jeudi 30 novembre 2023

À bon compte ?

Son rêve, ce serait de faire des maths tout le temps. La seule façon de mettre un peu d'ordre dans notre monde infini, pense-t-elle. Marguerite, étudiante à Normale Sup, doit soutenir une thèse à l'oral pour devenir chercheuse. Mais cette ultime épreuve la voit échouer ! Le raisonnement de la jeune femme est contredit. Et tout s'écroule...

Qu'arrive-t-il en pareil cas ? Je n'ai pas fait d'études assez longues pour le savoir. J'imagine qu'après de si longues années d'un travail acharné, l'étudiant, fille ou garçon, qui n'obtient pas le diplôme convoité peut allégrement "péter les plombs". C'est l'hypothèse du film dont je voulais vous parler aujourd'hui: Le théorème de Marguerite. La thésarde qui en est l'héroïne encaisse le choc et cherche un boulot utile pour oublier sa grosse déconvenue de scientifique chevronnée. Je vous laisserai découvrir par vous-mêmes comment elle s'y prendra pour retrouver un mental conquérant et si elle oubliera ces maths qu'elle a si longtemps considérées comme sa raison d'être. Un point important: il n'est pas du tout nécessaire d'être un pro des équations pour tout comprendre au scénario ! Car l'enjeu véritable est ailleurs...

Il me semble en effet que le film est d'abord le portrait d'une femme. D'une femme comme il y en a encore peu, je suppose, la protagoniste du long-métrage apparaissant d'ailleurs particulièrement solitaire. Est-ce logique ? Normal ? Injuste ? Le théorème de Marguerite n'assène aucune réponse, mais nous invite à réfléchir à la question. Pour cela, au-delà de ses qualités d'écriture, il peut surtout s'appuyer sur la parfaite interprétation d'Ella Rumpf, l'actrice principale, 28 ans. J'ai trouvé très intéressant son duo avec un garçon de la Comédie française, Julien Frison, 30 ans, que je n'avais pas repéré jusqu'alors. Face à l'expérimenté Jean-Pierre Darroussin, la jeunesse assure. Clotilde Courau, elle, est une jolie retrouvaille (dans un petit rôle). Qu'ai-je aimé encore ? Les ruptures de ton du récit, ses notes humoristiques, ses petites touches dramatiques et son optimisme finalement salvateur. Sans hésiter, je dis que tout est bon à prendre !

Le théorème de Marguerite
Film français d'Anna Novion (2023)

Les deux premiers films de la cinéaste sont sur Mille et une bobines. Attention: si ce n'est un rôle pour Darroussin, ils n'ont guère de lien avec ce nouvel opus. Certains ont vu en Marguerite un personnage proche de celui de Sophie dans La voie royale... et cela me convainc davantage que le parallèle (masculin) avec Un homme d'exception. Pour d'autres maths féminines, autant revoir Les figures de l'ombre !

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Un dernier mot ?

Oui: pour relayer l'avis de Dasola. Et celui de Pascale... en point final.

lundi 27 novembre 2023

Le voyage de Mahito

À 82 ans, Hayao Miyazaki signe-t-il une oeuvre à visée testamentaire avec Le garçon et le héron ? Certaines des critiques que j'ai lues après avoir découvert le film l'affirment. Il est vrai que le maître japonais renoue avec ses motifs, mais aussi avec quelques souvenirs très lointains: les bombardements de Tokyo, une mère hospitalisée...

Celle de Mahito, le jeune héros du film, est également la pensionnaire d'un établissement de soins, qu'un raid aérien dévaste soudainement. Sa mort conduit l'enfant et son père, ingénieur dans une usine d'armement, à quitter la capitale pour une maison à la campagne. D'abord meurtri par le deuil, Mahito y découvre une jeune femme souriante qui n'est autre que sa tante. Très vite, la gigantesque tour couverte de végétation qu'il repère à proximité l'intrigue fortement. Le gosse tient à comprendre ce qu'est devenu le majestueux oiseau entré par l'une des fenêtres, mais les lieux lui semblent inaccessibles. Préoccupées, de vieilles dames l'invitent à ne pas aller voir plus loin...

Le garçon et le héron
s'ouvre donc sur un drame et des images saisissantes, aussitôt suivies d'autres, bucoliques et donc porteuses d'apaisement. Nous n'en sommes encore qu'au prélude: un univers imaginaire va bientôt se déployer devant nos yeux (émerveillés). Pélicans, grenouilles ou poissons parlants, d'autres animaux unissent leurs forces pour nous emmener ailleurs, en un lieu où une réponse pourrait bien être donnée aux délicates questions que Mahito se pose. Il lui faudra dès lors suivre un parcours initiatique, un thème habituel dans toute l'oeuvre du génie à l'origine de ce superbe dessin animé. Mais il ne faut pas priver les adultes de ce voyage à nul autre pareil...

