mardi 21 novembre 2017

Grandeur et décadence

Que la fête commence... il y a un bon moment que je voulais découvrir ce film de Bertrand Tavernier - le deuxième d'une carrière déjà longue, elle aussi - et pour plusieurs raisons. Je vous cite d'abord la principale: la présence du grand trio Noiret / Rochefort / Marielle. Apparu à Hollywood, le terme de "monstres sacrés" leur va bien, non ?

Nous sommes en France, en 1719. Il n'y a pas de roi sur le trône. Louis XIV est mort il y a quatre ans et son arrière-petit-fils, l'enfant qui deviendra Louis XV, est encore un peu trop jeune pour régner. L'intérim, si j'ose dire, revient à son grand-oncle, Philippe d'Orléans. Ce dernier enterre sa fille, alors qu'à la cour, les rumeurs d'inceste vont bon train. Il faut dire que le régent mène une vie dissolue, faite d'un peu de travail, mais aussi et surtout de nombreux plaisirs, au lit ou à table, quand ce n'est pas les deux (presque) à la fois. Le récit s'avère ici assez fidèle aux faits historiques connus, ce qui permet d'appréhender une personnalité complexe et un peu plus soucieuse malgré tout du bien-être du peuple que ses prédécesseur et suiveur aux commandes de l'État. Ce constat établi, la Révolution attendra...

Il y a tout de même un souffle d'insurrection dans le royaume: à vous désormais de découvrir la manière dont il se développe. Que la fête commence... ne se regarde pas forcément comme un film historique classique et rigoureux, mais plutôt comme un manifeste politique. Fidèle à ses idées, Bertrand Tavernier dresse le portrait d'un homme ambigu, écartelé entre sa volonté libertaire et la réalité d'un pouvoir exercé seul ou en (tout) petit groupe. Inutile de le dire: les acteurs sont bien sûr épatants, qu'on évoque Philippe Noiret, qui compose habilement son personnage de gouvernant malgré lui, Jean Rochefort en vrai-faux ecclésiastique corrompu ou Jean-Pierre Marielle, Breton crédible et pré-révolutionnaire flamboyant ! Résultat: quatre César couronnèrent le film au cours de la première cérémonie du genre. Aujourd'hui, le spectacle reste appréciable, emballé par des dialogues ciselés et incisifs. Ce patrimoine, j'aime décidément le (re)découvrir.

Que la fête commence...
Film français de Bertrand Tavernier (1975)

Des films qui nous parlent de la Révolution française par des voies détournées, j'en connais d'autres: grand écart entre Marie-Antoinette et Lady Oscar, via Les adieux à la reine. Celui que j'ai présenté aujourd'hui est sans doute plus profond, pour ne pas dire militant. Curieusement, je l'ai apprécié également pour tout ce qu'il ne dit pas de la suite des événements. Vous resterez libres de l'imaginer aussi...

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Si vous souhaitez en savoir plus...

Vous trouverez une autre chronique du film chez "L'oeil sur l'écran".

lundi 20 novembre 2017

Une enquête à la cool

Ne bougez pas ! Aujourd'hui, j'ai l'occasion de rester dans le Michigan pour ouvrir la semaine et je vais en profiter pour vous parler d'un film bien différent de celui d'hier. Ce film, malgré les années passées depuis sa sortie, je l'identifie toujours à un morceau de musique sorti d'un synthétiseur - le premier air que j'ai entendu sur un ordinateur...

Et oui, Le flic de Beverly Hills commence bel et bien à Detroit ! Certes, il n'y reste pas: Axel Foley, le flic dont il est question, déroute sa hiérarchie au point que son chef le laisse... prendre des vacances sans préavis véritable. Seulement voilà: dans la banlieue huppée proche de Los Angeles, notre ami ne vient pas vraiment se reposer. En fait, il enquête surtout sur l'assassinat d'un de ses vieux amis. L'originalité (très relative) du film repose sur Eddie Murphy, qui tient le premier rôle pour l'une de ses premières apparitions au cinéma. L'acteur, qui a débuté sa carrière dans le stand-up, fait déjà preuve d'un bagou certain. Résultat: le ton du film est celui d'une comédie...

