dimanche 19 février 2012

Aux côtés de la reine

Une chronique de Martin

Le soir où j'ai revu The queen, Arte diffusait un documentaire consacré à sa majesté Elizabeth II d'Angleterre. C'est alors que j'ai réalisé que, le 6 février dernier, la fille de feu George VI célébrait officiellement ses 60 ans sur le trône. Plus modestement, le film, lui, revient sur un épisode délicat de ce long règne: la semaine qui a suivi la mort de la princesse Diana, à la fin du mois d'août 1997.

Stephen Frears a osé envisager ce qui a pu se passer dans l'intimité de la famille royale pour expliquer que la reine et son mari le duc d'Édimbourg soient alors restés à Balmoral, leur résidence d'été.

Cette idée de scénario ne pourrait intéresser que les monarchistes invétérés ou, au contraire, les révolutionnaires avides d'une tête royale à couper. Je ne suis ni l'un ni l'autre et j'ai aimé The queen. C'est sans doute parce que le film n'est pas une reconstitution historique à proprement parler. Si, en la circonstance, il est établi que les Windsor ont beaucoup attendu avant de rentrer à Londres, les motivations et états d'âme qui furent les leurs ne sont pas sortis de leur château. Il a donc bien fallu les imaginer à partir d'éléments réels, broder sur les quelques fils apparents, en somme. Se contenter de quelques discours du Premier ministre Tony Blair ou de celui prononcé par la reine, quelques jours plus tard, en direct télévisé.

Il n'est d'ailleurs que de voir la manière dont le Tony Blair du film défend l'image de sa royale patronne pour comprendre que le ton général reste favorable à Elizabeth II. Son apparente indifférence devant la tragédie qui choque si fort son peuple masque de la dignité plutôt que du mépris pour la femme qui, à l'époque, était devenue l'ex-épouse de son fils. L'intelligence de The queen est de renverser la perspective et, d'un certain point de vue, de se mettre à la place de la reine, capitaine d'un navire qui prend l'eau mais qu'elle ne peut en aucun cas abandonner. Représentée en grand-mère protectrice des princes William et Harry, notamment, elle devient un peu celle de tous les Britanniques. Une vieille dame qui affronte le chagrin sans fléchir et dont on peut alors de nouveau admirer le courage.

The queen
Film britannique de Stephen Frears (2006)
Vous ne serez pas étonnés si j'ajoute que la réussite du film repose pour une grande part sur les épaules de Helen Mirren, la comédienne choisie pour interpréter Elizabeth II. C'est d'autant plus remarquable que l'intéressée est capable de tout autre chose, comme le montre notamment sa prestation dans le loufoque Red. Pour être complet dans mon analyse, j'ajoute deux points: 1) Stephen Frears lui aussi brille par sa polyvalence (cf. ma chronique récente sur High fidelity) et 2) le reste de sa distribution ici permet de recomposer idéalement toute la galerie des personnages réels. Joli quatuor que celui formé par James Cromwell, Michael Sheen, Alex Jennings et Mark Bazeley.

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Pour avoir une autre vision sur le film...
Je vous recommande vivement la lecture des analyses déjà publiées sur deux blogs amis: "L'oeil sur l'écran" et "Sur la route du cinéma".

vendredi 17 février 2012

Chinoiserie

Une chronique de Martin

Je vous l'avoue: je n'ai pas tout compris à The god of cookery. Chinois de Hong Kong, ce drôle de film m'a laissé sur ma faim. J'attendais quelque chose de délirant qui ne m'a jamais été servi. C'est sûrement que je ne suis pas trop familier avec ce cinéma asiatique, mais ça ne me donne pas vraiment envie d'aller plus loin.

Tentons le résumé: dieu de la cuisine, comme le titre l'indique, Stephen Chow se voit défier et ridiculiser par un de ses apprentis, Bull Tong, lequel va alors prendre sa place aux fourneaux. Le cuistot déchu n'a plus alors qu'à réfléchir aux conditions de sa vengeance...

Vous n'avez rien compris non plus ? C'est peut-être normal, alors. J'admets que j'étais assez fatigué quand j'ai regardé le DVD - j'ignore si le film est simplement sorti au cinéma chez nous. Devoir suivre des dialogues en chinois sous-titrés... en anglais ne m'a pas facilité la tâche. Il n'empêche: j'espérais rire et j'ai tout juste souri. The god of cookery m'a paru un peu trop décalé et au final incompréhensible. L'ennui, c'est que la sensation qui persiste en moi n'est pas celle d'avoir fait un mauvais choix, mais surtout celle d'être passé à côté de quelque chose. Il y a donc un peu de frustration là-dessous...

