lundi 18 mai 2026

Quiproquo(s)

Saperlipopette ! Je vous ai assuré hier de mon retour à des chroniques liées à des films de fiction. J'avais même déjà choisi le long-métrage que j'évoque aujourd'hui. Le coup du parapluie répondait à un souvenir d'enfance - sinon de l'avoir vu, je suis sûr que j'en avais entendu parler. Et, avec l'ami Pierre Richard, j'avais parié sur du cinéma à 100% farfelu !

Et non ! C'est plutôt à 99,9% ! Ce "classique" du cinéma comique français puise son inspiration dans de très étranges faits divers survenus à Paris et Londres en 1978: la tentative d'assassinat de deux dissidents bulgares d'un coup de parapluie empoisonné. Dans le film, ce cher Pierre Richard n'incarne pas un tueur, mais un acteur minable. Un énorme quiproquo fait qu'il imagine négocier le premier rôle d'un grand film d'espionnage. Erreur: le supposé producteur avec qui il discute est en fait un parrain croyant lui-même traiter avec celui qui liquidera pour lui son rival. S'ensuivent une escapade à Saint-Tropez, où maintes scènes burlesques rappellent plutôt les vaudevilles que les films sur la mafia. Je dois dire qu'en bon anti-héros, le personnage principal ne mesure pas le danger auquel il s'expose et ne cesse de gaffer. Un cas d'autant plus désespéré qu'il court après trois femmes, dont une jalouse et une vengeresse ! Honnêtement, ce humour paraît daté, mais jamais vraiment méchant. Cela m'incite à une relative indulgence - en connaissance de cause. Entre deux films sérieux, j'ai besoin parfois d'une gaudriole de ce genre.

Le coup du parapluie
Film français de Gérard Oury / 1980

Ai-je besoin de présenter le réalisateur ? Il me semble que sa réputation n'est plus à faire, au moins auprès des quinquas et plus. Les curieux pourront trouver quatre autres de ses films via mon index des cinéastes. Pierre Richard ? Je le préfère dans La course à l'échalote ou Le jouet. Sans oublier ses propres films, comme celui présenté l'année dernière. Rappel: si tout se passe bien, ce grand monsieur aura 92 ans le 16 août !

dimanche 17 mai 2026

La vie, la vraie ?

Je pensais être arrivé à quatre, mais j'en étais finalement... à sept. Oui, j'ai vu consécutivement SEPT films inspirés d'une histoire vraie ! Souvent, c'est annoncé au début. "Based on a true story", en anglais. D'ailleurs, j'ai l'impression que les Anglo-saxons en sont les plus friands. C'est un joli paradoxe, non ? La vie réelle irrigue clairement la fiction...

Avez-vous vu Une histoire vraie, que certains grands connaisseurs présentent comme le film le plus "accessible" du grand David Lynch ? Très sincèrement, je vous le recommande (et vous laisse donc cliquer). Avec un peu de recul, il me semble qu'il y eut un temps une mode autour des biopics, ces films biographiques - plus ou moins réussis. Sincèrement, quand ils sont trop complets, je trouve leur intérêt discutable. Autant lire une page Wikipédia, dit l'expression consacrée. Après, je vais aviser en fonction de ce que l'on souhaite nous raconter...

J'ai un côté puriste. Fan de Queen, je suis allé voir Bohemian Rhapsody sans grande hésitation, mais j'en ai un peu voulu aux deux producteurs que sont Brian May et Roger Taylor, ex-membres du groupe, d'inventer quelques épisodes de la vie de leur ami Freddie Mercury dans une visée mélodramatique. Il me semble que revenir sur une "histoire vraie" autorise 2 ou 3 entorses, certes, mais avec une certaine honnêteté intellectuelle. Ou alors, il faut clairement oser en revenir à la fiction ! Bon, je peux comprendre que le juste équilibre soit difficile à trouver...

En revenant aux premiers temps de ce blog, je me souviens l'avoir lancé avec un opus de pure fantaisie: La voce della luna, le chef d'oeuvre ultime du maestro Federico Fellini. Ma deuxième chronique-critique traitait ensuite d'un film signé Clint Eastwood, Mémoires de nos pères. Un long-métrage inspiré du parcours de soldats anonymes, honorés toutefois pour avoir hissé le drapeau des États-Unis sur l'île japonaise d'Iwo Jima en février 1945, pendant la terrible Guerre du Pacifique. Tiens, tiens... cette remarquable reconstitution fit, à sa sortie, l'objet de critiques quant à la manière dont elle aborde la réalité historique. En cause: une image de l'armée américaine sans le moindre combattant noir - j'ai de fait entendu parler de quelque 500 figurants islandais. Bilan: qu'il soit individuel ou collectif, il vaut mieux manipuler le passé avec précaution. Mais aussi laisser les artistes libres... de le réinventer !

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Et pour la suite, alors, qu'est-ce que je prévois ?

Mes prochaines chroniques devraient largement revenir vers la fiction. Je vous invite cependant à réagir en commentaires, si vous le souhaitez.

samedi 16 mai 2026

En marge

Le film dont je veux vous parler aujourd'hui s'inspire d'une histoire vraie et la reprend avec une retenue très louable. J'ai pu lire une interview du réalisateur, qui n'avait jusqu'alors tourné "que" des documentaires. Camille Ponson a voulu cette fois nous parler d'une petite communauté qui fut la sienne, dans un village des Cévennes. Et sans lui causer tort...

Il faut comprendre que, pour une partie de ces gens, les faits réels évoqués dans Sauvage restent sensibles. Le scénario reprend l'histoire d'une adolescente, installée avec ses parents dans une grande maison isolée (et partagée entre plusieurs familles). Au moment où le film commence, Anja se place déjà un peu "en marge" des autres. Il arrive qu'elle parte sans dire où elle va... et sans alors réapparaître, à l'heure des repas pris en commun ou celle du coucher, pour dormir sous un toit. D'abord jugée acceptable pour le petit groupe, cette curieuse attitude commence toutefois à lasser - voire à énerver - certains des adultes. Seule Sam, sa mère, s'inquiète vraiment de cette disparition progressive de la jeune femme et tient à maintenir le contact, autant que possible. Autant vous prévenir: cette histoire enferme quelque chose de très dur. Elle donne très peu d'explications rationnelles au comportement d'Anja. Et c'est peut-être bien la meilleure façon de dire qu'il n'y en a aucune...

Je dirais que le film en appelle à notre sensibilité et à notre empathie. Il nous montre d'abord une communauté soudée autour d'une gamine visiblement tourmentée et nous laisse libres de lui trouver des raisons. Quand cette "héroïne" s'écarte de la loi, il nous suggère que ce n'est pas par malveillance pure et simple, mais plutôt par instinct de survie. Bref... Sauvage est un récit complexe, éprouvant, mais pas manichéen. Humain, donc, comme l'ensemble de ses protagonistes, soumis aux aléas de l'existence et, de ce fait même, traversés d'émotions contradictoires. Pour les incarner, il fallait sans doute miser sur de très bons interprètes. Pari gagné. Les femmes sont très belles: dans le silence, Lou Lampros exprime parfaitement les troubles d'Anja, tandis que Céline Sallette déploie toutes les facettes de son jeu pour devenir une formidable Sam. En retrait, le reste de la troupe, elle, ne commet aucune fausse note. Mention spéciale à Bertrand Belin, dans le rôle (parfois ingrat) du père. C'est cela aussi, pour moi, qu'on peut appeler le grand cinéma populaire français. Peu ou prou, nous pouvons toutes et tous nous y reconnaître...

