mercredi 14 novembre 2018

Gaulois en goguette

Est-ce la faute de la bande dessinée ? La figure du Gaulois revient régulièrement dans le débat public comme le symbole du Français moyen fier de ses traditions et, de facto, hostile au changement. J'avoue franchement que je n'y ai pas réfléchi en découvrant Astérix et Cléopâtre, dessin animé sorti en 1968 et tiré de l'album de 1965...

Cette histoire, je pense que nous sommes nombreux à la connaître aussi grâce à Astérix & Obélix: Mission Cléopâtre, son adaptation filmée, signée Alain Chabat et carton du box-office français en 2002. Sans surprise véritable, on retrouve donc ici nos braves amis gaulois du côté de l'Égypte, venus en aide à un architecte local assez nul, mais désigné en haut lieu pour construire un palais à vitesse grand V. L'objectif de la pharaonne est en réalité de prouver à César himself que le peuple égyptien est supérieur à son voisin et occupant romain. Vous imaginez sans doute la suite (bagarreuse) et la fin (heureuse). Je ne vais rien démentir, mais je n'en dirai pas plus sur le scénario...

Sur le plan formel, cet Astérix et Cléopâtre, parce que de facture "classique", pâtit évidemment de la comparaison avec les productions animées d'aujourd'hui. Techniquement dépassé, il reste regardable comme un plaisir d'enfance, d'autant plus proche de l'oeuvre originelle qu'Albert Uderzo, dessinateur, et René Goscinny, scénariste, signent eux-mêmes cette modeste adaptation de leurs travaux. Un doublage talentueux et l'ajout de scènes chantées (!) apportent quelque chose de neuf pour l'époque, qu'on a bien le droit d'apprécier encore aujourd'hui, cinquante ans plus tard. Le duo des méchants m'a plu. Objectivement, je préfère le film, mais bon... on ne va pas chipoter !

Astérix et Cléopâtre
Film français d'Albert Uderzo et René Goscinny (1968)

Bon... si vous aimez les Gaulois animés, en dessins ou images réelles, mon index des films vous permettra d'en retrouver d'autres. L'opus d'aujourd'hui est assez brut de décoffrage, mais se montre vraiment respectueux de la tradition "astérixienne"... et pour cause ! Cela ne doit pas vous décourager de voir les autres, avec une mention pour celui d'Alexandre Astier: Astérix - Le domaine des dieux (2014).

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Et un pas de plus pour le Movie Challenge...
Hop, case n°15: "Le réalisateur du film n'est ni acteur, ni cinéaste" !

Et, tant qu'à faire, un petit clin d'oeil à rebondissement...
L'occasion de vous signaler que Vincent nous initie aux joies du bain.

lundi 12 novembre 2018

Un petit pas ?

Neil Armstrong n'est pas à la place attendue dans le vrai-faux biopic que Damien Chazelle lui consacre. Avec un bel aplomb, le scénario aborde le premier homme à avoir marché sur la Lune par sa face cachée. L'exploit de la mission Apollo 11, au matin du 21 juillet 1969, passe (presque) au second plan. Il est vrai que les faits sont connus...

Soyons clairs: cette incroyable aventure n'est sûrement pas négligée. D'aucuns reproche(ro)nt au film d'avoir osé éluder l'image du moment historique où l'astronaute plante le drapeau américain dans le sol lunaire. C'est vrai, mais est-ce grave ? À vrai dire, je ne le pense pas. First man démarre au début des années 60 et s'intéresse aux aspects humains de cette incroyable épopée, bien plus qu'à ses objectifs politiques. Il est alors bien difficile de ne pas tenir compte de l'audace des pionniers de la conquête spatiale. Beaucoup y ont laissé la vie. Aucun n'a réellement eu ce que l'on appelle "une existence ordinaire". Et dire qu'à l'époque, les avions n'avaient même pas encore un siècle !

First man revient constamment sur l'envers du décor: la confiance relative des équipes restées au sol, la volonté des pouvoirs publics américains d'aller plus haut, plus vite et plus loin que l'ennemi soviétique, la fierté légitime des familles, leur angoisse aussi. L'essentiel du propos du film repose justement sur cette dichotomie entre l'image héroïque de Neil Armstrong et la réalité de son quotidien auprès de sa femme et de ses enfants. C'est l'occasion de se souvenir que l'homme portait le deuil de sa fille, disparue à l'âge de deux ans. Annoncée dès le début du long-métrage, cette tragédie est le moteur noir du récit: elle replace aussitôt l'enjeu à un niveau très... "terrien".

Ce qui nous est présenté transcende donc les codes du blockbuster classique. Pour autant, rien à redire sur la forme: tourné sur pellicule et sans abuser d'effets spéciaux, le film comprend son lot de scènes spectaculaires et nous immerge en profondeur dans une autre réalité. C'est évidemment sur l'écran géant d'un cinéma que First man révèle toute sa puissance émotionnelle: il m'a très souvent pris aux tripes ! Les acteurs, concernés, ont l'immense mérite de ne pas surjouer. Ryan Gosling est très bon, sur un registre qui lui est assez familier. Claire Foy, que j'ai ainsi découverte, est parfaite en épouse-courage. Et j'ai apprécié de revoir Kyle Chandler, Jason Clarke, Ciaràn Hinds...