Une chose est sûre: le film et ses acteurs s'amusent et foncent allègrement dans le n'importe quoi. Peut-être bien qu'ils arriveront donc à décrocher la timbale avec vous, qui sait ? Je reconnais également que Stephen Chow s'est donné à fond. Le réalisateur joue dans son film et, vous l'aurez compris, un personnage qui porte même son nom. The god of cookery, c'est lui et ses gros délires pendant plus d'une heure et demie. L'esthétique générale rappelle parfois quelques dessins animés, plutôt japonais que chinois, en fait. Le résultat me semble réservé aux geeks... ou au moins aux curieux.

The god of cookery
Film hongkongais de Stephen Chow et Lee Lik-chi (1996)

Une parenthèse de pure folie au coeur de mes explorations cinématographiques: en soi, le concept n'est pas mauvais. Je ressens même de la déception à ne pas être vraiment parvenu à raccrocher les wagons. Peut-être que j'aurais dû oublier d'essayer. J'affirme toutefois qu'un film comme Shaolin soccer, du même cinéaste, reste bien plus accessible. Et pas seulement parce que ça parle de foot.

mercredi 15 février 2012

La saison du célibat

Une chronique de Martin

Sacré Billy Wilder ! Pour introduire Sept ans de réflexion, le cinéaste américain nous ramène aux origines et ressuscite les tribus indiennes qui, jadis, peuplaient les États-Unis. Tout ça pour indiquer que rien n'a changé et que le comportement des mâles des années 50 reste le même quand, Madame partie en vacances, une demoiselle inconnue et sexy apparaît dans le paysage. Comment draguer efficacement sa voisine de pallier ? C'est le cours que le film compte donner à tous les Don Juan du dimanche. Efficacité discutable...

Sept ans de réflexion, c'est avant tout le film d'un duo. J'y ai découvert Tom Ewell, un comédien dont j'ignorais tout et qui s'avère impeccable dans le rôle du mari volage prêt à sauter sur une occasion d'adultère - et s'en inventant d'autres au cours d'une scène de rêverie assez jubilatoire. En face, celle qui jouait le mieux la douce oie blanche à cette époque bénie d'Hollywood: miss Marilyn Monroe herself. C'est elle, je crois, qui m'a le plus ébloui ici. Je m'attendais vraiment à une autre prestation, dans le registre de la caricature. Finalement, la blonde fait autre chose et compose un personnage sincère et sympathique dans sa naïveté. Face à la concupiscence manifeste de Richard, The Girl - son prénom n'est jamais cité - n'est qu'une brave femme prête à partager ses chips... et son champagne.

Pour emballer le tout, le scénario apporte évidemment une dose d'imprévu. L'excitation de l'homme est tout à fait contre-productive. Le génie de Billy Wilder tient justement à ce qu'il défie la censure avec une histoire olé-olé, mais qui reste au stade de la suggestion. Son "héros" n'est d'ailleurs pas bien courageux: la moindre difficulté rend finalement sa compagne légitime plus attrayante que la femme fatale du voisinage. Si Sept ans de réflexion me paraît moderne, c'est parce que le sexe faible ne l'est probablement pas tant que ça. Les mecs en prennent pour leur grade et l'acteur qui les synthétise semble lui-même s'amuser beaucoup à les tourner ainsi en dérision. Bref, un film-culte à voir et revoir, et notamment pour la petite jupe de Marilyn emportée par le souffle de la bouche d'aération du métro...

