samedi 3 décembre 2016

Arnaques (au pluriel)

Que savons-nous des autres ? Quand j'y réfléchis, je me dis que l'un des mérites du cinéma est de sans cesse nous poser cette question. Ainsi, moi qui me crois assez ouvert à la différence, je constate également qu'il m'arrive de ménager des petites cases pour y ranger mes découvertes. Les Asiatiques seraient ainsi "subtils et raffinés"...

Pourtant, subtil et raffiné, ce ne sont pas forcément les adjectifs appropriés pour évoquer Mademoiselle, le premier film du réalisateur coréen Park Chan-wook depuis son retour des États-Unis. Je vais dire deux mots seulement de l'intrigue pour vous donner une petite idée des enjeux: dans la Corée des années 30, en pleine période d'occupation japonaise, une bande de brigands convoite la fortune d'une jeune noble nipponne et, pour mieux la dépouiller ensuite, place auprès d'elle une complice, sous l'apparence d'une simple domestique. Depuis cette idée assez banale, le film déploie ensuite son scénario en un triptyque narratif franchement vénéneux et deux heures vingt environ. Les deux premières parties se répètent, mais en abordant l'histoire d'un point de vue différent. La troisième y met le point final... et le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est assez "costaud" ! J'imagine que certains trouveront le film outrancier. Ou déplaisant...

Pour ma part, j'ai pris un vrai plaisir à découvrir ce "puzzle" cinématographique. Aussi gros soient-ils, je n'avais pas vu venir certains rebondissements. À la réflexion, je me dis en fait qu'il faut laisser l'idée de vraisemblance de côté pour apprécier Mademoiselle. Park Chan-wook semble avoir pris un malin plaisir à nous en mettre plein la vue pour mieux nous endormir. La seule approche esthétique du film a été pour moi un ravissement: acteurs, actrices, costumes, décors, mouvements de caméra... j'ai été embarqué tout du long. Comme devant un pudding: au gré de son appétit, on savourera chaque nuance de sucre, on s'en rassasiera ou on s'en sentira finalement écoeuré. Plus que pour beaucoup d'autres productions cinématographiques, je crois bien qu'il est difficilement possible d'avoir une vision unique de celle-là. Surprise: elle s'inspire librement de Fingersmith, un roman signé de la Britannique Sarah Waters, publié en 2002 et inscrit dans le cadre de l'Angleterre victorienne. Bref, je vais continuer à m'interroger sur ce que je sais des autres...

Mademoiselle
Film coréen de Park Chan-wook (2016)

Présenté à Cannes cette année, le long-métrage a fait chou blanc. Pourtant, je l'ai trouvé plus marquant que Old boy, reparti en 2004 avec le Grand Prix du jury... alors présidé par Quentin Tarantino. L'aspect explicite (voire fétichiste) de leur cinéma respectif rapproche les deux réalisateurs, mais je crois bien que je préfère le Coréen. Disons en tout cas que j'espère voir d'autres de ses films pour juger...

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Je vois aussi que notre ami fait parler...

Son dernier opus est ainsi présenté chez Pascale, Dasola et Strum. L'opportunité de constater qu'il ne fait pas (exactement) l'unanimité.

vendredi 2 décembre 2016

D'autres soleils

C'était inévitable (ou presque): avoir accepté de la présenter au cours d'une soirée de mon association m'a conduit à voir deux fois La mort de Louis XIV en l'espace d'une petite semaine. Je me suis interrogé ensuite sur la figure du roi-soleil au cinéma. J'ai ainsi pu constater qu'il avait porté des dizaines de visages. En voici quatre exemples...

L'un des plus insolites pourrait bien être celui de Thierry Lhermitte. Tout à gauche sur la photo, l'ex-Bronzé est sûrement sous le charme de Sophie Marceau, que guigne aussi Bernard Giraudeau / Molière. Sorti en 1997, Marquise, un film de Véra Belmont, bénéficiait alors d'un casting XXL, avec également - et entre autres - un trio secondaire hétéroclite: Anémone, Lambert Wilson et Patrick Timsit. Quelqu'un parmi vous a-t-il pu juger du résultat ? Je suis curieux. Wikipédia assure qu'à l'époque de son exploitation en salles, le film suscita une vive polémique entre Sophie Marceau et sa réalisatrice. Bilan: il n'aurait fait qu'un peu moins de 490.000 entrées. Faiblard...