Autre point intéressant: le film nous montre - ou suggère - une partie de la contestation montant alors aux États-Unis tandis qu'une poignée d'ingénieurs travaillaient aux préparatifs de la grande expédition. Certaines séquences font ainsi écho à ce que peuvent être nos débats d'aujourd'hui quant à l'opportunité économique d'une telle démarche périlleuse, dans un pays où demeurent de lourdes inégalités sociales. First man ne relève sans doute pas du brûlot politique, mais il pose d'intelligentes questions pour titiller un peu notre bonne conscience citoyenne. Chacun y pensera... ou pas: on peut se contenter de faire un voyage à nul autre pareil. 138 minutes aller/retour: ça passe vite !

First man
Film américain de Damien Chazelle (2018)

Je ne serais pas très surpris de voir le film gagner quelques Oscars techniques en début d'année prochaine. Au petit jeu des parallèles cinéphiles, il s'inscrit, dit-on, dans la lignée de L'étoffe des héros. Pour la relation père/fille, il arrive qu'il soit comparé à Interstellar. Moins ludique que Seul sur Mars, il est sûrement aussi documenté. Certains plans m'ont rappelé ceux de... 2001: l'odyssée de l'espace !

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Vous êtes prêts à décoller vers d'autres cieux ?

Je vous laisse donc vous poser chez Pascale, Strum et Princécranoir. Vous pouvez aussi mettre le cap vers les pages de Tina ou Benjamin.

dimanche 11 novembre 2018

Un reste d'espoir

Il est important pour moi aussi de célébrer le centième anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale. Tant d'hommes sont partis se battre en 1914 que je n'ai pas de fierté particulière à souligner ici que mon grand-père paternel en faisait partie, mais la paix retrouvée mérite qu'on se souvienne. Dans ce cadre, le cinéma peut être utile...

J'ai longuement hésité pour décider de mon film-support de mémoire et, finalement, j'ai choisi de revoir Un long dimanche de fiançailles. Adaptation d'un roman de Sébastien Japrisot (1991), ce long-métrage sensible dresse le portrait de Mathilde, une jolie jeune orpheline élevée par son oncle et sa tante, à 100% convaincue que le garçon qu'elle aime n'est pas mort au front, même s'il n'en est pas revenu. Opiniâtre, la demoiselle s'appuie sur quelques vagues superstitions pour garder l'espoir et, malgré le pied-bot qui la handicape, mène vaillamment l'enquête afin de connaître la vérité. Dans cette France résiliente du début des années 20, ses échanges avec d'anciens Poilus et leurs femmes l'aident à en savoir plus. Le moins qu'on puisse dire sur ce point, c'est que le film propose tout un défilé de visages connus et appréciés: outre Audrey Tautou dans le rôle principal, le casting rassemble Julie Depardieu, Marion Cotillard et même... Jodie Foster chez les dames, tandis que l'on retrouve notamment Gaspard Ulliel, Albert Dupontel, Clovis Cornillac et André Dussollier du côté masculin !

Cette distribution en or massif est la toute première chose qui saute aux yeux au moment d'aborder le récit. Selon les goûts de chacun(e) d'entre vous, elle sera un élément décisif pour le suivre avec plaisir ou, au contraire, l'écarter sans ménagement. Il me semble probable qu'il en soit de même pour la forme: je retiens que Bruno Delbonnel est reparti avec un César, mais je reste persuadé que la photographie qu'il a conçue pour le film ne fera pas l'unanimité des cinéphiles exigeants. Le gris de ses tranchées est réaliste, mais la teinte sépia du reste des images crée parfois un décalage important, au détriment peut-être de l'émotion - cette idée n'est pas mauvaise en soi, cela dit. Du point de vue scénaristique, Un long dimanche de fiançailles raconte des choses intelligentes sur ce que peut être la condition humaine dans un immédiat après-guerre, aux heures où les soldats rescapés sont censés vite panser leurs plaies pour avancer gaiement vers des lendemains qui chantent. Ce n'est évidemment pas si facile. Et cent ans plus tard, il n'est sûrement pas vain de nous le rappeler...

Un long dimanche de fiançailles
Film français de Jean-Pierre Jeunet (2004)

Un joli film qui, dans la filmographie du réalisateur et de son actrice principale, arrive juste après Le fabuleux destin d'Amélie Poulain. Pas étonnant dès lors que l'on détecte quelques similitudes visuelles et que l'on retrouve un tonalité assez positive. La vie et rien d'autre est plus sombre, mais parle merveilleusement de l'après 1914-1918. La chambre des officiers est très bien aussi. Liste non exhaustive...

