samedi 10 avril 2021

Les nouveaux aventuriers

Qui n'a jamais rêvé d'être riche à millions pour tout plaquer et partir vivre sur une île au soleil ? C'est le fantasme absolu mis en images dans Le ruffian, l'un des jolis succès publics du début des années 80. L'air de rien, c'est l'un des derniers films avec le grand Lino Ventura ! Cela valait sans doute bien ce regard en arrière, un peu nostalgique...

Aldo est très copain avec Gérard, un ancien pilote auto hémiplégique. Gérard, lui, est très amoureux d'Éléonore, une jolie Québécoise venue en France pour les vacances. Il n'y a toutefois pas de rivalité affective entre les garçons, puisqu'Aldo flirte plus ou moins avec la tenancière d'un bar chic, que ses amis - et ses employés - appellent la baronne. Pour subvenir à ses besoins, Aldo travaille dur dans une mine d'or canadienne, bientôt attaquée par un groupe de bandits des griffes desquels il échappe par miracle, en compagnie de deux collègues assez louches. Je vous passe les détails: avant de fuir le continent américain, il a mis plusieurs pépites en sûreté et, de retour sur le sol européen, il veut motiver ses vieux amis à retourner les chercher. Vous l'aurez compris: ainsi que son titre peut le suggérer, Le ruffian tient bien du film d'aventures "à l'ancienne", placé dans des paysages dépaysants. Avec, en cerise, Bernard Giraudeau et Claudia Cardinale !

J'avais tout juste huit ans quand tous ces personnages sont apparus sur les écrans français. Il me semble avoir lu que c'est José Giovanni lui-même qui sut convaincre le réalisateur d'adapter son propre roman d'aventures, intitulé Les ruffians (au pluriel, donc). Une adaptation assez libre, paraît-il, dont on a préservé la belle histoire d'amitié collective. Pour être tout à fait clair, j'aime beaucoup le souffle d'espoir qui parcourt ce long-métrage, bien résumé par une réplique d'Aldo à sa tendre baronne: "
Tu sais, on a toute la vie pour s'amuser et toute la mort pour se reposer". Le ruffian est un film léger, oui. C'est un film qui ne se prend pas au sérieux - et ça fait un bien fou. Dans ce décor idyllique, j'ai par ailleurs été conquis par la bande originale: rien d'étonnant, en fait, puisqu'elle est d'Ennio Morricone. Notre temps paraît avoir renoncé à ce type de récits: c'est dommage. Quelque chose me dit que l'on gagne à revenir parfois à l'insouciance !

Le ruffian
Film français de José Giovanni (1983)

Je reparlerai très probablement un jour du parcours plus qu'étonnant du réalisateur, ex-condamné à mort devenu romancier et cinéaste. Avant cela, j'ai donc vu un film sympathique et fort divertissant. Assez proche dans l'esprit, avec Lino Ventura encore, mais de nature finalement plus sombre, j'avais vraiment apprécié Les aventuriers. Pas étonné d'y retrouver Giovanni, comme auteur du roman originel...

vendredi 9 avril 2021

Une histoire de chiffres ?

"Si c'est vraiment un si mauvais film, tu devrais alors te demander pourquoi autant de gens sont allés le voir !": toute personne qui aime échanger sur le cinéma a un jour ou l'autre entendu cet argument pseudo-définitif. Moi ? Je ne suis pas un grand suiveur du box-office. N'empêche: j'y jette un oeil parfois... dans une dimension historique !

Qu'est-ce qui pouvait attirer les gens dans les salles de cinéma hier ? Quel type de films les motive à présent ? Sans même vouloir revenir sur les effets de la crise sanitaire, je m'intéresse très objectivement à la manière dont les divers longs-métrages ont été "fréquentés" avant de débarquer sur nos petits écrans quotidiens. J'ai constaté qu'après trois années d'existence, le César du public - offert au film français à l'audience la plus large - n'a pas été décerné cette année. J'y vois un snobisme inconsidéré. Un rejet du public par l'institution...

