux amateurs: tout cela restera accroché jusqu'au 7 janvier. Autre aspect des lieux que j'ai négligé: un ascenseur en verre permet aux courageux de défier leur vertige en rejoignant une plateforme située à 70 mètres de haut, en extérieur, sur la Mole Antonelliana. Rien interdit de commencer la visite par cette étape. L'expérience vaut même à elle seule le détour, offrant la possibilité d'admirer Turin depuis l'un de ses points les plus hauts: un véritable décor de cinéma !

Au sortir de cette escapade, je suis bien évidemment très heureux d'avoir découvert ce musée, d'autant que, venu sans idée préconçue ou renseignement préalable, je me suis largement laissé surprendre par ce qu'il choisit de mettre en avant. Pour tout dire, je m'attendais à ce que le cinéma italien occupe davantage le devant de la scène. Naturellement, les films (et artistes) transalpins ont toute leur place parmi les milliers de pièces exposées, mais c'est bien un panorama élargi de la création d'images en mouvement qui attend le profane. L'incroyable nombre de films iconiques mis en valeur fait que chacun peut probablement en apercevoir quelques-uns qui lui sont familiers. Pas besoin, en réalité, d'être un expert pour en profiter pleinement. La suite est affaire de curiosité et d'endurance, une visite intéressée nécessitant au moins, à mon très humble avis, deux ou trois heures. Pour terminer, j'ai pris une grave décision: celle d'y replonger un jour.

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Un tout dernier mot sur les images...
Je reconnais que j'ai pioché la première et la quatrième sur Internet. Ami photographe, si tu y as reconnu son travail, je peux tout retirer sur simple demande. Enfin, tout sauf la vue générale sur Turin, saisie par mon papa, et les cinq autres photos... que j'ai faites au passage !

jeudi 22 novembre 2018

Plouf plouf

Je trouve toujours assez compliqué de dire du mal des gentils films. Évacuons cette difficulté tout de go: Le grand bain est un gentil film qui ne m'a pas totalement convaincu. J'aurais aimé l'aimer davantage. Je ne suis pas vraiment parvenu à "entrer dedans". Trop de monde sur l'écran et pas assez de feeling dans la salle de cinéma. Navrant...

Je vais tenter de mieux m'expliquer. Film de groupe, Le grand bain repose sur cette idée un peu dingue de faire d'une bande de paumés l'équipe lauréate d'une grande compétition de natation synchronisée. L'intention comique initiale serait justement de parier sur des mecs pour s'illustrer dans un sport de gonzesses (d'après les machos, oui !). Sitôt lancé, le long-métrage nous parle d'incongruité: une séquence introductive file allégrement la métaphore du cercle non insérable dans le rectangle. Ensuite, on nous invite à rencontrer un nouveau dans le clan des habitués de la piscine, pour admettre du même coup que la fréquentation du milieu aquatique a des vertus thérapeutiques sur les déglingués de la vie sociale. OK. Cela peut être drôle, oui. Seulement, le récit passe beaucoup de temps sur certains, bien moins sur d'autres et ne parle finalement que tardivement du collectif. Aucun acteur ne tire la couverture à lui: c'est tout à leur honneur. Seulement voilà: le film de potes attendu n'est pas au rendez-vous...

Las ! L'autre promesse du pitch n'est également qu'à moitié tenue. Les bandes-annonces du film m'avaient laissé entendre que les gars auraient la vie dure avec leurs coachs: des nanas ! Bon... je n'ai rien à redire sur la prestation de Virginie Efira et pas davantage sur celle de Leïla Bekhti, mais leurs personnages sont vraiment caricaturaux ! Plus enquiquinant encore, je me suis finalement dit que les garçons s'en seraient sortis sans elles, qui ne les accompagnaient en réalité que pour panser leurs propres blessures intimes. Bref, en un mot comme en cent, j'ai trouvé Le grand bain franchement déséquilibré. Attention: tout n'est pas à jeter pour autant. Voir Philippe Katherine jouer les neuneus m'a bien plu, de même que certaines des scènes avec un Benoît Poelvoorde un peu canalisé ou un Jean-Hugues Anglade sobre et touchant. Mathieu Amalric ? Fébrile... comme d'habitude. Guillaume Canet, Alban Ivanov, Félix Moati ? Corrects, sans plus. Reste l'inconnu Thamilchelvan Balasingham: petit rôle, belle présence.