Vous aurez tout compris quand vous aurez vu Axel Foley s'installer dans un hôtel de luxe qu'il n'a pourtant pas les moyens de s'offrir. D'ailleurs, s'il vous restait quelques doutes, ils s'envoleront bien vite dès lors que vous connaîtrez sa méthode - infaillible ! - pour déjouer les filatures: introduire quelques bananes dans le pot d'échappement de la voiture poursuivante. Je vais vous laisser découvrir la suite. Pour être tout à fait honnête avec vous, Le flic de Beverly Hills porte évidemment la marque des années 80 et peut paraître "dépassé". Maintenant, c'est très certainement aussi ce qui fait son charme. Alors âgé de 23 ans, Eddie Murphy régnait comme une référence comique indiscutable, au point d'accepter de tourner deux suites ! C'est surtout pour lui que j'ai voulu revoir ce classique en son genre. Sans sauter au plafond, je me suis bien amusé: c'est toujours sympa d'ainsi retomber en enfance. Une affaire de génération, peut-être...

Le flic de Beverly Hills
Film américain de Martin Brest (1984)

Faute de succès véritable, Eddie Murphy s'est fait vraiment discret ces dernières années, même s'il a été... la voix de l'Âne, dans la série des Shrek (achevée il y a sept ans, tout de même !). Mes souvenirs sont trop lointains pour que je puisse citer le premier film que j'ai vu avec lui. Golden child, l'enfant sacré du Tibet, peut-être ? Je peux toujours vous recommander Un fauteuil pour deux, si vous voulez...

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Une avancée de plus dans mon Movie Challenge...

Je coche en effet la case n°4: "Un film sorti l'année de mes dix ans". 

dimanche 19 novembre 2017

La violence des Blancs

Je n'ai pas envie de passer trop de temps sur Detroit. Le dernier film de Kathryn Bigelow m'a intéressé et me paraît délivrer un message important, mais je n'y ai pas vu le chef d'oeuvre décrit par certains. Disons donc que, dans l'Amérique de Donald Trump, il est rassurant que Hollywood "balance" toujours de tels récits, et détaillons un peu...

L'histoire vraie (du film) nous emmène donc aux States, en 1967. Autant vous le rappeler: à l'époque, les Afro-américains ne voient leurs droits civiques reconnus que depuis quelques années seulement. L'autorité policière du Michigan, elle, continue de mener une politique franchement discriminatoire, en malmenant les Noirs sans se soucier de faire de différence entre les honnêtes citoyens et les délinquants. Bientôt, ce véritable racisme institutionnel entraîne des émeutes importantes, ce qui, bien évidemment, n'arrange pas les choses ! Après avoir fait état de ce contexte bouillant, Detroit nous embarque dans une longue nuit à huis clos, aux côtés de jeunes Blacks musiciens et de flics à 100% convaincus... qu'ils leur ont tiré dessus. Je simplifie. Mais j'insiste: tout ce qui suivra est bel et bien arrivé...

Derrière ces images de tension, c'est certain: il y a du savoir-faire. Une fois qu'elle est entrée dans le vif du sujet, la caméra ne lâche presque rien pendant environ une heure et demie - avant un épilogue un peu moins oppressant (encore que... ça peut aussi se discuter !). Jusqu'à quatre caméras ont été utilisées simultanément pour saisir l'ensemble des expressions des acteurs, dans une gamme qui passe allégrement de la colère à l'effroi, quand elle ne mélange pas tout. Franchement, sur ce plan, rien à redire: Detroit est une réussite. Maintenant, sans aller jusqu'à dénoncer son manichéisme, je regrette sa linéarité: il est très facile d'anticiper ce qui va se passer, au point qu'on ne puisse pas, à mon avis, parler d'intrigue à rebondissements. Bon... toute l'affaire est certes suffisamment édifiante en elle-même pour qu'il ne soit pas utile d'en rajouter. Et cela reste du bon boulot ! Je ne serais pas étonné que l'Académie des Oscars partage cet avis...

Detroit
Film américain de Kathryn Bigelow (2017)

Je n'ai pas - encore - vu Démineurs, le film qui valut à la cinéaste d'obtenir six Oscars de 2010. Son Zero dark thirty (2012) m'avait plu. "Avec Detroit, j'ai fait mon devoir", a-t-elle assuré. Admettons. Reste que, pour évoquer la cause des Noirs, je suis plus sensible à Loving. Nul doute que nous verrons venir d'autres films sur le sujet. Vous avez des classiques en tête, hormis Dans la chaleur de la nuit ? J'écoute !

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Pour prolonger le débat...

