dimanche 26 septembre 2021

Enfants du pavé

Zach a 17 ans. Sort de prison. S'évade de son foyer d'accueil. Passe chez sa mère. Constate qu'elle n'est plus capable de s'occuper de lui. Retrouve ses potes. Rencontre une prostituée et s'installe chez elle. Quelques mots me suffisent à résumer le scénario de Shéhérazade. C'est un autre film qui se passe dans les quartiers Nord de Marseille...

Il a gagné trois des César 2019: meilleur premier film, meilleur espoir féminin (Kenza Fortas) et meilleur espoir masculin (Dylan Robert). Arte m'a permis de le rattraper après que je l'ai manqué en salles. Porté par ses très jeunes comédiens amateurs, ce long-métrage naturaliste a réclamé de son auteur qu'il passe huit mois en castings sauvages, dans la rue, mais aussi à la sortie des foyers, des prisons et des écoles. Une patience qui a payé, puisque le duo Kenza / Dylan assume pleinement des rôles vraiment complexes pour des acteurs inexpérimentés (nota bene: ceci n'est absolument pas un reproche). Anecdote amusante: les deux adolescents s'étaient connus, dix ans auparavant, et se sont donc retrouvés à l'occasion du tournage ! Shéhérazade propose des choses originales et réussies sur le plan formel - je pense ainsi à une très belle scène de nuit, notamment. Sachez qu'il pourrait dérouter celles et ceux qui prêtent une attention particulière aux dialogues: les mots et intonations sont "spécifiques". En écoutant, vous pourriez être - agréablement - surpris du résultat...

Shéhérazade
Film français de Jean-Bernard Marlin (2018)
Un aveu: je me sois un peu moins attaché aux personnages qu'espéré. Pour autant, le film a de véritables qualités et mérite considération. Sans tomber dans le misérabilisme, il se rapproche d'une Rosetta. Ponctuellement, Zach m'a rappelé Steve, le jeune héros de Mommy. Même rage, mêmes difficultés et peut-être même destin, finalement. La sortie de prison paraît moins ardue dans En liberté ! Encore que...

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Sur la blogosphère, le film reste assez discret...

J'ai quand même lu une autre chronique du côté de "L'oeil sur l'écran".

vendredi 24 septembre 2021

Des flics

Jusqu'où tordre la loi pour mieux la faire respecter ? C'est la question essentielle que pose BAC Nord, le nouveau film de Cédric Jimenez. Présenté au dernier Festival de Cannes, il y avait fait polémique après qu'un journaliste irlandais l'a jugé favorable à Marine Le Pen. Cet avis, je peux bien sûr le comprendre, mais je ne le partage pas...

Comme tant d'autres films actuels, BAC Nord s'inspire d'une histoire vraie - et sur laquelle la justice doit encore se prononcer (en appel). En avril dernier, après neuf ans d'instruction, le tribunal correctionnel de Marseille s'est penché sur le sort de 18 flics membres de la brigade anti-criminalité des quartiers Nord de la ville, accusés d'être ripoux. Comme dans le film, ils étaient soupçonnés d'avoir volé ou extorqué des vendeurs de cigarettes de contrebande et des dealers de drogue. Soit, mais de quel côté le cinéma se place-t-il ? Du leur, assurément. Dans le scénario, il est question de récupérer des produits illégaux pour rétribuer un indic et démanteler tout un réseau de trafiquants. Approchons-nous de la réalité des faits ? Peu importe, à mon avis. Pour cette séance, je voulais voir une fiction, pas un documentaire. Et, en l'occurrence, j'ai plutôt été bien servi: le film s'avère haletant et, dans sa première partie, m'a scotché au fauteuil. Jusqu'à ce que...

Tout n'est pas parfait, OK, mais je n'ai pas perçu de manichéisme dans le propos porté par le récit, et ce bien que la haute hiérarchie policière n'échappe pas longtemps à quelques piques plutôt "salées". L'un des aspects les plus positifs de ce long-métrage coup-de-poing demeure son casting, avec, en tête d'affiche, le très convaincant trio que constituent Gilles Lellouche, François Civil et Karim Leklou. Soyons juste: j'accorde une mention spéciale aux deux personnages féminins forts, interprétés par Adèle Exarchopoulos et Kenza Fortas. Aucune fausse note à déplorer au sein de cet impeccable quintet ! Pour ce qui est du fond à présent, BAC Nord contentera les amateurs de productions musclées, mais aussi celles et ceux qui réfléchissent parfois au rôle de régulateur social qui est dévolu aux forces de l'ordre dans notre précieuse démocratie (si imparfaite puisse-t-elle être). Attention: je n'en parlerais pas forcément comme d'un film politique. Et, bien entendu, vous êtes tout à fait libres de penser le contraire ! Oui, c'est après tout positif que Cannes ait permis d'ouvrir ce débat...