Sauvage
Film français de Camille Ponsin / 2026

C'est peut-être à ce long-métrage, posé dans un cadre montagneux sublime, que j'accorderais ma Palme du printemps (je l'ai vu en avril). J'ai le souvenir d'autres ados "en fuite", dans Les géants notamment. Proche de l'esprit du conte, lui aussi, ce qui permet d'adoucir le propos. En parallèle, je trouve pertinent et très intéressant de (re)voir un film pour questionner les choix de vie parentaux - La belle vie par exemple.

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Avant que j'y revienne peut-être...

Vous serez sans nul doute intéressés par la lecture de l'avis de Pascale. C'est en fait grâce à elle que je me suis décidé à aller voir ce beau film.

vendredi 15 mai 2026

Une métamorphose

Je visualise une simple boule hérissée de pics. On le représentait ainsi quand j'étais ado, parlant d'une menace dont on pouvait se préserver. Pour moi, le Sida a plutôt eu un double visage: celui de Freddie Mercury et celui d'une jeune femme séropositive, Barbara Samson, venue parler de son quotidien dans un collège. J'apprends qu'elle est toujours en vie !

Du côté du cinéma, mon amie Aurelia m'a conseillé Dallas buyers club. Le film a déjà treize ans et je l'ai regardé sans rien savoir de son sujet. Retour dans les années 1980. Nous rencontrons Ron Woodroof, un type franchement détestable, à la fois violent, machiste et homophobe. Alcoolique, toxicomane et gagnant sa pitance autour de paris foireux dans le milieu du rodéo. Cet homme apprend qu'il est porteur du VIH. Que croyez-vous qu'il fasse ? Il insulte le médecin qui l'a diagnostiqué. Pour lui, il est impossible qu'il ait attrapé cette "maladie de pédales". Face à l'évidence, il va toutefois faire face à la situation. Et se battre pour dépasser un pronostic vital que le corps médical limite à un mois. Nous voilà aussitôt face au récit d'une complète métamorphose. Personnage bien réel, Ron Woodroof a en fait pris sa destinée en mains lorsqu'il a décidé de se documenter sur la maladie et de chercher seul comment se soigner - aux États-Unis tout d'abord et à l'étranger ensuite.

Sciemment, il s'est alors écarté des protocoles hospitaliers "classiques" et a suivi sa propre thérapie, hors du cadre légal. Oubliant son métier d'électricien, il a progressivement mis en place une sorte d'association pour fournir à toute personne atteinte par la maladie des médicaments achetés au Mexique ou au Japon (moyennant 400 dollars de cotisation). Dans le film, il bosse avec Rayon, une femme transgenre, mais je crois que ce personnage a été inventé - ce qu'on pourra trouver regrettable. Que dire ? Matthew McConaughey et Jared Leto m'ont vraiment bluffé. Au-delà de leur transformation physique, ils se frottent à des rôles ambivalents, durs, sans jamais verser dans la vulgarité ou la caricature. Leur implication a valu à chacun d'eux un Oscar et plusieurs autres Prix. Elle permet en effet à ce biopic de s'élever plus haut que la moyenne. Retenez que ce n'était pas gagné d'avance: le réalisateur est québécois et il aura fallu que son équipe soit tenace pour trouver des producteurs. On pourra à la limite déplorer un manque d'audace sur le plan formel. En fait, ce cinéma laisse toute la place aux acteurs. Et c'est bien aussi...

Dallas buyers club
Film américain de Jean-Marc Vallée / 2013

Un long-métrage "casse-gueule"... et pourtant une vraie belle réussite. J'ai l'impression qu'on parle - beaucoup ! - moins du Sida qu'à l'époque de mon adolescence (disons qu'au début des années 90, pour situer). Peut-être qu'il faudrait que je revoie Philadelphia (1993), un film-phare dans ce domaine, porté par le tandem Tom Hanks / Denzel Washington. Et aussi Les nuits fauves (1992) ou 120 battements par minute (2017) !

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Une précision...
Ce récit n'est pas tendre avec les labos et la médecine "officielle". Aurait-il été imaginé comme une dénonciation ? Peut-être bien, oui. Chacun reste libre de son avis au sujet de Big Pharma et de ses dérives. 

Et si, de votre côté, vous voulez creuser le sujet...
Je vous suggère un petit tour chez Pascale et/ou vers "L'oeil sur l'écran".

mardi 12 mai 2026

Cannes en lumière

Le Festival de Cannes s'est donc relancé le 20 septembre 1946, un jour de paix retrouvée également marqué par la mort du grand Raimu. Encore disponibles, les images d'archives montrent des stars débarquer sur la Croisette... en hydravion. Nous saurons vite ce que l'année 2026 voudra bien nous proposer: oui, la 89ème édition démarre aujourd'hui !

Le prestigieux poste de président du jury (*) appelé à décerner la Palme d'or a été confié à un cinéaste asiatique: le Sud-coréen Park Chan-wook. Je n'ai pas vu Aucun autre choix, son dernier film, sorti en février. J'aimerais revoir Old boy, qui avait reçu le Grand Prix du jury en 2004. Plusieurs autres de ses oeuvres ont également été projetées et primées à Cannes: je recommande le thriller Mademoiselle (Prix du jury 2016) et le pseudo-polar Decision to leave (Prix de la mise en scène 2022). Parcourir cette filmographie, cela peut aussi être une très bonne façon d'aborder une nation méconnue et des artistes aux talents multiples comme Im Kwom-taek, Lee Chan-dong et évidemment Bong Joon-ho. Pour info, les six plus grands succès du cinéma sud-coréen en France sont récents: le film le plus "ancien" - Snowpiercer - était sorti en 2013.

(*) Les autres membres du jury sont...
Demi Moore / Ruth Negga / Laura Wandel / Chloé Zhao
Isaach de Bankolé / Diego Céspedes / Paul Laverty / Stellan Skarsgård

Qui succèdera à Un simple accident, le film iranien couronné en 2025 ? Il est bien sûr trop tôt pour le dire et même pour mesurer les chances de Hope, un film de Na Hong-jin qui est le seul long-métrage sud-coréen en sélection officielle cette année. Les autres représentants de ce pays présentés à Cannes ces jours-ci se comptent sur les doigts d'une main. Personnellement, mon regard se tournera plutôt vers d'autres horizons cinématographiques: le nouveau film de Pierre Salvadori dès l'ouverture et, dans la compétition, celui du Japonais Hirokazu Kore-eda ensuite. J'ai aussi noté la venue de quelques réalisatrices et -teurs dont le nom m'évoque de bons souvenirs: Andreï Zviaguintsev, Rodrigo Sorogoyen, Asghar Farhadi, James Gray ou bien encore Léa Mysius du côté français. Le Roumain Cristian Mungiu décrochera peut-être sa deuxième Palme tandis que l'Espagnol Pedro Almodovar court toujours après la première. On peut par ailleurs s'étonner de la relative discrétion de la délégation américaine - sans Tom Cruise, Christopher Nolan et Steven Spielberg. Cela offre la possibilité de faire bientôt un grand voyage vers l'inconnu !

