lundi 23 octobre 2017

Partir, survivre, revenir ?

Question: vous êtes-vous déjà imaginé que la Terre puisse manquer de nourriture au point que l'existence de  l'humanité soit menacée ? C'est l'une des hypothèses de départ d'un film que j'ai découvert tardivement: Interstellar. J'avais loupé ce blockbuster de la fin 2014 au cinéma. Je ne l'ai donc vu qu'à la télé, en "séance de rattrapage"...

J'ai apprécié le début, quand l'avenir de toute l'espèce reste suspendu à sa faculté à trouver d'autres sources d'alimentation. Il faut attendre un moment avant qu'une possible solution soit formulée. On y croira seulement en acceptant les postulats science-fictionnels du scénario qui la met sur la table: l'homme s'en sortira s'il se montre capable d'identifier une planète de repli et d'y déplacer tous ses congénères ! Sinon, il ne pourra que rencontrer la mort, sauf à essayer de sauver sa peau autrement, en recréant la vie dans une autre galaxie, à partir de quelques centaines d'embryons humains préalablement congelés. Voilà... en supplément, Interstellar nous offre une histoire d'amour complexe entre un père astronaute prêt à tous les risques et sa fille décidément trop triste de voir partir son papa chéri. Mon ton ironique ne doit pas masquer la vérité: malgré quelques scènes larmoyantes dont je me serais bien passé, le film m'a plu. Je l'ai trouvé intelligent.

Pour être très clair, c'est quand une expédition s'envole vers l'espace que le long-métrage décolle réellement. Le fait qu'il s'appuie alors notamment sur un jargon technique un peu abscons pour les profanes n'a heureusement pas altéré mon plaisir: j'ai bien compris l'essentiel. C'était cool aussi de voir une bonne galerie d'actrices et d'acteurs impliqués: Jessica Chastain, Matthew McConaughey, Casey Affleck, Michael Caine, Matt Damon, Anne Hathaway... oui, le cast fait le job. Vous noterez que le film dure plus de deux heures et demie: on a donc tout le temps de les observer à l'oeuvre, sans que ce soit lassant. C'est un peu avant la fin, au moment où il résout une énigme posée au tout début, qu'Interstellar m'a paru (un peu) moins convaincant. Pas de quoi bouder mon bonheur ! Et puis, il fallait bien introduire quelques considérations scientifiques là-dedans ! Je vous conseillerai de ne pas chercher à démêler ce qui relève véritablement du champ de la connaissance de ce qui est issu de l'imagination d'un auteur. C'est en le considérant "au premier degré" que j'ai aimé ce spectacle !

Interstellar
Film américain de Christopher Nolan (2014)
Double (petit) miracle: j'ai aimé un - autre - film de Christopher Nolan et je me suis laissé prendre au jeu de la science-fiction pure et dure ! Juste pour nuancer le propos, je vais tout de même reconnaître publiquement que, du côté spatial, je préfère encore Premier contact ou ce vieux coucou de Rencontres du troisième type. Moins incarné selon moi, le film rappellerait plutôt Seul sur Mars, en plus sérieux...

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Je vous le confirme: j'arrive après la bataille...
Pascale, Tina, Sentinelle, Strum et Lui ont vu Interstellar avant moi !

dimanche 22 octobre 2017

Du non-usage de la couleur

Je discute parfois avec ma mère de ce que l'utilisation de la couleur apporte au cinéma. Ainsi, à partir d'exemples choisis, nous devisons gaiement sur la manière dont elle peut servir le film, par sa présence remarquable ou, au contraire, son absence. Le sujet me passionne. Je dois à la vérité de dire que nous ne sommes pas toujours d'accord !

Est-ce l'effet de cette seule option esthétique ? Quand Maman a suivi mon conseil et regardé La barbe à papa, elle a cru découvrir un film plus ancien qu'il ne l'est en réalité. Je crois pour ma part que le fait que l'action se déroule au cours de la Grande Dépression consécutive au krach boursier de 1929 contribue en premier lieu à créer l'illusion. Du coup, je suis sûr que le noir et blanc du film correspond au désir de Peter Bogdanovich et de son directeur photo, Laszlo Kovacs. Simple constat: les cinq autres films de ce duo sont tous en couleur. L'exception m'a plu telle qu'elle s'est présentée à moi, ce qui revient finalement à dire que je ne saurais la repenser sous une autre forme !

Les temps modernes / Charles Chaplin / 1936
Au tout début, les artistes de cinéma n'avaient certes pas le choix. C'est une lapalissade que de dire que, malgré l'absence de toute teinte vive sur les écrans, le septième art a su faire sensation et marquer les esprits dès ses origines. Dites donc, vous voudriez voir L'aurore ou Les temps modernes dans une version colorisée, vous ? Pas moi. Aujourd'hui comme hier, il me semble qu'un noir et blanc bien utilisé contribue significativement à l'émotion. Peut-être que cela tient aussi du frisson de nostalgie devant une technique ancienne, allez savoir. J'ai toujours aimé les petits bouts de ficelle qui font les grands films. Monochromes, les coutures passent parfois inaperçues. Je m'évade...

Frantz / François Ozon / 2016
Bien entendu, j'aime aussi quand lesdites coutures sont apparentes. Aujourd'hui que les films peuvent passer à la moulinette numérique pour gommer la plus petite des aspérités, j'apprécie le noir et blanc quand il est un outil délibéré de mise en scène, dicté par une raison que je ne comprends pas toujours, mais que je tiens à respecter. L'exemple parfait: Certains l'aiment chaud ! C'est un fait: la couleur a toujours été utilisée, même quand, jadis, elle était très coûteuse. Dans des films récents, tels Kill Bill ou Frantz, elle surgit au détour d'une scène et détonne, quitte à sembler alors artificielle ou déplacée. Elle ne peut en tout cas devenir la condition sine qua non du plaisir...

Psychose / Alfred Hitchcock / 1960
Quand, il y aura bientôt vingt ans, Gus van Sant a choisi de tourner un remake de Psychose, j'ai salué son audace (relative) à reproduire presque chaque plan à l'identique, mais je n'en ai pas perçu l'intérêt. Conservatisme ou non, il me semble que l'introduction de la couleur n'apporte rien à un thriller déjà implacable en noir et blanc. L'histoire officielle dit qu'Alfred Hitchcock, lui, fit ce choix pour que son film apparaisse moins violent. Très honnêtement, j'ai du mal à y croire. Vous le vérifierez avec The barber: nul besoin que le sang soit rouge pour que l'on frémisse. C'est ce paradoxe qui fait la magie du cinéma. Chaque peintre composera sa palette librement. Pourvu que ça dure !

