mercredi 30 septembre 2026

Fragiles

Elles sont mexicaines et m'ont offert l'une de mes plus belles émotions récentes au cinéma. Leurs noms ? Darana Álvarez et Rocio Guzmàn. Réunies dans Chicas tristes, elles incarnent La Maestra et Paula, amies et partenaires dans un club de natation dont les meilleurs éléments disputeront bientôt une grande compétition, au Brésil. Oui, mais voilà...

Cette mécanique se grippe lorsqu'un imprévu vient percuter la relation sororale - quasi-fusionnelle - qu'entretiennent les deux adolescentes. Comme deux filles de leur époque, les copines vérifient sur ChatGPT que ce que l'une d'elles révèle avoir subi est d'une gravité certaine. Évidemment, je ne vous dirai pas ce dont il s'agit - vous pourrez deviner. Je note au passage que Chicas tristes a été réalisé par une femme. S'agissant de son premier long, il lance sa carrière sur de bonnes bases. D'après moi, ce n'est pas un détail anodin: le regard porté sur la vie ordinaire de deux gamines échappe au male gaze si souvent dominant dans le cinéma d'hier et même d'aujourd'hui. Une "fraîcheur" bienvenue et liée, comme je l'ai dit, au talent de deux jeunes actrices admirables. La production, quant à elle, a obtenu le soutien d'un collectif artistique.

Tout cela est encore sublimé par des images superbes, quelques idées de mise en scène des plus astucieuses et un excellent accompagnement sonore, fait à la fois de moments de silences et d'envolées lyriques. Émotions garanties, d'autant que le sujet est traité avec une sobriété remarquable. Nous parle-t-on du Mexique de 2026 ? Ce n'est pas exclu. Jugée omniprésente dans ce pays, la violence  s'exprime ici de manière plus diffuse. Avec un point commun avec mon film d'avant-hier: le poids insupportable des non-dits. Les rares informations qui filtrent parfois s'expriment presque toujours mezza voce. Cela fait de Chicas tristes autre chose qu'un film-brûlot: un opus concentré sur ses deux héroïnes. Sa conclusion nous invite à regarder vers le haut, non sans une touche de poésie. C'est ainsi que l'on peut croire à une réconciliation possible...

Chicas tristes
Film hispano-mexicain de Fernanda Tovar / 2026

Une bien jolie fin de troisième trimestre ! Porteuses d'une thématique ultra-sensible, la relation et l'interaction des deux filles a su me toucher et m'a à vrai dire rappelé celle de Virgin suicides (en moins tragique). Remontant le film de mes archives, je ne trouve que Ginger & Rosa comme autre film entier consacré à deux personnages d'adolescentes. Vos conseils sont donc les bienvenus. En Amérique du Sud et/ou ailleurs.

lundi 28 septembre 2026

Un si long silence

C'est une victoire incontestable: c'est avec plus de 58% des suffrages que José Antonio Kast a remporté le second tour de la présidentielle chilienne en décembre dernier. Trente-cinq ans après la fin du régime dictatorial d'Augusto Pinochet, l'extrême-droite a donc repris le pouvoir. Il n'est pas inutile de se souvenir de ce contexte pour apprécier Dégel...

Sa réalisatrice le dit: "La situation au Chili constitue un énorme recul en terme de mémoire". Manuela Martelli était encore une petite fille quand, après un référendum, ses compatriotes ont contraint le despote au départ. Elle ne peut toutefois pas ignorer qu'une partie de ses crimes restera impunie. Dégel les évoque de manière détournée en remontant jusqu'à 1992 pour nous présenter Inès, une gamine brune d'une dizaine d'années - elle pourrait très bien être son alter ego. Ses père et mère étant partis à l'étranger pour bosser, l'enfant passe de longues journées hivernales dans et autour d'un hôtel appartenant à ses grands-parents. Elle a sympathisé avec une adolescente, Hannah, la seule représentante féminine d'un groupe de skieurs allemands venus dans les montagnes andines pour s'entraîner. Au bout de quelques jours, la jeune sportive disparaît, une nuit où elle avait accepté qu'Inès dorme dans sa chambre. Cette dernière a vu des choses, mais on lui fait bien vite comprendre qu'elle aurait tout intérêt à ne rien dire à la police. La loi qui s'impose encore chez elle est celle du silence. A fortiori vis-à-vis des étrangers...

Sur la base de ce que je viens d'expliquer, vous pourriez vous imaginer que le film tout entier repose principalement sur une intrigue policière. Ce n'est pas tout à fait le cas. J'ai trouvé pertinente une critique lue après ma séance, qui soulignait que la caméra ne quittait jamais Inès d'une semelle et que son véritable acharnement à retrouver Hannah dessinait en creux le portrait d'une fillette solitaire, face à des adultes peu soucieux de son bien-être (à 2-3 exceptions près). Maya O'Rourke endosse ce rôle difficile à la perfection: elle est constamment crédible. Le reste de la distribution est tout aussi convaincant, avec une mention spéciale pour Paulina Urrutia, une grand-mère d'un genre redoutable. Au-delà même du fond et du casting, Dégel m'a convaincu sur le plan formel: avec une bande musicale un tantinet crispante, il a des faux airs de film de fantômes. J'ai aimé les quelques frissons qu'il m'a procurés. Plus sobre que d'autres, il propose une conclusion relativement ouverte et n'en est dès lors que plus appréciable - avis aux amateurs du genre. Connaître le passé du Chili n'est pas indispensable pour le comprendre...

Dégel
(El deshielo)
Film hispano-mexicano-chilien de Manuela Martelli / 2026
Un thriller un peu flippant dans un hôtel cerné de neige... le parallèle avec Shining est tentant, mais l'horreur plus forte du côté de Kubrick. J'ai aussi repensé à Slalom et bien apprécié cet opus, arrivé en France en étant d'abord retenu dans la sélection Un certain regard du Festival de Cannes (mais reparti bredouille). Le sujet des disparitions politiques sous Pinochet vous intéresse ? Nostalgie de la lumière mérite un détour.

samedi 26 septembre 2026

Une vision africaine

Il est né en 2001 et dédie son quatrième long-métrage à son petit frère disparu. Enfant d'un père suisse et d'une mère kényane, Damien Hauser m'était inconnu jusqu'à ce que je découvre Memory of Princess Mumbi. J'ai appris l'existence de ce film un matin d'août et décidé d'aller le voir dans la journée. Un intérêt soudain, lié d'abord à son origine africaine...

