vendredi 20 janvier 2017

Ré-Mi-Do-Do-Sol

Je n'ai pas vu son dernier film, mais j'ai toujours le même respect mâtiné d'admiration pour Steven Spielberg. Mon récent petit break hivernal m'a permis d'enfin rattraper une autre de ses oeuvres mythiques: Rencontres du troisième type. Ce spectacle étonnant fêtera ses quarante ans en novembre et a gardé une belle modernité !

C'est un vrai défi que de résumer ce film ! Il nous embarque aussitôt quelque part dans l'Indiana - et ce qu'on pourrait appeler l'Amérique profonde. Plusieurs objets volants non identifiés y ont été aperçus. Partagée entre inquiétude et stupéfaction, les quelques témoins ordinaires de ces événements extraordinaires n'y comprennent rien. Dans un désert mexicain, on retrouve les avions d'une escadrille disparue de la Seconde Guerre mondiale et, en Inde, des foules immenses reproduisent ad libitum les cinq notes d'une mélodie prétendument descendue des cieux. Rencontres du troisième type conserve ceci de vraiment particulier qu'aux adeptes des scénarios linéaires, il oppose un récit éclaté, qui fait bien des tours et détours pour raconter au fond une seule et même histoire. Je ne suis pas sûr qu'un tel procédé narratif soit vraiment encore possible aujourd'hui ! Pas sûr du contraire non plus, à dire la vérité, mais bon... qu'importe.

Si le long-métrage fait encore parler de lui aujourd'hui, c'est sûrement aussi parce que Steven Spielberg a appuyé son propos sur une idée forte de son cinéma: l'existence possible d'une vie extraterrestre. C'est également, je crois, parce qu'il a mis l'imaginaire dans les mains de deux personnages tout à fait emblématiques: Roy Neary le rêveur et Claude Lacombe le scientifique. Chose intéressante: le premier veut comprendre et le second s'évader, ce qui fait que je les vois volontiers comme les deux faces d'un seul et même être. On notera qu'elles ont le visage de Richard Dreyfuss et François Truffaut, justes et touchants tous les deux, chacun dans son registre. Il est possible qu'à la "revoyure", certains d'entre vous jugent le film un peu vieilli. Rencontres du troisième type demeure toutefois un jalon important de l'histoire de la science-fiction au cinéma - et cette seule raison justifierait qu'on lui accorde un regard bienveillant. Il faut considérer par ailleurs qu'on n'y ressent aucune hostilité à l'égard de l'inconnu. C'est l'humble vision d'un trentenaire qui a conservé l'âme d'un enfant.

Rencontres du troisième type
Film américain de Steven Spielberg (1977)

Il serait facile de voir ce long-métrage comme le précurseur filmique d'E.T. l'extra-terrestre, sorti trois ans plus tard - et que j'aime davantage. Ce serait oublier un peu vite le formidable héritage laissé par cette "première" aventure. Rien que l'an passé, des blockbusters comme Midnight special et Premier contact lui doivent beaucoup. Respect pour ce cinéma américain, aussi intelligent que divertissant !

----------
Une explication sur mon titre...
Ces notes de musique ont une très grande importance dans le film ! J'ajoute qu'elles sont l'oeuvre de John Williams et que le second Do doit être joué une octave plus bas que le premier. Avis aux amateurs.

Deux autres façons de considérer le film...
Vous pouvez lire "L'oeil sur l'écran" ou voir les images chez Ideyvonne.

jeudi 19 janvier 2017

Téléfilms costumés

Un aveu pour démarrer: parfois, pour gagner du temps ou faute d'inspiration véritable, j'ai très envie de céder à une certaine facilité et d'associer un film à un autre pour créer un diptyque. C'est le cas aujourd'hui et, comme mon titre l'indique, autour de deux téléfilms découverts cet hiver: Mystère au Moulin rouge et La joie de vivre...

