lundi 16 juillet 2018

Sur les circuits

Le 15 est passé: je ne veux pas attendre que le 16 le soit aussi. Conséquence: comme d'habitude en milieu de mois, je donne la place à Joss. Elle souhaite encore vous parler de motos... et de deux films autour du Continental Circus ! Et je la laisse donc vous expliquer ça !

Quarante-deux ans les séparent. Et c'est justement ce recul qui rend la chose particulièrement intéressante. Pour clore un semestre de chroniques motocyclistes, j'ai choisi deux longs-métrages français de genre documentaire tout à fait exceptionnels. Non concurrents, mais complémentaires, ils offrent un témoignage unique sur la société des sportifs moto des années soixante-dix.

Sorti en 1972, sur une bande-son du groupe Gong, le film Continental Circus, de Jérôme Laperrousaz, porte le nom que donnaient les coureurs aux Championnats du Monde de vitesse moto des années seventies/eighties. "Circus" comme un cirque ou une foire qui se déplace de site en site, d'année en année, avec ses forains, ses véhicules, ses drapeaux, son spectacle. Et "Continental" parce que la totalité des courses avaient lieu en Europe et, surtout, en dehors de la Grande-Bretagne !

Le film raconte la quotidien d'un pilote de moto privé, l'Australien Jack Findlay (1935-2007), surnommé "le guerrier des circuits" par le journal Libération et assisté de sa compagne Nanou, durant la saison 1969. Ses deux machines: une 500 Matchless et une Jawa 350 quatre cylindres type 673, en remplacement de Bill Ivy, décédé lors des essais du Grand Prix d'Allemagne de l'Est. Les principales difficultés de ce pilote comme quasiment de tous les autres sont malgré tout d'ordre financier.

Les pilotes privés de l'époque ne subsistent que grâce aux primes gagnées lors des courses. Quant aux chutes, elles représentent une double perte financière, celles des dégâts sur la moto et du manque à gagner sur la prime. "Cinq semaines de convalescence, trois Grands Prix manqués, 1 000 livres perdues !", déclare la compagne du pilote australien. 

Bien entendu, la vie des pilotes d'usine est aux antipodes de celle des privés. Sur sa MV Agusta, le champion du monde italien Giacomo Agostini en est le témoin emblématique. Au terme d'une année de lutte, d'insupportables moments de détresse et de douleur, physique ou morale, mêlés à des joies intenses et échanges superbes de fraternité et d'amour, Jack Findlay remportera la cinquième place du Championnat, après trois chutes et autant de podiums. Belle prestation pour le pilote comme pour le film Continental Circus qui mérita le Prix Jean Vigo "pour sa qualité de réalisation et son indépendance d'esprit". Une sacrée page, historique et authentique.

Deuxième volet : "Dans la série Continental Circus, je voudrais le film !", ont dit certains. Et oui, sorti en 2014, le documentaire Il était une fois le Continental Circus reprend le contexte du même championnat, mais cette fois, après plus de quatre décennies, sous l'œil et la main experte de Bernard Fau, lui-même pilote de Grand Prix moto du Continental Circus, se déplaçant de ville en ville pour assurer un spectacle aussi poignant que dangereux. Trois heures durant (si, si !), ce réalisateur-cameraman-monteur mène de façon très artistique, totalement passionnante et carrément émouvante, les courses appelées ICCP, organisées par Eric Saul, un autre champion de la même veine. 

Des interviews de ses copains de la grande époque comme Giacomo Agostini, Christian Sarron… ou de la génération suivante comme celle de Jean-Louis Tournadre (premier champion du monde français en 1982 et qui abandonna tout définitivement un an après !) aux tours de piste de leurs emblématiques machines, des images d’archives de l'INA sur les années 70-80 couvrant les impressions des jeunes fougueux (dont certains y ont laissé la vie… Olivier Chevallier, Patrick Pons, Michel Rougerie, Barry Sheene), à celles des paddocks, départs, arrivées, podiums, des sportifs mythiques d'hier aux fascinants pilotes vintage qu'ils sont devenus, comme à ceux moins connus, souvent talentueux, et pour lesquels il était question de survivre financièrement, et aussi survivre tout simplement tant le danger était omniprésent à chaque compétition…

