mardi 13 janvier 2026

Un avenir incertain

Hayao Miyazaki est sûrement le plus connu des réalisateurs du cinéma japonais d'animation... et il se peut que certaines de ses créations arrivent très bientôt sur Mille et une bobines. Je vous parlerai d'abord d'un autre maître nippon, né à Tokyo en août 1951: Mamoru Oshii. J'ajoute que c'est la toute première fois que j'évoque l'un de ses films.

Il me faut dire aussi que L'oeuf de l'ange, vu sur le plus grand écran de l'un de mes cinémas de prédilection, restait inédit dans les salles françaises depuis sa sortie dans son pays, il y a déjà quarante ans. J'avoue qu'il n'est pas facile pour moi d'écrire un commentaire pertinent à son sujet, tant les références culturelles qu'il convoque m'apparaissent plus que lointaines: étrangères. Je suis vraiment loin d'avoir tout compris à ce que j'ai vu, mais ces images m'ont fasciné ! C'est donc presque en état de sidération que j'ai suivi la petite fille solitaire qui m'a semblé être l'héroïne de ce récit à nul autre pareil. Elle parcourt les rues d'une ville abandonnée, après une apocalypse dont on ne connaît pas réellement la nature. Il arrive que son chemin croise celui d'étonnants pêcheurs, pressés de dégainer leurs harpons pour atteindre les ombres de poissons qu'ils aperçoivent sur les murs. La gamine ne se mêle jamais à eux et transporte avec elle un oeuf mystérieux, dont elle ignore le contenu. Une sorte de chevalier errant finit par la rejoindre et lui recommande alors d'en prendre bien soin...

Bon... ce n'est pas tous les jours que le cinéma propose un tel voyage. Pour l'apprécier, j'ai vite décidé d'adopter une posture contemplative. Je me suis accroché au décor, insolite et familier à la fois, l'idée étant de faire confiance à mon ressenti plutôt qu'à ma vague capacité d'analyse. Il est agréable, parfois, de s'appuyer sur son intelligence émotionnelle et de se laisser aller, le temps d'une séance inattendue. L'oeuf de l'ange ne dure qu'une heure et onze minutes, vite passées. Après la projo, la lecture d'une longue critique publiée dans Le Monde m'a intéressé, mais ne m'a pas permis d'appréhender la signification exacte de ce que j'avais découvert. Et vous savez quoi ? Tant pis. Malgré les zones d'ombre persistantes, je suis tout à fait content d'avoir ainsi osé "sortir de ma zone de confort cinématographique". C'est une démarche que je recommande, avec ce film et/ou d'autres. Quelque chose me dit en effet qu'elle est profitable sur le long terme. Et ce même si, dès demain, j'évoquerai des oeuvres plus accessibles. Nous avons cette chance d'en voir régulièrement débarquer du Japon !

L'oeuf de l'ange
(天使のたまご)
Film japonais de Mamoru Oshii / 1985

Le nom du cinéaste vous dit quelque chose ? Il a réalisé l'adaptation du manga Ghost in the shell (dont je ne connais que la version US). Pour ma part, je suis ravi de l'avoir abordé par une autre facette. Plans B possibles: Le château ambulant, Steamboy ou Amer béton. Vous, cinéphiles hardis, apprécierez peut-être Belladonna, un animé inconfortable dont je garde, très honnêtement, un souvenir... mitigé.

lundi 12 janvier 2026

Sous la même loi

Tout n'est pas parfait dans Dossier 137. Vu qu'il m'arrive de chipoter sur certains films très appréciés, j'aurais pu pointer quelques défauts du nouveau Dominik Moll. Oui, mais voilà... j'ai vu un grand film. Deux ou trois passages discutables (parce qu'un peu invraisemblables) ne m'ont pas empêché de me régaler à suivre cet opus pa-ssio-nnant !

Décembre 2018. Stéphanie, la cinquantaine, travaille à l'Inspection générale de la police nationale. Sa mission est d'instruire les dossiers de collègues qui seraient accusés d'avoir outrepassé leurs fonctions. C'est ainsi qu'elle doit intervenir quand une femme de son âge débarque dans son bureau et lui affirme que des effectifs - en civil ? - ont tiré sur son fils. C'était à Paris, à la suite d'une manif' des Gilets jaunes. Le jeune homme pourrait en garder de très lourdes séquelles. L'enquête commence et on comprend vite qu'elle ne sera pas facile. Point de départ: l'identification d'agents susceptibles d'être impliqués. D'un service à un autre, la conception du maintien de l'ordre change...