Mes amis des Fiches du Cinéma comparent cette originale production aux oeuvres de Terry Gilliam ou Guy Maddin (cf. index des réalisateurs). Nous sommes projetés dans le Kenya du futur, année 2093 ou 2094. Jeune cinéaste, Kuve prépare un documentaire sur les conséquences d'un long conflit désormais terminé. Un gouvernement réactionnaire aurait conduit les hommes à rejeter toutes les technologies innovantes dont ils se servaient auparavant. L'artiste, cela dit, utilise encore l'I.A. pour ses créations. Au cours d'un casting, il rencontre une jeune femme dont il tombe amoureux. Elle devient sa muse. Ses méthodes de travail évoluent, mais ses sentiments sont menacés: la belle a connu un prince quand elle était encore un bébé et une prophétie dit qu'il réapparaîtra pour la demander en mariage, le jour où elle aura atteint ses 21 ans. Vous l'aurez compris: comme celui d'avant-hier, mon film de ce midi mélange les genres. Je l'ai trouvé à la fois étonnant et plein de poésie...

Parce qu'il est également question de tournages, il est bien sûr possible d'y voir aussi une mise en abyme de la création cinématographique. Pour prendre du plaisir, je pense que le mieux - disons le plus simple - consiste à se "laisser faire" et à embarquer dans les images sans se poser de questions immédiates sur ce qu'elles peuvent bien vouloir raconter. Memory of Princess Mumbi ne dure qu'une heure vingt, mais c'est assez pour nous offrir un voyage inédit, dans un monde étrangement familier bien que tout à fait inconnu. Et ce pour le prix d'une place de cinéma. Les acteurs improvisent beaucoup, l'auteur s'étant pour sa part "attaché à capturer, dit-il, (de) petits instants d'humanité empreints de beauté". J'imagine que sa présence directe sur le plateau comme personnage secondaire l'y aura aidé... et en tout cas, le résultat s'avère probant. Nous avons de la chance que, passé par de nombreux festivals, cet opus soit ensuite arrivé jusqu'à nous. Et dans combien de salles ? Je l'ignore. S'il est disponible dans l'une des vôtres, je vous incite à vite en profiter !

Memory of Princess Mumbi
Film suisso-kényan de Damien Hauser
/ 2025
Terry Gilliam, c'est Brazil, The fisher king ou encore Zero theorem. Guy Maddin ? La chambre interdite. S'il est vrai que le jeune réalisateur présenté aujourd'hui marche dans leurs pas, c'est plutôt prometteur. Pourrons-nous dès lors voir ses trois premiers longs-métrages ? Pas sûr. J'essayerai quant à moi d'au moins ne pas trop vite oublier son nom. Pour d'autres "évasions africaines", voyez Yeleen, Inland ou Soumsoum !

jeudi 24 septembre 2026

Fous alliés

Vous le savez aussi bien que moi, je pense: le cinéma a vraiment le chic pour nous présenter des criminels sous un jour favorable. Mon "héros" d'aujourd'hui s'appelle Anker, il est danois et il est resté QUINZE ANS derrière les barreaux. Il retrouve alors son frère Manfred, un brave type censé le conduire là où il a planqué le butin d'un casse XXL. Oui, mais...

Le hic, c'est que Manfred souffre d'un trouble dissociatif de l'identité. Concrètement, il a oublié qui il était et se prend pour John Lennon ! Autant vous le dire: le pitch de The last Viking m'avait laissé imaginé que j'aurai affaire à une comédie loufoque, voire tout à fait absurde. Vérification faite, c'est bien le cas, mais il y a également autre chose derrière la bouffonnerie apparente de ce drôle de film venu du Nord. Avant même de réfléchir aux conséquences, il est tout à fait probable que vous vous interrogiez sur les causes du mal qui affecte Manfred. Croyez-moi: sur ce point, il n'y a franchement aucune raison de rigoler. Anker, lui, sait un peu à quoi s'en tenir, mais le comprend assez tard. Comme nous, finalement, car au-delà de la pochade et de l'intrigue policière, c'est très probablement le véritable sujet du long-métrage. Les amateurs de mélange des genres apprécieront, sans aucun doute. N'attendez SURTOUT PAS du scénario quoi que ce soit de vraisemblable !

Un indice pour la suite ? Il n'y a pas qu'un seul fou dans cette histoire. Cela dit, le film repose principalement sur les épaules d'un comédien relativement inattendu dans ce registre: le talentueux Mads Mikkelsen. Attendu prochainement chez Martin Scorsese, l'ancien danseur émérite s'est offert un retour au pays revigorant. Et il y a mis tout son coeur ! Donc, si The last Viking, d'abord conçu pour faire rire, fait aussi frémir et pleurer, c'est principalement à lui qu'on doit ces émotions combinées. Cela dit, attention: moins connus, les autres acteurs ne déméritent pas. Bilan positif: j'ai passé un assez agréable moment en leur compagnie. Sur le plan formel, j'ai apprécié le décor naturel du film et sa musique originale (surtout celle du générique de fin). Autres caractéristiques étonnantes: une introduction et un épilogue réalisés en animation. Certains voient dès lors cet opus comme un conte - ce n'est pas idiot. J'insiste: il est clair que tout cela reste le plus souvent éloigné du réel...

The last Viking
(Den sidste Viking)
Film suédo-danois d'Anders Thomas Jensen / 2025
Oh ! Je n'avais plus revu Mads Mikkelsen depuis le dernier Indiana Jones et il est avéré qu'il fait aussi de bons films dans son pays: on m'a dit d'assez bonnes choses sur Men and chicken et Drunk, par exemple. Cette fois, il se montre à son avantage dans un film qu'un critique place entre Quentin Tarantino et les frères Coen (ce qui peut être discuté). Moi, je le préfère dans Michael Kohlhaas ! Ce n'est guère comparable...

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Si d'autres avis sont susceptibles de vous intéresser...

Je vous suggère sans plus attendre de (re)lire ceux de Pascale et Dasola.

mercredi 23 septembre 2026

Deux fois palmés

Découvrir la Palme d'or 2026 m'a permis de "cocher une nouvelle case" de mon index récapitulatif. Je suis encore loin de les avoir toutes vues ! Cela dit, je note (avec amusement) que j'ai enfin vu l'un des deux films pour lesquels Cristian Mungiu a reçu la fameuse récompense cannoise. C'est une occasion d'évoquer l'ensemble des cinéastes palmés DEUX fois.

Cristian Mungiu n'est pas seul...

Il faudra que je voie l'autre Palme du cinéaste roumain, primé en 2007 pour Quatre mois, trois semaines, deux jours. Quatre de ses confrères ont touché le Graal deux fois, sans que je voie chacun des deux films. Des frères Dardenne, j'ai vu Rosetta (1999), mais pas L'enfant (2005). Emir Kusturica m'est familier pour Underground (1995), mais je traîne pour découvrir Papa est en voyage d'affaires (85). Et même constat avec Ken Loach: Le vent se lève (2006) devance Moi, Daniel Blake (16).