Porté par une autre dynamique fictionnelle, Le roi danse s'en sortit encore moins bien, Benoît Magimel et son personnage de Louis XIV passionné de ballet n'attirant en 2000 qu'environ 425.000 spectateurs. Cette fois encore, Molière n'est pas très loin, et vous savez peut-être combien cet autre grand homme a parfois été magnifié au cinéma. Bref... cet film particulier ne rencontra qu'un succès d'estime, appuyé notamment par trois nominations aux César. Sans l'avoir vu, je note qu'il est révélateur de la passion d'esthète de son auteur, le cinéaste belge Gérard Corbiau, pour les arts et les grands films en costumes. Je ne suis pas sûr que ce soit très moderne, mais bon... peu importe.

La vision de Randall Wallace (qui ?) de L'homme au masque de fer n'apporte pas forcément un bien meilleur film. Cette grosse machine américano-britannique autour d'un personnage mystérieux popularisé par Alexandre Dumas père envoie toutefois du lourd côté casting. J'imagine que vous aurez reconnu Leonardo DiCaprio en Louis XIV ! J'ajoute que vous y retrouverez aussi Jeremy Irons, John Malkovich, Gérard Depardieu et Gabrielle Byrne en mousquetaires, sans parler des rôles féminins confiés à Anne Parillaud et Judith Godrèche. Distribution royale, oui, et le film, sorti en 1998, dépassa en France les deux millions d'entrées. Je n'en garde aucun souvenir marquant...

En fait, vous savez quoi ? J'ai l'impression qu'en plus de le regarder mourir chez Albert Serra, le cinéma fait faire un peu n'importe quoi au roi-soleil. J'ignore s'il se trouvera un amateur assez "courageux" pour distribuer en France The king's daughter - connu également sous le titre The sun and the moon. Ancien James Bond très moyen dans quatre des épisodes de la saga, l'Irlandais Pierce Brosnan y joue un Louis XIV soucieux d'acquérir... l'immortalité ! Et que fait-il donc pour cela ? C'est évident, non ? Il cherche à récupérer l'énergie vitale... d'une sirène ! Le film est censé sorti aux États-Unis l'année prochaine. Pas sûr que ça soit une très bonne nouvelle, à vrai dire...

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Bon, allez, petit bilan provisoire...
Je n'ai pas cherché très loin pour écrire cette chronique (incomplète). Au final, un nanar et quelques longs-métrages peu mémorables ! Drôle d'image de la monarchie... je reste donc preneur de tous vos conseils.

jeudi 1 décembre 2016

Marty dans l'Ouest

Quand on y réfléchit, on constate aisément que toutes les trilogies n'autorisent pas à regarder chacun de leurs épisodes individuellement. J'ai même tendance à penser que, dans un monde où les producteurs de cinéma imaginent d'emblée les suites, un premier opus n'a de sens qu'après visionnage des deux autres. Il y a toutefois des exceptions...

Un exemple: quand j'ai revu Retour vers le futur 3, il s'était passé presque six ans (!) depuis ma dernière soirée avec l'épisode deux. Est-ce parce que je connais par coeur les aventures de Doc et Marty ? Possible, mais je constate que j'ai facilement raccroché les intrigues entre elles. Pour les néophytes, je souligne qu'il s'agit ici de suivre principalement les pérégrinations dans le temps d'un jeune Américain "ordinaire" et de son aîné et ami, un savant aussi fou que génial. Partis de 1985, nos deux compères s'étaient déjà évadés en 1955, puis dans un 2015 très peu conforme au vrai. Ils se retrouvent finalement en 1885, en plein far west, pour un ultime tour de piste...

