jeudi 23 février 2017

Au chevet

Un Prix d'interprétation cannois à Marie-Josée Croze. Sur la Croisette toujours, le Prix du meilleur scénario pour Denys Arcand. Trois César au total: meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario. L'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Les invasions barbares reste sûrement dans les mémoires comme un film qui fit sensation...

En propulsant ma machine à remonter le temps vers 2003, j'ai vu récemment ce long-métrage québécois, dont ma mère m'avait dit beaucoup de bien. Le pitch ? Rémy, un homme d'une soixantaine d'années, est hospitalisé du fait d'une maladie sérieuse. Sa femme appelle son fils, jeune trader canadien exilé à Londres, persuadée qu'elle est que les deux hommes, en froid, devraient se réconcilier avant qu'il ne soit trop tard. Pas franchement motivé, Sébastien finit tout de même par débarquer, avant d'être rejoint par toute la bande des amis (et maîtresses !) de son paternel. Les invasions barbares déplaira, je pense, à ceux d'entre vous qui aiment le cinéma réaliste. Pour être honnête, je dois vous dire d'emblée que j'ai trouvé l'humanité qu'il dépeint fort peu intéressante. Ou pire: antipathique...

Je n'ai pas passé un si mauvais moment, mais j'attendais bien mieux de ce récit, incontestablement. Je ne me suis pas senti "concerné" par ce qui pouvait arriver à l'un ou l'autre des personnages. J'ai noté aussi, avec quelque étonnement, que le film semble avoir été diffusé dans une version (un peu) plus courte à l'international qu'au Canada. Après, voilà... j'ai trouvé tout cela bavard et pourtant assez creux. C'est précisément le problème: je n'ai pas compris où le réalisateur voulait en venir. Avec quelques répliques bien senties, Les invasions barbares sonne un peu comme le bilan d'une génération, désabusée par les valeurs de celle qui la suit immédiatement. Soit... et donc ? Impossible pour moi d'en tirer la moindre leçon ! Comme je peux difficilement soutenir que le film est beau, je vous dirai abruptement qu'il me paraît dispensable. C'est dur, j'en conviens, mais c'est ainsi. Et tant pis ! Je donnerai d'autres chances au cinéma made in Québec.

Les invasions barbares
Film canadien de Denys Arcand (2003)

Sans piocher dans la quadrilogie Les boys, petite chose sympathique mais particulière, et sans convoquer Xavier Dolan, je peux conseiller un film comme C.R.A.Z.Y. en très digne représentant du septième art québécois. Je suis à l'écoute de toutes vos possibles suggestions ! J'aimerais voir d'autres films de nos "cousins" d'Amérique. Ma page spéciale "Cinéma du monde" donne quelques-uns de mes bons plans...

----------
J'avance d'un cran pour mon Movie Challenge...

J'atteins en effet l'objectif n°16: "Un film qui est la suite d'un autre". Le premier opus, Le déclin de l'empire américain, date de... 1986 !

Si vous voulez vous contenter du film d'aujourd'hui...

Vous pourrez lire un autre avis du côté de "L'oeil sur l'écran".

mercredi 22 février 2017

Auprès des arbres

Le Japon prend de la place dans mes découvertes cinématographiques de ce premier trimestre 2017 ! J'ai vu dernièrement mon second film de Naomi Kawase, une réalisatrice que j'étais content de retrouver. Sorti il y a bientôt dix ans, La forêt de Mogari lui a valu le Grand Prix du jury du festival de Cannes. C'est un long-métrage très étonnant...

La caméra nous entraîne au coeur d'une maison de retraite japonaise. Construit au beau milieu de la nature, l'établissement donne de la fin de vie une image relativement apaisée. Naomi Kawase rappelle alors ses (grands) talents de spécialiste du documentaire: elle observe attentivement ce petit monde clos sur lui-même, avant d'en ouvrir grand les portes pour permettre à l'un des pensionnaires de "filer". Monsieur Shigeki, qui n'a visiblement plus toute sa tête, part d'abord en promenade avec Machiko, une aide-soignante peu expérimentée. Bientôt, un imprévu survient et, en un instant, La forêt de Mogari trouve alors la justification de son titre. Non, je n'en dirai pas plus...