Le grand bain
Film français de Gilles Lellouche (2018)

La première fois que j'ai entendu parler de ce film, c'était il y a plus d'un an, grâce à un dossier de douze pages dans un mag cinéma. Sélectionné hors-compétition à Cannes, il a eu une belle exposition ! Disons donc que, respectable, il n'est pas à la hauteur des attentes. The full monty, auquel il est comparé, était meilleur, de mémoire. Une autre option chorale rigolote ? Pride - ou bien le méconnu Sumô

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Maintenant, un bémol à mon propos...
Le film fait un carton: il avait déjà attiré 3,5 millions de spectateurs après quatre semaines d'exploitation. Si vous voulez lire d'autres avis que le mien, Pascale, Dasola, Princécranoir et Strum vous attendent !

mardi 20 novembre 2018

C'était Freddie

J'ai découvert le groupe britannique Queen avec le dernier album sorti du vivant de son leader - Innuendo (1991). Je me suis ensuite pris d'une véritable passion pour Freddie Mercury et ses trois comparses musiciens, écoutant chaque pièce de leur incroyable oeuvre musicale commune et me renseignant sur ce qu'ils furent en tant qu'hommes...

Queen a accompagné mes années d'étudiant et je suis bien content d'avoir acheté chacun de leurs albums studio, même si je l'ai donc fait avec jusqu'à une quinzaine d'années de retard, même si les CD avaient remplacé les vinyles, même si je ne les écoute plus beaucoup. Bien que je ne me considère pas vraiment comme un fan, apprendre qu'un film allait être tourné pour revenir sur cette carrière artistique de premier plan ne pouvait évidemment pas me laisser indifférent ! Je suis allé voir Bohemian Rhapsody le jour de sa sortie française ! J'ai lu depuis lors toutes les anecdotes sur sa production compliquée. Et j'essaye de ne pas trop y repenser pour juger du film, tel qu'il est...

Malgré tout, deux éléments de la coulisse me paraissent importants pour bien (mieux ?) le comprendre. 1) Il porte le titre de la chanson emblématique du groupe, une oeuvre folle écrite par Freddie Mercury himself, objet de la rupture entre le groupe et sa maison de disque d'alors. Nous étions en 1975 et Queen tout entier chanterait bientôt sous un autre label. 2) Le film Bohemain Rhapsody a été co-produit par deux des membres survivants du groupe, le guitariste Brian May et le batteur Roger Taylor - le bassiste, John Deacon, étant en retrait depuis maintenant une vingtaine d'années. Voilà... ce long-métrage qui nous est proposé aujourd'hui, je veux le voir comme un hommage tardif de May, Taylor et Deacon à leur pote Mercury. Le chanteur occupe encore le devant de la scène. Et avec toute son extravagance !

Autant vous le dire: des choix radicaux ont été faits du point de vue scénaristique. Cela peut décevoir: un pan important de leur parcours reste dans l'ombre (essentiellement les dernières années, en fait). Plus étonnant à mes yeux, la vie privée du charismatique Mercury paraît parfois "simplifiée", si ce n'est aseptisée. En y repensant quelques jours plus tard et en parlant autour de moi, je n'y ai pas vu d'auto-censure de la part des autres membres du groupe. Leur ami était homo ? Bisexuel ? Toxicomane ? Oui, et alors ? C'était Freddie. Bohemian Rhapsody s'intéresse moins à sa personnalité tourmentée qu'à son génie créatif. Au passage, l'évocation de ses origines sociales modestes et, bien sûr, la révélation de sa séropositivité finissent par le rendre plus attachant encore. Mouchoirs non exclus...