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Et hop ! Un pas de plus pour le Movie Challenge...

Je peux cocher la case n°36: "C'est l'adaptation d'un livre que j'ai lu".

Pas question pour autant de négliger mes petits camarades...
Plusieurs d'entre eux ont fait une allusion au film dans leurs colonnes. Mais seul "L'oeil sur l'écran" s'est aussi fendu d'une (mini-)chronique !

samedi 10 novembre 2018

Saddam dépouillé

J'ai souvent admiré cette faculté du cinéma américain à s'emparer presque en temps réel de l'histoire du pays pour la transformer illico en matière première scénaristique. Bon... j'ai fait le calcul: huit ans ont passé entre la fin de la Guerre du Golfe et la sortie sur les écrans du film que j'évoque aujourd'hui, Les rois du désert. C'est allé vite...

Gates, Barlow, Elgin et Vig servent donc dans l'armée américaine quand les troupes irakiennes envahissent le Koweït. Des circonstances précises de cet acte de guerre, nous ne verrons rien, puisque le film commence au moment où le conflit s'arrête, d'où une fête dantesque organisée par les GI. L'argument du film n'est pas là: il tient plutôt aux ambitions des quatre larrons précités, découvreurs d'une carte censée les entraîner vers des lingots d'or appartenant au dictateur qu'ils ont contribué à ridiculiser, militairement parlant. On fermera les yeux sur le fait que la trouvaille vient d'un rouleau de papier caché... entre les fesses d'un prisonnier ennemi. Ah, quelle subtilité !

De fait, Les rois du désert ne donne pas exactement dans la finesse. La caméra elle-même virevolte un peu trop pour être honnête. Traiter d'un conflit majeur sur le ton de la comédie peut donner un film intéressant entre de bonnes mains, mais, en l'espèce, je dois avouer que ce choix m'a plutôt mis mal à l'aise. Une question de morale ? Peut-être. Une fois admise l'idée (un peu dingue) que George Clooney, Mark Walhberg, Ice Cube et Spike Jonze puissent ainsi déambuler entre les dunes, on peut certes s'en amuser, ainsi que de la manière dont est décrite la relation entre le gros de la troupe et les médias. Reste que, derrière tout ça, les Irakiens sont négligés: le scénario choisit d'en faire soit des mercenaires sans scrupule, soit des brebis égarées au milieu d'une meute de loups. Et il ne tient finalement qu'aux valeureux Américains qu'ils s'amendent et/ou soient sauvés. Mouais... tout ça est peu too much pour que je l'avale sans sourciller !

Les rois du désert
Film américain de David O. Russell (1999)

Peut-être ai-je pris au sérieux un récit qui n'en demandait pas tant. En réalité, la mise en scène ne m'a pas spécialement aidé à entrer dans le délire: plutôt que devant un film de cinéma, on se croirait parfois face à un clip vidéo... sans que cela soit d'un grand intérêt. Pour rire avec George Clooney soldat, Les chèvres du Pentagone m'apparaît un meilleur choix. Ou alors, solution B: il y a In the loop...

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Et maintenant, pour la défense du film...
Je vous suggère d'aller faire un tour sur la Kinopithèque de Benjamin.

mercredi 31 octobre 2018

Salut !

Je n'ai pas jugé utile d'en parler en détail: j'ai eu l'occasion de revoir deux des films de Jeff Nichols - Mud et Midnight special. L'opinion positive que j'avais émise à leur égard n'a pas véritablement évolué. Venu des États du Sud, ce cinéma américain est tout à la fois profond et divertissant. Entre fond et forme, il parvient à un juste équilibre...

Désormais, à dire vrai, je ressens le besoin de me relâcher un peu. Rassurez-vous: tout va bien. C'est juste qu'après mes belles vacances estivales, j'ai repris sur un rythme assez soutenu, dans mon travail comme dans ma vie privée. Je vais donc laisser Mille et une bobines en stand-by une dizaine de jours, en tout cas de votre côté de l'écran. Pas de vrais congés, juste un temps de pause, le temps de voir venir. Je connais d'ailleurs déjà les films qui apparaîtront ici à mon "retour". D'ici à la reprise, évidemment, je vous souhaite plein de bon cinéma !

mardi 30 octobre 2018

Le vrai Charlie

Cela a été dit et redit au moment de sa disparition: Charles Aznavour était aussi un comédien. Au (gros) millier de chansons de son CV d'artiste, l'enfant de France et d'Arménie pouvait également ajouter une soixantaine de films. Il avait 36 ans dans Tirez sur le pianiste. Derrière sa caméra, François Truffaut, lui, n'en avait encore que 28...

De ce long-métrage, en réalité, je ne savais presque rien, si ce n'est que Boby Lapointe y pousse la chansonnette, offrant une prestation mémorable (et sous-titrée !) sur le célèbre Avanie et Framboise. L'essentiel est ailleurs et nous ramène à Charles Aznavour: pianiste de son état, Charlie Kohler exerce ses talents manuels dans un bar parisien depuis que... non, je ne vais surtout pas en dévoiler autant. Au milieu du film, un assez long flash-back vous expliquera tout. Logiquement, vous devriez déjà avoir compris que, derrière son don musical, le héros dissimule d'autres histoires sombres et secrètes. J'ajoute un petit détail: il n'en est assurément pas le seul responsable.