Le film fait résolument appel à votre imagination et à votre ouverture d'esprit. Sans véritable souci de réalisme, il concentre son intrigue entre les mains de deux personnages, qu'il suit de très près. Pas sûr pourtant qu'il faille parler d'oeuvre contemplative: le mouvement s'inscrit dans un très bel environnement... sans que ce soit le sujet ! La forêt de Mogari ne suit pas les sentiers battus, mais son intention allégorique est très claire: admirablement photographié, le cadre naturel est ici un personnage à part entière, qui accompagne les êtres de chair et d'os dans un voyage spirituel. Quelque chose les réunit évidemment et il était important qu'ils puissent oublier les conditions premières de leur rencontre pour se rapprocher (sans grand discours). Empathie et recueillement sont les clés de ce voyage. Le ferez-vous ?

La forêt de Mogari
Film japonais de Naomi Kawase (2007)

C'était donc mon second Naomi Kawase, après son Still the water découvert fin 2014. Les deux films ne se ressemblent pas vraiment. Pour retrouver un peu de l'ambiance de celui d'aujourd'hui, je conseille surtout le remarquable Vers l'autre rive (de Kiyoshi Kurosawa). Maintenant, si c'est la relation vieil homme / jeune femme qui titille votre intérêt, je dirais Printemps tardif - dans un tout autre genre...

----------
Hop ! Un cran de plus dans mon Movie Challenge...

Je réponds ce jour à l'objectif n°30: "Un film réalisé par une femme".

Ce serait plutôt le film qui vous intéresse, dites-vous ?

Dont acte. Je vous recommande un petit tour chez "L'oeil sur l'écran".

lundi 20 février 2017

Être l'autre

D'un lundi à l'autre, le cinéma asiatique d'animation est déjà de retour sur Mille et une bobines. Cette fois, je souhaite vous parler d'un film que j'ai vu au cinéma: Your name. Pour info, cet animé s'est classé premier du box-office nippon pour 2016, après sa sortie en août. Désormais, il est le plus gros succès japonais au classement mondial !

Je ne sais plus dire comment j'en ai entendu parler la première fois. Ce que je sais, c'est que cela m'a donné une grosse envie de découvrir à mon tour ce phénomène. À dire la vérité, Your name est insolite jusque dans son scénario, adaptation d'un roman du même auteur. Makoto Shinkai, 44 ans, nous invite à rencontrer deux adolescents japonais: Mitsuha habite un petit village, tandis que Taki vit à Tokyo. Un phénomène inexpliqué les entraîne soudainement... dans la peau de l'autre ! Cela dure au grand maximum une journée: chacun reprend ensuite possession de son corps. Et, sans préavis, ça recommence ! Du coup, les gamins finissent par devenir familiers et sympathisent...

Par la suite, l'histoire se complexifie quelque peu, à partir de la chute d'une comète et de voyages dans le temps, mais vous imaginez bien que je ne vais pas tout vous raconter ! Même si je pense qu'il faudrait probablement le revoir pour mieux comprendre, j'ai pris un plaisir certain devant le film. L'histoire est sympa, les dessins jolis, l'animation souvent somptueuse et les émotions qu'il procure variées. Carton plein: je me suis laissé embarquer sans difficulté et souligne d'ailleurs qu'à la fin de la séance, une partie du public... a applaudi ! Your name est peut-être un peu complexe pour de jeunes enfants. D'après moi, son public cible est plutôt adolescent ou jeune adulte. L'âge, somme toute, de ses personnages, bien campés et attachants. Petit miracle: le tout est né de l'imagination d'un artiste autodidacte.

Your name
Film japonais de Makoto Shinkai (2016)
Les Asiatiques auraient-ils un "truc" pour écrire des romances décalées ? Dans un autre genre, et en images réelles, je ne peux m'empêcher de citer le très original (et sud-coréen) My sassy girl. Pour parler animation, j'ai ressenti d'autres émotions, plus fortes encore, avec Le voyage de Chihiro. C'est un film très différent ! Celui d'aujourd'hui est plutôt proche de Patéma et le monde inversé.