Bonne nouvelle: sauf à chipoter, cette fin est aussi drôle et sympa que ce qui l'a précédé. Les quelques voyages temporels y ont toutefois un impact moins significatif sur le déroulé de l'intrigue, mais l'idée demeure qu'une action dans le passé a des conséquences immédiates sur ce qui se passera à l'avenir. Logique, non ? Si vous en doutez encore aujourd'hui, demandez-vous ce qui se serait passé pour vous si vos parents ne s'étaient jamais rencontrés. Le fait est que Retour vers le futur 3 continue de rire de cette situation, en obligeant Doc et Marty à intervenir pour préserver un destin auquel ils sont tous deux attachés - à tous les sens du terme ! Ce film réveillera forcément la nostalgie de ceux qui, comme moi, étaient encore ados au moment de sa sortie. Je peux vous le dire: ses rides lui vont bien.

Retour vers le futur 3
Film américain de Robert Zemeckis (1990)

Le réalisateur est toujours actif aujourd'hui, avec moins de succès toutefois. Avec Richard Donner, Joe Dante et d'autres, il fait partie d'une génération dorée, souvent suivie de près par Steven Spielberg producteur. Du cinéma américain de divertissement, mais du bon ! Toute la trilogie Retour vers le futur se tient en elle-même. Inutile donc de chercher mieux, si ce n'est au gré... des épisodes un et deux.

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Pour d'autres regards, je peux toutefois vous orienter...

Chonchon a aussi vu toute la trilogie... et elle l'a aimée également. Ideyvonne, elle, préfère comme toujours mettre en avant les images.

mercredi 30 novembre 2016

Janine et Jeannette

Les chiffres ont leur vérité: ils me disent que je ne vois que très peu de films d'avant les années 50. Paradis perdu m'offrait l'opportunité rare d'en découvrir un de 1940, tout en ajoutant le nom d'Abel Gance à la liste des grands réalisateurs que je "connais". Je l'ai donc regardé avec un certain ravissement, même si son récit est très pathétique...

Dans le Paris de 1914, le hasard place sur la route de Pierre Leblanc, peintre et dessinateur, une toute jeune femme prénommée Janine. Elle est belle, résolument, naïve, évidemment, et il tombe amoureux, forcément. La guerre sonnera bientôt la fin de l'idylle: sur le front, Pierre apprendra que sa bienaimée est morte en couches. Meurtri comme jamais, il confiera son enfant aux bons soins de l'assistance. Puis, après quelques années de deuil, il finira par reprendre le cours de sa vie avec cette petite Jeannette, qui révélera une ressemblance troublante avec feue sa maman. J'imagine à quel point cette histoire devait bouleverser les Français de l'époque. Et elle m'a touché aussi...

Il m'a toutefois fallu consulter une source écrite pour être convaincu que c'est une seule actrice - la jeune Micheline Presle - qui interprète chacune des deux femmes, Janine et Jeannette. Pierre, lui, est joué par l'acteur belge Fernand Gravey: depuis le mot "fin", quelque chose me dit que je l'avais déjà vu ailleurs... mais je reste bien incapable de dire où. Peu importe: Paradis perdu est à prendre tel qu'il est. Évidemment datée, l'intrigue qu'il propose n'en met pas moins quelques paillettes dans les yeux. Elle se montre assez audacieuse quand elle inverse le schéma ultra-classique de l'homme mort au front et de la veuve éplorée. Si j'en crois les spécialistes, j'ai vu un film "mineur" d'Abel Gance: le fait est pourtant qu'il m'a beaucoup plu. C'est dire finalement que j'ai bien d'autres plaisirs en perspective ! Découverte après découverte, tout me confirme que le cinéma ancien dissimule bien des trésors, que je serais bête de négliger. À suivre...

Paradis perdu
Film français d'Abel Gance (1940)

C'est un fait: ma cinéphilie s'accorde tout à fait avec ce type de films anciens, portés par les grands sentiments. Je ne vois aucune raison pour les bouder ! Ils sont sûrement les héritiers des grands chefs d'oeuvre du muet, comme L'aurore. Qui s'intéresse au vieux cinéma français et populaire se tournera sans hésiter vers Le jour se lève. J'espère avoir l'opportunité de remonter d'autres perles à la surface...

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Si vous misez sur d'autres pêcheurs...
Vous lirez avec joie "L'oeil sur l'écran" et "Sur la route du cinéma".

lundi 28 novembre 2016

La double vie de Gabrielle

Je ne vais pas prétendre le contraire: Marion Cotillard ne compte pas que des admirateurs parmi les cinéphiles de France et de Navarre. Pour ma part, je peine souvent à l'oublier derrière ses personnages. C'est donc avec une pointe d'inquiétude que j'ai choisi d'accompagner mes parents pour rattraper Mal de pierres - sorti dès la mi-octobre...

