lundi 15 octobre 2018

De rouille et d'or

Tourner un western ? Jacques Audiard n'en faisait pas une priorité. Dernièrement, le cinéaste a ainsi expliqué que c'est une proposition de l'acteur américain John C. Reilly et de sa femme Alison Dickey, productrice, qui l'a conduit à réaliser Les frères Sisters. Lire le roman du Canadien Patrick deWitt l'aura convaincu de le mettre en images...

Pour la toute première fois, le Français s'est donc penché sur les idées d'un autre, lui qui, jusqu'alors, n'avait suivi que sa propre inspiration. Pour ce faire, peut-être aidé aussi par la Palme d'or qu'il a remportée en 2015, il a fait appel à un quatuor de comédiens américains choisi parmi les meilleurs: à John C. Reilly déjà cité, il a ajouté deux stars majeures, Joaquin Phoenix et Jake Gyllenhaal, ainsi que Riz Ahmed. Avec pareil carré d'as, on peut se croire capable d'abattre un jeu gagnant ! Le Frenchie a-t-il pour autant remporté la partie ? Possible. L'histoire qu'il a portée à l'écran est à sa place dans le Grand Ouest. Un mystérieux homme de pouvoir charge deux frangins à la gâchette facile de retrouver un chercheur d'or, inventeur d'un procédé chimique apte à détecter les gisements qui reposeraient au fond des rivières. Idéaliste, le prospecteur semble s'être lié d'amitié avec un détective parti à sa poursuite et envisage de créer avec lui une communauté entre hommes de bonne volonté. Reste à savoir dans quelle situation cette étrange intention le mettra alors... au doux pays du flingue-roi !

Un constat: nous voilà face à un western pour le moins déroutant. Évidemment, vous y trouverez malgré tout de nombreuses références aux archétypes du genre: des armes à feu, des chevaux, un saloon fréquenté par des dames de petite vertu et des desperados, arrivés en ville après avoir traversé mille paysages et passé de longues nuits en pleine nature, à la lueur d'un feu de camp. Il n'en reste pas moins que le film est presque parvenu à constamment déjouer mes attentes de vieil habitué de ce type d'histoires. Faut-il parler de French touch pour expliquer que Les frères Sisters sorte du lot ? C'est très tentant. Cela dit, force est donc de constater que le scénario trouve sa source dans une oeuvre littéraire nord-américaine - et écrite en langue anglaise, de surcroît. Au fond, il est peut-être inutile de se torturer les méninges pour analyser le succès de l'entreprise: chaque partie prenante a trop de talent pour qu'un raté soit juste envisageable. Maintenant, je me dis qu'il faut aussi savoir entrer dans cet univers pour en mesurer la valeur. Et que la fin devrait en étonner plus d'un...

Les frères Sisters
Film franco-américain de Jacques Audiard (2018)

Je l'ai suggéré et enfonce le clou: c'est sans doute son aspect atypique qui donne du charme à ce western. De nombreux autres représentants du genre chevauchent sur le blog, sans être tous aussi intéressants. Parmi les plus récents, je vous conseille notamment The homesman et La dernière piste, plus radicaux que le True grit des frères Coen. J'ai désormais envie de voir Hostiles, dont j'ai eu de très bons échos !

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Aimé ou pas, une chose est sûre...

Le film fait du bruit sur la blogosphère ! L'amie Tina en a parlé brièvement, tout comme des cinq autres qu'elle a vus en septembre. Pascale et Dasola l'ont devancée, tout comme Strum et Princécranoir. Vous pourrez vérifier que toutes et tous n'ont pas la même opinion...

dimanche 14 octobre 2018

La ville la nuit

Je vous ai parlé de ce temps pas si lointain où les lauréats des César défilaient pour remercier Claude Berri. J'ai appris - un peu plus tard - que Coluche en avait fait une blague ! Récompensé pour sa prestation dans Tchao pantin, l'humoriste est de fait excellent dans ce film noir. Sa chienne de vie, dit-on, se retrouve dans celle de son personnage...

Lambert est simple pompiste dans le 18ème arrondissement de Paris. Une nuit, sous une pluie battante, il voit débarquer Youssef, un jeune du quartier, dont la mobylette (volée, bien sûr) est tombée en panne. Bien que très différents l'un de l'autre, les deux hommes unissent leurs solitudes et deviennent amis. En fait, c'est presque un rapport de filiation qui viendra lier l'honnête travailleur au loulou insouciant. Tchao pantin respire la misère affective et, compte tenu de la photo grisâtre de Bruno Nuytten, on se dit vite que tout cela finira mal. Vérification faite, une rupture de récit survient à la moitié du film. Bien... ne comptez pas sur moi pour révéler quoi que ce soit de plus ! L'anecdote veut que Claude Berri, confiant dans le talent dramatique de son poulain, insista pour que le film sorte à la toute fin d'année pour attirer l'attention des jurys des César. Bien joué: outre Coluche meilleur acteur, Richard Anconina fut, lui, honoré de deux statuettes dorées, à savoir celles du meilleur second rôle et du meilleur espoir...