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Et maintenant, la parole vous est rendue...
Je serais curieux de connaître vos grands classiques du noir et blanc. J'insisterai sur un point: leur date de sortie n'a ici aucune importance.

vendredi 20 octobre 2017

Complices

Le film d'aujourd'hui démarre comme un Woody Allen: le générique s'inscrit en caractères blancs sur fond noir, accompagné d'un standard du jazz que les initiés identifieront peut-être (It's only a paper moon). Sous son titre français, La barbe à papa cache une sucrerie cinéma que j'ai découverte il y a peu grâce à Arte... et avec un grand plaisir !

Dans un village de l'Amérique dite profonde, la petite Addie Loggins vient de perdre sa maman. Un type inconnu de passage dans le coin rend un drôle de dernier hommage à la défunte et emmène la gamine avec lui pour la conduire chez sa tante, un ou deux États plus loin. Rapidement, le scénario révèlera sa vraie nature: celle d'un arnaqueur à la petite semaine, dont la protégée deviendra alors... la complice ! Malgré la (relative) immoralité de cet argument, La barbe à papa avance comme l'un de ces road movies tendres et jubilatoires qui font le sel du cinéma américain. S'il est venu trop tard pour être l'étendard de l'âge d'or hollywoodien, le long-métrage recèle aussi d'un soupçon de cette mélancolie à laquelle je suis si sensible. Il s'inscrit d'ailleurs dans le cadre historique de la Grande Dépression, avec une empathie pour les petites gens qui peut rappeler les romans de John Steinbeck. L'intrigue ne serait pas vraiment transposable dans la vieille Europe...

Je crois aussi que le film ne serait pas le même avec d'autres acteurs que le formidable duo Ryan / Tatum O'Neal. Je serais prêt à parier que le père et la fille se sont bien amusés à se donner la réplique. Incontestablement, le lien filial qui les unit de fait dans la "vraie vie" apporte un supplément d'âme au film, qui suggère bien sûr qu'il existe également entre les deux protagonistes, mais ne le confirme jamais. Moses Pray pourrait n'être qu'un papa de substitution: la dynamique du tandem serait, elle, strictement identique. Elle s'avère si efficace que la jeune actrice fut nommée à l'Oscar du meilleur second rôle féminin et... en devint la plus jeune lauréate, à dix ans seulement. J'ajoute que, pour mon plus grand bonheur, les quelques personnages secondaires sortent du lot et ajoutent à l'émotion. La barbe à papa est enfin une grande réussite formelle, portée par un noir et blanc d'une incroyable beauté. Grands et petits l'apprécieront pareillement !

La barbe à papa
Film américain de Peter Bogdanovich (1973)

Dans ce qu'il dit de la relation entre un homme et une môme, le film annonce presque les somptueux Paris, Texas et Un monde parfait. Le fait qu'il se déroule sur les routes y est pour beaucoup, of course. Oui, cette improbable escapade est un vrai cadeau, qui m'a laissé souriant et un peu nostalgique aussi. La toute fin, c'est du bonheur. Du même réalisateur, je recommande vivement La dernière séance !

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Vous aimeriez rouler encore un peu ?

Bonne nouvelle: c'est possible, grâce notamment à "L'oeil sur l'écran". 

mercredi 18 octobre 2017

Sous la peau

Ce n'est pas forcément tout à fait justifié, mais j'ai l'impression aujourd'hui de m'attaquer à un assez gros morceau. Mon petit vécu cinéphile ne m'empêche pas, parfois, de ressortir d'une projection franchement plus perplexe que je ne l'étais au moment d'y entrer. C'était le cas par exemple après que j'ai découvert Upstream color...

Précision: choisi par la présidente de notre association, ce film étrange, vu à la Berlinale et au Festival de Sundance, a été diffusé lors de la deuxième soirée de notre saison 2017-2018. Je constate que la presse professionnelle lui a plutôt réservé un bon accueil. L'ennui, c'est que, pour ma part, je me suis vite senti vraiment perdu dans sa grande bizarrerie. De fait peu ragoûtant, le scénario tourne vaguement autour d'êtres humains ordinaires, hommes et femmes victimes d'infections sous-cutanées causées par... des lombrics ! D'autres scènes montrent des cultivateurs d'orchidées ou un éleveur porcin muré dans son refus de vendre ses bêtes. Il existe un lien entre ces histoires dans l'histoire, bien sûr, mais Upstream color joue au plus fin et prend un malin plaisir à brouiller nos perceptions...

Tout cela est parfois très joli, c'est vrai, mais je suis resté dubitatif. C'est peut-être idiot de le dire ainsi, je l'admets, mais ce cinéma d'allure expérimentale m'interroge sur sa finalité. Lors du débat consécutif à notre présentation du film, j'ai noté aussi que d'autres que moi avaient accroché et apprécié le spectacle. Il s'est trouvé également quelques voix, plus sévères que la mienne, pour parler d'Upstream color comme d'un bête objet de mode, voué à un oubli rapide et définitif. Bref, pas d'unanimité et après tout, tant mieux ! Je trouve bien que le septième art puisse encore nous surprendre. Disons que, pour cette fois, la dose était un peu forte à mon goût ! Cela m'aura incité à aller vite vers autre chose, mais sans amertume. Je suis un peu passé à côté. Je ne vois pas de quoi en faire un foin...

Upstream color
Film américain de Shane Carruth (2013)

Pas d'erreur: le film a mis quatre ans pour traverser l'Atlantique. Notez que, si j'en crois ma présidente, Primer, le tout premier opus du même réalisateur, serait encore plus difficile à comprendre ! Personnellement, ma référence de l'étrangeté avec des créatures dissimulées sous une peau étrangère reste toujours Under the skin. Je ne me frotterai pas tous les jours à ce type de cinéma alternatif...

lundi 16 octobre 2017

L'impossibilité d'une île

Les biopics consacrés aux artistes semblent avoir le vent en poupe. Honnêtement, je n'ai pas hésité avant d'aller voir Gauguin - Voyage de Tahiti. J'apprécie le peintre, mais, surtout, j'ai trouvé bonne l'idée de le ressusciter au coeur des îles polynésiennes qui l'ont tant inspiré. Même si, ainsi, on ne montre là qu'une toute petite partie de sa vie...