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J'en terminerai avec quelques chiffres...
D'abord organisé dans un casino, le Festival a vite pris de l'ampleur. Cette année, le comité de sélection a reçu 2.541 films (de 141 pays) pour participer à la sélection officielle. 22 seront en lice pour la Palme. Une mini-anecdote: il n'y a plus eu d'ex-aequo au palmarès depuis 1997.

Et c'est maintenant à vous de relancer le débat...
Je serai très heureux de répondre à vos éventuels avis et commentaires.

lundi 11 mai 2026

Cannes dans le rétro

J'ai évoqué hier les (presque) 80 ans d'un de mes réalisateurs préférés. J'enchaîne aujourd'hui avec ceux du Festival de Cannes, l'édition 2026 devant se dérouler dès demain - j'ai d'ailleurs prévu d'en dire un mot. Oui, d'abord inauguré en 1939, le grand rendez-vous de la Croisette s'était interrompu après quelques jours et était ensuite reparti en 1946 !
 
Depuis, seules quelques années sont "passées à la trappe": 1948 et 1950 pour des raisons financières, 1968 par décision des festivaliers et 2020 du fait de la pandémie de Covid-19. La photo de Michèle Morgan apparaît d'un autre temps: il faut bien dire que le Festival a changé. D'abord conçu comme une réponse à la Mostra vénitienne, accusée d'offrir une tribune au fascisme, il avait été programmé en septembre. Lors des premières éditions, c'est plutôt auprès du corps diplomatique qu'il fallait s'enquérir de la sélection officielle. Celle de l'année 1946 s'orchestra autour de films choisis pour représenter leur pays d'origine. Tous reçurent à son issue un Grand Prix: la célébrissime Palme d'or viendrait plus tard, entre 1955 et 1963, puis définitivement dès 1975. Les présidents du jury n'étaient pas toujours professionnels du cinéma...

L'histoire retient aussi que, la toute première fois, peu de journalistes avaient fait le déplacement sur la Côte d'Azur. Les quelques présents auront peut-être participé à un événement relativement révélateur d'une manifestation un peu bancale: l'élection de Miss Festival, arbitrée par de véritables experts, dont notamment Édith Piaf et Jean Cocteau. Las ! Il semble que le nom de la lauréate ait désormais été oublié. Cependant, j'ai cru comprendre que d'autres élections de ce genre furent organisées, dont une dernière il n'y a pas si longtemps: en 2017. J'ai d'ailleurs un souvenir assez proche de l'époque où le groupe Canal + déboulait en force à Cannes pour les Hot d'or, sous-festival (bien) monté pour mettre en valeur les têtes d'affiche du cinéma porno international. Polémiques, scandales et autres excentricités restent le pain quotidien d'un événement qui, peu ou prou, a toujours su évoluer avec son temps. Revenir à ses fondements premiers n'aurait pas nécessairement de sens. Comme chaque année, j'espère simplement voir émerger de bons films. Seul l'avenir pourra révéler la valeur - relative - de cette 79ème édition.

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Et maintenant ?

Je ne pourrai malheureusement pas vous proposer un compte-rendu cannois chaque jour, mais je vous donne rendez-vous dès demain matin pour une présentation de ce Festival 2026. Je ne suis pas sûr à 100% d'avoir le temps d'en faire le bilan après coup, mais... je vais essayer ! D'ici là, les commentaires sont bien sûr ouverts à TOUTES vos réflexions.

dimanche 10 mai 2026

Steven en vue

Je vous ai parlé hier midi du cinéma européen. J'enchaîne aujourd'hui avec une chronique consacrée à un vrai monstre sacré du septième art hollywoodien: Monsieur Steven Spielberg. J'anticipe en réalité la sortie de son nouveau film, Disclosure day, attendu dans les salles françaises dans pile un mois. Et j'y reviendrai bien évidemment, le moment venu...

Avec Spielberg, c'est simple: j'ai l'intention de ne faire AUCUNE impasse. Il me reste moins d'une dizaine d'oeuvres à découvrir (ou à rattraper). Je me dis que je pourrais avoir terminé tout cela avant l'an prochain. Ou, soyons fous, d'ici au 18 décembre, date de son 80ème anniversaire. Il y a des dates symboliques que les cinéphiles prennent plaisir à cocher et je peux confirmer que, pour moi, celle-là en fait clairement partie. Je me dis en effet que Steven n'a peut-être pas fini de nous surprendre. Et l'ex-kid de Cincinnati a encore, j'espère, quelques années devant lui !

Voici où j'en suis ce jour de ma volonté de voir l'ensemble ses films...

Années 60 et 70 
Je n'en ai raté aucun, si ce n'est Firelight, projeté le 24 mars 1964 devant 500 personnes. Et depuis, les bobines Super 8 auraient disparu...

Années 80
Deux films à voir : Empire du soleil (87) et Always (89).

Années 90
Un film à voir : Amistad (97),
Un autre à revoir : La liste de Schindler (93).

Années 2000 et 2010 
Deux films à voir : Munich (05) et Le bon gros géant (16),
Deux autres à revoir : Arrête-moi si tu peux (02) et Le terminal (04).

Et donc... années 2020
Un film à venir : Disclosure day (26).

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Je conclus en vous donnant la parole...

Il faut dire que je suis également curieux de vos avis sur cette carrière. Oui, TOUS les autres films figurent donc sur mon index des réalisateurs !

samedi 9 mai 2026

L'Europe avant tout

C'est une constante depuis 2014: je vois chaque année plus de films européens que de longs-métrages des États-Unis. Or, la date du 9 mai marque l'anniversaire de la Déclaration Schuman, une étape importante d'un fameux projet: la construction européenne. Notre vieux continent a vu naître le cinéma. Il n'occupe toutefois pas la même place partout...
 
Quand j'ai préparé cette chronique, à la mi-avril, mon compteur 2026 affichait 33 films européens (sur un total de 53), dont 14 films français, huit italiens, trois britanniques, trois espagnols et deux allemands. Autres pays concernés: la Belgique, la Slovénie et feu l'Union soviétique. J'en ai naturellement d'autres en vue, qui feront l'objet de chroniques futures ! Aucun pays inédit ne me paraît cependant pointer à l'horizon...