Pour le spectateur, l'intérêt est multiple: la dénonciation des violences policières est l'un des grands motifs du film, mais il n'est pas le seul. Dossier 137 témoigne également de la complexité à être un bon flic dans la France d'aujourd'hui, face aux gros clivages d'une population affaiblie par la crise économique et un soutien politico-hiérarchique réduit au minimum. Le film est une fiction, mais je le crois lucide quand il montre une police continuellement soumise à des injonctions contradictoires: faire son boulot en respectant les libertés publiques et en limitant les dépenses, en dépit de temps de service à rallonge. Et la vie de famille, alors ? Ancienne des Stups, Stéphanie a divorcé d'un officier et tâche d'être une mère "pas trop nulle" pour son ado. Or, même ses propres parents ont parfois du mal à suivre sa logique !

Pendant ces presque deux heures de bon cinéma habilement montées et donc intenses, je me suis même intéressé à la leçon de procédure pénale - dont certains critiques jugent le didactisme assez lourdingue. J'ai par ailleurs trouvé que le scénario était, lui aussi, d'une subtilité rare, sans nul doute parce qu'il nous parle de l'importance des images et, à côté des faits, de la multiplication des points de vue. L'occasion de réfléchir à la nécessité absolue - ou non - d'une règle collective. Dossier 137 est inévitablement un film politique, tout à fait digne d'être écouté et même soutenu dans une République comme la nôtre. Le cinéma est à l'évidence un médium idéal pour traiter d'un tel sujet.
 
Méconnus, tous les acteurs sont excellents dans leurs rôles respectifs et Léa Drucker, en véritable tête d'affiche, se montre d'une justesse remarquable. Pour me résumer d'un seul mot, oui, c'était un vrai kif ! J'espère donc que ce long-métrage fera date et connaîtra un succès important, y compris à la soirée des César, le 27 février prochain. C'est avec amusement que je note que la très parisienne Académie pourrait récompenser un film qui évoque aussi les difficultés de la vie des populations éloignées de la capitale. Osera-t-elle ? On verra bien. D'ici là, d'autres chroniques seront publiées sur Mille et une bobines. Le film, lui, est un très sérieux prétendant à mon top de l'année 2025.

Dossier 137
Film français de Dominik Moll / 2025

Diable ! J'envisageais une chronique courte et j'en fais des tartines. Cette oeuvre le mérite, qui m'a littéralement scotché de bout en bout. Après Seules les bêtes et La nuit du 12, Dominik Moll impressionne. Désormais, j'aimerais revoir L. 627 et, pour retrouver la "vraie vie" des flics, je vous recommande aussi un film rare: Scènes de crimes. Sorti en 2021, BAC Nord reste plutôt orienté sur l'action pure et dure.

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Vous vouliez justement confronter les points de vue ?

Un bon plan: lire aussi Dasola, Pascale, Princécranoir et/ou Benjamin.

dimanche 11 janvier 2026

Sans médaille

Souvenez-vous (ou cliquez sur le lien): l'année dernière, je vous disais qu'il ne me restait que trois films de Jacques Audiard à découvrir ! Désormais, il n'y en a plus que deux, puisque j'ai vu Les Olympiades. Son pire résultat dans les salles françaises: 194.786 tickets vendus. Ce très beau noir et blanc aurait-il mérité un meilleur sort ? Pas sûr...

Les Olympiades sont un quartier du 13ème arrondissement parisien. Audiard s'intéresse tout d'abord à Émilie, une jeune femme d'origine chinoise, opératrice dans un centre d'appels, en conflit avec sa famille et à la recherche d'une autre fille qui pourrait être sa colocataire. Camille se présente, mais... c'est un homme, jeune prof de lettres préparant l'agrégation, un peu désabusé et né quant à lui de parents africains. Bientôt, nous rencontrerons Nora (photo), une trentenaire fraichement arrivée dans la capitale et inscrite dans une fac de droit. Un troisième personnage féminin, Louise, apparaît d'abord au travers d'un second écran: celui du site où elle est exhibée en poupée porno...

