samedi 9 mai 2026

L'Europe avant tout

C'est une constante depuis 2014: je vois chaque année plus de films européens que de longs-métrages des États-Unis. Or, la date du 9 mai marque l'anniversaire de la Déclaration Schuman, une étape importante d'un fameux projet: la construction européenne. Notre vieux continent a vu naître le cinéma. Il n'occupe toutefois pas la même place partout...
 
Quand j'ai préparé cette chronique, à la mi-avril, mon compteur 2026 affichait 33 films européens (sur un total de 53), dont 14 films français, huit italiens, trois britanniques, trois espagnols et deux allemands. Autres pays concernés: la Belgique, la Slovénie et feu l'Union soviétique. J'en ai naturellement d'autres en vue, qui feront l'objet de chroniques futures ! Aucun pays inédit ne me paraît cependant pointer à l'horizon...

C'est ainsi que, dans l'Union européenne, je n'ai pas vu le moindre film bulgare, estonien, maltais ou slovaque... et j'imagine qu'il sera difficile de combler cette quadruple lacune (ce qui me ferait plaisir, pourtant). Je me rassure en notant que le marché nord-américain est peu ouvert au cinéma d'Europe: aux States, le plus grand succès d'une production issue de notre continent est celui de Skyfall, un épisode de James Bond. Il avait amassé 304 millions de dollars au quatrième rang du box-office de 2012, derrière Avengers, The dark knight rises et Hunger games. Étonnante tête d'affiche made in France, Taken n'a pas atteint la moitié de ce chiffre - qui ne dit certes RIEN de sa qualité - et remonte à 2009. Notre pays n'est pas le plus à plaindre, loin de là, et sa place dominante en Europe paraît peu contestable à court terme. Ce qui est une chance !

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Et vous, qui venez d'Europe ou d'ailleurs...

Avez-vous un intérêt particulier pour le cinéma issu de notre continent ? Ou voyez-vous ses films comme tous les autres ? À vous de me le dire. J'espère que ce billet contribuera à alimenter votre "appétit cinéphile".

vendredi 8 mai 2026

Rien à perdre

2003. Patrice Chéreau préside le jury du 56ème Festival de Cannes. L'Américain Gus van Sant y fait coup double: il décroche la Palme d'or et le Prix de la mise en scène - un cumul désormais interdit, je crois. 2026. Je découvre le nouveau film du cinéaste dès le jour de sa sortie. Précisons-le tout de suite: La corde au cou s'inspire d'une histoire vraie.

Issu d'une famille d'immigrants grecs, Tony Kiritsis approche des 45 ans quand, un matin de février 1977, il décide de prendre en otage le fils d'un banquier supposé l'avoir arnaqué, "emprunte" une voiture de police à défaut d'autre véhicule et se retranche chez lui après avoir menacé d'abattre sa victime. Le début de plusieurs jours d'une lourde tension. Toujours efficace, Gus van Sant nous propose de découvrir les faits depuis le point de vue de leur auteur, mais aussi au côté des autorités policières et des médias télé-radio venus couvrir l'événement en direct. Avec ce triple prisme, le récit n'est pas échevelé, mais assez haletant. Disons en tout cas que les deux (petites) heures du film passent vite. Plutôt convaincants, Bill Skarsgård et Dacre Montgomery font mouche dans les rôles principaux. Il n'y a d'ailleurs aucune star dans le casting de La corde au cou, à l'exception notable d'Al Pacino, et c'est un atout pour bien s'identifier aux personnages. Quitte alors à choisir son camp...

La corde au cou
(Dead man's wire)
Film américain de Gus van Sant / 2026
L'histoire retiendra peut-être que le tout premier choix des producteurs était de confier le tournage à l'Allemand Werner Herzog, Nicolas Cage ayant initialement été annoncé pour endosser le costume du criminel. Aujourd'hui, on compare le film à Un après-midi de chien, un classique avec Al Pacino qui me semble très apprécié au rayon prises d'otage(s). Pour ma part, je fais aussi un parallèle avec le récent The mastermind !

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J'ai (presque) oublié quelque chose...
Le film se caractérise également par à son excellente bande-originale. La musique de Danny Elfman, compositeur que j'associe le plus souvent aux travaux de Tim Burton, y vient compléter de grands tubes d'époque.