C'est ainsi que, dans l'Union européenne, je n'ai pas vu le moindre film bulgare, estonien, maltais ou slovaque... et j'imagine qu'il sera difficile de combler cette quadruple lacune (ce qui me ferait plaisir, pourtant). Je me rassure en notant que le marché nord-américain est peu ouvert au cinéma d'Europe: aux States, le plus grand succès d'une production issue de notre continent est celui de Skyfall, un épisode de James Bond. Il avait amassé 304 millions de dollars au quatrième rang du box-office de 2012, derrière Avengers, The dark knight rises et Hunger games. Étonnante tête d'affiche made in France, Taken n'a pas atteint la moitié de ce chiffre - qui ne dit certes RIEN de sa qualité - et remonte à 2009. Notre pays n'est pas le plus à plaindre, loin de là, et sa place dominante en Europe paraît peu contestable à court terme. Ce qui est une chance !

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Et vous, qui venez d'Europe ou d'ailleurs...

Avez-vous un intérêt particulier pour le cinéma issu de notre continent ? Ou voyez-vous ses films comme tous les autres ? À vous de me le dire. J'espère que ce billet contribuera à alimenter votre "appétit cinéphile".

vendredi 8 mai 2026

Rien à perdre

2003. Patrice Chéreau préside le jury du 56ème Festival de Cannes. L'Américain Gus van Sant y fait coup double: il décroche la Palme d'or et le Prix de la mise en scène - un cumul désormais interdit, je crois. 2026. Je découvre le nouveau film du cinéaste dès le jour de sa sortie. Précisons-le tout de suite: La corde au cou s'inspire d'une histoire vraie.

Issu d'une famille d'immigrants grecs, Tony Kiritsis approche des 45 ans quand, un matin de février 1977, il décide de prendre en otage le fils d'un banquier supposé l'avoir arnaqué, "emprunte" une voiture de police à défaut d'autre véhicule et se retranche chez lui après avoir menacé d'abattre sa victime. Le début de plusieurs jours d'une lourde tension. Toujours efficace, Gus van Sant nous propose de découvrir les faits depuis le point de vue de leur auteur, mais aussi au côté des autorités policières et des médias télé-radio venus couvrir l'événement en direct. Avec ce triple prisme, le récit n'est pas échevelé, mais assez haletant. Disons en tout cas que les deux (petites) heures du film passent vite. Plutôt convaincants, Bill Skarsgård et Dacre Montgomery font mouche dans les rôles principaux. Il n'y a d'ailleurs aucune star dans le casting de La corde au cou, à l'exception notable d'Al Pacino, et c'est un atout pour bien s'identifier aux personnages. Quitte alors à choisir son camp...

La corde au cou
(Dead man's wire)
Film américain de Gus van Sant / 2026
L'histoire retiendra peut-être que le tout premier choix des producteurs était de confier le tournage à l'Allemand Werner Herzog, Nicolas Cage ayant initialement été annoncé pour endosser le costume du criminel. Aujourd'hui, on compare le film à Un après-midi de chien, un classique avec Al Pacino qui me semble très apprécié au rayon prises d'otage(s). Pour ma part, je fais aussi un parallèle avec le récent The mastermind !

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J'ai (presque) oublié quelque chose...
Le film se caractérise également par à son excellente bande-originale. La musique de Danny Elfman, compositeur que j'associe le plus souvent aux travaux de Tim Burton, y vient compléter de grands tubes d'époque.

Et ailleurs, qu'est-ce qu'on en pense ?
Plutôt du bien chez Princécranoir, qui avait vu le film lors d'un festival. Pascale, elle, a dû attendre sa sortie... et en est sortie (très) satisfaite.

jeudi 7 mai 2026

Irrépressible

Il fut un ado qui, à la BBC, parla ouvertement de ses envies suicidaires "quand ça devient très difficile". Il avait d'ailleurs fait une tentative. Quelques années plus tard, ce gamin d'Écosse devenu adulte fut décoré des mains de la reine Elizabeth II... qu'il insulta lors de la cérémonie ! John Davidson fêtera ses 55 ans en juin. Un film revient sur son histoire.

Plus fort que moi
pourrait sans doute être déclaré d'utilité publique. Deux heures durant, il nous rappelle que John n'a jamais été un garçon insolent: il souffre en réalité d'une pathologie méconnue, le syndrome de Gilles de la Tourette, du nom du médecin qui l'a identifié en 1885. C'est pourquoi il ne contrôle pas tous ses gestes, crache et crie parfois sans raison particulière, mais aussi profère - régulièrement - des jurons.

Cette situation, le film nous la décrit sans jamais chercher à l'édulcorer. Il s'avère parfois très drôle, lorsque les gros mots qui échappent à John retentissent soudain en présence de Sa Gracieuse Majesté, par exemple. Dans le même temps, le scénario fourmille de scènes qui nous montrent combien il aura été difficile pour le jeune homme de mener une vie normale. Je vous rassure: on reste dans le registre du feel good movie. "Comme seuls les Anglais savent le faire", dixit Charlotte de Télématin. Amateurs du genre, je pense en effet que vous devriez vous ré-ga-ler ! Ici, rien de formidable sur le plan technique: juste du travail bien fait. Dans le rôle principal, Robert Aramayo a reçu un BAFTA - l'équivalent d'un César - d'abord promis à Timothée Chalamet ou Leonardo DiCaprio. C'est mérité. J'ajoute qu'il est très bien entouré: d'une actrice anglaise dont j'ignorais tout (Maxine Peake) et d'un fameux comédien écossais revenu sur grand écran après sept ans consacrés à la télé (Peter Mullan).

Plus fort que moi
(I swear)
Film britannique de Kirk Jones / 2025
Je passe sur la pseudo-traduction du titre original: il aurait été difficile de conserver l'exact double sens du verbe To swear (jurer). Tant pis ! L'essentiel, c'est de voir le film en anglais et ce sans tergiverser, merci. Il y a là une vraie belle école du cinéma social, qui produit des films comme Pride côté positif ou Une belle fin dans le registre dramatique. En France, sur la santé, vous pouvez revoir Patients et/ou Hors normes.

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Enfin, pour être tout à fait complet aujourd'hui...

Je vous conseille également de lire les chroniques de Pascale et Dasola.

mercredi 6 mai 2026

Un parfait inconnu

J'ai soumis le nom "Alexandre Trannoy" au moteur de recherches du site du Festival de Cannes. Résultat: zéro artiste, zéro contenu, zéro film. Trois bulles et une confirmation: nous avons bien affaire à un inconnu. Ou, soyons plus précis, à un homme que l'histoire du cinéma a oublié. Son premier film devait pourtant être projeté sur la Croisette en 1953...
 
Né en 1926, Alexandre Trannoy apparaît enfin aujourd'hui dans les salles obscures, à la faveur d'un chouette documentaire: L'oeuvre invisible. Pendant une quinzaine d'années, ses deux réalisateurs ont remonté le fil d'une histoire très effacée des mémoires: celle d'un cinéaste "maudit" aux ambitions certaines, mais réputé n'avoir terminé aucun de ses films. Il avait toutefois fini le premier et même pris la route de la Côte d'Azur pour le présenter, avant d'avoir un gros accident et de voir les bobines disparaître dans l'incendie qui a ravagé son automobile. Ce témoignage est celui d'un dénommé Claude Lelouch, présent à la fois dans la voiture et lors de la fabrication du film, comme premier assistant de l'artiste. Avec Anouk Aimée, Jean-Claude Carrière ou Jacques Perrin, il fait partie de ceux qui ont permis de reconstituer son très chaotique parcours. Jusqu'à sa disparition en 1980, lors de repérages en avion, l'intéressé multipliera les projets inaboutis. Et il n'en reste que très peu d'images...