Adaptant une série de B.D. américaines, Audiard avait presque 70 ans quand le film est sorti, quelques mois après son lancement cannois. Surprise: pour la première fois, il a fait tourner ses personnages autour du sentiment amoureux, mais aussi et surtout de la passion sexuelle. Ses images ne choquent guère, mais elles sont explicites. Quatre femmes s'y montrent totalement nues. Je tiens à souligner que deux autres, plus jeunes que le cinéaste, ont participé à l'écriture du scénario: j'ai nommé Léa Mysius (32 ans) et Céline Sciamma (43). Reprocherai-je au film ses scènes "de cul" ? Non, absolument pas. Certains passages m'ont même paru traversés d'une forme de grâce. Inversement, j'ai un peu décroché devant des séquences très écrites et ce d'autant que j'ai parfois trouvé les protagonistes peu crédibles. Pire: il m'a semblé voir le film dévier, avec par exemple une mémé recluse en Ehpad, visiblement atteinte de la maladie d'Alzheimer. N'exagérons rien, OK ? Noémie Merlant, Makita Samba, Lucie Zhang et Jehnny Beth livrent chacun une prestation décente. Un mot: merci !

Les Olympiades
Film français de Jacques Audiard / 2021

Le réalisateur sait faire de très belles images, mais ce marivaudage moderne ne m'emballe guère que pour ses interprètes. Sa sélection cannoise a abouti à un Soundtrack Award pour Rone (Erwan Castex). Nommé ensuite pour cinq César 2022, le film n'en a obtenu aucun ! Heureusement pour lui, Jacques Audiard s'est très largement rattrapé avec le suivant: Emilia Pérez. Je préfère Sur mes lèvres, mais bon...

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D'autres sont plus louangeurs que moi...

Je vous laisse faire votre avis avec Pascale, Dasola et le duo Elle-Lui.

Quant à moi, après cette découverte Audiard....
Il m'en restera donc deux: Regarder les hommes tomber et Dheepan. Soit sa toute première réalisation, en 1994, et la Palme d'or de 2015 !

samedi 10 janvier 2026

Nos sauveurs

Vous connaissez Chloé Zhao ? Cette réalisatrice chinoise de 43 ans travaille aux États-Unis et s'est fait connaître avec un premier film consacré à une communauté amérindienne. Elle a reçu deux Oscars pour Nomadland, une admirable immersion dans l'Amérique pauvre. Son cinquième long sort bientôt et parlera de la vie de Shakespeare...

J'ai vu les quatre premiers (cf. le bas de mon index des cinéastes). Coïncidence: hier, j'évoquais la religion et le film choisi aujourd'hui évoque en quelque sorte un Dieu créateur. Ce mystérieux Arishem aurait chargé un bataillon de puissantes créatures anthropomorphes d'assurer, sur Terre, la protection de l'humanité. En face, une menace mortelle représentée par les Déviants, d'impitoyables prédateurs s'attaquant exclusivement aux proies dotées d'intelligence (nous !). Bref... vous l'aurez compris: Les Éternels du titre sont les gentils. Restés sur notre planète une fois leur mission accomplie et cachés parmi les mortels depuis des millénaires au cas où un nouveau danger surviendrait. Des super-héros, oui, chacun issu de la galaxie Marvel. D'aucuns ont d'ailleurs reproché à Chloé Zhao d'aborder cet univers après avoir tourné trois premiers films sociaux et quasi-intimistes. D'avoir ainsi "vendu son âme au diable", affirment certains exégètes !