J'insiste sur un point: l'animation s'apparente ici à de l'orfèvrerie. Habitués que nous sommes à une telle prouesse, il peut nous arriver d'oublier à quel point ce style est même emblématique de son auteur. Actif depuis les années 60 et découvert en France avec une trentaine d'années de retard, Miyazaki-san n'en finit plus d'épater ! Son travail me fascine d'autant plus qu'il est tout aussi inventif que constant. Aujourd'hui, ses divers exégètes s'interrogent sur ce qu'il adviendra de Ghibli, son studio, lorsqu'il rejoindra son vieil ami Isao Takahata parmi les étoiles. Avant de le savoir, pouvoir profiter de son talent avec ce nouvel opus - diffusé en salles obscures - tient du privilège...

Bon... déjà fort longue, cette chronique élude toutefois l'hypothèse d'un ultime message du réalisateur nippon à son public, fidèle ou non. Petit indice: parmi ses personnes importants, Le garçon et le héron compte un vieux monsieur, chargé de la construction et de l'équilibre du monde. En s'apercevant ensuite qu'à l'écran, ce monde est édifié sur treize briques fondatrices, comme autant de films d'animation inventés par Miyazaki, d'aucuns ont vu en ce protagoniste l'alter ego du cinéaste. Je le reconnais: cela ne me paraît pas du tout absurde. D'ailleurs, j'ai noté que le film parlait de transmission, entre autres. J'ajoute que ce n'est pas forcément ce à quoi j'ai été le plus sensible. Embarqué dans une aventure complexe, je me suis laissé emporter par le récit. "Ceux qui cherchent à comprendre périront": cette phrase d'une scène de transition m'incite à me contenter de mes émotions pour vous recommander une rapide sortie au cinéma le plus proche...

Le garçon et le héron
Film japonais de Hayao Miyazaki (2023)

Je n'avais encore regardé qu'un seul film venu du Pays du soleil levant cette année... et c'était déjà un animé: 7 jours, de Yuta Murano. Celui d'aujourd'hui lui est largement supérieur et pourrait s'inscrire comme une nouvelle référence. Cela dit, je vous avoue humblement que j'ai préféré Le voyage de Chihiro. Et sur le sujet du traumatisme lié à la guerre, Dans un recoin de ce monde est à voir, sans hésiter !

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D'autres regards pour vous convaincre ?

Princécranoir et Strum ont été parmi les premiers à publier un avis favorable. Pascale a aimé aussi, avec (un peu) moins d'enthousiasme.

samedi 25 novembre 2023

Une seule couronne

Je suis allé au Danemark en 2010 et y retournerai très volontiers. Quelques années plus tôt, j'avais appris d'un Danois que ce pays nordique est encore gouverné par une reine: Sa Majesté Margrethe II. Il faut remonter jusqu'en 1387 pour trouver la première souveraine qui ait porté ce prénom. Et le personnage-phare de mon film du jour !

À qui voudra bien s'intéresser à ce sujet, Margrete, reine du Nord raconte comment, au tout début du XVème siècle, la monarque parvient à rassembler sous la même couronne le Danemark, la Suède et la Norvège. Le scénario suggère qu'elle ouvre ainsi une ère de paix et de prospérité pour les différents peuples relevant de son autorité. Mais, très vite, un fichu grain de sable vient enrayer la mécanique royale: alors que Margrete a placé Erik, son fils adoptif, à ses côtés comme héritier, elle voit un autre homme, Olaf, débarquer à la cour. Et, pire, affirmer qu'il est son vrai enfant - celui qu'on croyait mort depuis des lustres. De quoi faire basculer un royaume dans le chaos ! Je vous laisse désormais découvrir par vous-mêmes ce qu'il adviendra de celui du Danemark (et aussi des autres terres à lui associées). D'après ce que j'ai pu comprendre, le film prend d'importantes libertés avec la réalité historique. Qu'à cela ne tienne: ce que j'ai vu m'a plu. Tout au plus m'a-t-il manqué quelques scènes d'action plus enlevées. L'essentiel se passe dans un palais et cela reste agréable à regarder...

Margrete, reine du Nord
Film danois de Charlotte Sieling (2021)

Une réalisatrice pour ce beau portrait féminin: c'est une bonne chose. Si j'avais senti un peu plus de souffle épique, je pense que ma note aurait été arrondie à l'étoile supérieure. Tant pis pour cette fois ! Cette année, j'ai adoré La dernière reine, dans un genre proche. Passionnés d'histoire, il est possible que Marie Stuart, reine d'Écosse vous convienne pareillement. Et ne pas oublier Elizabeth, of course...

vendredi 24 novembre 2023

Offrons du cinéma !

Je dois bien l'admettre: c'est très souvent au cours des derniers jours avant la date fatidique que je fais mes courses (et cadeaux) de Noël. Autant dire qu'à un mois de l'échéance, je n'ai même pas commencé ! Vous n'avez pas d'inspiration non plus ? Je me dis que le cinéma pourrait être d'un grand secours, dans certains cas. À vous de juger...