Les techniciens eurent droit à leur part du gâteau: à Bruno Nuytten déjà cité, l'académie voulut ajouter Gérard Lamps et Jean Labussière pour le son. Tchao pantin a donc marqué son temps, si j'ose dire. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Une oeuvre remarquable d'authenticité. Complété notamment par Agnès Soral et Philippe Léotard, le casting fait merveille et rend nos émotions encore plus fortes. Le scénario sublime les traits d'une France d'en bas que l'on voit peu au cinéma. On peut aussi apprécier ce long-métrage comme l'un des derniers d'Alexandre Trauner, juif hongrois émigré en France dont la carrière de décorateur cinéma avait débuté... au tout début des années 30 ! En un mot comme en cent, ce film est un morceau de patrimoine. Quelque 3,8 millions de Français étaient allés le découvrir en salles l'année de sa sortie - ce qui lui vaut la 9ème place du box-office 1983. Trente-cinq ans plus tard, Paris a changé, certes, mais la "formule" fonctionne toujours. Je vous souhaite donc de le vérifier à votre tour.

Tchao pantin
Film français de Claude Berri (1983)

Désolé: aucun film ne me vient en comparaison, même si j'ai pensé à... Blade runner du fait de cette vision très sombre des réalités citadines. Les deux longs-métrages n'ont en commun que l'intérêt réel que je leur porte et la décennie 1980. Tiré d'un roman, Tchao pantin me rappelle ceux du regretté Jean-Claude Izzo et notamment un polar très rude: Total Khéops (dont je n'ai pas vu l'adaptation). À suivre...

samedi 13 octobre 2018

Au père inconnu

J'ai hésité longtemps, mais j'ai fini par regarder Le fils de Jean. Faudrait-il que je le regrette ? Sans doute pas. Je dois dire cependant que, dans mes souvenirs, le long-métrage avait reçu un accueil bienveillant de la part de la critique, alors que je l'ai trouvé honnête et réussi dans son genre, mais pas folichon non plus. Je m'explique...

Mathieu apprend un jour que son père biologique vient de mourir. Dans le même temps, il découvre qu'il a deux demi-frères au Canada. Averti par un ami de son géniteur, le jeune homme aimerait pouvoir les rencontrer, lui qui mène pourtant déjà une vie familiale complexe depuis le décès de sa mère et la fin de son histoire avec sa femme. Bon... sur cette base, Le fils de Jean propose une intrigue ancrée dans le réel, à laquelle il est bien sûr possible de se montrer sensible. Nommé au César pour le rôle de Mathieu, Pierre Deladonchamps fait montre de justesse dans son jeu, adoptant une sobriété de bon aloi. Mais, si louable soit-elle, cette retenue finit par handicaper le récit...

C'est un peu cruel de l'exprimer ainsi, mais je dois bien reconnaître que je me suis vite désintéressé du sort de Mathieu. La sympathie dont il est abreuvé par la (quasi-)totalité des autres personnages m'est vite apparue forcée ou tout à fait artificielle, même si je sais pertinemment combien les Québécois peuvent se montrer généreux avec nous autres, les maudits Français ! Autre "souci": j'ai vu arriver la conclusion du scénario une bonne vingtaine de minutes en avance. Résultat: tout cela m'a paru cousu de fil blanc et un peu décevant. Heureusement, les acteurs font le job, avec une mention particulière pour Gabriel Arcand, que j'étais en fait très content de retrouver. Bref, Le fils de Jean ne m'a pas pleinement convaincu, mais demeure un film très recommandable, touchant par sa modestie... j'ai vu pire !

Le fils de Jean
Film français de Philippe Lioret (2016)

Mon bilan est mitigé: avec une bonne idée au départ, le long-métrage cède trop au pathos pour me convaincre tout à fait. Dommage. J'attendais (un peu) mieux du réalisateur de Welcome, film imparfait par bien des aspects, mais que j'avais trouvé plutôt digne et sincère. Si ce sont les liens familiaux qui vous intéressent, je crois préférable de choisir Secrets et mensonges ou Tel père, tel fils, pour tout dire. 