Deux réalisateurs me sont toujours étrangers...
Le hasard fait qu'il s'agit de deux Scandinaves. Le plus âgé d'entre eux est Danois et s'appelle Bille August: il avait obtenu la Palme en 1988 pour Pelle le conquérant et en 1992 pour Les meilleures intentions. Autre doublé, le plus récent après celui de Mungiu: les Palmes reçues par le Suédois Ruben Östlund - The square (2017), puis Sans filtre (22). Je les verrai sans doute un jour, mais j'avoue qu'elles m'attirent peu. J'imagine pourtant qu'elles seront un peu plus accessibles que d'autres...

Avec d'autres cinéastes, je suis "à jour de Palmes"...
Ils sont trois ! Le premier à avoir fait coup double à Cannes n'est autre que l'Américain Francis Ford Coppola, avec Conversation secrète (1974) et Apocalypse now (79). Lauréat multiple, le Japonais Shohei Imamura aura quant à lui vu passer quatorze ans entre ses deux consécrations suprêmes: La ballade de Narayama (1983) et L'anguille (97 ex-aequo). L'austère Autrichien Michael Haneke a plutôt connu, lui, deux joies rapprochées, avec Le ruban blanc (2009) et Amour (2012). Ô surprises !

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D'autres remarques à faire ?

Peut-être que, ces dernières années, plusieurs cinéastes ont été retenus en sélection officielle et auraient pu obtenir une TROISIÈME Palme d'or. Un rêve inaccessible aux femmes pour l'instant: je vous rappelle ainsi qu'elles ne sont encore que trois à en avoir décroché une. No comment !

Par ordre chronologique ET alphabétique, vous pourrez retrouver: 
► Jane Campion (ex-aequo !) pour La leçon de piano en 1993,
► Julia Ducournau pour Titane en 2021,
► Justine Triet pour Anatomie d'une chute en 2023.

lundi 21 septembre 2026

Vivre ensemble (ou pas)

Je ne me serais pas du tout attendu aux notes de Fjord sur Allociné. Quand, un matin, j'ai préparé cette chronique, le film trônait à 3,9 / 5 pour la presse (41 critiques) et à 4,1 / 5 côté spectateurs (562 notes) ! La Palme d'or 2026 semble beaucoup moins controversée que d'autres. Tant mieux ! Si débat il y a, il pourrait donc être constructif. Et serein...

C'est en tout cas ce que je souhaite à Cristian Mungiu, un réalisateur dont j'abordais le travail pour la première fois. Il a dit s'être ici inspiré d'un fait divers très médiatisé et survenu en Norvège il y a une dizaine d'années. J'avoue que je ne me souviens pas en avoir entendu parler. Quand le récit commence, une famille arrive tout juste de Roumanie pour s'installer dans une petite ville, où elle est accueillie avec chaleur. Lisbet est norvégienne, son mari Mihai roumain et ils ont cinq enfants. C'est après la mort des deux grands-parents paternels qu'ils ont décidé de se rapprocher de leur autre famille, sans dépendre économiquement d'une aide de leurs proches (ou même encore de l'État). Leur intégration s'opère donc sans heurt, mais tout change rapidement quand la prof d'une des enfants croit déceler sur son dos des traces de violence. Presque aussitôt, toute la fratrie est alors envoyée en foyer ou famille d'accueil, tandis que les parents voient se profiler un procès pénal. Attention: Fjord n'est pas un film de suspense, ni même de justice. Plutôt l'observation d'une communauté. Et des valeurs qui la cimentent !

En voyant le couple soudain isolé, on aura tout à fait logiquement envie de chercher à comprendre où se situe la vérité... et donc si les gosses ont réellement été battus. Or, bien des questions restent sans réponse. Ce qui est clair, c'est qu'on observe vite des différences importantes entre le mode de vie norvégien et celui de la famille dite "étrangère". C'est d'autant plus flagrant que cette dernière apparaît d'emblée ancrée dans une pratique ultra-rigoriste - et en réalité punitive - de la religion chrétienne. Fjord nous replace de fait face à un sujet d'une actualité brûlante dans de nombreux pays du monde: le fameux vivre-ensemble. Quelles sont les règles de nos sociétés ? Peuvent-elles encore évoluer ? Faut-il tolérer que ceux qui viennent d'ailleurs s'écartent de la norme admise ? À partir de quand doit-on considérer qu'ils l'ont outrepassée ? Et comment les sanctionner alors ? Cristian Mungiu nous tend un miroir et nous laisse face à toutes ces interrogations, quasi-existentielles. Parfois, il m'a semblé qu'il prenait parti, mais non: en fait, son propos reste équilibré et le film d'une grande froideur ! À vous de juger, donc...

Fjord
Film norvégien et roumain de Cristian Mungiu / 2026

À la presse, le cinéaste explique notamment avoir tourné cette histoire pour pointer le fait que nos sociétés occidentales sont si polarisées qu'on écoute de moins en moins la parole de l'autre. C'est juste, non ? Point rassurant: il a aussi ici des producteurs français, danois et suédois. Bon... le vivre-ensemble est un sujet dans d'autres films moins abrasifs comme Le goût des autres. Ou Le mystérieux regard du flamant rose !

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Et pour conclure, je vous renvoie vers d'autres blogs...

Princécranoir est le premier à avoir publié une chronique (nuancée). Celle de Pascale est arrivée ensuite et s'avère quant à elle très positive. Un avis tout aussi favorable est également à lire du côté de chez Dasola.

samedi 19 septembre 2026

Une femme, une vie

Je garde le regard tourné vers le Japon pour reprendre aujourd'hui le fil de mon intégrale Kinuyo Tanaka (cf. l'épisode 1 et l'épisode 2 sur 6). L'oeuvre de cette cinéaste est très intéressante et j'avance une preuve nouvelle avec Maternité éternelle - un film dont elle a décidé le sujet. Autant vous prévenir: ici, on est dans le registre du drame "pur et dur" !

J'étais à deux doigts de trouver le film trop insistant sur le pathétisme de son personnage principal, juste avant d'apprendre qu'il était inspiré d'une histoire vraie: celle de la poétesse Fumiko Nakajō (1922-1954). D'emblée, le scénario nous la décrit en épouse dévouée d'un homme méprisant et aigri, qui s'imagine - et qui affirme ! - qu'il n'est plus aimé. Seule sa participation à un cercle littéraire apporte à cette femme exemplaire un peu de distraction, sans toutefois effacer la souffrance ressentie après un divorce très cruel (et que beaucoup lui reprochent). Pour compléter le tableau, on apprendra vite que cette fragile héroïne est atteinte d'un cancer du sein... et devra alors subir une mastectomie.