N'ayons pas peur du mot: Les Éternels est bel et bien un blockbuster. Et, derrière la caméra, il y a aussi les financiers du groupe Disney. Reste que j'ai trouvé quelque chose d'assez séduisant dans ce récit évidemment inspiré - et émaillé - de maintes références connues. Sans surprise, on ratisse large et, parmi les personnages principaux embarqués dans cette aventure, il y en a donc des blancs, des noirs, des jaunes, etc... + un homo aussitôt confronté aux censures chinoise et russe (et, bien entendu, à des appels au boycott côté américain). Je tiens à rassurer ces braves gens: aucun raton-laveur n'a été blessé pendant le tournage. Les ligues animalistes n'ont rien trouvé à redire. J'insiste cependant: j'ai passé un bon moment devant ces images. Mickey a déjà fait bien pire et Chloé Zhao, également créditée comme scénariste, est parvenue à intégrer des thèmes "sérieux". Exemple: faut-il sauver les hommes, alors que les nouveaux talents qu'ils acquièrent les mènent... à s'entretuer et à martyriser la nature ? Vous aurez deux heures et demie pour y réfléchir - c'est un peu long. Le mieux est peut-être de prendre toute l'affaire au premier degré. Qualifiant ce type de films de vide-neurones, je passe vite à la suite !

Les Éternels
(Eternals)
Film américain de Chloé Zhao / 2021
Vite vu, vite oublié, je suppose... mais de temps à autre, j'adhère. Ce qui m'agace vraiment ? Cette très fâcheuse habitude des scènes finales pour annoncer une suite qui ne sera peut-être jamais tournée. Business is business, pas vrai ? Je préfère cela à un Iron Man 3 vaguement racoleur et donc dispensable. Ma référence la plus haute sera Les gardiens de la galaxie, autre délire sidéral en trois volumes.

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Une précision sur le film du jour...

Il ne faudrait pas le confondre avec Les éternels, un - excellent - film chinois sorti trois ans plus tôt. Rien à voir avec les guerres stellaires !

Et pour aller un peu plus loin encore...
Je vous laisse découvrir l'avis (franchement négatif) de Princécranoir. Il semble qu'aucun autre de mes petits camarades ne nous départage !

vendredi 9 janvier 2026

À peine une foi

Aujourd'hui, un film qui m'a dérouté et assez moyennement plu. Malgré son titre, Selon Joy semble éviter de nous parler d’évangile comme auraient pu le faire Luc, Matthieu, Jean et Marc. La religion reste cependant un thème de ce premier long-métrage d'une cinéaste française passée par des études de philosophie. Et oui, pourquoi pas ?

Joy est un prénom féminin: celui de la fille que la caméra va suivre. Dans une ville portuaire, on la découvre organiste, dans une église. Abandonnée, elle a été recueillie par le prêtre lorsqu'elle était bébé. Fidèle, elle vit donc encore avec lui et le seconde dans ses tâches quotidiennes. La situation évolue quand, un soir tout aussi ordinaire que les autres, Joy découvre un homme blessé dans le confessionnal. Andriy a son âge et, rapidement, l'entraîne dans sa vie de précarité. La très dévote demoiselle intègre une bande et devient alors dealer pour le compte d'une femme plus âgée, très clairement manipulatrice. Les geeks reconnaîtront sans nul doute Asia Argento, la fille de Dario.

Je crois vous en avoir bien assez dit sur le scénario. Je suis certain que le film ne plaira pas à tout le monde, mais il est plus maladroit que réellement choquant (rappel: le délit de blasphème n'existe plus). Ce qu'il dit de l'importance de la religion pour certains d'entre nous n'est pas franchement subtil, même si on pourrait juger intéressant d'aborder aussi le terme du doute. Selon Joy et ses scènes de nuit quasi-permanentes veulent peut-être trop en dire avec des moyens limités. Je veux croire cet univers sincère, mais il m'a laissé froid. Même les interprétations de Sonia Bonny et Volodymyr Zhdanov peinent à susciter un intérêt durable. Las ! Seule la "gueule cassée" de Raphaël Thiéry, acteur sexagénaire révélé sur le tard, sort du lot. Allez... à bientôt 37 ans, la réalisatrice aura le temps de mieux faire !

Selon Joy
Film français de Camille Lugan / 2025

Un bémol à ma critique: le film, sorti le 24 décembre, peut se targuer d'un accueil plutôt favorable auprès de certains médias spécialisés. Parmi ses qualités: un certain sens du décor, à partir d'éléments réels repérés au Havre et à Sainte-Adresse, une petite commune voisine. Vous aimeriez aller chercher ailleurs une possible histoire d'amour dystopique ? Celle de Eat the night me semble un vrai cran au-dessus.

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Une déception ? Oui, mais...