Il y a quelques années, ma chère maman m'avait offert une carte d'abonnement pour un an d'accès illimité aux salles d'un grand réseau national. Elle n'a fonctionné que dix mois... et je n'ai jamais obtenu de remboursement ou de prolongation. Ce genre de déconvenues s'évite facilement: en offrant des livres sur le cinéma, par exemple. J'ai déjà une belle collection: je vous en reparlerai un jour prochain. D'ici là, je suis à l'affût de toute bonne idée pour préparer les Fêtes. Soyez rassurés: l'heure de la pause hivernale sur Mille et une bobines n'a pas encore sonné - je prends encore un mois pour parler de films. Si vous voulez m'en recommander pour Noël, n'hésitez surtout pas ! C'est de fait un autre sujet sur lequel je sèche, année après année. J'imagine que, dans un mois, je m'en sortirai avec un bon classique...

mercredi 22 novembre 2023

Comme une fièvre

L'ai-je déjà dit ? Peut-être. S'il fallait que je désigne quelques mots auxquels je tiens, je crois que l'utopie serait vraiment bien placée. Celle de Raymond Maufrais était d'explorer des zones peu défrichées. C'est ainsi qu'avant même ses vingt ans, il arpenta le Mato Grosso brésilien auprès des Chavantes, Indiens réputés hostiles aux Blancs...

Le film La vie pure revient sur les traces de cet homme, mais choisit de ne pas se consacrer à ses premières expéditions en Amérique latine. Le scénario ne retient que la dernière: un parcours en Guyane française, à destination du Brésil, avec l'idée de gravir les sommets mythiques des monts Tumuc-Humac (en fait une suite de collines). Parti au début de l'été 1949, Maufrais, ex-résistant, ne revint jamais de ce voyage. Ce que les historiens en savent toutefois aujourd'hui est issu d'un carnet qu'il laissa derrière lui et qui, lui, fut retrouvé. Épuisé et malade après des semaines de jungle, le jeune explorateur aurait achevé son périple en se jetant dans un fleuve, dans l'espoir insensé de dériver jusqu'à un village où il pourrait enfin être soigné. Vous l'aurez compris: le long-métrage évoque ce qui s'est passé avant. Il s'avère très touchant, sans déployer de grands moyens techniques. Et les scènes extérieures dévoilent bel et bien un territoire fascinant !

Ce récit est d'autant plus fort qu'il s'appuie sur un montage alterné. Entre deux scènes de jungle, il nous mène à Toulon, la ville d'origine de Maufrais. Nous y rencontrons sa mère et son père, un couple capable de laisser son enfant vivre son utopie, mais bien sûr inquiet de ne pas le voir revenir. Edgar vaudrait sûrement un film à lui seul ! Plutôt que de céder aux larmes, il mena au total dix-huit expéditions en douze ans et sur 12.000 kilomètres pour retrouver son fils. Point positif: La vie pure ne présente jamais cet acharnement paternel comme une banale lubie. À vrai dire, c'est surtout Raymond lui-même que la caméra filme, sans d'ailleurs porter le moindre jugement moral sur son entreprise et/ou sa dimension pathétique. Bon... je doute que de grosses sommes d'argent aient été investies sur ce tournage. Conséquence: les images ne sont pas toujours les plus spectaculaires. Cela ne m'a pas réellement dérangé, d'autant que le tout dernier plan m'a laissé le temps de vivre une belle émotion - et c'était nécessaire. Vous voulez en savoir plus ? Internet regorge d'éléments intéressants !

La vie pure
Film français de Jeremy Banster (2015)

Le parcours de Raymond Maufrais est édifiant et je suis heureux d'avoir pu le découvrir grâce au cinéma. Il le rapproche quelque peu de Christopher McCandless, le héros - malgré lui ! - de Into the wild. Dans l'idée d'une rencontre avec un peuple étranger, j'ai pensé aussi aux temps anciens et au destin de Percy Fawcett (The lost city of Z). Avant de décoller vers l'Afrique pour revoir Gabriel et la montagne...

lundi 20 novembre 2023

Noir d'Espagne

Avril 2001. Les tours du World Trade Center percent toujours le ciel de New York lorsque L'échine du Diable débarque dans les cinémas espagnols. Ce film, le Mexicain Guillermo del Toro l'a rêvé longtemps avant de le tourner, aidé par les frères Agustin et Pedro Almódovar. La France ne le découvrira enfin qu'un an plus tard, début mai 2002...
 
Carlos, un garçon d'une douzaine d'années, est confié à un orphelinat catholique. Nous sommes vers 1936, en pleine Guerre d'Espagne. D'emblée, le nouveau venu - que la directrice de son lieu d'accueil considère comme une encombrante bouche à nourrir - est malmené par ses condisciples. Pour gagner leur respect, il met au défi le chef de la bande de l'accompagner dans une sortie nocturne non-autorisée. Cela ne suffira pas, mais d'autres circonstances permettront à Carlos de faire sa place dans la petite troupe de ces gosses aux parents évanouis. Comme souvent chez Guillermo del Toro, la réalité tangible est accompagnée d'une autre, fantastique, aux contours insondables. L'échine du Diable ne dévoile donc ses secrets qu'au compte-gouttes. Et ce qu'il va alors révéler ne plaira pas forcément à chacun de vous...

