lundi 16 mars 2026

En toute indolence

D'aucuns la considèrent comme la plus grande réalisatrice américaine contemporaine: à 62 ans, Kelly Reichardt trace en tout cas un sillon singulier dans l'histoire de son pays au cinéma. Un pays en toile de fond de tous ses films, plutôt éloigné à présent de cette terre d'opportunités que le septième art a si souvent sublimée. Un pays ordinaire, en réalité.

Ordinaire, James Blaine "J.B." Mooney l'est aussi. Enfin, pas tout à fait. Je dirais plutôt que, s'il arrive à se distinguer, le principal protagoniste de The mastermind ne le fait pas positivement. Son parcours d'étudiant en art n'a pas abouti à un quelconque emploi et ses compétences supposées en menuiserie ne semblent pas davantage l'inciter à bosser. C'est Terri, sa femme, qui le fait pour quatre: le couple a deux enfants. Et pendant qu'elle est au bureau, J.B. échafaude un énième plan foireux pour voler des tableaux de maître au musée du coin, avec des complices presque aussi largués que lui ! Bon... je vous laisse découvrir la suite. Josh O'Connor, dont j'apprécie la puissance mélancolique, convainc ici dans le rôle ingrat d'un père irresponsable, loser absolu et menteur impénitent, comme un piètre porte-drapeau de l'Amérique déclassée. Un vrai minable, à qui quelques amis tendent la main, mais qui m'a paru trop égocentré pour mériter ce soutien. Coupé de tout. Sans état d'âme.

Dans ce Massachusetts des années 70, des circonstances atténuantes auraient sans doute pu lui être accordées: celle d'un retour chez lui traumatisé, après un engagement au Vietnam, par exemple, ou celles des difficultés qui accablent ceux qui viennent d'un milieu modeste. Mais non... même la mère de ses enfants - admirable Alana Haim ! - reste les bras ballants devant la médiocrité de ce fils de juge dépourvu de toute volonté d'aller de l'avant, incapable d'assumer son rang familial et social. "Je suis content que tu ailles bien", lui dit-elle en substance quand, en cavale, l'olibrius - qu'elle refuse d'accabler de reproches - l'appelle de l'autre bout du pays pour lui demander quelque somme d'argent. The mastermind n'est assurément pas ce cerveau que le titre du film laissait imaginer. Nous passerons pourtant presque deux heures avec ce personnage indolent, deux heures où rien n'accélère jamais. Coutumier chez la réalisatrice, ce rythme peut s'avérer assez déroutant quand on n'y est pas (encore) habitué. Moi, je suis sensible au travail accompli sur l'image, puis au montage. Et à vous d'en juger, désormais...

The mastermind
Film américain de Kelly Reichardt / 2025

Je vous ai davantage parlé du fond que de la forme, mais je dois dire que je ressens la qualité de ce travail sans savoir vraiment l'analyser. J'ai vu un film de contrastes, animé d'ailleurs par une bande-originale jazzy (signée Rob Mazurek) tout à fait efficace. L'errance de J.B. rappelle celle des héros des frères Coen, quant à eux plus attachants. Dans une Amérique qui a perdu son rêve. Et, pire, paraît l'avoir oublié...

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Un mémo, d'autres infos...
Je pense pouvoir vous reparler de Josh O'Connor dans quelque temps. Avant cela, je l'avais trouvé très bon dans La chimère, un film italien. Et Alana Haim ? D'abord musicienne, elle se révéla dans Licorice Pizza !

Vous voulez aller plus loin dans l'analyse ?
N'hésitez pas ! Je vous renvoie chez PrincécranoirStrum et Benjamin. Tous ont démontré un intérêt sincère pour le cinéma de Kelly Reichardt.

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