J'ai vu ce film tout début décembre, dans le cadre de mes échanges avec Les Fiches du Cinéma. La fine équipe est également sur Actu.fr.

jeudi 8 janvier 2026

Compromis ?

J'ai vu d'innombrables films plus spectaculaires que L'intermédiaire. J'en ai vu plein d'autres beaucoup plus intimistes. Vous restez libres de me démentir, mais il me semble que cette (modeste) production américaine n'a pas reçu un accueil très favorable. Je dois reconnaître que j'ai même déjà oublié comment j'en avais entendu parler ! Bref...

L'intermédiaire
est un bon petit thriller à l'ancienne, typé années 70. Comme un hommage rendu aux opus parano de Coppola ou De Palma. Sarah Grant croit avoir fait une très grosse bêtise: ex-chercheuse dans une grande entreprise de la biotech, elle a vite été licenciée après avoir appris et fait état des résultats d'une enquête interne. D'après elle, ce géant industriel va mettre sur le marché un produit néfaste pour la santé humaine, à très grande échelle. Sarah est partie en emportant avec elle le document ! Elle cherche à présent quelqu'un qui pourrait être son relais vers ses anciens patrons, déjà convaincue qu'ils ont mandaté une équipe pour la retrouver... et la supprimer. Sarah n'a, de fait, pas trouvé d'avocat pour la défendre sur le plan juridique: elle veut donc restituer ce qu'elle a volé pour avoir la vie sauve. Je vous le confirme tout de suite: oui, c'est rocambolesque ! Et c'est aussi un bon point de départ pour un suspense très efficace...

On s'attache vite à Sarah, qui semble d'abord avoir de bonnes raisons de craindre le pire. L'actrice, Lily James, fait assez bien son travail. Même si la tête d'affiche serait plutôt Riz Ahmed, dans le rôle-titre. Cet "homme très discret" qu'est Ash nous semble bien assez malicieux pour arranger les affaires de sa cliente et empocher une somme confortable pour ses loyaux services. Toute la première partie du film apparaît dès lors très réussie, du strict point de vue scénaristique. Quant à la forme, elle s'avère vite tout aussi convaincante: la caméra suit alternativement deux personnages qui ne doivent pas se croiser. Sauf que... la suite et la fin, donc, sont un peu plus inattendues. Entendons-nous bien: L'intermédiaire n'est qu'un pur divertissement. Je pourrais chipoter, c'est vrai, et évoquer quelques grosses ficelles. Vous savez quoi ? Je n'ai pas envie et préfère retenir tout le positif. Cette séance de presque deux heures est passée sans aucun ennui. Rattraper le film si vous en avez l'occasion me paraît une bonne idée. Même si on peut attendre du cinéma US des concepts plus inventifs...

L'intermédiaire
(Relay)
Film américain de David Mackenzie / 2025

Du travail bien fait, sans fioriture: cela me contente donc, tel quel. J'aime mieux cela que les films aux surenchères techniques factices ! Évidemment, des opus comme Conversation secrète ou Blow out reviendront comme des références évidentes et encore supérieures. So what ? On n'est pas obligé de choisir et on peut aussi TOUT aimer. Y compris les longs-métrages d'aujourd'hui - un brin moins "radicaux".

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Un mémo au sujet du réalisateur...

Il compte déjà dix autres films, dont l'excellent Comancheria (2016).

Et pour finir, un lien vers un autre blog...

Le film a été peu vu, mais il n'a pas échappé à la sagacité de Dasola.

lundi 5 janvier 2026

Vidor en vibrations

Vous étiez là vendredi dernier, quand je vous ai promis une surprise pour aujourd'hui ? Et samedi, quand je vous ai annoncé mon intention de revenir sur La foule, le superbe film que je venais de chroniquer ? Voici le fin mot de cette histoire: je l'ai vu dans le cadre du Tympan dans l'oeil - un très chouette festival isérois, dédié aux ciné-concerts.

C'est ainsi que j'ai eu le plaisir de rencontrer celui qui s'était emparé de l'oeuvre de King Vidor pour l'accompagner d'une partition musicale originale et inédite: le vibraphoniste (et compositeur) Illya Amar. Généreux, il a bien voulu répondre à quelques-unes de mes questions aussitôt après sa performance live. Que dire ? Bravo et encore merci !

