samedi 6 juin 2026

Il s'appelait Jesse

Et voilà ! Encore un film qui pourrait joliment introduire une chronique toute consacrée à l'usage de la couleur dans le cinéma hollywoodien ! J'insiste: Le brigand bien-aimé porte bien ses presque neuf décennies. Ce western est souvent présenté comme précurseur et je l'ai découvert par un hasard heureux - un soir de mai, sur Arte et avec ma chère mère.

Contrairement à elle (et au public des années 30), le nom Jesse James pourrait vous être familier. J'imagine qu'il l'était pour les Américains d'alors, puisqu'il est repris comme titre original de ce long-métrage. Sans doute l'était-il encore davantage pour les hommes et les femmes de la fin du 19ème siècle, sitôt la Guerre de sécession enfin terminée...

Ajustant les faits historiques à sa vision, le scénariste Nunnaly Johnson réinvente Jesse James et présente d'abord ce bandit de grand chemin comme une victime: celle des exploitants ferroviaires - sans scrupule - qui ont tué sa mère, la vieille dame ayant refusé de céder son terrain. Avec son frère Frank, le jeune homme entame alors une vie de cavale. Étonnamment, il acquiert la réputation d'une sorte de Robin des Bois des terres rurales du Sud et peut épouser la belle Zerelda - alias Zee. Même s'il apparaît alors comme le chef d'une bande de pilleurs de trains et de banques, Jesse est presque toujours charismatique et avenant. Tyrone Power livre ici une composition qui justifie pleinement le titre français du film: oui, Le brigand bien-aimé est un homme attachant. Comment évoluera-t-il ? Je vous laisserai le découvrir par vous-mêmes. Chevaucher avec Nancy Kelly (Zee) et Henry Fonda (Frank) est un régal. Car pour le coup, même les rôles secondaires ont une vraie importance !

Le brigand bien-aimé
(Jesse James)
Film américain de Henry King / 1939
La figure de Jesse James a inspiré bien des cinéastes, dès les heures lointaines du cinéma muet. Je ne peux que vous recommander un opus sorti en 2007: L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Vous constaterez que, parfois, mythe et réalité peuvent se confondre. Après tout, c'est peut-être bien là que réside l'intérêt du western. Possible que j'en voie (au moins) un autre prochainement, venu d'Italie !

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Une info pour aller plus loin...

Mon film du jour a eu une suite: Le retour de Frank James, traduction fidèle du titre original, un film sorti dès 1940 et réalisé par Fritz Lang. Peut-être que je vous parlerai aussi d'un remake (Nicholas Ray / 1957)...

jeudi 4 juin 2026

Un beau mirage

J'ai vérifié: Olivier Nakache et Éric Toledano ont fêté leurs 12 et 14 ans dans le courant de l'année 1985. C'est dans ce passé pas trop éloigné qu'ils situent l'action de Juste une illusion, leur dernier opus à ce jour. De quoi alimenter un peu de nostalgie, mais aussi susciter des sourires. Et attirer près de 1,6 million de spectateurs en quatre semaines. Bingo !

Sans être exceptionnel, ce joli petit film est assez agréable à regarder. L'intrigue tourne autour de Vincent, un préado amoureux d'une copine de classe. De classe scolaire, mais pas de classe sociale: le garçon habite dans un HLM, mais la demoiselle une maison d'apparence cossue. Si vous avez connu cette époque, vous la reconnaîtrez - sans nul doute. Il y a probablement plusieurs séquences directement inspirées de la vie réelle des deux réalisateurs, qui dédient d'ailleurs chacun leur création à leur père, l'un et l'autre décédés au cours du tournage. Je veux dire qu'heureusement, leur éventuelle mélancolie ne plombe pas le film. Parfois aigre-doux, Juste une illusion est avant tout une comédie familiale, destinée au plus large public (qui n'en fait pas un triomphe). Comme son titre invite d'emblée à l'imaginer, l'un des meilleurs atouts de cette prod' 100% française est sa bande originale, toute en "tubes" des eighties. C'est parfait: Camille Cottin, Louis Garrel et Pierre Lottin s'amusent - nous aussi. Idem pour l'enfant, Simon Boublil, le jeune fils de Philippe Torreton. Une troupe et assurément une joyeuse compagnie.

Juste une illusion
Film français d'Olivier Nakache et Éric Toledano / 2026

En ces temps difficiles, la douceur de cet opus fait du bien au moral. Quelque chose rappelle l'atmosphère de La boum ou Le péril jeune. L'idéal est de ne pas en attendre trop: cela reste un tout petit film d'auteur, fragile mais je crois sincère. Je doute qu'il tutoie les sommets du box-office national, comme Intouchables ou Le sens de la fête. Qu'importe car mon Nakache/Toledano préféré restera... Hors normes !

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Y a-t-il d'autres nostalgiques dans la salle ?

Je vous laisse prendre connaissance des avis de Pascale et Princécranoir.

mardi 2 juin 2026

La blessure du père

Que cache Tom, exactement ? Quelle raison intime peut bien le pousser à partir une année entière, avec son fils Roy, sur une petite île inhabitée de Norvège ? On peut se poser ces questions devant Sukkwan Island. Rien d'obligatoire. On peut aussi voir le film comme une robinsonnade du côté des fjords et y puiser le plaisir d'une escapade en pleine nature.