----------
La blogosphère parle plutôt en bien de ce film...

J'ai notamment lu une chronique enthousiaste chez Princécranoir. Attention, ami(e)s internautes: le lien pourrait disparaître très vite...

samedi 18 février 2017

Des jeunes d'aujourd'hui

Sauriez-vous situer le Cambodge sur une carte muette ? Je me donne peu de chance d'y parvenir du premier coup. Si je vous pose d'emblée cette question, c'est parce qu'un personnage de Diamond Island, film sorti fin décembre, situe l'Égypte... en Europe, à côté de la France. Peut-être pour nous dire de regarder enfin le monde dans sa globalité.

Davy Chou, lui, est porteur de deux cultures: ce réalisateur français est d'ascendance cambodgienne. Avant les années de la dictature khmère rouge, son grand-père fut l'un des principaux producteurs locaux. Cinéaste depuis maintenant une dizaine d'années, le petit-fils propose, à 33 ans et avec Diamond Island, son premier long-métrage de fiction. Le titre reprend le nom d'un quartier isolé de Phnom Penh. De hautes tours y ont récemment poussé comme des champignons. Juste à leurs pieds, c'est la misère des chantiers. Pour nous permettre de découvrir cette ville dans la ville, la caméra, pudique, suit les pas de quelques agents de sécurité et de jeunes ouvriers. Le contexte posé, elle s'attarde plus spécifiquement sur l'un d'eux, Bora, contraint de laisser derrière lui sa mère et sa vie à la campagne pour aller travailler, sans véritable qualification et à 18 ans seulement. Inutile d'ajouter ce que vous aurez compris: il n'est pas le seul dans ce cas...

Ce film nous offre donc un portrait saisissant de la jeunesse cambodgienne. Avoir un smartphone, draguer, se promener en bande et à moto... les rêves de ces ados ne sont pas si loin des aspirations d'autres gamins de leur âge. Diamond Island le montre et fait preuve d'une grande douceur pour évoquer les ravages de la mondialisation. Ce n'est pas véritablement un film politique: il expose une situation violente, mais ne pousse pas de cris pour dénoncer l'inadmissible. Loin des grands discours, c'est en réalité par les seules forces combinées de l'image et du son, mais aussi par un usage intelligent du hors-champ, en somme en s'appuyant sur une large palette technique, qu'il donne de la vigueur et de la pertinence à son propos. Chacun en retiendra ce qu'il veut. Moi, j'ai aimé la beauté du film. C'est également, je pense, une façon de faire passer un message. Certains l'ont entendu, de fait: Davy Chou a ainsi reçu plusieurs Prix et notamment celui de la Semaine de la critique, à Cannes, l'an passé. À noter enfin: la majeure partie des acteurs sont ici... des amateurs !

Diamond Island
Film franco-cambodgien de Davy Chou (2016)

L'esthétique fluo du long-métrage pourrait rappeler aux connaisseurs le travail de Sofia Coppola (Marie-Antoinette, par exemple) ou celui de Harmony Korine (Spring breakers)... sans être aussi superficiel. J'aime assez le cinéma quand il s'intéresse aux jeunes générations. Auriez-vous des suggestions ? Moi, oui: celle de revoir le Cambodge autrement, avec L'image manquante, le documentaire de Rithy Pahn.

vendredi 17 février 2017

Hier, l'avenir

C'est l'une des raisons de mon intérêt pour lui: le cinéma est un puits sans fond d'anecdotes incroyables. Planète interdite, grand classique de la science-fiction filmée, s'inspire - librement ! - d'une tragédie shakespearienne, La tempête. J'espère que vous vous contenterez aujourd'hui de mon avis sur le film, vu que je n'ai pas lu le bouquin...

Planète interdite nous envoie dans un futur encore lointain: 2257 ! Croiseur spatial, le C-57 D a été envoyé à destination de la planète Altaïr IV, afin d'y retrouver la trace du Belléphoron, un autre engin disparu plusieurs années auparavant. Arrivé à destination, l'équipage entre en communication avec un dénommé Morbius, qui veut d'abord dissuader le commandant de bord d'atterrir. Peine perdue ! Les ordres étant ce qu'ils sont, les hommes du C-57 D débarquent dans ce monde lointain, sans être tout à fait sûrs, en fait, de ce qui les y attend. Inutile de le nier: de telles histoires, on en a vu d'autres, désormais. Pourtant, cette aventure vintage pourrait très bien vous intéresser... 

