lundi 8 juin 2026

Juste une illusion ?

Un conseil: si votre cinéma préféré l'a gardé à l'affiche jusqu'à ce jour de fin de printemps, vous devriez enfin aller voir La Vénus électrique. C'est l'un des tous meilleurs films français de ce premier semestre 2026. Il avait créé l'événement en ouverture du dernier Festival de Cannes. Comme d'autres auparavant, il avait alors été projeté hors-compétition.

Cette absence au palmarès n'efface pas les qualités de ce long-métrage situé à Paris et Saint-Ouen, à proximité quasi-immédiate du Montmartre de l'entre-deux-guerres. Suzanne y travaille dur, au service d'un maître forain assez rustre: chaque jour, elle monte sur une scène improvisée pour embrasser des hommes à pleine bouche et feindre ainsi un amour véritable, décharge électrique à l'appui. Un soir, un drôle de quiproquo fait qu'elle est confondue avec Claudia, la diseuse de bonne aventure, par Antoine, un peintre en totale panne d'inspiration, devenu alcoolique et soucieux d'entrer en communication avec Irène, sa femme décédée. La belle comprend bien vite qu'elle pourrait tirer un important profit financier du malentendu et, sans vergogne, ne le détrompe donc pas. Elle tombe ensuite sur Armand, un galeriste qui se dit l'ami du "pigeon". Voilà ! Anaïs Demoustier, Pio Marmaï et Gilles Lellouche m'ont régalé dans cette histoire d'arnaque à la petite semaine - ils sont très drôles. Bientôt rejoints par Vimala Pons, ils forment avec elle un quatuor remarquable, au service d'une excellente comédie, à l'écriture ciselée...

L'anecdote est savoureuse: le scénario repose en fait sur l'idée originale d'un fameux duo, Rebecca Zlotowski et Robin Campillo (à retrouver ici). Avant d'en tirer son onzième long, le cinéaste Pierre Salvadori la portait comme acteur dans Planétarium (2016), oeuvre de sa jeune consoeur. Autant le citer: "Le sujet est venu à moi de façon assez surprenante". L'ingénieux réalisateur indique aussi avoir essayé de transposer l'intrigue dans le Paris d'aujourd'hui et pu constater que cela ne fonctionnait pas. D'un ton très personnel, il produit encore la preuve d'un savoir-faire indéniable et rend crédible son impeccable reconstitution d'époque. J'ose l'affirmer: rien que pour son esthétique, ce film vaut le détour. Vous pourrez également noter que, comme d'autres longs-métrages signés du même auteur, La Vénus électrique joue aussi sur la gamme aigre-douce, certains passages étant très franchement mélancoliques. Cela envisagé, aucun doute à ce sujet: c'est avant tout une comédie familiale qui vous est proposée, apte à séduire le plus large des publics amateurs du genre. Et il serait donc tout à fait dommage de s'en priver !

La Vénus électrique
Film français de Pierre Salvadori / 2026

Il y a toujours eu une forme de grâce et d'élégance dans la filmographie de ce réalisateur attachant qui, ici, nous offre le meilleur de son talent. Choisir le cadre des années 1920 m'a agréablement rappelé Mon crime. J'ai aussi repensé à La pièce rapportée. Des messages sur l'époque actuelle passent et c'est bien: le film en sort meilleur encore, au final. Qu'il soit (multi-)récompensé aux César 2027 ne serait pas scandaleux...

----------
Je vous recommande d'ouvrir les oreilles...
Très réussie, la musique du film est signé du talentueux Camille Bazbaz. J'apprends que c'est la sixième fois qu'il collabore avec Pierre Salvadori.

Et en attendant les autres surprises de l'année...

Vous gagneriez à faire un nouveau tour sur le blog de l'ami Princécranoir. Autre option (complémentaire): (re)visiter celui de notre chère Pascale.

samedi 6 juin 2026

Il s'appelait Jesse

Et voilà ! Encore un film qui pourrait joliment introduire une chronique toute consacrée à l'usage de la couleur dans le cinéma hollywoodien ! J'insiste: Le brigand bien-aimé porte bien ses presque neuf décennies. Ce western est souvent présenté comme précurseur et je l'ai découvert par un hasard heureux - un soir de mai, sur Arte et avec ma chère mère.

