mercredi 15 avril 2026

Une digression

Anecdote familiale: nous aurions pu fêter les 98 ans de ma grand-mère maternelle, aujourd'hui. Elle était née quelques semaines seulement après mon grand-père, son mari et le bon père de ses trois enfants. L'année d'avant, le cinéma avait pris la parole pour la première fois. Pourquoi évoquer cela, ce mercredi ? Je n'ai aucune réponse véritable...

Pour tout vous dire, j'avais d'abord imaginé me pencher sur la couleur. Grand admirateur du noir et blanc, je me suis dit qu'il serait pertinent d'aborder les images par ce prisme. Ensuite, j'ai cru plus judicieux d'attendre d'avoir un peu de temps devant moi pour dénicher des infos intéressantes à partager. J'ai alors repensé à une fresque des actrices imaginée par une jeune cousine, qui avait intégré une photo ancienne de notre grand-mère, au milieu des images des vedettes de son époque. Parmi elles, Jeanne Moreau, Shirley Temple ou encore Marthe Mercadier avaient également vu le jour au cours du millésime 1928. Je suppose qu'elles auront pu connaître certaines des pionnières du septième art. Je vous rappelle que la première séance publique du cinématographe remonte à 1895 - l'année de naissance... de ma grand-mère paternelle !

Souvent, quand je regarde un film ancien, je le replace mentalement avec d'autres sortis à la même période (et lors de la même décennie). J'essaye aussi d'imaginer si l'un ou l'une de mes proches aurait pu le voir au cinéma et, le cas échéant, quand et dans quelles circonstances. Selon toute vraisemblance, il n'y a aucun membre de mes deux familles plus accro au cinéma que moi - et ce, toutes générations confondues. Pourtant, les salles obscures "cartonnaient" beaucoup plus quand la télé était encore un luxe et que le Web n'existait pas. Il y a bien des films que j'aurais rêvé de voir sur grand écran: étudiant, un de mes profs disait que cela aurait encore été normal vingt - ou trente - ans plus tôt !
 
Bref... tant que je peux me rattraper, tout cela n'est pas bien grave. Mais vous, les amis ? Vous arrive-t-il de ressentir une forme de nostalgie devant telle ou telle oeuvre du patrimoine, telle ou telle star du passé ? Et si oui, comment y remédiez-vous ? Vos commentaires m'intéressent...

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Un tout dernier mot...

Juste pour vous rassurer: je n'ai pas renoncé à ma chronique colorée. Peut-être aimerez-vous (re)lire celle que j'ai consacrée au noir et blanc.

lundi 13 avril 2026

Feu la princesse

C'était un froid dimanche, en fin de matinée: j'ai délaissé mes cinémas habituels pour une première séance de 2026 dans un multiplexe Pathé. Seul ce "paquebot" de béton diffusait alors Scarlet et l'éternité, un film d'animation dont j'ignorais encore tout à peine quelques jours plus tôt. Réserver ma place n'aurait servi à rien ! Nous étions cinq dans la salle...

Venu du Japon, ce film enrichit le C.V. d'un réalisateur que les esthètes connaissent bien (et moi un peu): Mamoru Hosada, cofondateur en 2011 du studio Chizu. Le maître nous raconte ici l'histoire d'une princesse danoise, figurez-vous, en s'inspirant du Hamlet de Shakespeare (1603). Fillette insouciante, Scarlet voit son père revenir d'une longue période d'absence et ramener avec lui la paix retrouvée du royaume scandinave. Cela ne plaît guère à Claudius, le frère belliciste du bienaimé souverain. Non sans la complicité de la reine Gertrude, le félon assassine son aîné. Scarlet est mise à l'écart et, quelques années plus tard, empoisonnée. Elle se retrouve alors dans le monde des morts, un effrayant lieu intermédiaire où une sorcière lui explique que le passé et l'avenir cohabitent. Les hommes s'y retrouvent et leurs guerres sont incessantes.