En résumé, c'est tout un univers qui reprend vie et dans lequel on ne s'ennuie jamais. Bien tourné et remarquablement monté, le film de Bernard Fau nous parle aussi de celui qu'il est, qui n'a jamais cessé de courir sur circuit, mais qui, faute de budget, a arrêté la haute compétition dès 1963, se tournant avec beaucoup de talent vers le cinéma : "Faute de titre, je rêvais de devenir le premier pilote-réalisateur !"

Un pari totalement réussi qu’ont soutenu la Fédération française de motocyclcisme, mais aussi des sponsors comme Eric de Seyne, à la tête de Yamaha Europe, et puis tant de passionnés par le biais d'une souscription sur le web, qui font parler le réalisateur d’un véritable "film de famille". Il était une fois le Continental Circus (www.bernardfau.com) continue à séduire partout dans les festivals de films de moto, comme par exemple au French Riviera Motorcycle Film Festival - premier festival français créé par Olivier Wagner - qui s'est tenu à Nice en mars dernier (www.frmff.com). Un (très) long-métrage qui s'engage encore à tenir en haleine pour longtemps. On appelle ça une référence, non ?

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Allo, allo, amies lectrices, amis lecteurs... vous êtes encore là ? N'attendez plus pour remercier Joss de sa contribution à ce blog ! J'espère la convaincre de rempiler en septembre. Vos commentaires sont rares, mais toujours très appréciés. Bref... je compte sur VOUS !

Petit rappel au cas où: Joss et la moto, c'était aussi...
- Un vieux film italien: Les fiancés de la mort,
- Un autre récent: Italian race (Veloce come il vento),
- Un court-métrage français: 1971, Motorcycle heart,
- Une gentille petite blague en images: Trois pêcheurs,
- Et une présentation générale sur le Festival déjà cité.

dimanche 15 juillet 2018

Casse-tête chinois

Je vous l'annonce avec dépit: je suis presque totalement passé à côté de Kaili blues. Oui, je m'attendais à quelque chose d'assez "difficile" quand j'ai décidé de regarder ce film chinois, mais je reste frustré d'avoir si peu (ou mal) réussi à le suivre là où il voulait m'emmener. Si certain(e)s d'entre vous l'ont vu et aimé, qu'ils en parlent, surtout !

Le récit se passe dans la province du Guizhou, au sud de la Chine. Oubliez le pays en plein boom économique et ses gratte-ciels urbains plus hauts que ceux de Manhattan: nous sommes à la campagne. L'intrigue qui nous est proposée tourne autour de Chen Shen, médecin de son état. Si j'ai bien compris, notre homme doit à la fois retrouver son neveu, que son frère a vendu (!) pour ne plus avoir à s'en occuper comme le père qu'il est pourtant, et le tout premier homme qu'a aimé son assistante, si toutefois il est encore en vie. Je suis donc désolé d'admettre que, très vite, j'ai perdu le fil. J'ai dû découvrir le film dans un état de fatigue trop intense pour le comprendre. Dommage...

Je me suis raccroché aux images. Autant le souligner: la photo du film est splendide et les paysages plutôt inédits, ce qui a donc su titiller mon intérêt à l'égard des horizons autres, lointains et/ou inconnus. Ailleurs sur Internet, vous lirez peut-être également que Kaili blues contient un très long plan-séquence, ce que j'avais appris... et oublié quand je l'ai regardé. Je confirme: ce tour de force intervient un peu avant les scènes finales et doit durer une petite demi-heure, je crois. Il m'a procuré une sensation de vertige, qui correspond parfaitement aux émotions ressenties devant ce long-métrage du genre abscons. Après coup, j'ai lu (et admis) qu'il joue sur la temporalité et s'inscrit aussi bien dans le présent que dans le futur. Et le rêve ? Possible. Quant à moi, je laisse la porte ouverte à toutes les interprétations...