Sept ans de réflexion
Film américain de Billy Wilder (1955)
Et un qui font six ! Avant cette chronique, j'avais déjà pu présenter cinq oeuvres du même cinéaste sur ce blog. Il fait réellement partie de mes préférés parmi les grands anciens. Le film évoqué aujourd'hui n'est toutefois pas celui que j'aime le plus. Aux côtés du classique d'entre les classiques, Certains l'aiment chaud, je vous conseille plutôt Embrasse-moi, idiot ou, pour retrouver les couleurs, Avanti !

lundi 13 février 2012

Seul contre tous

Une chronique de Martin

C'est je crois mon père qui, le tout premier, m'a parlé de 12 hommes en colère. Il y a quelques années, à Paris, il m'avait même emmené voir la pièce de théâtre, avec... Michel Leeb dans le rôle principal. L'occasion de faire tomber un premier préjugé: les comédiens comiques peuvent jouer sur d'autres cordes sensibles et, comme ici, donner vie à une histoire plutôt dramatique. L'oeuvre nait d'une idée simple: après un procès, suivre le délibéré d'un jury criminel, à partir du moment où un seul des jurés doute de la culpabilité de l'accusé, vote "non-coupable" et empêche alors la possible condamnation.

Au cinéma, ce rôle dissident est confié à Henry Fonda. L'acteur s'implique à un tel point dans le film qu'il en est aussi le producteur et convainc le jeune Sidney Lumet, de 19 ans son cadet, de tourner son premier long-métrage. 12 hommes en colère s'oriente évidemment vers ce héros solitaire, cet homme-là, seul contre tous. Réduire l'intrigue à la faconde de ce personnage me paraîtrait toutefois une erreur. Le fait est que les onze autres acteurs me sont moins familiers, mais chacun se démarque des autres. Sous l'oeil attentif du spectateur, c'est un peu un kaléidoscope de l'âme humaine qui est donné à voir. Il y a là douze Américains ordinaires, certains pressés d'en finir, d'autres convaincus, qui vont devoir prendre ensemble une décision lourde de sens. L'aboutissement n'a rien de surprenant, mais c'est le cheminement qui est intéressant. Tout ce que les images apportent, c'est en réalité la vie elle-même.

Dès lors, pas besoin d'avoir fait du droit pour apprécier le spectacle. Le huis-clos est suffisamment bien construit pour qu'on s'y laisse prendre. L'intensité dramatique est d'autant plus forte que le mot innocence n'est, je crois, jamais prononcé. "Non-coupable": le jargon même de la justice renferme sa part de doute. Je trouve le film exemplaire sur ce point: il ne tranche pas, donc s'écarte des postures moralisatrices. Il n'y a pas de bons et pas davantage de méchants. Juste 12 hommes en colère avec qui, une bonne heure et demie durant, réfléchir au-delà des idées toutes faites. La force théâtrale de ce thriller fonctionne au cinéma grâce à ces longues séquences filmées d'une traite. Elles sont d'ailleurs, petit à petit, entrecoupées de gros plans révélateurs. Ces bonnes vieilles ficelles du septième art peuvent aussi paraître surannées: j'ai parfois trouvé la caméra quelque peu empesée. Reste à admirer une intelligence d'écriture dont certains cinéastes contemporains feraient bien de s'inspirer...

12 hommes en colère
Film américain de Sidney Lumet (1957)
Coup d'essai, coup de maître: dès son premier film, le cinéaste pose des bases solides pour un genre tout particulier, le film de huis-clos. Cela dit, ma ciné-addiction est encore trop récente pour que j'aie vraiment un film de comparaison à vous proposer. Il faudra donc peut-être vous contenter du dernier Roman Polanski, Carnage, présenté ici même il y a quelques semaines. J'ai pour ma part envie de revoir le classique hitchockien Fenêtre sur cour, autre grand film sur les apparences trompeuses. Pas tout de suite, mais un jour...

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Si vous voulez en savoir plus...

J'en ai gardé sous le coude. Avant et surtout après avoir vu le film, vous apprécierez peut-être de lire l'avis de "L'oeil sur l'écran". En plus d'une analyse positive du travail de Sidney Lumet, cette chronique contient plusieurs anecdotes, que j'ai trouvées très intéressantes.

vendredi 10 février 2012

Une histoire américaine

Une chronique de Martin

Je crois l'avoir déjà dit: j'ai bien l'intention de découvrir en salles chaque nouveau film de Clint Eastwood. Sans alors attendre des jours et des lunes, je me suis donc rué sur J. Edgar, juste après sa sortie.

Après s'être tourné vers Nelson Mandela, le réalisateur américain s'intéresse à un autre personnage historique, bien plus controversé celui-là: John Edgar Hoover, patron du FBI de 1924 à 1972. L'homme qui a fait de la sécurité intérieure des États-Unis son unique combat sous huit présidents. Un rôle confié à Leonardo DiCaprio, qui, lui, passait selon moi un nouvel examen pour le statut d'icône du cinéma.