On ne meurt bien sûr qu'une seule fois. Dans ces limbes où Scarlet débarque, certains prient pour rejoindre le Pays infini, quand d'autres sont promis à l'anéantissement total. Problème: Claudius sévit encore. Sans surprise, cela alimente le vif désir de vengeance de sa nièce officiellement défunte. Stop ! J'en ai bien assez dit sur le scénario. Objectivement, Scarlet et l'éternité se montre parfois d'une candeur désarmante - ce qu'une partie de la critique lui a vivement reproché. Trêve de suspense: pour ma part, je me suis très franchement régalé. Assis au beau milieu de la salle, j'ai été immédiatement impressionné par les images et le son, destinés je crois à un public "expérimenté". Prudence: pour les plus jeunes enfants, cela peut être une expérience difficile. En somme, vous qui entrez ici... abandonnez toute espérance !

Si je cite Dante Alghieri, c'est parce que c'est également une source d'inspiration pour Mamoru Hosoda, qui l'évoque au détour d'une scène. Je n'ai pas lu La Divine Comédie, mais cela ne m'a guère empêché d'apprécier cette référence à sa juste valeur et de savourer le film épique que j'ai découvert sur l'un des plus grands écrans de ma ville. C'était une plongée dans un imaginaire débridé, à l'origine d'émotions inattendues - un écho possible à nos questionnements contemporains. Après tout, la vie et la mort sont des sujets éternels, non ? Je reconnais que je ne m'attendais pas à prendre autant de plaisir: la naïveté relative du propos ne dissimule qu'en partie sa force et sa pertinence. Naturellement, chacun d'entre nous en aura probablement une vision différente, mais n'est-ce pas le véritable intérêt du cinéma ? Je le crois.

D'ici quelque temps, il est envisageable que j'approfondisse le sujet après m'être offert le livre édité pour accompagner la sortie du film. J'espère y retrouver quelques séquences majeures et percutantes. Souvenez-vous: j'avais fini 2025 en regardant une série de quatre films de Hayao Miyazaki. Scarlet et l'éternité a aussi eu le grand mérite d'apporter un regain de vigueur à mon intérêt pour le cinéma japonais d'animation... et, dans cet élan, pour le cinéma japonais "tout court". Autant dire que j'imagine en témoigner ici même assez rapidement. Cette envie s'appuie d'ailleurs sur une autre bonne occasion de le faire. Avant cela, je ne crois pas utile de revenir sur les techniques utilisées pour la conception et la fabrication du bel opus présenté aujourd'hui. Vous aurez déjà compris que je pousse à la curiosité ! Comme souvent...

Scarlet et l'éternité

(果てしなきスカーレット - Hateshi naki Suk
āretto)
Film d'animation japonais de Mamoru Hosoda / 2025
Jusqu'alors, je n'avais vu qu'un seul autre long-métrage de ce cinéaste nippon: Le garçon et la bête, que j'avais trouvé très chouette aussi. Bon... j'ai également entendu parler en bien d'autres de ses créations. Cette constance m'invite à les découvrir, si possible et sans me presser. Sur les Bobines, vous pourrez trouver sans délai plusieurs pépites "japanimées". Ma préférée ? Le conte de la princesse Kaguya, toujours.

samedi 11 avril 2026

Leur propre chemin

Je pense avoir encore démontré lundi que mon intérêt pour le cinéma italien classique augmente. Et il y a aussi de bons films contemporains. Exemple: Le dernier pour la route, un (étonnant) road movie sur fond de misère sociale. Je veux vous rassurer: il n'a rien de trop plombant. Pour info, je dois sa découverte à l'équipe des Fiches du Cinéma. Merci !