BAC Nord
Film français de Cédric Jimenez (2021)

Je n'ai aucune certitude, mais je me dis qu'on peut avoir confiance dans le jugement du réalisateur, lui-même marseillais de naissance. En tout cas, je le trouve plus en forme ici que dans La French, film sur un sujet assez proche, mais un peu moins abouti, à mes yeux. Désormais, sur la police, je veux revoir L.627 et voir Les Misérables. Et au fait... Scènes de crimes et L'affaire SK1, c'est très bien aussi !

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Pour en finir avec ce dossier et si cela peut vous être utile...

Je vous renvoie directement aux conclusions de Pascale et de Dasola. Vous pourriez aussi aller jeter un coup d'oeil à celles de Princécranoir.

jeudi 23 septembre 2021

Un flic

Que peut-on imaginer de plus abominable que le meurtre d'un enfant ? L'un des films que j'ai vus récemment imagine une scène de crime d'enfant maquillée par la police. Le réalisateur de A dark, dark man pointe certains aspects peu réalistes de son travail, mais se dit sûr que son pays - le Kazakhstan - n'est pas... plus corrompu qu'un autre !

Une chose est claire: le tableau que dresse ce long-métrage récent n'encourage pas à aller vérifier ce qu'il en est réellement sur place. Reste un polar sombre, sombre, c'est certain, mais de bonne facture. L'essentiel du propos tourne ici autour de deux personnages principaux: un très jeune flic pas spécialement zélé et une journaliste qui l'asticote (voire le fait chanter) afin de faire avancer l'enquête. C'est en fait qu'elle a remarqué qu'une bonne dizaine des suspects appréhendés par son compagnon d'infortune se sont suicidés en prison avant même d'avoir été entendus par un juge. Et ça fait beaucoup. Bon... derrière cette intrigue des plus sordides, on peut se demander s'il reste encore de la place pour une quelconque source de lumière. N'en attendez pas trop: A dark, dark man n'a rien de très optimiste. C'est pourtant un bon film, qui a d'abord le mérite de nous entraîner loin des sentiers battus, mais aussi celui de développer un scénario solide, sans concessions. Ce n'est pas une révélation, mais presque. Autant conclure d'un mot: les amateurs du genre devraient apprécier !

A dark, dark man
Film franco-kazakh d'Adilkhan Yerzhanov (2019)

Solide et sans concessions: j'ai tout dit. Cet opus, en partie financé par des producteurs français, vaut très objectivement le coup d'oeil. C'est en tout cas bien davantage qu'un banal "produit de festival". Lorsque je l'ai découvert, j'ai pensé à la combinaison de trois films différents et appréciés: Fargo, The major et Memories of murder. J'aimerais préciser que c'est, peut-être bien, le plus noir des quatre...

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Il y a évidemment d'autres cinéphiles sur la piste...

Cela me permettra de citer aujourd'hui les écrits de Pascale et Dasola.

mercredi 22 septembre 2021

Cent jours pour faire mieux

Bon... on est le premier jour de l'automne et le dernier du signe astro de la Vierge: demain, il nous en restera cent pour profiter du cinéma en 2021 ! Plus de distanciation, mais masques et pass sanitaires obligatoires: on réfléchit à deux fois avant de se prendre son ticket...

C'est pourquoi les chiffres sont cruellement bas (et me préoccupent). J'ai réuni pour vous des données finalisées hier dans la matinée et, pour comparaison, j'y ai donc ajouté celles des années précédentes que sont 2020 - autre millésime tronqué - et 2019. Voici le résultat...

