samedi 25 juin 2022

Le plus haut métier

Le film dont je veux vous parler aujourd'hui s'ouvre avec une image magnifique: une femme, de dos, chante face à une haute montagne. Bienvenue au Bhoutan, les ami(e)s ! Ce petit pays du sud de l'Asie s'est notamment fait connaître en popularisant le concept économique de "bonheur intérieur brut" - que le long-métrage évoque brièvement.

"Salle 1, au bout du couloir": j'ai souri quand la vendeuse du cinéma m'a tendu mon ticket. Cette bonne humeur ne m'a ensuite pas quitté pendant la projection: L'école du bout du monde est un film positif. Il conduit Ugyen, un jeune Bhoutanais peu intéressé par la perspective de servir son pays, à être envoyé comme instituteur dans un village lointain, dont on lui dit qu'il est le plus reculé, tous pays confondus. Autant dire que notre ami déchante, lui qui rêvait plutôt d'un exil australien pour réaliser enfin son rêve de devenir chanteur de rock ! J'imagine que vous pouvez deviner la suite. Et si j'ai souvent répété que les bons sentiments ne faisaient pas les bons films, je dois dire que cet opus m'aura plutôt fait passer un bon moment. Certains plans sont saisissants de beauté, évidemment. A fortiori sur grand écran...

En février dernier, L'école du bout du monde figurait dans la liste finale des cinq prétendants à l'Oscar du meilleur film international. Anecdote: retenu dès l'année précédente, il avait alors été disqualifié au motif que son pays ne disposait pas d'un réel comité de sélection. J'imagine qu'à défaut de statuette dorée, il aura gagné en notoriété. Juste avant d'écrire cette chronique, j'ai appris que plusieurs acteurs américains s'étaient mobilisés pour combattre les représentations multiples des armes à feu. Vous avez ici un véritable "film-antidote". Aucune violence: vous pouvez donc aller le voir avec vos enfants. Peut-être que le propos vous paraîtra naïf ou convenu, mais je crois qu'il peut aussi être source d'échanges intéressants avec les mômes français peu habitués à ce type d'environnement naturel (et filmique). J'ajoute que ceux du film sont amateurs et ont en réalité été choisis parmi les gosses des sommets ! Et voilà une occasion de nous élever !

L'école du bout du monde
Film bhoutanais de Pawo Choyning Dorji (2019)

Le dépaysement qu'offre cette histoire compense allégrement l'aspect assez banal d'un scénario gentil avec l'ensembe des protagonistes. Sachant que tout a été tourné dans un vrai village, la dimension ethnographique n'est pas à négliger et suscite de fait un intérêt accru pour ce récit - presque - saisi sur le vif. On est loin du Bhoutan aperçu dans Dakini. Ou bien, dans le cinéma français, de l'école de Primaire.

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Vous voulez rester dans les montagnes ?

OK. Vous noterez alors que Pascale, elle aussi, y est allée avec plaisir.

mercredi 22 juin 2022

C'est votre genre ?

Aujourd'hui, j'offre deux films pour le prix d'un ! Deux longs-métrages français sortis l'année dernière m'ont semblé pouvoir être regroupés dans une même chronique, sachant qu'ils sont l'un et l'autre d'un genre que notre très cher cinéma en bleu-blanc-rouge a longtemps snobé. Libre à vous ensuite de considérer que c'est bien dommage... ou pas !

Le dernier voyage
Film français de Romain Quirot (2021)

Romain Quirot a 36 ans et c'est son premier long - il reprend l'intrigue d'un court sorti en 2015. Le personnage principal est un astronaute engagé pour détruire une immense lune rouge qui se rapproche dangereusement de la Terre et pourrait entraîner la fin du monde. Encore un héros de ce genre ? Oui, sauf qu'il renonce à sa mission spatiale et doit alors fuir pour échapper à des autorités hargneuses face au constat qu'il n'y a probablement plus d'espoir pour l'humanité. Seule une adolescente rebelle pourrait changer la donne. C'est à vous d'envisager la chose en découvrant ce joli film qui, sous les oripeaux d'un blockbuster ordinaire, s'approche de la fable écolo et sensible. Tout n'est pas parfait, mais cet opus possède bien assez de qualités graphiques pour nous embarquer illico dans son monde à la dérive. Jamais tape à l'oeil et toujours pertinent, il dispose d'atouts certains pour convaincre les amateurs d'une science-fiction exigeante. Bravo !

