C'est une victoire incontestable: c'est avec plus de 58% des suffrages que José Antonio Kast a remporté le second tour de la présidentielle chilienne en décembre dernier. Trente-cinq ans après la fin du régime dictatorial d'Augusto Pinochet, l'extrême-droite a donc repris le pouvoir. Il n'est pas inutile de se souvenir de ce contexte pour apprécier Dégel...
Sa réalisatrice le dit: "La situation au Chili constitue un énorme recul en terme de mémoire". Manuela Martelli était encore une petite fille quand, après un référendum, ses compatriotes ont contraint le despote au départ. Elle ne peut toutefois pas ignorer qu'une partie de ses crimes restera impunie. Dégel les évoque de manière détournée en remontant jusqu'à 1992 pour nous présenter Inès, une gamine brune d'une dizaine d'années - elle pourrait très bien être son alter ego. Ses père et mère étant partis à l'étranger pour bosser, l'enfant passe de longues journées hivernales dans et autour d'un hôtel appartenant à ses grands-parents. Elle a sympathisé avec une adolescente, Hannah, la seule représentante féminine d'un groupe de skieurs allemands venus dans les montagnes andines pour s'entraîner. Au bout de quelques jours, la jeune sportive disparaît, une nuit où elle avait accepté qu'Inès dorme dans sa chambre. Cette dernière a vu des choses, mais on lui fait bien vite comprendre qu'elle aurait tout intérêt à ne rien dire à la police. La loi qui s'impose encore chez elle est celle du silence. A fortiori vis-à-vis des étrangers...
Sur la base de ce que je viens d'expliquer, vous pourriez vous imaginer que le film tout entier repose principalement sur une intrigue policière. Ce n'est pas tout à fait le cas. J'ai trouvé pertinente une critique lue après ma séance, qui soulignait que la caméra ne quittait jamais Inès d'une semelle et que son véritable acharnement à retrouver Hannah dessinait en creux le portrait d'une fillette solitaire, face à des adultes peu soucieux de son bien-être (à 2-3 exceptions près). Maya O'Rourke endosse ce rôle difficile à la perfection: elle est constamment crédible. Le reste de la distribution est tout aussi convaincant, avec une mention spéciale pour Paulina Urrutia, une grand-mère d'un genre redoutable. Au-delà même du fond et du casting, Dégel m'a convaincu sur le plan formel: avec une bande musicale un tantinet crispante, il a des faux airs de film de fantômes. J'ai aimé les quelques frissons qu'il m'a procurés. Plus sobre que d'autres, il propose une conclusion relativement ouverte et n'en est dès lors que plus appréciable - avis aux amateurs du genre. Connaître le passé du Chili n'est pas indispensable pour le comprendre...
Dégel (El deshielo)
Film hispano-mexicano-chilien de Manuela Martelli / 2026
Un thriller un peu flippant dans un hôtel cerné de neige... le parallèle avec Shining est tentant, mais l'horreur plus forte du côté de Kubrick. J'ai aussi repensé à Slalom et bien apprécié cet opus, arrivé en France en étant d'abord retenu dans la sélection Un certain regard du Festival de Cannes (mais reparti bredouille). Le sujet des disparitions politiques sous Pinochet vous intéresse ? Nostalgie de la lumière mérite un détour.
Sa réalisatrice le dit: "La situation au Chili constitue un énorme recul en terme de mémoire". Manuela Martelli était encore une petite fille quand, après un référendum, ses compatriotes ont contraint le despote au départ. Elle ne peut toutefois pas ignorer qu'une partie de ses crimes restera impunie. Dégel les évoque de manière détournée en remontant jusqu'à 1992 pour nous présenter Inès, une gamine brune d'une dizaine d'années - elle pourrait très bien être son alter ego. Ses père et mère étant partis à l'étranger pour bosser, l'enfant passe de longues journées hivernales dans et autour d'un hôtel appartenant à ses grands-parents. Elle a sympathisé avec une adolescente, Hannah, la seule représentante féminine d'un groupe de skieurs allemands venus dans les montagnes andines pour s'entraîner. Au bout de quelques jours, la jeune sportive disparaît, une nuit où elle avait accepté qu'Inès dorme dans sa chambre. Cette dernière a vu des choses, mais on lui fait bien vite comprendre qu'elle aurait tout intérêt à ne rien dire à la police. La loi qui s'impose encore chez elle est celle du silence. A fortiori vis-à-vis des étrangers...
Sur la base de ce que je viens d'expliquer, vous pourriez vous imaginer que le film tout entier repose principalement sur une intrigue policière. Ce n'est pas tout à fait le cas. J'ai trouvé pertinente une critique lue après ma séance, qui soulignait que la caméra ne quittait jamais Inès d'une semelle et que son véritable acharnement à retrouver Hannah dessinait en creux le portrait d'une fillette solitaire, face à des adultes peu soucieux de son bien-être (à 2-3 exceptions près). Maya O'Rourke endosse ce rôle difficile à la perfection: elle est constamment crédible. Le reste de la distribution est tout aussi convaincant, avec une mention spéciale pour Paulina Urrutia, une grand-mère d'un genre redoutable. Au-delà même du fond et du casting, Dégel m'a convaincu sur le plan formel: avec une bande musicale un tantinet crispante, il a des faux airs de film de fantômes. J'ai aimé les quelques frissons qu'il m'a procurés. Plus sobre que d'autres, il propose une conclusion relativement ouverte et n'en est dès lors que plus appréciable - avis aux amateurs du genre. Connaître le passé du Chili n'est pas indispensable pour le comprendre...
Dégel (El deshielo)
Film hispano-mexicano-chilien de Manuela Martelli / 2026
Un thriller un peu flippant dans un hôtel cerné de neige... le parallèle avec Shining est tentant, mais l'horreur plus forte du côté de Kubrick. J'ai aussi repensé à Slalom et bien apprécié cet opus, arrivé en France en étant d'abord retenu dans la sélection Un certain regard du Festival de Cannes (mais reparti bredouille). Le sujet des disparitions politiques sous Pinochet vous intéresse ? Nostalgie de la lumière mérite un détour.
