Mystère au Moulin Rouge
Téléfilm français de Stéphane Kappes (2011)

Si je n'avais qu'un argument pour défendre ce petit film, je citerais probablement celui qui m'a convaincu: la présence d'Émilie Dequenne. La comédienne belge est l'une de mes préférées. Dans le Paris populo d'avant la Première Guerre mondiale, elle est ici une jeune femme "montée à  la capitale" pour retrouver sa soeur disparue. L'intéressée tournait autour du monde des cabarets, au risque de rencontres fâcheuses. Est-elle en vie ? Mystère... et suspense très relatif. Correctement mis en scène, ce gentil récit n'atteint pas des sommets. On y aperçoit le vieux Jacques Weber ou le fringuant Marius Colucci. Dominique Besnehard est là aussi (pour accompagner ses client-e-s ?). Les techniciens et artisans des studios de tournage ont bien travaillé. Mais sitôt la vérité connue, il ne reste finalement pas grand-chose...

La joie de vivre
Téléfilm français de Jean-Pierre Améris (2011)

J'ai une vraie affection pour le réalisateur, qui, il y a plus de cinq ans déjà, fut le premier professionnel de cinéma à accepter une interview publiée sur ce blog. Avec Anaïs Demoustier et Swann Arlaud, il offre dans ce film une très belle adaptation d'un roman d'Émile Zola. Surprise: le titre n'est pas aussi trompeur que je l'avais imaginé. Objectivement, la vie de cette - riche - orpheline confiée à sa tante et tombée amoureuse de son cousin n'est pas spécialement rigolote. Pourtant, la détermination du personnage confine à un optimisme étonnamment moderne. Tournées à deux pas des grandioses falaises de Normandie, le long-métrage n'a rien à envier à une production cinéma. Son naturalisme de bon aloi en fait une réplique respectueuse de l'oeuvre originelle - pour ça et tout le reste, je dis merci et bravo !

----------
Je ne suis pas seul...
Fidèle elle aussi au cinéaste, Pascale a vu le second des deux films.

Un mot encore, si vous le voulez bien...
Comme à l'accoutumée, je suis preneur de votre avis sur les films. Format oblige, je suis aussi à votre écoute sur le concept "diptyque".

mercredi 18 janvier 2017

Un homme intègre

Petites gens, nobles héros et histoires simples: c'est sur cette base que, semble-t-il, repose le cinéma de Frank Capra. L'un des alter ego habituels du cinéaste est James Stewart, qui tourna à trois reprises avec lui. Dans Mr. Smith au Sénat, il est un jeune homme respectable, fraîchement appelé à représenter le peuple américain...

Je n'entrerai pas longtemps dans les considérations juridiques. Sachez simplement qu'aux États-Unis, si un sénateur vient à mourir au cours de son mandat, il peut être remplacé par une personnalité désignée par le gouverneur de son État d'origine. Reprendre le poste, c'est donc ce qui arrive à James Stewart / Jefferson Smith, garçon ordinaire jusque dans son patronyme, que certains milieux d'affaires poussent vers la Chambre, le jugeant en réalité bien plus naïf et influençable qu'un autre prétendant de fait plus expérimenté. Mr. Smith au Sénat présente donc les atours d'un film engagé et reçut un accueil mitigé. Aujourd'hui, à l'inverse, il est considéré comme un (grand) classique !

Un peu idéaliste, sans doute, le scénario s'appuie sur les valeurs éternelles de la démocratie américaine pour faire le portrait serré d'un homme intègre. Face à la perte de ses illusions, Jefferson Smith continue d'aller de l'avant et refuse de renoncer à son idéal égalitaire. Symboliquement, Frank Capra l'entoure d'enfants, qui tiennent lieu d'appariteurs au coeur des institutions et, bien entendu, triomphent avec lui de toutes les injustices. En prime, Mr. Smith au Sénat tricote aussi une jolie histoire d'amour, son premier personnage féminin semblant (presque) en avance sur son temps. Si tout cela peut paraître trop beau pour être vrai, le spectacle demeure agréable et réconfortant. Du cinéma traditionnel US dans toute sa splendeur ! Pourquoi bouder son plaisir, n'est-ce pas ? Je ne vois aucune raison...

Mr. Smith au Sénat
Film américain de Frank Capra (1939)

Pour être franc, du duo Capra / Stewart, je préfère La vie est belle. Maintenant, très sincèrement, cela ne tient qu'à de petits détails. Peut-être un poil trop long, le film du jour garde d'indéniables qualités et fait encore mouche, près de 80 ans (!) après sa sortie en salles. Juste après, ce sera la guerre: c'est terrible, quand on y pense ! Heureusement que le cinéma est là pour étancher notre soif d'idéal...