Autant vous le dire: si tout cela m'a attiré et si, loin de mes habitudes citadines, j'ai fait ce choix, c'était avant tout pour suivre Swann Arlaud. Il n'est pas le plus médiatique, j'ose l'affirmer, mais je le considère comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération - il est né en 1981. Une fois de plus, je l'ai trouvé à son aise dans les habits d'un homme tourmenté, et ce alors qu'il s'exprime presque intégralement en anglais. Avec Woody Norman, 17 ans, que je découvrais, il forme un duo crédible et attachant. C'est vrai que cette incarnation s'appuie sur le long travail d'adaptation effectué par le metteur en scène, à partir d'un roman original de l'Américain David Vann (édité en 2010 chez Gallmeister). L'auteur lui-même s'est d'ailleurs dit très satisfait du résultat à l'écran. Vous comprendrez en le voyant et/ou en le lisant que Sukkwan Island n'est pas pour lui un récit comme les autres. J'en viens même à espérer que le cinéma encouragera un plus large public à s'y intéresser. À suivre.

Rassurez-vous: je ne vous ai donné qu'un tout petit indice avec le titre choisi pour cette chronique. Parcourir quelques critiques a posteriori m'a par ailleurs appris que l'intrigue dont je vous dis un mot aujourd'hui n'était pas tout à fait présentée de la même façon dans le bouquin. J'ajoute cette autre certitude: les images qui lui donnent vie désormais sont très belles et peuvent éveiller l'envie de partir loin, à l'aventure. Les acteurs ont parfois dû affronter des températures de -25/-30°C. Sans mentir, Sukkwan Island a aussi été un voyage pour le spectateur ordinaire que je suis, habitué au confort silencieux des salles obscures. Assurément, ses presque deux heures sont passées à toute vitesse. Après la séance, j'ai apprécié qu'il fasse nuit et que les rues de ma ville soient donc relativement calmes, en écho au sublime environnement que je venais de quitter - je compte le retrouver bientôt, avec l'écrit. Avis de passionné: le film, lui, aurait mérité un accueil plus chaleureux !

Sukkwan Island
Film français de Vladimir de Fontenay / 2026

C'est en fait une coproduction internationale, tournée à 99% en langue anglaise, avec également des appuis britanniques, belges et norvégiens. Elle évoque Le retour et Into the wild, mais le propos est différent. Idem pour La vie pure ou La belle vie, qui retracent des aventures vécues en solitaire (avec toute la dose de risque que cela peut induire). Je peux conseiller Tracks pour un retour à la nature un peu plus apaisé !

lundi 1 juin 2026

Marilyn

Je vous dois la vérité: j'avais tout d'abord imaginé vous parler d'un film pour démarrer cette nouvelle semaine, mais j'ai soudainement réalisé que Marilyn Monroe aurait eu cent ans aujourd'hui ! Son destin tragique alimente sa légende, mais on en oublie presque ses qualités d'actrice. L'étoile s'est trop vite éteinte ! Serait-ce parce qu'elle brillait trop fort ?

Prétendre que je place Marilyn tout en haut du classement des stars hollywoodiennes serait mentir. J'ai cependant une certaine sympathie pour elle, ainsi que du respect. J'ai vu et apprécié plusieurs de ses films que je vous propose de retrouver ci-dessous, dans l'ordre chronologique:
► Quand la ville dort / John Huston / 1950,
► Ève / Joseph L. Mankiewicz / 1950,
► Niagara / Henry Hathaway / 1953,
► Comment épouser un millionnaire / Jean Negulesco / 1953,
► Rivière sans retour / Otto Preminger / 1954,
► Sept ans de réflexion / Billy Wilder / 1955,
► Arrêt d'autobus / Joshua Logan / 1956,
► Certains l'aiment chaud / Billy Wilder / 1959,
► Les désaxés / John Huston / 1961.

Les cinéastes qui lui ont fait confiance comptent parmi les plus grands. J'aime autant vous épargner la liste exhaustive de ses partenaires masculins et, à plus forte raison, celle de ses amours tourmentées. Avant le mythe Monroe, il y a bien sûr Norma Jean Baker, une femme fragile que les hommes de son temps ont parfois traitée indignement. Cette partie de son histoire, il serait à mes yeux indécent de l'occulter !

On peut bien sûr s'interroger sur la part d'héritage léguée aux têtes d'affiche féminines d'aujourd'hui, que ce soit aux États-Unis ou ailleurs. Je vous invite à me donner votre avis dans la section "commentaires". Une certitude: à Los Angeles, sa trace demeure sur le Walk of Fame parmi celles de plus de 2.800 autres personnalités (cf. le site officiel). Je suis convaincu que beaucoup d'eau coulera encore sous les ponts avant qu'elle ne s'efface - et pas du tout certain que ce soit possible. Cela valait bien une chronique, sans doute ! Et cent bougies à souffler...

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Il faut croire que j'ai hiberné...

J'aurais pu parler de cet "anniversaire" bien plus tôt. La Cinémathèque française consacre en effet une exposition à Marilyn depuis le 8 avril. Elle s'accompagne d'une rétrospective de ses films et de conférences. Vous êtes (ou irez) à Paris ? L'événement se prolonge jusqu'au 26 juillet.