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Bien sûr, on peut être d'un autre avis que le mien...

Je vous laisserai donc découvrir ce qu'en ont pensé Pascale et Dasola.

jeudi 11 octobre 2018

De par leur nature

Je me méfie des bandes-annonces. J'aime pouvoir découvrir un film sans a priori et, autant que faire se peut, je cherche dès lors à éviter tout ce qui pourrait trahir le secret de ce que je vais découvrir. Paradoxe: c'est sa bande-annonce qui m'a conduit à Leave no trace. Visiblement, ce long-métrage est passé sous les radars médiatiques...

Je ne saurai trop vous encourager à lui donner sa chance ! Il repose sur un duo père-fille, joliment interprété par Ben Foster, apprécié dans d'autres films indé américains, et Thomasin Mckenzie, actrice néo-zélandaise (née en 2000). Tom et son papa vivent dans une forêt de l'Oregon, qui est aussi un parc national. Ils sont donc en infraction avec la loi. Malgré leurs efforts pour passer inaperçus, ils finissent par être arrêtés et du coup contraints de revenir à une vie "normale". Les services sociaux leur fournissent une maison, on leur demande d'aller travailler ou de s'inscrire à l'école... et on s'inquiète bien peu de ce qui les a conduits vers la marge. Le scénario de Leave no trace apporte une réponse à cette pseudo-énigme, sans s'arrêter longtemps sur ce détail. Parce qu'il a, tout simplement, autre chose à raconter...

J'aime décidément beaucoup ce cinéma-là, orienté vers l'Amérique ordinaire. Sans esbroufe ni tapage, je le trouve bien plus évocateur que beaucoup d'autres. L'air de rien, il en appelle à nos émotions primaires et fait montre d'empathie pour croquer des personnages souvent abîmés par la vie. Dans le cas particulier qui nous occupe aujourd'hui, la nature intervient par ailleurs comme un élément central du récit, apte à rassembler les hommes autour de valeurs simples et, peut-être, à les sauver. Mais attention: Leave no trace demeure centré sur l'humain, porté de fait par des comédiens inspirés et d'une justesse remarquable. Ils ont su me sortir de mon quotidien ! Les dialogues étant réduits au minimum, tout cela est d'une douceur étonnante et d'une belle sensibilité. À savourer en famille, si possible.

Leave no trace
Film américain de Debra Granik (2018)

Mon premier coup de coeur de l'automne ! Il me donne très envie d'enfin apprécier Winter's bone, le film précédent de la réalisatrice. Avant cela, vous dire que le long-métrage d'aujourd'hui m'en a rappelé d'autres, dont Into the wild serait l'archétype (en plus tragique). Envie de suspense, mais aussi de retour à la nature ? Je vous suggère d'autres latitudes et La forêt de Mogari, Tracks, Comme un avion...

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Ah ! Je ne suis pas seul...

Pascale, elle aussi, est parvenue à voir le film. Et elle en dit du bien !

mardi 9 octobre 2018

Un détour côté courts

Le court-métrage est-il le parent pauvre du cinéma ? J'ai pu constater qu'il était encore très souvent présenté comme l'outil des cinéastes débutants soucieux de faire leurs gammes (et de se faire connaître). Personnellement, je trouve cette vision un peu réductrice. Et je veux revenir aujourd'hui sur trois courts que j'ai pu découvrir récemment...

Arthur Rambo
Court-métrage français de Guillaume Levil (2018)

De ce petit film, j'aurais pu parler plus tôt, puisque je le l'ai découvert avant La belle, au départ de la nouvelle saison de mon association. Guillaume Levil est un réalisateur ami, que nous invitons parfois comme animateur-présentateur. Avec une équipe réduite, il a tourné ce court dans un lieu qu'il connaît bien pour y avoir vécu enfant: l'Île de la Réunion. L'histoire est un peu la sienne, semble-t-il, et parle d'enfants que la vie et les adultes séparent après une bêtise commise en classe. L'un d'eux récitant péniblement des poèmes au feu rouge pour gagner quelque menue monnaie, il y a aussi un regard social derrière la caméra. Rien de brutal au sens explosif du terme, cela dit. Le film avait été préacheté (et en partie remonté) par France 2. J'ignore s'il fera aussi l'objet de prochaines diffusions sur la chaîne... 