Cette histoire, on la redécouvre notamment grâce à Jean Rochefort. Très concrètement, c'est lui, le premier, qui a parlé d'Alexandre Trannoy aux auteurs du documentaire. Le cinéaste était très présent à ses côtés lors de ses premiers pas sur les plateaux de tournage. Il avait l'intention de lui confier le rôle central de tous ses films et était devenu son ami. Fidèle à lui-même, le comédien a l'oeil qui pétille et cabotine un peu lorsqu'il évoque ses souvenirs. Tout à coup, un silence visiblement ému s'impose après la lecture d'une vieille lettre. Ce que L'oeuvre invisible raconte d'un homme est très souvent amusant: on apprend par exemple que, jeune figurant dans un grand film de Federico Fellini, le réalisateur frustré avait profité d'être à Cinecittà pour voler des bouts de bobines inutilisés du maître italien. Plus tard, fou de Marlene Dietrich, il aura une véritable opportunité de tourner avec elle... qui n'aboutira à rien. Une précision: ces révélations posthumes n'ont rien d'infamant. Le film affiche au contraire une belle sensibilité, liée sans doute à la passion pour le cinéma qui réunit ses protagonistes. Et ce n'est que du bonheur !

L'oeuvre invisible
Documentaire français d'A. Tembouret et V. Rodionov / 2026

Une très belle surprise que cet opus: je dois bien vous avouer également que même le duo Avril Tembouret - Vladimir Rodionov m'était inconnu. Bref... marcher dans leur pas (et ceux des témoins qu'ils convoquent) aura été un grand plaisir, à NE SURTOUT PAS réserver aux cinéphiles. Dans une veine similaire, j'ai alors repensé aux errances de Sugar Man. Clouzot, Jodorowsky et d'autres ont eu, eux aussi, des films inachevés...

lundi 4 mai 2026

Jusqu'à l'impensable

Était-ce le film parfait pour un rebond ? Après vous avoir parlé samedi d'hommes et de femmes aveuglés par leur cupidité, je juge intéressant de revenir sur la personnalité de l'Américaine Lee Miller (1907-1977). Cette ex-égérie du photographe surréaliste Man Ray a ensuite travaillé comme reporter de guerre en Europe, pour le magazine Vogue (anglais).
 
Je ne reviendrai pas en détails sur toutes les étapes d'un parcours remarquable: complété de la fiche Wikipédia, le film dont je vous parle aujourd'hui devrait vous suffire à vous en faire une idée assez précise. Je suppose que vous l'avez reconnue: c'est la talentueuse Kate Winslet qui a choisi d'endosser le costume de Lee - elle est aussi productrice. Nous découvrons le personnage à Mougins, au bord de la Méditerranée. Été 1938: la belle insouciance d'un certain milieu artistique et bourgeois s'efface petit à petit. La photographe, elle, rencontre son futur mari. Ensemble, ils partent à Londres: c'est en témoin des conditions de vie des Britanniques pendant le Blitz que Lee réalise ses premières photos de guerre. Lee Miller - le film - nous la montre comme une femme déterminée à aller plus loin et, concrètement, à travailler sur le front européen. Elle y arrivera, non sans mal, et les images qu'elle produira seront - entre autres "sujets" - parmi les premières à illustrer la Shoah...

Il est peut-être utile que je précise que ce long-métrage est l'oeuvre d'une femme jusqu'alors reconnue comme directrice de la photographie sur de nombreux tournages. C'est sans nul doute ce qui peut expliquer que certains plans du film soient si travaillés, si propres, au risque d'apparaître un peu irréels - un comble ! Lee Miller assume les trous laissés dans la biographie de son personnage principal et une approche hollywoodienne parfois excessive. Construit comme le témoignage tardif de la photographe elle-même, ce long flashback de presque deux heures connaît quelques loupés et laisse parfois l'impression d'un vague défilé de vedettes féminines de la génération #MeToo - avec Marion Cotillard et Noémie Merlant côté français. La courte présence de Josh O'Connor n'apporte qu'un équilibre relatif, mais a le mérite d'ouvrir sur une scène finale assez jolie, qui redit toute l'importance du travail de mémoire. J'ai d'ailleurs apprécié que le film nous présente Lee sans trop d'artifice. Logique pour Kate Winslet: son engagement pour les droits des femmes n'est plus à démontrer. Je n'ai ici aucune raison de le remettre en cause.

Lee Miller
(Lee)
Film britannique d'Ellen Kuras / 2024
Les quelques petites maladresses du long-métrage, liées à une approche psychanalytique de son personnage, sont en réalité bien peu de choses comparées à ce qu'il peut nous raconter du parcours de cette femme étonnante. Et c'est toujours important de défendre la photo de presse ! Souvenez-vous: des films comme Camille ou Civil war l'ont fait aussi. J'ai également Harrison's flowers en tête, que je voudrais ENFIN revoir.

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D'ici là, deux dernières choses à vous signaler...

La première, c'est que le film a reçu un accueil contrasté: plutôt positif du côté de "L'oeil sur l'écran" et bien moins enthousiaste chez Pascale. Deuxième point: 250 photos de Lee Miller sont exposées au Musée d'art moderne de Paris jusqu'au 2 août prochain. Et je reste preneur d'infos...

samedi 2 mai 2026

Dérives coupables

Qu'est-ce qui fait qu'un beau jour, on écarte son idéal politique au point de l'oublier ? Comment - et à partir de quand - devient-on un salaud ? Parfois accusé de complaisance, le nouveau film de Xavier Giannoli traite ces questions en dressant le portrait de Jean Luchaire, militant pacifiste des années 20, puis patron dans la presse... collaborationniste.

C'est une évidence: Les rayons et les ombres revient sur une période trouble de l'histoire de France. Quand, en juin 1940, la drôle de guerre s'arrête à la demande du maréchal Pétain, Jean Luchaire croit possible qu'Allemagne et France travaillent ensemble dans un intérêt commun. Petit à petit, il va faire d'un journal, Les Nouveaux Temps, un outil parfait pour la propagande vichyste et nazie, tout cela en parfait accord avec son vieil ami allemand, Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris. Vite, il oubliera l'horreur de l'Occupation pour s'offrir quelques années d'une vie ultra-luxueuse, dépourvue de la plus petite rigueur morale. Cette histoire, je l'ai de fait découverte au cinéma. Le film la raconte par l'intermédiaire d'un témoin privilégié: Corinne, la fille de Luchaire. Une "gamine" qui, jeune vedette du cinéma à 17 ans, considère son père comme un homme de bien et se vautre avec lui dans la dépravation. C'est cet angle qui vaut parfois au film d'être accusé de minorer les faits et de rendre dès lors aux Luchaire un visage humain, voire respectable. Or, pour connaître la fin de l'histoire, je pense exactement le contraire !