Et ailleurs, qu'est-ce qu'on en pense ?
Plutôt du bien chez Princécranoir, qui avait vu le film lors d'un festival. Pascale, elle, a dû attendre sa sortie... et en est sortie (très) satisfaite.

jeudi 7 mai 2026

Irrépressible

Il fut un ado qui, à la BBC, parla ouvertement de ses envies suicidaires "quand ça devient très difficile". Il avait d'ailleurs fait une tentative. Quelques années plus tard, ce gamin d'Écosse devenu adulte fut décoré des mains de la reine Elizabeth II... qu'il insulta lors de la cérémonie ! John Davidson fêtera ses 55 ans en juin. Un film revient sur son histoire.

Plus fort que moi
pourrait sans doute être déclaré d'utilité publique. Deux heures durant, il nous rappelle que John n'a jamais été un garçon insolent: il souffre en réalité d'une pathologie méconnue, le syndrome de Gilles de la Tourette, du nom du médecin qui l'a identifié en 1885. C'est pourquoi il ne contrôle pas tous ses gestes, crache et crie parfois sans raison particulière, mais aussi profère - régulièrement - des jurons.

Cette situation, le film nous la décrit sans jamais chercher à l'édulcorer. Il s'avère parfois très drôle, lorsque les gros mots qui échappent à John retentissent soudain en présence de Sa Gracieuse Majesté, par exemple. Dans le même temps, le scénario fourmille de scènes qui nous montrent combien il aura été difficile pour le jeune homme de mener une vie normale. Je vous rassure: on reste dans le registre du feel good movie. "Comme seuls les Anglais savent le faire", dixit Charlotte de Télématin. Amateurs du genre, je pense en effet que vous devriez vous ré-ga-ler ! Ici, rien de formidable sur le plan technique: juste du travail bien fait. Dans le rôle principal, Robert Aramayo a reçu un BAFTA - l'équivalent d'un César - d'abord promis à Timothée Chalamet ou Leonardo DiCaprio. C'est mérité. J'ajoute qu'il est très bien entouré: d'une actrice anglaise dont j'ignorais tout (Maxine Peake) et d'un fameux comédien écossais revenu sur grand écran après sept ans consacrés à la télé (Peter Mullan).

Plus fort que moi
(I swear)
Film britannique de Kirk Jones / 2025
Je passe sur la pseudo-traduction du titre original: il aurait été difficile de conserver l'exact double sens du verbe To swear (jurer). Tant pis ! L'essentiel, c'est de voir le film en anglais et ce sans tergiverser, merci. Il y a là une vraie belle école du cinéma social, qui produit des films comme Pride côté positif ou Une belle fin dans le registre dramatique. En France, sur la santé, vous pouvez revoir Patients et/ou Hors normes.

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Enfin, pour être tout à fait complet aujourd'hui...

Je vous conseille également de lire les chroniques de Pascale et Dasola.

mercredi 6 mai 2026

Un parfait inconnu

J'ai soumis le nom "Alexandre Trannoy" au moteur de recherches du site du Festival de Cannes. Résultat: zéro artiste, zéro contenu, zéro film. Trois bulles et une confirmation: nous avons bien affaire à un inconnu. Ou, soyons plus précis, à un homme que l'histoire du cinéma a oublié. Son premier film devait pourtant être projeté sur la Croisette en 1953...
 
Né en 1926, Alexandre Trannoy apparaît enfin aujourd'hui dans les salles obscures, à la faveur d'un chouette documentaire: L'oeuvre invisible. Pendant une quinzaine d'années, ses deux réalisateurs ont remonté le fil d'une histoire très effacée des mémoires: celle d'un cinéaste "maudit" aux ambitions certaines, mais réputé n'avoir terminé aucun de ses films. Il avait toutefois fini le premier et même pris la route de la Côte d'Azur pour le présenter, avant d'avoir un gros accident et de voir les bobines disparaître dans l'incendie qui a ravagé son automobile. Ce témoignage est celui d'un dénommé Claude Lelouch, présent à la fois dans la voiture et lors de la fabrication du film, comme premier assistant de l'artiste. Avec Anouk Aimée, Jean-Claude Carrière ou Jacques Perrin, il fait partie de ceux qui ont permis de reconstituer son très chaotique parcours. Jusqu'à sa disparition en 1980, lors de repérages en avion, l'intéressé multipliera les projets inaboutis. Et il n'en reste que très peu d'images...