Le résultat est probant. Nous voyons d'abord un grand film historique et politique. À l'heure où la paix civile et collective des États fait régulièrement, en Amérique et ailleurs, l'objet de débats passionnés, Clint Eastwood prend de la hauteur et regarde en arrière. J. Edgar n'est pourtant pas un film nostalgique, ni même une oeuvre engagée: le cinéaste nous invite à contempler le passé, ce qui ne manque pas d'évoquer le présent et les grandes questions d'avenir. Et le temps que chacun fasse sa propre analyse, le film, lui, a également parlé d'autre chose. Suivant un fil que je juge très eastwoodien, et ce alors même qu'il s'agit de personnages réels, c'est aussi - surtout ? - l'histoire de quelques hommes et femmes qui nous est racontée.

Hoover s'aborde en relation directe avec son entourage familial, affectif et professionnel. De nombreux amoureux du septième art ont explicité ce que je souligne ici. Je préfère ne pas le faire: j'aime autant préserver la surprise de ceux d'entre vous qui m'auront fait l'honneur de ne lire que cette chronique... ou n'en sauront encore rien. Un mot, tout de même, pour souligner le travail des acteurs concernés: Naomi Watts méconnaissable, Judi Dench impeccable comme toujours et Armie Hammer. Leonardo DiCaprio, lui, parvient parfaitement à endosser le costume du rôle-titre. Méritait-il alors une nomination aux Oscars ? Je n'en suis pas sûr: il faut admettre qu'il tenait d'emblée en Hoover une base de travail en or massif.

Reste à se pencher sur les aspects techniques du film. Bonheur premier et immédiat: j'ai eu l'impression de retrouver la patte Eastwood dans les décors et la reconstitution d'époque en costumes. L'ambition du projet en la matière est remarquable. La musique colle aussi parfaitement à l'idée qu'on se fait d'une bande originale eastwoodienne. Rien d'étonnant: le maître l'a composée lui-même !

Ce style peut évidemment déplaire: à 80 ans passés, il me semble logique que l'artiste n'évolue plus beaucoup ou ne n'ose plus prendre que des risques calculés. J. Edgar n'est pas pour autant l'avatar naphtaliné d'un retraité incapable de raccrocher. Il s'appuie en effet sur un scénario du jeune (37 ans) Dustin Lance Black, un peu remanié semble-t-il par le vieux monsieur derrière la caméra. Ce script donne une vision du personnage Hoover qui peut difficilement faire consensus. Je l'ai trouvée intéressante, même si je déplore aussi quelques effets trop appuyés. Il semble à l'inverse que certains plans soient presque subliminaux. Des exemples ? Hoover s'essuie la main après avoir serré celle d'un collaborateur, laissant imaginer la paume moite de ce dernier. Hoover signe d'un nom inédit et marque ainsi qu'il a définitivement construit une certaine identité. Hoover travaille avec plusieurs assistants successifs, illustrant l'idée que, pour ses menus travaux, personne ne lui convient durablement.

Durant plus de deux heures, et dès la première image, le film réclame une audience concentrée, a fortiori en VO. À la richesse indéniable des dialogues vient s'ajouter celle d'un montage d'alternance entre le passé et le présent. Ma mauvaise connaissance de l'histoire américaine a fait que j'ai bien dû attendre une vingtaine de minutes pour me sentir enfin en terrain familier et m'habituer. Après ça, et en dépit donc de certaines longueurs, je suis resté scotché à l'écran. Clint Eastwood continue vraiment de m'émerveiller !

J. Edgar
Film américain de Clint Eastwood (2011)
J'ai cru un temps que ce serait ma première séance cinéma 2012. Finalement, ça restera comme ma première grosse production américaine. C'est bien ainsi. Pas facile désormais de donner à voir d'autres oeuvres comparables. Le montage dont je parlais m'a fait penser à celui de The social network, mais il est clair que les films, eux, n'ont pas grand-chose en commun, exceptée leur nationalité. Pour l'aspect "fresque historique", je peux toujours vous renvoyer vers Le parrain ou Forrest Gump, sans pouvoir parler de similarité. Et si, pour une fois, je me contentais de vous encourager à voir d'abord le film du jour ? Ce serait, je crois, la meilleure conclusion.