Comme souvent chez François Truffaut, les femmes jouent ici un rôle important. Le fait est qu'à deux reprises au moins, elles font rebondir l'intrigue, autour d'un scénario qui fait la part belle aux tourments amoureux. Le tout est d'autant plus surprenant que le film trouve d'abord son origine dans l'un des polars d'un écrivain et scénariste américain, resté célèbre comme un spécialiste du noir: David Goodis. Au feeling, j'ai en fait ressenti Tirez sur le pianiste comme un film hybride, d'influence américaine certes, mais très français également. Bon... il m'a fallu un moment pour "entrer dedans", en l'identifiant clairement pour ce qu'il est aussi: un pur produit de la Nouvelle Vague. C'est d'ailleurs précisément l'une des raisons qui m'ont fait l'aimer ! Allez, je consens à reconnaître aussi que le charme de Marie Dubois...

Tirez sur le pianiste
Film français de François Truffaut (1960)
Charles Aznavour a trouvé ici l'un de ses meilleurs rôles, dit-on. D'abord déroutant sur la forme, ce long-métrage m'a finalement plu. En son temps, était-il trop innovant ? Il fut un échec commercial. J'aime autant vous prévenir également que, malgré certains aspects assez drôles, c'est bien loin d'être une comédie. Je le comparerais volontiers à un autre grand film de la Nouvelle Vague: Pierrot le fou.

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Classique, vous avez dit classique ?

Je confirme. Du coup et avec joie, Eeguab et Lui répondent présents !

lundi 29 octobre 2018

Les gars du Nevada

Lundi ! Si vous le voulez bien, je vais vous ramener un peu à l'Ouest aujourd'hui, pour évoquer un autre western, américain cette fois. Yellow sky en version originale, ce digne représentant de l'âge d'or serait arrivé en France sous le titre Nevada, avant de devenir La ville abandonnée. C'est sous cette dernière désignation que j'ai pu le voir.

Stretch, Dude et leurs amis forment un groupe de bandits. Un jour comme les autres, ils braquent une banque, sans tuer ni blesser personne, mais, tandis qu'ils savourent leur succès, ils se retrouvent traqués et ne dénichent alors d'autre refuge... qu'un désert de sel ! Finalement lâchés par leurs poursuivants, ils affrontent des difficultés imprévues, d'autant qu'évidemment, ils en viennent vite à manquer d'eau. Le titre du film révèle à lui seul ce qu'ils trouveront au terme de ce drôle de périple: je n'en dirai pas davantage sur le scénario. Une chose est sûre: j'ai trouvé La ville abandonnée plutôt original. Avoir donné le beau rôle à de mauvais garçons, c'était un bon départ !

À partir de là, le film est plus nuancé que vous ne pourriez le croire. Première raison à cela: un personnage féminin unique, mais fort ! Mieux: cette femme évolue, comme d'ailleurs tous les protagonistes de ce récit, plus complexe que je ne me l'étais figuré de prime abord. Autres atouts de ce long-métrage: une mise en scène assez innovante parfois - je pense à une scène finale jouant sur le hors-champ - et, comme mes choix d'images le suggèrent, un très beau noir et blanc. Côté interprétations, rien à redire, c'est du solide: Anne Baxter joue merveilleusement les jeunes filles indomptables, tandis que le duo masculin, Gregory Peck et Richard Widmark, est parfait d'ambigüité. D'aucuns trouveront à chipoter sur la conclusion, mais je préfère rester sur une impression favorable. En fait, La ville abandonnée contient bien assez de belles choses et de surprises pour que je passe sur certains aspects moins convaincants. Westernophobes s'abstenir !

La ville abandonnée
Film américain de William A. Wellman (1948)

Soixante-dix ans ont passé ! Le long-métrage ne brille pas toujours par la modernité de son propos, mais, de fait, son ton a su m'étonner et me séduire tout à la fois. Osons une comparaison: Duel au soleil m'a paru beaucoup plus bling-bling, en partie du fait d'un Technicolor explosif. On a droit de l'aimer quand même, pour son autre femme forte et Gregory Peck ! On peut aussi lui préférer La cible humaine...

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D'autres avis vous intéressent ?
Cela tombe bien: je vous invite à lire ceux de Dasola, Eeguab et Lui

vendredi 26 octobre 2018

Corbucci vu par...

Je vous avais promis une surprise mercredi: j'y arrive aujourd'hui. Vincent Jourdan, l'auteur du blog mis en lien dans ma chronique précédente, connaît très bien Django... et m'a ainsi permis de le voir en salles, à l'invitation de mon association. Mieux: il a écrit un livre sur Sergio Corbucci et gentiment accepté de m'en reparler. Andiamo !