Cette histoire, on la redécouvre notamment grâce à Jean Rochefort. Très concrètement, c'est lui, le premier, qui a parlé d'Alexandre Trannoy aux auteurs du documentaire. Le cinéaste était très présent à ses côtés lors de ses premiers pas sur les plateaux de tournage. Il avait l'intention de lui confier le rôle central de tous ses films et était devenu son ami. Fidèle à lui-même, le comédien a l'oeil qui pétille et cabotine un peu lorsqu'il évoque ses souvenirs. Tout à coup, un silence visiblement ému s'impose après la lecture d'une vieille lettre. Ce que L'oeuvre invisible raconte d'un homme est très souvent amusant: on apprend par exemple que, jeune figurant dans un grand film de Federico Fellini, le réalisateur frustré avait profité d'être à Cinecittà pour voler des bouts de bobines inutilisés du maître italien. Plus tard, fou de Marlene Dietrich, il aura une véritable opportunité de tourner avec elle... qui n'aboutira à rien. Une précision: ces révélations posthumes n'ont rien d'infamant. Le film affiche au contraire une belle sensibilité, liée sans doute à la passion pour le cinéma qui réunit ses protagonistes. Et ce n'est que du bonheur !

L'oeuvre invisible
Documentaire français d'A. Tembouret et V. Rodionov / 2026

Une très belle surprise que cet opus: je dois bien vous avouer également que même le duo Avril Tembouret - Vladimir Rodionov m'était inconnu. Bref... marcher dans leur pas (et ceux des témoins qu'ils convoquent) aura été un grand plaisir, à NE SURTOUT PAS réserver aux cinéphiles. Dans une veine similaire, j'ai alors repensé aux errances de Sugar Man. Clouzot, Jodorowsky et d'autres ont eu, eux aussi, des films inachevés...

lundi 4 mai 2026

Jusqu'à l'impensable

Était-ce le film parfait pour un rebond ? Après vous avoir parlé samedi d'hommes et de femmes aveuglés par leur cupidité, je juge intéressant de revenir sur la personnalité de l'Américaine Lee Miller (1907-1977). Cette ex-égérie du photographe surréaliste Man Ray a ensuite travaillé comme reporter de guerre en Europe, pour le magazine Vogue (anglais).
 
Je ne reviendrai pas en détails sur toutes les étapes d'un parcours remarquable: complété de la fiche Wikipédia, le film dont je vous parle aujourd'hui devrait vous suffire à vous en faire une idée assez précise. Je suppose que vous l'avez reconnue: c'est la talentueuse Kate Winslet qui a choisi d'endosser le costume de Lee - elle est aussi productrice. Nous découvrons le personnage à Mougins, au bord de la Méditerranée. Été 1938: la belle insouciance d'un certain milieu artistique et bourgeois s'efface petit à petit. La photographe, elle, rencontre son futur mari. Ensemble, ils partent à Londres: c'est en témoin des conditions de vie des Britanniques pendant le Blitz que Lee réalise ses premières photos de guerre. Lee Miller - le film - nous la montre comme une femme déterminée à aller plus loin et, concrètement, à travailler sur le front européen. Elle y arrivera, non sans mal, et les images qu'elle produira seront - entre autres "sujets" - parmi les premières à illustrer la Shoah...

Il est peut-être utile que je précise que ce long-métrage est l'oeuvre d'une femme jusqu'alors reconnue comme directrice de la photographie sur de nombreux tournages. C'est sans nul doute ce qui peut expliquer que certains plans du film soient si travaillés, si propres, au risque d'apparaître un peu irréels - un comble ! Lee Miller assume les trous laissés dans la biographie de son personnage principal et une approche hollywoodienne parfois excessive. Construit comme le témoignage tardif de la photographe elle-même, ce long flashback de presque deux heures connaît quelques loupés et laisse parfois l'impression d'un vague défilé de vedettes féminines de la génération #MeToo - avec Marion Cotillard et Noémie Merlant côté français. La courte présence de Josh O'Connor n'apporte qu'un équilibre relatif, mais a le mérite d'ouvrir sur une scène finale assez jolie, qui redit toute l'importance du travail de mémoire. J'ai d'ailleurs apprécié que le film nous présente Lee sans trop d'artifice. Logique pour Kate Winslet: son engagement pour les droits des femmes n'est plus à démontrer. Je n'ai ici aucune raison de le remettre en cause.