----------
Pour finir, deux lectures à vous conseiller...

L'oeil sur l'écran revient sur le film. Eeguab, lui, parle de son auteur.

lundi 16 janvier 2017

Venus d'ailleurs

Les historiens de l'art font de 1902 la date de la première apparition d'une créature extraterrestre au cinéma. Depuis, le sujet passionne toujours nombre de cinéastes - plus ou moins inventifs, bien sûr. C'est tout d'abord parce que j'apprécie le réalisateur Denis Villeneuve que j'ai voulu voir son Premier contact. Content: ça valait le détour !

Premier contact est un film intéressant, sur la base d'un concept assez basique: douze vaisseaux, de forme ovoïde et donc d'origine interstellaire, arrivent sur Terre. Sont-ils habités ? Oui. Les "autres" communiquent-ils ? Peut-être. C'est bien pour le savoir que l'armée américaine recrute une linguiste réputée: tenue à la confidentialité absolue de ses travaux, Louise Banks devra déterminer si les bruits enregistrés auprès d'étranges créatures forment bien un langage. Ensuite, si c'est le cas, elle devra se montrer capable de le traduire. L'idée première est bien sûr de savoir si cette soudaine apparition d'une forme de vie inconnue représente une menace. Une trame scénaristique qui trouve des échos dans notre monde et nos défiances à l'égard de ce qui est différent. Remarquable et saisissant parallèle !

Sur cette première "couche" de narration, une autre thématique s'impose d'emblée: qu'en est-il de Louise Banks en tant qu'individu ? Cette femme érudite est-elle heureuse ? S'épanouit-elle vraiment comme professeur d'université ? Dès le début, Premier contact laisse entendre que non, qu'elle est seule, endeuillée et résignée à une vie terne. Mais une fois encore, en partant de ce qui n'est finalement qu'un archétype parmi d'autres, le film fait montre d'une originalité certaine, balayant du même coup nos certitudes trop vite établies. Bon... peut-être que le tout manque encore d'un soupçon de maîtrise pour atteindre les sommets de l'art cinématographique. N'empêche ! Nous sommes et restons bien au-dessus d'un bête blockbuster de plus. Cerise sur le gâteau: l'interprétation sans faille d'Amy Adams, égérie parfaite (et récurrente) de ce type de divertissement intelligent. Laissés quelque peu en retrait du personnage féminin, Jeremy Renner et Forest Whitaker sont très bien aussi. Le tout est d'un équilibre fragile, il me semble, mais je le trouve plutôt convaincant. À (re)voir.

Premier contact
Film américain de Denis Villeneuve (2016)

Je suis bien embêté, maintenant... si, à présent, je cite des films comparables sur les êtres venus d'ailleurs, je crains vraiment d'en dire trop. Je me contenterai donc d'Abyss et d'E.T. l'extra-terrestre. J'ajoute juste que la vision de Denis Villeneuve me paraît plus adulte et peut-être un peu plus sombre. Maintenant, chut ! Le long-métrage du cinéaste québécois cache des surprises. J'aime autant m'arrêter là.

----------
Qu'en est-il des avis venus d'ailleurs ?

Je vous conseille d'aller lire les opinions de Pascale, Dasola et Strum. Sentinelle a également publié sa propre chronique, en léger décalé.

dimanche 15 janvier 2017

Labyrinthe

Il n'y a pas qu'au cinéma que j'ai encore de grosses lacunes à combler. Chaque fois que je vois un film adapté d'un roman, je me promets d'essayer de lire davantage. Cette fois, c'est sur les traces des polars de Georges Simenon que je suis attiré, après avoir pu m'enfermer dans La chambre bleue. L'histoire plutôt banale d'un adultère fatal...

Stop ! Ne surtout pas trop en dire ! Ce n'est pas forcément facile d'agir autrement, mais je suis entré dans cette histoire en sachant presque tout des protagonistes, criminels ou victimes. Je préfère rester discret, personnellement: je parlerai simplement d'évidence pour vous dire que le film tourne autour de Mathieu Amalric, acteur principal et réalisateur cette fois, entendu par la police et un juge d'instruction dans une affaire de meurtre. Mais de quoi l'accuse-t-on ? Si je me souviens bien, le long-métrage est construit de telle façon qu'au départ, nous l'ignorons. Monsieur trompe Madame, c'est un fait. A-t-il tué ? Quand ? Qui ? Mystère. L'essentiel est peut-être ailleurs...