Vincent, comment es-tu tombé dans la marmite Corbucci ?
À la base, c'est parce qu'à quinze ans, j'ai vu Le grand silence, le film avec Jean-Louis Trintignant. C'était un après-midi à la télé et cela m'a profondément marqué. C'est un nom que j'ai gardé en mémoire...

Quels souvenirs gardes-tu de la manière dont tu as reçu le film ?
Je crois qu'aucun autre film ne m'a choqué à ce point ! Je me souviens des circonstances et d'avoir pensé que le film n'était pas fini, qu'un morceau avait été coupé et qu'il manquait quelque chose, tellement j'avais du mal à accepter ce final particulier !

Ta passion pour le cinéaste t'est venue assez jeune, finalement...
Elle est venue un peu plus tard. On ne voyait plus de films de Corbucci dans les années 80. C'est revenu au cours des années 90, grâce à la vidéo et surtout au DVD, quand ses grands titres comme Django ont commencé à ressortir. J'en ai vu d'autres et j'ai donc fait le lien avec Le grand silence. En constatant que c'était le même réalisateur, ça m'a intéressé et c'est ainsi que j'ai découvert non seulement ses westerns, mais aussi ses autres films: ses comédies, ses péplums et certains films d'aventure... il y en a quand même beaucoup !

Comment placerais-tu Django parmi ses westerns ?
Il se situe dans la première partie des treize que Corbucci a réalisés. Il s'intercale entre Ringo au pistolet d'or, assez classique, et Navajo Joe, une grosse production de Dino de Laurentiis avec Burt Reynolds dans le rôle principal. Ce projet-là a mis du temps à se monter: en attendant sa sortie, Django a ainsi pu être tourné et finalisé rapidement. Il arrive aussi à une époque où le western italien est en plein essor et fait partie de ces films qui ont amené le genre vers quelque chose de neuf pour l'époque.

Qu'est-ce qu'il a de novateur, justement ?
Il prend vraiment à l'envers tout ce qui était jusqu'alors le western américain: le héros peut être vu de bien des façons, mais en aucune manière selon les critères classiques. Il n'y a plus de lien avec la géographie ou l'histoire de l'Amérique, si ce n'est quelques bribes ! Pour moi, plus encore que les Leone, c'est un western profondément italien, qui invente un nouveau territoire, qui est presque un monde d'enfance. Tous les petits Européens jouaient aux cow-boys et aux indiens: c'est dans cet univers que se situe Django. Nous sommes à la limite du fantastique, aussi. Corbucci fait référence à de nombreux éléments de la contre-culture de son époque. Il amène le film dans une autre dimension, qui lui est propre et qui va définir le western italien pendant les quatre ou cinq années de son âge d'or.

Et pourtant, le film est fabriqué avec peu de moyens...
C'est tout le paradoxe ! Si le film est allé si loin dans la démesure et l'innovation, c'est justement parce qu'il n'y avait que peu de moyens. Le scénario lui-même n'était même pas fini quand le tournage a commencé ! Il y a donc eu beaucoup d'improvisation ! En même temps, l'équipe se connaissait bien, entre le chef opérateur Enzo Barboni, le chef costumier Carlo Simi, la décoratrice Marcella de Marchis, l'assistant réalisateur Ruggero Dedodato, même les acteurs... beaucoup avaient déjà travaillé ensemble. L'atmosphère leur a permis de se lâcher. Cela s'est passé un peu de la même façon pour Keoma, le film d'Enzo G. Castellari, sorti dix ans plus tard. Là aussi, des moyens limités ont permis aux parties prenantes de délirer un maximum ! Dans les deux cas, ça a donné quelque chose, là où ça aurait pu être un échec complet...

Et ça a d'autant mieux marché pour Django que le public italien aura tout de suite adhéré à ce style baroque...
Oui... et pas seulement le public italien ! Le film aura quelques soucis avec la censure, mais tous les pays qui vont le voir le recevront comme un film novateur. Au milieu des années 60, on se trouve dans une période d'agitation politique mondiale: on ne veut plus voir les héros classiques, mais on préfère un anti-héros, dont on ne sait ni s'il est vivant ou mort, ni ce qu'il cherche vraiment. En creux, parfois, on trouve des idées sur l'argent, la révolution, le destin, la vengeance. Tout cela mélangé correspond à l'air du temps et, donc, plaît ! En fait, chacun y prend ce qu'il veut. Les Japonais y voient une démarcation des films de samouraïs, les Français une critique de la société. Aux États-Unis, c'est la période des hippies, qui ne peuvent qu'être séduits par le côté "branque". Comme pouvait plaire le cinéma de Leone !

D'ailleurs, pour faire le lien, on peut dire que les deux Sergio n'étaient pas rivaux, mais plutôt amis...
En effet. Ils échangeaient beaucoup entre eux et se rendaient souvent l'un sur le tournage de l'autre. Je crois qu'il y avait une émulation globale, bien plus décontractée que ce que l'on a pu en dire...