Que dire ? Que ce vrai-faux biopic apparaît assez proche de la réalité historique (à noter: le nom de la femme a été modifié pour le cinéma). S'il m'a un peu moins plu que les deux précédents, ce troisième opus reste une oeuvre audacieuse pour son temps, a fortiori quand on sait qu'une femme l'a donc réalisé... et qu'une autre en a écrit le scénario. Savoir que ce film a désormais plus de 70 ans me laisse pantois. Techniquement, le travail est plutôt irréprochable, sauf à chipoter. D'aucuns jugent le titre français très réducteur, si ce n'est inapproprié. Dans l'original, Kinuyo Tanaka faisait une référence directe à la poitrine dont Fumiko a été privée - un sujet sensible abordé sans fausse honte. Maternité éternelle peut vous sembler d'abord s'adresser aux femmes. Toutefois, il serait fort regrettable que les hommes s'en désintéressent !

Maternité éternelle 
(乳房よ永遠なれ - Chibusa yo eien nare)
Film japonais de Kinuyo Tanaka / 1955
Les deux photogrammes que j'ai choisis pour illustrer cette chronique pourraient suffire à révéler qu'une femme est pour toujours prisonnière. Celle que le film nous présente, en tout cas, a bien du mal à vivre libre et selon ses choix. Elle peut en rappeler d'autres, victimes de l'injustice d'une société des plus corsetées (cf. Les amants crucifiés par exemple). Replacer ce sujet dans le contexte contemporain... c'est fort, très fort !

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Des chroniques plus enthousiastes encore ?

Vous en trouverez plusieurs... et notamment chez Pascale, Strum et Lui.

mercredi 16 septembre 2026

La place du coeur

Il y a quelque chose de très beau dans le regard que Ryusuke Hamaguchi porte sur le monde - je l'ai ressenti devant son dernier film (à ce jour). Le cinéaste japonais est venu en France tourner Soudain, long-métrage qui reste d'abord en mémoire par sa longue durée: trois heures et quart. Je dois dire que le début m'a aussitôt captivé ! Magie de l'écran géant...

Marie-Lou est la directrice du Jardin de la Liberté, un EHPAD parisien. Elle forme son personnel à l'humanitude, une approche thérapeutique fondée sur quatre piliers: regarder les personnes âgées dans les yeux malgré leurs troubles cognitifs, les toucher, leur expliquer chaque soin qui leur est proposé et - quand c'est possible - les faire se tenir debout et marcher. Le problème, c'est en fait que cette pratique innovante suppose que les équipes soient formées, ce qui complique la gestion quotidienne et alourdit le planning de soignants déjà ultra-sollicités. Elle-même très (ou trop ?) impliquée, Marie-Lou est proche du burn-out lorsqu'elle rencontre Mari, une jeune Japonaise, dont la profession s'intéresse elle aussi à l'humain: elle est metteuse en scène de théâtre. Soudain, c'est bien l'histoire de l'amitié naissante entre deux personnes qui auraient très bien pu ne jamais se rencontrer. Au coeur de deux vies qu'on découvre tumultueuses, une alliance est forgée et le réconfort surgit: c'est sans nul doute ce que j'ai trouvé de plus beau dans ce film exigeant. Oui, il me semble qu'il cherche d'abord à parler à notre cœur !

Rappel: les deux actrices ont reçu, ensemble, le Prix d'interprétation féminine au dernier Festival de Cannes. Il est bien entendu probable que d'autres auraient mérité cette récompense, mais je suis convaincu que Tao Okamoto et Virginie Efira ne l'ont pas volée. D'une sobriété impeccable compte tenu du sujet, leur jeu m'a ébloui par sa justesse. Pourtant, on sait vite que l'un des personnages va mourir... et Soudain aurait pu n'être que le bête déclencheur d'un énième torrent de larmes. Non ! Le film est bien plus que cela et se distingue par son empathie profonde. Une qualité d'autant plus perceptible que les comédiennes s'expriment chacune dans la langue de l'autre, sans difficulté apparente. Elles sont en outre bien entourées par une belle galerie de personnages secondaires, très incarnés ("mention spéciale" à Jean-Charles Clichet). Au final, je n'ai qu'un petit bémol à formuler: le film s'égare un peu lorsqu'il devient, à grands renforts de schémas et de longues minutes durant, un cours assez lourdingue sur l'absence d'avenir du capitalisme. Je vais retenir le reste et toutes ces belles émotions nées de l'ensemble.

Soudain
(急に具合が悪くなる - Kyu ni guai ga waruku naru)
Film franco-japonais de Ryusuke Hamaguchi / 2026
Je crois bien que c'est le premier opus du réalisateur hors de son pays. D'ailleurs, il a aussi reçu le soutien de producteurs belges et allemands. Oubliez mes quelques réserves: ce long-métrage vaut le LONG détour ! Quelque chose dans ce qu'il nous dit de la vie m'a rappelé Perfect days. Je préfère, cependant, la simplicité d'un Kore-eda comme L'innocence ou Les bonnes étoiles (pour ne parler que des plus récents). À suivre...

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Une précision que je crois utile...

Je vous ai dit plus haut que le réalisateur était venu tourner en France. Un autre point à  ne pas négliger: certaines scènes se passent au Japon. Je retiens celle de ma première image et sa lumière (du lever du jour). Elle a été choisie pour l'une des affiches - l'autre montre Paris, la nuit. Eh oui, dans chaque plan, la photo du film est absolument somptueuse !

Et pour finir, d'autres avis à consulter ?
Bien entendu ! Je vous propose de lire celui de Benjamin, notamment.

lundi 14 septembre 2026

Revenue en découdre ?

Je m'écarte à nouveau des grandes villes pour vous conduire aujourd'hui jusqu'à une terre lointaine (et très peu peuplée): l'outback australien. 1951. Myrtle Dunnage, alias Tilly, y revient, seule, descendue d'un car après des années d'absence. Elle s'installe chez sa mère, à moitié folle. Habillée chic, la jeune femme détonne. Elle a une énigme à résoudre...

Des années plus tôt, encore enfant, Tilly a été chassée de la petite ville qu'elle retrouve, parce qu'accusée du meurtre d'un garçon de son âge. Elle-même a oublié et voudrait juste savoir si elle est une criminelle. Surprenant point de départ, mais le film n'a pas fini de vous étonner. Haute couture est resté inédit dans les salles françaises: dommage. Très vite, on va sentir poindre en son héroïne une envie de revanche. Ensuite, le récit prendra d'autres couleurs: celles du western spaghetti d'abord, puis de la romance, de la comédie et finalement du drame. Croyez-le ou non: ces genres ne se succèdent pas, mais se combinent. Harmonieusement ? Telle est la bonne question à se poser, je suppose. Pour ma part, j'ai plutôt apprécié ce méli-mélo et la présence d'acteurs plutôt bien inspirés, emmenés par la toujours impeccable Kate Winslet. Autre point positif: la direction artistique - décors, costumes, musique. Peut-être qu'il aurait été judicieux d'alléger le tout d'un petit quart d'heure: oui, on atteint presque les deux heures et cela fait beaucoup. Bon... je vais toutefois rester sur cette opinion très nettement positive !