La chambre bleue est un film-labyrinthe. Il est mieux de s'y égarer. Une seule question à se poser: avez-vous besoin de certitudes absolues ou, à tout le moins, de résolutions face aux énigmes ? Personnellement, j'ai aimé que ce long-métrage me perde, détourne mon attention de ce que je croyais acquis et puisse me suggérer plusieurs scénarios pour la même histoire. Dès lors que les victimes sont connues, les coupables restent peu évidents. Bien des choses demeurent hors du champ de la caméra et l'importance d'identifier clairement les criminels s'amoindrit. Mathieu Amalric s'auto-filme plutôt en personnage ambigu, pris dans ses mensonges et les filets serrés de la justice. Le mérite-t-il ? C'est possible. Ce n'est pas sûr. Que sont les images qu'il nous montre ? Des reproductions du réel ? Des souvenirs un peu flous ? De fausses vérités ?  À vous de juger. Car après tout, à la cour d'assises, seule compte l'intime conviction...

La chambre bleue
Film français de Mathieu Amalric (2014)

Je veux d'autant plus lire le livre que j'ai en réalité découvert le film lors d'une projection... dans une bibliothèque ! J'en ai retiré un plaisir certain, même si ça manque un peu de souffle (et aussi de souffre). Disons que j'ai trouvé le montage ludique, en tout cas. Naviguer ainsi en eaux troubles, j'aime ! Et libre à vous de privilégier des thrillers plus musclés comme Gone girl ou Insomnia - deux styles différents...

----------
L'amour est-il un crime parfait ?

Passé le clin d'oeil, je vous suggère d'y réfléchir aussi avec Pascale.

vendredi 13 janvier 2017

Un mur pour abri

Internet donne parfois l'impression que le monde est à portée de clic. Sincèrement, je pense que c'est faux, mais j'estime tout de même qu'aujourd'hui, l'information va trop vite, parfois. Nous risquons alors d'oublier très vite aussi des faits historiques pourtant encore récents. Un simple exemple: l'existence de deux Allemagne, de 1949 à 1990. C'est le - double - cadre d'un beau film: Les trois vies de Rita Vogt...

Quelques éléments de scénario, pour commencer. Rita Vogt - l'héroïne du film, donc - n'est qu'un personnage fictif, mais nettement inspiré de certaines femmes d'Allemagne de l'Ouest, prêtes à la lutte armée au nom de leurs idées d'extrême-gauche. C'est désormais un fait incontesté: certaines de ces activistes (ou terroristes !) ont trouvé refuge en Allemagne de l'Est, côté soviétique donc, tant que le Mur séparait les deux entités étatiques. Les trois vies de Rita Vogt dresse ainsi le portrait d'une femme en fuite et, autant que je vous le dise avant que vous vous posiez la question, avec du sang sur les mains. Personnellement, je n'ai pas ressenti le scénario comme un plaidoyer à décharge. Je ne l'ai pas perçu non plus comme un réquisitoire cinglant. Constamment sur la corde, le long-métrage est en réalité très humain... et ce n'est pas la moindre de ses qualités. Je dois dire que j'ai apprécié cet équilibre narratif. Assez particulier, il est vrai...

C'est mon association, pour l'occasion en collaboration avec un Cercle culturel franco-allemand, qui m'a en fait permis de découvrir ce film. Avant, je ne connaissais qu'un peu Volker Schlöndorff, le réalisateur. J'ai noté avec intérêt que cet ex-Allemand de l'Ouest avait travaillé sur le scénario d'un ancien Allemand du côté Est, Wolfgang Kohlhaase. Cela étant souligné, je veux bien admettre que ma germanophilie avérée m'a été d'un grand secours pour m'intéresser à cette oeuvre. Les premières images défilent vite et il n'est pas forcément évident de se repérer quand on ne connaît pas l'histoire de l'Allemagne contemporaine. Mais si on sait s'accrocher aux bons wagons, je crois sincèrement qu'on peut prendre plaisir à ce récit. Il y a en effet quelque chose de poignant à suivre Les trois vies de Rita Vogt. D'après moi, pour tout dire, elles n'en font qu'une, plutôt pathétique. Détaché du manichéisme, le long-métrage ne souffre d'aucun temps mort, mais ne sacrifie pas pour autant ses personnages secondaires. Du cinéma d'auteur - du bon ! Méconnu et peu diffusé, je le crains...