Est-ce que certains des acteurs de Django étaient déjà des stars ?
Pas vraiment. L'une des caractéristiques de Corbucci, à la différence de Leone, c'est qu'il ne va pas forcément chercher des Américains. Souvent, sur le plateau, tous les acteurs sont espagnols ou italiens. Juste après Abel dans La bible de John Huston, Franco Nero tient ici son premier grand rôle... qu'il avait hésité à accepter, se demandant si ce serait bon pour sa carrière. C'est amusant: Django a fait de lui une vedette et il en parle toujours ! Le reste de la distribution n'était pas connue: la star féminine, Loredana Nusciak, avait bien fait quelques films, mais les autres étaient principalement des acteurs typés dans le genre. Quelques têtes connues, mais pas des vedettes.

Toutefois, on ne peut pas parler de série B ou de film parodique...
Non, ce n'est pas une parodie, en dépit de son humour particulier ! Quant au terme de "série B", il correspond en fait à une économie bien particulière du cinéma américain, mais que l'on ne retrouve pas dans les autres pays. Django est un film à petit budget, destiné d'abord, comme beaucoup de westerns, aux salles populaires. Aujourd'hui, on a plutôt tendance à tout confondre. Or, il se trouve que les films de séries B n'existent plus ! Leurs schémas sont passés dans les séries A, depuis pas mal d'années maintenant.

Preuve au moins de leur popularité persistante...
Tout à fait. Cela correspondait au départ à un cinéma de distraction, populaire, sans la connotation péjorative. Il était destiné aux salles de quartier, avant de séduire des fractions du public plus exigeantes, soit pour les recherches formelles, soit pour les messages derrière. Certains westerns italiens ont ainsi pu séduire une partie de la gauche non-communiste. Dans l'un d'entre eux, un personnage est habillé comme Che Guevara: une évidence pour un spectateur de 1968-69 !

Après Django, Corbucci a-il eu davantage de moyens pour tourner d'autres westerns ?
En fait, il les avait déjà ! Comme je le disais, au moment de faire Django, il travaille aussi sur Navajo Joe, où il dispose d'un budget plus important. En fait, avec des budgets variables, il s'est débrouillé pour faire les films qu'il voulait. Cela correspond à l'époque, aussi. C'est quelqu'un qui a toujours su s'ajuster et qui savait tourner vite, jusqu'à quatre films par an. Il était vraiment capable de gérer ce type de situations un peu tendues et, quand c'était nécessaire, il pouvait gérer de grosses machines.

En plus du western, il a donc touché à tous les genres...
Oui. Il a débuté avec des mélodrames. Par ailleurs, il a fait beaucoup de comédies, un film d'espionnage, deux péplums, un film historique, deux films de capes et d'épées. Il a tourné avec les plus grandes stars de l'époque: Ugo Tognazzi, Marcello Mastroianni, Renato Pozzetto, Paolo Villagio, Vittorio Gassman... il les a tous fait travailler.

Et Totò, aussi...
En effet, dans les années 60. Leur relation était assez particulière. Disons que Corbucci correspondait bien à ce que Totò recherchait chez un metteur en scène. Lui voulait tourner vite et disposer d'un cadre pour s'exprimer. Il n'était pas possible de le diriger...

Avec une telle carrière, comment expliquerais-tu que Corbucci n'ait pas la même notoriété qu'un Sergio Leone, par exemple ?
Par plusieurs raisons. La première, c'est qu'il a fait beaucoup de choses très diverses et qu'il y en a forcément de plus ou moins bonnes, dans une telle filmographie. Ensuite, les mélodrames de ses débuts et la quasi-totalité de ses comédies ne sont pas sortis en France ! Hors d'Italie, il n'est presque connu que pour ses westerns...

Et toi, personnellement, comment as-tu accédé au reste ?
Aujourd'hui, une partie des films a été rééditée, à l'image de Bluff, par exemple, une comédie en costumes années 20, sortie en 1976, avec Anthony Quinn et Adriano Celentano. Après, parce que je parle italien, j'ai pu accéder à toute sa filmographie, largement disponible en Italie, à l'exception des mélodrames. Oui, frustration cinéphile...

Tout cela ne t'a pas empêché d'écrire un livre sur Corbucci. Comment l'idée t'est-elle venue ?
D'abord, j'ai créé un blog, Inisfree, où j'ai commencé à parler de ce qui m'intéressait. Corbucci est ainsi venu plusieurs fois sur le tapis et j'ai pu vérifier qu'il suscitait des discussions avec mes amis ! De l'une à l'autre, ma curiosité a été nourrie. Quelqu'un a fini par me dire que j'avais peut-être la matière suffisante pour en faire un livre, ce que j'ai d'abord pris pour une plaisanterie. Puis, en me rendant compte qu'il n'existait rien dans ce domaine, je me suis dit qu'il y avait peut-être quelque chose à faire. Et j'ai poussé mes recherches.