1. Kaamelott - Premier volet / 2.590.491 entrées
Période 2020+2021 : 1er / 2019-2021 : 15ème
(1er fin 2020: Tenet / 2.343.931 entrées)
(1er fin 2019: Le roi lion / 10.017.995 entrées)

2. Fast & furious 9 / 1.971.393 entrées
Période 2020+2021 : 6ème / 2019-2021 : 30ème
(2ème fin 2020: 1917 / 2.203.337 entrées)
(2ème fin 2019: La reine des neiges II / 7.401.300 entrées)

3. Conjuring 3 / 1.887.284 entrées
Période 2020+2021 : 7ème / 2019-2021 : 32ème
(3ème fin 2020: Sonic / 2.113.220 entrées)
(3ème fin 2019: Avengers : Endgame / 6.942.474 entrées)

4. Black Widow / 1.664.277 entrées
Période 2020+2021 : 9ème / 2019-2021 : 40ème
(4ème fin 2020: Adieu les cons / 1.977.197 entrées)
(4ème fin 2019: Qu'est-ce qu'on encore fait... / 6.711.618 entrées)

5. BAC Nord / 1.618.292 entrées
Période 2020+2021 : 10ème / 2019-2021 : 41ème
(5ème fin 2020: Bad boys for life / 1.726.212 entrées)
(5ème fin 2019: Star wars IX - L'ascension... / 5.911.207 entrées)

6. OSS 117 - Alerte rouge... / 1.575.522 entrées
Période 2020+2021 : 11ème / 2019-2021 : 42ème
(6ème fin 2020: Ducobu 3 / 1.497.326 entrées)
(6ème fin 2019: Joker / 5.608.532 entrées)

7. Cruella / 1.420.608 entrées
Période 2020+2021 : 13ème / 2019-2021 : 48ème
(7ème fin 2020: 30 jours max / 1.324.568 entrées)
(7ème fin 2019: Toy story 4 / 4.599.884 entrées)

8. La Pat'Patrouille / 1.277.368 entrées
Période 2020+2021 : 16ème / 2019-2021 : 55ème
(8ème fin 2020: Le voyage du Dr. Doolittle / 1.293.055 entrées)
(8ème fin 2019: Captain Marvel / 3.374.568 entrées)
 
9. Les Croods 2 / 1.100.998 entrées
Période 2020+2021 : 19ème / 2019-2021 : 66ème
(9ème fin 2020: L'appel de la forêt / 1.258.014 entrées)
(9ème fin 2019: Dragons 3 / 3.367.445 entrées)

10. Shang-Chi et la légende... / 967.871 entrées
Période 2020+2021 : 23ème / 2019-2021 : 74ème
(10ème fin 2020: 10 jours sans Maman / 1.177.479 entrées)
(10ème fin 2019: Jumanji - Next level / 3.255.668 entrées)

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Et en guise de conclusion...

Je n'ai pas grand-chose à ajouter, si ce n'est qu'il me paraît important que ces statistiques décollent et qu'au moins une quinzaine de films dépasse le cap symbolique du million d'entrées. L'arrivée prochaine d'un nouveau James Bond me donne, c'est vrai, quelques espoirs. Dune, sorti la semaine dernière, pourrait aussi attirer du monde. Comment le cinéma français s'en sortira-t-il ? Nous en reparlerons sûrement. J'ai sans doute, moi aussi, un certain retard: je n'ai vu qu'une vingtaine de films en salles cette année. Loin de ma moyenne !

mardi 21 septembre 2021

Les choses de la vie

Anna, une amie qui connaît bien mieux le Japon que moi, m'a affirmé qu'il valait mieux ne pas le juger en fonction de l'humanisme des films d'Akira Kurosawa. Je n'ai cependant pas tergiversé bien longtemps avant de saisir l'occasion de voir le dernier long-métrage du maître. Lequel, à la sortie sur les écrans, avait tout de même déjà... 83 ans !

Madadayo
est aussi l'histoire d'un vieil homme: le professeur Uchida. Alors qu'il a pris sa retraite, ses anciens élèves décident de lui rendre hommage chaque année, en l'invitant à participer à un repas festif organisé par le club qu'ils ont créé à cette fin. Je parlais d'humanisme et il y en a beaucoup dans ce film plutôt atypique dans la filmographie du cinéaste nippon. Il couvre plusieurs périodes et donne aux choses de la vie - un déménagement forcé, la disparition d'un chat, une santé déclinante... - une valeur considérable. Or, l'ensemble est orchestré de telle façon que le ton n'est jamais triste, ni même mélancolique. Je ne sais ce que le récit intègre d'autobiographique, mais j'ai pensé qu'il contenait une idée d'acceptation. Posé telle une énigme, le titre du film lui-même signifie "Pas encore prêt": c'est la réponse d'Uchida à la grande question du temps qui passe, avide qu'il reste d'apprécier son existence tant (et autant) qu'il le pourra. Onirique, l'ultime plan du long-métrage lui donne un autre sens, nous ramène vers l'enfance et reste l'un des plus beaux de l'histoire du cinéma. Une pure émotion.