Lee Miller
(Lee)
Film britannique d'Ellen Kuras / 2024
Les quelques petites maladresses du long-métrage, liées à une approche psychanalytique de son personnage, sont en réalité bien peu de choses comparées à ce qu'il peut nous raconter du parcours de cette femme étonnante. Et c'est toujours important de défendre la photo de presse ! Souvenez-vous: des films comme Camille ou Civil war l'ont fait aussi. J'ai également Harrison's flowers en tête, que je voudrais ENFIN revoir.

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D'ici là, deux dernières choses à vous signaler...

La première, c'est que le film a reçu un accueil contrasté: plutôt positif du côté de "L'oeil sur l'écran" et bien moins enthousiaste chez Pascale. Deuxième point: 250 photos de Lee Miller sont exposées au Musée d'art moderne de Paris jusqu'au 2 août prochain. Et je reste preneur d'infos...

samedi 2 mai 2026

Dérives coupables

Qu'est-ce qui fait qu'un beau jour, on écarte son idéal politique au point de l'oublier ? Comment - et à partir de quand - devient-on un salaud ? Parfois accusé de complaisance, le nouveau film de Xavier Giannoli traite ces questions en dressant le portrait de Jean Luchaire, militant pacifiste des années 20, puis patron dans la presse... collaborationniste.

C'est une évidence: Les rayons et les ombres revient sur une période trouble de l'histoire de France. Quand, en juin 1940, la drôle de guerre s'arrête à la demande du maréchal Pétain, Jean Luchaire croit possible qu'Allemagne et France travaillent ensemble dans un intérêt commun. Petit à petit, il va faire d'un journal, Les Nouveaux Temps, un outil parfait pour la propagande vichyste et nazie, tout cela en parfait accord avec son vieil ami allemand, Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris. Vite, il oubliera l'horreur de l'Occupation pour s'offrir quelques années d'une vie ultra-luxueuse, dépourvue de la plus petite rigueur morale. Cette histoire, je l'ai de fait découverte au cinéma. Le film la raconte par l'intermédiaire d'un témoin privilégié: Corinne, la fille de Luchaire. Une "gamine" qui, jeune vedette du cinéma à 17 ans, considère son père comme un homme de bien et se vautre avec lui dans la dépravation. C'est cet angle qui vaut parfois au film d'être accusé de minorer les faits et de rendre dès lors aux Luchaire un visage humain, voire respectable. Or, pour connaître la fin de l'histoire, je pense exactement le contraire !

Le scénario retient que Corinne, oie blanche écervelée, a été accusée d'une débauche qui n'était pas la sienne. Il suggère par ailleurs que Jean n'a d'abord agi que pour préserver les siens, sans volonté de nuire. Pourtant, la conclusion est sans équivoque: ce prétendu "aveuglement" est bel et bien coupable. Le père sera fusillé, la fille frappée d'indignité nationale. S'il les présente comme des malades que la tuberculose accable, jamais le film ne les plaint ou ne leur trouve quelque excuse. Tout au plus permet-il à Jean Dujardin de s'illustrer - positivement - dans un rôle majeur, à l'opposé de certaines de ses pitreries passées. Avec lui, une révélation: Nastya Golubeva, d'une justesse remarquable du haut de ses 21-22 ans. Je tiens par ailleurs à mentionner les qualités du grand acteur allemand qu'est August Diehl, aussi convaincant en nazi qu'il l'avait été en Autrichien refusant de rejoindre l'armée hitlérienne. Les rayons et les ombres dure trois heures et quart. Elles passent vite devant un travail technique irréprochable, malgré certaines scènes redondantes (dans des lupanars ou au sanatorium). Un film im-por-tant !