OK, c'est vrai: Raid dingue, César du public 2018, ne m'attire guère. Les Tuche 3, consacré en 2019, pas davantage. Dans le système d'avant la pandémie, leurs succès auront au moins permis de financer d'autres films plus confidentiels (je n'aime pas tellement ce mot...). En 2020, l'Académie des César avait déjà changé la règle: on a voté pour désigner le lauréat du César parmi les cinq plus gros scores. C'est Les Misérables - 3ème sur la ligne de départ - qui a été élu. Tiens, tiens ! Il a doublé avec le César du meilleur film "tout court" ! Drôle de consensus, vous ne trouvez pas ? Le fruit d'étranges calculs. Cela rappelle la vaine opposition cinéma populaire / cinéma élitiste...

Tiens ! Voici la liste des cinq plus gros triomphes du cinéma français en France depuis que Mille et une bobines existe. J'en ai vu... quatre.
1. Bienvenue chez les Ch'tis (2008) : 20,4 millions d'entrées,
2. Intouchables (2011) : 19,4 millions,
3. Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? (2014) : 12,3 millions,
4. Rien à déclarer (2011) : 8,1 millions,
5. La famille Bélier (2014) : 7,4 millions.

Est-ce qu'il faut les bouder parce qu'ils cartonnent ? Je ne pense pas...

Je n'ai pas encore franchi le pas, mais il n'est pas exclu qu'un jour prochain, je dote ce cher blog d'une rubrique consacrée au box-office. Comme je le disais au début, c'est au moins à mes yeux un indicateur historique du goût des gens à une époque donnée. Il peut se combiner avec beaucoup d'autres, bien sûr, et dès lors donner matière à débat. J'ai mis une photo de Titanic car, à ce jour, c'est encore ce beau film sorti en 1998 qui domine le classement français "de tous les temps" avec ses 20.634.793 entrées. Je relève que l'Amérique triomphante place ici quatre autres de ses représentants dans le top 10: Avatar pointe à la sixième place, devant Autant en emporte le vent (7ème), Les dix commandements (9ème) et Ben-Hur (10ème), des classiques qui ont certes peu - ou pas - dû subir la concurrence télé et Internet. Je le dis sans aucune nostalgie, car j'aime presque tous les cinémas. Et j'ai même déjà décidé de continuer à vous en parler ! Dès demain !

----------
Pour autant, la discussion sur le sujet n'est pas close...

Je me propose de la poursuivre avec vous en section "commentaires".

mercredi 7 avril 2021

Comme dans un rêve

J'avais depuis longtemps l'envie de me replonger dans la filmographie de David Lynch. C'est donc sans (trop) hésiter que j'ai saisi l'occasion de découvrir l'une de ses oeuvres emblématiques: Mulholland Drive. Présenté à Cannes il y a vingt ans, le film en était reparti avec le Prix de la mise en scène. Il reçut aussi un César du meilleur film étranger !

David Lynch n'a pas pour habitude de livrer des clés d'interprétation pour aider à mieux analyser son travail. Il a dit de Mulholland Drive qu'il s'agissait en fait d'une "histoire d'amour dans la cité des rêves". Parlait-il de Los Angeles ? Le doute est permis. Si l'histoire se déroule là-bas et plus précisément à Hollywood, les images du long-métrage sont presque constamment oniriques ou, en tout cas, peu explicites sur la frontière entre les songes et la réalité. C'est ainsi que le récit nous entraîne d'abord aux côtés de la brune Rita, victime amnésique d'un accident de la route. Puis, nous faisons également connaissance avec la blonde Betty, venue occuper la villa de sa tante en Californie dans l'espoir de passer des castings et de devenir une star du cinéma. Tout n'est-il qu'illusion ? C'est ce que suggère l'un des personnages annexes, tel un porte-parole du magicien caché derrière la caméra. Autant le dire: vous n'êtes assurément pas au bout de vos surprises...