Pour ma part, je reste sensible au charme persistant d'une esthétique particulière, propre à son auteur. J'apprécie cette subtile combinaison entre l'idée que l'on peut se faire de cette page noire de l'histoire espagnole et les inventions de Guillermo del Toro, lui-même explicite quant à ses influences multiples. Il est vrai également que ce décorum prend beaucoup de place à l'écran, au détriment parfois d'une intrigue mieux ficelée (ce que certains ont reproché à L'échine du Diable). D'après moi, c'est autour des enfants que le scénario est construit. J'estime toutefois que le casting adulte est lui aussi à la hauteur ! Marisa Paredes et Irene Visedo forment deux figures féminines fortes et fascinantes jusqu'au bout du métrage. J'ai aimé aussi la prestation qu'offre Federico Luppi, vieux médecin sage et antagoniste parfait d'Eduardo Noriega - dont je préfère taire le rôle dans ce sombre récit. Nommé deux fois aux Goya, le film reçut notamment un Grand Prix d'argent du meilleur film fantastique européen au cours du Festival d'Amsterdam et un Prix spécial du jury à celui de Gérardmer (Vosges).

L'échine du Diable
Film hispano-mexicain de Guillermo del Toro (2001)

Mon troisième opus signé GDT cette année, meilleur que Pacific Rim et, à mes yeux, légèrement en-dessous du malaimé Crimson Peak. Qualité: des rebondissements qui ne ménagent pas les personnages d'enfants, d'ailleurs très bien joués par les jeunes acteurs concernés. Avec Les révoltés de l'an 2000, on parle de revanche dans le cinéma espagnol. Et de "spectacles" à manipuler avec une grande précaution !

samedi 18 novembre 2023

Écolo ma non troppo

Intouchables les a fait grimper jusqu'à la deuxième place des succès du cinéma français. C'était en 2011. Olivier Nakache et Éric Toledano peuvent être sereins, même si leur opus 2023 ne montera pas si haut. Quelque 140 avant-premières ont été organisées partout en France pour la promotion de ce nouveau film. De la pub en version bulldozer !

Je dois bien le dire: dans les premiers jours qui ont suivi la sortie d'Une année difficile, j'en ai surtout eu des échos défavorables. Résumons: Albert et Bruno se rencontrent par hasard et découvrent qu'ils sont tout aussi fauchés l'un que l'autre. Leur nature combinarde aidant et malgré leur désinvolture, ils intègrent un collectif écolo. Ambition: profiter des chips et bières gratuites que les militants partagent lors de leurs réunions, sans réellement s'engager toutefois. Bientôt, les beaux yeux de Valentine, l'une des leaders charismatiques du mouvement, leur donnera l'envie de faire partie des forces vives mobilisées sur le terrain. Est-ce que tout cela est crédible ? Mouais. Franchement, on s'en fiche un peu: Pio Marmaï et Jonathan Cohen forment en tout cas un duo (de pieds nickelés) plutôt vraisemblable. Quant au désir de fréquenter Noémie Merlant, je peux le comprendre. Et c'est grâce à ces trois comédiens que le film, lui, pourrait séduire !

Fidèles à eux-mêmes, Nakache et Toledano s'offrent une chronique amusée de la France d'aujourd'hui, et ce sur un ton assez consensuel. De fait, je les ai connus - un peu - plus percutants. L'irruption inattendue de présidents de la République en début et fin de métrage reste insuffisante à faire d'Une année difficile un pamphlet politique. Il lui manque ce petit côté incisif propre aux films vraiment engagés. Personnellement, je ne trouve pas que ce soit un souci: j'étais venu pour un spectacle de ce genre et sans attendre qu'il fasse des vagues. Il est certes possible que je me montre plus exigeant une autre fois. Pour l'heure, je vais camper sur ma position et accorder une note généreuse. Pour le fond, hein ? La forme, elle, carbure à l'ordinaire. Seule la conclusion sort du lot, mais... elle le fait encore timidement. Au terme de deux heures de projection, il faudra s'en contenter. Quitte, d'ailleurs, à attendre un passage télé. Histoire de voir venir...

Une année difficile
Film français d'Olivier Nakache et Éric Toledano (2023)

Rien de transcendant, mais rien de honteux non plus: je choisis donc d'arrondir ma notation "raisonnable" à la demi-étoile supérieure. Allez... je reconnais toutefois qu'en d'autres mains, les bras cassés que sont Albert et Bruno auraient sans doute eu davantage d'éclat. Vous avez tiqué sur la satire des milieux écolos ? Les militants verts sont regardés autrement dans Sabotage. Et, bien sûr, dans Demain...
 
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Une chronique un peu plus nuancée vous tente ?

Vous en trouverez une chez Pascale. Un regard positif, mais pas trop.

mercredi 15 novembre 2023

Le peuple des glaces

Paris, Nancy, Reims, Rouen et Le Havre: c'est au nord de la France que j'ai passé la moitié de ma vie jusqu'à aujourd'hui. Je me souviens des gentilles moqueries de mes cousins sudistes et de leur certitude d'avoir à affronter des températures polaires en me rendant visite. J'ai attendu le mois dernier pour enfin découvrir Nanouk l'Esquimau !