Kaili blues
Film chinois de Bi Gan (2015)

Deux chiffres: seules trente copies du film ont circulé dans les salles françaises et il n'y aura été vu que par à peine... 13.884 personnes ! À tous points de vue, on est bien loin des blockbusters que la Chine nous envoie désormais régulièrement (du genre La grande muraille). Ce cinéma vaut le détour, même si je préfère le lyrisme flamboyant d'Adieu ma concubine ou la "claque" de Nuits d'ivresse printanière !

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J'ai quand même lu une autre chronique...
Intéressés ? Vous pouvez la retrouver du côté de "L'oeil sur l'écran". 

vendredi 13 juillet 2018

Le choix de revenir

Ma chronique du jour nous ramène vers l'Amérique latine et un pays peu exploré jusqu'alors: la Colombie. Le choix de la culture intensive de la canne à sucre a largement favorisé le développement industriel local, mais il a également contraint des milliers de paysans à un exil forcé. La terre et l'ombre vient nous parler de ceux qui sont restés...

Le film s'ouvre en fait sur un retour: celui d'Alfonso, un cultivateur parti chercher fortune ailleurs que sur son lopin, mais qui s'est décidé à faire machine arrière... dix-sept ans plus tard ! Un choix accueilli avec froideur par Alicia, l'épouse qu'il avait jadis laissée derrière lui. Dans sa vieille maison, il y a aussi un fils très malade, une belle-fille qu'Alfonso n'a encore jamais rencontrée et un petit-fils à rassurer. Placée au coeur même de ce microcosme en clair-obscur, la caméra invite ainsi le spectateur à prendre en considération toute la réalité du dénuement absolu. La terre et l'ombre n'est toutefois pas un film misérabiliste: bien au contraire, il fait montre d'une grande dignité dans le traitement de ses personnages. J'ai d'ailleurs apprécié le fait qu'ils soient peu nombreux: les émotions s'en trouvent "concentrées" !

Une précision que je crois importante: il s'agit bien d'une fiction. Notez au passage que le réalisateur a été récompensé d'une Caméra d'or au Festival de Cannes 2015: un jury (spécifique) a donc estimé qu'il présentait le meilleur premier film, toutes sélections confondues. "J'ai voulu essayer de faire face à l'oubli, expliquait-il alors. Le film est né d'une douleur personnelle: j'ai perdu ma mère avec qui j'avais grandi seul et, en faisant ce film, je me suis dit que j'allais retrouver des êtres aimés. Ma famille". Attention: il est question de source d'inspiration, mais le récit n'est assurément pas autobiographique. C'est par le soin apporté à la mise en scène et une certaine retenue dans les dialogues qu'il se distingue - d'une manière très positive ! D'après moi, La terre et l'ombre appartient à ce cinéma qui dit beaucoup sans trop de bruit et avec peu de mots. Il ne juge pas utile de crier: c'est cette pudeur même qui en fait la force et la beauté. Quelque chose passe qui pourrait certes ressembler à un message politique, mais ce n'est pas vraiment le propos. À chacun d'en juger...

La terre et l'ombre
Film colombien de César Acevedo (2015)

Une oeuvre juste sur la vie rurale, comme l'était Le démantèlement. De par son côté taiseux, son origine latino-américaine et son nombre réduit de personnages, ce long-métrage rappelle aussi Les acacias. Pour le lien avec le sol natal, on est plus proche de La terre éphémère (ou bien de L'île nue, à la limite) que de Petit paysan. Désolé, je ne vois pas réellement de comparaison adéquate. Et vous ?

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Si vous souhaitez un autre éclairage...

Vous pouvez également aller voir ce qu'en a pensé mon ami Eeguab.

jeudi 12 juillet 2018

Aparté islandais

J'en suis d'autant plus désolé que c'est de fait la toute première fois que cela arrive: je n'ai que modérément apprécié Back soon, un film de Sólveig Anspach - dont, en général, le travail me plaît davantage. Attention: rien n'est vraiment mauvais dans cette (troisième) fiction de la cinéaste franco-islandaise. J'ai été moins "réceptif", c'est tout...