Notre ami cinéaste dit aussi que, comme la musique, le septième art doit - notamment - être appréhendé par les sensations qu'il procure. Les dialogues ne sont pas les uniques outils à utiliser pour décrypter ou simplement apprécier ce qui peut se passer à l'écran. Il s'agit donc d'en utiliser d'autres pour accéder à une "compréhension intime" (sic) de ce qui nous est montré. Bon... ce n'est pas forcément aussi facile ! Mulholland Drive est un film dans lequel on se perd aisément. Interloqué, j'y ai pris un certain plaisir: cela me semble important. Logiquement, étant donné que l'on nous invite à suivre une femme ayant perdu jusqu'à la mémoire d'elle-même, un sentiment d'empathie doit naître chez les spectateurs à l'égard de ce personnage. L'intrigue est beaucoup plus complexe, à vrai dire, et mobilise d'autres cordes sensibles: il arrive que le film inquiète, effraie ou, parfois, fasse rire. Je rejoins bien volontiers ceux qui le présentent comme un puzzle éparpillé, mais j'ajoute qu'il n'y aurait même pas de modèle à suivre. Alors, instrument de prise de tête ou chef d'oeuvre ? À vous de voir...

Mulholland Drive
Film américain de David Lynch (2001)

Je mets une très bonne note au film, avant tout parce qu'il m'a révélé que je pouvais apprécier les mystères lynchiens et donc donné envie d'y retourner encore. Les films incompréhensibles, avec moi, ça passe ou... ça casse: j'ai bien aimé Inherent vice, défendu Oncle Boonmee et mal digéré 9 doigts. Et Les garçons sauvages ? Un rejet total. Pour démarrer "tout doux", côté américain, testez donc Le plongeon !

----------
Et si vous voulez mieux cerner mon Lynch du jour...

Vous trouverez sans mal de nombreux textes d'exégèse sur Internet. Pour ma part, je vous signale juste la chronique de "L'oeil sur l'écran". Mais le film en a aussi hanté d'autres: Pascale, Dasola, Vincent, etc...

lundi 5 avril 2021

La mort en coulisses

Directeur d'un théâtre parisien, Paul Rémi est anonymement accusé d'avoir entraîné la mort de son associé en le poussant d'une passerelle située au-dessus de la scène. Son épouse lui suggère l'internement dans une clinique psychiatrique pour se soustraire aux investigations de la police. Je ne suis pas convaincu que ce stratagème fonctionne...

L'une des - bonnes - raisons de regarder Les intrigantes en 2021 pourrait être d'y voir Jeanne Moreau, 26 ans, dans le rôle de la femme fatale. Elle est le visage le plus connu d'une distribution très décente pour son époque, avec en outre Raymond Pellegrin, Robert Hirsch, Jacqueline Maillan et Louis de Funès, tout en mimiques dans l'habit étriqué d'un auteur capricieux et peu inspiré. Le scénario du film demeure à mon sens trop sage, malgré un point de départ intéressant et deux / trois rebondissements inattendus. Je dois bien vous avouer que je reste sur un léger sentiment de déception: le suspense attendu n'était pas au rendez-vous. Et les frissons, du coup ? Pas davantage...

J'avais espéré davantage de noirceur... et d'autres morts, peut-être. Le problème est que le meurtrier supposé n'inspire guère ni l'effroi véritable, ni la sympathie macabre: n'eut été la petite ambiguïté soulevée par le comportement de sa femme, on serait resté très loin des classiques du film noir. Oui, Les intrigantes est un très bon titre pour un polar, mais ses promesses ne sont pas tenues: toute l'affaire étant résolue en une petite heure et demie, la tension fait long feu. C'est comme si le réalisateur n'avait pas su choisir entre la facette policière de son récit et la possibilité de montrer comment un théâtre fonctionne. Reste une surprise: le film n'est pas dépourvu d'humour. On peut parler de comique de répétition: un personnage secondaire revient régulièrement à l'écran avec l'intention de parler à Paul Rémi. Maintenant, à vous de découvrir en quoi son rôle sera déterminant ! Cela suffira-t-il à vous épargner un ennui (poli) ? Je n'en jurerai pas...

Les intrigantes
Film français d'Henri Decoin (1954)

Trois étoiles pour le film et une demie en bonus pour le joli casting. Sincèrement, je ne pense pas pouvoir monter plus haut. Le quotidien d'une salle de spectacles en coulisses est beaucoup mieux raconté dans French Cancan, sorti la même année, avec en prime la couleur. Mieux vaut revoir Jeanne Moreau dans Ascenseur pour l'échafaud ! Pour la tension, Le corbeau et Les diaboliques feront bien l'affaire...