Vous voulez le contexte ? En 1891, après avoir exercé divers métiers comme docker ou agent de change, Gauguin n'a plus un sou vaillant. La peinture, à laquelle il se consacre désormais entièrement, peine franchement à subvenir à ses besoins matériels, d'autant plus élevés qu'il a une femme et déjà cinq enfants ! Plutôt tourmenté, l'artiste voudrait mieux faire et, surtout, retrouver enfin une vraie flamme créatrice. Finalement, sans attendre le groupe des quelques amis censés l'accompagner, il s'embarque à destination de Tahiti, persuadé qu'il pourra vivre là-bas sous la protection d'une nature bienveillante. En ce sens, Gauguin... est bel et bien le récit d'une utopie. Sincère dans sa démarche, même si critiquable sans doute, l'homme découvre une terre neuve pour lui, sauvage, mais d'abord assez accueillante. C'est l'intelligence et le mérite du film de ne jamais la montrer vraiment comme nous pourrions l'imaginer en mode "carte postale"...

En réalité, c'est même presque tout le film qui s'avère anti-glamour. Même la grande beauté de la femme que Gauguin trouve rapidement dans la communauté tahitienne n'y change rien: j'ai eu le sentiment qu'à quelques rares scènes près, liées justement à ce contact intime avec la population locale, tout était terne et sans vie véritable. D'ailleurs, sauf parfois à l'arrière-plan, on ne voit que peu de tableaux du maître, bien que ce dernier soit presque toujours au travail. Conséquence: plutôt qu'un témoignage de son génie, c'est le souvenir de l'échec de son projet de vie que le scénario apporte, fatalement. Malgré tout soigné sur la forme, Gauguin... peut alors être discuté quant au fond: les choix narratifs qui ont été opérés incitent à voir l'artiste comme un brave type un peu paumé, plombé par la maladie et des rêves trop grands. La réalité était assurément plus complexe et moins reluisante, l'homme n'hésitant pas à évoquer ses relations sexuelles répétées avec une fille de 13 ans et d'autres adolescentes. On peut regretter que ce film très digne néglige cette part d'ombre...

Gauguin - Voyage de Tahiti
Film français d'Édouard Deluc (2017)

Je n'ai encore rien dit de Vincent Cassel, fièvreux comme d'habitude et très impliqué dans son interprétation: je l'ai trouvé très bon. Pourtant, pour l'avoir entendu avant de voir le film, j'ai appris alors qu'il ne se reconnaissait pas dans l'enfant et le sauvage que Gauguin disait être. Bref... cela n'enlève rien à cette réussite, au contraire. Pour retrouver la Polynésie au cinéma, je vous suggère aussi Tabou

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Et si cela vous tente de remettre les voiles...

Vous pouvez tranquillement voguer jusqu'au blog de l'amie Pascale.

dimanche 15 octobre 2017

Des fleurs, des sentiments

Une chronique de Joss

Entre magnésium, vitamine C et gelée royale, la cure de bonne humeur préventive d'automne se poursuit ce mois-ci sur Mille et une bobines avec une nouvelle comédie latine: Pain, tulipes et comédie. Elle a obtenu le David di Donatello du Meilleur réalisateur et du Meilleur scénario, ainsi que le Ruban d'argent des mêmes catégories.

Oubliée sur une aire d'autoroute italienne par son groupe de touristes autocaristes (dont son propre mari, macho indécrottable, son fils, adolescent insupportable, et une grande partie de sa belle-famille), la jolie Rosalba (Licia Maglietta) prend goût à l'aventure en solo. De stop en stop, détournant l'idée de rejoindre l'autocar à Rome, et même de réintégrer le domicile conjugal, la voilà qui se retrouve au cœur de Venise où elle fait la connaissance d'un étrange serveur islandais, Fernando (Bruno Ganz). Celui-ci l'hébergera pour quelques nuits. Et tandis que Mimmo, l'époux délaissé, tente de mettre un improbable détective sur le coup, Rosalba découvre un job et une tribu d'amis…

Caricatural dans le bon sens, celui d'un casting très ciblé, mais avant tout diversifié et joyeux sans vulgarité. Et surtout tellement bien servi. Non seulement par le couple Maglietta-Ganz, mais aussi par le personnage pathétique d'Antonio Catania (Mimmo), la gouaille de Marina Massironi, et de l'ensemble du groupe constitué avec tant de justesse. Et si certaines critiques l'ont taxé en leur temps de "balourdise décourageante", le film assume. Il emprunte au burlesque sur le fil d'une ballade poétique bien amenée… et bien conduite ! La visite du site antique de Diane où la conversation de Mimmo et son fils donne le ton en déviant sans complexe sur le registre des collections de sanitaires (négoce familial), ou encore les sujets d'intérêt de sa mère et de sa sœur dans le car autour d'électroménager et de fanfreluches sans saveur, appartiennent-ils vraiment à un comique éculé ? Bien sûr que non.

Le cadre de vie de Rosalba est clair: derrière sa gaieté et sa bienveillance, ennui et résignation ont fait leur travail de sape, année après année. Et l'on adhère bien volontiers à son échappée, inconsciente au début, puis de plus en plus déterminée, où le comique de situation tient aussi bien à une simple réflexion qu'à une scène de cinéma muet. La réaction offusquée de Fernando lorsqu'il reprend Rosalba au sujet de la cuisine chinoise, ou bien le laïus passionné du fleuriste anarchiste, sont tout à fait croustillants ! Dans la veine commedia dell'arte, l'embauche du détective (un plombier passionné par les romans policiers ayant posé candidature chez le mari de Rosalba), son départ du domicile maternel, bardé de sandwichs, ou encore son arrivée à Venise dans un hôtel-péniche sur l'insistance d'un logeur-voyou nourrissent une succession de plaisirs ! Parmi ces scènes revigorantes, celles où l'on retrouve l'époux macho et adultère ne déparent pas: lisant à haute-voix à son bêta de fils la missive de Rosalba, puis croquant à pleines dents de dépit la menthe qu'elle avait plantée, ou même tentant de convaincre sa belle-sœur et maîtresse de lui repasser ses chemises ("Tu me prends pour ta femme ?")...