Contrairement à elle (et au public des années 30), le nom Jesse James pourrait vous être familier. J'imagine qu'il l'était pour les Américains d'alors, puisqu'il est repris comme titre original de ce long-métrage. Sans doute l'était-il encore davantage pour les hommes et les femmes de la fin du 19ème siècle, sitôt la Guerre de sécession enfin terminée...

Ajustant les faits historiques à sa vision, le scénariste Nunnaly Johnson réinvente Jesse James et présente d'abord ce bandit de grand chemin comme une victime: celle des exploitants ferroviaires - sans scrupule - qui ont tué sa mère, la vieille dame ayant refusé de céder son terrain. Avec son frère Frank, le jeune homme entame alors une vie de cavale. Étonnamment, il acquiert la réputation d'une sorte de Robin des Bois des terres rurales du Sud et peut épouser la belle Zerelda - alias Zee. Même s'il apparaît alors comme le chef d'une bande de pilleurs de trains et de banques, Jesse est presque toujours charismatique et avenant. Tyrone Power livre ici une composition qui justifie pleinement le titre français du film: oui, Le brigand bien-aimé est un homme attachant. Comment évoluera-t-il ? Je vous laisserai le découvrir par vous-mêmes. Chevaucher avec Nancy Kelly (Zee) et Henry Fonda (Frank) est un régal. Car pour le coup, même les rôles secondaires ont une vraie importance !

Le brigand bien-aimé
(Jesse James)
Film américain de Henry King / 1939
La figure de Jesse James a inspiré bien des cinéastes, dès les heures lointaines du cinéma muet. Je ne peux que vous recommander un opus sorti en 2007: L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Vous constaterez que, parfois, mythe et réalité peuvent se confondre. Après tout, c'est peut-être bien là que réside l'intérêt du western. Possible que j'en voie (au moins) un autre prochainement, venu d'Italie !

----------
Une info pour aller plus loin...

Mon film du jour a eu une suite: Le retour de Frank James, traduction fidèle du titre original, un film sorti dès 1940 et réalisé par Fritz Lang. Peut-être que je vous parlerai aussi d'un remake (Nicholas Ray / 1957)...

jeudi 4 juin 2026

Un beau mirage

J'ai vérifié: Olivier Nakache et Éric Toledano ont fêté leurs 12 et 14 ans dans le courant de l'année 1985. C'est dans ce passé pas trop éloigné qu'ils situent l'action de Juste une illusion, leur dernier opus à ce jour. De quoi alimenter un peu de nostalgie, mais aussi susciter des sourires. Et attirer près de 1,6 million de spectateurs en quatre semaines. Bingo !

Sans être exceptionnel, ce joli petit film est assez agréable à regarder. L'intrigue tourne autour de Vincent, un préado amoureux d'une copine de classe. De classe scolaire, mais pas de classe sociale: le garçon habite dans un HLM, mais la demoiselle une maison d'apparence cossue. Si vous avez connu cette époque, vous la reconnaîtrez - sans nul doute. Il y a probablement plusieurs séquences directement inspirées de la vie réelle des deux réalisateurs, qui dédient d'ailleurs chacun leur création à leur père, l'un et l'autre décédés au cours du tournage. Je veux dire qu'heureusement, leur éventuelle mélancolie ne plombe pas le film. Parfois aigre-doux, Juste une illusion est avant tout une comédie familiale, destinée au plus large public (qui n'en fait pas un triomphe). Comme son titre invite d'emblée à l'imaginer, l'un des meilleurs atouts de cette prod' 100% française est sa bande originale, toute en "tubes" des eighties. C'est parfait: Camille Cottin, Louis Garrel et Pierre Lottin s'amusent - nous aussi. Idem pour l'enfant, Simon Boublil, le jeune fils de Philippe Torreton. Une troupe et assurément une joyeuse compagnie.