C'est donc facile, en France, d'écrire sur un réalisateur italien ?
C'est mon premier livre ! Je ne peux pas dire comment ça se passe pour les autres. J'ai eu des retours de personnes qui avaient proposé le sujet à des éditeurs, lesquels avaient dit non. Pour ma part, j'ai fait le livre tout seul et ce n'est qu'après que j'ai cherché un éditeur. C'est ainsi que j'ai rencontré Jean-François Jeunet, chez LetMotiff, qui, visiblement, a tout de suite été emballé. Tout s'est passé de manière très rapide, alors que, pour être franc, au départ, je ne m'attendais pas à trouver un éditeur aussi vite... ni même du tout.

En tout cas, tu es un vrai passionné de western, et pas seulement du western européen...
C'est vrai: mon éducation de base, c'est le western américain. Pourtant, généralement, c'est tranché: les amateurs de westerns classiques ont du mal avec les westerns européens, à l'inverse de ceux qui aiment les westerns européens et se montrent distants à l'égard des classiques. Moi, en fait, j'aime les deux, et sans problème. D'ailleurs, Sergio Corbucci aimait le western américain: ça se voit !

Tu as des références ? Des films un peu au-dessus des autres ?
Du côté des classiques, c'est Rio Bravo, de Howard Hawks, que je préfère, sans hésiter. Mais John Ford, c'est quand même le maître ! Après, tous les westerns d'Anthony Mann, Sam Peckinpah, Budd Boetticher... c'est difficile d'établir une hiérarchie. En films, j'aurais également pu citer La chevauchée fantastique, La horde sauvage...

Tu parles de films de toutes les époques, aussi...
Oui. Du côté italien, ensuite, j'aime tous les Leone, mais j'aime beaucoup Le bon, la brute et le truand et Il était une fois dans l'Ouest. J'ai aussi une affection particulière pour Il était une fois la révolution, que je trouve plus spontané pour un réalisateur qui ne l'a jamais été vraiment. Après, j'aime donc beaucoup les films de Corbucci: Django et Le grand silence ont été pour moi des films déclencheurs, mais c'est El mercenario qui est mon préféré, celui que je trouve le plus beau sur le plan technique. Chez d'autres réalisateurs italiens, j'aime aussi Tire encore si tu peux, de Guilio Questi, Django porte sa croix, d'Enzo G. Castellari sur un scénario de Corbucci, Blindman, de Ferdinando Baldi, Le retour de Ringo, de Duccio Tessari...

On notera pour finir qu'il y a plein de déclinaisons de Django !
Exact, mais jamais de vraie suite officielle. Les Italiens se sont engouffrés dans la brèche, avec plein de pseudo-Django, qui n'avaient plus grand-chose à voir. Il y en a quand même deux ou trois sympas...

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23h10 environ... un ajout un peu tardif...
Sur ces bonnes paroles, il me faut quand même remercier Vincent pour sa grande disponibilité et sa passion, largement communicative. Désormais, je prolonge le plaisir en lisant son bouquin. Du bonheur ! 

mercredi 24 octobre 2018

Flingueur en solo

Je l'ai déjà dit: Eddy Mitchell et son émission télé La dernière séance sont indissociables de mes (bons) souvenirs d'enfance liés au cinéma. Le petit garçon que j'étais au début des années 80 a dû regarder quelques dizaines de westerns américains avec son papa, à l'époque. Et ce bien avant de comprendre qu'il y en avait aussi des européens...

Il m'a ensuite fallu quelques années de plus pour réaliser et admettre que ceux qui parlaient de westerns spaghetti à propos des productions italiennes le faisaient parfois pour dénigrer des films d'une facture différente de celle des classiques du genre. Mieux au fait de l'histoire et de la diversité du cinéma aujourd'hui, je vois grandir mon intérêt pour le western européen et, donc, pour celui imaginé par des équipes transalpines. Ce qui me conduit aujourd'hui à vous parler de Django. Signé Sergio Corbucci, ce long-métrage ose aborder le mythe en sens inverse: son personnage principal nous est donc présenté sous la pluie battante, de dos, sans cheval et traînant derrière lui un... CERCUEIL !

Quelques coups de feu très bien placés et une petite dizaine de morts plus loin, notre homme termine sa route avec une femme. Ils arrivent dans un patelin presque désert, où survivent péniblement un patron de saloon (à moitié proxénète) et quelques filles de petite vertu. Bientôt, l'étranger est sommé de déguerpir, car son indépendance d'esprit pourrait déplaire à chacun des deux clans "mafieux" installés à proximité: les Mexicains du général Rodriguez ou les suprémacistes blancs du major Jackson. Je vous passe les détails... et vous épargne du même coup le récit complet de la suite des événements. Django semble ne pas beaucoup s'écarter d'autres films de cet acabit, mais...