Je crois toutefois que c'est à Nice (ou dans ses environs immédiats) que, pour la première fois, j'ai eu vent de ce film d'un autre âge. Aucun doute, le grand froid est de mise: comme son nom l'indique explicitement, cette très ancienne oeuvre de cinéma fait le portrait d'un Inuit, ainsi que l'on appelle désormais les peuples autochtones des régions arctiques de l'Amérique du Nord. Tourné sur ces terres inhospitalières au tout début du siècle dernier, Nanouk l'Esquimau est le plus souvent présenté comme l'un des premiers documentaires de l'histoire du cinéma, mais ce n'est pas tout à fait vrai, en réalité. L'homme est filmé avec sa vraie famille et ses vrais chiens, d'accord. Après ma séance, j'ai appris que Robert J. Flaherty, le réalisateur américain parti capter ces images, avait dû retourner sur le terrain après avoir perdu un premier film dans un incendie. On sait en outre qu'il a mis en scène certaines séquences, au détriment de la vérité "pure". Mais il l'aurait fait sans mentir à ses hôtes et en veillant bien à leur montrer le résultat de son travail au fil de l'avancée du projet...

La manière dont le film a été produit est aussi savoureuse qu'insolite. Nanouk l'Esquimau fut en effet financé par Révillon Frères, fourreur parisien, et inspira le nom donné ensuite à une fameuse gourmandise glacée. Je vous rassure tout de suite: il y a d'autres (bonnes) raisons pour qu'il soit perçu de nos jours comme un véritable film-culte. Formidablement conservées, les images ont ce pouvoir de séduction particulier que possèdent en général les grands classiques du muet. Les cartons explicatifs, eux, sont parfois un peu trop grandiloquents, mais nous aident à mieux appréhender ce qui nous est donné à voir. Personnellement, j'ai eu la chance de profiter de tout cela à l'occasion d'un ciné-concert de la compositrice et batteuse jazz Anne Paceo. Mieux encore: c'était en fait un mardi après-midi, au coeur d'une salle de taille significative et pour une bonne partie remplie d'enfants attentifs. Croyez-moi: le spectacle, intemporel, peut aussi bien plaire aux bambins du 21ème siècle qu'aux adultes qui y assistent avec eux. Et je ne me suis pas ennuyé une seule seconde pendant la projection !

Nanouk l'Esquimau
Film (franco-)américain de Robert J. Flaherty (1922)

Cet objet de curiosité conserve quelque chose de très touchant en lui qui l'aide à briller encore. Son aspect ethnographique m'a rappelé celui... de La chasse au lion à l'arc ! Précision: c'est grâce à Tabou et donc à Bora-Bora que j'ai fait connaissance avec R. J. Flaherty. L'Arctique ? Je l'ai vu dans deux thrillers - Far North et On the ice - et un (beau) film animé, Tout en haut du monde. De quoi s'évader...

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Envie de rester en ces glaciales contrées ?

Une suggestion: vous fier à Eeguab et Lui pour vous servir de guides.

lundi 13 novembre 2023

Instinctivement

Immédiat et inexpliqué: dans Le règne animal, il nous est demandé d'accepter l'idée qu'un phénomène puisse transformer certains êtres humains en bêtes - ours, aigle, poulpe, grenouille ou même pangolin ! J'apprécie les artistes français qui s'essayent au cinéma de genre. Thomas Cailley en fait partie... et cela m'a fait plaisir de le retrouver.
 
C'est avec la même satisfaction que j'ai regardé Le règne animal sans tellement me poser de questions. J'y ai découvert un acteur plutôt intéressant en la personne de Paul Kircher, 21 ans. Le scénario le rajeunit un peu, puisqu'il incarne un adolescent, encore au lycée. Avec son père, le jeune homme démarre une nouvelle vie dans le sud de la France, à proximité du lieu où sa mère doit être hospitalisée comme l'une des victimes du phénomène que je viens d'évoquer. Problème: l'ambulance qui la conduit vers cet établissement de soins sort de la route et ses passagers disparaissent alors dans la nature. C'est le point de départ de ce qu'on pourrait appeler un parcours initiatique pour le jeune héros de ce long-métrage assez surprenant. D'après moi, le mieux est de se laisser guider: je ne crois pas utile d'analyser ce qui se passe pour apprécier ce récit vraiment original. Original par nature, pourrais-je dire, en jouant un peu avec les mots !