Carlobianchi et Doriano passent de bar en bar, visiblement désoeuvrés. Hier exilé en Argentine, leur ami Genio fait son retour. Les deux buveurs s'imaginent qu'ils l'accueilleront dès sa descente d'avion, en souvenir d'un temps où le trio faisait les quatre cents coups, sans souci véritable de ce qui arriverait le lendemain. Le hasard les place face à un garçon qui aurait l'âge d'un fils, Julio, un - timide - étudiant en architecture qu'ils embarquent alors dans leur interminable déambulation nocturne. Allez, je ne veux pas trop en dire sur ce film sorti en France mercredi...

Le dernier pour la route
est empli de cette mélancolie souriante souvent très caractéristique de l'Italie (et de son cinéma). La situation réelle de ses "héros" est bien compliquée, mais on s'en amuse aussi. D'ailleurs, chaque fois que l'un des protagonistes aurait quelque chose d'important à dire, soit il l'oublie, soit ses propos les plus sentencieux sont couverts par un bruit quelconque - et ensuite jamais répétés. Résultat: une tendre ironie traverse tout le scénario, avec un regard bienveillant porté sur des personnages mi-désillusionnés, mi-décalés. C'est aussi, à mes yeux, une façon de nous rappeler que le pays change et que certains regardent passer les trains, faute d'avoir pu les arrêter. D'autres les prennent, ces trains, et filent vers une promesse d'avenir. Un certain optimisme peut prévaloir. Et, qui sait ? nous faire... du bien !

Le dernier pour la route
(Le città di pianura)
Film italien de Francesco Sossai / 2025
Les "villes de plaine" que le titre original offre à notre regard français ne sont pas forcément les destinations les plus prisées des touristes. J'insiste cependant: j'ai beaucoup aimé ce nouveau voyage en Italie. Mes compagnons de route m'ont rappelé le duo de Sideways, souvenir largement effacé désormais, que j'aimerais sûrement retrouver un jour. Prendre la route et tracer droit devant ! C'est, peut-être, une solution...

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Pour finir, un petit rappel...

Vous pouvez aussi trouver les articles des Fiches sur une page d'Actu.fr.

jeudi 9 avril 2026

Même les grands...

Cela vous arrive aussi, je suppose: l'autre jour, j'avais besoin d'un film réconfortant. Quelques premiers échos positifs m'ont alors donné envie d'accorder sa chance à une sortie française récente: Le rêve américain. L'histoire de deux jeunes gars passionnés de basket et décidés à y bosser comme agents de joueurs en NBA, le MEILLEUR championnat au monde !
 
Comme vous l'imaginez, c'était vraiment très loin d'être gagné d'avance. Bouna et Jérémy avaient un temps tâté du ballon, mais en amateur. Leurs contacts dans le milieu, même en France, étaient peu nombreux. Leur rencontre fortuite avait fait renaître en eux une envie commune d'exercer auprès des pros, par passion, mais seuls de petits boulots parvenaient vaguement à les maintenir à flot sur le plan financier. Néanmoins, au prix d'un travail acharné, spoiler: ils y sont parvenus. Évidemment, Le rêve américain doit oublier quelques-unes des galères sur le parcours. Un bon feel good movie est toujours un peu idéaliste. D'ailleurs, il est aussi d'usage qu'il soit amusant (et c'est le cas ici). Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi s'harmonisent: ils forment un duo impeccable et entraînant. Leur jeu est posé, sans volonté "cabotineuse".

J'estime que pouvoir à nouveau regarder les États-Unis comme une terre d'opportunités ne fait pas de mal en ces heures de trumpisme exacerbé. C'est vrai qu'il vaut mieux pour cela débrancher son cerveau de 2026 avant de s'offrir la séance cinéma: un choix naïf, mais qui fonctionne. Parmi les divers basketteurs vus à l'écran, la plupart existent réellement et doivent une partie de leur réussite en carrière au duo Bouna-Jérémy. Le scénario invente juste un personnage majeur, sur la base d'exemples réels, et nous explique ainsi que la NBA peut être un monde de requins. Après tout, on y parle bien de contrats chiffrés en millions de dollars ! Le rêve américain, lui, n'avait pas forcément à disposition un budget colossal, mais il a fait des économies en tournant les scènes intérieures en France et les extérieurs au Canada - tout demeure 100% crédible. Franchement, c'est un bon petit film, sincère et empli d'optimisme. Deux heures durant, j'ai pu me couper du chaos de notre monde ! Ouf...