Parti-pris artistique également très sympa d'inclure très rapidement des scènes de rêve qui pourraient bien éclairer Rosalba sur son être profond. En tout cas, elles arrivent bien, comme la belle-mère lavant des brocolis dans la chambre d'hôtel miteuse de Rosalba, ou son benjamin prenant pour nouvelle mère la jeune femme sans enfant qui l’avait prise en stop. On débouchera ainsi plus tard (sans la voir venir) sur une réalité à laquelle ni Rosalba ni nous-mêmes ne croyons: sa propre belle-soeur (oui, celle qui la trompe) se rendant à Venise pour lui demander de rentrer au bercail ! Mais quel toupet ! Hilarant.

Le détective improvisé et sa proie vont et viennent dans la ville sans se rencontrer. On y croit, jusqu'au moment où nous découvrons avec Rosalba des murs entiers couverts de son portrait. Au petit matin, elle est pistée. S’engage alors une course-poursuite où l'on découvre une Sérénissime encore plus onirique car vidée de ses touristes. Plan fixe sur une placette et son puits que le duo se fuyant traverse plusieurs fois, courant, haletant, longeant les murs ou coupant l'espace: que de grâce ! Et voici que perdant son soulier compensé de daim rouge, Rosalba devient Cendrillon, arborant l'instant d'après avec la même élégance d'épaisses bottes de fleuriste. Héroïne à multiples facettes, la jolie femme a l'art de transcender son entourage. Et elle transcende, elle transcende ! Retrouvant elle-même goût à la vie, elle en sauve d'autres, en détourne un du suicide, soutient une voisine en plein chagrin d'amour (extraordinaire discours de la masseuse "holistique" sur son éternelle malchance sentimentale), permet la rencontre de deux cœurs esseulés: en bref, Rosalba sème le bonheur ! Et tandis que deux quiproquos se dénouent simultanément entre Rosalba et Fernando, une solide complicité quasi-familiale offre à la tribu de partager des moments d'exception.

L'anniversaire avec accordéon sur la lagune réunit dans le sublime six personnages après leurs vies de souffrances. Un moment de pure sérénité qui nous permet décidément de profiter d'une autre Venise. Autre instant savoureux: la soirée de danse de Rosalba et Fernando. Sans aucune mièvrerie, on saisit à plus de cent pour cent l'infinie solitude de chacun et aussi la belle opportunité qu’ils n'osent prendre à bras-le-corps. La suite nous fera craindre un moment le bonheur échappé à jamais, mais le destin ne donnera pas raison à la résignation. Et sur un tango de guinguette aussi poétique que l'accordéon sur la lagune, de nouveaux couples se profileront, comme autant d'improbables alliances, voire de rêves enfuis. Tonique et tendre à souhait. Quant à la question du jour, elle touche Bruno Ganz: vous semble-t-il décalé dans une comédie (ou cette comédie précisément) ? Oui, certains l’ont dit. Dix-sept ans encore après Pain, tulipes et comédie, il continue de tourner avec des réalisateurs prestigieux. En 2018 sortira The house that Jack built de Lars Von Trier) et en ce qui me concerne, ni dans ce film, ni dans un autre, je ne l'ai senti une seconde rongé par un spleen d'ex-star des seventies !

samedi 14 octobre 2017

Voir Naples et...

Ingrid Bergman et Roberto Rossellini avaient entretenu une relation doublement adultère. En février 1953, ils sont mariés depuis deux ans et demi - et parents de trois enfants - quand commence le tournage d'un film inspiré de Colette: Voyage en Italie. L'histoire d'un couple d'Anglais qu'une succession à régler conduit à Naples quelques jours...

Ce qui aurait pu constituer le point de départ à un long-métrage romantique débouche en réalité sur quelque chose de très différent ! Quitte à dérouter George Sanders, son acteur principal, Rossellini choisit de filmer le parcours plein d'imprévus d'un duo qui se déchire doucement. Dès le début, en somme, on se demande bien ce qui peut retenir Kathy Joyce auprès de son mari Alex... et réciproquement. Plus que l'usure du quotidien, ce sont leurs divergences qui s'affichent ostensiblement devant nous, entre petites jalousies et mésententes profondes sur les plaisirs de la vie. Voyage en Italie est un film précis sur l'altération des sentiments et la mesquinerie qui peut s'ensuivre...

Vous imaginez que le film fut un triomphe ? Vous faites fausse route. Nombreux furent les critiques qui reprochèrent à Rossellini d'oublier sa fibre néoréaliste pour ne rien composer d'autre qu'un drame bourgeois. Ce n'est pas faux, d'ailleurs, mais est-ce grave ? Non. Voyage en Italie m'est apparu très juste pour rendre compte du poids des conventions sociales de l'époque. L'écrasement des personnalités m'a même semblé tout à fait perceptible à l'écran, du fait de l'aspect symbolique des images, absolument manifeste à plusieurs reprises. Seule la fin du métrage m'a un peu déçu, car je l'ai jugée expéditive et artificiellement positive - ce qui fait que je n'y ai pas cru, du coup. J'ajoute qu'en France, en son temps, le film avait reçu l'éloge sincère des tenants de la Nouvelle Vague, qui l'ont célébré pour sa modernité. 

Voyage en Italie
Film italien de Roberto Rossellini (1954)

Si vous voulez connaître l'origine de la relation entre Ingrid Bergman et Roberto Rossellini, je vous renvoie illico presto vers ma chronique de leur premier film commun: Stromboli. Une bonne occasion aussi d'apprécier le grand cinéaste transalpin dans sa veine néoréaliste. Mon impression est que le film de ce jour préfigure plutôt les récits d'incommunicabilité de Michelangelo Antonioni (Femmes entre elles).

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D'autres amis bloggeurs ont vu (et apprécié) le film...
Conclusion: je vous laisse en compagnie de Sentinelle, Lui et Eeguab.

vendredi 13 octobre 2017

Mourir d'aimer

Sachez-le: j'ai bien failli écrire une nouvelle chronique en diptyque pour rapprocher le film d'aujourd'hui de celui de demain. Si j'ai opté finalement pour le format classique, c'est parce chaque long-métrage mérite mieux que quelques lignes. Ce midi, ce sera Madame de... ! Pour l'anecdote, il s'agit de ma première "rencontre" avec Max Ophuls.