Juste une illusion
Film français d'Olivier Nakache et Éric Toledano / 2026

En ces temps difficiles, la douceur de cet opus fait du bien au moral. Quelque chose rappelle l'atmosphère de La boum ou Le péril jeune. L'idéal est de ne pas en attendre trop: cela reste un tout petit film d'auteur, fragile mais je crois sincère. Je doute qu'il tutoie les sommets du box-office national, comme Intouchables ou Le sens de la fête. Qu'importe car mon Nakache/Toledano préféré restera... Hors normes !

----------
Y a-t-il d'autres nostalgiques dans la salle ?

Je vous laisse prendre connaissance des avis de Pascale et Princécranoir.

mardi 2 juin 2026

La blessure du père

Que cache Tom, exactement ? Quelle raison intime peut bien le pousser à partir une année entière, avec son fils Roy, sur une petite île inhabitée de Norvège ? On peut se poser ces questions devant Sukkwan Island. Rien d'obligatoire. On peut aussi voir le film comme une robinsonnade du côté des fjords et y puiser le plaisir d'une escapade en pleine nature.

Autant vous le dire: si tout cela m'a attiré et si, loin de mes habitudes citadines, j'ai fait ce choix, c'était avant tout pour suivre Swann Arlaud. Il n'est pas le plus médiatique, j'ose l'affirmer, mais je le considère comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération - il est né en 1981. Une fois de plus, je l'ai trouvé à son aise dans les habits d'un homme tourmenté, et ce alors qu'il s'exprime presque intégralement en anglais. Avec Woody Norman, 17 ans, que je découvrais, il forme un duo crédible et attachant. C'est vrai que cette incarnation s'appuie sur le long travail d'adaptation effectué par le metteur en scène, à partir d'un roman original de l'Américain David Vann (édité en 2010 chez Gallmeister). L'auteur lui-même s'est d'ailleurs dit très satisfait du résultat à l'écran. Vous comprendrez en le voyant et/ou en le lisant que Sukkwan Island n'est pas pour lui un récit comme les autres. J'en viens même à espérer que le cinéma encouragera un plus large public à s'y intéresser. À suivre.

Rassurez-vous: je ne vous ai donné qu'un tout petit indice avec le titre choisi pour cette chronique. Parcourir quelques critiques a posteriori m'a par ailleurs appris que l'intrigue dont je vous dis un mot aujourd'hui n'était pas tout à fait présentée de la même façon dans le bouquin. J'ajoute cette autre certitude: les images qui lui donnent vie désormais sont très belles et peuvent éveiller l'envie de partir loin, à l'aventure. Les acteurs ont parfois dû affronter des températures de -25/-30°C. Sans mentir, Sukkwan Island a aussi été un voyage pour le spectateur ordinaire que je suis, habitué au confort silencieux des salles obscures. Assurément, ses presque deux heures sont passées à toute vitesse. Après la séance, j'ai apprécié qu'il fasse nuit et que les rues de ma ville soient donc relativement calmes, en écho au sublime environnement que je venais de quitter - je compte le retrouver bientôt, avec l'écrit. Avis de passionné: le film, lui, aurait mérité un accueil plus chaleureux !

Sukkwan Island
Film français de Vladimir de Fontenay / 2026

C'est en fait une coproduction internationale, tournée à 99% en langue anglaise, avec également des appuis britanniques, belges et norvégiens. Elle évoque Le retour et Into the wild, mais le propos est différent. Idem pour La vie pure ou La belle vie, qui retracent des aventures vécues en solitaire (avec toute la dose de risque que cela peut induire). Je peux conseiller Tracks pour un retour à la nature un peu plus apaisé !

lundi 1 juin 2026

Marilyn

Je vous dois la vérité: j'avais tout d'abord imaginé vous parler d'un film pour démarrer cette nouvelle semaine, mais j'ai soudainement réalisé que Marilyn Monroe aurait eu cent ans aujourd'hui ! Son destin tragique alimente sa légende, mais on en oublie presque ses qualités d'actrice. L'étoile s'est trop vite éteinte ! Serait-ce parce qu'elle brillait trop fort ?