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Pour ceux qui veulent aller au-delà...
Il vous reste la possibilité de lire les avis d'autres passionnés. Exemple: la chronique de "Sur la route du cinéma".

mercredi 8 février 2012

Au secours de l'enfant

Une chronique de Martin

Est-ce que je l'ai déjà dit ? C'est ma foi possible. J'ai pris l'habitude de considérer le cinéma comme un peu de lumière sur un écran collé au mur. Je n'aime pas trop le mot "réalisme" quand il s'agit d'évoquer le septième art. C'est pourtant vrai que c'est en partie pour voir comment Aki Kaurismäki allait montrer une ville que j'ai habitée quatre ans que je me suis embarqué pour Le Havre. Je suis heureux d'avoir reconnu certaines rues et sites portuaires, mais plus satisfait encore de m'y être laissé perdre, l'imagination du cinéaste finlandais brouillant les codes avec talent. Une vraie vision poétique, je dirais.

Le plus étonnant, c'est que Le Havre ne raconte rien qui ressemble de près ou de loin à une poésie. Le héros du film s'appelle Idrissa. Clandestin sur la route de l'Angleterre, ce petit Gabonais est arrivé en France après avoir voyagé plusieurs semaines dans un container. Quand enfin on a ouvert sa prison de métal, il a fui sur un clin d'oeil de son grand-père et, pourchassé par la police, a fini par trouver refuge chez Marcel Marx, un modeste cireur de chaussures. Parviendra-t-il à s'en sortir ? C'est la question-clé du long-métrage. Plus qu'à la débrouillardise de son jeune personnage, le scénario s'intéresse avant tout aux petites et grandes combines de son hôte pour le sauver. C'est l'occasion de quelques sourires, notamment quand l'intéressé se prétend l'oncle du gamin et justifie sa blancheur comme celle... du seul albinos de la famille. Sacré décalage comique !

Décalé, le film l'est pour ainsi dire de bout en bout. Les scènes extérieures permettent donc de reconnaître - ou bien de découvrir - la grande cité commerciale de la côte normande. Dès que la caméra tourne à l'intérieur, en revanche, Aki Kaurismäki invente des lieux qui n'existent pas (ou plus). Sur ce point précis, Le Havre pourrait dérouter plus d'un cinéphile. Les décors paraissent à la fois naturels et imaginaires, curieuse alchimie qu'on ne peut sûrement ressentir qu'au cinéma. Autre aspect plutôt étonnant: le ton des dialogues. Excepté Jean-Pierre Darroussin en drôle de flic, je ne connaissais aucun des acteurs principaux de la distribution, que l'on parle ici d'André Wilms, de Kati Outinen ou du jeune Blondin Miguel. Pas sûr que j'aurais su reconnaître Little Bob, le grande star du rock havrais, ou Jean-Pierre Léaud si je ne les avais pas vus cités au générique. Simple certitude: tous ou presque ont ici un phrasé très particulier. J'ai mis un moment à m'y habituer mais, une fois cette diction admise, j'ai trouvé qu'elle collait bien aux drôles d'images que j'avais sous les yeux. Et le long-métrage ne m'en a paru que plus charmant.

Le Havre
Film franco-finlandais d'Aki Kaurismäki (2011)
Le port normand deviendrait-il une destination cinéma à la mode ? J'ai en tout cas la très nette impression que son image s'améliore. Sans entrer dans des considérations politiques qui paraîtraient déplacées sur ce blog, je constate avec plaisir qu'une autre fantaisie y a récemment été tournée: je veux parler de La fée. Tendance lourde ou simple coïncidence, l'avenir le dira. Je garde l'oeil ouvert. Et je suis déjà heureux d'avoir vu ce film évoquer les questions d'immigration sans pourtant donner dans le pamphlet de bas étage...