Le film doit beaucoup à son aspect précurseur: s'il apparaît dépassé techniquement, il était assurément novateur en son temps. Vous dire maintenant que je me suis régalé à le découvrir plus de soixante ans plus tard serait mentir. Peu concentré, j'ai même fini par me perdre franchement au milieu de tous ces mecs en uniforme. Je dois dire cependant que je suis content d'avoir eu l'occasion de voir Planète interdite. C'est un classique, un vrai: à ce titre, il figure dans la liste de ceux qui sont conservés à la bibliothèque du Congrès américain. Un certain charme émane toujours de ces images tournées en studio et de cette histoire démodée - à suivre en VO, idéalement. Il y a aussi de la modernité, grâce notamment à la bande originale, la première de l'histoire du cinéma à n'utiliser que des sons électroniques. Classe !

Planète interdite
Film américain de Fred M. Wilcox (1956)

Je me demande s'il ne s'agit pas du plus vieux film de SF chroniqué sur Mille et une bobines. Je ne suis pas un spécialiste, c'est vrai. Reste que j'avais apprécié Barbarella et L'âge de cristal... en notant toutefois qu'ils sont (beaucoup) plus jeunes. Ce genre regarde le futur et, en toute logique, traverse les époques. J'écoute vos suggestions éventuelles pour le connaître encore mieux. J'en ai tant à rattraper...

----------
Le film a encore des admirateurs enthousiastes...
Vous pourrez le vérifier en lisant la chronique de "L'oeil sur l'écran".

mercredi 15 février 2017

Sauter, danser, courir

Oyez ! Mon amie Joss fait son grand retour sur Mille et une bobines ! Après une courte trêve, elle nous propose la chronique d'un film branché sur courant musical, que j'ai manqué en 2016: Sing Street...

Sing Street ! Un titre pareil, cela vous évoque quoi, au juste ? Sauter du trottoir sur la route ? Danser sur le macadam ? Courir le sourire au coin de la bouche et les baskets de l'adolescence aux pieds ? Ça tombe bien, parce que c'est tout cela, Sing Street...

Sans mièvrerie, plongée à Dublin dans les années 80, crise économique et walkman K7. On y découvre Conor (Ferdia Walsh-Peelo), quinze ans, coupe à la Paul McCartney, au moment où ses parents - sur le point de divorcer - le changent d'établissement par manque de moyens. Témoin plus averti de la mésentente conjugale, c'est son frère aîné Brendan, ancien rocker esseulé et désoeuvré à l'aube de sa vie d'adulte (génial Jack Reynor, on y reviendra !). Débarqué malgré lui dans le lycée religieux "Synge Street", il subit la pression du prêtre en charge de la direction. Mais le film ne vire pas à la tragédie, il l'effleure rien qu'en appréhension en offrant à Conor la motivation suffisante pour espérer: une amoureuse à envoûter en la personne d'une chanteuse en herbe, aguicheuse à souhait. Et c'est grâce à la belle et (très) pulpeuse Raphina (Lucy Boynton) que Conor monte son propre groupe de musique avec ses nouveaux copains.

Raphina participe d'emblée au clip qui se cherche, entre pop, rock, métal... et tous ensemble... se trouvent ! Les rêves de chacun se croisent et se stimulent: Raphina pour retrouver Londres, Conor pour la séduire et faire produire son premier disque, et jusqu'au frère aîné pour se remettre enfin dans la voie de lui-même. Inimitable Brendan qui arpentera le film jusqu'au bout dans son look improbable de loser confirmé, mais jamais sans tendresse, ni humour, ni justesse: "Vois les choses en grand, Conor !". L'ensemble du film d'ailleurs surfe sur la bonne humeur et la bienveillance toute proche, que l'on en soit réduit à teindre ses chaussures neuves ou à prendre la houle sur une coquille de noix...