Les rayons et les ombres
Film français de Xavier Giannoli / 2026

J'essaye de ne pas abuser des points d'exclamation, mais les deux placés au terme de mes paragraphes témoignent de mon avis (très) favorable sur ce long-métrage majeur. Il succède à d'autres opus "giannolesques" aux personnages ambigus, comme À l'origine ou Illusions perdues. D'autres sont plus tendres, dans Quand j'étais chanteur et Marguerite. Et pour la France occupée, alors ? Revoyez donc L'armée des ombres...

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Un dernier point pour apporter une nuance...
Il est très possible que le film réinvente le parcours des deux Luchaire jusqu'à leur faire subir des avanies auxquelles ils ont pourtant échappé. Cela ne me choque pas. Il me paraît même plus qu'essentiel de rappeler qu'à la Libération, certains restaient peu soucieux de la "vraie" justice...

Et bien entendu, on peut toujours en débattre...
C'est une évidence: le film du jour a suscité des réactions contrastées. Je vous invite à lire les avis de Pascale, Dasola, Princécranoir et Strum. Tout cela sans oublier de faire un tour sur la Kinopithèque de Benjamin !

jeudi 30 avril 2026

Crime et injustice

C'est un fait: depuis la vague #MeToo, je me suis dit que le cinéma pouvait jouer un rôle - au moins sur le plan préventif - dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Le film L'île de la demoiselle propose d'y réfléchir autour de l'histoire de Marguerite de la Rocque. Vous ne la connaissez pas ? J'en étais tout aussi ignorant le mois dernier.

1542. La France vit sous le règne de François Ier. La classe dirigeante regarde vers l'Ouest et des expéditions sont menées jusqu'au Canada. Marguerite doit s'y installer avec son oncle et mari, nommé vice-roi. Problème: elle porte l'enfant d'un autre, Thomas d'Artois, qui l'a violée. Son agresseur, sa gouvernante et elle sont donc débarqués sur une île inhabitée au large de Terre-Neuve, avec juste deux semaines de vivres. C'est clairement une condamnation à mort, même si c'est à petit feu. Pas de doute à mes yeux: cette histoire mérite en effet d'être racontée.

Elle l'avait été une première fois par une femme de la Cour, soeur aînée du roi, dans un recueil de nouvelles, L'Heptaméron (publié en 1558). J'imagine que la princesse n'avait qu'un intérêt limité pour la véracité historique, mais il n'est pas certain que le film, lui, soit très "réaliste". Presque cinq siècles plus tard, beaucoup de choses... ont été oubliées ! L'île de la demoiselle reste un film plutôt intéressant, mais je trouve qu'il lui manque un petit quelque-chose pour être tout à fait pertinent. Incarnée, cette belle reconstitution d'époque nous parle de la survie d'une jeune femme en milieu hostile, confrontée aussi au fanatisme religieux, mais n'en tire ensuite que peu de conclusions sur le monde d'aujourd'hui. Il me semble qu'elle passe un peu à côté de son sujet. L'actrice belge Salomé Dewaels s'y montre, toutefois, très convaincante.

L'île de la demoiselle
Film franco-belge de Micha Wald / 2026

Je me demande en fait s'il n'aurait pas mieux valu traiter cette histoire comme un conte - les éléments imprécis en auraient alors été gommés. Cela dit, le scénario reste crédible et le cadre naturel de l'île d'Ouessant correspond bien à ce qui est raconté. On n'est pas dans The revenant ! Bref... je verrai d'autres films au sujet des violences faites aux femmes. La couleur pourpre et Mon roi, ça remonte. Des idées ? Je vous écoute.

mardi 28 avril 2026

Pour la vie

Le chiffre est impressionnant: 689 films sont sortis dans les cinémas français l'année dernière (avec des succès inégaux, bien évidemment). Celui que je vous présente ce midi trouvera-t-il des salles nombreuses et un large public ? J'en doute un peu: Sur le sentier me paraît fragile. Cet opus d'un cinéaste expérimenté n'a pas de véritable tête d'affiche...