Le rêve américain
Film français d'Anthony Marciano / 2026

Même les grands ont commencé petit: c'est la belle morale de cet opus réjouissant, qui ne s'aventure pas à se hisser plus haut que ce qu'il est. On peut espérer que l'audace de Bouna et Jérémy en inspirera d'autres. Le sport peut à l'évidence être un moteur, comme dans Eddie the Eagle ou Rasta Rockett, parfaits pour cette année de Jeux olympiques d'hiver. Toujours enneigé, mais en France, je conseille aussi Good luck Algeria !

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Et avant d'en terminer...

Je vous invite désormais à faire un petit détour sur le blog de Pascale.

lundi 6 avril 2026

Bis pour Claudia

Douze jours exactement: il n'y a pas encore deux semaines complètes que j'ai publié une chronique-hommage consacrée à Claudia Cardinale. J'entame celle-ci... en récidivant et en vous proposant un diptyque ! Pour info, il est même probable que je fasse "coup triple" d'ici mai. Avant cela, j'attaque ce lundi avec deux - grands et beaux - classiques...

Le bel Antonio (Il bell'Antonio)
Film franco-italien de Mauro Bolognini / 1960
C'est la toute première apparition du cinéaste sur Mille et une bobines. Dans le rôle-titre, le magnifique Marcello Mastroianni incarne un homme bientôt trentenaire, revenu vivre chez ses parents, en Sicile, au terme de ses études à Rome. Sa réputation d'insatiable séducteur le précède. Antonio n'est pas pressé d'accepter le mariage arrangé que sa famille semble vouloir lui imposer, mais change d'avis devant une photographie de sa "promise". Le pur sentiment amoureux qui s'épanouit alors en lui s'avère toutefois insuffisant pour sauver un couple que les braves gens réprouvent. Leur raison: un an après, aucun enfant n'en est encore né. Quelle histoire étonnante ! Il est temps de vous préciser que le rôle confié à Claudia Cardinale - à 22 ans face aux 36 de son partenaire masculin - n'est pas flatteur. L'actrice excelle dans toutes les dimensions de son personnage, malmené par des conventions sociales archaïques. Le virilisme forcé: je trouve cette thématique très actuelle, à vrai dire. En 2026, Antonio ne serait peut-être pas impuissant, mais homosexuel. Autant dire que ce qui nous est raconté ici garde une réelle pertinence !

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Une anecdote ?
Ce long-métrage adapte un roman de Vitaliano Brancati, paru dès 1949. Parmi les coscénaristes, on remarquera un certain... Pier Paolo Pasolini !

En complément...
Le film est aussi présenté chez Eeguab et du côté de "L'oeil sur l'écran".

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La fille à la valise
(La ragazza con la valigia)
Film franco-italien de Valerio Zurlini / 1961
Tiens, voilà encore un réalisateur qui apparaît sur ce bon vieux blog ! Moins prolifique que d'autres, l'intéressé aurait toutefois pu être évoqué beaucoup plus tôt, le long-métrage du jour ayant profité d'une ressortie dans les salles voilà maintenant quelques années. Cette découverte tardive pour moi ne m'a pas empêché de prendre beaucoup de plaisir devant le (petit) écran et le tandem Claudia Cardinale / Jacques Perrin. La belle incarne ici Aïda, une chanteuse de cabaret qu'un jeune homme sans grand scrupule séduit, avant de l'abandonner à son triste sort. Partie à la recherche du malotru, elle rencontre son frère, Lorenzo. L'adolescent - il a 16 ans à peine ! - estime préférable de cacher ce lien familial et, soucieux d'aider la malheureuse, en tombe vite amoureux. Cinématographiquement parlant, cela pourrait donner lieu à un mélo ordinaire. Or, portés par la grâce, les deux acteurs vont bien au-delà. Autant vous le confier aussi: le récit se révèle d'une tristesse abyssale. J'imagine qu'on peut y lire une critique de la société italienne d'alors. Ce n'est pas obligatoire: un regard "passionnel" peut tout à fait convenir.