Sur une bande son qui immortalise l'époque - force A-ha, The Clash, The Cure, Duran Duran, Hall&Oates, The Jam, Motörhead, Spandau Ballet, assortis de la bande originale coécrite par le réalisateur John Carney et Gary Clark, le film prend son envol, léger et subtil, profond et émouvant. De quoi mériter le Hitchcock d'or et le Prix du scénario au Festival du film britannique de Dinard 2016. Après son sous-estimé New York melody (titré Nouveau refrain au Québec) en 2014, John Carney s'est vu récompensé à sa juste valeur. Difficile pourtant d'assimiler Sing Street à The Commitments auquel on a fait volontiers référence.

Deux peintures sociales américano-britannico-irlandaises, dans la même ville, autour d'un groupe de musique en devenir sur une bonne bande-son de reprises solides. Mais par dessus tout ça, nette différence d'ambiance ! Les jeunes chômeurs appartenant à The Commitments (sorti en 1991) font vivre une réalité plus rude que celle des jeunes de Sing Street. Parti pris de réalisateurs. D'ailleurs, l'histoire "vraie" du premier avec la montée commerciale reconnue du groupe ne peut se comparer à celle du second, où l'on sent bien que le conte de fées appartient à qui veut le voir. Bref, face à une histoire de géant dans The Commitments, ici une jolie fable de mômes qui demeurera un beau souvenir en dépit des aléas pressentis. Donc, préférons ne pas les comparer et laissons à Sing Street les qualités qui n'appartiennent qu'à lui. Il n'est pas en reste.

----------
De lien en lien, vous pouvez aussi retrouver les chroniques de Joss. Voici d'ores et déjà les trois dernières, publiées ces derniers mois...
- décembre 2016: La bûche / Daniel Thomson / 1999,
- novembre 2016: Journal intime / Nanni Moretti / 1991,
- octobre 2016: The station agent / Thomas McCarthy / 2003.

mardi 14 février 2017

Smack !

C'est la Saint-Valentin ! Entre le camp des célibataires aigris et celui des amoureux en mode cul-cul la praline, je n'ai pas voulu choisir. Histoire de marquer le coup quand même, je souhaite vous parler aujourd'hui du premier baiser du cinéma, long d'à peine 47 secondes en tout, silencieux évidemment et projeté publiquement dès... 1896 !

Ah, l'amour... signé William Heise, ce joli moment est un souvenir laissé par un duo canado-américain, May Irvin et John. C. Rice. Devant la caméra, ces deux comédiens de théâtre rejouaient la scène finale d'une comédie musicale, The widow Jones (La veuve Jones). Précision intéressante: la courte séquence aurait en fait été conçue pour les kinétoscopes de Thomas Edison, des appareils de projection destinés à un utilisateur unique. Elle connut à l'époque un vif succès public, tout en s'attirant les foudres des ligues puritaines. On accusa même la technologie d'avoir permis de masquer l'âge des acteurs ! D'aucuns ont considéré que, la quarantaine passée, il était indécent qu'ils se bécotent ainsi. Autres temps, autres moeurs... quatre ans plus tard, la France vit un premier film censuré pour des raisons politiques: oeuvre de Georges Méliès, il évoquait l'affaire Dreyfus. C'est aussi en se penchant sur l'interdit que l'on peut aimer les arts...

lundi 13 février 2017

Le disciple de l'ours

J'ai vu il y a peu une vidéo sur le Net qui expliquait que le cinéma d'animation japonais était divers et devait à ce titre être considéré au-delà des productions du prestigieux studio Ghibli. Cela m'a donné envie de me pencher sur la provenance de ces films - j'y reviendrai peut-être. À ce jour, je veux d'abord évoquer Le garçon et la bête...