Prétendre que je place Marilyn tout en haut du classement des stars hollywoodiennes serait mentir. J'ai cependant une certaine sympathie pour elle, ainsi que du respect. J'ai vu et apprécié plusieurs de ses films que je vous propose de retrouver ci-dessous, dans l'ordre chronologique:
► Quand la ville dort / John Huston / 1950,
► Ève / Joseph L. Mankiewicz / 1950,
► Niagara / Henry Hathaway / 1953,
► Comment épouser un millionnaire / Jean Negulesco / 1953,
► Rivière sans retour / Otto Preminger / 1954,
► Sept ans de réflexion / Billy Wilder / 1955,
► Arrêt d'autobus / Joshua Logan / 1956,
► Certains l'aiment chaud / Billy Wilder / 1959,
► Les désaxés / John Huston / 1961.

Les cinéastes qui lui ont fait confiance comptent parmi les plus grands. J'aime autant vous épargner la liste exhaustive de ses partenaires masculins et, à plus forte raison, celle de ses amours tourmentées. Avant le mythe Monroe, il y a bien sûr Norma Jean Baker, une femme fragile que les hommes de son temps ont parfois traitée indignement. Cette partie de son histoire, il serait à mes yeux indécent de l'occulter !

On peut bien sûr s'interroger sur la part d'héritage léguée aux têtes d'affiche féminines d'aujourd'hui, que ce soit aux États-Unis ou ailleurs. Je vous invite à me donner votre avis dans la section "commentaires". Une certitude: à Los Angeles, sa trace demeure sur le Walk of Fame parmi celles de plus de 2.800 autres personnalités (cf. le site officiel). Je suis convaincu que beaucoup d'eau coulera encore sous les ponts avant qu'elle ne s'efface - et pas du tout certain que ce soit possible. Cela valait bien une chronique, sans doute ! Et cent bougies à souffler...

----------
Il faut croire que j'ai hiberné...

J'aurais pu parler de cet "anniversaire" bien plus tôt. La Cinémathèque française consacre en effet une exposition à Marilyn depuis le 8 avril. Elle s'accompagne d'une rétrospective de ses films et de conférences. Vous êtes (ou irez) à Paris ? L'événement se prolonge jusqu'au 26 juillet.

dimanche 31 mai 2026

Du cinéma retrouvé

Bon... je publie une chronique de plus aujourd'hui et ça en fera donc 22 pour le seul mois de mai. Le même total qu'en janvier, une période partiellement consacrée au "rattrapage" d'après-pause de fin d'année. C'est beaucoup, mais je tenais à évoquer Gugusse et l'automate. J'admets aussi que d'autres cinéphiles ont été bien plus rapides que moi.

Gugusse et l'automate 
est le titre d'un court-métrage de Georges Méliès supposément perdu, mais que les équipes de la Bibliothèque du Congrès américain ont miraculeusement retrouvé, puis restauré et mis en ligne. Ces quelques secondes de pure magie nous ramènent en 1897: le cinéma venait de naître - la première séance remontant au 28 décembre 1895. Ceux qui ont retrouvé ce petit film ont dû connaître une belle émotion !

Dernièrement, il semble que des bobines inédites de Marcel Pagnol soient également remontées à la surface. J'ai en outre entendu parler d'un trésor caché de Federico Fellini, mais... déjà oublié les détails. Quoiqu'il en soit au juste, je suis toujours heureux que du matériel cinématographique ressorte parfois des limbes où il avait été relégué. Cela ne change pas le monde, mais évacue quelque temps son actualité morose. Oui, comme les six autres, le septième art garde ce pouvoir ! J'espère qu'il en disposera longtemps et qu'en 2172, un archéologue malicieux remettra au (goût du) jour les images oubliées de l'an 2026. Mais nos films seront-ils bien conservés ? C'est une tout autre question...

vendredi 29 mai 2026

Les murs du son

Mes chiffres datent de septembre 2025: sept millions de personnes sourdes ou malentendantes vivent en France métropolitaine aujourd'hui et, parmi elles, 500.000 sont atteintes d'une surdité profonde ou sévère. Ce handicap est le sujet d'un film espagnol arrivé jusqu'à nous le mois dernier: Sorda. Pas le premier du genre: le second... de la réalisatrice !