Haute couture
(The dressmaker)
Film australien de Jocelyn Moorhouse / 2015
Je vous laisse désormais décider si la nationalité de cet opus méconnu titille suffisamment votre curiosité pour renforcer votre envie de le voir. D'aucuns le comparent à un film des frères Coen, mais je préfère Fargo. Si c'est la revanche qui vous attire, je crois que je vous conseillerais d'accorder sa chance à ce film plutôt qu'à Kill Bill - un simple exemple. Et pour l'Australie, vous aurez toujours mon index "Cinéma du monde"...

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Je reconnais que mes propos ne font pas l'unanimité...

À vous désormais de lire la (courte) chronique de "L'oeil sur l'écran". Vous pourrez en trouver une autre sur un blog déserté: celui de Laurent.

dimanche 13 septembre 2026

Éloge de la débrouille

Ma grand-mère paternelle, née à Brest, réduisait paraît-il la Bretagne au Finistère-nord. Malgré cette ascendance, je connais mal la région. Donc... je n'ai pas reconnu les Côtes d'Armor dans Un grand raccourci. Et ce n'est même pas pour elles que j'avais décidé d'aller voir ce film ! J'avais juste envie de "soutenir" le travail de deux cinéastes de 22 ans...

Bien qu'ils aient réalisé des courts-métrages auparavant, Armand Foëx et Clément Devilliers assurent qu'ils étaient encore bien peu familiers avec le monde du cinéma au moment où ils ont tourné ce premier long. D'après eux, c'est une chance: ils ont conservé toute leur spontanéité. L'histoire qu'ils nous racontent est celle (fictive) de jeunes de leur âge. Deux cousins, d'abord, Grégoire et Corentin, l'un fils d'un restaurateur lassé de son travail, l'autre qui tente de s'en sortir comme dératiseur. Deux copines, Louise et Maëva, l'une salariée d'une société de pompes funèbres, l'autre persuadée qu'elle pourra percer comme influenceuse après avoir convaincu la première de participer à un concours de miss. Bref, quatre adultes en devenir, à la recherche de solutions durables pour vivre normalement. Un grand raccourci est de fait une comédie bienveillante à l'égard de ses personnages: elle ne s'en moque jamais. Les décisions qu'ils prennent prêtent à sourire, parfois, mais l'existence n'est pas toujours facile pour eux. Résultat: je les ai trouvé attachants et agréables à suivre. Le film dure une heure vingt. Oui, cela m'a suffi...

Un grand raccourci
Film français d'Armand Foëx et Clément Devilliers / 2026

Une réussite qui mérite d'être soulignée, même si elle n'est pas destinée à rester longtemps dans les annales. Wait and see, comme on dit. J'insisterai sur la dimension positive de ce récit: des situations difficiles sont exposées, mais on reste très à l'écart des postures misérabilistes. Après Chien de la casse et Vingt dieux, c'est encore une vision nouvelle de la ruralité qui a débarqué sur grand écran. Pourvu que ça dure, donc.

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Pour mieux comprendre le titre du film...
Je vous relaie l'interview d'un des réalisateurs sur les Fiches du Cinéma.

Après cela, vous pouvez lire d'autres avis...
Celui de Pascale, sensible à la jeunesse des cinéastes, est aussi positif.

Et je tiens à saluer les jeunes actrices et acteurs...

François Le Bris, Sara Montpetit, Louise Labèque, Jules Porier... bravo ! Avec eux, vous reconnaîtrez l'expérimenté Olivier Rabourdin, peut-être.

samedi 12 septembre 2026

Au fil du temps

C'est incontestable: on peut avoir de très bonnes raisons de déménager. Quitter une maison ou un appartement devient toutefois un peu difficile quand on y attache des souvenirs marquants, comme un mariage réussi ou la naissance d'un enfant, par exemple. Je suis persuadé que les lieux où nous avons vécu gardent une petite trace de ce que nous avons été...

C'est ce que je suggère Here - Les plus belles années de notre vie. Adaptation d'un roman graphique, ce beau film signé Robert Zemeckis est construit sur une contrainte: tourner dans un décor unique - le salon d'une grande maison américaine, avec entre autres une grande fenêtre donnant sur la rue. Tout au long du film, on y voit défiler ses habitants et principalement la famille d'Al Young, un ex-G.I. de la Seconde guerre mondiale. Le jeune homme s'installe avec sa femme Rose et le couple évolue avec trois bambins, deux garçons et une fille, dont l'existence devient un spectacle à nos yeux. Un montage en évolution constante nous présentera aussi d'autres occupants de la bâtisse, passés et futurs !

Il est difficile de ne pas s'attacher à ces gens, tant ils nous ressemblent. Ou disons qu'ils n'ont rien d'extraordinaire, mais qu'il est fort agréable de les suivre dans leur quotidien, en constatant leur bonheur collectif ou, la vie étant ce qu'elle est, en s'émouvant avec eux des difficultés qu'ils traversent, petites et grandes. Le film est d'autant plus "efficace" que la narration n'est pas linéaire, tout en restant très compréhensible. Entre joies et pincements au coeur, on ne voit donc pas le temps passer. Here... a en outre fait parler de lui parce qu'il réunit une bonne partie de l'équipe de Forrest Gump, dont les stars Robin Wright et Tom Hanks. Un casting que d'aucuns ont jugé peu enthousiasmant, trente ans après. Et moi ? Je l'ai trouvé à la fois symbolique et (relativement) judicieux. Seul le titre français m'a paru réducteur. Je n'en ferai pas un scandale...

Here - Les plus belles années de notre vie
(Here)
Film américain de Robert Zemeckis / 2024
Je vois très bien tout ce qu'il peut y avoir de consensuel et d'artificiel dans ce récit aux multiples faisceaux, mais... j'y ai vraiment accroché ! Après coup, je suis surpris de ne pas avoir lu davantage de chroniques sur le film et j'ai constaté son lourd échec en France (61.706 entrées). Véritable gouffre financier, il n'aura rapporté qu'un quart de son budget. Il est vrai que, pour observer une famille, on peut lui préférer Boyhood.

vendredi 11 septembre 2026

Alerte aux dinos !

Il semble aujourd'hui établi que c'est bien la chute d'un astéroïde géant qui est la cause de l'extinction des dinosaures, il a 65 millions d'années. Seuls les oiseaux auraient survécu à la catastrophe. Les "monstres" d'hier en tous genres continuent toutefois d'être une vraie source d'inspiration pour le cinéma. On en trouve de très féroces dans La fin d'Oak Street...