Ron, un garçon de neuf ans, vient de perdre sa mère. Sans nouvelles de son père, il refuse de vivre chez d'autres personnes. Il s'enfuit donc dans les rues très animées d'un quartier de Tokyo et se retrouve soudain... dans un royaume 100% animal. Au mieux, sa présence étonne et au pire, elle inquiète ! Pourrait-il cependant, en forçant quelque peu sa nature, s'intégrer et alors tenir lieu de disciple à l'ours mal léché qui brigue le statut de maître de toutes les bêtes ? Pas sûr. C'est que le souverain du moment est un lapin, qui décidera peut-être de céder sa place à un autre concurrent, qu'il juge beaucoup plus zen. Bref... vous l'aurez compris, Le garçon et la bête nous entraîne rapidement dans un monde imaginaire. C'est l'un des atouts majeurs de ce très beau dessin animé, d'une durée de (presque) deux heures !

Je n'ai pas envie de trop vous en dire, mais ce que j'ai trouvé intéressant aussi, c'est que les personnages ne restent pas enfermés du côté des animaux. Stop ! Maintenant, je me tais ! Sur le plan technique, Le garçon et la bête est à mettre dans le haut du panier. Rien à voir avec le style Miyazaki, par exemple, mais l'animation générale est soignée et propose quelques séquences très immersives grâce à l'apport (ponctuel) de la 3D. Et, étant donné que le film s'avère un peu plus long que la moyenne, vous aurez tout le temps d'apprécier le voyage. Une précision pour les parents: les dialogues contiennent quelques termes un peu crus, ce qui les disqualifie peut-être pour les plus jeunes enfants. L'intrigue est assez complexe et le ton un peu sombre, parfois: à conseiller plutôt aux ados, donc. Les adultes un peu geek comme moi devraient s'y retrouver également. La japanimation est vraiment pleine de belles surprises...

Le garçon et la bête
Film japonais de Mamoru Hosoda (2015)

Du même réalisateur, il faut que je voie Ame et Yuki, les enfants loups. Promis: j'en reparlerai ici même, aussitôt que ce sera fait. Avant cela, je vous laisserai consulter ma page "Cinéma du monde" pour retrouver quelques autres pépites de l'animation made in Japan. En admiration devant Le conte de la princesse Kaguya, je poursuis ma propre exploration et n'ai pas dit mon dernier mot côté émotion...

----------
Ce film entre dans mon Movie Challenge...

Je l'utilise pour répondre au défi n°25: "Un film d'animation".

Et si vous voulez un autre avis que le mien...
C'est simple: vous pouvez aussi lire ceux de Laurent et Princécranoir.

samedi 11 février 2017

Traverser Paris

Un conseil pour ouvrir cette chronique: si vous avez un jour l'occasion de voir Édouard Baer au théâtre, foncez ! Je vous mets au défi ensuite de faire un résumé de la pièce à vos amis. J'ai vu deux fois cet incroyable tchatcheur sur scène et je peux donc vous confirmer qu'il part vraiment dans tous les sens. C'est franchement jubilatoire !

En ce début d'année, l'ami Édouard est revenu sur les grands écrans blancs de quelques cinémas de France et de Navarre, comme acteur évidemment, mais aussi comme réalisateur - ce qui n'était plus arrivé depuis douze ans. Dans le très entraînant Ouvert la nuit, il se met dans la peau de Luigi, un directeur de théâtre si centré sur lui-même que son spectacle est bien loin d'être prêt à la veille de la première. Finalement, pour tenter de faire avancer le schmilblick, notre homme embarque une stagiaire et part dans Paris à la recherche d'un singe vivant. La photo ci-dessus vous prouve qu'il finira par en trouver un. Mais le scénario prépare mille surprises que je me refuse à dévoiler...

Ouvert la nuit est un film surprenant à plus d'un titre, en réalité. Parti pour voir une comédie débridée, j'ai d'abord été un peu déçu. Enfermé dans son premier décor théâtral, le film parvenait à sonner juste, mais semblait manquer d'allant. Heureusement, dès l'instant magique où Luigi s'éclipse pour régler la situation, la folie démarre ! Personne d'autre qu'Édouard Baer ne me semble en mesure de porter de tels personnages et d'inventer de telles situations. On s'embarque pour près de cent minutes de ce qui est également un hommage décalé au monde du spectacle, avec plus de dérision que de moquerie. Du rire, j'en ai trouvé, je vous rassure, mais il y a aussi dans ce film une part de mélancolie, beaucoup de sensibilité et même de l'espoir. Malgré toutes ces imperfections, j'ai aimé ce récit bancal, au point d'ailleurs de me dire qu'il serait moins bon s'il était plus maîtrisé. Drôle de paradoxe, n'est-ce pas ? C'est je crois la marque d'un auteur attachant. L'humilité de ce cinéma est à mon sens son premier atout.