Le dépaysement est garanti: cette fois, la réalisatrice nous conduit droit vers son pays de glace et de feu. Nous y retrouvons son actrice fétiche, Ditta Jónsdóttir, dans le rôle culte d'Anna, poétesse, mère célibataire de deux garçons déjà grands et vendeuse de marijuana ! L'intéressée entend justement faire autre chose de sa vie et compte vendre sa clientèle à un loulou quelconque, qui accepterait donc d'offrir une grosse somme d'argent en échange... des numéros contenus dans le répertoire d'un téléphone portable. Ce banal objet possède une importance capitale dans Back soon: à vous de découvrir pourquoi. À vrai dire, c'est un peu light, mais assez loufoque, aussi...

Jusqu'au générique final, et je le dis positivement, nous sommes plongés dans un univers personnel, à la fois proche et (très !) décalé des réalités de notre monde. On peut tout à fait comprendre qu'Anna veuille en garder le meilleur et s'échapper du reste. L'étrange scénario laisse passer un soupçon de désespoir: Back soon évoque rapidement quelques sujets plutôt sensibles, tels que le suicide ou la parentalité non assumée. Surprise: il les aborde également sur le ton de l'humour. Et même si l'hilarité n'est pas de mise, il faut reconnaître qu'il y a ici quelque chose que j'apparente à une vraie personnalité artistique. Quand on a la fâcheuse habitude des rires en boîte que nous imposent nombre de pseudo-comédies, on se dit que ce n'est déjà pas si mal. Bref, malgré mes bémols, il n'est assurément pas interdit de sourire !

Back soon
Film franco-islandais de Sólveig Anspach (2008)

C'est vrai qu'on peut le voir indépendamment, mais le long-métrage s'inscrit comme le premier des volets de la "trilogie fauchée" produite par Sólveig Anspach, la suite venant avec Queen of Montreuil (2013) et L'effet aquatique (2016). Vous l'aurez compris: ma préférence irait plutôt vers ces deux autres films, que j'ai découverts "dans l'ordre". Libre à vous de choisir Lulu femme nue ou... la cinéaste elle-même !

mardi 10 juillet 2018

Bande de filles

2001: George Clooney et Steven Soderbergh revisitent un vieux film avec Frank Sinatra et redonnent ainsi vie à Danny Ocean, bel homme et ex-taulard, chef de bande et braqueur de casinos. Une trilogie débarque sur les écrans, en 2001, donc, 2004 et 2007. Je vais parler aujourd'hui du quatrième volet, que je suis allé voir le mois dernier...

Plus de dix ans après l'extinction des feux, la lumière a été rallumée pour donner une suite (ou plutôt une prolongation) à cette franchise mythique. L'idée surfe sur l'air du temps: puisque les trois épisodes précédents reposaient sur une troupe de fameux acteurs, remplacer ces messieurs par une équipe de femmes était censé faire le buzz. Gagné ! En ce qui me concerne, en tout cas, c'est bien ce casting féminin qui, en premier lieu, m'a conduit tout droit à Ocean's 8. Bilan: ce nouvel opus m'a diverti, mais je ne crierai pas au génie. Disons qu'il s'agit d'un produit marketing efficace, conçu pour mettre en valeur les actrices qui participent à l'aventure: Sandra Bullock, Cate Blanchett, Anne Hathaway, Helena Bonham Carter ou Rihanna par exemple. Les autres ? J'en suis navré: elles m'étaient inconnues...

Plus de casino dans le viseur: ces dames et demoiselles s'associent pour dérober une très lourde parure de diamants, lors d'une soirée VIP organisée par un grand musée new-yorkais. Elles croient bon d'agir quand le bijou sera bien en évidence, au cou d'un célèbre mannequin ! Trop gros pour être vrai ? Je le reconnais, mais c'est la loi du genre. Constat d'évidence: Ocean's 8 est un pop corn movie. Je ne pense pas qu'il restera dans les annales du cinéma et je suis même prêt à parier que la série s'arrêtera là. Pas grave: j'en ai assez vu, pour tout dire. Je veux croire que les comédiennes se sont bien amusées et compte sur elles pour renouer avec des rôles plus ambitieux dans un avenir proche. À moins bien sûr que George Clooney ne ressorte du placard pour un énième rebond. Pas sûr que ce soit vraiment indispensable...