Vous pouvez désormais aller lire les chroniques de Pascale et Dasola.

vendredi 17 novembre 2017

Un amour sacrifié

Avertissement: s'il y en a parmi vous qui n'aiment pas les mélodrames classiques, je crois préférable qu'ils attendent la chronique suivante. Cela étant dit, je trouve vraiment très regrettable de rester à l'écart d'un film comme Quand passent les cigognes. Une oeuvre virtuose sera ainsi offerte à tous les curieux qui voudront bien la découvrir...

En vous parlant de ce film, je tiens la promesse que je vous ai faite voilà quelques jours et reviens de nouveau sur le cinéma soviétique. Quand passent les cigognes est l'unique film de ce grand pays disparu à avoir obtenu la Palme d'or. Toujours surprenante, l'histoire retient que c'est le jeune Claude Lelouch qui, après avoir pu assister au tournage, avait milité pour sa diffusion au Festival de Cannes. Côté scénario, nous voilà en Russie, à l'aube de la seconde guerre mondiale. C'est l'occasion de rencontrer Veronika et Boris, amoureux encore insouciants, mais que le destin, cruel, va bientôt séparer. C'est court, mais je veux m'en tenir là quant au résumé de l'histoire. Quand j'ai cité le mot "mélodrame", ce n'était bien sûr pas à la légère. Mais croyez-moi: celui-là est parmi les plus beaux que je connaisse...

C'est bien simple: ces images de soixante ans m'ont paru sans défaut. Il faut dire que j'ai eu la chance de les découvrir dans une copie restaurée et sur grand écran, qui plus est. On m'a appris à l'occasion qu'elles étaient nées à une période très particulière: celle du dégel soviétique quand, quelques années après la mort de Staline, Moscou lâchait un peu de lest sur les libertés publiques et laissait les artistes s'écarter quelque peu du suivi de la doctrine socialiste pure et dure. Tourné dix ans plus tôt, Quand passent les cigognes aurait pu n'être qu'une allégorie propagandiste de plus: c'est presque le contraire ! Comme pour sublimer encore les grands sentiments qui s'y expriment avec force, la forme est juste impeccable, aussi soignée que le fond. Virevoltante, la caméra compose ainsi plusieurs plans d'une beauté étourdissante, qui devraient vous faire une très forte impression. Parfois, le rythme ralentit un peu et elle s'arrête alors sur des visages formidablement expressifs - et c'est peut-être encore plus beau. Parler de chef d'oeuvre, pour cette fois, ne me semble pas exagéré...

Quand passent les cigognes
Film soviétique de Mikhaïl Kalatozov (1957)

Je vais me répèter: je n'ai rien à reprocher à ce film. Quelques scènes du Moscou reconstitué m'ont fait penser aux ruines viennoises vues dans Le troisième homme (dans un tout autre genre, évidemment). D'une certaine façon, Les assassins sont parmi nous offre également quelques similitudes. Restent des émotions assez proches de celles ressenties avec Je ne regrette rien de ma jeunesse. À vous de voir !

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Et si vous voulez suivre les oiseaux migrateurs...

Vous pourrez désormais les retrouver chez Ideyvonne, Strum et Lui.

mercredi 15 novembre 2017

Le maître d'école

Se rencontreront-ils ? Les grands esprits, c'est le titre d'un film d'Olivier Ayache-Vidal. Je vais laisser mon amie Joss vous en parler...

Agrégé de lettres au lycée Henri IV à Paris, François Foucault se retrouve pris à son propre piège. Vantant les mérites du déplacement des meilleurs professeurs dans les établissements de banlieue devant une représentante ministérielle de l'Éducation nationale, il se voit contraint d'intégrer un collège en Réseau d'éducation prioritaire. Objectif: enseigner dans un établissement difficile afin analyser les problèmes, des deux côtés de la barrière. S'ensuit une année scolaire aux allures de varappe pédagogique et relationnelle, se partageant entre la paroi de ses confrères et celle de ses élèves. Et comme toute voie d'escalade qui se respecte, les deux le feront évoluer, ne lui épargnant pas les revirements.

La rentrée digérée (ou presque), ce film tombait à pic pour prendre un peu de recul sur le thème de l'enseignement. Appartenant moi-même à la corporation, et surtout admiratrice inconditionnelle de Denis Podalydès, je n'ai pas raté le rendez-vous en dépit des critiques. Si elles avaient été acerbes, j'aurais pu prendre ça pour un défi - dans le style "on déteste ou on adore". Mais non, méprisantes, condescendantes, et mièvres de surcroît (sauf de la part du public, beaucoup plus mitigé), au point de me motiver à foncer dare-dare me faire ma propre opinion. Il est vrai que le thème pouvait se prêter sans difficulté à une copie édulcorée du Cercle des poètes disparus, mais non, j'en suis revenue satisfaite d'avoir continué à dresser ma hallebarde du doute. Je proclame ce film non seulement méritant pour ce même registre, mais aussi pour son casting et sa démarche.