Plus que le réalisateur français d'origine allemande, c'est son actrice principale, Danielle Darrieux, qui a su m'attirer vers ce classique. Pourquoi donc ? Un peu parce que la dame a fêté ses cent ans en mai dernier et un peu... parce que j'aurai l'occasion d'en reparler bientôt. Bref... sans trop m'être penché au préalable sur le fond de l'histoire qui allait m'être racontée, j'ai eu du bon temps devant mon écran. Pour faire simple, j'ai juste envie de vous expliquer que le scénario nous ramène dans le Paris de la fin du 19ème. Nous y faisons connaissance avec une dame de la haute société, l'épouse d'un général proche du gouvernement. Cette femme très respectée a des dettes ! Pour les régler sans alerter son mari, elle réfléchit au(x) bijou(x) qu'elle pourrait vendre discrètement, sans imaginer une seule seconde qu'elle commet une erreur - dont je vous laisse découvrir la teneur. Mieux vaut apprécier Madame de... sans trop d'indication préalable...

Une info pour les littéraires passionnés, tout de même: le film adapte un roman du même nom, signé Louise de Vilmorin et sorti deux ans plus tôt (en 1951, donc). Je l'ignorais, à vrai dire, et, si l'on m'avait fait part d'une source écrite, je crois que je me serais plutôt imaginé un texte du 19ème aussi, plutôt que celui d'un auteur contemporain. Bref... s'il y en a parmi vous que cela inquiète, je précise également que la langue des dialogues reste très fluide et compréhensible. Vraiment à l'aise dans leurs costumes, les acteurs font des merveilles et s'avèrent très complémentaires: aux côtés de Danielle Darrieux déjà citée, c'est une belle opportunité d'admirer un remarquable duo masculin, avec le Français Charles Boyer et l'Italien Vittorio De Sica. "Bonus" pour moi: j'ai découvert du même coup que le dernier nommé n'était pas qu'un réalisateur, contrairement à ce que j'avais imaginé. Madame de... renforce encore ma science du cinéma: du pur plaisir ! 

Madame de...
Film français de Max Ophuls (1953)

Il me faut bien être honnête: les films de ce genre ne sont pas légion sur Mille et une bobines. Avant d'écouter vos possibles suggestions dans ce domaine, je vous orienterai peut-être vers L'héritière, sorti seulement quatre ans plus tôt (avec une autre centenaire actuelle !). Côté français, je sèche: on est encore loin de la Nouvelle Vague. Probable que je pourrai me rattraper, car la satisfaction est bien là...

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Ce n'est pas tout à fait un hasard si j'ai parlé de classique...

Vous le constaterez en lisant Sentinelle, Lui, Princécranoir et Eeguab.

jeudi 12 octobre 2017

Gros poisson

Je crois l'avoir déjà dit (et prouvé !): sur Mille et une bobines, un film de genre peut toujours en cacher un autre. Bon... j'ai regardé Instinct de survie pour passer le temps. Si vous voulez attendre demain un programme plus consistant, je ne vous en voudrais pas. Soyez-en assurés: le long-métrage du jour n'a rien de très complexe...

Jeune et jolie étudiante en médecine, Nancy Adams vient de perdre sa mère et s'est octroyé quelques jours de break sous le chaud soleil du Mexique, l'occasion sans doute de faire son deuil pour de bon. L'objectif de ces vacances au paradis est simple: retrouver la plage où, en son temps, Maman savait prendre du bon temps et courir faire trempette pour surfer comme elle les plus belles vagues du monde. Mission accomplie à la lettre, avec l'admiration vaguement dragueuse d'autochtones sympa, plus à l'aise avec leur planche qu'avec la langue de l'oncle Sam. Trêve de suspense: un requin viendra bientôt ajouter un peu de piquant à cette histoire et justifier un scénario d'une heure vingt environ. Instinct de survie a le mérite de ne pas trop délayer son propos. Est-ce dès lors un bon film ? Il fallait le voir pour savoir...

Maintenant que c'est chose faite de mon côté, je peux vous faire part de mes impressions mitigées. Elles sont d'abord dues à un constat d'évidence: des histoires comme celle-là, on en vu beaucoup d'autres. Bonnes ou mauvaises, ce n'est pas la question, mais je suis certain que vous conviendrez qu'au cinéma, le petit jeu appuyé sur la peur des squales ne date pas d'hier. La (très) relative originalité d'Instinct de survie consiste en fait à ne plus se tourner vers une psychose collective, en réduisant l'équation à un duel femme / gros poisson. Sans vouloir vous spoiler, je crois pouvoir révéler que la demoiselle est rudement éprouvée, à l'inverse de ces gros bras qui s'en sortent sans la moindre égratignure. C'est vrai que l'on sait très vite comment tout cela va finir, mais l'unité de lieu, de temps et d'action vient un peu relever la sauce. Je vous épargne le compte-rendu détaillé des invraisemblances: elles me semblent inhérentes au genre. Il est dommage que le film nous serve une morale cul-cul la praline pour "sauver" son héroïne. Ouais... l'épilogue est vraiment too much !

Instinct de survie
Film américain de Jaume Collet-Serra (2016)

Les requins sont redevenus si populaires sur grand écran qu'il existe aujourd'hui des nanars assez dingues pour les imaginer embarqués dans une tornade et tombant du ciel sur leurs proies (cf. Sharknado). En bon ciné-geek, je préfère évidemment revenir vers la matrice historique de tous ces films, avec Les dents de la mer, of course ! Entre deux vagues, jetez donc un oeil sur Les seigneurs de la mer...

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Et si vous devez attendre la marée haute pour repartir...

Vous pourriez trouver très agréable de faire escale chez Pascale. Attention: sous le même titre, Laurent nous parle... d'un autre film !

mercredi 11 octobre 2017

Une nuit en enfer

Je lisais l'autre jour que New York était une source d'inspiration inépuisable pour les cinéastes indépendants américains. J'y ai réfléchi et je suis tombé d'accord avec ce postulat, ce qui me permet d'admettre qu'en soi, Good time n'est pas un film des plus originaux. Pourtant, à mes yeux, il n'en reste pas moins d'une réelle efficacité...

Résumons. Connie, un mec un peu paumé, veut délaisser Big Apple pour une autre ville et une vie qu'il imagine meilleure. Quand le film démarre, il vient chercher Nick, son frère, dans le bureau d'un psy. Pas besoin d'être un Prix Nobel pour comprendre que le frangin souffre d'une déficience mentale. Ce qui n'empêche pas de retrouver ensuite nos deux larrons sous le masque de braqueurs de banque. L'aurez-vous deviné avec mon titre ou grâce à la première image retenue pour illustrer ma chronique ? Le casse tourne mal, bien sûr ! Connie peut prendre la fuite, mais Nick est arrêté et jeté en prison. Good time est un titre trompeur, donc - mais je n'en dirai pas plus...