Ocean's 8
Film américain de Gary Ross (2018)

Vite vu, vite oublié ? Sans doute. Il n'empêche que je reste satisfait d'y avoir cédé, un soir où j'étais trop HS pour choisir un programme plus exigeant. Vous n'avez pas vu les "versions masculines" ? J'ai écrit quelque chose sur Ocean's 12, mais je n'ai pas eu l'occasion de revoir les deux autres depuis... longtemps ! La prochaine fois, il est possible que je choisisse plutôt l'original: L'inconnu de Las Vegas. À suivre...

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Un avis féminin vous intéresse ?

Je vous propose d'en lire deux: celui de Pascale et celui de Dasola. Nota bene: Lara, une amie avec qui j'ai vu le film, l'a plutôt apprécié.

lundi 9 juillet 2018

Se relever

Réfléchissez-y un court instant: sous la forme d'un pictogramme blanc sur fond bleu, l'image d'une personne en fauteuil roulant s'est imposée partout pour représenter le handicap. Elle reste pourtant restrictive. Au quotidien, d'autres situations peuvent poser autant de problèmes aux personnes touchées: déficiences sensorielles, troubles maladifs...

En parler aujourd'hui me permet de souligner que près de la moitié des handicaps sont "invisibles". Le film Patients, lui, nous montre qu'une même situation peut avoir plusieurs origines. Fabien Marsaud est à l'initiative de ce long-métrage, adapté du livre autobiographique qu'il a écrit pour parler de son parcours. Je suppose que la plupart d'entre vous le connaissent sous son pseudo de Grand Corps Malade. En 1997, animateur d'une colonie de vacances, le jeune homme saute dans une piscine dont le niveau d'eau est trop bas. Un accident gravissime: les premiers médecins qui l'examinent imaginent alors que le déplacement de sa colonne vertébrale risque de le laisser paralysé du bas du corps et, donc, incapable de remarcher un jour. Pas de surprise, en fait: si vous connaissez l'artiste, vous savez déjà qu'il s'en est sorti et que c'est debout qu'il est devenu une référence du slam, poésie orale, urbaine et souvent publique. Aurait-on droit ici à un film bourré de bons sentiments, sous la forme d'une rédemption individuelle ? Pas du tout ! Ce (beau) récit nous raconte autre chose...

Logique: ce n'est pas pour rien que le titre du film est au pluriel. Autour de son héros, qui porte d'ailleurs - c'est notable - un autre nom que le sien, Grand Corps Malade a placé une galerie de personnages confrontés au handicap moteur, mais pour toutes sortes de raisons différentes. Porté par un message globalement optimiste, le scénario n'occulte rien du grand désespoir qui peut parfois saisir ces jeunes obligés de vivre "autrement". Il souligne, avec à-propos, que tous n'auront pas la même chance à l'issue de leur parcours thérapeutique. Autant dire que le spectateur, non concerné au premier chef, navigue au coeur d'émotions contradictoires, très intelligemment dosées. Chose que je retiens: Patients parvient assez souvent à être... drôle. C'est vraiment un film positif: le principal protagoniste suit un chemin difficile, qui le conduit parfois à certains renoncements ou deuils véritables, mais qui le ramène aussi vers une forme de lumière. D'après moi, c'est ce cheminement qui en fait une oeuvre de cinéma réussie: on peut parler de progression. Bref, je vous la recommande !

Patients
Film français de Grand Corps Malade et Mehdi Idir (2017)

Quatre étoiles pleines pour la justesse et la pertinence du projet. Vous me donnerez votre avis, sans doute, mais je crois pouvoir dire que les films centrés sur le handicap sont vraiment peu nombreux. Intouchables ? La famille Bélier ? C'est autre chose. Amour ? Aussi. J'ai entendu de bonnes choses sur Hasta la vista, un film espagnol. Vous auriez quelques tuyaux ? J'écoute. Et j'espère revoir Rain man...