Rentrée des classes
Court-métrage français de Jacques Rozier (1956)

Changement de décennie, mais on retrouve à nouveau des enfants. Cette fois, c'est Correns, un petit village du Var, que la caméra explore pour nous. Les gamins qu'elle nous permet ainsi de rencontrer vont donc à l'école, sauf un, René Boglio. Il faut dire que le môme aurait du mal à se présenter devant son professeur, puisqu'il a... jeté son cartable dans la rivière voisine, en réponse au défi d'un copain. Vous l'aurez (peut-être) compris: le film nous convie à une escapade buissonnière, le temps de retourner en salle de classe. Le regard posé sur les marmots est d'une tendresse renversante et les images belles comme un après-midi sous le soleil de Provence. C'est encore mieux grâce à la BO, ouverte sur les rythmes entraînants de Darius Milhaud. Mozart est là, lui aussi: extraites de La flûte enchantée, les vocalises de la Reine de la Nuit ajoutent même à la magie du décor. J'ai aimé ces 24 minutes hors du temps, découvertes... dans une bibliothèque !

Zéro de conduite
Court-métrage français de Jean Vigo (1933)

Toujours à la bibliothèque, j'ai enfin croisé la route de ce cinéaste "maudit" des années 30. Pourquoi le qualifier ainsi sans avoir parlé encore de son travail ? Parce qu'après quelques années d'une carrière éphémère, l'homme est mort de septicémie, à 29 ans seulement. Aujourd'hui (et depuis 1951), un Prix de cinéma porte son nom, offert à l'auteur d'un film que le jury distingue - je cite - "par l'indépendance de son esprit et la qualité de sa réalisation". Le court-métrage évoqué ce jour aurait pu le gagner: il met en scène une autre rentrée des classes, dans un pensionnat parisien, cette fois. L'insouciance relative des enfants se heurte vite à la sévérité des adultes, en dépit de la mansuétude de l'un des surveillants, à l'attitude chaplinesque. D'inspiration anarchiste et jugé subversif, le film fut privé de visa d'exploitation jusqu'en 1945 ! Je me suis délecté de son air moqueur et de ses images, proches de celles du cinéma muet. À voir et revoir !

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Une bonne nouvelle, d'abord: n'importe lequel de ces trois films permet d'avancer mon Movie Challenge. Après un faux départ il y a quelques mois, je coche la case n°18: "Le film est un court-métrage".

Cette chronique est désormais, comme les autres, ouverte au débat. J'envisage d'évoquer d'autres courts d'ici la fin de l'année, en tournant mon regard aussi vers le monde de l'animation (et/ou d'autres pays). La richesse du sujet est infinie, je suppose, comme celle des longs. N'hésitez donc pas si vous avez des titres à me conseiller: je prends ! 

lundi 8 octobre 2018

Pour le meilleur...

Encore une fois, ma machine cinéphile va remonter le cours du temps pour s'arrêter sur un "vieux" film hollywoodien. Resté seul chez moi après une très GROSSE semaine de boulot, je suis tombé par hasard sur... Vacances. Ce qui m'a attiré: la bonne réputation du réalisateur et celle des deux acteurs principaux. Bingo: c'était une bonne pioche !

Le point de départ est simple: une jolie jeune femme, Julia Seton, rencontre un certain Johnny Case sur les pistes de ski de Lake Placid. Coup de foudre immédiat et réciproque ! De retour dans sa famille après ces quelques jours de repos, la demoiselle veut vite se marier ! Problème: pour cela, il lui faut l'aval de son père, ce qui est bien loin d'être gagné d'avance, le futur époux étant... beaucoup moins riche. Vacances, un drame social ? Que nenni ! Le long-métrage démarre comme une comédie pétillante, d'abord parce que Miss Seton témoigne d'une grande ingéniosité pour convaincre Papa, et ensuite parce qu'elle est secondée par Linda, sa soeur aînée, la "brebis galeuse" (je cite) du clan, peu à l'aise avec les vieilles conventions. Suffirait-il d'une noce pour que la modernité entre enfin dans l'univers cloisonné du patriarche ? Le film vous répond en une heure et demie. N'allez surtout pas compter sur moi pour le révéler en cinq minutes...

En introduction, je vous ai tout de même fait part des deux éléments qui m'ont attiré vers cette belle production vintage. Je dois ajouter que, sauf erreur, c'était la première fois que je regardais un film réalisé par George Cukor: une première réussie, portée par une mise en scène sans ostentation, mais fluide, ce qui s'avère très important de par la place prise par les dialogues. Quant aux comédiens choisis pour tenir les premiers rôles, je crois qu'il serait difficile de trouver mieux que le tandem Katharine Hepburn / Cary Grant. Je soulignerai également que les deux vedettes laissent toute leur place aux acteurs "secondaires", ce qui permet une partition d'ensemble assez virtuose. Pour tout dire, Vacances paraît même audacieux pour son époque. Son insouciance (relative) m'a touché, tant elle correspond à l'image que j'ai de ces productions hollywoodiennes d'avant-guerre, pleines d'énergie et d'humanité. Je vais vous le dire tout net: ça fait du bien !