----------
Le film est semble-t-il un peu oublié, mais...

Vous en lirez au moins une autre chronique grâce à "L'oeil sur l'écran".

dimanche 4 avril 2021

Isabelle A.

Isabelle Adjani m'est souvent apparue comme un être insaisissable. Lire les grandes lignes de sa carrière - débutée au cinéma dès 1970 - permet cependant d'apprécier à quel point elle peut être une artiste accomplie, active également sur les planches des théâtres, les scènes musicales, les podiums de la mode. À 66 ans bientôt, je dis chapeau !
 
Sa longue présence sur les écrans a déjà fait d'elle l'une des stars françaises les plus honorées: il ne faut pas oublier qu'à son palmarès figurent - entre autres - cinq César, deux Prix d'interprétation cannois et un Ours d'argent (Berlin). De quoi inspirer le respect de ses pairs. Pourtant, je n'ai pas le sentiment qu'elle soit vraiment la plus aimée de nos grandes dames du cinéma - et même parmi sa génération. L'avoir revue, si sincère et si engagée, dans le film que j'ai présenté avant-hier a fait tilt: elle mérite sans doute d'être mieux considérée. Je note au passage qu'elle est tout de même chevalière de la Légion d'honneur et, au surplus, commandeure de l'ordre Arts et des Lettres !

Assurément, je suis encore loin d'avoir vu la totalité de ses films. Pour mémoire, voici une petite liste de ceux que j'ai déjà chroniqués:
- L'histoire d'Adèle H. / François Truffaut / 1975,
- Le locataire / Roman Polanski / 1976,
- Driver / Walter Hill / 1978,
- Nosferatu, fantôme de la nuit / Werner Herzog / 1979,
- L'été meurtrier / Jean Becker / 1983,
- Mammuth / Benoît Delépine et Gustave Kervern / 2010,
- Raiponce / Byron Howard et Nathan Greno / 2010,
- Le monde est à toi / Romain Gavras / 2018.

Cette filmographie est variée: je m'y confronte dès lors avec intérêt !

----------
Pour cela, j'ai besoin de vous...

Tous vos conseils (de films ou d'autres formes artistiques, d'ailleurs) sont bons à prendre. Je vous invite également à m'indiquer ci-dessous si vous auriez pu dire que la comédienne "interprète fréquemment des personnages névrosés" et "est reconnue pour la dévotion totale qu'elle accorde à son jeu et l'empathie extrême qu'elle revendique pour chacun de ses personnages". C'est bien ce qu'affirme Wikipédia !

vendredi 2 avril 2021

À cause des glaçons

Quelle drôle d'idée ! Pour enfin tourner le dos à ses petites combines comme un adulte raisonnable, François / Farès cherche un vrai boulot et entreprend dès lors de devenir le distributeur exclusif au Maghreb de la marque... Mister Freeze, spécialiste des glaçons aromatisés ! Seul souci: sa propre mère a dilapidé l'argent qu'il comptait investir...

À l'évidence, ce n'est pas tous les jours que l'on tombe sur un film français proche de Le monde est à toi, tout à la fois un peu régressif et d'une fraîcheur réjouissante, à l'image finalement de la friandise suscitée. Réalisé par le fils du célébrissime Costa-Gavras, cet OFNI déboule sur les écrans, porté par une distribution forte en gueule(s). Dans le rôle principal, Karim Leklou donne ainsi la réplique à des stars épatantes d'engagement comique: rien de moins qu'Isabelle Adjani, Vincent Cassel, François Damiens et Philippe Katerine, pour ne citer que les plus illustres. En résulte un machin 100% barré, entre pur film de gangsters et escapade aux côtés des petites frappes de banlieue...