Madadayo
Film japonais d'Akira Kurosawa (1993)

L'histoire retient qu'après cette oeuvre sublime, le cinéaste n'eut plus suffisamment de force pour mettre en images ses derniers scénarios. De fait, il est difficile d'imaginer qu'il aurait pu donner meilleur point final à sa carrière. Sa grande pudeur face au thème du vieillissement peut enrichir celle de Miss Daisy et son chauffeur ou celle d'Amour. Pour rester au Japon, je vous recommande La ballade de Narayama !

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Et en guise de conclusion...

Je suis surpris (et ravi) de pouvoir citer mes amis Eeguab et Vincent.

lundi 20 septembre 2021

Un autre cahier

Je change de cap: après une belle tranche d'été consacrée à des films de divertissement, j'ai soudain eu l'envie de renouer avec le cinéma d'auteur. Bon plan: j'ai profité d'une offre gratuite mise à disposition sur la plateforme MK2 Curiosity et retrouvé feu Abbas Kiarostami. Une opportunité vraiment intéressante d'aller voir ailleurs si j'y suis...

Hé ! Revenez ! Je ne parle pas pour vous ! Dans le film que j'évoque aujourd'hui, le cinéaste iranien pose sa caméra à hauteur d'enfant. Ahmad, huit ans, travaille plutôt bien à l'école, mais constate un soir que, par simple étourderie, il a pris avec lui le cahier d'un camarade. Ce dernier risquant fort d'être puni, le gosse se met donc en route pour réparer son erreur avant qu'il ne soit trop tard pour les adultes. Où est la maison de mon ami ? repose sur cette histoire - simple - d'un marmot un peu désemparé face aux contradictions des grands. Son empathie à lui ne trouve guère d'écho chez les autres, à vrai dire. Kiarostami suggère alors une mini-odyssée, avec son lot d'incertitudes et de dangers, réels ou supposés. Cela nous ouvre de facto à un Iran méconnu, loin du pays que la télé juge bon de nous montrer parfois. Logique: nous avons désormais quitté les grandes villes. Le "voyage" n'en est que plus agréable. Pour les mômes, oui, mais pas seulement !

Où est la maison de mon ami ?
Film iranien d'Abbas Kiarostami (1987)

Autre culture, autre horizon, regard différent: ce beau long-métrage mérite votre attention. Son jeune acteur principal est remarquable d'intensité ! Notez que ce film est le premier volet d'un ensemble informel, la trilogie de Koker, dont le superbe Au travers des oliviers est la conclusion - et dont chaque épisode peut se suffire à lui-même. À hauteur d'enfant encore, je conseille La belle... ou Nobody knows !

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Vous cherchez toujours votre chemin ?

Je me permets à présent de vous (ré)orienter vers "L'oeil sur l'écran".

samedi 18 septembre 2021

Sandrine K. dédoublée

Cela s'est produit par hasard, un soir du mois d'août: je suis tombé sur France 3 qui avait choisi de diffuser coup sur coup deux films avec Sandrine Kiberlain. J'ai pensé que ça valait bien un diptyque ! J'ai vérifié: ma dernière chronique double date d'il y a quatre mois. Vous me direz si vous estimez que je devrais en écrire plus souvent...

 
Pauline détective
Film français de Marc Fitoussi (2012)

Tourné sur la Côte d'Azur, mais censé se dérouler sur la Riviera italienne, cet opus met en scène la maquettiste d'un journal spécialisé dans les affaires criminelles, que son mec vient juste de quitter. Résultat: la pauvrette est prise en main par sa frangine et est invitée à prendre un peu de repos/recul dans un hôtel de luxe du littoral méditerranéen. Or, plutôt que se détendre, Pauline décide d'enquêter sur quelques faits franchement suspects survenus dans les environs. Ce n'est pas passionnant, mais ludique, coloré et parfois assez drôle. Jusqu'à l'inattendue conclusion, l'apprentie Hercule Poirot fait preuve d'une redoutable opiniâtreté, jamais bien loin de la mythomanie. Derrière elle, Audrey Lamy, Wladimir Yordanoff et Claudio Santamaria forment un casting hétéroclite, plus ou moins inspiré. Et vite oublié...