Méandre
Film français de Mathieu Turi (2021)

J'aurais aimé être aussi enthousiaste pour le film de Mathieu Turi. L'auteur, 35 ans, signe ici son deuxième long, mais son CV de cinéma impressionne par le nombre de collaborations avec des cinéastes majeurs comme Quentin Tarantino, Clint Eastwood ou Woody Allen. Cette fois bel et bien crédité pour son travail, le jeune réalisateur s'appuie sur ses influences geek pour nous proposer d'accompagner une femme éprouvée par un deuil qui se réveille... dans un labyrinthe faits de tuyaux, où elle doit ramper pour (peut-être) s'en sortir. Qu'est-ce que cela signifie donc ? À nouveau, je vous laisse en juger par vous-mêmes. Mon regret à moi, c'est en fait que le scénario s'avère faiblard, alors que la forme, elle, est plutôt intéressante. Honnêtement, je ne suis pas entré en empathie avec le personnage principal de ce qui aurait pu être un thriller autrement plus intense. Oui, je reste ici un peu frustré - mais pas au moins d'être en colère...

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Et vous, tout cela vous parle-t-il ?

Bon... mes blogs de référence n'ont évoqué aucun de ces deux films. J'aimerais bien savoir ce que vous pensez, les un(e)s et les autres. D'une manière générale, je me réjouis de l'émergence d'un cinéma français de genre. Et il n'est pas interdit d'avoir d'autres références...

lundi 20 juin 2022

Traque mexicaine

Les exégètes du western savent que ce genre a, sinon ses figures imposées, tout au moins quelques sous-thématiques qui reviennent souvent. Quand des réalisateurs italiens s'en sont emparés, d'aucuns jugent qu'ils l'ont dénaturé. Moi, je trouve qu'ils l'ont plutôt enrichi. Dans Colorado, en tout cas, je trouve que les codes sont respectés...

Pour être honnête, c'est d'abord parce que Lee van Cleef tient le rôle principal qu'un soir, j'ai eu envie de me frotter à ce opus méconnu. Cela faisait longtemps que je voulais voir un film du réalisateur transalpin Sergio Sollima, qu'on appelle parfois "Le troisième Sergio". S'il n'est ni Leone, ni Corbucci, notre homme se sort honorablement de la comparaison. Il dresse le portrait d'un porte-flingues mandaté pour retrouver un bandit mexicain dont la rumeur dit qu'il aurait violé et assassiné une petite fille. Est-ce bien le cas ? C'est à vous de voir. La relative originalité de Colorado - alias La resa dei conti en VO - tient à ce que les deux protagonistes principaux se croisent souvent et ne s'entretuent pas, ce qui finit de laisser le doute sur la culpabilité du chassé  et, par ailleurs, interroge sur les motivations du chasseur. Avec une poignée de personnages secondaires et quelques mélodies choisies du maestro Ennio Morricone, on tient là un vrai bon film. Objectivement, il ne transcende pas le western, mais il est arrivé avant d'autres jugés meilleurs que lui ! C'est déjà une qualité en soi...

Colorado
Film italien de Sergio Sollima (1966)

Ce titre d'une confondante banalité dessert peut-être le long-métrage lui-même, qui paraît avoir disparu des radars aussi vite qu'il y était entré. Mais qu'à cela ne tienne: je vous le recommande, à l'occasion. J'y ai retrouvé quelques motifs de grands classiques mieux connus comme Il était une fois dans l'Ouest ou, déjà, Les professionnels. Restez connectés, OK ? Je n'en ai pas terminé avec le western italien !

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En attendant, vous pouvez vous fier aux spécialistes...

Croyez-moi: vous avez tout à gagner à lire aussi la prose de Vincent.

Ah ! J'ai failli oublier ! Deux petites informations encore...

J'ai vu un film d'une durée d'une heure trois quarts, fruit du montage validé par le réalisateur. Il semble que Colorado soit d'abord sorti dans les salles dans une version raccourcie d'environ quinze minutes. Et si son titre italien évoque un règlement de comptes, celui utilisé dans les pays anglo-saxons suggère carrément une grande fusillade. Vous aviez entendu parler de A big gundown ? Voilà... c'est le même !

samedi 18 juin 2022

La visite du démon

Le dictionnaire des genres et mouvements que je possède dit du film d'horreur - je le cite - qu'il "donne à voir au spectateur une violence physique qui provoque en lui un puissant sentiment de répulsion". Aucun doute: sorti en 1973, L'exorciste entre dans cette catégorie. J'avais envie de le découvrir comme précurseur ou disons classique...