La môme y apparaît d'abord dans le tailleur chic d'une femme mariée et mère d'un jeune garçon. Les premières images nous montrent Gabrielle, son mari et son fils se rendre en taxi à un rendez-vous important quand tout à coup, la jeune femme descend de voiture après avoir aperçu la plaque nominative d'une rue. Les explications seront données au fil d'un récit logiquement romanesque, puisque tiré du livre (éponyme) de la romancière italienne Milena Agus. Je passe volontairement sur les détails de ce récit, mais consens à vous dire tout de même que la plus grosse partie de ce Mal de pierres consiste en un flashback, pour nous narrer la vie - tourmentée - de l'héroïne...

Puisque tout cela court sur une bonne vingtaine d'années en partant d'abord de l'immédiate après-guerre, on peut également parler de film d'époque. De ce point de vue, j'y vois sincèrement une belle réussite. Soignée et portée par une photo admirable, la mise en scène a su m'embarquer dans cette histoire, sans doute un peu moins classique qu'il n'y paraît de prime abord. Une fois n'est pas coutume: j'ai trouvé aussi que Marion Cotillard jouait sa partition avec subtilité, en phase d'ailleurs avec un bon duo masculin, Àlex Brendemühl / Louis Garrel. On m'objectera que la figure du triangle amoureux est très ordinaire au cinéma - et peut-être également dans la "vraie vie". C'est un fait que je ne nie pas, mais j'objecterai à mon tour que Mal de pierres réserve une surprise à ceux qui croient avoir d'emblée tout compris. Cela aura suffi à mon bonheur du jour, en me donnant du coup également envie de lire le roman. C'est à vous de juger, maintenant !

Mal de pierres
Film français de Nicole Garcia (2016)

Outre des calculs rénaux, une autre pathologie affecte la femme courageuse dont le long-métrage dresse le portrait: en fait, j'ai pensé en la voyant à l'Italienne de Respiro (et je n'en dirai rien de plus !). Certains critiques osent un parallèle - audacieux - avec Sixième sens ou Shutter Island... dans un tout autre environnement géographique. Une fois éventés, les secrets perdent bien sûr un peu de leur valeur...

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Le film rencontre-t-il le succès ?
Mouais... il n'a attiré qu'un peu plus de 643.000 personnes en France. Parmi elles, mon amie Pascale. Dasola, elle, s'est arrêtée au bouquin.

dimanche 27 novembre 2016

Soleil couchant

Bien ! Ainsi que je l'ai promis avant-hier, je vais évoquer aujourd'hui un film que j'ai présenté à une soirée de mon association, à savoir l'opus 2016 du cinéaste catalan Albert Serra: La mort de Louis XIV. Inutile d'aller chercher midi à... quatorze heures: le long-métrage illustre bien les derniers jours du roi-soleil, à la toute fin d'août 1715.

J'en conviens: il existe des idées de cinéma plus enthousiasmantes pour un dimanche. Reste que ce film, tourné dans une seule pièce d'un château de Dordogne, n'est absolument pas dépourvu d'intérêt. Première évidence: ses images sont souvent splendides, "cousines" animées des tableaux des plus grands maîtres flamands. L'ambiance sonore mérite elle aussi d'être mentionnée: la mise en scène donne souvent à entendre ce que l'on ne voit pas - une fête dans une salle voisine, un oiseau qui pépie, un orage... c'est vraiment remarquable ! Malgré son sujet, La mort de Louis XIV n'est donc pas une oeuvre plombante. Mais, autant le dire, c'est une oeuvre des plus exigeantes.