Le début du film fait fort, je l'avoue. Plus fort que la suite, mais bon, rien n'y est à jeter non plus (d’ailleurs, si c’était le cas, je ne serais pas là à vous en parler. Je n’ai décidément pas le profil venimo-théâtral gratuit et inconscient du Masque & la Plume !). Revenons à cette introduction juteuse. La scène de la remise des copies de français aux élèves du lycée Henri IV est d'anthologie jubilatoire. On est au parfum, ça va déménager. Et d'ailleurs, ça continue avec le repas de famille chez les parents dans un appartement chic et bourgeois, à l'occasion de l'anniversaire du père. Ouvrage. Il échange quelques mots avec son fils devant un exemplaire où il pose comme un coq. "Bien, la photo de couverture !", "Bien, le bleu du costume !" (Cela change de l'attaque frontale vue précédemment. C'est sûr, il fait moins son beau, le prof redevenu petit garçon !). Bref, rien ne déborde entre le fils qui dit ce qui convient et le père autosatisfait.

Rien à ajouter ? Mais si, bien sûr, car tandis qu'on imagine une dédicace apte à combler la politesse affectueuse de l'un (le fils) et ce que l'on espère encore relever de la pudeur chez l'autre (le père). Mais fichtre, le gros plan sur les quelques mots griffonnés - plus laconiques et impersonnels que possible - nous cloue sur place ! Et l'on passe à table comme si de rien n'était. Le repas réunit donc les parents, leur fils et leur fille, que l'on devine divorcée, avec ses deux enfants ados. On va donc faire connaissance avec la sœur de ce prof rangé: c’est une artiste, une vraie ! On est au parfum.

C'est d’ailleurs elle qui, entre deux coups de chalumeau, au fond de son atelier de fondeur, va lui expliquer la vie, le remettre en phase avec la réalité sur la banlieue lorsqu'il viendra lui parler du changement qui s'abat sur son quotidien bien rangé. De la classe à la famille, du lycée chic au collège du 9.3, et de la même manière en quelque sorte, François passe d'un statut, d’un discours, d'une peau à l’autre. Non pas qu'il multiplie les pirouettes volontairement ou ait en lui la faculté affirmée de s'adapter. Ce garçon porte surtout le fruit d'une éducation où l'on ne fait pas de vagues. Une sorte de discrétion que d'aucuns pourraient bien prendre pour un réel self-control. Cela pourrait bien le servir…

Non moins délirante, la scène du repas avec la jolie chargée de mission du Ministère de l'Éducation nationale vaut aussi son pesant d'or. Après un discours généreux, sûrement sincère (pour les autres !) qu'il a déjà oublié lors d'une séance de dédicace de son propre père, et à la place d’un charmant déjeuner galant, notre prof se trouve embarqué malgré lui dans une mauvaise farce: une mutation expérimentale du 5è arrondissement au 9.3 ! Notre homme ne peut plus reculer. Et il va avancer dans cette banlieue nord comme dans un western, en voiture puis à pied, jusqu'au collège Barbara de Stains.

C’est qu'il lui en faut, du courage, en terre inconnue. Même si le reste du film est moins hilarant que le démarrage, il n'en demeure pas moins très sympa. Je ne mettrais pas l'accent sur le côté "très documenté" qui a fait partie de ses atouts d'après le corps enseignant (ou plutôt sa hiérarchie bureaucratique qui a beaucoup apprécié le film, vu très certainement que le prof s'en sort brillamment), mais l'on continue à croire en Denis Podalydès, au ton toujours extrêmement juste dans le rire ou dans l'émotion.

Et lorsque dès le premier matin (pourtant sous le soleil), armé de son cartable plein cuir, il tente de trouver la bonne porte d'accès à l’établissement (en plan aérien, l'assimilation à une prison est totale), la symbolique glisse comme une plume. On y retrouve la finesse des premiers moments du film. On y est cette fois, François va évoluer dans les murs. Bien sûr, il y a ce côté trop attendu où son cœur fond très vite pour une jolie et jeune collègue, pleine d'enthousiasme et d'authenticité (et finalement bien plus dépourvue que lui), mais finalement, c’est l'accueil chaleureux et complice de l'ensemble des collègues qui nous surprend, de même plus tard que le revirement pour raison de… succès pédagogique !