C'est fait ! Et je ne le regrette pas ! Je suis né... un an et un jour après sa première sortie sur les écrans américains, d'où un décalage certain avec ce que d'autres spectateurs auront ressenti à l'époque. J'aimerais commencer cette chronique en saluant l'excellent casting qui a été réuni pour nous terrifier. En tête d'affiche, le duo féminin composé par Ellen Burstyn et Linda Blair impressionne fortement. Juste derrière, je retiens Jason Miller et le très grand Max von Sidow dans le rôle de deux prêtres, dissemblables. Lee J. Cobb, en flic dépassé et pourtant insistant, est très bien, lui aussi. Efficacité garantie: le film a connu des suites, mais n'a pas besoin d'un remake.

L'intrigue est simple: une femme, Chris MacNeil, exerce la profession d'actrice et tente d'organiser sa vie avec sa fille Regan, 12-13 ans. Elle le fait seule comme parente, puisque le papa a pris des distances. Quelques domestiques ont la garde de la demoiselle, mais la mère surmenée s'inquiète un peu et s'imaginerait volontiers responsable des sautes d'humeur de la pré-adolescente. Des sautes d'humeur inédites, de fait, mais de plus en plus sérieuses - et fréquentes. Chris, qui consulte, entend dire que le cas de Regan est commun. Mais comme rien ne s'améliore, les analyses médicales se succèdent. Vous aurez déjà compris à la lecture du titre que la vérité est ailleurs. Partant de là, L'exorciste reste un film éprouvant, qui ne cède rien aux "bonnes moeurs" et m'a interrogé sur les limites des convictions humaines. Je crois que c'est pour ce radicalisme-là que je l'ai trouvé si fascinant ! Peut-être que les diamants noirs ne ternissent jamais...

L'exorciste
Film américain de William Friedkin (1973)

Au beau milieu d'une décennie féconde pour le cinéma du genre horrifique, cet opus se pose comme référence (quasi-)incontournable. C'est en tout cas comme tel que je l'ai apprécié et qu'il m'a régalé. L'année suivante, ce sera au tour de Massacre à la tronçonneuse d'introduire la peur dans les salles sidérées. Je garde une "affection" particulière pour le giallo italien et surtout le très baroque Suspiria...

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Et pour retrouver le film diablement efficace du jour...

Vous verrez: Pascale en parle à l'occasion d'un beau portrait chinois personnel et Ideyvonne pour mettre en avant l'aspect maquillage. Vincent, lui, confirme son statut d'oeuvre-culte de la décennie 1970. Princécranoir et Benjamin, enfin, en livrent une chronique "normale" !

jeudi 16 juin 2022

Z comme...

Autant vous le dire: je n'étais pas chaud à l'idée d'aller voir Coupez !. J'ai changé d'avis pour accompagner un pote, Jérémy, et suis content d'avoir "tenté ma chance". La (seule) bande-annonce que j'avais vue était assez trompeuse, mais dans le bon sens du terme, en réalité. Bien ficelé, le film est un divertissement tout à fait correct, en fait...

Le début est farfelu: imaginer que le tournage d'un film de zombies subisse l'attaque d'une troupe de morts-vivants et que le réalisateur laisse alors tourner sa caméra pour ENFIN saisir une peur authentique dans les yeux de ses acteurs, mouais... rigolo, certes, mais déjà vu. Cela dit, cette demi-heure initiale demeure très défendable d'un point de vue strictement technique: un plan-séquence à l'image granuleuse démontre que, derrière la caméra de Coupez !, Michel Hazanavicius reste un metteur en scène sûr de ses effets et plutôt talentueux. Ensuite, petit flashback: on revient en effet plusieurs mois en arrière pour découvrir l'origine de ces drôles de trente premières minutes. Sans vouloir trop en dévoiler, je vais tout de même vous confirmer que tout ce que vous aurez vu à ce stade est un film dans le film. Après cela, en somme, on vous propose d'en découvrir le making of tourné en direct. Intelligent, intéressant et encore plus drôle. Bravos !