L'important n'est pas là, dirais-je. Dans le joyeux défilé d'archétypes offert par les acteurs et compte tenu des situations rocambolesques dans lesquelles le scénario les plonge, m'est avis qu'il est judicieux d'éviter de prendre Django trop au sérieux. Autant vous dire aussi que cela va vite flinguer en tous sens - et sans considération aucune pour ce que l'on pourrait appeler le réalisme. C'est un fait: le film demeure constamment au premier degré du divertissement, bourrin et assumé comme tel. Si on s'y laisse prendre, il en devient sympa. Tourné avec des moyens limités, il ne se moque pas du public et joue sans fausse honte avec les codes du cinéma de genre. Moi, ça me va !

J'ajoute que, lorsqu'il est sorti, cet OVNI a connu son heure de gloire. Carton du box-office italien, il a également été exporté avec succès en France, en Espagne, en Allemagne et même jusqu'au Japon ! Jugé trop violent, il fut toutefois coupé aux États-Unis, n'est jamais sorti dans les salles britanniques et ne fut programmé sur une télé anglaise qu'en 1993. Mais peu importe: Django a été l'objet d'un culte important... et parfois très intéressé, de nombreux films de qualité discutable ayant été intitulés (ou renommés) pour faire une référence directe au personnage-clé, sans pourtant qu'il réapparaisse à l'écran. C'est cela aussi, le cinéma d'exploitation. En fait, je préfère en rire...

Django
Film italien de Sergio Corbucci (1966)

Ayant eu la chance de voir le film sur grand écran, je vous confirme qu'il est bon de revenir ainsi aux sources du western européen. Quentin Tarantino, qui en a proposé une relecture très différenciée avec Django unchained et Les 8 salopards, me paraît moins sincère dans sa démarche et bien plus ambigu dans son rapport à la violence. Autant donc rester avec Sergio Corbucci et (re)voir Le grand silence.

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Aujourd'hui, j'en termine avec deux liens...
Cela vous donnera l'occasion de lire une autre belle analyse de Strum. Et je citerai aussi un "petit nouveau", Vincent, avant... une surprise !

mardi 23 octobre 2018

Le cinquième homme

Vous serez probablement d'accord: ne pas savoir comment les choses vont se dérouler est assez jubilatoire quand on regarde un thriller. Maintenant, il peut aussi être excitant de se faire le complice (muet) d'un personnage et de le voir duper les autres. C'est sur ce schéma qu'il y a quelques jours, j'ai savouré Symphonie pour un massacre...

Pour tout vous dire, c'est en priorité pour le regretté Jean Rochefort que je me suis intéressé à ce film, l'un des premiers longs-métrages où, à défaut de moustache, il avait tout de même le premier rôle. Notre affaire tourne autour de cinq truands parisiens, qui s'associent pour acheter une grosse quantité de drogue à un parrain marseillais. L'un de ces mauvais garçons est chargé par les autres de convoyer l'argent requis jusqu'à destination, mais c'est compter sans la trahison de l'une des quatre autres crapules, déterminée à voler la somme complète avant qu'elle ne soit transformée en poudre de perlimpinpin. Aucun des plans ne va pas fonctionner comme prévu, évidemment. Désormais, c'est à vous de découvrir pourquoi... et ce qui arrive ensuite. Sommairement, je dirais juste qu'un joli suspense s'installe et que, cohérent, le scénario nous réserve une intrigue bien ficelée. Si le genre vous plaît, Symphonie pour un massacre va vous régaler.

La distribution masculine est remarquable: au cas où, pour une raison que je ne m'explique pas, le talent de Jean Rochefort était insuffisant à vous convaincre, vous aurez toujours la possibilité de vous rabattre sur l'un de ses complices... à condition de parvenir à faire un choix entre José Giovanni, Michel Auclair, Claude Dauphin et Charles Vanel. Et les femmes dans tout ça, me direz-vous ? Elles restent discrètes dans le déroulé du récit, mais leurs personnages sont déterminants dans la conclusion de l'histoire. Sans éclat particulier, Michèle Mercier et Daniela Rocca font le job - et j'ose dire que c'est très bien ainsi. Bref, Symphonie pour un massacre, film quelque peu oublié, gagne à être connu et offre un bon divertissement à qui s'y laisse prendre. Assez naturel pour l'époque, le noir et blanc accentue son petit côté vintage, ce qui ne le rend pas moins sympathique, bien au contraire. Dans la masse des polars français, celui-là mérite une place de choix !

Symphonie pour un massacre
Film français de Jacques Deray (1963)

Après Ascenseur pour l'échafaud, c'est donc le deuxième film noir français intéressant que je vois cette année. Je l'ai même trouvé mieux "tenu" que le classique de Louis Malle, le scénario de ce dernier développant une sous-intrigue d'un intérêt somme toute discutable. Dans le genre, Du rififi chez les hommes me laisse un souvenir marquant ! Mais on peut préférer l'humanité de Quai des orfèvres...

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À tout seigneur tout honneur...

Je dois le signaler: c'est chez l'ami 2flics que j'ai pu découvrir le film.