On retrouvera un bel humour dans les couloirs de Versailles avec les réflexions des élèves, et surtout, la joie de ce couple d’enfants aussi enchanté qu'à Disney. Oui, on comprend Seydou d'avoir voulu revoir le lit de Louis XIV pour un selfie avec Maya, son amoureuse. En tous cas, malgré sa peur de les avoir égarés, François adhère. Et plus que nous redonner espoir dans l'organisation de l'Éducation (ô désillusion !), le moment nous apporte une lueur de foi dans l'humanité à la lumière de certains de ses acteurs, récompensés par la beauté d'une chorale ou l'interprétation théâtrale de leurs élèves.

Le résultat final obtenu dépasse d'ailleurs parfois la conviction de certains enseignants : ici, la prof de musique reçoit au quintuple les fruits d'un travail qu'elle était loin d'espérer. Et même à la base plus déterminé qu’elle, François aussi se laisse chavirer par ce que les élèves sont capables de donner. Particulièrement appréciable, la fin du film qui ne versera pas dans un pathos débordant, ni côté adultes, ni côté enfants, avec juste ce qu'il faut d'émotion et d'optimisme quant à leur devenir à moyen et long terme. On peut quand même tout espérer. Le contrat est rempli: chacun a reçu sa part, et même une jolie part insoupçonnée. Et comme d'habitude, petite question subsidiaire: que contenait le cadeau destiné à Agathe "à n'ouvrir qu'une fois arrivée au Canada" ? Bien entendu, j'ai mon idée (dans un paquet peut-être un peu trop volumineux !). A très bientôt.

mardi 14 novembre 2017

Indépendants

Autant le dire tout de suite: je continue de trouver assez regrettable que le cinéma ne nous conduise pas plus souvent sur le sol africain. Du fait des liens historiques qui nous unissent à l'Algérie, j'ai pensé que j'aurais du plaisir à voir L'Oranais, présenté comme une fresque sur la manière dont le pays a évolué après la guerre d'indépendance...

Chacun aura sa petite idée sur la question et je veux rappeler d'abord que le but de ce blog n'a jamais été d'alimenter le débat politique. Maintenant, il paraît difficilement concevable d'apprécier L'Oranais comme une fiction ordinaire. Le scénario est malin: il nous plonge directement au coeur du sujet et nous invite à nous intéresser rapidement à, non pas un, mais bien deux personnages distincts. Hamid et Jaffar sont amis, mais n'ont pas la même vision des choses dès lors qu'il s'agit de leur pays: le premier nommé accepte le risque de déplaire au colonisateur français, tandis que, prudent, le second aurait plutôt tendance à rester profil bas. C'est ce que nous montre une scène d'introduction, censée se dérouler au cours des années 50. Après une circonstance qui va nouer leur destin, nous retrouverons ensuite les deux compères dans l'Algérie libérée: Hamid en homme politique ambitieux et Jaffar en héros militaire soucieux d'un retour paisible à la vie civile. Ce qui, vous l'imaginez, ne sera pas si simple. Je vous laisse à présent découvrir la suite seuls. J'en ai déjà trop dit !

J'ai bien noté que ce long-métrage n'avait pas reçu que des critiques élogieuses. Cela me surprend un peu, car je ne vois rien d'important susceptible d'amputer son crédit. Clair dans ses enjeux et honnête dans ses intentions, il tient plutôt bien la route, deux heures durant. Tiens... c'est d'ailleurs cette même durée que certains lui reprochent. N'exagérons rien: il existe de nombreux films plus longs que L'Oranais et auxquels personne ne trouve à redire sur ce point très précis. Allons jusqu'au bout: je peux sûrement me montrer plus compréhensif à l'égard de ceux qui disent que le récit peine à trouver une unité entre ses éléments historiques et le sort réservé à ses personnages fictifs. Je le concède: ses quelques allers et venues dans le temps peuvent contribuer à brouiller le message, en compliquant inutilement des choses finalement assez simples. Bon... ça ne m'a pas dérangé. Nul doute qu'il existe un bien meilleur cinéma, algérien ou autre ! Moi, tout bien pensé, j'ai aimé cette fenêtre ouverte sur nos voisins méditerranéens. On ne peut pas dire que l'on croule sous le nombre...