Y retrouver Jean-Pierre Léaud dans le rôle principal renforce le côté attractif de la chose: l'enfant révélé par François Truffaut a 72 ans aujourd'hui, soit presque l'âge de son personnage, et s'était contenté d'apparitions fugaces pour l'ensemble de ses dernières prestations. Ici, de fait, il impose en majesté la puissance de son jeu. Les acteurs qui l'accompagnent n'ont pas à rougir, mais je ne vous en ferai pas une présentation détaillée: à vrai dire, je n'en connaissais aucun ! D'ailleurs, c'est aussi la toute première fois qu'Albert Serra a travaillé avec des comédiens professionnels; ils l'ont, dit-il, bien aidé à écrire ses dialogues. Attention aux raccourcis faciles: La mort de Louis XIV n'est pas un reflet de la France actuelle, dixit son créateur. À ceux que l'histoire de France passionne, je souhaite indiquer également que le film est très documenté, son scénario s'appuyant sur les écrits de deux contemporains du roi, Saint-Simon et le marquis de Dangeau.

La mort de Louis XIV
Film franco-espagnol d'Albert Serra (2016)

On est bien loin ici de l'exubérance tapageuse d'un Marie Antoinette ! Costumes exceptés, le travail d'Albert Serra et de ses équipes rappelle plutôt celui de Michael Haneke pour son Amour. Faut-il y voir aussi une forme d'art contemporain ? Je crois bien. En effet, le cinéaste catalan avait d'abord reçu une commande pour une performance d'artiste au centre Georges-Pompidou. Voies dérobées de la culture...

samedi 26 novembre 2016

Tout pour la musique

Elle s'appelle Bici et est la leader-chanteuse d'un groupe de rock. Amoureuse de son guitariste, elle souffre fort de la relative ambigüité de ce dernier et, en réalité, de la non-réciprocité de ses sentiments. Avec une mère poivrote, un père absent et une grand-mère rendue muette par la maladie, Bici se coltine de fait une vie plutôt pourrie...

Baby Balloon, qui nous la raconte dans le détail, est un petit film belge attachant, à l'image de son héroïne. Son énergie indiscutable emporte le morceau et pourra vous séduire si vous vous trouvez sensibles au sort - parfois peu enviable - des jeunes filles en fleur. Bien qu'il ne soit pas sans défaut, ce long-métrage gagne l'adhésion par sa sobriété tapageuse. Par cet audacieux oxymore, je veux dire que le récit est court (une heure vingt environ) et intense à la fois. Tout en composant clairement une fiction, les images montrées ici pourraient aussi servir de documentaire sur le groupe. L'énergie folle de la musique tisse un lien avec l'actrice principale: Ambre Grouwels.

À juste 20 ans, la demoiselle est à mon sens la révélation numéro 1 ! Encore que... pour être honnête, je dois relever aussi qu'à l'exception notable de Philippe Rebbot, je ne connaissais aucun des acteurs engagés dans l'aventure, ce qui ne m'a nullement empêché de passer un assez bon moment avec eux. Attention: comme les photos choisies pour cette chronique le suggèrent, Baby Balloon tient plus du film mélancolique que de la franche comédie. Le regarder vous expose véritablement à une gamme d'impressions assez variées, concentrées parfois en quelques scènes seulement. À noter également: un talent incontestable pour jouer (et filmer) la musique. Bref, un film rock...

Baby Balloon
Film belge de Stéphane Liberski (2013)

Cela reste discutable, mais j'ai l'impression que nos voisins et amis francophones sont meilleurs que les Français pour raconter ce genre d'histoires, au fond pas très loin du film social. Au passage, j'ai noté d'ailleurs qu'à un moment, Bici, pour parler de son quartier, déclare vivre à côté de chez Rosetta. Cela étant dit, Stefan Liberski n'est pas le troisième frère Dardenne. Vous le vérifierez avec Tokyo fiancée...

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Il faut rendre à César ce qui appartient à César...

A priori, c'est chez Sentinelle que j'ai lu un premier avis sur le film. 

vendredi 25 novembre 2016

Mauvais virage

Je vous parlerai après-demain d'un film que j'ai présenté au cours d'une soirée de mon association. Pour l'heure, je vais évoquer celui que j'aurais pu retenir à sa place: Chouf, discrètement sorti en salles il y a bientôt deux mois. Si mes infos sont bonnes, il n'a convaincu qu'à peine 261.000 personnes de venir l'y voir. C'est un petit score...