Les trois vies de Rita Vogt
Film allemand de Volker Schlöndorff (2000)

Esthétiquement, le film n'est pas très "joli" ! Les deux Allemagne d'alors ne l'étaient pas forcément... rien de grave, donc. Je suis entré dans cette histoire plus vite et plus facilement que dans Le tambour. Bon... mon côté Bisounours continue de préférer Good bye Lenin. Reste que je suis content de mieux connaître Volker Schlöndorff ! D'autres films allemands sont cités sur ma page "Cinéma du monde".

----------
Un autre aperçu avant de vous lancer ?
Je vous suggère d'aller lire aussi la chronique de "L'oeil sur l'écran". 

mercredi 11 janvier 2017

Rebelle(s)

La question va probablement se poser à chaque fois: faut-il avoir vu l'ensemble des épisodes de la saga Star wars pour vraiment savourer ceux qui vont désormais être livrés chaque année ? Tout dernier film en date, sorti le mois dernier, Rogue one m'incite à répondre oui. Sans repère aucun, vous risquez fort de moins l'apprécier. Mais bon...

Aux experts des trilogies originelles, je rappelle que cet opus 2016 s'insère entre les épisodes III et IV, soit juste avant le tout premier sorti en 1977. Aux autres, qui pourraient bien légitimement se perdre dans cette drôle de numérotation, j'expliquerai très sommairement que Rogue one, comme les autres films, a pour cadre une galaxie géante, dominée par un pouvoir autoritaire: l'Empire. Auto-désignés comme les Rebelles, un groupe mixte (et d'importance très variable) conteste cette quasi-dictature et, comme de bien entendu, préfère prendre les armes que de se résigner à un triste sort interstellaire. Initiative d'autant plus courageuse qu'en l'espèce, l'ennemi a construit une arme XXL, capable, dit-on, de rayer de la carte une planète entière. À ce stade, ceux qui connaissent bien l'univers Star wars devraient retrouver des éléments connus. C'est pourquoi je préfère m'en tenir là de mes révélations sur le scénario. Pas envie de spoiler !

Ce que je peux dire, en revanche, c'est que, comme celui proposé l'année dernière à l'extrémité finale de l'arc narratif, cet épisode s'appuie lui aussi sur un personnage féminin: Jyn Erso. L'histoire retiendra que le rôle est revenu à Felicity Jones, une jeune femme restée jusqu'alors à l'écart du vrai star system (ça devrait changer !). C'est l'une des choses que j'apprécie dans la saga: elle donne souvent une chance de percer aux "seconds couteaux" de Hollywood - je le dis sans une once de mépris. Bon... cela souligné, Rogue one demeure évidemment un blockbuster plutôt basique, qui met un temps certain à démarrer vraiment. Il n'est jamais facile de trouver des images représentatives de ces mondes imaginaires: celles que j'ai dénichées sont censées vous permettre d'envisager déjà une tonalité sombre. Avis aux amateurs: de fait, j'ai trouvé cet opus assez crépusculaire. D'ailleurs, il m'a plu pour cette raison ! Les inquiétudes nées du rachat de la franchise par Disney n'ont plus lieu d'être. Et même si le cinéma offre sûrement des centaines de films plus innovants chaque année...

Rogue one
Film américain de Gareth Edwards (2016)

Nouveau venu dans l'univers Star wars, le cinéaste y fait des débuts plus qu'honorables, à 41 ans et après trois autres longs-métrages seulement ! Cela dit, il me semble plutôt difficile de comparer un film de la saga avec un autre: le "produit" est tout de même normé à 99% et conviendra d'abord à ceux qui, comme moi, ont surtout une vision ludique de la SF / anticipation. 2001 ou Blade runner vont plus loin !