L'Oranais
Film algérien de Lyes Salem (2015)

Un long-métrage "comparable" ? Même s'il se déroule à une époque plus récente, vous pouvez parier quelques kopecks sur Le repenti. D'une certaine façon, le film peut aussi rappeler les grandes histoires de gangsters made in USA, telles que Les affranchis, par exemple. Maintenant, en termes de choc post-traumatique dans un contexte d'après-guerre, on trouve difficilement plus éprouvant qu'Incendies !

lundi 13 novembre 2017

Étoiles en devenir ?

Vous l'avez peut-être noté dans votre agenda: c'est dans un mois pile-poil que sort le nouvel épisode de la saga Star wars. J'en parlerai en temps voulu, mais je me suis dit que je pouvais rédiger ce teaser après m'être souvenu que la trilogie originelle (1977, 1980 et 1983) reposait sur de nombreux inconnus - à l'époque. Et la nouvelle, alors ?

Je me suis tout d'abord intéressé au réalisateur de cet épisode VIII bientôt arrivé en salles. Autant en convenir aussitôt: Rian Johnson est pour moi... un parfait inconnu ! Je note que son CV cinéma reste assez court, puisqu'on n'y compte à ce jour que trois longs-métrages depuis 1996 et la fin de ses études. Cela dit, certain(e)s d'entre vous ont peut-être vu le dernier, Looper, un polar de SF avec Bruce Willis et Joseph Gordon-Levitt. Autres "faits de gloire": quelques épisodes de la série Breaking bad. Bon... rien de franchement incontournable. Je suppose que Disney a pris un anonyme pour formater son produit. On saura donc bientôt si c'était la bonne décision. Je ne l'exclus pas...

Devant l'épisode VII, j'avais en tout cas trouvé que l'actrice choisie pour incarner Rey, la nouvelle héroïne de la saga, s'en sortait bien. Elle aussi plutôt anonyme en 2015, Daisy Ridley a fait du chemin depuis, avec quatre autres films à venir, d'après sa page Wikipédia. La jeune comédienne britannique - elle a 25 ans - a aussi fait parler d'elle en révélant qu'elle était atteinte d'endométriose, une maladie touchant l'utérus, et en militant pour la faire connaître. OK, sa route reste longue pour qu'elle puisse être considérée comme une star hollywoodienne, mais rien ne dit que ce soit son ambition véritable. Elle aussi a fait de la télé, ainsi que du doublage. To be continued...

John Boyega a sensiblement le même parcours. L'interprète de Finn dans la saga Star wars s'est toutefois illustré récemment dans un film remarqué de Kathryn Bigelow: Detroit, dont je reparlerai bientôt. Incontestablement, sa prestation en Stormtropper mutin a constitué pour lui un premier tournant de carrière, à 23 ans seulement. Aujourd'hui, mine de rien, l'acteur est à la tête de sa propre société de production, Upperroom Entertainment, ce qui lui vaudra d'occuper le rôle principal de la suite de Pacific rim, le blockbuster (malaimé) de Guillermo del Toro. Joe Cornish, son tout premier réalisateur, a dit de lui qu'il était "brillant, ambitieux, intelligent et sérieux". Pas mal !

Reste, pour aujourd'hui en tout cas, mon vrai chouchou: Adam Driver. Promis: lui aussi, vous le retrouverez bientôt sur ce blog. J'ai réalisé assez tardivement que le vil Kylo Ren avait fait ses débuts au cinéma devant la caméra de Clint Eastwood (dans J. Edgar, sorti fin 2011). Ses rôles sont parfois petits, d'accord, mais les noms des cinéastes qui lui ont fait confiance s'avèrent impressionnants: dans cette liste récente, mais déjà fournie, Steven Spielberg côtoie les frères Coen, Jeff Nichols, Jim Jarmusch, Martin Scorsese et Steven Soderbergh. Cette "gueule de cinéma" a 33 ans et, donc, tout l'avenir devant elle. Elle sera, bientôt, chez Terry Gilliam, Sylvester Stallone et Spike Lee !

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Post scriptum...
Juste quelques jours après avoir préparé cette chronique, j'ai appris avec stupeur que Disney souhaitait... lancer une nouvelle trilogie. Sans compter les épisodes dérivés, on arrivera à douze films en tout !