Illya, musicien, comment êtes-vous venu au ciné-concert ?

C'est d'abord un aspect de mon instrument qui m'est apparu. À cheval entre la batterie et le piano, je le trouvais au bon endroit pour accompagner du cinéma burlesque - j'ai commencé avec des Charlot ou des Buster Keaton. Entre le piano accompagnateur traditionnel et une musique un peu plus contemporaine, nourrie d'expériences jazz. En 2009, j'ai fait un concours de ciné-concerts en Italie, à Turin, Strade del Cinema. J'ai beaucoup travaillé et terminé Premier prix ex-aequo. Cela m'a pris pas mal de temps, donc, et mené assez loin. Et je me suis dit: "Maintenant, on peut y aller"...

C'est ce sur quoi vous travaillez exclusivement, à présent ?
Non, pas du tout. C'est actuellement mon travail le plus personnel, mais je fais aussi du jazz dans une grande formation, l'Orchestre national de jazz (ONJ), ce qui me prend pas mal de temps également. J'ai d'autres projets. Je fais par ailleurs du classique: de la musique de chambre, mais toujours au vibraphone.

Pourquoi avoir choisi de travailler sur
La foule ? Et King Vidor ?
Un peu par hasard. J'ai pensé qu'il fallait faire un nouveau ciné-concert après les Chaplin. Je ne voulais pas forcément faire un drame, mais j'avais envie d'un film expressionniste, avec une beauté plastique et des visages maquillés empreints d'expressions nombreuses. Les grands plans aériens m'ont nourri d'abstractions. J'en ai besoin ! J'ai donc regardé plein de films et celui-là m'a tapé dans l'oeil.

Vous connaissiez déjà d'autres films de King Vidor auparavant ?
Non. J'en ai regardé après !

Personnellement, je l'envisageais plutôt comme un magnat hollywoodien, sur la base de quelques films "tardifs". Celui-là offre un regard jeune, peut-être un peu inédit...
Oui. Il est sorti en 1928: c'est donc l'un des derniers grands films muets. Il y a quinze jours, j'ai été invité par la Cinetek, une plateforme de VOD historiques, qui fêtait ses dix ans. Ils avaient convié Michel Hazanavicus, qui a réalisé le film muet The artist. Lui voulait projeter La foule en ciné-concert. Je me suis donc retrouvé dans l'affaire et j'ai beaucoup travaillé en amont de l'événement ! Pour présenter le concert, Michel a dit que, d'après lui, il avait manqué cinq ans au muet pour arriver à une apogée technique. Visuelle et expressive. Onirique. Il aurait eu envie que cela continue. Mais cela a été un peu tué par le parlant qui, au début, et bien sûr parce qu'il avait besoin de la voix, était un peu du théâtre au cinéma.

Chaplin, dont vous parliez, a tout de même continué le muet...

Oui, et plein d'autres aussi. Il y a un petit essoufflement visuel quelques années, le temps que le parlant prenne sa place. Cela est revenu ensuite. On aurait bien aimé que King Vidor continue un peu sur sa lancée. La foule, c'est fantastique, techniquement parlant.

Et vous ? Quel est votre rapport personnel avec le cinéma muet ? Vous l'appréciez particulièrement ?
Je l'aimais comme cinéphile, mais je l'ai vraiment découvert par le travail. Le concours dont je parlais m'a plongé dedans. J'ai ensuite porté un regard différent sur les coupes, les montages, le rythme. Les blocs narratifs, en fait. Je me demandais comment me placer face à un film muet, en tant que musicien. Je prends une place énorme: il n'y a que moi qui fais du bruit ! Il fallait donc que je demande comment construire ces fameux blocs narratifs pour me placer devant ou derrière la tension à l'écran. Il y a toujours un jeu avec les images pour ne jamais prendre la tête aux gens ou prendre le dessus sur la narration. Et, dans le même temps, laisser aux spectateurs le choix de tourner la tête vers moi pour voir ce que je suis en train de faire.