----------
D'autres curieux, dans la salle ?
Oui ! La preuve: Pascale, Princécranoir et Strum ont tiré les premiers. Quelque temps plus tard, un 2flics enthousiaste leur a emboîté le pas.

mardi 10 janvier 2017

Piège d'amour

Arrêtez-moi si je me trompe: si ce n'est bien sûr leur nom de famille et leur statut d'icône du cinéma mondial, Katherine et Audrey Hepburn n'ont pas forcément grand-chose en commun. C'est même le hasard qui m'a conduit à voir un film de la seconde aussitôt après en avoir vu un autre de la première. Aujourd'hui, donc, place à Deux têtes folles !

Miss Audrey Hepburn y joue un énième rôle de jeune femme ingénue. Même si l'intrigue n'est donc pas très originale, j'apprécie toujours ces comédies romantiques "à l'ancienne". Cette fois, la demoiselle partage l'affiche avec William Holden, un homme qu'elle a aussi aimé à la ville. Leur complicité fait merveille et ajoute un peu de crédibilité aux péripéties visibles à l'écran: à Paris, une gentille dactylo tombe doucement sous le charme du scénariste franchement paresseux qu'elle était d'abord censée aider à terminer un travail urgentissime. Vous permettrez assurément que je vous passe les détails: c'est drôle et tendre à la fois, raccord avec ce que j'appelle le cinéma chamallow.

Une partie de l'efficacité de Deux têtes folles, très étonnant remake américain d'un film du Français Julien Duvivier, tient à une idée sympa: le réalisateur interprété par William Holden se donne une vie de rêve par l'intermédiaire de son personnage, laquelle vie de rêve étant bien sûr le premier sujet du film... et l'irrésistible piège d'amour tendu à la jolie Audrey Hepburn. Le fait que le tout se passe en France ajoute encore une cerise glamour à ce gâteau 100% sucre. Quelques esprits chagrins me diront peut-être que tout cela a vieilli. C'est vrai, mais ce n'est pas un problème pour moi. Je suis prêt à voir d'autres films de ce genre, sans ennui. Quand on aime, vous savez...

Deux têtes folles
Film américain de Richard Quine (1964)

La fête à Henriette... c'est le titre du film de Julien Duvivier, sorti douze ans plus tôt. Je ne l'ai pas vu, désolé ! Pour vous embarquer vers d'autres horizons familiers, je me contenterai de vous dire aussi que le long-métrage évoqué ce jour a pu me rappeler Le magnifique. C'est l'affaire de la mise en abyme, si vous voyez ce que je veux dire. Du coup, confirmation: j'aime quand le cinéma s'amuse... du cinéma !

lundi 9 janvier 2017

Voir Venise et...

Je l'ai sans doute déjà dit: David Lean reste connu comme l'homme derrière la caméra de plusieurs grosses productions hollywoodiennes. C'est mérité évidemment, mais c'est aussi réducteur, car le cinéaste britannique a d'abord fait carrière en Europe. Je vais vous parler aujourd'hui de l'oeuvre qui tient lieu de jonction entre ces périodes...

Dans Vacances à Venise, Katherine Hepburn, femme seule, découvre la Sérénissime dans la peau d'une touriste américaine. Elle croise d'abord quelqu'un dans le train, qui lui dit deux mots de la diversité des aspects de la ville. Plutôt qu'une gondole, elle choisit d'emprunter un bateau-bus pour rejoindre sa pension. Là, plutôt que de suivre aveuglément les conseils de ses nouveaux voisins, elle flâne d'abord selon sa propre inspiration, ce qui la conduira bientôt... à rencontrer un antiquaire particulièrement séduisant. Je vous laisserai découvrir par vous-mêmes la suite de ce portrait de femme. C'est peu de dire que le film a vieilli, mais il est resté assez subtil (et drôle, parfois)...

En entamant cette escapade dans la Cité des doges, je craignais surtout de tomber sur un film "carte postale", comme il est simple pour un pro du cinéma d'en réaliser un, en maîtrisant la technique. Fort heureusement, David Lean n'est pas seulement un illustrateur. Bien entendu, il n'hésite pas à parsemer son film d'images superbes pour nous ouvrir au rêve, mais il n'en oublie pas pour autant de tenir fermement la barre de son scénario. Vacances à Venise se révèle finalement bien plus mélancolique qu'il n'y paraissait de prime abord. Honneur à Rossano Brazzi, bel acteur italien emporté par la fougue. Pour un grand duo, c'est l'évidence même: il faut deux grands acteurs.