Le scénario retient que Corinne, oie blanche écervelée, a été accusée d'une débauche qui n'était pas la sienne. Il suggère par ailleurs que Jean n'a d'abord agi que pour préserver les siens, sans volonté de nuire. Pourtant, la conclusion est sans équivoque: ce prétendu "aveuglement" est bel et bien coupable. Le père sera fusillé, la fille frappée d'indignité nationale. S'il les présente comme des malades que la tuberculose accable, jamais le film ne les plaint ou ne leur trouve quelque excuse. Tout au plus permet-il à Jean Dujardin de s'illustrer - positivement - dans un rôle majeur, à l'opposé de certaines de ses pitreries passées. Avec lui, une révélation: Nastya Golubeva, d'une justesse remarquable du haut de ses 21-22 ans. Je tiens par ailleurs à mentionner les qualités du grand acteur allemand qu'est August Diehl, aussi convaincant en nazi qu'il l'avait été en Autrichien refusant de rejoindre l'armée hitlérienne. Les rayons et les ombres dure trois heures et quart. Elles passent vite devant un travail technique irréprochable, malgré certaines scènes redondantes (dans des lupanars ou au sanatorium). Un film im-por-tant !

Les rayons et les ombres
Film français de Xavier Giannoli / 2026

J'essaye de ne pas abuser des points d'exclamation, mais les deux placés au terme de mes paragraphes témoignent de mon avis (très) favorable sur ce long-métrage majeur. Il succède à d'autres opus "giannolesques" aux personnages ambigus, comme À l'origine ou Illusions perdues. D'autres sont plus tendres, dans Quand j'étais chanteur et Marguerite. Et pour la France occupée, alors ? Revoyez donc L'armée des ombres...

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Un dernier point pour apporter une nuance...
Il est très possible que le film réinvente le parcours des deux Luchaire jusqu'à leur faire subir des avanies auxquelles ils ont pourtant échappé. Cela ne me choque pas. Il me paraît même plus qu'essentiel de rappeler qu'à la Libération, certains restaient peu soucieux de la "vraie" justice...

Et bien entendu, on peut toujours en débattre...
C'est une évidence: le film du jour a suscité des réactions contrastées. Je vous invite à lire les avis de Pascale, Dasola, Princécranoir et Strum. Tout cela sans oublier de faire un tour sur la Kinopithèque de Benjamin !

jeudi 30 avril 2026

Crime et injustice

C'est un fait: depuis la vague #MeToo, je me suis dit que le cinéma pouvait jouer un rôle - au moins sur le plan préventif - dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Le film L'île de la demoiselle propose d'y réfléchir autour de l'histoire de Marguerite de la Rocque. Vous ne la connaissez pas ? J'en étais tout aussi ignorant le mois dernier.

1542. La France vit sous le règne de François Ier. La classe dirigeante regarde vers l'Ouest et des expéditions sont menées jusqu'au Canada. Marguerite doit s'y installer avec son oncle et mari, nommé vice-roi. Problème: elle porte l'enfant d'un autre, Thomas d'Artois, qui l'a violée. Son agresseur, sa gouvernante et elle sont donc débarqués sur une île inhabitée au large de Terre-Neuve, avec juste deux semaines de vivres. C'est clairement une condamnation à mort, même si c'est à petit feu. Pas de doute à mes yeux: cette histoire mérite en effet d'être racontée.

Elle l'avait été une première fois par une femme de la Cour, soeur aînée du roi, dans un recueil de nouvelles, L'Heptaméron (publié en 1558). J'imagine que la princesse n'avait qu'un intérêt limité pour la véracité historique, mais il n'est pas certain que le film, lui, soit très "réaliste". Presque cinq siècles plus tard, beaucoup de choses... ont été oubliées ! L'île de la demoiselle reste un film plutôt intéressant, mais je trouve qu'il lui manque un petit quelque-chose pour être tout à fait pertinent. Incarnée, cette belle reconstitution d'époque nous parle de la survie d'une jeune femme en milieu hostile, confrontée aussi au fanatisme religieux, mais n'en tire ensuite que peu de conclusions sur le monde d'aujourd'hui. Il me semble qu'elle passe un peu à côté de son sujet. L'actrice belge Salomé Dewaels s'y montre, toutefois, très convaincante.

L'île de la demoiselle
Film franco-belge de Micha Wald / 2026

Je me demande en fait s'il n'aurait pas mieux valu traiter cette histoire comme un conte - les éléments imprécis en auraient alors été gommés. Cela dit, le scénario reste crédible et le cadre naturel de l'île d'Ouessant correspond bien à ce qui est raconté. On n'est pas dans The revenant ! Bref... je verrai d'autres films au sujet des violences faites aux femmes. La couleur pourpre et Mon roi, ça remonte. Des idées ? Je vous écoute.

mardi 28 avril 2026

Pour la vie

Le chiffre est impressionnant: 689 films sont sortis dans les cinémas français l'année dernière (avec des succès inégaux, bien évidemment). Celui que je vous présente ce midi trouvera-t-il des salles nombreuses et un large public ? J'en doute un peu: Sur le sentier me paraît fragile. Cet opus d'un cinéaste expérimenté n'a pas de véritable tête d'affiche...

Avez-vous seulement entendu parler de ce réalisateur, Gérard Jumel ? Connaissez-vous Florence Branger, sa partenaire dans le premier rôle féminin ? Ou Christophe Briand, Charles Rivère, Joana Watremetz ? Bonne nouvelle: vous avez l'occasion de les découvrir avec ce joli film. Sur le sentier nous transporte jusqu'à la Bretagne pour une histoire d'amour presque anachronique: celle qui, l'été 1973, unit Paul et Marie. Ils ont 16 ans, la vie devant eux, et se promettent de rester ensemble tout au long de leur existence. Las ! Après cette belle saison ensoleillée que Marie appelle "une petite éternité", l'adolescente sera bien obligée de suivre son père, muté (en Inde). Et le scénario s'intéresse à un Paul désormais retraité, qui semble n'avoir jamais oublié sa belle du temps jadis. Mieux: il croit l'avoir reconnue dans la silhouette d'une femme croisée - par hasard - sur les lieux mêmes de la rencontre d'autrefois. C'est lui, donc, mais serait-ce elle, aussi ? Bon... je préserve le mystère.

Si ce n'est la beauté du littoral breton, il n'y a rien de très spectaculaire dans Sur le sentier - un travail artisanal, au meilleur sens du terme. J'apprends sur Internet qu'il a été conçu par une société de production indépendante, également à la base d'une vingtaine de documentaires depuis les années 90. Ce nouveau film constitue une échappée belle propre à séduire celles et ceux qui croient encore en la force des rêves. Ancré aussi dans la réalité, très concrète pour son personnage principal passionné de physique quantique, c'est un film que j'ai trouvé optimiste. L'air de rien, il dit que, malgré le temps qui passe et chaque blessure que nous trimbalons tous, une vie nous est offerte, qui peut être belle. Le changement n'apporte pas forcément la mélancolie et une musique enjouée peut parfois suffire à considérer notre entourage autrement. Tout cela n'est que du cinéma, bien sûr, mais c'est bon à (ré)entendre. Gérard Jumel, lui, défend "d’autres regards sur le monde dans un esprit de liberté et d’exigence morale". Il promeut l'ensemble de ses films comme "une fenêtre ouverte, du réel à l’imaginaire" et je m'en réjouis !