Certains regretteront sans doute que le film se destine principalement aux fans du groupe et de son incroyable meneur: je peux l'admettre. Personnellement, je dois dire que j'aurais bien aimé réentendre certaines chansons méconnues... mais la BO ressemble à un Best of. Tant pis ! Bohemian Rhapsody reste toutefois une très belle réussite dans la mesure où les quatre acteurs s'avèrent à la fois respectueux de leurs modèles... et convaincants ! Rami Malek, qui n'a jamais été le tout premier choix pour jouer Mercury, entre pourtant dans la peau du personnage avec vigueur et talent, bien au-delà d'un mimétisme désincarné. En équipe, Gwilym Lee, Ben Hardy et Joseph Mazzello brillent, eux aussi, en May, Taylor et Deacon. Un vrai casting rock ! Je salue d'autant plus ces comédiens que je ne les connaissais pas auparavant: c'est ainsi que se révèle la magie du cinéma, parfois. Juste après, c'est comme pour la musique: une fois qu'on y a goûté...

Bohemian Rhapsody
Film américano-britannique de Bryan Singer (2018)

Mon bilan est donc largement positif, même si le film reste fort sage. Les amateurs de rock en anglais qui chercheraient une alternative pourront se rabattre sur Control autour de Joy Division, découvrir Killing Bono (et en apprendre de belles sur U2) ou appréhender l'avant-Beatles par la grâce du très sympathique Nowhere boy. Comment ? Vous préférez la pure fiction ? Soit. Bien des options possibles, jusqu'au méconnu Frank. Ma préférence à moi ira à Once !

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Sans plus de cérémonie, je suis allé voir ailleurs...
J'ai ainsi trouvé une autre chronique très positive chez l'amie Pascale.

lundi 19 novembre 2018

Une improbable rencontre

Était-ce Quentin Tarantino ? Les deux ? Ou juste lui ? Il me semble que Luc Besson avait dit un jour qu'il ne réaliserait que dix films. D'aucuns lui suggèrent de s'arrêter, puisqu'il en est à dix-sept longs aujourd'hui... et encore, c'est sans compter ceux qu'il a produits. Depuis le début des années 80, ça fait malgré tout une belle carrière !

Je dis "malgré tout", car il me semble que le cinéaste est controversé depuis toujours et pour chacune de ses réalisations. Je dois avouer que son travail ne m'enthousiasme jamais follement, même si j'aime m'y frotter parfois pour en juger en meilleure connaissance de cause. C'est dans ce contexte que j'ai eu l'occasion de découvrir Angel-A. Neuvième création made in Besson, il entre dans les clous explicités précédemment. Son scénario tourne autour d'un jeune gars, menacé par ses dettes non remboursées à quelques types peu fréquentables. Ce gars, c'est André, alias Jamel Debbouze, avec son phrasé habituel. Comme toujours chez Besson, une femme ne va pas tarder à entrer dans le jeu, sauvée du suicide d'abord, possible bienfaitrice ensuite. La façon dont Luc Besson la filme reste de fait vraiment... discutable.

Pourtant, j'ai accroché à cette histoire. Bon... je n'ai pas l'intention d'affirmer qu'elle exprime tout le génie de son inventeur, mais juste de dire que j'ai passé un assez bon moment devant ce conte citadin. Objectivement, la subtilité est restée au vestiaire, mais j'ai vu d'assez belles choses quand même et défendrai notamment la photo noir et blanc de Thierry Arbogast (même si elle frôle parfois le cliché). Arrivé par hasard dans ma collection DVD, Angel-A m'a donc surpris positivement, en somme. Après, la signature Besson est toujours là et l'actrice principale, Rie Rasmussen, ne devient pas une révélation formidable, mais demeure... un mannequin qui s'essaye au cinéma. Le regard porté sur elle est assez naïf et parfois bien peu valorisant. C'est du cinéma geek, en fait, à la limite de l'immaturité et bien loin des références classiques auxquelles il peut sembler faire référence. Cela aura suffi à me satisfaire ! Je devais être bien luné, ce soir-là...