Et maintenant, la parole vous est donnée...
Y a-t-il pour vous des acteurs (ou techniciens) de l'univers Star wars récent qui sortent du lot ? Ou la saga est-elle bien trop "écrasante" pour laisser émerger les personnalités ? Je déclare le débat... ouvert !

dimanche 12 novembre 2017

Le président

Une fois n'est pas coutume: je vous parlerai aujourd'hui d'un film quelques jours avant sa sortie officielle. J'ai en effet eu l'opportunité de le découvrir en avant-première, grâce au distributeur et en vue d'une éventuelle projection au cours d'une soirée de mon association. Khibula nous arrive de Géorgie et sera en salles à partir de mercredi.

Une première précision s'impose: quand je parle de Géorgie, j'évoque l'ancienne république soviétique et non l'État américain. Il est vrai sans doute que nous connaissons mal ce pays, qu'un conflit armé opposa à la Russie il y a une dizaine d'années, avant une intervention médiatrice de la France (qui était alors dirigée par Nicolas Sarkozy). Bref... c'est un peu plus tôt dans le temps que va se dérouler l'action du film du jour. Nous sommes en 1993: bien qu'élu démocratiquement à la tête du pays, Zviad Gamsakhourdia arpente les hautes montagnes du Caucase, coincé qu'il est entre sa volonté de revenir aux affaires et le constat objectif qu'un coup d'État l'en a écarté. Je dois ajouter que le film ne nomme jamais ce personnage historique: les partisans qu'il a réunis autour de lui, ainsi que les quelques citoyens ordinaires dont il croise le chemin, l'appellent tous "Le président". On suppose qu'il est resté populaire, mais ce respect est peut-être lié à la peur...

Khibula ne lève le mystère de son titre qu'à la toute fin du métrage. Tout ce qui précède n'est pas véritablement passionnant et s'écarte résolument des codes du film d'action. Les quelques coups de feu entendus ici et là matérialisent certes une menace pour le président déchu, mais ce dernier, entouré d'un nombre de fidèles plus faible chaque jour, est plutôt amené à fuir qu'à négocier sa reddition. L'idée serait alors de nous montrer la progression inéluctable de sa lassitude face à ces événements. La caméra se tourne aussi vers les Géorgiens qu'il rencontre et lui impose une sorte de prise de conscience tardive de leurs difficultés. J'ai lu ensuite que le vrai Zviad Gamsakhourdia n'était pas un tendre, loin de là, et que son court passage au pouvoir avait été marqué par des dérives autoritaires. Le film n'en dit rien ! Vous devrez vous débrouiller seuls, en l'absence de toute explication sur le contexte. Pour ma part, j'ai aimé les quelques clairs-obscurs des scènes intérieurs et l'intérêt (relatif) porté à la jeunesse du pays. Cela n'aura cependant pas suffi: je me suis, parfois, un peu ennuyé...

Khibula
Film géorgien de George Ovashvili (2017)

Sur l'exil d'un président légitime, Neruda m'a paru plus intéressant. Bon bon bon... de par son origine géographique, il est dur de trouver un équivalent à ce film (en mieux). Je joue donc la facilité et choisis de vous conseiller La terre éphémère, autre opus du même cinéaste déjà présenté sur les Bobines. Après, je peux et veux dire également que les plans dans la neige m'ont rappelé La chevauchée des bannis !

vendredi 10 novembre 2017

Une dame brune

Mathieu Amalric est un garçon étonnant. Je crois savoir qu'il préfère réaliser un film qu'y être un personnage, mais il a connu des dizaines de rôles divers... et ne s'est tenu "que" sept fois derrière la caméra. Dans Barbara, son dernier opus de cinéaste, il joue aussi, mais reste dignement en retrait, de son sujet comme de son actrice principale...

S'il vous faut une seule bonne raison pour voir ce film, je crois inutile d'aller chercher très loin: la composition de Jeanne Balibar suffira. Maintenant, je me dois de préciser une chose: si, bientôt vingt ans après sa disparition, Barbara m'est familière, il ne m'est pas possible d'affirmer que j'en sais beaucoup sur cette artiste hors de la norme. Paradoxalement peut-être, je n'avais pas spécialement envie de voir un biopic ordinaire qui m'aurait tout dit de sa vie et de son oeuvre. Résultat: quand j'ai su que Mathieu Amalric abordait le personnage par le côté, en inventant un film dans le film, avec une femme chargée d'interpréter son rôle, j'ai assez vite pensé que ce choix audacieux pourrait me convenir. Et, dans l'ensemble, ça s'est vérifié. Ce qui ne veut certes pas dire que ce sera le cas pour tout le monde !