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Une petite précision...
Le co-réalisateur de Grand Corps Malade a aussi un pseudo: Minos. Ami du slammeur, il en tourne les clips depuis une dizaine d'années.

Et pour finir, faute de lien ami...
Une rubrique du Movie Challenge ! Le long-métrage du jour est parfait pour remplir la case n°7: "Le film se déroule dans le milieu médical".

dimanche 8 juillet 2018

Un drame africain

Autant vous l'avouer: je ne savais pas tout à fait à quoi m'attendre quand j'ai choisi de regarder The constant gardener. John Le Carré est l'auteur du roman éponyme, d'accord, mais je n'ai encore rien lu de cet auteur (que je me représente en maître de l'espionnage). Franchement, parfois, c'est bien aussi de partir sans aucun a priori...

Bon... histoire de vous tenir informés, je vais quand même vous dire deux mots du scénario. L'histoire tourne autour d'un diplomate britannique, Justin Quayle, placé au service de sa Gracieuse Majesté au Kenya. Un jour, de passage à Londres, il doit remplacer au pied levé l'un de ses collègues pour une conférence géopolitique. L'affaire se complique quand, à la fin de son intervention, une auditrice l'interpelle avec des questions de politique étrangère assez sensibles. Scandale ? Non, car Tessa est finalement la seule à s'opposer à Justin de cette façon, ce qui provoque finalement... un coup de foudre inattendu entre les deux contradicteurs ! La suite se passera sur le sol africain, avec à la clé une intrigue liée à la corruption des élites locales et aux pratiques plus que douteuses des grands laboratoires pharmaceutiques occidentaux. Il ne peut être exclu que la fiction s'approche ici au plus près d'une certaine (et peu reluisante) réalité...

Sur le strict plan cinématographique, en tout cas, le pari est gagné. The constant gardener est un vrai bon film, de fait assez sombre dans ce qu'il raconte, mais très intéressant tout le long du métrage. J'ai pu craindre au départ qu'il soit difficile à suivre, mais j'ai trouvé qu'il était très clair, finalement, si on prend bien soin d'être attentif aux interactions (réelles ou possibles) entre les divers personnages. Autre qualité du film: le fait qu'il ait largement été tourné en Afrique et sur les lieux mêmes de l'action, ce qui nous permet de contempler quelques magnifiques décors naturels et rend les choses crédibles. Évidemment, la caméra nous montre aussi, au passage, la misère absolue des populations locales - et ce n'est pas moins intéressant. Tout au plus puis-je déplorer quelques scènes un peu trop frénétiques et des effets parfois inutiles, mais ce sera simplement pour chipoter. La fin, elle, est dure, mais très belle, aussi. Armez-vous de courage !

The constant gardener
Film britannique de Fernando Meirelles (2005)

Je n'ai pas parlé des acteurs: le duo vedette est très convaincant. Ralph Fiennes joue admirablement sur toute une palette d'émotions contradictoires et Rachel Weisz, elle, n'a certes pas volé son Oscar. Par certains aspects, ce grand personnage féminin m'a évoqué celui de Sigourney Weaver dans Gorilles dans la brume. La mise en scène m'en a aussi rappelé une autre du même réalisateur: La cité de Dieu !

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Vous voulez comparer mon avis avec un autre ?

N'hésitez pas: j'ai déniché une chronique chez mon ami Eeguab. Encore hésitants ? Vous pourriez vous tourner vers "L'oeil sur l'écran".

vendredi 6 juillet 2018

Naissance d'une légende

Il y a sans aucun doute plusieurs façons d'appréhender Solo. Le film s'adresse évidemment d'abord à ceux qui connaissent le personnage de Han Solo dans la saga Star wars, puisqu'il se propose de raconter comment il est devenu ce qu'il est dans la série principale, dès 1977. Peut-on apprécier cette démarche sans connaître la suite ? Pas sûr...