Eva Libertad García s'est inspirée de l'expérience de sa soeur cadette pour imaginer le beau personnage d'Ángela, une jeune femme sourde enceinte de son premier enfant. Visiblement, tout va pour le mieux dans le couple qu'elle forme avec le futur papa, Héctor, grâce à l'usage constant de la langue des signes et/ou à la lecture labiale. Le duo s'inquiète cependant de l'éventuelle incapacité d'audition de son bébé. Sitôt après sa naissance, les tests médicaux n'apportent aucune réponse définitive: il lui faudra attendre deux mois pour en avoir le coeur net. Autant l'affirmer: Sorda aurait très bien pu être un banal film voyeuriste et larmoyant. J'ai une bonne nouvelle: c'est exactement le contraire. L'association des deux frangines, l'une placée derrière la caméra, l'autre dans le rôle principal, produit une alchimie narrative toute particulière. Remarquablement écrit, le scénario n'élude aucun des vifs sentiments qui habitent Ángela, Héctor et leur entourage. C'est souvent touchant...

C'est précisément parce qu'il privilégie une approche à la fois collective et individuelle que j'ai trouvé le film si réussi, mais aussi si lumineux. Sans jamais verser dans le pathos, il nous permet d'approcher le ressenti des personnages et, littéralement, va même nous inviter à le partager. Comment ? Je préférerais vous laisser le découvrir en le voyant en salle. Ainsi que je l'ai lu, c'est aussi l'occasion de se souvenir qu'il est facile d'éviter des images, en détournant le regard ou en fermant les yeux, tandis qu'au cinéma, il est pratiquement impossible d'échapper au son. Or, Sorda nous invite justement à un complet repli sur notre intériorité et nous offre l'opportunité de découvrir les sensations que cela procure. Soyez rassurés: c'est potentiellement éprouvant, mais pas douloureux. J'oserai dire qu'il y a, à l'inverse, quelque chose de vibrant et d'unique dans cette proposition, vous laissant alors libres d'y répondre (ou pas). L'idéal étant, évidemment, de vivre cette émotion face à un écran XXL !

Sorda
Film espagnol d'Eva Libertad García / 2025

Je ne veux assurément pas oublier le formidable travail de l'actrice principale, Miriam Garlo, qui est elle-même devenue sourde à 7 ans. Autre grand mérite du film: son sous-titrage intégral pour les personnes malentendantes, qui le rend de fait plus inclusif que La famille Bélier. Un espoir: que cela ouvre la porte à d'autres cinéastes... et spectateurs. Je suis convaincu qu'on ne parlera jamais assez du handicap au cinéma !

----------
C'est aussi l'occasion de relayer d'autres avis...

L'ami Princécranoir a été le premier de mes comparses à parler du film. Et Pascale, elle aussi, l'a chroniqué, en quelques mots (plutôt élogieux).

[MAJ - samedi, 23h42 : j'avais d'abord indiqué qu'il s'agissait des débuts d'Eva Libertad García comme réalisatrice. Or, elle s'était déjà illustrée au format court, mais aussi dans le cinéma documentaire. Mea culpa !]
.

mercredi 27 mai 2026

À propos d'Iizuka

L'animation a très clairement pris le dessus. J'ai vu La fille du konbini toute fin avril et c'était mon premier film japonais en images réelles depuis Egoist en septembre dernier. Tiens ! Lui aussi était sorti en 2022 dans son pays d'origine. Je n'ai aucune explication sur les quatre années passées avant sa diffusion en France. Un oubli des festivals, peut-être...