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Si vous voulez élargir le débat...
Deux autres analyses pourraient vous intéresser: celles qu'on peut lire sur deux sites dédiés au septième art, "Sur la route du cinéma" et "L'impossible blog ciné". Voilà, il ne vous reste plus qu'à cliquer...

lundi 6 février 2012

Truffaut impromptu

Une chronique de Martin

Quand un imprévu m'a donné à réfléchir à ce que je pourrais raconter aujourd'hui, j'ai fait une recherche et réalisé que François Truffaut aurait fêté ses 80 ans ce lundi. Plutôt que d'un de ses films, j'ai cru intéressant de parler de son oeuvre en ses débuts. Le saviez-vous ? Avant Les quatre cents coups (1959), le jeune réalisateur avait déjà trois courts-métrages à son actif. Le tout premier, La visite, date même de 1954: muet, rarement montré, presque introuvable, il met en scène des amis du cinéaste. Lequel aime autant faire disparaître le tout jusqu'en... 1982, soit deux ans seulement avant sa mort.

La première création "assumée", c'est Les mistons (1957). Truffaut s'appuie d'abord sur deux acteurs, les très jeunes Bernadette Lafont et Gérard Blain. Il choisit d'offrir son dernier beau texte de cinéma au comédien niçois Michel François, embauché comme narrateur. Comme il le fera aussitôt qu'il abordera le long-métrage, il construit son récit avec des enfants. Dans la calme campagne d'un bel été autour de Nîmes, une troupe de cinq garçonnets repère une jolie fille sur son vélo. Jaloux de son petit copain, ils se décident à enquiquiner les tourtereaux, avec plus ou moins de succès. Une historiette naïve d'enfants irrespectueux, mais pas seulement. J'ai beaucoup aimé. Aspect remarquable: un clin d'oeil à l'un des premiers films muets.

Moins personnel, mais tout de même intéressant, le troisième court s'appelle Une histoire d'eau. Il est sorti en 1958, avec Caroline Dim et Jean-Claude Brialy devant la caméra. J'en profite pour préciser que, pour ses débuts, Truffaut avait utilisé le matériel de son ami Jacques Rivette. Ici, il collabore avec un autre, Jean-Luc Godard, crédité comme co-réalisateur, co-scénariste et monteur. En profitant d'une véritable inondation, les deux cinéastes ont l'idée de raconter l'histoire d'une jeune femme qui a du mal à rejoindre Paris. J'ignore si ce que j'ai lu est exact, mais c'est Godard qui aurait suggéré d'ajouter une voix off sur des rushes difficiles à exploiter. Le rythme du film, tout en saccades, lui doit beaucoup, me semble-t-il.

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Et ensuite...
Dès 1959, Truffaut se lance donc dans le tournage de longs-métrages avec Les quatre cents coups - il y tient également un petit rôle. Cinéaste avant tout, il reste derrière la caméra de ses neuf films suivants, jusqu'à conserver pour lui le personnage du docteur Itard dans L'enfant sauvage (1969). La page des réalisateurs vous permet de relire les chroniques que j'ai écrites sur d'autres de ses oeuvres.

samedi 4 février 2012

Sur le fil

Une chronique de Martin

2011 n'était pas fini quand j'ai entendu parler de Louise Wimmer. J'ai eu envie de voir le film début janvier, après que mon père m'a dit en avoir écouté une chronique positive à la radio. J'ai donc rapidement découvert ce portrait de femme sur fond de crise économique. Cyril Mennegun vient du documentaire: il est connu pour avoir réalisé un portrait filmé de Tahar Rahim, le comédien belfortain rendu célèbre par Jacques Audiard. Le cinéaste offre ici son... premier rôle principal de cinéma à Corinne Masiero, actrice dont la notoriété est surtout le fruit d'une longue carrière théâtrale.

Rôle principal, disais-je. En réalité, Corinne Masiero accapare l'écran. Elle joue avec une intensité remarquable ce personnage, Louise Wimmer, modeste femme de ménage contrainte de vivre dans sa voiture dans l'attente d'un hypothétique logement social. Pour payer ses dettes, cette quasi-quinquagénaire n'a d'autre choix que de vendre le peu de choses de valeur qu'elle conserve encore comme un trésor: un service en argenterie, une montre, un foulard. On ne sait pas trop, ni même tout de suite, comme elle en est arrivée là. Je n'ai pas spécialement envie d'en parler. Comme j'ai pu le lire sur un autre site, sa chute n'est pas le sujet du film. Ce qui est donné à voir, c'est ce qui se passe maintenant qu'elle est survenue. Comment on survit dans des conditions de grande précarité. Difficile de ne pas penser à la réalité de la France d'aujourd'hui, au reportage de Florence Aubenas sur les pauvres, à la démarche d'Eric Cantona pour faire du logement un enjeu de la campagne présidentielle...