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Une anecdote ?
Jacques Perrin est doublé en italien... et Claudia Cardinale l'est aussi ! À l'époque, elle parlait un peu l'arabe, un dialecte sicilien et le français.
 
En complément...

Bis repetita: Eeguab et "L'oeil sur l'écran" évoquent aussi cet autre film. Vous en voulez encore ? Une chronique est également à lire chez Strum.

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Et pour finir, un simple avant-goût de la suite...

Après une suite de quatre films en noir et blanc, les prochains opus mettant en scène Claudia Cardinale que j'envisage de vous présenter seront en couleurs. On joue ? Vous pouvez essayer de deviner les titres. La réponse n'est pas pour tout de suite - mais promis, elle arrivera vite !

samedi 4 avril 2026

Vivre, aimer, chanter

Un constat: mon intérêt pour tout ce qui a trait à la Première Guerre mondiale ne faiblit pas. Elle est un élément important - et invisible - d'un beau film: Le son des souvenirs, projeté à Cannes en mai dernier. La presse spécialisée cinéma et la blogosphère lui ont réservé un accueil plutôt froid (à son image, jugent-elles). Je tiens à prendre sa défense...

Lionel, un jeune homme originaire du Kentucky, est issu d'une famille extrêmement modeste. Il vit avec ses parents dans une ferme isolée. Son talent pour le chant lui vaut toutefois de décrocher une bourse étudiante: il entre ainsi au Conservatoire de Boston, Massachusetts. C'est en ville et par hasard qu'il rencontre David, un talentueux pianiste. Presque aussitôt, leur passion commune pour les chansons folkloriques américaines rapproche les deux garçons, qui deviennent alors amants. 1917. David part sur le front européen, tandis que les lunettes de Lionel lui valent d'être réformé. Ce n'est ensuite qu'en 1920 qu'ils se reverront et iront, dans le Maine, enregistrer sur des cylindres de cire ces airs traditionnels que des anonymes accepteront d'interpréter devant eux. Vous l'aurez deviné: Le son des souvenirs est traversé de mélancolie. Ses couleurs ternes donnent d'emblée le ton et les amateurs de comédie passeront allégrement leur chemin. Ce qui est tout de même dommage !

Non pas qu'il soit trépidant, mais, bien qu'austère sur la forme, le film est parvenu à m'émouvoir par ses qualités narratives et un scénario subtil, aux rebondissements (un peu) imprévisibles. Il est aussi évident que l'implication des deux acteurs contribue significativement au plaisir ressenti: j'étais ravi à l'idée de retrouver Paul Mescal et Josh O'Connor dans ce drame sans bruit, en parfaite harmonie. J'ai bien sûr conscience qu'à 30 et 35 ans, le comédien irlandais et son homologue britannique peuvent déjà se targuer d'une certaine expérience, mais leur apparition encore récente sur MES écrans tient de fait lieu de grande révélation ! L'un et l'autre ont également fait du théâtre: cela ne m'étonne guère. J'aurais bien aimé que Le son des souvenirs leur vaille d'être nommés pour un Oscar, tout en ayant constaté que la concurrence était rude. Vous trouverez sans doute d'autres bonnes raisons de découvrir le film. On pourrait déplorer que la musique n'occupe finalement qu'une place limitée dans le développement de ce long récit. Il faudra s'en contenter et lire la nouvelle de Ben Shattuck, venu au monde en 1984, dans l'Iowa.