Denise et Greg Platt habitent le quartier pavillonnaire d'une petite ville américaine avec leurs enfants, Audrey et Brian, et le chien, Starbuck. C'est un été assez morose à la maison: les parents pourraient divorcer. Mais, alors qu'un conflit paraît devoir éclater, un étrange phénomène nocturne survient de manière inopinée: de très vives lumières blanches surgissent au milieu de la nuit et, le lendemain matin, des créatures préhistoriques arpentent la modeste bourgade en quête de nourriture. Bon... je me suis cru revenu devant un Spielberg d'il y a 30 ou 40 ans. D'une durée très raisonnable, La fin d'Oak Street est un film de genre assez convenu, dans la lignée du tout-venant des blockbusters estivaux. En tête d'affiche, Anne Hathaway et Ewan McGregor ont sûrement pensé qu'ils méritaient bien de s'offrir une petite récréation entre deux projets plus ambitieux. Sincèrement, je ne leur donnerai pas tort sur ce point. Mon seul regret: que le scénario ne soit pas un tantinet plus audacieux. Les rebondissements sont (bien trop) prévisibles et la fin d'une banalité confondante ! Sur grand écran, cela aura suffi à mon bonheur d'un soir...

La fin d'Oak Street
(The end of Oak Street)
Film américain de David Robert Mitchell / 2026
Une notation généreuse pour un film qui ne se prend pas au sérieux. Avant d'être engloutis par l'automne, s'offrir ce "vide-neurones" assumé n'a rien de franchement honteux... enfin, si cela reste du one shot ! Jurassic Park reste cependant LA référence du genre préhistorique. Vous devriez d'ailleurs sentir ici l'influence XXL de ce grand classique. Côté plans B, La vallée de Gwanji et Le voyage d'Arlo assurent le coup.

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Une petite précision sur le producteur du film...

Il s'appelle J. J. Abrams et il a 60 ans. Je l'ai connu comme réalisateur d'un autre long-métrage d'inspiration spielbergienne: Super 8 (2011). Son univers de cinéma est près proche de celui des décennies 70 et 80. Ce geek (assumé) est l'auteur des épisodes VII et IX de la saga Star wars.

Et pour finir, une opinion autre que la mienne...
Je l'ai piochée chez Pascale, qui se montre de fait (un peu) plus sévère.

jeudi 10 septembre 2026

Dans l'autre réalité

J'ai découvert Matrix à sa sortie au cinéma, l'année où j'ai eu 25 ans. N'en ayant gardé qu'un souvenir très flou, je m'étais promis de le revoir pour mieux juger de cet opus qui, à l'époque, ne m'avait guère emballé. D'aucuns en font le premier d'une nouvelle génération de blockbusters. Peut-être. Le fait est qu'un quart de siècle plus tard, je reste sceptique.

Honnêtement, c'est vrai qu'il y a deux ou trois éléments de modernité dans cette histoire. Thomas Anderson - alias Neo - est informaticien dans une grande entreprise. Son patron le prévient que ses retards répétés pourraient bien le conduire tout droit vers un licenciement sec. Thomas, en fait, dort mal, collé H24 à son écran d'ordinateur et obsédé par l'idée d'une "matrice", cachée derrière la réalité de son quotidien. Soudain, c'est la panique: de mystérieux agents en costard et lunettes noires l'arrêtent et exigent qu'il coopère pour arrêter un terroriste. Morpheus... ce nom, Thomas le connaît: il l'a en contact sur les réseaux. Le jeune homme va finalement croiser la route de Trinity, une femme qui pourrait bien lui permettre de rencontrer le mystérieux personnage. L'occasion d'en savoir plus sur ce qui est vrai ou faux dans ce monde ! Notez une chose: quand Matrix est arrivé, Internet et les smartphones existaient déjà, mais nous en faisions un usage bien plus occasionnel. Imaginer qu'il puisse y avoir une autre réalité relevait du pur fantasme. Être un jour dominés par l'intelligence artificielle semblait impossible...

Les temps ont changé. Nous ne percevons sûrement qu'une infime partie de ce qui nous entoure, si ce n'est une image ou même un vague reflet. Sorti de sa caverne, Platon nous parlait déjà de la valeur toute relative de nos représentations - une invitation à réfléchir à la notion de vérité. Matrix n'a fait qu'en remettre une couche, si je puis m'exprimer ainsi. Notre perception de la réalité serait en fait erronée, parce qu'orientée vers des choses qui n'existent pas et qu'une insaisissable entité façonne pour que nous y croyions, sans état d'âme. Le film donne dit-on du grain à moudre aux divers théoriciens du complot qui prospèrent sur la toile. Non, je ne vais pas lui reprocher: il n'a certainement pas écrit pour ça ! En revanche, je dois admettre qu'à mes yeux, il reste peu convaincant. Son (intéressant) cadre futuriste n'est finalement qu'assez peu exploité. Les acteurs font le job, sans plus, et les effets spéciaux ont mal vieilli. Résultat: on se retrouve trop vite face à un film d'action assez basique. Pas de quoi, en tout cas, me donner envie de découvrir ses trois suites. Un cinquième volet a été mis en chantier et sortira en 2028, au mieux...

Matrix
(The Matrix)
Film américain d'Andy et Larry Wachowski / 1999
Les deux frères réalisateurs sont désormais... des femmes, Lilly et Lana. Je veux bien reconnaître leur capacité / talent à inventer des univers complexes, comme elles l'ont fait ensuite, en 2012, avec Cloud Atlas. Mon manque d'intérêt pour la S.-F. m'empêche d'y adhérer totalement. Tant pis... je resterai classique avec Alien, Star wars ou Blade runner. Tout en essayant de rester ouvert à ce genre que je connais encore mal.

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J'ajoute une anecdote...

Il y a quelque temps, à la caisse d'une librairie, j'ai entendu une dame annoncer au vendeur qu'elle allait se marier avec Keanu Reeves, l'acteur principal du film, avant de le rejoindre dans un prochain long-métrage. "Vous ne pourrez pas me reconnaître, disait-elle. J'aurai alors les yeux bleus et dix kilos de moins. Je ne toucherai pas d'argent pour ce rôle. Le tournage commencera en septembre. Nous devons juste attendre que Keanu se libère d'un contrat qu'il avait d'abord signé avec la MGM pour une durée de cinquante ans". Matrix a été produit par la Warner...

... et un petit lien pour conclure...

C'est l'occasion de relayer l'opinion (très positive) de "L'oeil sur l'écran".

mercredi 9 septembre 2026

Des sentiments au cube ?