Pour apporter sa pierre à l'édifice, Cyril Mennegun choisit un ton neutre. Il ne conteste rien et ne cherche pas à démontrer. Il fait comme d'autres avant lui: il illustre, purement et simplement. À ceux qui veulent l'entendre, il explique qu'il expose des choses qu'il a, sinon vécues, du moins connues. Sans lui faire offense, j'ai envie d'indiquer que son film repose presque exclusivement sur les épaules de son actrice. Corinne Masiero EST Louise Wimmer. Elle lui apporte ses forces et ses faiblesses, sa propre appréciation du monde contemporain, ses repères personnels sur la situation sociale. L'intérêt de cette représentation est qu'elle fluctue et vient prendre appui sur d'innombrables sentiments: l'héroïne du film passe ainsi tour à tout par le combat, la résignation, la révolte, l'effondrement, la solidarité, la reprise en main, la transe et d'autres attitudes encore. Son interprète est crédible en tout, et ce dès le tout début, dès ces premières images où la caméra capte son regard fatigué dans un rétroviseur. Sensible, immédiate et entière, cette intimité avec le premier personnage du film fait presque oublier les autres. J'ajouterais tout de même que ce serait franchement dommage.

Louise Wimmer
Film français de Cyril Mennegun (2012)
Des films sur la misère sociale, honnêtement, je n'en connais pas beaucoup. Il faudrait peut-être fouiller chez Ken Loach pour trouver une oeuvre comparable. En France, j'ai très vaguement entendu parler de Versailles, avec Guillaume Depardieu en SDF, et je garde un souvenir flou d'un duo Gérard Jugnot / Richard Bohringer réuni dans Une époque formidable. Ce qui laisse penser que ce que j'ai lu sur le film du jour est vrai: les rôles similaires sont des plus rares pour les femmes au cinéma. Comme autre forte tête que j'avais appréciée, j'ai pensé à Catherine Frot et sa flic dans Coup d'éclat.

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Pour avoir un autre avis sur le film...

Je vous recommande la lecture de "Sur la route du cinéma".

jeudi 2 février 2012

Cuba, libre et musical

Une chronique de Martin

Dans l'esprit des producteurs de Buena vista social club, il y avait d'abord l'idée de faire se rencontrer des musiciens venus d'Afrique avec d'autres cubains, sur l'île des Caraïbes. Les artistes africains finalement coincés... à Paris, l'histoire s'est alors écrite sans eux. Elle part d'une démarche du guitariste américain Ry Cooder. Accompagné de son fils Joachim, percussionniste, il a choisi d'écumer La Havane à la recherche de chanteurs et instrumentistes oubliés. Son ami le cinéaste Wim Wenders l'a suivi dans l'aventure pour en tirer un documentaire. Un film que j'ai découvert il y a peu.

Compay Segundo, Ibrahim Ferrer, Ruben Gonzalez... leurs noms pourraient déjà vous évoquer quelque chose. Sinon, et à condition que vous ne soyez pas fermés à la musique latino, je vous conseille de leur offrir vos yeux et vos oreilles. Buena vista social club a ceci de touchant qu'il s'appuie avant tout sur des papys musiciens, certains ayant déjà dépassé les 80, voire les 90 ans. Une seconde vie leur est offerte, leur héritage préservé. Le film permet de faire sommairement leur connaissance, chacun étant interrogé à la fois sur ses origines sociales et celles de sa vocation musicale. L'occasion aussi de voir que tous ne roulent pas sur l'or au départ, loin de là. C'est parfois frustrant que le long-métrage ne développe pas davantage cet aspect biographique. La musique reste son moteur.

Buena vista social club filme aussi une double réussite. L'ouverture des Cooder a permis l'enregistrement de trois albums en un temps record et l'organisation de tournées hors de Cuba pour les musiciens concernés ! Dès le début, le long-métrage montre ainsi des images d'un concert aux Pays-Bas. Le plus émouvant arrive à la fin, à l'heure où la troupe s'embarque pour une représentation au Carnegie Hall, salle mythique de New York. Certains admettent n'avoir jamais mis les pieds aux États-Unis et on comprend pourquoi. Outre un montage parfois saccadé, c'est peut-être le principal reproche que je pourrais faire au film. Même si ce n'est pas son propos, il reste toujours muet sur son contexte géopolitique. Par cette discrétion, il peut sembler passer à côté de ce qui aurait été son véritable sujet. Dommage ?