Barbara - le film - nous propose un étrange jeu de faux semblants. Les images qui s'enchaînent imposent à l'évidence plusieurs niveaux de lecture: souvent, on passe ainsi du film de 2017 au long-métrage tourné en son sein. On a droit aussi à quelques images d'archives ! Assez virtuose, le résultat doit sans doute beaucoup à un montage impeccable, qui parvient à nous promener sans jamais nous égarer vraiment. Je le répète: la performance (mimétique) de Jeanne Balibar apporte toute sa vraisemblance à ce qui n'est presque qu'une fiction. L'air de rien, le film nous interroge aussi sur la part de fantasme inhérente au personnage et sur ce qui pouvait rester de Monique Serf une fois le rideau tombé. Il faut accepter de perdre quelques repères pour se plonger véritablement dans cette pseudo-biographie filmée. Vous pourriez y apprécier aussi un hommage rendu aux petites mains du cinéma et, naturellement, à un grand nom de la chanson française.

Barbara
Film français de Mathieu Amalric (2017)
Le cinéaste avait déjà démontré son goût pour les artistes de la scène avec Tournée, un autre de ses films que j'avais vraiment apprécié. Parfois un peu "auteurisante" sans doute, sa façon de faire du cinéma demeure assez atypique et, du même coup, intéressante, je trouve. Libre à vous, bien entendu, de préférer les biopics comme Cloclo. Quant à l'originalité du personnage, Shine est un bon cran au-dessus !

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Pour finir, ce constat: le film ne fait pas l'unanimité...

Bon... vous pourrez d'abord vérifier que Pascale l'a plutôt apprécié. Eeguab, lui, n'en a rien retenu d'agréable et l'exécute en deux lignes !

mercredi 8 novembre 2017

Quel parfum ?

Après l'Union soviétique, Cuba. Je vous rassure: je n'ai pas l'intention de vous proposer une analyse sur les mérites comparés des régimes communistes. Je vais en revanche vous parler de l'île des Caraïbes comme j'ai pu le faire avec les 60 (!!!) autres pays déjà représentés sur ce blog: en terre de cinéma. Bien... vous êtes prêts au décollage ?

C'est grâce à mon association que j'ai découvert Fraise et chocolat. Avant notre séance, je n'en avais jamais entendu parler. Le découvrir sans information préalable m'intéressait: je me suis dès lors contenté des éléments indiqués par notre présidente au moment de son choix de programmation. Je savais qu'il serait question d'homosexualité masculine et que, malgré le contexte lié au régime castriste, le ton général du long-métrage devait prêter à rire, plutôt qu'à pleurer. Mouais... maintenant que j'ai rencontré Diego et que j'ai pu apprécier la manière dont il drague David, je ne suis pas sûr d'avoir très envie de dire que le film est aussi badin que j'avais pu l'imaginer a priori...

Sans verser dans le drame, le scénario ne ménage pas son personnage principal et, longtemps, n'a que peu de compassion pour ses amours contrariées. Il est vrai que, même s'il n'apparaît jamais de manière frontale, le fameux arrière-plan politique ne facilite pas la réciprocité affective entre deux hommes. D'ailleurs, s'il ne maintient aucun doute sur la sexualité de Diego, le film se montre parfois un peu ambigu quant aux préférences de David. D'autres pistes de compréhension apparaissent avec Nancy, le beau personnage féminin soudain lancé au milieu des garçons. Au final, Fraise et chocolat m'a intéressé. Maintenant, vous assurer qu'il m'a séduit serait un tantinet exagéré. J'y ai vu de belles choses, surtout vers la fin, mais j'y ai relevé aussi quelques scènes dialoguées un peu longuettes à mon goût. Ma note finale tient compte du fait que le film nous est donc arrivé de Cuba. Passé entre autres au Festival de Berlin, il y avait reçu l'Ours d'argent.

Fraise et chocolat
Film cubain de T. Gutierrez Alea et J. C. Tabio (1993)

Une erreur serait de considérer Fidel Castro et sa clique fautifs d'avoir persécuté les homos avant de racheter une conscience vierge en laissant ce genre de films se tourner. Après tout, l'Organisation mondiale de la santé a estimé que l'homosexualité était une maladie jusqu'en 1990. Au ciné, je préfère Le secret de Brokeback Mountain ou La rumeur. Sans négliger, au rayon des pures comédies, In & out.