Sur le plan narratif, j'indique simplement que l'intrigue se concentre vite sur le personnage du frère "intelligent" et tout ce qu'il entreprend pour arranger la situation. En vraie tête d'affiche, Robert Pattinson apporte une nouvelle preuve de son talent protéiforme, débarrassé qu'il est enfin des oripeaux du vampire in love de la saga Twilight. Plus haut, j'ai donc parlé d'efficacité: le scénario est assez haletant pour que je passe l'éponge sur ses temps morts et invraisemblances. Sur le plan formel, Good time imprime la rétine par une belle photo nocturne et satisfera également certaines oreilles, tant sa bande originale colle à ce qui est montré. D'aucuns jugeront le procédé éculé et trouveront que ce décorum vient jouer contre l'intrigue elle-même. Honnêtement, si vous voulez voir le thriller de l'année, il est possible que vous soyez déçus. À l'inverse, en considérant ce long-métrage sous le prisme du cinéma de genre, le plaisir est à portée de regard...

Good time
Film américain de Benny et Josh Safdie (2017)

Deux frangins à l'écran, deux derrière la caméra: pour une anecdote complète, on notera que Benny Safdie joue le rôle du frère idiot. Bilan positif, donc, pour ce petit film, d'une amoralité très énergique ! Maintenant, citer Lumet ou Scorsese comme ses références probables revient à le voir de plus haut et, du coup, à amoindrir ses qualités. J'aime autant l'écrire également: moi aussi, j'ai préféré Taxi driver...

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Envie ou besoin d'un autre avis ?

Vous savez que, pour cela, vous pouvez toujours compter sur Pascale. Pour être complet, je vous conseille aussi un tour chez Dasola et Tina.

mardi 10 octobre 2017

Jean...

Je vous le disais il y a un bon mois, c'est-à-dire quelques semaines après la mort de Claude Rich: je n'ai pas du tout la fibre nécrologique. Pourtant, l'annonce hier de la disparition de Jean Rochefort m'a ému. Ce grand monsieur du théâtre et du cinéma français me manque déjà. Il voulait qu'on se souvienne de lui comme d'un "comédien amateur"...

Plusieurs autres mots s'imposent à mon esprit quand je pense à lui. Quelque chose restera en moi de son élégance, de ses talents multiples et de son sens consommé de l'autodérision. De son rapport aux femmes et à la vie aussi, sans nul doute, et aux chevaux encore, que je n'ai jamais tant admirés qu'au travers de son regard d'esthète. Je n'oublierai pas non plus sa faculté à rester sérieux dès que le sujet l'exigeait, par exemple pour évoquer le sort réservé aux Françaises accusées de collaboration avec l'ennemi et tondues à la Libération. Jean Rochefort nous aimait toutes et tous, je crois, et c'était bien. Son humanité est certainement le plus beau cadeau qu'il nous a fait...

La première photo que j'ai choisie me laisse avec cette impression qu'il n'aurait probablement pas voulu qu'on le pleure trop longtemps. Je le pleurerai donc, mais pas trop longtemps. Mon sourire reviendra en grand, c'est sûr, dès que je le reverrai dans ses oeuvres, Zébulon charmeur à nul autre pareil. Je repenserai alors à la force souveraine de son détachement face aux lauriers de la gloire (cf. l'autre image !), à ses inénarrables blagues d'éternel jeune homme et à l'affection quasi-paternelle qu'il offrait à certains de ceux qui ont suivi sa voie sous le feu ardent des projecteurs. S'il existe un paradis quelconque pour les saltimbanques, je me dis qu'il a désormais dû y retrouver quelques vieux copains et, parmi eux, son très cher Philippe Noiret. C'est une idée réconfortante. And the show must go on, après tout ! Adieu, mon ami Jean que j'ai applaudi sur scène: je t'aimais bien. Tout là-haut et dans mon cœur, ta belle étoile n'a pas fini de briller...

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La blogosphère est en deuil...

J'ai vu des hommages chez Pascale, Dasola, Sentinelle et Ideyvonne.

lundi 9 octobre 2017

Cécile deux fois

Sa présence à l'écran ne suffit pas toujours à m'attirer vers un film. C'est un fait, pourtant: je suis souvent ravi de voir Cécile de France. Celle qu'on appelle parfois la plus française des actrices belges pétille d'après moi d'une énergie peu commune, qui en fait une comédienne sympa dans la (jolie) peau d'une fille ordinaire. La preuve par deux...

La belle saison
Film français de Catherine Corsini (2015)
Ce premier long-métrage nous propose de retourner dans la France des années 70. Delphine (Izïa Higelin) est une fille de la campagne restée vivre chez ses parents, sans mari ni enfant. Pour s'émanciper un peu de ce carcan trop serré, elle file faire des études à Paris. Bientôt, elle y rencontre Carole (Cécile de France, oui !), militante active des droits de la femme... dont elle tombe vite amoureuse. Peut-être parce qu'il y a une femme derrière la caméra, ce film relativement académique se montre assez subtil pour qu'on s'attache aux personnages. L'arrière-plan n'est pas négligé, mais tout est sage. Homosexualité exceptée, on est plus près de Mademoiselle Chambon que de La vie d'Adèle. Cela dit, le tout est loin de m'avoir déplu. "Bonus" appréciable: les présences de Noémie Lvovsky et Kévin Azaïs.

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Vous voulez d'autres avis ?
Je vous renvoie très volontiers vers les blogs de Pascale et Dasola.

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Quand j'étais chanteur
Film français de Xavier Giannoli (2006)
Je l'indique d'emblée: j'ai pris plaisir à remonter le temps pour revoir ce long-métrage que j'avais découvert en salles, à l'époque. L'histoire est plutôt ordinaire: Marion, agent immobilier et jeune maman célibataire, fait la connaissance d'Alain, chanteur - un peu has been - des cabarets de province et des bals populaires. Elle trouve sa drague un peu lourdingue, mais couche pourtant avec lui dès le premier soir. C'est la rencontre de deux solitudes que nous sommes invités à voir avec ce récit pudique, d'une belle sensibilité. Cécile de France délivre une prestation solide, entre confiance apparente et désarroi profond. Gérard Depardieu est à l'unisson: leur couple improbable fonctionne ! L'occasion aussi de réentendre les standards de la chanson française des années 60/70, sur une note plus mélancolique qu'avec Podium... 