Le film dont je vous parlerai aujourd'hui est censé être sorti en salles mercredi dernier. Je l'ai moi-même vu (en avant-première) fin juillet grâce à mes petits camarades des Fiches du Cinéma. Je ne suis pas sûr qu'il aurait attiré - ou retenu - mon attention sans leur proposition. Amour(s) est en réalité composé de trois moyens-métrages ! À savoir...

Vers la tendresse (Alice Diop - 2015 - 39')
Ce premier segment m'a d'abord fait craindre le pire ! Plusieurs hommes de la banlieue parisienne témoignent de leur relation aux femmes. D'emblée, les insultes fusent... et on comprend vite que les deux sexes n'arrivent guère à se fréquenter de manière normale - apaisée, disons. Les mots sont crus et très durs. Un garçon indique même qu'il a sombré dans l'alcoolisme et la toxicomanie, à défaut de résoudre "le problème" posé par les femmes. Un autre témoigne de l'omerta qu'il doit subir autour de son homosexualité et, ouf ! Un dernier parle du bonheur d'être en couple. J'ai eu du mal à appréhender la très étroite frontière que le film place entre le documentaire et la fiction. C'est dommage...

Conte cruel de Bordeaux (Claire Maugendre - 2021 - 30')
Une deuxième partie qui, elle, m'a davantage convaincu. Elle raconte l'histoire d'une jeune femme blanche tombée amoureuse d'un garçon noir. Elle a vécu en Afrique, lui vient tout juste de s'installer en France. Un intérêt commun pour l'histoire et la géographie paraît les rapprocher presque aussitôt - ils se sont d'ailleurs rencontrés dans un musée. Malheureusement pour eux, les choses sont bien plus compliquées ! D'autant plus en fait que le garçon refuse absolument que la jeune fille vienne le toucher, ne serait-ce que du bout des doigts. À vous de voir comment la situation évolue, désormais. Un petit indice: il est question de mémoire des peuples, mais aussi d'une certaine forme de poésie. D'ailleurs, la forme est originale: le film est en fait constitué d'une série de photos. Dans le cas présent, le procédé peut être source d'émotion...

Amour Océan (Héléna Klotz - 2022 - 30')
Deux soeurs vivent avec leur père dans une caserne de gendarmerie. C'est l'été. Un beau matin, après que l'aînée s'est "prise de bec" avec lui lors de la soirée précédente, elle tient à embarquer sa jeune frangine dans une sortie à vélo, pour rejoindre finalement une plage voisine. Confidences sous le soleil et regards en coin vers une bande de surfeurs venus défier les vagues. La suite vous réservera une (petite) surprise. Sans être formidable, j'ai trouvé ce petit film plutôt réussi. Son regard sur les émotions et sentiments féminins m'a paru d'une justesse certaine, grâce notamment aux comédiennes choisies pour les incarner. L'image est lumineuse et belle, elle aussi, ce qui ne gâche rien. Nocturne, le final suggère une possible - et tendre - réconciliation. J'aime supposer ce qui arrivera, après ces quelques heures d'escapade...

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Une conclusion générale ?
Une note correcte pour l'ensemble et cette idée de réunir les oeuvres de trois réalisatrices différentes (des infos sont disponibles sur ce site). Peut-être qu'elle serait moins haute si j'étais allé jusqu'à un cinéma ! Cela dit, je ne souhaite décourager personne de "tenter l'expérience"...

Et pour rappel : vous pouvez retrouver les Fiches du Cinéma sur Actu.fr.

mardi 8 septembre 2026

Un hiver au soleil

Charlie, trentenaire parisienne, a perdu sa grand-mère et doit traverser toute la France pour honorer sa dernière volonté: léguer sa collection de vieux disques vinyles à un dénommé Titou, là-bas, dans le Grand Sud. C'est l'hiver, mais "sans thune, sans mec et sans enfant", la jeune femme n'attendra pas l'été avant de se rendre à Cavalière, sur la côte varoise...

Avec son titre issu d'une chanson de Dalida, Les matins merveilleux apparaît comme un joli petit film, porteur d'une douce mélancolie. D'après mes souvenirs, c'est aussi la première fois que je vois India Hair en tête d'affiche... et la blondinette s'en tire plus qu'honorablement. Avec elle, Éric Cantona forme un duo attachant: l'ancien footballeur partage toujours la lumière avec une belle humilité et il semble même qu'il n'ait pas été payé pour son rôle. Mais la vraie révélation pour moi est plutôt venue de Raya Martigny, une mannequin paraît-il très célèbre sur les réseaux, mais dont je n'avais en fait JAMAIS entendu parler ! Comme je l'ai lu depuis, avec son mètre 92, cette femme transsexuelle aux longs cheveux noirs ne passe pas inaperçue. Et elle joue très bien ! Sans vous parler du feel good movie de l'année, j'ai passé un moment fort agréable devant ce premier long-métrage d'une jeune réalisatrice. Une précision: il prolonge son court-métrage Queen size - sorti en 2023.

Les matins merveilleux
Film français d'Avril Besson / 2026

Sans lien familial avec Luc, la cinéaste nous offre ici une belle escapade ensoleillée, susceptible dirai-je de réchauffer bien des coeurs en peine. Plusieurs gros plans suggèrent sa réelle admiration pour les interprètes choisis pour ce drôle de drame, enveloppé d'un peu de musique disco. J'ai vu peu de films doux sur le deuil. La délicatesse en est un, je crois. L'arbre ? A ghost story ? Plus âpres, oui. Et j'avais aimé Valley of love...

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Une précision géographique...

Cavalière est bien un lieu-dit de la commune du Lavandou, dans le Var. Même département: à quelque vingt kilomètres, on trouve CavalAIRE. Mes amitiés à Joss, qui avait un doute et m'a donc encouragé à vérifier !

dimanche 6 septembre 2026

Un autre cap...

J'ai donc dépassé le cap des 3.000 films présentés sur le blog vendredi et, aujourd'hui, j'en atteins un autre: celui de mes 19 ans d'écriture. Cela vient renforcer mon envie de poursuivre AU MOINS jusqu'au bout des 365 prochains jours et d'anticiper sur de nouvelles rubriques lancées dans le futur encore lointain. Rien n'est encore décidé ! On verra bien...

Mille et une bobines
a 19 ans et cela m'impressionne déjà, a fortiori quand je constate que vous lisez actuellement sa 3.549ème chronique. Je la dédie à mon père, qui dirait que j'entre dans la vingtième année. Merci à vous, toutes et tous, qui me faites confiance depuis longtemps ! Nous ne formons qu'une petite communauté, mais elle m'est précieuse. Chaque texte publié sur ces pages vient encore conforter mon intérêt pour le cinéma, une passion que je suis toujours heureux de partager. Écrire pour soi, c'est chouette, mais écrire et échanger des opinions avec d'autres, c'est toujours bien plus intéressant. L'ensemble des films internationaux que j'ai vus depuis 2007 ne me donne aucune autorité. J'invite volontiers ceux qui n'en ont pas vu autant à s'exprimer librement sur "mes" colonnes - le septième art, comme tous les autres, est conçu pour favoriser le partage. C'est en tout cas appuyé sur cette conviction que je vous parlerai d'un énième film - le 3.002ème ! - dès mardi midi. Lequel ? Vous vous doutiez bien que je ne vous le dirai pas aujourd'hui...