Le son des souvenirs
(The history of sound)
Film américain de Oliver Hermanus / 2025
Le secret de Brokeback Mountain est la première des références citées pour établir une comparaison avec cet opus, sorti... vingt ans plus tard. Cela ne me choque pas, mais l'homosexualité des deux protagonistes m'est apparue beaucoup plus décisive dans le (superbe) film d'Ang Lee. Le duo de Hermanus me rappelle plutôt le First cow de Kelly Reichardt. Cette Amérique des petites gens a décidément quelque chose d'éternel !

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Un autre regard pour finir...

Je m'attendais à retrouver la trace du film sur plusieurs de mes blogs préférés. Au final, à ce jour, je ne l'ai guère aperçue que chez Pascale...

jeudi 2 avril 2026

En plein vol

La France serait l'un des tous premiers pays au monde à avoir légiféré sur l'usage de drones équipés de caméras, il y a une quinzaine d'années. À l'époque, paraît-il, la pratique restait marginale. Je dois vous avouer que je n'ai pas cherché très loin pour savoir si elle s'était développée. Drone, mon film d'aujourd'hui, aurait pu m'y encourager. Partie remise !

Émilie s'installe en banlieue parisienne et rejoint les rangs d'une école d'architecture. Faute de bourse, ses très faibles ressources financières l'obligent à monnayer ses charmes sur Internet pour payer les factures. Autre souci: nouvelle venue dans la capitale, elle a du mal à s'intégrer dans son petit groupe d'étudiants. Et voilà que, la nuit, une machine volante surgit devant son immeuble et pointe sur elle son objectif ! Existe-t-il un lien avec les grosses sommes qui arrivent régulièrement sur son compte bancaire ? Émilie n'en sait rien. Et commence à flipper...

Drone est le premier long-métrage d'un réalisateur né le 12 mai 1985. C'est un bon petit film, mettant en vedette une jeune comédienne révélée chez Cédric Klapisch, également danseuse: Marion Barbeau. Malgré quelques faiblesses d'écriture, je ne peux vraiment pas affirmer que je me suis ennuyé - ce serait mentir (et je m'y refuse, bien sûr). Depuis quelques années, comme vous le savez, la France s'ouvre de plus en plus au cinéma "de genre"... et je ne vais surtout pas m'en plaindre. Simplement, ce nouvel opus aurait gagné à être un tantinet resserré. Plusieurs sous-intrigues s'ouvrent, autour notamment du comportement ambigu d'un prof ou de la véritable orientation sexuelle de l'héroïne. Ces deux-trois digressions ne m'ont pas paru scandaleuses, mais inutiles. La qualité de la mise en scène est au rendez-vous: c'est bien l'essentiel !

Drone
Film français de Simon Bouisson / 2024

Faut-il ajouter un nouveau nom à la liste des jeunes cinéastes français de grand talent ? À voir: je préfère attendre encore un peu, en réalité. Dans le registre parano, on est encore loin des grands classiques américains comme Conversation secrète ou Blow out, évidemment. J'imagine pouvoir faire une comparaison avec Dalloway ou The circle. Surprise: Les Olympiades m'est revenu en tête pour l'ambiance urbaine.

mercredi 1 avril 2026

De beaux mensonges

Êtes-vous d'accord avec moi pour dire que le cinéma est l'art du faux ? Après tout, il n'est pas le seul à contrefaire (ou à réinventer) la réalité. Nous aimons d'ailleurs souvent qu'il nous embobine, avec ses histoires ! Est-ce qu'il le fait bien ? Pas toujours, certes, et on a bien sûr le droit d'avoir une préférence pour ce qui semble vrai. Ou, au moins, réaliste...

Vous le savez: le premier jour d'avril se prête à merveille au mensonge. Pour rire, j'avoue que j'ai été tenté de vous faire croire à une bêtise quelconque. J'avais imaginé une décision du ministère de la Culture d'organiser les sorties en salles non plus le mercredi, mais le lundi. Cette journée serait dès lors restée vierge de la moindre nouveauté. Finalement, je me suis dit que c'était un peu gros. Et j'ai donc renoncé !