Chouf nous embarque dans les quartiers Nord de Marseille, sur les pas des petits (et gros) dealers de drogue. Son personnage principal, Sofiane, de retour dans la cité après des études commerciales menées à Lyon, reste d'abord à l'écart des trafics, mais tout change lorsque son grand frère est abattu dans un règlement de comptes entre bandes rivales. Sur ce thème archi-rebattu, le film a le mérite d'entrer dans le vif du sujet sans détour. Nous sommes immergés dans le monde du grand banditisme et le scénario n'est pas enjolivé. Au contraire: il y a de fortes chances que les choses se déroulent comme elles sont montrées. Surtout avec des comédiens amateurs...

Deux ans durant, le réalisateur, Karim Dridi a animé des ateliers d'art dramatique avec les jeunes du coin pour trouver ses acteurs. Il dit avoir voulu donner à son long-métrage - le troisième et ultime volet d'une trilogie officieuse - des allures de tragédie antique, en tournant certaines séquences sur certains des plus beaux sites de la métropole phocéenne. Chouf échappe de ce fait à quelques clichés faciles. Malheureusement, il n'est pas pour autant exempt de tout défaut. Comme je l'ai souligné plus haut, l'histoire que le film nous raconte n'est pas d'une grande originalité et on devine ainsi assez facilement comment elle va se terminer. Pour tout vous dire, je n'ai sursauté qu'à une seule reprise, avec un coup de feu que je n'avais pas senti arriver. J'ai un respect sincère pour ce cinéma, mais... j'ai vu mieux !

Chouf
Film français de Karim Dridi (2016)

Chose étonnante: le dossier de presse du film fournit un lexique arabe et un glossaire de l'argot marseillais ! Présenté lors d'une séance spéciale du dernier Festival de Cannes, le long-métrage m'a paru moins puissant que La haine en son temps, il y a - déjà ! - 21 ans. J'ai plutôt envie de citer une nouvelle fois Gomorra en comparaison. Mais Marseille n'est pas Naples et le film n'a pas reçu de Grand Prix...

mercredi 23 novembre 2016

Immersion urbaine

Je vais commencer par un conseil: si vous avez l'opportunité prochaine de découvrir Les bruits de Recife, ouvrez... vos oreilles ! Même si la version française n'est pas tout à fait la traduction exacte du titre original (O som ao redor: le son alentour), elle appuie l'idée que ce film brésilien donne autre chose à percevoir que des images...

Pour mieux vous mettre encore dans mon état d'esprit au moment précis où j'ai découvert ce film, je crois également bon de vous dire sans plus attendre qu'il est signé Kleber Mendonça Filho, le cinéaste dont j'ai présenté le second long-métrage avant-hier. Un privilège pour mon association et moi: nous avons eu la chance de pouvoir diffuser l'un et l'autre, au cours de deux soirées consécutives, et donc dans le sens inverse de leur réalisation. Cela étant précisé, j'espère désormais vous intéresser à cette autre histoire, entièrement tournée dans une rue de Recife, au Brésil, métropole de plus de 3,5 millions d'habitants. Les bruits de Recife constitue ce que j'appelle un film pointilliste: il ne dévoile son intrigue que petit à petit et nous offre une importante galerie de personnages, tout en se montrant capable de les traiter tous avec la même attention. C'est l'une des prouesses qui m'impressionnent au cinéma, même vis-à-vis de films assez longs pour prendre leur temps. Celui-là dure - un peu - plus de deux heures et nous plonge à corps perdu dans son décor. Un vrai voyage, en fait !

Les sensations que j'ai éprouvées devant ce long-métrage étonnant sont complexes. Puisque, pendant pratiquement tout le film, le cadre se limite finalement à une seule rue, je me suis presque senti enfermé, par moments. Pourtant, même si ça peut paraître contradictoire, j'ai ressenti également une drôle de fascination devant cette "reconstitution" de la réalité. Il faut bien admettre aussi que l'expérience est marquante: les personnages présentés à l'écran de ce film choral donnent de l'humanité une image peu reluisante. Rapidement, le son ambiant suggère d'autres images, déjà vues auparavant ou même purement imaginaires: rien que cette utilisation du hors-champ, sur le plan de la technique, est magistrale - et ce d'autant qu'il arrive que l'image et le déroulé même de l'intrigue viennent démentir nos impressions premières. Si vous connaissez mieux le Brésil que moi, vous noterez aussi que Les bruits de Recife offre quelques échos à son histoire... bien loin de la carte postale. Bref, voilà l'un des films les plus stimulants que j'ai vus cette année !