On pourra toujours objecter que cette réussite n'est autre finalement que le remake d'un film japonais - sorti en 2017 et que je n'ai pas vu. Et/ou s'étonner que les personnages gardent (temporairement) le nom qu'ils portaient dans cette version nippone. Cela ne m'a pas dérangé. Quelque chose de décalé, ici, fonctionne vraiment à la perfection quand on se prend au jeu. Je me souviens avoir vu un spectacle d'Édouard Baer qui, comme ce film, commençait par un truc assez nul pour mieux, ensuite, nous cueillir par surprise. Ça passe ou ça casse. Coupez ! procède de la même audace et, à mon avis, la troupe d'acteurs s'est bien amusée. Il y a du beau monde: Bérénice Bejo, Romain Duris, Grégory Gadebois, Matilda Lutz, Jean-Pascal Zadi, Luàna Bajrami et Lyes Salem, entre autres. J'ai fini par en conclure que cet OFNI rendait hommage au cinéma, de manière aussi bizarre que sincère. Je vous assure d'une chose: il faut le voir pour le croire. Ma réticence initiale s'est largement envolée au fil de la projection. Comme quoi, le cinéma comique française est fort... de sa diversité !

Coupez !
Film français de Michel Hazanavicius (2022)

J'espérais qu'il garde son titre premier (Z comme Z), mais cet opus m'a assez plu pour que j'oublie ce parallèle facile avec le titre français du film japonais (Ne coupez pas !). La fille qui rivalise de hurlements avec celle de Massacre à la tronçonneuse donne une impression erronée ! Tout cela, c'est pour rire, comme avec Shaun of the dead ou The dead don't die. On peut préférer Dernier train pour Busan...

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Et maintenant, pour conclure...

Je tenais à saluer Pascale, qui, elle, est allée voir le film sans hésiter.

mardi 14 juin 2022

Un oeil sur Nick

Je crois que j'aurais mieux fait de céder à mon envie (certes fugace) d'aller voir son dernier film: Un talent en or massif. Vous dire du bien de Nicolas Cage après ma découverte du long-métrage présenté hier s'avère un peu plus ardu que prévu. L'acteur tourne si régulièrement que j'aurai peut-être d'autres occasions. Je ne suis pas aussi pressé...

L'ironie du truc ! Dans cet autre film dont je mentionne l'existence aujourd'hui, Nick joue son propre rôle et se réinvente en comédien surendetté, contraint d'accepter des films ineptes et sans envergure. Franchement, si c'est de l'autodérision, c'est génial et pas très loin d'un Joaquin Phoenix déguisé en vrai-faux rappeur au cours d'un break sans cinéma - ce dont je reparlerai un jour si l'occasion se présente...

Cage, c'est vrai, paraît avoir moins de talent que son jeune confrère. Alors qu'il approche gentiment de la soixantaine, ces films récents trouvent souvent (et au mieux) leur place au rayon des purs nanars. Pourtant, j'ai quelques bons souvenirs d'adolescence avec lui: je parie que beaucoup d'entre vous citeront Sailor & Lula, mais je penche plutôt du côté blockbusters: Rock, Les ailes de l'enfer et Volte-face. J'aimerais également revoir Kiss of death et découvrir Snake eyes. Peut-être que j'interroge mon amie Sylvie, qui est une vraie groupie !

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Oui, cela me semble une bonne idée, mais...
Avant cela, c'est à vous que je donne la parole, à charge... ou non. Vous manquez d'inspiration pour cela ? Je vous propose de me parler d'autres comédiens impopulaires et que, pourtant, vous aimez bien. Vous avez le temps d'y réfléchir: je ne publierai plus rien avant jeudi.

lundi 13 juin 2022

Des coups pour rien

Oh... mon... Dieu ! Allez savoir pourquoi, je me suis dit l'autre matin qu'il pourrait être sympa de réhabiliter ce bon vieux Nicolas Cage ! Dans mes souvenirs les plus lointains, l'acteur américain était moqué par son oncle - Francis Ford Coppola himself - pour son jeu exécrable. Cette fois, j'aurais mieux fait d'écouter le tonton. I'm so sorry, Nick...