J'attends toutefois, impatient, la prochaine fois où un long-métrage parviendra à me faire avaler un bobard, un peu avant que j'apprenne qu'il s'est délibérément moqué de moi. Après tout, on dit aussi parfois qu'une fiction réussie repose sur un phénomène dit de "suspension d'incrédulité". Sans volonté de manipuler, cela peut s'avérer très drôle. Vous-mêmes, avez-vous déjà été dupés ? Vos témoignages m'intéressent. Partager une anecdote après coup, entre initiés, fait partie du plaisir. C'est cela qui me laisse supposer que le potentiel du cinéma est infini. Et s'il peut régulièrement être ludique, de fait, je dirais: "Tant mieux". Eh oui, n'est-il pas vrai que nous regardons des films pour nous divertir ?

lundi 30 mars 2026

L'homme serpent

Je fais partie de ceux qui trouvent que Klaus Kinski est un acteur vraiment fascinant à observer. Aussi bleu que fou, son propre regard transperce l'écran et le rend crédible dans les rôles les plus étonnants. Celui de Cobra Verde, par exemple, ce titre reprenant en fait le surnom d'un éleveur brésilien du 19ème siècle. Un adepte de la traite négrière !

Peu avant 1800, Francisco Félix De Souza (Manoel Da Silva, dans le film) quitte son ranch du Nordeste, la météo ayant décimé son troupeau. Faute de mieux, il devient bandit, puis orpailleur, et enfin intendant pour le compte du propriétaire d'une exploitation de cannes à sucre. Cette fonction, il ne l'occupe que quelques mois, le temps de coucher avec les trois filles - adolescentes ! - de son patron, déterminé à sévir...

On trouve alors un "arrangement": l'importun est envoyé au Dahomey. Dans ce pays qu'on appelle désormais Bénin, il pactise avec le roi local afin d'échanger quelques armes à feu et d'autres produits d'importation contre des centaines d'hommes et de femmes en âge de travailler (dur). Lesquels seront donc mis à disposition des cultivateurs sud-américains. Que dire ? Ce film n'est peut-être bien qu'une représentation partiale des faits historiques, mais c'est aussi une véritable plongée dans l'abîme coloniale. En Afrique, Francisco découvre que plusieurs potentats locaux s'opposent et, menaçants, le contraignent de facto à choisir un camp. Conséquence: Cobra Verde marque la naissance d'un chef militaire. D'énormes moyens humains sont déployés dans des décors gigantesques qui nous embarquent dans une grande aventure entre hommes violents. Cela dit, vous verrez que les femmes n'en sont pas tout à fait exclues. La guerre en ferait presque même... des combattants comme les autres.

Cobra Verde
Film allemand et ghanéen de Werner Herzog / 1987

Le nom du réalisateur donne une idée de la démesure de ce projet cinématographique, où j'avoue m'être un peu perdu de prime abord. L'esclavage n'y est pas abordé comme dans Furcy né libre, ce beau film dont j'ai parlé il y a quelques semaines, mais sa brutalité extrême apparaît très banale pour la plupart des protagonistes. C'en est glaçant ! Et la fin, pathétique, renverse presque celle de Ni chaînes ni maîtres...

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Vous n'avez peut-être pas tout vu...

C'est le septième film de Werner Herzog que j'évoque sur les Bobines. Klaus Kinski en a tourné cinq sous la direction de son compatriote : 
Aguirre, la colère de Dieu (1972),
Nosferatu, fantôme de la nuit (1979),
Woyzeck (1979),
Fitzcarraldo (1982),
► ... et donc Cobra Verde (1987).

En prime, le réalisateur fait aussi écho à leur intense relation de travail dans un documentaire : Ennemis intimes (1999). J'espère le voir aussi...

samedi 28 mars 2026

Comme une balle !