Iizuka faisait trop d'heures sup' et a quitté son poste de commerciale. Elle a facilement été embauchée comme caissière dans une supérette et, confrontée parfois à des clients malpolis, accepte toutefois d'y faire régulièrement... des heures sup' (en particulier les mercredis soirs). Toute sa vie se déroule selon une routine qui semble presque immuable. Sur le chemin du travail, la jeune employée passe sur un pont et se dit qu'elle pourrait un jour disparaître, sans que cela n'émeuve personne. Pensées suicidaires ? Pas sûr. Mais une profonde mélancolie, sûrement...

Réalisé par une femme, La fille du konbini nous propose un tableau assez sombre de la société japonaise contemporaine, via une héroïne solitaire. Ce n'est d'abord que superficiellement qu'elle tissera des liens avec d'autres filles et garçons de son âge, après avoir retrouvé une amie d'enfance. Le rythme du film ? Même chose: il... prend... son... temps. Moins d'une heure vingt, en l'occurrence, qui peut paraître longuette. Heureusement, Iizuka profite tout de même de ses belles rencontres pour marcher vers la lumière, s'acceptant doucement comme elle est. Ses pérégrinations peuvent ainsi avoir quelque chose de réconfortant. Je ne suis pas sûr en revanche qu'elles suscitent un grand enthousiasme.

La fille du konbini
(朝がくるとむなしくなる - Asa ga kuru to munashiku naru)
Film japonais de Yûho Ishibashi / 2022
"Quand vient le matin, je me sens vide": oui, c'est la traduction littérale du titre originel, la version française reprenant en fait celui du roman dont le film est l'adaptation (Sayaka Murata - éditions Denoël, 2016). Comparer ce morne quotidien à celui du vieil homme de Perfect days m'apparaît audacieux. Je pense à About Kim Sohee, en moins tragique. Et, pour le calme qui se dégage, à Takara. Loin des Clerks made in US...

----------
Le visage de l'actrice vous est familier ?
Elle s'appelle Erika Karata, a 28 ans et s'illustre aussi dans des séries TV. Vous l'aviez peut-être remarquée dans un autre (bon) film: Asako I et II.

Je termine, comme d'habitude, avec des liens...

Et je balance: c'est Princécranoir qui rapproche cet opus du Wenders ! Pascale est plus nuancée: elle dit avoir vu un film "plaisant" et "mignon".

lundi 25 mai 2026

Cavalerie

L'aviez-vous reconnu ? Mon personnage-mystère de samedi n'était autre que Michael Douglas, distingué d'une Palme d'or d'honneur en mai 2023. Aujourd'hui, je remonte le cours du cinéma américain avec deux films d'une autre légende de Hollywood: le réalisateur John Ford (1894-1973). Vous noterez la présence de John Wayne dans chacune des distributions.

Le massacre de Fort Apache (Fort Apache) 
/ 1948
Le colonel Owen Thursday - Henry Fonda - traverse le désert d'Arizona pour rejoindre sa nouvelle affectation. Dépité, cet intransigeant officier voyage avec Philadelphia, sa fille, âgée d'une petite vingtaine d'années. Arrivés à destination, les deux découvrent la garnison... en plein bal. Face à ce qu'il lui apparaît d'emblée comme le relâchement coupable d'une troupe indigne, Thursday entend restaurer une discipline de fer. Très vite, il s'oppose aux capitaines York et Collingwood, exigeant d'eux qu'ils préparent la troupe à une reprise de la guerre contre les Indiens. Le mérite de ce film ? Faire coexister une multitude de personnages parfaitement incarnés, militaires et civils, dans une mise en scène souvent spectaculaire (notamment lors des séquences de cavalcade). J'émettrais quelques réserves sur le montage, mais j'ai cru comprendre qu'il en existe d'autres versions, dont le director's cut, un peu plus long. Autant profiter de la musique, proche parfois d'une ouverture d'opéra. Sans oublier d'observer Shirley Temple dans l'un de ses derniers rôles. Vingt ans, c'est assez pour montrer que les grands mythes sont éternels !