Vacances
Film américain de George Cukor (1938)

Avis aux amateurs: la même année, Katharine Hepburn et Cary Grant étaient également le duo de L'impossible monsieur Bébé, présenté comme un véritable film-culte (mais auquel j'avais moins accroché). Dans l'opus d'aujourd'hui, ils sont excellents ! J'ai vite oublié leur âge un peu avancé pour le rôle, elle 31 ans, lui 34, et sans regret aucun. Au contraire, je dirais qu'il est temps de réhabiliter ce film méconnu !

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Un autre regard vous intéresse ?

Très bien: je vous invite à aller lire la chronique de "L'oeil sur l'écran".

samedi 6 octobre 2018

Vengeance et conséquences

Je n'étais encore jamais entré dans l'univers d'Emmanuel Mouret. J'avais pourtant entendu d'assez bonnes choses sur plusieurs des films de ce cinéaste de 48 ans, prompt, paraît-il, à se mettre en scène dans des comédies douces-amères. Son nouveau film, Mademoiselle de Joncquières, sort de ce cadre... et nous ramène au 18ème siècle.

Quelques décennies avant la Révolution, Madame de la Pommeraye profite seule de la vie de château, après le décès prématuré d'un mari qu'elle n'aimait guère. Elle apprécie la compagnie d'un ami, le marquis des Arcis, mais ne cède à aucune des avances de ce libertin notoire. Jusqu'au jour où, après des mois d'une cour assidue, ledit marquis obtient ce qu'il veut... et se lasse finalement de la nouvelle relation qui s'est installée (je vous passe les détails, hein ?). Son chagrin dépassé, Madame de la Pommeraye pourra-t-elle être la vengeresse implacable de toutes les femmes opprimées ? Il me semble en réalité que ce n'est pas tout à fait le sujet du film. D'accord, le scénario tourne d'abord autour du prix que le marquis des Arcis devra payer pour son énième infidélité et au terme d'un redoutable complot ! Pourtant, Mademoiselle de Joncquières - du nom de celle qui sera peut-être l'instrument de la justice féminine - pourrait surprendre celles et ceux qui avaient cru au récit d'un règlement de comptes. Cela se tient, bien sûr, mais le film, très subtil, a d'autres facettes...

D'un point de vue visuel, le contrat est respecté: dans des décors intérieurs et extérieurs très soignés, il semble que les personnages évoluent naturellement, un peu comme s'ils étaient dans leurs habits de tous les jours. Les costumes sont d'ailleurs d'une grande beauté ! Cela dit, c'est d'abord à l'oreille que Mademoiselle de Joncquières séduit, grâce à des dialogues ciselés dans une langue très soutenue. Rassurez-vous: cela reste très compréhensible. Sans avoir encore pris le temps de chercher la réponse, je me suis demandé si ce français parlé était celui de l'époque, celui d'Emmanuel Mouret, une version hybride ou une réinterprétation des mots de Diderot - le tout premier à avoir raconté cette histoire, dans Jacques le fataliste, dès 1765. Quoi qu'il en soit, je veux saluer ici la belle performance des actrices et acteurs, habiles avec ces jolis mots et ces structures complexes. Cécile de France m'a bluffé, une fois encore ! Plus jeune, Alice Isaaz reste un peu en retrait: son rôle l'exige, mais elle ne démérite pas. Quant à Édouard Baer, il est comme chez lui. Bref, je me suis régalé !

Mademoiselle de Joncquières
Film français d'Emmanuel Mouret (2018)

Un petit bonheur, raffiné et piquant ! Le brave Choderlos de Laclos inspire plusieurs critiques, qui comparent cet élégant long-métrage aux adaptations cinéma de ses oeuvres incendiaires: Les liaisons dangereuses (Stephen Frears /1988) et Valmont (Milos Forman /89). Moi, je me suis souvenu de Portrait de femme (Jane Campion /96) ou du nanar Sexe intentions (Roger Kumble /99). Très dispensable...

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Une petite anecdote...

Grâce à l'amie Dasola, j'ai également appris que le texte de Diderot avait fait l'objet d'une première adaptation au cinéma, un film sorti en 1945 et de Robert Bresson: Les dames du bois de Boulogne. Désavoué par son auteur, il est transposé à la période contemporaine.

Et des liens pour la route...