Je laisse le choix à ceux qui n'ont jamais vu de Star wars de passer leur chemin et de revenir après-demain pour ma prochaine chronique. On peut très bien vivre sans avoir croisé la route du "gentil vaurien" joué par Harrison Ford, aussi légendaire soit-il pour toute une galaxie de fans. Allez, une précision: dans un univers qui oppose les partisans d'une République démocratique aux troupes d'un empereur autoritaire et corrompu, Han Solo est celui qui, au début, évite de se mouiller dans l'un des deux camps et s'efforce avant tout de sauver sa peau. Solo - le film - présente donc les toutes premières heures d'un combat qu'il mène pour... sa propre liberté (et celle de sa petite amie, aussi). Quarante grosses années après la première apparition du personnage sur un écran de cinéma, on pouvait être inquiet du résultat. Han Solo constitue à lui seul un mythe, à ne surtout pas ébranler ! Franchement, mon bilan est plutôt positif: sélectionné pour ce rôle casse-gueule par excellence, Alden Ehrenreich s'en tire avec honneur. Il a eu la bonne idée de ne pas s'essayer à une imitation pure et dure.

Le scénario, lui, ne réserve que peu de surprises. Ceux d'entre vous qui connaissent la saga seront en terrain connu (ou même balisé). Cahier des charges exigeant ou trop grand respect pour l'oeuvre originelle ? Je l'ignore, mais Solo n'invente pas grand-chose, de fait. Parfois, le film évoque même ce qui se passera ensuite, des clins d'oeil pas toujours des plus subtils, qui peuvent du coup laisser penser que le scénariste avait une série de cases à cocher. Il y a également dans cette histoire un petit côté explicatif qui, ponctuellement, peut décevoir, vu que notre imagination a moins de "trous" à combler. Paradoxalement, la photo du film, elle, est souvent très terne. L'absence de lumière donne à certaines scènes une intensité dramatique jusqu'alors peu explorée, mais j'ai trouvé qu'elle nuisait malheureusement à d'autres séquences. Difficiles à lire, les images s'appuient alors sur un flot de paroles, ce dont je me serais passé sans état d'âme. Bah ! Au rayon blockbusters, ce n'est pas si grave ! J'ai quand même passé un bon moment et reste sur une note positive.

Solo - A Star wars story
Film américain de Ron Howard (2018)

Un rappel: le rachat de la "galaxie lointaine, très lointaine" par Disney avait suscité bien des interrogations (et c'est un euphémisme). Aujourd'hui, l'esprit est plutôt respecté, mais sans véritable souffle nouveau. Un film comme Blade runner 2049 paraît plus intéressant quand on veut juger d'un mythe des années 80 - Blade runner, donc - sous un autre prisme. Cela admis, j'assume: j'aime encore Star wars !

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Et maintenant, le débat est ouvert...

Pour l'alimenter, vous pourriez lire aussi les avis de Pascale et Tina.

mercredi 4 juillet 2018

Ti-Guy a grandi

Comment dit-on bankable en québécois ? Nos cousins d'Amérique m'apparaissent plus imaginatifs que nous autres Français pour trouver comment traduire les expressions anglophones. Je voulais vous parler aujourd'hui de Patrick Huard, héros de Guibord s'en va-t-en guerre. Parce que je trouve que ce comédien du Québec mérite un p'tit mot...

Celles et ceux d'entre vous qui connaissent un peu le cinéma canadien auront peut-être déjà vu Les boys et saisi la référence de mon titre. C'est bien dans le rôle de Ti-Guy, agent immobilier à l'efficacité discutable et hockeyeur un peu frimeur, que j'ai connu Patrick Huard. Beaucoup de temps est passé avant que j'apprenne qu'il s'agissait d'une première apparition au cinéma pour l'acteur, dont la notoriété tient beaucoup à ses débuts dans le stand-up. Il y est très à l'aise. Vous pourrez le vérifier sur Youtube... si vous comprenez son accent !