Sur le sentier
Film français de Gérard Jumel / 2026

Sa relative modestie ne doit pas jouer en sa défaveur: c'est un film simple, mais sûrement pas un film simpliste. C'est surtout un beau film. Ses atouts majeurs à mes yeux: sa sincérité et sa justesse, suffisantes pour que je parle sans hésitation d'un petit coup de coeur personnel. Les amours adolescentes sont aussi au coeur de The spectacular now. Autre pays, autre ambiance. Et moins de pleurs qu'avec Virgin suicides !

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Une dernière petite info...

Juste pour dire que c'est encore un film vu grâce aux Fiches du Cinéma. Une (joyeuse) bande de cinéphiles qui alimente aussi une page d'Actu.fr.

lundi 27 avril 2026

Insta et le cinéma

On trouve de tout sur Instagram, y compris des passionnés de cinéma. Je n'avais pas encore parlé de ce réseau social, dont je me sers surtout comme vitrine pour certaines de mes photos. J'ai aussi pris l'habitude d'y suivre les comptes de certains bons connaisseurs du septième art. Vous en trouverez, bien sûr, qui se prennent beaucoup TROP au sérieux !

D'autres s'amusent et cherchent d'abord à divertir leur communauté. Avec des critiques, par exemple, mais bien d'autres idées ont émergé. Dernièrement, je suis tombé sur un compte dont l'administrateur propose de mesurer son degré de cinéphilie, par paliers successifs. L'idée est ici d'avoir vu (au moins) un film par étape. Si ça vous tente...

Je vous donne un exemple.
Avec d'abord le niveau ultra-facile (1 sur 3) :
Ratatouille / Transformers / Jurassic World

Puis le niveau très facile (1 sur 3) :
Le diable s'habille en Prada / Man of steel / Inception

Le niveau facile (2 sur 3) :
Matrix / Le loup de Wall Street / Get out

Le niveau moyen (1 sur 3) :
Parasite / Black Panther / Sinners

Le niveau sérieux (3 sur 3) : 
Taxi driver / Will Hunting / Whiplash

Le niveau solide (2 sur 3) :
Le prestige / Zodiac / Les infiltrés

Le niveau compliqué (2 sur 3) :
La haine / Reservoir dogs / Stand by me

Le niveau dur (2 sur 3) :
Sueurs froides / Ex Machina / Mademoiselle

Le niveau très dur (2 sur 3) :
Les sept samouraïs / After hours / Lolita

Le niveau hardcore (2 sur 3) :
Jeanne Dielman / Une histoire vraie / Mean streets

Le niveau extrême (1 sur 3) :
Y a-t-il un pilote dans l'avion ? / Paris, Texas / Beau travail

Le niveau... wesh (1 sur 3) :
Stalker / THX 1138 / Délivrance

Et enfin le niveau impossible (1 sur 3) :
Marathon man / L'enfer des zombies / Wanda

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Un petit bilan ?
Bon... je vous accorde que je me la joue un peu "grand spécialiste" grâce à cette liste dont j'ai validé tous les échelons. Un coup de chance. Honnêtement, parfois, ce n'est pas si évident et il m'est même arrivé d'être bloqué à l'un des tous premiers niveaux. On ne dira jamais assez que la cinéphilie est une notion subjective. C'est même tout son intérêt.

Dois-je cependant me satisfaire de la mienne ? Pas forcément, non. Évaluée à l'aune du tableau ci-dessus, elle obtient la note de 21 sur 39. Un calcul rapide: cela correspond à un peu moins de 54% de l'objectif. "Peut mieux faire", comme on pouvait l'écrire dans un carnet d'école. N'hésitez pas à rendre publics vos avis (et vos scores) en commentaires !

samedi 25 avril 2026

L'État, c'était lui

Le chiffre me plaît: en mars, j'ai vu des films de dix nationalités différentes. Quatre d'entre eux étaient italiens (record mensuel battu). Il est temps de revenir - une nouvelle fois - sur l'incomparable carrière de Claudia Cardinale, en évoquant un long-métrage rare: L'affaire Mori. L'adaptation d'un roman, paraît-il... et la relecture d'une histoire vraie !
 
Né en Lombardie en 1871, Cesare Mori avait reçu plusieurs affectations territoriales lorsqu'en 1925, Benito Mussolini en fit le préfet de Sicile. L'objectif de cette mission était clair: en finir avec la mafia locale. Grand défenseur de l'État, Mori fit alors preuve d'une inflexibilité totale et d'une relative efficacité. On dit même qu'il suscita un intérêt réel auprès d'hommes politiques aux États-Unis, résolus au même combat. Dans le film, on le voit prendre les armes et s'engager sur le terrain. Seule incertitude: le niveau de son adhésion au fascisme - les miliciens apparaissent ici comme de vils manipulateurs d'opinion, corrompus jusqu'à l'os et prompts à reprendre à leur profit les réussites des autres.

Sans réelle surprise, L'affaire Mori s'intéresse surtout à son personnage masculin (ce fameux Préfet de fer que nous présente le titre originel). Autant le dire: Giuliano Gemma se montre tout à fait convaincant. Claudia Cardinale, elle, est clairement en retrait, et joue un rôle symbolique: celui d'une femme pauvre et revêche qui renvoie l'État italien aux lourdes contradictions de sa prétendue politique sociale. Amoureuse du réalisateur, la belle partage la lumière sans état d'âme. Elle s'inscrit naturellement dans le cadre d'un long-métrage historique aux faux airs de western - ce qui m'a plu en tant qu'amateur du genre. Vous pourrez compter sur les paysages et la musique d'Ennio Morricone pour vous mettre dans l'ambiance: deux atouts plus qu'appréciables. Libre à vous ensuite d'approfondir le sujet. Oui, ça peut valoir le coup...

L'affaire Mori
(Il prefetto di ferro)
Film italien de Pasquale Squitieri / 1977
Un long-métrage quelque peu oublié, me semble-t-il, très rarement cité parmi les incontournables du cinéma transalpin. Une de mes chaînes payantes m'a permis de le découvrir: j'en suis au final assez satisfait. L'Italie n'a pas attendu Gomorra pour parler de la mafia au cinéma ! Vous cherchez un film récent sur le fascisme ? Je recommande Vincere. Sans écarter l'idée d'y revenir pour témoigner d'autres opus intéressants.

mercredi 22 avril 2026

Ojoloco et mes voyages

Vous en souvenez-vous ? L'année dernière, j'avais présenté deux films projetés lors du 13ème Festival Ojoloco de Grenoble (et restés inédits dans les salles françaises). J'y ai vu quatre longs-métrages cette année ! Avec l'espoir de titiller votre curiosité, j'ai alors choisi de les rassembler dans une même chronique, pour une certaine approche de la diversité...