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Là aussi, vous voulez d'autres avis ?
Pascale pourra encore répondre à cette attente, de même que Lui.

dimanche 8 octobre 2017

Un regard sur la Corse

Autant vous le signaler tout de suite: je ne connais pas grand-chose aux histoires corses. D'ailleurs, je ne suis même jamais allé sur l'île ! En ouverture de la saison de mon association, j'ai vu Une vie violente sans vraiment savoir à quoi m'en tenir, même si ce titre apporte déjà une idée sur le scénario. Idée que j'ai confrontée à la vérité du film...

Pour nous parler des guerres de gangs qui ont sévi en Corse à la fin des années 1990 et au début des années 2000, Une vie violente choisit de nous placer aux côtés d'un jeune homme de bonne famille. D'allure assez banale, ce dernier a interrompu des études supérieures sur le Continent. Pour rendre service à un ami, il a transporté un sac d'armes, ce qui l'a rapidement conduit en prison. Sensibilisé aux idées indépendantistes pendant son séjour sous les verrous, il est devenu un leader influent après sa sortie, avec les risques que cela comporte pour sa propre existence ou celle de ses proches. Vous serez gentils de vous renseigner pour séparer la pure fiction et la réalité possible...

Ce que je sais, c'est que le film s'inspire pour partie de personnages historiques. Faut-il le considérer comme un témoignage ? Pas certain. Le réalisateur, lui-même corse, revendique ouvertement l'importance que revêt pour lui le fait d'évoquer l'histoire de l'île. Avec des amis actifs dans d'autres disciplines, il juge même "nécessaire" de raconter ce qui le trouble, le choque, le terrifie, le révolte. "J'essaye de le faire avec le cinéma auquel je crois", a-t-il expliqué, parlant de "dignité cinématographique". Une vie violente raconte "ce qui (le) hante". Cela n'aura comblé qu'une petite partie de mes lacunes insulaires. Seul notre débat d'après-projection m'aura au fond permis d'apprendre qu'au-delà de sa stricte volonté d'indépendance, le maquis corse restait à l'époque divisé quant à l'idéologie politique sous-jacente. C'est surtout pour la qualité du "spectacle" que j'ai apprécié ce film complexe. Un habile montage le coupe de toute dérive vers l'outrance.

Une vie violente
Film français de Thierry de Peretti (2017)

Certains sont allés chercher Le parrain comme point de comparaison possible. Mouais... un lien avec Chouf me paraîtrait plus pertinent. Thierry de Peretti, lui, se reconnaît en Lav Diaz, Brillante Mendoza, Edward Yang, Hou Hsiao-hsien ou Navad Lapid. Bonnes références ! La suite ? Mystère. Après ce film et Les apaches, son tout premier sorti en 2013, il voudrait, dit-on, dépasser le sujet de l'identité corse.

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Pas sûr que ce second long-métrage le lui permette...
Je vous encourage toutefois à lire l'opinion (très mitigée) de Pascale.

vendredi 6 octobre 2017

Et la parole fut...

C'est décidé: pour un temps au moins, mes chroniques du 6 du mois seront consacrées à la grande histoire du cinéma. L'idée est de fêter des anniversaires "ronds". Aujourd'hui, j'ai de la chance: j'arrive pile sur une date décisive, celle des 90 ans du film Le chanteur de jazz...

Le 6 octobre 1927, sans forcément s'en rendre compte, Alan Crosland révolutionne l'art du cinéma... par la parole ! Son film est considéré aujourd'hui comme le premier long-métrage parlant. J'en reparlerai probablement un jour, mais avant cela, j'ai découvert que le trait était un peu forcé: sonore, Le chanteur de jazz demeure entrecoupé de cartons de dialogues... dans la plus pure tradition du cinéma muet.

N'empêche ! Al Jonson, l'acteur principal, entonne quelques chansons et une partie de son texte est parlé, même si la séquence en question s'avère très courte - la technologie restant bien entendu fort éloignée des procédés auxquels nous sommes désormais plus qu'habitués. Malgré tout, comme la suite le prouve, le parlant prend vite le dessus. Ce qui ne se fait d'ailleurs pas sans effet secondaire pour l'industrie...

Les tous nouveaux instruments exigent évidemment des techniciens compétents pour les utiliser. Les cinéastes eux-mêmes sont obligés d'adapter leurs méthodes, pour éviter l'apparition soudaine d'objets incongrus dans l'axe de leur caméra ! il faudra aussi que je me décide à vous parler de ces actrices et acteurs professionnels que cet aspect du progrès a laissés sur le carreau. Le cinéma est parfois très cruel...

Bref... bien qu'il ne soit pas un film-culte, Le chanteur de jazz a su traverser les époques et constitue un tournant de l'histoire du cinéma. Sa ligne de texte figure de ce fait parmi les 100 meilleures répliques du septième art américain, telles qu'elles ont été définies par un jury de 1.500 personnes, réunies à l'initiative de l'American Film Institute. Gravée à jamais, vous pourrez donc l'y trouver, à la 71ème position...

Si j'étais à votre place, je ne jetterai assurément pas le cinéma muet aux orties sous prétexte de "non-modernité". Le seul fait qu'un artiste de la trempe de Charlie Chaplin ait fait le choix de rester sans voix longtemps après l'apparition du parlant permet d'apprécier les deux. Finalement, il est regrettable qu'ils n'aient pu (ou plutôt su) coexister. Mes connaissances, encore très limitées, alimentent ma curiosité spontanée à l'égard des très vieux films et me donnent une occasion de rappeler que le septième art n'est public que depuis la fin de 1895. Ce n'est certes pas son seul fondement, mais cette nouvelle rubrique historique me permettra sûrement de revenir au cinéma des origines.

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En attendant, je suis curieux de votre point de vue...