Vous avez peur d'être largué(e)s ? Je dois vous avouer que le casting m'a aidé à trouver des repères. Au milieu d'une foule d'interprètes inconnus, j'y ai en effet retrouvé un duo d'acteurs que j'apprécie particulièrement, j'ai nommé Adèle Exarchopoulos et Romain Duris. Elle, gendarme, est certes moins mise en avant que lui, brave type fort préoccupé par la santé de sa compagne et la sérénité de son fils. Or, malgré cela, leur binôme fonctionne et s'avère plutôt attachant. Au-delà de ces vagues considérations liées au jeu, Le règne animal parvient à créer un univers tout à la fois fantastique et crédible. Bonus appréciable: quelques très belles scènes (de nuit, notamment). Le décor naturel des Landes de Gascogne joue sans doute beaucoup dans le vif plaisir que j'ai eu, ici et là, à contempler certains plans. Notez par ailleurs que les  effets spéciaux sont vraiment réussis ! Intelligemment, le film n'en abuse pas - et c'est ma foi très bien ainsi.

Le règne animal
Film français de Thomas Cailley (2023)

Une surprise toute relative, mais un long-métrage que j'ai apprécié. Oui, parfois, la joie au cinéma, ce n'est pas plus compliqué que cela ! Certain(e)s d'entre vous se souviendront peut-être que le cinéaste était déjà derrière Les combattants. Cette fois, un lien de cousinage me paraît possible avec des films comme Vincent n'a pas d'écailles ou La dernière vie de Simon. Où l'inattendu survient, sans préavis...

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Et maintenant, pour d'autres opinions...

Je vous recommande de consulter aussi les avis de Pascale et Dasola. J'ai noté également que celui de Princécranoir était des plus cinglants.

samedi 11 novembre 2023

Pour mémoire

Diantre ! Une photo d'Emmanuel Macron sur Mille et une bobines ! Aujourd'hui, je ferai court: je veux simplement vous poser la question de votre intérêt - éventuel - pour les chroniques commémoratives. Celle que j'ai publiée jeudi midi reposait aussi sur mon goût des films historiques. J'aimerais donc savoir si vous le partagez, peu ou prou...

J'aurais bien sûr pu rédiger un énième texte mémoriel ce samedi. Mais lundi, c'est promis: je reviens parler d'un film - sans perspective historique, cette fois, et qui pourrait vous intéresser "autrement". Avez-vous remarqué que, demain, il nous restera cinquante jours avant d'entrer dans 2024 ? Le temps passe très vite, mais le cinéma devrait encore nous offrir quelques belles surprises pour finir 2023. J'ai recompté: l'an passé, après le 11 novembre, j'avais écrit 19 billets sur le blog (et vu 23 films). Je compte bien poursuivre sur cette voie !

jeudi 9 novembre 2023

Oublié, le mur...

Il semblerait que les livres d'histoire soient une source d'inspiration majeure pour les artistes de cinéma. Revenir sur un événement passé par l'entremise d'un long-métrage est souvent un plaisir pour moi. C'est ainsi que j'ai découvert Un amour au temps du no man's land. Un film inédit dans les salles de France et diffusé il y a peu sur Arte...

Il nous accompagne dans l'Allemagne du tout début des années 90. Après la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989, une petite année est passée avant le retour officiel d'une République unique, réunifiée. Le film nous rappelle que tout cela ne s'est pas déroulé sans heurts. Son scénario imagine que le descendant d'une ex-famille de l'Est veuille à tout prix récupérer la maison de son père, que ce dernier aurait jadis abandonnée pour fuir l'ancien totalitarisme communiste. Oui, mais voilà... d'autres personnes s'y sont légitimement installées. Et toutes ces considérations passent largement au-dessus de la tête de Katja et Thorben, adolescents issus de chacun des deux "camps" définis par leurs parents et tombés amoureux sans imaginer le pire ! Inutile d'aller plus loin: vous avez sûrement compris l'idée générale. Pas antipathique du tout, Un amour au temps du no man's land m'apparaît accessible à tous les publics - c'est sa force et sa limite. Pour ma part, j'ai fini par considérer les deux personnages principaux comme une métaphore de leurs pays respectifs. Oui, ça marche bien !

Un amour au temps du no man's land
Film allemand de Florian Aigner (2019)

Une précision qui pousse à l'indulgence: il s'agit pour le réalisateur d'une toute première oeuvre de fiction. Il est vrai que d'autres films allemands ont plus d'éclat: je pense évidemment à Good bye Lenin. Pour une vue plus sombre de cette période tendue, je vous conseille d'accorder votre attention à un film comme De l'autre côté du mur. Autre option: Le vent de la liberté, avec son grand souffle d'espoir...

lundi 6 novembre 2023

En bande organisée

Je vous ai parlé de la sortie du nouveau film de Martin Scorsese comme d'un événement. Je confirme que Killers of the flower moon pourrait marquer votre année cinéma si vous lui accordez l'attention qu'il mérite pendant... les 3 heures et 26 minutes (!) de projection. Pour ma part, je suis heureux d'avoir pu le voir sur un écran correct...