ATTENTION SPOILER: dans Willy's Wonderland, Cage ne parle pas. J'insiste: aucune ligne de dialogue ne lui a été attribuée. Pas un mot. Jamais. Tout au plus quelques borborygmes à chaque canette de soda terminée... et c'est marre ! Le scénario ? La promesse d'un plaisir assumé pour les amoureux du cinéma de genre (dont je fais partie). Sur une route des État-Unis, Nick crève. Le dépanneur lui explique que les jeunes du coin en sont responsables: ils ont utilisé une rangée de clous dont le shérif se sert quand il doit faire ralentir un chauffard. Mais il y a une solution à ce problème: s'il veut qu'on répare sa voiture gratuitement, Cage peut faire le ménage dans un parc d'attractions désaffecté. Et devinez quoi ? Les automates du lieu prennent vie. Supposés divertir les visiteurs, ils préfèrent les tuer et les manger. C'est n'importe quoi ? Je confirme. Même pas geek: ridicule et piteux. Parfois, quand sa montre fait bip-bip, le héros s'arrête de bastonner avec les monstres, se ressert à boire et s'offre une partie de flipper. Franchement, la forme est correcte, mais tout le reste... aïe aïe aïe !

Willy's Wonderland
Film américain de Kevin Lewis (2021)

Je ne sais pas si c'est parce que la crise sanitaire est passée par là que ce machin n'est jamais sorti dans nos salles, mais je crois bien que, pour une fois, je ne vais pas râler contre le direct to video. Terminator ou Runaway ont de meilleures mécaniques déviantes. Maintenant, si vous tenez à voir une machine vivante dans un cadre de fête foraine, le mieux est de choisir Jumbo, tant que vous y êtes !

samedi 11 juin 2022

L'adieu aux armes ?

Quelqu'un aurait-il des nouvelles de George Clooney ? Il me semble que, depuis qu'il a eu des jumeaux en 2017, l'acteur se fait discret. Un film est sorti sur Netflix, un autre est attendu courant septembre dans les salles et c'est tout ! The American, objet de ma chronique d'aujourd'hui, date de 2010. Donc, vraiment, si vous avez des infos...

The American
adapte le roman éponyme de Martin Booth, un auteur britannique des plus prolifiques (1944-2004). Il décrit la vie atypique d'un tueur à gages, qu'un groupe d'adversaires débusque dans un coin isolé du nord de la Suède, le contraignant à s'enfuir jusqu'en Italie. Faux photographe en reportage, l'homme poursuit en fait son activité criminelle en concevant l'arme de l'assassinat que son commanditaire habituel prépare ailleurs - dans un endroit que l'on ne verra jamais. Avant de trop en dire, j'ajoute simplement que ce drôle de héros tente de tromper sa solitude dans les bras d'une jeune prostituée. Bien ! Désormais, je vais vous laisser découvrir seuls ce long-métrage peu bavard, à l'image bien évidemment du protagoniste principal. George Clooney impose un charisme du genre minéral: c'est suffisant. On est loin des blockbusters qu'il peut jouer parfois et tant mieux ! Qu'il soit venu tourner en Europe, dans la région de l'Aquila dévastée par un tremblement de terre, suscite déjà ma sympathie immédiate. What else ? Sans rien d'exceptionnel, le film reste agréable à suivre...

The American
Film américain d'Anton Corbijn (2010)

C'est un fait: on aurait pu attendre un peu mieux d'un réalisateur réputé pour ses talents de photographe. Se concentrer sur le scénario demeure une solution pour prendre plaisir à regarder ce (petit) film. Maintenant, si vous voulez plus d'action, Un homme très recherché du même cinéaste pourrait davantage vous convenir. À vous de voir. D'autres tueurs à gages ? Le rapace, Ghost Dog et Cible émouvante !

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Mon film du jour a suscité des réactions variées...

Je vous laisse apprécier ce qu'on en a dit chez Pascale, Dasola et Lui.

jeudi 9 juin 2022

Seuls au monde

La coïncidence est amusante: je n'avais pas spécialement prémédité d'évoquer Le dernier combat aujourd'hui, mais il se trouve en réalité qu'il ferait un chouette diptyque avec le film que j'ai présenté mardi. Nous revoilà jetés dans un monde post-apocalyptique: seule la moitié masculine de l'humanité semble avoir survécu ! Un cauchemar ? Oui...