Je préfère vous prévenir tout de suite: je n'ai pas envie de me pencher sur ce qui est vrai ou pas dans Marty Supreme. Le fait est que le film s'inspire d'un personnage réel et s'en écarte, aussi (cf. Le Monde). D'après moi, il est bien inutile de chercher à cocher toutes les cases d'une bonne conformité avec les faits. Le cinéma (ré)invente le monde !

Je vous propose dès lors de  marcher avec moi dans les pas empressés de Martin Mauser (ou Reisman in real life), jeune Juif new-yorkais passionné de ping-pong. Nous sommes en 1952. Battu par un adversaire japonais en finale d'un tournoi important, il se sentira alors si humilié qu'il fera tout pour participer aux championnats du monde - à Tokyo - avec l'intention de prendre une revanche écrasante sur ce rival honni. L'impérieux besoin d'argent de celui qui n'est qu'un très efficace vendeur de chaussures auprès de son oncle le conduira alors à toutes sortes d'arrangements douteux et de combines plus ou moins assumées. Franchement, si quelqu'un vous a présenté Marty comme un petit con arrogant, je ne suis pas certain de vouloir démentir votre interlocuteur. Idem si on vous a parlé de Scorsese comme une influence du réalisateur.

Ce qui est sûr, c'est que le film mène grand train. Et qu'une fois le cadre posé, il garde une folle cadence deux heures et demie durant, les amis ! De tous les plans, Timothée Chalamet file à toute berzingue et convainc dans chacune des dimensions du personnage. Bon... il me paraît évident que cette prestation XXL peut déplaire et que certains d'entre vous jugeront cette affaire trop boursouflée pour les séduire durablement. Oui, Marty Supreme, c'est bien d'abord un déluge d'images et de sons comme seul un certain cinéma américain peut oser le mettre en avant. Personnellement, j'ai d'ailleurs été plutôt impressionné par le montage. J'ai aussi été sensible au casting, et notamment au tandem d'actrices constitué par Gwyneth Paltrow, de retour sur les écrans après six ans d'absence, et Odessa A'zion, une jeune comédienne dont j'ignorais tout. Avec elles, de fait, je ne me suis jamais ennuyé pendant la projection. Qu'en aurai-je retenu dans quelque temps ? Peut-être pas grand-chose. Qu'importe: sur l'instant, j'ai trouvé cela divertissant et enthousiasmant. Je vais éviter de "chipoter" - mes attentes d'un soir ayant été satisfaites.

Marty Supreme
Film américain de Josh Safdie / 2025

Je vous épargne aussi la polémique autour du cinéaste, soupçonné d'avoir fait jouer le rôle d'une prostituée à une fille mineure - et fâché pour cela, dit-on, avec son frère Benny, son binôme sur Good time. Considéré pour lui-même, son nouveau film déploie une esthétique similaire, dans la lignée de big movies comme After hours ou Babylon. Ultra-appuyé, ce style est pour le coup... très "amerloque", si j'ose dire.

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Le film m'a semblé recevoir un bon accueil sur les blogs...
Vous pourrez donc le retrouver chez Pascale, Princécranoir et Benjamin. Strum en a aussi tiré une chronique et y décrypte quelques scènes-clés. 

Et si, en guise de conclusion, je vous reparlais des Oscars ?
J'ai écrit ce qui précède avant la 98ème cérémonie, le 15 mars dernier. Le film était en lice pour neuf statuettes et finit avec... un zéro pointé.

Quelques jours avant la cérémonie, Timothée Chalamet s'était moqué de la supposée "vieillerie" d'arts scéniques comme le ballet ou l'opéra. Certains estiment que cela a pu lui nuire, tandis que d'autres rétorquent que le vote était déjà clos. Une vague histoire de jeune adolescente castée pour jouer une prostituée avait aussi fuité contre le réalisateur ! Bref... six Oscars font d'Une bataille après l'autre le champion de 2026. Sinners, nommé seize fois (un record), a décroché quatre statuettes. C'est l'un des films-lauréats que je compte rattraper, un jour. À suivre...