Avez-vous seulement entendu parler de ce réalisateur, Gérard Jumel ? Connaissez-vous Florence Branger, sa partenaire dans le premier rôle féminin ? Ou Christophe Briand, Charles Rivère, Joana Watremetz ? Bonne nouvelle: vous avez l'occasion de les découvrir avec ce joli film. Sur le sentier nous transporte jusqu'à la Bretagne pour une histoire d'amour presque anachronique: celle qui, l'été 1973, unit Paul et Marie. Ils ont 16 ans, la vie devant eux, et se promettent de rester ensemble tout au long de leur existence. Las ! Après cette belle saison ensoleillée que Marie appelle "une petite éternité", l'adolescente sera bien obligée de suivre son père, muté (en Inde). Et le scénario s'intéresse à un Paul désormais retraité, qui semble n'avoir jamais oublié sa belle du temps jadis. Mieux: il croit l'avoir reconnue dans la silhouette d'une femme croisée - par hasard - sur les lieux mêmes de la rencontre d'autrefois. C'est lui, donc, mais serait-ce elle, aussi ? Bon... je préserve le mystère.

Si ce n'est la beauté du littoral breton, il n'y a rien de très spectaculaire dans Sur le sentier - un travail artisanal, au meilleur sens du terme. J'apprends sur Internet qu'il a été conçu par une société de production indépendante, également à la base d'une vingtaine de documentaires depuis les années 90. Ce nouveau film constitue une échappée belle propre à séduire celles et ceux qui croient encore en la force des rêves. Ancré aussi dans la réalité, très concrète pour son personnage principal passionné de physique quantique, c'est un film que j'ai trouvé optimiste. L'air de rien, il dit que, malgré le temps qui passe et chaque blessure que nous trimbalons tous, une vie nous est offerte, qui peut être belle. Le changement n'apporte pas forcément la mélancolie et une musique enjouée peut parfois suffire à considérer notre entourage autrement. Tout cela n'est que du cinéma, bien sûr, mais c'est bon à (ré)entendre. Gérard Jumel, lui, défend "d’autres regards sur le monde dans un esprit de liberté et d’exigence morale". Il promeut l'ensemble de ses films comme "une fenêtre ouverte, du réel à l’imaginaire" et je m'en réjouis !

Sur le sentier
Film français de Gérard Jumel / 2026

Sa relative modestie ne doit pas jouer en sa défaveur: c'est un film simple, mais sûrement pas un film simpliste. C'est surtout un beau film. Ses atouts majeurs à mes yeux: sa sincérité et sa justesse, suffisantes pour que je parle sans hésitation d'un petit coup de coeur personnel. Les amours adolescentes sont aussi au coeur de The spectacular now. Autre pays, autre ambiance. Et moins de pleurs qu'avec Virgin suicides !

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Une dernière petite info...

Juste pour dire que c'est encore un film vu grâce aux Fiches du Cinéma. Une (joyeuse) bande de cinéphiles qui alimente aussi une page d'Actu.fr.

lundi 27 avril 2026

Insta et le cinéma

On trouve de tout sur Instagram, y compris des passionnés de cinéma. Je n'avais pas encore parlé de ce réseau social, dont je me sers surtout comme vitrine pour certaines de mes photos. J'ai aussi pris l'habitude d'y suivre les comptes de certains bons connaisseurs du septième art. Vous en trouverez, bien sûr, qui se prennent beaucoup TROP au sérieux !

D'autres s'amusent et cherchent d'abord à divertir leur communauté. Avec des critiques, par exemple, mais bien d'autres idées ont émergé. Dernièrement, je suis tombé sur un compte dont l'administrateur propose de mesurer son degré de cinéphilie, par paliers successifs. L'idée est ici d'avoir vu (au moins) un film par étape. Si ça vous tente...

Je vous donne un exemple.
Avec d'abord le niveau ultra-facile (1 sur 3) :
Ratatouille / Transformers / Jurassic World

Puis le niveau très facile (1 sur 3) :
Le diable s'habille en Prada / Man of steel / Inception

Le niveau facile (2 sur 3) :
Matrix / Le loup de Wall Street / Get out

Le niveau moyen (1 sur 3) :
Parasite / Black Panther / Sinners

Le niveau sérieux (3 sur 3) : 
Taxi driver / Will Hunting / Whiplash

Le niveau solide (2 sur 3) :
Le prestige / Zodiac / Les infiltrés

Le niveau compliqué (2 sur 3) :
La haine / Reservoir dogs / Stand by me

Le niveau dur (2 sur 3) :
Sueurs froides / Ex Machina / Mademoiselle

Le niveau très dur (2 sur 3) :
Les sept samouraïs / After hours / Lolita

Le niveau hardcore (2 sur 3) :
Jeanne Dielman / Une histoire vraie / Mean streets