Ce long-métrage a lancé la carrière de Luc Besson. Les historiens retiennent qu'il fut (entre autres) récompensé au Festival du film fantastique d'Avoriaz, qui a fait autorité pendant deux décennies. C'est assez compréhensible, pour tout dire: même si le scénario s'avère relativement ordinaire, la forme, elle, sort résolument du lot. Dans la France de la première moitié des années 80, je peux supposer que le public des cinémas ne voyait pas un tel film chaque mercredi. Quarante ans plus tard, cette planète presque entièrement recouverte de sable m'a encore fait bonne impression, la photo noir et blanc ayant de plus tendance à l'embellir encore. Surprise: aucun dialogue n'émerge pour rapprocher les protagonistes, dans Le dernier combat. Deux d'entre eux parviennent à se dire bonjour - et rien de plus ! Seules leurs actions vous aideront à séparer les bons des méchants. J'ajouterai qu'aimer la science-fiction n'est pas indispensable. Mais...

Le dernier combat
Film français de Luc Besson (1983)

Soyons indulgent: c'est le travail d'un homme de 24 ans seulement ! Une note supérieure serait exagérée, une note inférieure trop sévère. Le réalisateur aura bien sûr des moyens beaucoup plus importants pour ses autres productions SF, Le cinquième élément et Valérian. D'aucuns estiment d'ailleurs qu'il y aura perdu une partie de son âme. N'étant pas très fan du personnage, il vaut mieux que je m'arrête là...

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Cela dit, si, de votre côté, vous aimeriez prolonger...

Je vous suggère de lire ce que Laurent et Vincent ont écrit sur le film.

mardi 7 juin 2022

Un reste d'humanité

Le nom de Takahide Hori ne vous est sans doute pas familier. Jusqu'alors, il me semble que ce Japonais était resté loin des radars européens. Il ne s'est fait remarquer que récemment, avec un film d'animation qui lui aura demandé sept ans de travail: Junk Head. L'équivalent de plus de 145.000 photos enchaînées: c'est de la folie...

Le scénario - que l'auteur a écrit lui-même, avant d'occuper nombre de postes utiles à la création - le scénario, disais-je, nous plonge dans un monde post-apocalyptique. L'humanité subit un vieillissement inéluctable: elle est devenue immortelle, mais a perdu sa capacité naturelle à se reproduire. On envoie un anonyme dans les profondeurs de la Terre pour comprendre comment procède une sous-espèce devenue monstrueuse et hostile aux êtres "normaux" (non-mutants). Certains de ses représentants semblent disposer d'un long appendice entre les jambes, qui favorise leur préservation. Si ce drôle de pitch attire votre attention, il est probable que vous aimerez Junk Head...

Pour être honnête, c'est surtout l'aspect technique qui m'a fasciné. J'ignorais tout du sujet quand je suis entré dans la salle de cinéma. J'avais l'impression que j'étais parti pour un film geek, ce qui suffisait à me motiver. Geek, Takahide Hori l'est sans doute un peu, sachant qu'ici, il est aussi décorateur, monteur, compositeur et doubleur. J'ajoute qu'il a appris le cinéma en autodidacte, en travaillant d'abord seul sur une première version du film, d'une durée d'une demi-heure. Ce n'est dès lors qu'au bout de quatre ans et après en avoir terminé qu'il a pu bosser sur le Junk Head désormais présent dans les salles obscures. D'après ce que j'ai lu, il aurait même refusé un pont d'or proposé par un studio américain pour conserver toute sa liberté artistique. C'est à partir de 2017 et dans de très nombreux festivals que le long-métrage a acquis la bonne réputation qui est la sienne aujourd'hui. Elle n'est pas usurpée, même si je dois bien reconnaître que le film n'est pas très adapté aux enfants - je vous aurai prévenus. Seule la fin un peu rapide étonne, mais il y aura peut-être une suite...

Junk Head
Film japonais de Takahide Hori (2020)

Je pensais me contenter de trois étoiles et demie, mais je choisis d'arrondir à l'étoile pleine supérieure pour saluer la grande originalité du projet et l'incroyable acharnement de l'auteur à le mener à bien ! Fouiller à nouveau dans mes souvenirs (et archives) me rappelle alors que Numéro 9 utilisait l'animation dans un cadre post-apocalyptique. Pour la technique, on peut préférer Monsieur Jack. Et Chicken run...