Romería 
Espagne / Carla Simón / 2025 
- sorti en salles depuis le 8 avril
Ses parents sont morts du Sida quand elle était encore un bébé. Désormais majeure, Marina veut entreprendre des études de cinéma. Pour cela, elle a besoin d'une bourse et, pour l'obtenir, d'un document officiel confirmant à l'administration l'identité de ses père et mère biologiques. C'est pourquoi elle part à Vigo rencontrer sa "vraie" famille. La réalisatrice du film - son troisième - s'est dit-on inspirée d'éléments autobiographiques pour raconter ce pèlerinage (la traduction du titre). Elle nous livre un témoignage touchant et d'une très grande dignité. Grâce aussi à l'actrice débutante Llúcia Garcia, née en 2006, son récit maintient constamment notre intérêt pour le sort de la jeune femme. Elle ne pourra parfois compter que sur elle-même pour se tirer d'affaire. Tout à fait concret, le film s'autorise toutefois un petit écart onirique avec un final porté par un flashback singulier. La belle et cruelle réalité apparaît ainsi au grand jour. Mais Marina, elle, ira sûrement de l'avant...

(+) La petite info en plus...
En version originale, le film parle à la fois espagnol, catalan et français. Comme ses personnages, en fait, et même si l'action se passe en Galice.

NB : Pascale a également vu le film et en est sortie moins enthousiaste.

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Olivia & les nuages (Olivia & las nubes)
République dominicaine / Tomás Pichardo Espaillat / 2024 - inédit
Bigre... voici assurément l'un des films d'animation les plus singuliers qu'il m'ait été donné de voir ! J'aurais sans doute bien des difficultés pour vous résumer son propos. Il parle en tout cas des sentiments d'attachement qui peuvent unir (ou non) hommes et femmes. Un fil conducteur ténu pour ma première visite d'un pays plutôt méconnu. L'auteur qui nous offre cette possibilité signe ses débuts au format long. Derrière sa grande virtuosité technique, il témoigne d'une imagination des plus fertiles, apte donc à nous interpeller, voire à nous émouvoir. J'en retiens que la communication est indispensable entre les êtres humains, a fortiori lorsqu'il s'agit de former un couple. Vous me direz que ce n'est pas un scoop: je l'admets. Il est préférable de voir le film sans y chercher un message. On pourra parler de cinéma expérimental ou, comme je l'ai lu dans une critique, d'une "exploration surréaliste des mystères de l'amour". J'ai apprécié de la contempler à coeur ouvert.

(+) La petite info en plus...
Le film a été vu au Festival d'Annecy 2025 (sans y avoir obtenu de prix). Je crois qu'il reste inédit dans les salles françaises. Et devrait le rester...

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La fille condor (La hija cóndor)
Bolivie / Álvaro Olmos Torrico / 2026 - prévu en salles dès le 19 août
Les films boliviens sont rares, même en festivals: je n'ai aucune donnée statistique précise à vous donner, mais je l'ai entendu de l'animateur d'Ojoloco qui animait la soirée de présentation de ce long-métrage. Présent sur scène à ses côtés, le réalisateur ne l'a nullement démenti. Cela noté, je veux surtout retenir le plaisir pris lors de cette séance. J'ai aimé grimper sur les montagnes pour rencontrer le duo Ana-Clara. La mère exerce comme sage-femme - à partir de savoirs ancestraux - tandis que la fille intervient à ses côtés pour créer une atmosphère apaisée. Sa méthode consiste à chanter d'anciennes chansons douces aux oreilles, tout en observant les gestes précis qu'elle devra accomplir le jour où elle prendra la succession de son aînée. Or, Clara a des envies d'ailleurs et comprend vite qu'Ana n'acceptera pas de la laisser partir. Malgré quelques longueurs, j'ai trouvé le film intelligent et touchant. Les deux actrices (Marisol Vallejo Montaño et María Magdalena Sanizo) sont bien entourées et d'une justesse de jeu d'autant plus admirable qu'elles n'avaient jamais tourné. Je vous souhaite de les croiser cet été !

(+) La petite info en plus...

Les protagonistes du film sont presque tous des Quechuas, descendants des premiers Andins (Wiki). Leur langue réunit dix millions de locuteurs.

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Suçuarana
Brésil / Clarissa Campinola et Sérgio Borges / 2024 
- inédit
Elle l'admet elle-même: "Je ne cherche pas vraiment à me poser". Confiée aux bons soins de sa grand-mère, Dora est adulte désormais. Après la mort de son aînée, elle a quitté le lieu où elles habitaient ensemble et vit depuis sur la route. Sur elle, une photo de sa mère avec, au verso, le nom du lieu où elle a été prise - Eldorado supposé. Suçuarana: c'est aussi le titre de ce très beau film brésilien, resté loin des salles françaises jusqu'à aujourd'hui (j'espère que ça changera). Ojoloco l'a promu comme l'un des plus beaux opus du Festival 2026. Sachez-le: c'est un road movie. On arpente le Minas Gerais, une région minière située au nord du Sudeste, tout autour de Belo Horizonte. Autant le dire: elle ne colle pas à la première image que l'on a du Brésil. Mais justement, c'est l'un des intérêt du film de nous montrer un pays très éloigné de la samba, du foot et de l'immense plage de Copacabana. Un pays où il reste de la solidarité: un temps, Dora oublie sa quête individuelle et s'intègre dans un collectif d'autres laissés pour compte. J'espère que vous aurez la chance de découvrir ce qui lui arrive ensuite.

(+) La petite info en plus...
Voyez la photo: parmi les acteurs du film, il y a également un chien ! Blague à part, j'ai trouvé qu'il apportait une petite touche fantastique...

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Vous l'aurez compris: Ojoloco continue de se focaliser sur le cinéma ibérique et latino-américain. C'est un très bel événement, aux formes multiples. Il est presque exclusivement mis en place par des bénévoles.

Un petit bilan personnel...

Je n'avais jamais vu autant de films au cours d'une édition du Festival. Une cinquantaine était au programme cette année, documentaires compris. C'est à regret que j'ai dû écarter As vitrines, un film brésilien sur des enfants victimes du putsch d'Augusto Pinochet, au Chili (1973). Autre loupé: Maspalomas, le portrait d'un vieil Espagnol homosexuel. Rattrapage possible cet été, peut-être: il doit sortir en salles le 24 juin. Les dates d'Ojoloco 2027, elles, n'ont pas encore été communiquées. J'imagine que je vous en reparlerai, le moment venu ! À suivre, donc...

Quelques chiffres et un rappel...

Depuis le début janvier, avant Ojoloco, je n'avais vu "que" trois films dans sa ligne: deux productions espagnoles (Les disparus et Los tigres) et un long-métrage brésilien (Les voyages de Tereza, mon préféré). Avec seize films, 2025 reste pour l'heure ma deuxième année-record pour le cinéma ibérique et latino - derrière 2016 et ses dix-huit séances.

Et enfin, un tout dernier mot...
Vous pouvez bien évidemment retrouver ma double chronique de 2025.