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Une précision, tout de même...

Je pensais d'abord publier demain et garder le rythme d'une chronique par jour jusqu'à l'approche du prochain week-end. Et j'ai changé d'avis ! On se retrouvera donc après-demain pour une semaine quasi-complète. Puis, à partir du 14, je repasserai à un billet tous les deux ou trois jours.

samedi 5 septembre 2026

En direct !

Une de mes ex-profs l'affirmait: "Le journaliste qui n'a pas de chance commet une faute professionnelle". C'était sa façon à elle d'expliquer que, sur le terrain, ce qu'on n'aurait jamais cru possible peut survenir. Pourtant, il faudra très certainement "ramener un sujet" à la rédaction. J'ai pensé à Brigitte R. dernièrement, en regardant le film 5 septembre.

Jeux de Munich 1972. Un commando pro-palestinien pénètre au village olympique et s'en prend à la délégation israélienne, dont les athlètes dorment encore (il est 4h30 du matin). Moshe Weinberg, un entraîneur de lutte, est abattu presque aussitôt. Une prise d'otages démarre alors. Les terroristes exigent la libération de plus de 200 détenus palestiniens des prisons d'Israël. Cet événement inattendu et tragique sera couvert en direct par la chaîne américaine ABC - une première à la télévision. C'est bel et bien le service des sports qui, alors installé à proximité immédiate du lieu de l'attaque, se chargera de cette mission sensible. Ses chefs ont en effet refusé que les journalistes d'actualité générale prennent le relais depuis les States. C'est ce que raconte 5 septembre. Haletant, le film ne quitte pratiquement jamais les studios de la chaîne. Il montre tout ce qui s'y passe, questionnements éthiques sur la manière de traiter l'info "à chaud" compris. On ne voit vraiment aucune scène violente, les faits eux-mêmes étant illustrés par des images d'archives. Une leçon de cinéma ? Oui, mais surtout un rappel historique. Très utile.

5 septembre
(September 5)
Film germano-américain de Tim Fehlbaum / 2024
L'histoire date d'il y a cinquante ans, une époque où le traitement live de l'info nécessitait... un créneau disponible pour l'usage du satellite. Cela ne veut surtout pas dire que les réflexions du film sont obsolètes ! Le sujet vous plaît ? Good night, and good luck. parle aussi de la télé. Les hommes du président et Pentagon papers méritent votre attention pour les enquêtes au long cours. Ou Camille et À son image côté photo.

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Une précision...
Le réalisateur du film est de nationalité suisse. Il s'est (bien) entouré ici d'un talentueux casting international, avec les Américains John Magaro et Peter Sarsgaard, ou l'Allemande Leonie Benesch en têtes d'affiche. Avec eux, le Britannique Ben Chaplin... et le Français Zinedine Soualem.

D'autres avis pourraient vous intéresser ?
Un petit "tuyau" (au besoin): Pascale et Lui ont également publié le leur.

jeudi 3 septembre 2026

L'enfant aux brebis

Ce 3 septembre n'est pas pour moi un jour tout à fait comme les autres. J'ai en effet la fierté et la joie de vous dire que vous lisez la chronique du 3.000ème film présenté sur Mille et une bobines ! Je suis content qu'il ait été tourné dans un pays assez méconnu: la Macédoine du Nord. Le garçon qui faisait danser les collines est ensuite passé par Cannes...

Ahmet n'a plus le droit d'aller à l'école: il est obligé d'assister son père dans son double travail de cultivateur de tabac et d'éleveur de brebis. Comme si la vie n'était pas assez difficile, sa maman est déjà décédée et l'adolescent (de 15 ans) doit dès lors veiller sur son petit frère, Naïm. Ses seuls et courts moments de liberté surviennent lorsque le paternel embarque l'enfant dans le cabinet d'un simili-guérisseur, laissant Ahmet livré à lui-même. Tout va encore s'aggraver lorsque le pauvre gosse perdra l'une des bêtes de son troupeau - à vous de découvrir comment. Bon... cela ne vous explique pas pourquoi le long-métrage d'aujourd'hui s'intitule Le garçon qui faisait danser les collines. Et je ne le dirai pas ! Simplement, une indication: la musique va occuper une place centrale dans cette histoire, qu'on pourrait considérer comme un conte moderne. Une hypothèse que je fonde sur le constat qu'au tout début et à la fin du film, un petit groupe semble réuni autour d'une personne qui parle...

Un point plus important: le scénario tourne aussi autour d'un personnage féminin du même âge qu'Ahmet, la jolie Aya. Il s'avère que sa famille veut la marier de force avec un homme plus âgé, au nom d'un honneur soit-disant mis à mal par le comportement insouciant de la jeune fille. Vous devriez avoir compris que Le garçon qui faisait danser les collines n'est pas une comédie. Est-ce un drame ? Oui, mais avec de la lumière et l'espoir que la génération bientôt adulte saura dépasser les traditions archaïques imposées par ses aînées. Ce n'est pas garanti, mais possible. En attendant, le récit nous propose d'arpenter une partie de l'Europe rarement visible sur nos écrans, dans les pas d'une communauté locale dont j'ignorais même jusqu'alors l'existence: les Yörük (cf. Wikipédia). Choisir la seule approche ethnologique ne me paraît pas une démarche suffisante pour pouvoir l'apprécier à sa juste valeur, mais c'est une idée qui peut être intéressante avant de faire un grand "saut dans l'inconnu" !

Le garçon qui faisait danser les collines
(DJ Ahmet)
Film tchéco-croato-serbo-macédonien de Georgi M. Unkovski / 2025
Quelle histoire originale ! Je sais que je ne vous ai pas dit grand-chose de ses développements, mais je crois qu'elle pourrait vous surprendre ! L'humour y a une (petite) place, grâce notamment aux sons de Windows ou à une brebis rose, improbables avatars d'une supposée "modernité". Rappel: d'autres films comme Vingt dieux, Ciudad sin sueño et La fille condor présentent un cadre rural - et/ou montagneux - à hauteur d'ado.

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Je termine avec des remerciements...

Ils sont pour Pascale: c'est grâce à elle que j'ai eu envie de voir le film. Malgré une erreur de titre, Dasola l'avait présenté... deux jours plus tôt.