---
En bonus

"L'oeil sur l'écran" donne un avis et Vincent partage une belle trouvaille.

-----------------------------------------------------------------------------------------

Rio Grande 
/ 1950

On prend le même et on recommence ? Oui, John Wayne est de retour dans l'uniforme de Kirby Yorke, arrivé toutefois à un stade de carrière plus avancé, puisque passé du grade de capitaine à celui de colonel. Désormais affublé d'une moustache, il commande une garnison entière et, lorsque le film commence, rentre juste d'une mission sur le terrain menée pour éloigner des Apaches toujours belliqueux. Le scénario évoque ces guerres indiennes incessantes des deux côtés du fleuve séparant le Texas du Mexique, mais s'attarde plutôt sur une histoire intime. Yorke a un fils, Jeff, qui vient d'échouer à l'académie militaire et, de ce fait, se retrouve simple soldat alors qu'il ambitionnait un poste d'officier. Son père lui indique qu'il ne lui accordera aucun passe-droit. Arrive ensuite Kathleen, la mère (jouée par la sublime Maureen O'Hara). Parfois jugé mineur dans la carrière de John Ford, le long-métrage trouve dans ce personnage son originalité et le motif de ses chansons. Le respect dû aux héros militaires s'efface - un peu - derrière l'absence d'un vrai foyer familial. Ce qui en ressort alors, c'est... de la mélancolie.

---
En bonus :

Vous trouverez un autre avis de "L'oeil sur l'écran" et celui de Benjamin

[MAJ - mercredi, 9h30: Vincent, lui aussi, avait déjà chroniqué le film. Je vous encourage à lire au moins ce qu'il m'explique en commentaires].

----------
Il s'est passé quelque chose entre ces deux films...

John Ford en a sorti QUATRE autres, dont La charge héroïque (1949). Cet opus vient compléter ce qu'on a appelé "la trilogie de la cavalerie". Cette fois, le maître a même opté pour une réalisation en Technicolor. Avant, donc, d'en revenir à un beau noir et blanc pour conclure sa série.

Pour finir, j'ajoute une petite leçon de géographie...
Le majestueux Rio Grande porte ce nom hispanophone aux États-Unis. Au Mexique, ce fleuve-frontière est désigné comme étant le Rio Bravo ! Ce qui dit quelque chose, je trouve, de la relation entre les deux pays...

samedi 23 mai 2026

Faute de mieux...

Vous êtes partis pour profiter d'un long week-end de Pentecôte, vous ? Pour ma part, c'est surtout par flemme (et mini-obligation extérieure) que je ne reviendrai pas demain sur le palmarès cannois dévoilé ce jour. Pour me faire pardonner, je prévois de vous parler de deux films lundi. D'un même cinéaste, ils seront les 2955ème et 2956ème de cette liste !

Je suppose qu'il sera toujours temps de revenir sur la Palme d'or 2026 quand je la découvrirai à mon tour, idéalement sur un écran géant. Avant cela, service minimum: son titre et le nom de son auteur(e) devraient apparaître au plus vite sur mon index des Festivals de Cannes. Il est déjà bien fourni, ainsi que vous pourrez le constater ou le vérifier. Avoir un jour vu l'ensemble des films ayant reçu la récompense suprême sur la Croisette demeure pour moi un objectif - non-daté, les plaisirs que procure le cinéma m’apparaissant peu compatibles avec la rigueur d'un quelconque ultimatum. J'évite donc de m'ajouter des contraintes. Sans encore faire de pause, je souhaite d'ailleurs revenir à un rythme légèrement moins soutenu: une chronique tous les 2 ou 3 jours, disons. En restant aussi à l'écoute de mes envies... et de vos possibles attentes.

----------
Et si jamais le temps vous semble long...

Vous pouvez essayer d'identifier le star à qui j'ai coupé la tête ci-dessus. Attention: il s'agit bien d'une photo prise à Cannes, mais il y a un piège !