Ouvert la nuit
Film français d'Édouard Baer (2017)
La passion du clown Baer pour les planches se ressent également ! Parmi la troupe qui lui donne la réplique, quelques fidèles, mais aussi de petits nouveaux (Audrey Tautou, Grégory Gadebois...). La classe absolue: l'apparition du regretté Michel Galabru dans un petit rôle. Trouver maintenant un film comparable n'est pas une tâche facile. Autant aller chercher l'acteur dans Cupcakes ou Poulet aux prunes...

----------
Un pas en avant pour le Movie Challenge...

Je remplis aujourd'hui l'objectif n°18: "Un film sorti cette année".

Envie également d'un autre avis sur le film ?

Vous pourrez en lire un franchement positif du côté de chez Pascale

jeudi 9 février 2017

Matt et les Maximonstres

Une chronique "nouveau format" ce jeudi pour vous parler brièvement d'un blockbuster sorti il y a quelques semaines: La grande muraille. D'emblée, autant vous le dire: sauf à chercher un film pour formater vos neurones fatigués, je crois bien que vous pouvez zapper celui-là. Maintenant et parce que c'est vous, je vais faire la part des choses...

Un atout: un acteur que j'aime beaucoup...
Oui, Matt Damon, c'est de toi que je parle ! On ne va pas se raconter d'histoire: tu as déjà fait mieux. M'enfin, ça va, je te pardonne volontiers cette escapade en Asie - précisément parce que tu as fait mieux. Sans rancune. Je suis sûr que tu n'as pas dit ton dernier mot et d'accord pour attendre le nouveau film de ton pote George Clooney.

Un détail intéressant: l'intérêt historique...

Je passe sur le fait que toute l'action se déroule dans la Chine ancienne et au coeur de l'immense fortification censée la préserver des invasions mongoles. Je relève simplement que ce film s'affiche fièrement comme une production sino-américaine de grande ampleur destinée au public occidental. Ce qui reste sans précédent. Hé ouais !

Une déception: la vraie-fausse reconstitution...
Les costumes et décors du film ne sont pas moches, loin de là. Malheureusement, ils font "carton-pâte" ou, à l'inverse, trop beaux pour être vrais. Je salue l'effort du scénario d'imposer un personnage féminin fort, mais là aussi, la crédibilité en prend un sérieux coup. Certes, ce n'est que du cinéma, mais cette fois, je n'ai pas adhéré...

Une bonne "rigolade": le fin mot de toute l'affaire...
Même avec les neurones au repos, je dois bien dire que je trouve kitsch cette idée d'une Chine menacée par des hordes de monstres verts. Figurez-vous qu'ils sont en fait sortis d'une montagne heurtée par une météorite. Leur objectif: punir les hommes de leur cupidité. Un conseil amical: ne riez pas trop fort, ils pourraient vous entendre !

La grande muraille
Film américano-chinois de Zhang Yimou (2016)

Une preuve s'il en fallait que les films d'Asie sont... disons inégaux. Deux amis sont venus voir celui-là avec moi: l'un a jugé après coup qu'il avait du mal avec les longs-métrages chinois. Chose amusante tout compte fait: comme moi, mon autre comparse a trouvé cet opus beaucoup trop... américanisé. Zhang Yimou ? J'ai du mal à le cerner ! Mais j'avais davantage apprécié Le secret des poignards volants...

----------
Ah oui, le titre de ma chronique...

J'ai un peu honte pour le très étonnant Max et les Maximonstres. J'aurais pu choisir Monstres et compagnie, avec le même problème...

Du côté du Movie Challenge, ça avance...
Je peux cocher l'objectif n°31: "Le film d'un réalisateur asiatique".

Je n'étais pas seul dans cette galère...
Outre deux amis avec moi le jour J, le film a aussi piégé Pascale !