Avez-vous vu Le chanteur de jazz ? Si oui, l'avez vous apprécié ? Comment jugez-vous les vieux films de ce genre ? Vos commentaires érudits et/ou profanes m’inspireront peut-être d'autres chroniques...

mercredi 4 octobre 2017

Derniers chemins

Vous le connaissez sûrement: un proverbe affirme que les voyages forment la jeunesse. J'ignore si son équivalent existe dans la langue brésilienne, mais l'adage illustre parfaitement le propos d'un beau film apparu récemment sur les écrans de France: Gabriel et la montagne. Un long-métrage brésilien, donc, mais qui nous emmène en Afrique...

Pour que vous compreniez, il faut d'abord que je vous dise deux mots sur le vrai Gabriel Buchmann. Admis dans une prestigieuse université américaine, ce jeune Brésilien s'était décidé, en 2008 ou 2009, à faire d'abord un tour du monde pour observer la pauvreté du plus près possible. Passé en Asie et notamment en Inde, il était déjà parti depuis dix mois et avait presque terminé son périple quand son corps sans vie fut retrouvé sur les flancs du Sapitwa, une haute montagne du Malawi. Au mépris du danger et bien que prévenu par son guide des risques encourus, il avait essayé d'en atteindre le sommet, seul. Rassurez-vous, je n'ai rien trahi ! Je n'ai parlé que du début du film...

Après cinq minutes d'une belle introduction, Gabriel et la montagne n'est au fond qu'un flashback sur les derniers jours d'un homme déterminé. On le découvre d'abord bien intégré au sein d'une famille kényane, désireux de se fondre parmi les Maasaï. Un peu "extrême" peut-être compte tenu de son intensité, cette volonté rend Gabriel sympathique, malgré tout, a fortiori quand, tout sourire, il prend acte des grosses différences culturelles qui existent entre ses hôtes et lui. Pour schématiser, j'ai presque envie de dire que, sur le continent noir, il est alors un digne ambassadeur des Blancs. Le long-métrage tiendra toujours à nous le présenter ainsi, à la fois humble et fasciné.

Cela étant, le scénario connaîtra ici et là quelques petites inflexions. Pas question de tout vous raconter, mais vous le constaterez sûrement: programmées à l'avance, les retrouvailles du personnage avec sa petite amie brésilienne, venue passer quelques jours avec lui pour des vacances, jetteront un léger voile sur sa philanthropie supposée. Deux ou trois scènes un peu tendues dévoileront un pan ambigu de sa démarche: lui qui se faisait fort de ne surtout pas agir comme un vulgaire touriste aura pourtant une attitude d'enfant gâté quand il affrontera des déceptions et d'autres imprévus frustrants. Bon... Gabriel et la montagne n'est pas néo-colonialiste pour autant !

Contrairement à ce que j'ai pu lire dans une critique, je crois même que le réalisateur est sincère quand il dit qu'il a accompli ce travail pour rendre hommage à un vieil ami trop tôt disparu. J'ai été sensible au fait que, ce faisant, il nous offre des images d'Afrique rarissimes dans le cinéma "occidental", du Kenya au Malawi, donc, en passant aussi par la Tanzanie et la Zambie. Autre caractéristique remarquable de cet épatant long-métrage: la plupart des acteurs... n'en sont pas. À l'écran et en voix off, on découvre ainsi les hommes et les femmes que Gabriel Buchmann a côtoyés et que la production a retrouvés ! Les images qui défilent sous nos yeux n'en sont que plus touchantes...

Gabriel et la montagne
Film brésilien de Fellipe Barbosa (2017)
Pour info, le film est arrivé jusqu'en France en étant diffusé d'abord lors de la Semaine de la critique du dernier Festival de Cannes. Beaucoup l'ont comparé à Into the wild. Hum... je nuance en relevant que Gabriel n'a pas l'intention de se couper du monde. Au contraire ! Reste qu'il fait effectivement une sacrée rencontre avec la nature. Envie d'une expédition qui finit bien ? Tracks devrait vous convenir...

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Une précision...

Je trouve que les photos ne rendent pas compte de la beauté du film.

Et pour un autre regard sur cette "aventure"...
Je vous conseille d'aller lire aussi les chroniques de Pascale et Strum.

mardi 3 octobre 2017

Benoît dédoublé

Il y a un petit mois, je vous ai parlé de mon idée de présenter parfois des films groupés en diptyques "thématiques". Vous vous souvenez ? Je vous en propose un aujourd'hui, consacré à Benoît Poelvoorde. L'occasion de retrouver l'acteur belge dans un long-métrage sorti récemment, mais aussi de revenir sur l'un de ses rôles déjà anciens...

7 jours pas plus
Film français de Hector Cabello Reyes (2017)

Pas besoin de se poser mille questions sur le scénario: cette sortie récente est un remake d'un film argentin, El Chino. Du coup, l'histoire est la même: un quincailler, vieux garçon, voit débarquer dans sa vie un jeune sans-papiers indien à la recherche de son oncle expatrié. Notre époque difficile aurait pu en faire le prétexte à un drame social profond, voire à une oeuvre politique forte sur le sort des migrants. Rien de tel ici: nous restons dans le registre de la gentille comédie familiale, où les bons sentiments finissent toujours par l'emporter. Poelvoorde fait son numéro habituel, aux côtés d'une Alexandra Lamy guillerette et de la révélation Pitobash Tripathy dans son premier film français ! Bien sûr, c'est très prévisible et sans conséquence aucune. Trop naïf pour être vrai, certes, mais il n'est pas interdit de sourire...

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Une petite précision pour les fans...

Vous trouverez également une mention du film sur le blog de Dasola.

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Les deux mondes
Film français de Daniel Cohen (2007)

Comédie toujours, mais dans un autre registre. Poelvoorde y incarne un restaurateur d'oeuvres d'art, dépourvu de tout sens des affaires. Le grain de sable scénaristique vient cette fois d'une idée originale vraiment farfelue: un jour, notre héros est aspiré par son canapé (!) et se trouve propulsé dans un monde étrange. Là, d'autres hommes d'apparence primitive le prennent pour leur dieu. Du coup, le bougre acquiert un grand pouvoir, mais également... la lourde responsabilité de libérer son peuple de la menace que constitue un être malfaisant du voisinage (joué par Augustin Legrand, l'enfant de Don Quichotte). S'ensuivront diverses péripéties, dans la "vraie vie" ou la dimension parallèle. Tout cela n'est évidemment pas sérieux, mais on s'en fiche un peu: en le prenant au 36ème degré, le film reste très "acceptable".

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Et pour les fans toujours...

J'ai retrouvé une ancienne chronique du film du côté de chez Pascale.