Comment procède-t-on ?
C'est ce qui est intéressant, justement ! Dans ce que j'ai fait, on trouve beaucoup de blocs écrits et beaucoup d'improvisation, aussi. Il arrive toujours un moment où je me dis que je vais me mettre en retrait et jouer alors un truc entre guillemets "moins intéressant". C'est-à-dire qui va moins prendre l'attention ou qui meublera, un peu. Et à d'autres moments, à l'inverse, il faut aller devant ou m'arrêter totalement, pour ne pas gâcher les scènes d'humour, par exemple. Tout cela est vraiment propre au cinéma muet.

Malgré tout, on parle bien d'un vrai travail de composition ! Certaines oeuvres du muet avaient déjà une musique originale. Vous, vous en avez créé une, spécialement pour ce film...

Comme pour un spectacle ou pour tous les ciné-concerts qui se font actuellement. Au cours du festival, on a vu un teaser avec plein de projets qui ont l'air super ! On dirait vraiment qu'il y a une musique pleine, transversale, qui écrit des lignes. Je n'ai pas trop vu de choses dans la grande tradition du piano accompagnateur, au premier degré, en face des images et souvent joué en solo - vu qu'à plusieurs, on ne peut pas être aussi réactifs. Or, mon travail, c'est justement de me placer soit en simple pianiste accompagnateur, soit en artiste contemporain qui crée son propre truc...

À ce sujet, pouvez-vous me dire quelle sera la suite, pour vous ? D'autres ciné-concerts ? Avec des films parlants, peut-être ?
Je ne sais pas. Pour l'instant, j'aimerais que celui-là tourne un peu. Cela fait un an que je suis là-dedans ! Je suis même parti à New York pour ressentir la ville et écrire. La foule, c'est quand même un film qui en parle, un peu à la Zola, comme d'une ville qui grouille, une sorte de "bête humaine". J'aimerais aussi rencontrer des producteurs. J'ai enregistré un DVD qui sortira aux États-Unis. Maintenant, à voir si je fais d'autres rencontres qui débouchent sur des commandes... 

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Quelques liens pour finir...

celui du site d'Illya Amar (déjà mentionné plus haut),
celui de la page dédiée à Illya sur le site du Tympan dans l'oeil,
celui d'une asso liée au Musée de Grenoble, où il jouera en avril.

samedi 3 janvier 2026

Un amour à la ville

Je n'étais pas dans le bon timing, désolé ! Ce n'est pas un film d'Asie que je voulais évoquer avant ma pause, mais un film "de réveillon". C'est ainsi que je désigne certains des grands classiques du cinéma que je juge comme d'excellents choix possibles pour les fêtes de fin d'année. Exemple (tardif) ce samedi: j'ai choisi de parler de La foule !

Ouf ! J'ai pu oublier mes chinoiseries grâce à l'opportunité inattendue d'apprécier ce film de King Vidor sur écran géant. Je dois admettre que je n'avais qu'une connaissance ultra-limitée de ce réalisateur réputé (malgré son curieux prénom et deux films sur les Bobines). Cette fois, j'ai remonté le temps jusqu'en 1928, année de naissance de mes grands-parents maternels. La foule est bel et bien un film muet: le premier parlant était sorti l'année précédente. La tendance nouvelle ne tarderait alors plus à s'imposer, presque définitivement...

Et l'histoire, alors ? C'est celle de John et Mary Sims, un jeune couple amoureux installé à New York et vivant dans des conditions précaires. Leurs nobles sentiments réciproques créent visiblement un bonheur sincère, mais fragile. On assistera à la naissance de deux enfants. Or, Prévert nous a prévenus vingt ans plus tard: "La vie sépare ceux qui s'aiment, tout doucement, sans faire de bruit". Même convaincu de devenir bientôt un homme important, John n'a qu'un job minable. Qu'il quitte d'ailleurs quand un drame surgit, au détour d'un boulevard.

Je ne raconterai pas tout, mais il me semble possible de voir ce film comme un archétype du cinéma hollywoodien, d'autant qu'il fut produit et distribué par la Metro Goldwyn Mayer (le studio au lion rugissant). Moi qui considérais King Vidor comme un vague nabab, je crois utile d'apporter un bémol à cette appréciation - disons au moins le temps nécessaire pour y regarder de plus près. Son abondante filmographie était bien entamée - et elle approchait de la fin de sa période muette. À 34 ans, l'artiste pouvait s'appuyer sur un bagage technique affirmé !