Mieux vaut éviter de prendre tout cela trop au sérieux, à mon avis. J'ai noté que le réalisateur disait avoir voulu "jouer avec le genre". Quitte à ruer dans les classiques: "Les malfrats mystérieux, la classe, le code d'honneur... ces notions me donnent envie de me pendre. Très loin de la réalité, c'est selon moi une mythologie que le cinéma a créée de toutes pièces". Romain Gavras dit toutefois s'être inspiré de faits réels, relatés par deux amis, l'un avocat, l'autre journaliste. "L'univers de la petite voyoucratie appelle davantage à la comédie qu'au film noir, a-t-il alors expliqué. C'est au travers de ces histoires qu'un univers bien moins glamour que le cinéma de genre a l’habitude de le peindre a vu le jour". D'où le fait que le principal protagoniste n'aspire pas à imposer sa loi, mais d'abord à mener une vie rangée dans un petit pavillon. Je vous laisse découvrir ce qu'il advient alors de cet idéal et juger du coup de la justesse des moyens mis en oeuvre pour s'en approcher. Je le redis: Le monde est à toi n'est pas un film ordinaire. Et pour être clair, cette originalité fait grand plaisir à voir !

Le monde est à toi
Film français de Romain Gavras (2018)

Depuis La haine et avec aujourd'hui Les Misérables, le regard porté par le cinéma français sur la banlieue me semble teinté de violence. Pas cette fois: en adoptant un tout autre ton, cet opus fait mouche. Cela ne donne pas la comédie du siècle, mais un long-métrage atypique - et qui vaut le détour, donc. Tout ce qui brille et La lutte des classes restent (trop ?) sages ! Et Mercuriales ? À vous de voir...

----------
338.992 spectateurs ont vu le film dans une salle française...

Pascale en fait partie et ne m'a pas attendu avant de vous en parler. Vous verrez: elle évoque "une vraie réussite à ne surtout pas bouder".

mercredi 31 mars 2021

Enfermés

Le troisième - et dernier - tome d'une très populaire série littéraire doit bientôt être publié. Même si l'auteur reste anonyme, l'éditeur parie sur un immense succès mondial: il a embauché neuf traducteurs pour orchestrer une sortie simultanée dans un maximum de pays. Tous réunis, ils travailleront depuis un bunker ultra-sécurisé ! Mais...

Avec l'excellent Lambert Wilson dans le costume impeccable du rôle principal, Les traducteurs ne manque assurément pas de charisme. C'est d'autant plus vrai que d'autres comédiens des plus honorables l'accompagnent dans l'aventure: parmi ceux que je connaissais déjà avant de voir le film, je peux nommer Sara Giraudeau, Olga Kurylenko et Sidse Babett Knudsen chez les dames, mais aussi Eduardo Noriega, Frédéric Chau et encore Riccardo Scamarcio parmi les messieurs. Malheureusement, le résultat n'est pas à la hauteur: cette distribution européenne de qualité n'est jamais vraiment mise en valeur. Le film tourne à vide: il ne parvient pas à enclencher une vitesse supérieure !

Résultat: moi qui espérais voir monter un suspense à forte tendance claustrophobe, je me suis vite désintéressé de ce spectacle médiocre. J'ai tenu jusqu'au bout, mais sans m'être senti tenu en haleine. Dommage: je ne pensais pas voir le dernier chef d'oeuvre du cinéma made in France, mais c'est incontestable que je m'attendais à mieux. Notez qu'à l'international, cela semble fonctionner: Les traducteurs aurait été diffusé dans des pays aussi différents les uns des autres que l'Australie, le Brésil, l'Ukraine et le Japon. C'est un bon produit d'exportation, donc, malgré sa sortie peu avant le début de la crise sanitaire. Me voilà désolé de ne pas me montrer plus enthousiaste ! Le réalisateur, lui, présente son film comme un "thriller sentimental". L'idée lui est venue après qu'il a appris les conditions de traduction d'un polar de Dan Brown: Inferno, un opus de la saga Da Vinci Code. Allez, je veux bien lui souhaiter d'avoir une petite part de ce succès...

Les traducteurs
Film français de Régis Roinsard (2020)

Le huis-clos a du potentiel au cinéma, mais il est ici mal exploité autour de personnages peu intéressants et/ou (très) caricaturaux. C'est sans grand succès que les acteurs essayent de les faire exister. Autant s'enfermer avec la jolie fille de Inside, donc, ou pour un Exam. Si l'enfermement subi vous intéresse, Panic room demeure un plan B acceptable. Barracuda et Tunnel se montrent eux aussi étouffants...
 