Vous retrouverez donc le film du jour chez Dasola... et chez Pascale. Pour d'autres avis masculins, la lecture Strum et Benjamin s'impose.

jeudi 4 octobre 2018

Un étonnant hommage à Jules Verne

Vous l'attendiez plus tôt ? La voici enfin ! La toute nouvelle chronique de Joss est une surprise: ma camarade a décidé d'évoquer avec vous son plaisir à la découverte d'un film étonnant. Je n'en dirai pas plus et lui cèderai donc la parole sans plus attendre... en vue plongeante !

Derniers essais dans l'océan Arctique pour le sous-marin atomique Seaview. À son bord, l'amiral Nelson, son concepteur, qui accueille une délégation du gouvernement américain. En plongée sous les glaces du pôle Nord, le Seaview est victime d'un éboulement et refait surface. L'équipage y découvre une vision apocalyptique, le ciel en feu et la glace en pleine désagrégation.

À la suite des dérèglements climatiques, la ceinture de Van Allen s'est embrasée, entraînant la montée de la température et bientôt la disparition de toute vie sur terre. Bravant les consignes de Washington, des positions très partagées à bord du sous-marin, ainsi que les pires périls abyssaux, l'amiral Nelson entreprend de partir détruire la ceinture de feu à partir du Seaview

Pour cette rentrée, un film de science-fiction du début des années soixante m'a paru idéal pour nous mettre le cœur en joie. Avec un titre pareil ? Mais bien sûr, car voici, servie sur un plateau, une bonne dose de douceur. Comment ne pas se laisser envelopper dans ce cocon de scénario, mise en scène et effets spéciaux tellement kitsch que ça en est émouvant ? Ne réalisant sur ce blog que des chroniques autour de films que j'ai sincèrement appréciés, mon enthousiasme pour celui-là pourrait en surprendre plus d'un (je me suis étonnée moi-même), si ce n’est qu'Irwin Allen s'est fait plus d’une fois hautement remarquer.

Journaliste à ses débuts à Hollywood à la fin des années trente, il délaisse ses chroniques dix ans plus tard pour se consacrer à la production, à la radio puis pour le cinéma, et obtient en 1952 l'Oscar du Meilleur documentaire pour Cette mer qui nous entoure. Après Le monde perdu (1960), il connaît un grand succès avec Le sous-marin de l'apocalypse, et pas moins avec la série de 110 épisodes qu'il tirera du film trois ans plus tard. Les films "catastrophe" lui tenant décidément à cœur, on se souviendra encore d’Irwin Allen grâce à L’aventure du Poséidon et sa suite, Le dernier secret du Poséidon.

Dans Le sous-marin de l'apocalypse, nous voilà plongés dans un étrange réminiscence du roman Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, desservie par l'intérieur d'un sous-marin tout à fait improbable. Il est surprenant qu'Irwin Allen se soit octroyé une telle liberté dans la configuration de ses plateaux, avec une largeur de vaisseau et des hauteurs de plafonds carrément risibles, un environnement très clair généralement dépourvu de conduits (avez-vous déjà visité un sous-marin ?). Quant aux quelques sorties de l'équipage sur le pont, elles sont tout bonnement incroyables: systématiquement éclairées avec des spots (et pas seulement le rouge de l’atmosphère en fusion) parme, doré, argenté, jaune, blanc, sur un sol de scène de théâtre parfaitement plat... on se croirait à un défilé de comédiens en fin de pièce !

Et la posture droite des acteurs n'arrange rien à l'affaire ! Jamais on ne les sentira physiquement: les femmes évoluent en talons, tailleurs moulants et jupes presque fourreau, les hommes portent des uniformes impeccablement repassés. Ne pas chercher le moindre pli ou la plus petite trace de transpiration ! Ajoutons aussi la scène de l'arrivée à Washington: les principaux membres d'équipage sont passés de l'intérieur du sous-marin aux escaliers de la Maison Blanche (ou autre bâtiment officiel) dans une ellipse carrément grossière, dans des tenues toujours aussi parfaites (la délégation semble monter les marches du Palais des festivals !). Là, j'ai franchement ri. Mais nous reviendrons plus en détail sur les effets spéciaux.

Côté scénario, on retrouve assez clairement les enjeux géopolitiques de l'époque, avec une Amérique du Nord qui se veut toute puissante (seule la force nucléaire militaire semble apte à régler un phénomène naturel colossal), mais ce qui m'a paru le plus intéressant, ce sont ces positions au final assez originales comme la décision du gouvernement qui n'est pas la bonne (même si, finalement, grâce à l'un de ses acteurs et experts scientifiques, c'est encore la voix des États-Unis qui porte positivement); l'absence d'effet de "guerre froide", remplacée par une lutte contre les éléments naturels; et enfin, cette inattendue mise en ridicule de la religion (un passager de dernière minute, seul rescapé et son chien sur une banquise qui se désagrège, s'oppose à la décision de l’amiral Nelson au nom de la volonté de Dieu !).