Il avait confié le premier rôle féminin de La foule à Eleanor Boardman et lui faisait confiance: cette actrice, disposant d'une expérience certaine, était par ailleurs sa propre femme (la deuxième sur trois). James Murray, l'acteur principal, était quant à lui un inconnu, repéré dans les rangs des simples figurants. Oui, il en a sans doute fallu beaucoup pour le film, remarquable entre autres pour plusieurs scènes urbaines - et parfois même en intérieur - noires de monde. Le récit alterne rires et larmes, dressant un portrait saisissant de la société américaine, juste avant la Grande Dépression. Il paraît que sept fins furent envisagées, dont deux ont pu être proposées aux exploitants. Ma séance à moi s'est achevée sur un happy end, un peu avant Noël...

La foule
(The crowd)
Film américain de King Vidor / 1928
Vous pourrez sûrement trouver cette merveille sur un site Internet gratuit: elle figure en tout cas aujourd'hui dans le domaine public. Croyez-moi: quelques plans sont saisissants, malgré leur âge avancé ! L'émotion procurée est assez proche de celles que des merveilles comme Nanouk l'Esquimau, La ruée vers l'or et Tabou ont offertes au "découvreur tardif" que je suis. Promis, je compte vite y revenir...

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En attendant, d'autres pistes à suivre...

La première mène à Strum qui, fidèle à lui-même, livre une analyse détaillée du film. Vincent, lui, l'a cité dans un texte sur Citizen Kane !

vendredi 2 janvier 2026

... et bons cinés !

Je ressens toujours un peu de fébrilité au début d'une nouvelle année. Le 2 janvier 2025, il y a exactement 365 jours, j'étais allé au cinéma pour voir mon tout premier film du millésime: Un ours dans le Jura. Ce vendredi, le flux de mes chroniques reprend là où il s'était arrêté. La suite ? Un 2874ème film dès demain midi. Et... une surprise lundi !

Sauf imprévu, je reviendrai sur mes ultimes découvertes de l'an passé à partir de jeudi prochain (et j'espère au rythme d'un billet par jour). Après quoi, l'heure sera enfin venue d'en tirer la substantifique moelle pour vous offrir le meilleur sous la forme d'un (ou de plusieurs) top(s). Conséquence logique: mes premiers avis et coups de coeur de 2026 ne vous seront dévoilés que fin janvier, voire peut-être début février.

Bon... je vous souhaite, à toutes et tous, une année pleine de joies. Comment pourrait-elle vous combler ? À vous de me le dire (ou pas). Quant à moi, bien sûr, je suis sûr qu'elle passera aussi par le plaisir des salles obscures et de tout ce qu'on peut y voir, sous des formes diverses, classiques ou innovantes. Le septième art est éternel, non ? Je compte sur vous pour vous le rappeler. Et lui être toujours fidèles !

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Ah, au fait...

Si vous voulez me confier les prochains films que vous aimeriez voir dès ce week-end, je suis bien sûr à l'écoute ! Et on s'en reparle vite...

samedi 20 décembre 2025

À l'année prochaine !

Certains disent qu'après avoir tout créé, Dieu a décidé de se reposer au septième jour. OK, on n'est pas dimanche, mais vous aurez noté que j'en suis tout de même à ma dixième chronique en douze jours. C'est immodeste, sans doute, de le faire remarquer, mais je profite de l'occasion pour vous annoncer... que je m'octroie une petite pause.

Blague à part, ce simple billet est mon 200ème texte de l'année 2025 ! Je ne sais pas quels films je verrai ces jours prochains, mais je reste convaincu que les Fêtes de fin d'année peuvent être une période propice à l'expérience joyeuse et sans cesse renouvelée du cinéma. L'idéal étant de la partager, évidemment, et, si possible, de l'associer à d'autres bonheurs, que nous soyons seuls ou (bien) accompagnés. 2026 arrivera ensuite - et bien assez tôt pour les bonnes résolutions. Personnellement, sans renier le septième art, je peux vous avouer que j'aimerais bien enfin retrouver durablement le goût de la lecture. Nous en reparlerons - ou pas - à la reprise des Bobines, début janvier. NB: les commentaires restent ouverts à toutes vos envies d'échange. Et voilà... je vous souhaite LE MEILLEUR pour cette fin de décembre !