Angel-A
Film français de Luc Besson (2005)
Vous hésitez ? Je comprends. Je note généreusement, mais j'admets que ce programme puisse aussi rebuter. Ce n'est pas un GRAND film. Sincèrement, si vous aimez les contes modernes, La vie est belle reste toujours un incontournable absolu, 71 ans après sa sortie. J'aime autant préciser que c'est Luc Besson qui le cite... et pas moi. Autant l'ajouter: lui est bien loin d'atteindre la grâce de Frank Capra !

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Et si on parlait du Movie Challenge ?

Hop, case n°4: "Personne ne s'attendait à ce que j'aime le film" ! Franchement ! Je ne m'y attendais pas moi-même ! C'est vous dire...

Je vous propose de finir en contrepoint...
Ce sera l'occasion de constater que Pascale, elle, a détesté cet opus.

dimanche 18 novembre 2018

L'enfant perdu

Guillaume Canet ne m'est pas antipathique, mais je le trouve fadasse comme acteur. J'ai toutefois regardé Mon garçon, un film avec lui sorti l'an dernier, pour remettre en question cette idée préconçue. Malheureusement, j'ai trouvé le résultat assez peu probant. Honnête sans doute, mais sans génie. Comme je perçois le comédien, voilà...

Pour ainsi dire, Guillaume Canet se trouve ici sur un terrain familier. C'est en effet son troisième film avec le cinéaste Christian Carion. Cette fois, il s'agit pour l'interprète d'entrer dans la peau d'un père divorcé dont l'enfant, confié aux bons soins de la maman, a disparu lors d'un camp de vacances. Le récit débute sans image, par la voix éplorée de cette mère laissant un message sur un répondeur téléphonique. L'idée n'est pas originale, mais le "concept d'ensemble" l'est davantage: Guillaume Canet n'avait eu droit qu'à quelques pages pour se faire une idée de ce qu'il allait devoir jouer, le scénario complet ne lui étant révélé qu'au fur et à mesure. Mystère, mystère...

Le problème, c'est que cette technique ne débouche sur rien de neuf. Assez prévisible dans son déroulé, le film se laisse certes regarder sans difficulté, mais sans passion non plus. Mon garçon m'est apparu beaucoup trop linéaire pour faire monter une vraie et forte tension. Après, encore une fois, Guillaume Canet est correct, mais se contente d'un registre assez sage pour exprimer des émotions complexes. Franchement, je ne lui en veux pas: le peu d'inventivité du scénario cantonne son jeu à ce qu'on a déjà vu ailleurs (et parfois en mieux). Tourné rapidement, monté au cordeau, le film a au moins le mérite de ne pas trop délayer son propos et de rester constant sur ce côté brut de décoffrage: il dure moins d'une heure trente - un vrai atout. Cela étant, il paraît avoir un peu sous-exploité son cadre montagnard.

Mon garçon
Film français de Christian Carion (2017)

Faut-il parler de déception ? Non, car je n'attendais pas grand-chose. Comme je l'ai dit, la brièveté du film lui sauve la mise. Si le thriller montagnard peut vous intéresser, L'amour est un crime parfait pourrait être un plan B acceptable. Mouais... à propos d'enfant disparu, tout cela n'égale pas la noirceur de Prisoners. Est-ce le genre qui "coince" ? Ces deux films-là n'ont pas davantage fait l'unanimité...

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Je vous livre un lien pour en savoir plus...

Vous pourrez dès lors confronter mon avis à celui de l'amie Pascale.