Revenons donc aux effets spéciaux. Évidemment, ils ont vieilli, mais à la base déjà, le sous-marin se dirige toujours de la droite vers la gauche, à la même "distance" de point de vue, en descente avec le même angle vertigineux, à la même vitesse et avec le même plan d'algues et de rochers. On se demande d'ailleurs à chaque fois s’il n'est pas en train de se projeter sur les fonds, mais non… c'est comme ça, dans les profondeurs abyssales, toujours éclairées de la même façon ! L'attaque du sous-marin vaut aussi son pesant d'attention: un vaisseau est envoyé par le gouvernement pour empêcher l'amiral de procéder au tir contre l'anneau de feu.

Mais ce qui m'a le plus interpelée, c'est finalement le décalage entre la durée de la poursuite entre sous-marins (toujours les mêmes images) et celle de l'attaque de la pieuvre. La vision des tentacules sur le cockpit n'est pas préjudiciable, mais la vitesse à laquelle le réalisateur expédie l'évènement est incroyable. Il y aurait pourtant eu à faire ! Le combat des hommes hors sous-marin est impayable. Cette fois d'une lenteur torride, il m'a rappelée les mauvais combats de cape et d'épée lorsque chaque acteur semble attendre que son voisin ait fini son action pour agir. Bref, après le vaisseau ennemi, cette pieuvre n'impressionne personne non plus. Le point commun entre les deux séquences réside surtout dans l'absence de rythme.

Alors, après toutes ces critiques, pourquoi avoir voulu dire du bien de ce film ? Tout simplement parce qu'en dépit de ses théories pseudo-scientifiques totalement farfelues, qui n’ont d'ailleurs rien à voir avec les préoccupations perfectionnistes de Jules Verne, et de ses effets spéciaux révolus, Le sous-marin de l'apocalypse fait du bien. Vous en apprécierez sûrement l'humour vous aussi, à travers la fantaisie des couleurs des combinaisons de plongée ou la promenade en piscine intérieure du requin (conduit par l'aileron comme en laisse). Et puis, ce récit d'aventure nourrit une vision théâtrale assez originale pour peu que l'on accepte de se laisser porter par le jeu généreux des acteurs. On y retrouve d'anciennes vedettes comme Joan Fontaine (Rebecca), Peter Lorre (Casablanca), Walter Pidgeon (Madame Miniver, Planète interdite) qui en font résolument du bon vintage.

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Le sous-marin de l'apocalypse
Film américain d'Irwin Allen (1961)
 
Scénario : Irwin Allen et Charles Bennett
Photographie : Winton C. Hoch
Son : Alfred Bruzlin et Warren B. Delaplain
Montage : George Boemler et Roland Gross
Musique : Paul Sawtell et Bert Shefter
Production : Irwin Allen
Société de production : Windsor Production Inc.
Société de distribution : Twentieth Century Fox Film Corporation

Avec, dans les rôles principaux...
Walter Pidgeon - Amiral Harriman Nelson
Joan Fontaine - Dr Susan Hiller
Barbara Eden - Lieutenant Cathy Connors
Peter Lorre - Commander Lucius Emery
Robert Sterling - Capitaine Lee Crane
Michael Ansara - Miguel Alvarez
Frankie Avalon - Danny Romano
Regis Toomey - Dr Jamieson

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Chères lectrices, chers lecteurs, Joss pourrait vous revenir très vite ! Elle m'a assuré vouloir écrire une série de chroniques sur des biopics. Plus que jamais, je compte sur vous pour lui réserver un bon accueil !

mercredi 3 octobre 2018

Le fleuve et les hommes

Réfléchissons-y une minute: quelques clics nous suffisent aujourd'hui pour découvrir des images du monde entier. Nous autres Européens n'avions pourtant qu'une connaissance limitée de certains continents voilà à peine un siècle et demi. Aux sources du Nil a su me rappeler cette évidence historique et, pour être sincère, ce n'était pas inutile !