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Si vous voulez d'autres infos...
Vous pouvez également trouver ce vrai-faux polar chez Pascale et Lui.

 
La belle et la belle
Film français de Sophie Fillières (2018)

Bon point de départ pour cet autre programme: Margaux, une quadra parisienne, rencontre... Margaux, une fille dans la vingtaine. Et la vie de l'une ressemble de manière troublante à celle que l'autre a vécue ! Sur cette base, vous êtes bien évidement tout à fait libres de croire au scénario qui vous plaît le plus: celui du hasard malicieux ou celui du croisement de deux existences qui sont tout simplement la même. Autant vous le dire: le mieux reste d'adhérer à la seconde hypothèse pour s'intéresser au récit, certes séduisant, mais un brin répétitif. Las ! Le jeu de la jolie Agathe Bonitzer n'incite pas à être indulgent vis-à-vis de cette "fille de" (de la réalisatrice et d'un autre cinéaste). Melvil Poupaud, qui n'a rien à prouver, relève quant à lui le niveau d'un long-métrage somme toute appréciable, bien que mal dégrossi. Au final, je me suis dit en le regardant qu'il y aurait eu mieux à faire. Et quoi ? À défaut de mettre le doigt dessus, je vous laisserai juges...

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Il y a, bien sûr, une solution-bis...

Elle consistera à parcourir les avis de Pascale, Laurent, Strum et Lui.

jeudi 16 septembre 2021

"Les Africains sont joyeux..."

Parfois taxé de racisme et/ou de misogynie, OSS 117 - Alerte rouge pour Afrique noire mérite bien mieux que cette sinistre réputation. Le tout nouvel épisode des aventures d'Hubert Bonisseur de la Bath confirme l'intéressé comme l'espion le plus crétin du monde civilisé. Ce qui ne veut pas dire que ce soit un mauvais film. Et au contraire...

De retour dans le costume du gugusse, l'impeccable Jean Dujardin opère avec Pierre Niney, dit Serge, dit OSS 1001 (ou Bob Nightingale). Oui... bien que plus efficace en solo, il doit retrouver cet équipier inexpérimenté et perdu dans la savane, avant de s'associer avec lui pour arrêter des trafiquants d'armes, sauver les miches d'un dictateur africain et - d'un coup d'un seul - préserver l'honneur et les intérêts commerciaux de la France. Le tout entre deux verres d'une Suze décidément des plus difficiles à dénicher sur le sol des ex-colonies. Les temps changent, figurez-vous: si les premières missions de 117 lui avaient été confiées au coeur des années 50, les services secrets évoluent désormais sous la menace communiste et le commandement d'un dénommé Giscard, qui pourrait perdre les prochaines élections. Côté cinéma, rien de folichon à signaler: si les deux premiers volets de la saga vous sont familiers, vous évoluerez en terrain ultra-connu !

Après coup, j'ai subitement réalisé que le parallèle avec James Bond n'était pas forcément pertinent, Ian Fleming ayant inventé son héros en 1953 et donc... quatre ans après que Jean Bruce a créé le sien. Avoir cette fois deux idiots pour le prix d'un est un atout: les vannes du premier étant un peu usées, l'autre prend le relais avec vigueur. Constat: sans négliger les fondamentaux, OSS 117 - Alerte rouge... renouvelle quelque peu la tonalité du bousin et trouve son identité propre - celle d'une comédie franchouillarde assumée qui n'oublie pas d'être également un film d'action digne des livres qui l'ont inspirée. Toute considération littéraire laissée de côté, je me suis bien marré devant les pitreries de ce bon vieil Hubert et de son jeune acolyte. C'était d'autant plus simple que cet opus a des qualités formelles indéniables - et un générique qui nous met aussitôt dans l'ambiance. On se dit alors qu'un quatrième long-métrage ne serait pas à exclure ! Est-il vraiment indispensable de rajouter une couche ? Chacun jugera. Du côté des romans, en tout cas, il y aurait largement de quoi faire...

OSS 117 - Alerte rouge pour Afrique noire
Film français de Nicolas Bedos (2021)

Pas incontournable, mais sympa: c'est ainsi que j'aurais pu vous dire de cet opus sorti en salles début août, si j'avais souhaité faire court. NB: le deuxième des trois épisodes Dujardin est aussi sur ce blog. Désormais, j'envisage de revoir le premier, qui date... de 2006 ! Avant cela, je tiens à rappeler qu'il y a eu d'autres simili-007 débiles sur écran: cf. L'espion qui venait du surgelé, Johnny English, etc...