Vacances à Venise
Film américano-britannique de David Lean (1955)

Puisque j'ai vu plusieurs de ses grosses productions, je suis content désormais de connaître aussi ce film, le premier réalisé par le maître pour le compte d'un studio américain. Bien sûr, le regard qu'il porte sur la fière ville de la lagune s'en ressent. On reste toutefois bien loin du lyrisme de Mort à Venise ou, plus récemment, de la douce poésie de La petite Venise. La cité lacustre révèle ses mille et un visages... 

----------
Pour finir, une anecdote personnelle...
Dans l'un de mes films-cultes, à savoir The fisher king, un clochard magnifique pleure dans les bras de Jeff Bridges son désarroi profond de ne pas être Katherine Hepburn et de ne pas aller à Venise. Je sais pourquoi, maintenant - et cette scène-là me paraît encore plus belle !

Sans oublier enfin l'avis d'autres cinéphiles...
Chonchon évoque le film, mais il ne l'a visiblement pas emballée. Quant à Ideyvonne, elle offre l'une de ses fameuses galeries d'images.

dimanche 8 janvier 2017

Peur invisible

Le cinéma "à grand spectacle" engloutit des sommes considérables. Paranormal activity, lui, n'aurait coûté qu'à peine 13.500 dollars. Distribué par Paramount et DreamWorks, il en aurait ensuite rapporté plus de 193 millions, avant même ses quatre (!) suites et son épisode parallèle. C'est ce qu'on pourra appeler un très bon filon, j'imagine...

L'histoire raconte d'ailleurs que les producteurs du tout premier opus ont demandé au réalisateur de modifier sa conclusion, pour se garder l'opportunité d'aller encore plus loin avec ce même univers. Un constat s'impose: au tout départ, Paranormal activity repose sur un postulat simple. Katie et Micah sont un couple de jeunes Américains, installés depuis peu sous le même toit. Tout devrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais Katie s'imagine qu'un esprit rode dans la maison et attend qu'elle s'endorme pour venir la terrifier. D'abord assez compréhensif, Micah achète une caméra, qu'il installe dans leur chambre commune pour, au mieux, rassurer sa compagne et, au pire, filmer une éventuelle intrusion. Avec deux pauvres bouts de ficelle, le long-métrage s'avère assez efficace dans la construction d'un suspense basé sur la peur de l'invisible. De fait, rien n'est génial là-dedans, mais l'idée première est futée et exploitée à bon escient...

Pour certains, Paranormal activity a acquis le statut d'oeuvre culte. C'est sans aucun doute un film de référence dans son (sous-)genre. Sans me lancer dans la découverte exhaustive de la franchise, j'ai eu envie de voir ce premier opus, "histoire de". Je ne le regrette pas. Parce qu'il ne dure au fond qu'une petite heure et demie, il parvient assez bien à construire sa montée de tension et gagne ainsi son pari de nous scotcher à l'écran. Entendons-nous bien: celui qui a inventé cette histoire est un petit malin, qui instille une sensation d'effroi sans jamais vraiment la justifier, si ce n'est par une porte qui claque ou une lumière qui clignote. Il existe certes mille films de fantômes autrement plus explicites ! Si vous n'avez pas vu celui dont je parle aujourd'hui, je crois que la première demi-heure pourrait vous suffire pour déterminer s'il vous plaira ou non. En fait, deux types d'images alternent: celles prises par les personnages tenant la caméra et celles enregistrées de nuit par la même caméra, posée alors sur un trépied. Je peux bien entendre que l'on juge cela faiblard, comme dispositif...

Paranormal activity
Film américain d'Oren Peli (2009)

Aux suites et au spin-off évoqué plus haut, il me faut ajouter également une parodie franchouillarde: Pas très normales activités. Je passe vite sur ce film du tandem Norman / Maurice Barthélémy. Pour jouer à me faire peur, je verrai en revanche volontiers un film comme Le projet Blair witch, la grande référence du found footage. Cela étant dit, j'imagine que je continuerai de préférer Les autres...

----------
Adeptes du frisson, vous n'avez pas fini...

Le film que je vous ai présenté aujourd'hui ne fait pas l'unanimité. Exemples: Chonchon en dit plutôt du bien... et Princécranoir du mal.