Le film est en quelque sorte un double biopic. Deux personnages réels lui fournissent son sujet: Richard Burton et John Hanning Speke. Ensemble, ces deux explorateurs britanniques ont sillonné le continent africain, le premier conviant le second à chercher avec lui l'endroit précis où le plus long des fleuves entame son périple de 6.700 km jusqu'à la Méditerranée. Un peu romancé sans doute, le scénario montre deux hommes respectueux l'un de l'autre, mais au caractère contrasté, l'un réfléchi et humaniste, l'autre un peu plus impulsif. Rassurez-vous: Aux sources du Nil est assez nuancé dans le propos. Pas de manichéisme à déplorer: sans négliger le souffle épique inhérent à ce type de productions, le long-métrage m'a fait réfléchir aux causes qui font naître l'envie d'explorer des terres inconnues. Souhait de mieux connaître le monde ? Orgueil de l'homme (blanc) persuadé de sa supériorité intellectuelle ? Peut-être un peu les deux...

Bien évidemment, le film nous interroge aussi sur les conséquences ! Son mérite est de le faire sans nous accabler, tout en se gardant d'abuser des images "Jacques Vabre", aussi somptueuses qu'irréelles. Aux sources du Nil est un beau film, qui n'a pas eu besoin de pousser tous ses curseurs esthétiques au maximum de leur force évocatrice. Personnellement, c'est tout ce que je peux attendre d'une oeuvre cinématographique en costumes: un récit édifiant porté par une mise en scène soignée, mais qui évite le piège de l'outrance visuelle. Mention très honorable aussi pour les acteurs: la grande majorité m'était inconnue jusqu'alors, mais je n'ai pas décelé de faute de goût ou de cabotinage dans leur jeu. Mes compliments, donc, à Iain Glen et Patrick Bergin dans les rôles principaux, ainsi qu'à l'actrice choisie pour incarner le premier personnage féminin: Fiona Shaw. Je dois admettre que le film n'accorde que peu de place à d'autres femmes...

Aux sources du Nil
Film américano-britannique de Bob Rafelson (1990)

Nonobstant le petit bémol de ma fin de chronique, j'ai vraiment pris du plaisir à découvrir ce beau film. Les quelques petites longueurs ressenties une demie-heure avant la fin (des deux heures quinze) n'ont rien gâché d'important. À croire que les récits d'explorateurs m'intéressent: si vous ne l'avez pas déjà fait, je vous recommande vivement de voir The lost city of Z, mon gros coup de coeur... 2017 !

lundi 1 octobre 2018

Petite blonde

Notre présidente a tenu parole: à l'occasion de la très récente reprise des soirées cinéma de notre association, la chance nous a été donnée de découvrir La belle, OVNI venu... de Lituanie ! Inédit sur les écrans français jusqu'à l'été dernier, ce film bref - une heure et six minutes - nous ramène à la fin des années 60. Et je l'ai trouvé plutôt étonnant !

La belle n'est pas véritablement le nom donné à son personnage principal. C'est plutôt celui d'un jeu auquel joue Inga, cette petite fille blonde, avec ses copains/copines. Dans une sorte de ronde, la gamine danse devant les autres et reçoit alors de nombreux compliments. Cela lui met probablement un peu de baume au coeur: le film montre que la fillette vit seule avec sa maman, dans un milieu social visiblement modeste. Tout se détraque un peu plus quand un garçon de son âge, nouveau venu dans le quartier, lui assène sans sourciller qu'elle n'est pas si jolie que cela ! De ce simple fait, le long-métrage prend l'allure d'un conte cruel. Mais il semble aussi être autre chose...

Quoi exactement ? J'ai du mal à le formaliser. Il nous a été présenté comme un film atypique, au motif qu'il serait parvenu sans difficulté particulière à échapper aux ciseaux des censeurs de l'ère soviétique. Bon... je me semble bien incapable de relayer ici les explications historiques données par l'ami Bruno, animateur de notre soirée associative, mais je crois avoir compris que la situation du cinéma lituanien était alors un peu plus souple que celle du cinéma russe vingt ans plus tôt. Peu m'importe: en fait, j'ai surtout aimé La belle pour sa capacité à placer son intrigue à hauteur d'enfant. Si message politique il y a dans ce petit film, il est probablement subliminal. Entendons-nous: ce n'est pas un reproche que je ferais au réalisateur. Tenez ! Derrière une certaine noirceur, j'ai aussi vu un peu d'espoir...

La belle
Film lituanien d'Arunas Zebriunas (1969)

Pas séduit à 100% par le film, je reste vraiment content de l'avoir vu. Maintenant, le comparer à un autre... j'avoue: ce n'est pas simple. Conséquence: j'écoute vos suggestions pour d'autres longs-métrages orientés (presque) exclusivement sur des enfants. Et  je vais tâcher de me refaire Les 400 coups dans pas trop longtemps, histoire de. Zebriunas himself aurait d'ailleurs vu et apprécié le film de Truffaut !