Oui, je pourrais gloser sur la prestation outrée de Leonardo DiCaprio. Je préfère retenir l'essentiel: un scénario intéressant sur une page noire - et je crois encore méconnue - de l'histoire des États-Unis. Retour il y a un siècle environ, à Fairfax, dans l'État de l'Oklahoma. Cela peut surprendre, mais c'est une réalité: les membres de la tribu amérindienne des Osages prospèrent, car ils sont restés propriétaires de leurs terres et y découvrent alors du pétrole en grande quantité. Cela suscite rapidement la convoitise des Blancs et notamment celle d'un dénommé Ernest Burkhart, jeune gars sans grande ressource intellectuelle, revenu en bonne forme des tranchées européennes. Notre homme trouve refuge auprès d'un oncle, éleveur déjà fort riche et soucieux d'accumuler encore. Ce sera un peu le début des ennuis...

Grâce à son tonton, Ernest devient taxi et fait ainsi la connaissance d'une jeune Osage de bonne famille, dont il tombe vite amoureux. Plus assurée que lui, Molly l'invite chez elle et devient sa femme malgré les vagues réticences que sa mère à elle peut venir opposer. Vous l'aurez compris au vu du titre et en tenant compte du pedigree du réalisateur: Killers of the flower moon n'a rien d'une bluette sentimentale à l'eau de rose entre les enfants de deux communautés rivales. Au contraire, c'est en fait le récit accablant de la spoliation organisée d'un peuple par un autre, sous couvert de coexistence pacifique. Certains Américains parlent ici de "western révisionniste". L'idée n'est pas de nier les faits, mais, au contraire, d'ouvrir les yeux sur la réalité historique, trop souvent oubliée - ou négligée, au moins.
 
Martin Scorsese a vraiment eu le nez creux en retenant Lily Gladstone pour incarner le principal protagoniste féminin de ce nouveau film. L'actrice mériterait l'Oscar et a elle-même des origines autochtones. Croyez-moi: rien que pour elle, vous devriez vous rendre au cinéma. Derrière elle, vous reconnaîtrez aisément quelques autres visages connus et notamment, au tout premier plan, celui de Robert de Niro. D'aucuns chipoteront sur son âge: à 80 ans, Bob est certes plus vieux que son personnage, mais il est comme à chaque fois impeccable dans le costume du chef de clan aux pratiques retorses et criminelles. Je préfère ne pas trop en dire et ainsi préserver l'effet de surprise. J'ajoute simplement qu'on ne s'ennuie pas avec pareille compagnie. L'intrigue m'aura tenu en haleine jusqu'au superbe terme du métrage !

Sur le plan formel, je le soulignerai aussi: Killers of the flower moon n'a pas toujours la flamboyance d'autres opus du même réalisateur. Cela admis, la reconstitution est impeccable et la durée du film pourrait dès lors en faire l'ultime référence d'une oeuvre accomplie. Personnellement, j'espère que ce ne sera pas le cas et que le maître derrière cette merveille pourra nous en offrir d'autres dans un futur proche. Celle-ci, produite par Apple, a toutefois bénéficié d'une sortie en salles, ce qui n'était pas le cas de la précédente, made in Netflix. L'avenir ? Euh... je ne hasarderai pas à le prédire sans info préalable. Disons que je tiens à profiter de ce type de spectacle au présent. Combien serons-nous à suivre la même logique ? Beaucoup, j'espère. Et autant à prolonger le débat, ensuite ! Let's go: tous à vos claviers !

Killers of the flower moon
Film américain de Martin Scorsese (2023)

L'Amérique se regarde sous son vrai jour et c'est plutôt douloureux. Hollywood accepte-t-elle la critique ? Avec émotion, je me souviens du sort réservé à La porte du paradis et au pauvre Michael Cimino. Dans l'exact autre sens, l'accueil triomphal de Danse avec les loups renforce mon envie de le revoir enfin (et avant 2024, si possible...). Le conseil d'Indien: s'intéresser également à The ride... et The rider.

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D'autres avis ? Suivez la flèche...
C'est l'amie Dasola qui a réagi la première, suivie de peu par Pascale et Princécranoir. Autant d'opinions positives (que je relaie avec joie).

samedi 4 novembre 2023

L'enfant et la guerre

Encore une guerre pour terminer cette semaine: celle de 1939-1945. Mon idée, ce samedi ? L'aborder depuis l'arrière et le sol britannique. Lorsqu'il tourna Hope and glory, le réalisateur anglais John Boorman put évoquer son enfance marquée par les bombardements ennemis. Le film est nettement autobiographique, dit-on. Mais pas seulement !

3 septembre 1939. Bill Rowan, sept ans, voit sa jeune vie bouleversée par la décision du roi George VI d'entrer en guerre contre l'Allemagne d'Adolf Hitler, dont les forces armées viennent d'envahir la Pologne. Certain(e)s d'entre vous le savent: ce n'est qu'à peine quelques jours plus tard que, pour la première fois, la Luftwaffe mena un raid aérien contre Londres - plusieurs centaines de personnes furent alors tuées. La force de Hope and glory est de reconstituer cette sombre période tout en l'observant avec les yeux innocents d'un gamin "ordinaire". Quand son père s'engage pour le combat, Bill devient le seul homme du foyer familial, que sa mère et ses deux soeurs occupent avec lui. In extremis, il échappe au sort d'autres gosses, envoyés en Australie par leurs parents qui redoutaient l'embrasement du conflit en Europe. Cela ne rend pas son destin plus enviable, mais cela permet au récit de naviguer sur une ligne de crête, entre drame pur et comédie inattendue. Ce qui caractérise le mieux l'enfant-héros ? L'insouciance. Bill ne comprend ce qui se passe que petit à petit ! Et partiellement...