----------
Vous voulez un autre avis ?

C'est l'occasion de vérifier que Pascale n'est qu'à peine plus emballée !

lundi 29 mars 2021

La paix oubliée

Les Mariannes, ça vous dit quelque chose ? Planté au milieu de la Mer des Philippines, ce groupe de petites îles est un territoire américain d'une superficie de 1.026 km2 et peuplé d'environ 210.000 personnes. Jusqu'en 1951, l'un de ces "bouts de caillou" a accueilli des soldats japonais, convaincus que la Guerre du Pacifique n'était pas terminée !

Un survivant a ensuite raconté toute l'histoire dans un livre, adapté au cinéma par Josef von Sternberg, un grand réalisateur américain d'origine autrichienne. On a fait connaissance avec... une femme ! Fièvre sur Anatahan explique que, seule représentante du beau sexe parmi la troupe, la mystérieuse Keiko vivait déjà sur l'île en 1944 lorsque les naufragés de la marine de guerre nippone y ont débarqué. Elle est alors devenue leur "reine des abeilles", capable de les fasciner tous, mais aussi, à son insu, une source de discorde et une proie. Pourtant bien réel et vivant, ce beau personnage m'est parfois apparu comme une énième représentation du fantôme japonais traditionnel. Il enferme en lui quelque chose de mystérieux et d'assez évanescent pour susciter un trouble qui n'est pas exclusivement d'ordre érotique. L'usage quasi-constant par le film de la langue originale (non traduite) renforce ce sentiment de flou. Ce que j'ai trouvé des plus agréables...

Rassurez-vous: le film vous donne tout de même quelques repères. Tout au long du métrage, il est en effet séquencé par une voix off anglophone, que le réalisateur a en fait tenu à enregistrer lui-même. On constatera vite que, s'il est souvent fait mention du personnage féminin, le narrateur parle au nom des hommes, comme l'a fait celui qui est revenu sur le sujet après coup. Une fois ce dispositif compris et accepté, Fièvre sur Anatahan se déploie et prend toute sa mesure dramatique: votre vision de l'humanité pourrait s'en trouver altérée ! Curieusement, la remarquable photographie noir et blanc ne fait rien pour nous tenir à distance: au contraire, j'ai trouvé que les images acquéraient presque, grâce à ce choix, une dimension mythologique. Bon... je n'irai pas jusqu'à parler de portée universelle: je crois juste qu'il n'est pas indispensable de connaître l'Asie pour céder au charme vénéneux du récit. Et je n'ai pas terminé d'en explorer les symboles...

Fièvre sur Anatahan
Film japonais de Josef von Sternberg (1953)

De la fin des événements au film, il ne se sera passé que deux ans ! Cela renforce encore la puissance émotionnelle de ce long-métrage atypique, entièrement basé sur une histoire qui ne l'est pas moins. Comment trouver une oeuvre vaguement comparable ? Signes de vie n'est qu'un très lointain cousin allemand et Profonds désirs des dieux un choc d'une autre nature. Voyez L'île nue. Ou Tabou, à la rigueur...

----------
Et pour aller un peu plus loin encore...

Le film est mis à disposition sur la plateforme Arte jusqu'au 19 avril. Et vous pourrez également vous référer à l'avis de "L'oeil sur l'écran" !

dimanche 28 mars 2021

En attendant Clint...

Une info rapide: je profite d'avoir revu La mule (avec mes parents) pour vous dire deux mots du tout dernier projet de Clint Eastwood. Entre le 4 novembre et le 16 décembre l'année dernière, le réalisateur est parvenu à mettre en boîte un nouveau film, intitulé Cry Macho. Et qui y tient le rôle principal, à votre avis ? Clint lui-même, bien sûr !