Les bruits de Recife
Film brésilien de Kleber Mendonça Filho (2013)

Comparaison n'est pas raison, mais je juge ce premier opus supérieur à Aquarius. Son huis-clos et son inéluctable tension m'a aussi remis en mémoire un autre film vu avec mon association: L'idiot ! Le fait qu'il s'agisse d'une oeuvre sud-américaine rappelle Elefante blanco. On peut aussi l'étudier en diptyque avec La cité de Dieu. Pour être complet, j'ajoute que j'ai songé à Gomorra, Shining et Le parrain...

lundi 21 novembre 2016

Une idée de la dignité

Je vais préciser un truc d'entrée de jeu: je ne connais pas le Brésil. Quand mon association a choisi de projeter Aquarius, un film rentré bredouille de Cannes cette année, j'y suis allé sans préjugé, incapable alors d'évaluer la vraisemblance du scénario face à la réalité du pays. D'aucuns jugeront que c'est une question sans importance. Possible...

Toujours est-il que, si Aquarius a eu un écho sur la Croisette, c'est aussi parce que l'équipe a monté les marches avec des panonceaux enjoignant le monde à sauver la démocratie brésilienne, chahutée dans le climat d'avant la destitution de la présidente Dilma Roussef. Bon... pas besoin toutefois de connaître l'histoire de l'Amérique latine sur le bout des doigts pour apprécier le film ! Son argument premier reste très compréhensible: après avoir vécu les jours les plus heureux de sa vie dans le même (superbe) appartement, une femme, Clara, reste la dernière à résister aux propositions de rachat d'un promoteur immobilier. Ce qui n'est pas si facile... mais je vous laisse voir pourquoi. Le fait est que j'ai beaucoup aimé ce portrait de femme. Sonia Braga porte magnifiquement la résistance de cette jeune veuve retraitée, certes, mais pas résignée. La galaxie de personnages secondaires qui gravite autour d'elle est tout aussi digne d'intérêt. Dans ce que le film montre des liens humains, qu'ils soient familiaux ou autres, le long-métrage est admirable. Et oui, je pèse mes mots...

Il n'en reste pas moins vrai qu'un peu avant la fin, j'ai été un peu gêné aux entournures. L'incontestable dignité de cette femme debout a fini par me poser question. Son obstination à vivre sa vie selon ses choix a alors pu m'apparaître comme de l'intransigeance, surtout vis-à-vis de gens moins favorisés (sa domestique étant une bonne illustration). Or, il m'a semblé qu'à chaque fois que la personnalité et les décisions de Clara allaient contre celles d'un autre personnage, c'est toujours aux côtés de son héroïne que le film se rangeait. J'ai d'ailleurs noté qu'au cours du bref débat qui a suivi la projection, certains ont parlé de manichéisme. D'autres jugeront peut-être la conclusion expéditive. Pour ma part, je reste sur mon impression d'un long-métrage centré sur une vision unique des phénomènes qu'il décrit. C'est dommage ! Pour le reste, en effet, je n'ai rien à objecter à l'encontre d'Aquarius. Bien au contraire: j'ai trouvé ses images très belles, son montage intelligent et sa bande-son excellente - avec notamment deux titres de Queen et bien sûr de la musique brésilienne. Une idée du plaisir...

Aquarius
Film brésilien de Kleber Mendonça Filho (2016)

En sortant de la salle, avec un ami, nous évoquions Erin Brokovich. Résiste-t-on à l'injustice au Brésil comme aux States ? Pas certain. Montre-t-on les injustices de la même façon ? Pas sûr non plus. Maintenant, si je voulais être objectif, je reverrai au plus vite le film de Steven Soderbergh et j'en reparlerai en connaissance de cause. Disons que j'ai une toute autre priorité, à ce stade. Wait... and see !

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Il vous reste une possibilité pour en savoir plus...
À un clic d'ici, vous pourrez lire l'excellente analyse de l'ami Strum. Eeguab, lui, en parle plus brièvement, mais se montre enthousiaste.