Mes images ne le montrent pas, mais, en réalité, Hope and glory pourrait être découpé en deux parties distinctes. L'une nous parlerait d'un paradis perdu et l'autre, je crois, d'un Eden finalement retrouvé. Pour cela, la (double) mise en scène s'avère d'une beauté remarquable et d'une efficacité assez peu commune. En un mot, on s'y croirait ! D'ailleurs, comme pour accompagner ce que vivent les personnages dans leur ensemble, le film joue à l'évidence sur nos cordes sensibles. Il offre ainsi un yoyo émotionnel que, pour ma part, j'ai apprécié. Devant cette évocation d'un passé pas-si-lointain, j'ai repensé aussi aux atrocités qui déchirent notre monde aujourd'hui - la résurgence de la lutte armée au Proche-Orient n'étant pas la moins effrayante. Difficile, dès lors, de ne pas conférer à cet opus la valeur universelle que sa relative ancienneté a peut-être trop rapidement fait oublier. Pas sûr qu'un réalisateur français aurait su aboutir à un tel résultat. Quoi qu'il en soit, notons que ce long-métrage obtint cinq nominations aux Oscars... et n'en reçut aucun ! Que cela ne vous en détourne pas !

Hope and glory - La guerre à 7 ans
Film britannique de John Boorman (1987)

La p'tite demi-étoile supplémentaire qui va bien pour vous signifier que le film est un coup de coeur personnel. Il me donne envie de voir d'autres longs-métrages qui évoquent la vie des populations civiles par temps de conflit. Vous en connaissez, vous ? J'ai vu Belfast l'an dernier, mais l'ai trouvé un peu trop propret. La Première guerre mondiale vous intéresse ? Je suggère Les gardiennes, pour débuter...

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Et avant de multiplier les références...

Je vous propose aussi un détour rapide du côté de "L'oeil sur l'écran".

jeudi 2 novembre 2023

I. A. un risque ?

Vous l'aurez constaté (et je l'ai déjà dit): les films de science-fiction ne m'intéressent que très rarement. Je ne suis allé voir The creator qu'après en avoir entendu parler comme d'un long-métrage atypique parmi les dizaines du genre qui déferlent sur les écrans chaque année. Et en notant que plusieurs critiques ont vanté sa direction artistique !

The creator est de fait un beau film. Il imagine le monde de 2060. L'intelligence artificielle a une place si importante dans la technologie que des robots ultra-perfectionnés peuvent accompagner les êtres humains dans chaque étape de leur vie (ce qui est utile et agréable). Cette relation équilibrée peut aussi être une rivalité, dans le domaine sportif notamment. Une opposition qui, un beau jour, devient néfaste lorsque l'IA... envoie une bombe atomique au coeur de Los Angeles. Cinq ans plus tard, une guerre oppose les États-Unis, bien déterminés à tourner le dos à ces innovations, et un continent de Nouvelle Asie soucieux de continuer à les utiliser / développer. Un point de départ intéressant pour un scénario qui est aussi celui d'un blockbuster assumé et, c'est vrai, franchement spectaculaire sur grand écran. John David Washington - fils de Denzel - se montre assez convaincant dans la peau du G.I. idéaliste soumis à des logiques contradictoires...

Efficace, le film n'est pas exempt de tout cliché: on n'échappera pas aux militaires hyper-bourrins, aux enfants innocents ou aux moines bouddhistes non-violents - et même si certains sont des machines. C'est pourquoi The creator reste en fait très américain "dans l'âme". L'emballage est plutôt attrayant, certes, et le cadeau qu'il renferme vaut bien les six euros que j'ai dépensés un samedi pour le découvrir. Après, je ne pense pas avoir vu le film ULTIME sur l'intelligence artificielle. Et d'ailleurs, autant le souligner: d'autres l'ont précédé pour en parler de manière (au moins aussi) pertinente. Ce reproche n'est en fait qu'un bémol: j'ai passé un bon moment face à l'écran. Certains annoncent déjà une suite, mais il me paraît bien inutile d'attendre pour voir cet opus qui, malgré deux ou trois faiblesses narratives, fait le job par lui-même. Les vrais amateurs du genre devraient l'apprécier. Et les autres se décider avec la bande-annonce !
 
The creator
Film américain de Gareth Edwards (2023)

Une relative bonne surprise à mes yeux, venue d'un cinéaste anglais passé par la case Star wars (cf. Rogue one) et qui, ici, s'auto-produit. Bon... d'aucuns trouveront peut-être que son quatrième long-métrage croule sous les références, de 2001 : l'odyssée de l'espace à Avatar premier du nom, en passant par d'autres comme Blade runner. Sincèrement, cela ne me choque pas: j'en ai bien eu pour mon argent.