Le pitch est tout ce qu'il y a de plus eastwoodien: une ancienne star du rodéo est contactée par un homme qui lui demande de se rendre au Mexique pour ramener son fils, parti avec sa mère alcoolique. C'est l'adaptation d'un roman de N. Richard Nash, lui-même auteur d'un premier scénario dès 1975, mais incapable de trouver un studio pour tourner. L'intérêt d'Eastwood pour le sujet remonte déjà à 1988 !

D'autres comédiens auraient pu lui griller la politesse: Burt Lancaster et Pierce Brosnan furent évoqués. Roy Scheider, lui, eut la possibilité de se lancer en 1991: sa version est restée inachevée. On parla ensuite d'Arnold Schwarzenegger, mais élu gouverneur, il fut retenu par ses obligations politiques, puis englué dans un scandale d'enfant caché ! Autant de circonstances qui ont fini par sourire à Papy Clint...

Reste à envisager l'avenir et à réfléchir à la chronologie des médias. Warner annonce le film pour le 22 octobre, mais le rendrait disponible en simultané au cinéma et sur sa plateforme à la demande, HBO Max. D'où ma crainte: d'autres longs-métrages exploités de cette manière risquent en effet de ne jamais être proposés aux salles françaises. Comme si le coronavirus avait besoin d'aide pour plomber l'ambiance !

----------
Et vous, vous l'attendez, cet Eastwood 2021 ?

Je vous invite à me livrer vos diverses impressions en commentaires.

vendredi 26 mars 2021

Liaison fatale

Le nom de Gabrielle Russier vous est-il familier ? Cette jeune femme a défrayé la chronique en 1968 lorsque, professeure dans un lycée marseillais, elle a entretenu une liaison avec l'un de ses élèves. L'affaire est venue devant la justice et s'est terminée par un suicide. Très vite, ce drame a inspiré un beau film. Son titre: Mourir d'aimer.

Sorti trois ans après les faits, ce long-métrage témoigne du courage et de l'engagement de l'actrice principale: la grande Annie Girardot. C'est elle qui m'a donné envie de me pencher sur cette triste histoire. C'est elle aussi qui tient le film sur ses épaules, avec plus de force que son jeune partenaire - Bruno Pradal, il est vrai encore débutant. Avec le recul du temps qui est passé, on mesure mieux l'injustice qu'ont eu à subir les deux amants: en prison pour elle, en hôpital psychiatrique pour lui. Et, même si leur (grande) différence d'âge pose question, on est choqué de voir à quel point la famille de l'ado s'est acharnée contre celle qu'elle considérait comme une sorcière ! Ces gens, pourtant, avaient plutôt des idées orientées très à gauche. Ils étaient eux aussi professeurs. Et ils connaissaient bien Gabrielle...

Surprise: au début du film, un carton indique que les personnages sont imaginaires et présente ainsi comme une "pure coïncidence" toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant existé. Certes, au cinéma, tout se passe à Rouen, mais après m'être penché sur les vrais protagonistes, je peux vous certifier que le scénario reste extrêmement proche de la réalité historique. Mourir d'aimer entre d'ailleurs aussitôt dans le vif du sujet: il ne donne aucun détail sur la manière dont le couple a pu se former et vient de facto rappeler qu'il n'a eu que très peu de temps - et d'occasions - pour s'épanouir vraiment. Dans le contexte post-Mai 68, c'est un constat saisissant ! Je n'ai pas été franchement surpris d'apprendre que le long-métrage avait connu un grand succès à sa sortie: 5,9 millions de spectateurs. Il occupe le cinquième rang des films français les plus vus au cours des années 70... et mérite que l'on s'y intéresse encore aujourd'hui. Le relatif académisme de sa réalisation n'en amoindrit pas la force. Allez donc savoir comment tout cela se serait terminé, de nos jours...
 
Mourir d'aimer
Film français d'André Cayatte (1971)

Cette histoire ne pouvait être examinée qu'avec beaucoup de pudeur. Nul besoin de crier pour être percutant: d'une très grande sobriété formelle, ce long-métrage nous montre à l'évidence qu'un style retenu permet tout aussi bien de faire passer de belles émotions au cinéma. D'autres films d'amour contrarié ? Le secret de Brokeback Mountain en est un, mais pas vraiment comparable. Je veux revoir Love story !