Buena vista social club
Documentaire allemand de Wim Wenders (1999)
C'est ma première rencontre avec le cinéaste rhénan. Je finirai bien par découvrir son oeuvre de fiction. Que dire de plus en attendant ? Peut-être qu'effectivement, ce qu'il donne à voir ici reste très neutre dans le ton. Sans jamais aller jusqu'à cautionner la dictature castriste, le fil conducteur s'intéresse si exclusivement à la musique qu'il paraît en oublier - presque - tout le reste. C'est comme un film d'art qu'il faut regarder le reportage. Désolé: je n'en connais pas d'autres dans le genre. Je dois encore voir The wall d'Alan Parker, mais, documentaire oblige, je sais que ce n'est pas comparable...

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Ailleurs sur Internet...
Les rédacteurs de "L'oeil sur l'écran" ont moins apprécié le film.

mardi 31 janvier 2012

Mission débrouillardise

Une chronique de Martin

J'assume. C'est parce que j'avais décidé de commencer l'année totalement détendu que j'ai choisi d'entraîner mes parents pour aller voir Hollywoo (sans le D - le film explique d'ailleurs pourquoi). J'aime assez Jamel Debbouze pour apprécier ses pitreries, même s'il est sans doute vrai qu'il serait encore meilleur s'il élargissait son registre comique. Quant à Florence Foresti, je la connais à vrai dire fort mal, mais elle ne m'est pas foncièrement antipathique. Je me reconnais même dans l'un de ses sketchs, celui où elle repousse sans cesse l'heure de sonnerie de son réveil, vu qu'elle est "large". C'est tout moi.

Restait donc à évaluer la capacité des deux comédiens à jouer ensemble. Autant le dire: c'est sans surprise, mais pas vraiment raté. J'entends d'ici les habituels rabat-joies qui ne jugent le cinéma qu'à l'aune de son inventivité formelle. Je le répète donc d'emblée: Hollywoo ne sort guère des sentiers battus et, à l'heure où j'écris cette chronique, ses scénaristes sont même accusés de plagiat ! L'idée de départ, je la trouve plutôt sympa: une jeune femme travaille dans l'univers de la production audiovisuelle, doubleuse d'une grande star américaine. Elle reste littéralement sans voix quand ladite vedette décide, après une rupture, de mettre un terme définitif à sa carrière à l'écran. Jeanne décide donc de traverser l'Atlantique pour remonter illico le moral à sa consoeur en mal d'amour et, du coup, l'inciter à rejoindre le chemin des studios...

Bien entendu, le moteur comique du film repose quasi-exclusivement sur l'abattage du duo Debbouze-Foresti. Leur langage mélange allégrement le français et l'américain, à grand renfort de mots inventés ou mal compris. C'est LA trouvaille du film, exploitée jusqu'à la corde, c'est vrai. La Californie vue d'ici, c'est à la fois l'Eldorado des acteurs, la destination qui fait rêver les touristes cinéphiles et la terre d'asile des gansta rappeurs "made in USA". Avalanche de clichés ? Peut-être bien. Hollywoo ne brille pas spécialement par son imprévisibilité. Si j'ai quand même trouvé le moyen de louper le début de ma première séance de l'année, je sais très bien que j'ai vu arriver la fin... dès les premières images, juste en lisant la petite présentation du film. L'important dans ces cas-là reste que l'histoire ménage quelques rebondissements. Il y en a. Assez pour rire, trop peu pour faire du film un nouveau classique. Tant pis: ce n'est pas ce que j'attendais de lui, de toute façon.

Hollywoo
Film français de Frédéric Berthe et Pascal Serieis (2011)
Souvenez-vous: il y a deux ans, le premier des deux réalisateurs signait RTT, autre comédie peu appréciée à sa sortie, à vrai dire assez simpliste, mais pourtant pas tout à fait détestable. J'admets volontiers une certaine indulgence à l'égard de ces petits films. Ponctuellement, entre deux oeuvres plus exigeantes, j'en regarde un pour me "nettoyer le cerveau". Si c'est pour vous inutile, vous êtes libre d'aller voir ailleurs (si j'y suis ?). Ou de revoir Intouchables...