Le niveau extrême (1 sur 3) :
Y a-t-il un pilote dans l'avion ? / Paris, Texas / Beau travail

Le niveau... wesh (1 sur 3) :
Stalker / THX 1138 / Délivrance

Et enfin le niveau impossible (1 sur 3) :
Marathon man / L'enfer des zombies / Wanda

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Un petit bilan ?
Bon... je vous accorde que je me la joue un peu "grand spécialiste" grâce à cette liste dont j'ai validé tous les échelons. Un coup de chance. Honnêtement, parfois, ce n'est pas si évident et il m'est même arrivé d'être bloqué à l'un des tous premiers niveaux. On ne dira jamais assez que la cinéphilie est une notion subjective. C'est même tout son intérêt.

Dois-je cependant me satisfaire de la mienne ? Pas forcément, non. Évaluée à l'aune du tableau ci-dessus, elle obtient la note de 21 sur 39. Un calcul rapide: cela correspond à un peu moins de 54% de l'objectif. "Peut mieux faire", comme on pouvait l'écrire dans un carnet d'école. N'hésitez pas à rendre publics vos avis (et vos scores) en commentaires !

samedi 25 avril 2026

L'État, c'était lui

Le chiffre me plaît: en mars, j'ai vu des films de dix nationalités différentes. Quatre d'entre eux étaient italiens (record mensuel battu). Il est temps de revenir - une nouvelle fois - sur l'incomparable carrière de Claudia Cardinale, en évoquant un long-métrage rare: L'affaire Mori. L'adaptation d'un roman, paraît-il... et la relecture d'une histoire vraie !
 
Né en Lombardie en 1871, Cesare Mori avait reçu plusieurs affectations territoriales lorsqu'en 1925, Benito Mussolini en fit le préfet de Sicile. L'objectif de cette mission était clair: en finir avec la mafia locale. Grand défenseur de l'État, Mori fit alors preuve d'une inflexibilité totale et d'une relative efficacité. On dit même qu'il suscita un intérêt réel auprès d'hommes politiques aux États-Unis, résolus au même combat. Dans le film, on le voit prendre les armes et s'engager sur le terrain. Seule incertitude: le niveau de son adhésion au fascisme - les miliciens apparaissent ici comme de vils manipulateurs d'opinion, corrompus jusqu'à l'os et prompts à reprendre à leur profit les réussites des autres.

Sans réelle surprise, L'affaire Mori s'intéresse surtout à son personnage masculin (ce fameux Préfet de fer que nous présente le titre originel). Autant le dire: Giuliano Gemma se montre tout à fait convaincant. Claudia Cardinale, elle, est clairement en retrait, et joue un rôle symbolique: celui d'une femme pauvre et revêche qui renvoie l'État italien aux lourdes contradictions de sa prétendue politique sociale. Amoureuse du réalisateur, la belle partage la lumière sans état d'âme. Elle s'inscrit naturellement dans le cadre d'un long-métrage historique aux faux airs de western - ce qui m'a plu en tant qu'amateur du genre. Vous pourrez compter sur les paysages et la musique d'Ennio Morricone pour vous mettre dans l'ambiance: deux atouts plus qu'appréciables. Libre à vous ensuite d'approfondir le sujet. Oui, ça peut valoir le coup...

L'affaire Mori
(Il prefetto di ferro)
Film italien de Pasquale Squitieri / 1977
Un long-métrage quelque peu oublié, me semble-t-il, très rarement cité parmi les incontournables du cinéma transalpin. Une de mes chaînes payantes m'a permis de le découvrir: j'en suis au final assez satisfait. L'Italie n'a pas attendu Gomorra pour parler de la mafia au cinéma ! Vous cherchez un film récent sur le fascisme ? Je recommande Vincere. Sans écarter l'idée d'y revenir pour témoigner d'autres opus intéressants.