Souvenons-nous, maudit(e)s Français(e)s, que, dans les autres pays francophones, c'est nous qui parlons avec de drôles d'intonations ! Cela nous permettra - au moins - d'admirer Monsieur Patrick Huard dans ses oeuvres. Je vous confesse que j'aimerais bien le connaître pour d'autres de ses films, étant donné que je l'assimile très souvent au Québécois moyen et à un gros nounours mal léché au coeur tendre. Une sorte d'adulte trop vite grandi, comme il l'est dans Starbuck. Est-ce sa marque de fabrique ? Je le trouve très bon dans ce registre.

Son rôle de "beau-père" ambivalent dans Mommy me laisse imaginer qu'il est capable d'apporter autre chose à ses personnages. Comique par nature, il semble qu'il se soit déjà exprimé dans plusieurs films dépourvus de toute dimension humoristique, ce qui me rend curieux de le (re)voir à contre-emploi. Il faudrait pour cela que son travail traverse l'Atlantique plus régulièrement, ce qui n'est pas aussi facile que je pourrais l'imaginer. En attendant, pour moi, Patrick Huard s'affirme tout à fait bankable: je suis toujours content de le "croiser".

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Et vous, alors, qui lisez cette chronique...

Vous connaissez Patrick Huard ? Et auriez-vous des films à conseiller ?

mardi 3 juillet 2018

La réalité du terrain

Cela se vérifie toujours depuis que j'écris ce blog: le cinéma français arrive à la deuxième position de toutes mes découvertes, les films américains trustant toujours, année après année, la première marche du podium. Le reste de la production francophone reste dans l'ombre des géants. J'y reviens ce mardi avec Guibord s'en va-t-en guerre...

Cet opus nous est (discrètement) arrivé du Québec. Le personnage principal est député et représente au Parlement fédéral une province très éloignée du pouvoir central, avec pour caractéristique principale d'être tout à la fois relativement frileux devant les grands enjeux nationaux et non-aligné sur l'échiquier politique. Cette position centrale - ou disons plutôt "indéterminée" - a une importance capitale pour le déroulé du scénario. Reste que notre bon ami Steve Guibord doit d'abord régler une situation sensible pour ses propres administrés et ce sans recourir à la force qui en faisait jadis une star du hockey. Autant vous dire qu'entre sa famille un peu fantasque et son directeur de cabinet stagiaire d'origine haïtienne, ce n'est pas gagné d'avance. La touche québécoise ajoutant au cocktail un soupçon d'exotisme. Si !

Sur le papier, Guibord s'en va-t-en guerre avait tout pour n'être qu'un film quelconque, axé sur la dénonciation des moeurs politiques et l'imperfection partout constatée des démocraties occidentales. Raté ! Le récit ne va pas très loin, mais il est un peu plus imaginatif qu'il ne peut y paraître au premier abord. Le fait qu'il nous parle aussi de Haïti apporte une remarquable (et amusante) vigueur au propos. Ne vous y trompez pas: l'ensemble n'est pas franchement corrosif. Objectivement, on est plutôt dans le registre du feel good movie. Parce qu'elle est bien écrite et portée aussi par quelques acteurs attachants, cette comédie fait toutefois mouche - mieux d'ailleurs que d'autres produites "à la chaîne" et vendues comme irrésistibles. Bref, vive le Québec libre et ses talents pour inventer du bon cinéma !

Guibord s'en va-t-en guerre
Film canadien de Philippe Falardeau (2015)

Pour rester au Québec, ma page "Cinéma du monde" peut être utile. J'insiste sur un point: s'il est parfois un peu ironique, ce long-métrage reste "gentil" (si on ose le comparer avec In the loop, par exemple). Sincèrement, je préfère et je trouve même très intéressant de traiter de la politique sous cet angle. Bien plus sérieux, L'exercice de l'État offre une alternative, digne, à mon avis, de votre plus grand intérêt !

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Ah ! Un détail amusant...

Au début du film, il nous est expliqué que les événements qu'il décrit sont réels, mais ne sont pas encore arrivés. Malicieuse, la voix off affirme... que cela ne saurait tarder ! Bienvenue en terre saugrenue !

Ami(e)s francophones, un dernier conseil...
Je vous recommande d'aller lire également la chronique de Pascale