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Ma chronique n'a pas suffi à vous convaincre ?

Je vous laisse avec les arguments de Pascale, Dasola et Princécranoir.

mercredi 15 septembre 2021

L'amour à la machine

Prenez une fille d'un milieu social modeste. Faites revenir un garçon issu, lui, d'une famille fortunée. Opposez-les d'abord et donnez-leur ensuite une pincée de points communs de nature à les rapprocher. Mélangez et laissez mijoter jusqu'à l'apparition d'une jolie guimauve. Ajoutez-y un peu d'épices. La comédie romantique se déguste tiède...

Populaire
en est une bonne ! Ce gentil petit film s'appuie sur le talent de son duo-vedette: Déborah François / Romain Duris. Lui travaille comme assureur dans une ville de province, elle s'est fait embaucher pour être sa secrétaire. Problème: elle est d'une maladresse absolue. Un "défaut" qu'elle compense par une capacité à taper à la machine plus vite qu'Usain Bolt (qui n'est pas encore né) achève le 100 mètres. Impressionné, son patron l'inscrira donc à un concours de dactylos. Vous l'ignoriez peut-être, mais de telles compétitions ont existé jadis.

Le reste est prévisible, mais a un charme certain: on se croit revenu au milieu des années 50, aux côtés d'Audrey Hepburn et Cary Grant. Sur le plan formel, rien à dire: c'est véritablement du beau travail. Cette impeccable reconstitution joue pour beaucoup dans l'efficacité indéniable de ce bonbon de cinéma, digne donc de ses modèles hollywoodiens. Le réalisateur, lui, a également confié s'être inspiré des oeuvres de Jacques Demy pour l'identité visuelle de son film. Vendu dans de nombreux pays, ce dernier a notamment reçu des prix à San Francisco, Athènes et Tokyo (et cinq nominations aux César). Je vous le redis: son côté pétillant en fait une belle réussite du genre.

Populaire
Film français de Régis Roinsard (2012)

Un bon remède à la morosité que ce long-métrage délicat et joli ! J'imagine que cela n'en fait pas un incontournable, mais je le conseille sans hésiter à celles et ceux qui ont gardé un coeur de Bisounours. Pour le romantisme à la française, vous pouvez aussi vous tourner vers La délicatesse, La chance de ma vie ou encore Mon inconnue. Et à Hollywood, Rendez-vous, Drôle de frimousse, La garçonnière...

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Et la blogosphère, elle a aimé ?

Il me semble bien que oui: à vérifier chez Pascale, Dasola et Laurent. Je citerai également Benjamin, revenu récemment en commentaires.

lundi 13 septembre 2021

Et en Afghanistan...

Avec le recul, je me demande s'il n'aurait pas fallu y voir un présage funeste: le 10 novembre dernier, le plus ancien cinéma de Kaboul tombait sous l'assaut des bulldozers. L'inquiétant retour des Talibans en Afghanistan n'augure rien de bon pour le septième art sur place. Pourtant, il y a un cinéma afghan - et je ne parle pas ici de Rambo 3 !
 
Samedi, vous le savez: on a commémoré le vingtième anniversaire des attentats du 11-Septembre. J'ai bien failli en tirer une chronique. Il y a de cela quelques années, j'en avais écrit une autre sur un film rare, Osama, dont le personnage principal est une petite fille contrainte de se déguiser en garçon afin de mener la vie "normale" d'une enfant de son âge. Ce long-métrage m'est revenu en mémoire devant le terrible imbroglio humanitaire géopolitique du moment. Ému, je tenais donc à en parler ! Mais pas de manière inconsidérée...
 
Cela m'a aussi donné envie d'aller plus loin et donc de vous demander si, par hasard, vous auriez d'autres bons plans à me/nous conseiller. De mon côté, si le sujet vous intéresse, je crois bon de vous suggérer de voir ou revoir La guerre selon Charlie Wilson et Parvana, à titre d'exemples - et même si ce ne sont pas réellement des films afghans. J'espère pouvoir rattraper Les hirondelles de Kaboul, un dessin animé que je voulais voir en salles. Cela me donnerait une occasion d'en rediscuter avec vous, en complétant mon propos d'une approche historique. Bon... cela réclame quand même une recherche préalable. J'insiste: n'hésitez pas à me faire de votre avis... et de vos lumières !