lundi 9 mars 2026

Au nom de la loi

Il trafiquait massivement des armes et de la drogue, avait la main aussi sur des réseaux de prostitution... peu après la Seconde Guerre mondiale, un dénommé Meyer Harris "Mickey" Cohen (1913-1976) entendait régner sur Los Angeles comme empereur des jeux clandestins. Le film Gangter squad nous parle des flics qui ont cherché à le coincer !

Comme beaucoup d'autres, ce long-métrage ose réécrire l'histoire réelle pour nous proposer un divertissement particulièrement spectaculaire. Autre parti pris évident: celui d'un casting de prestige, avec Sean Penn dans le rôle du méchant et, dans le camp du bien, des têtes d'affiche réputées telles que John Brolin, Emma Stone, Ryan Gosling, Nick Nolte ou encore Giovanni Ribisi (et j'oublie sûrement quelques "sommités"). Interrompu après une fusillade dans le Colorado, le tournage du film n'est ensuite reparti qu'après que le scénario a été expurgé d'une scène particulièrement violente - sans totalement renoncer à cet aspect graphique. Gangster squad livre la marchandise, mais reste sagement dans l'univers balisé du cinéma US de genre. Après mes explications d'hier, c'est clair: il est loin de respecter les critères du test de Bechdel. Bon... j'imagine que ce n'était pas l'objectif du réalisateur, à vrai dire. Et cela reste regardable, entre deux programmes un peu plus exigeants.

Gangster squad
Film américain de Ruben Fleischer (2013)

Je conclus sur cette note assez sévère, témoin de mon désintérêt croissant pour ce genre de "produits cinématographiques" ordinaires. Apparemment, il n'a d'ailleurs pas franchement affolé le box-office ! Dans ce type d'histoire, ma référence reste Les incorruptibles, un film à succès apprécié lors de ma pré-adolescence (Brian de Palma / 1987). Sur le blog, vous avez Des hommes sans loi et c'est du même tonneau...

dimanche 8 mars 2026

Et Bechdel, alors ?

Le chiffre n'est tombé que le 26 novembre dernier: en 2024, 62 films d'initiative française ont été réalisés ou coréalisés par des femmes. Malgré les beaux discours, c'est la proportion la plus basse depuis 2019 ! 70% des longs-métrages verraient en outre une large majorité d'hommes occuper les postes-clés. Oui, je vous parle bien d'un retour en arrière...

Vous vous souvenez du test de Bechdel, du nom de cette dessinatrice américaine - Alison de son prénom - qui mesurait les représentations féminines dans les diverses oeuvres de fiction ? Une validation positive était accordée à celles qui mettaient en scène deux femmes, parlant entre elles et sur un autre sujet que... les hommes. Il me semble bien qu'aucun des huit films que j'ai vus au cinéma et déjà pu chroniquer depuis janvier n'y est arrivé. Laissons Hamnet de côté: le plus proche d'y parvenir serait La femme de ménage, ce qui en dit long, je trouve. En 2025, en salles, j'ai vu 16 films de femmes (moins de 20% du total). Tous supports confondus, j'ai comptabilisé 31 films: à peine plus de 17%. Cette tendance n'est pas appelée à s'inverser ces prochaines semaines. La grande Kelly Reichardt m'aidera, au mieux, à "sauver les apparences".

En cette Journée internationale des droits des femmes, je reconnais que je ne me soucie pas toujours de la place qu'elles peuvent occuper dans l'industrie cinématographique, française, européenne ou mondiale. Parfois, je les déniche dans des pays surprenants, à l'image de l'Arabie saoudite de Wadjda (de Haifaa Al-Mansour... c'était en 2012 - photo). Quand je prends du recul, je me dis que rien n'évolue encore vraiment dans le sens d'une amélioration réelle et, plus que durable, pérenne. C'est assez désespérant, d'ailleurs, de faire ce constat, et je m'interroge sur la manière dont les changements que j'appelle de mes voeux pourraient ENFIN se concrétiser - c'est un très vaste sujet, n'est-ce pas ? Aujourd'hui, à l'approche d'échéances électorales cruciales pour l'avenir de notre pays, il semblerait que les financements publics du cinéma soient de plus en plus remis en cause: c'est donc bien un sujet de débat. On peut le prolonger en commentaires. J'y reviendrai. Parole d'homme !

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Et ma première photo du jour ?

Elle représente l'actrice américaine Carrie-Anne Moss, dans Matrix. L'image badass d'une femme dans un classique du cinéma d'action US. Cet opus a d'ailleurs été réalisé par deux frères... devenus des femmes !

samedi 7 mars 2026

Tu parles d'un pote...

Un vrai ami accepte-t-il votre personnalité toute entière ? Peut-être. Mais je crois aussi qu'il peut vous pousser à évoluer si c'est nécessaire ! Harry, un ami qui vous veut du bien est un film que je voulais voir depuis longtemps - j'ai apprécié les trois derniers opus du réalisateur. Comment répond-t-il à ma définition de l'amitié ? Deux mots là-dessus...

Cet Harry-là n'est ni sorcier, ni inspecteur, ni même prince britannique. Michel, un type ordinaire, le croise dans les toilettes d'une station d'autoroute. Vingt ans auparavant, il était son camarade de lycée. Harry, qui se souvient d'un poème écrit par son condisciple, est heureux de l'avoir retrouvé et, avec sa fiancée, est invité à un apéro improvisé sur la route des vacances d'été, en souvenir du "bon vieux temps". Doucement mais sûrement, il s'immisce ainsi dans la vie de son hôte. Que dire ? Je n'ai pas ressenti la tension censément motrice du scénario. J'avais parié sur une ambiance à la Hitchcock, voire à la David Lynch. Mouais... franchement, même si Sergi López offre une prestation convaincante dans ce (bon) rôle de quasi-parasite, je n'ai guère frémi. Autour de lui, Laurent Lucas, Mathilde Seigner et Sophie Guillemin n'attirent la lumière que par simples ricochets: rien de bien folichon. J'avais d'ailleurs espéré une autre fin, ancrée dans une vraie noirceur. Malgré un potentiel intéressant, Harry, un ami qui vous veut du bien restera donc comme une déception. Quatre César 2001 et puis s'en va...

Harry, un ami qui vous veut du bien
Film français de Dominik Moll / 2000
Prenons le verre à moitié plein: comme le bon vin, le cinéaste se bonifie avec l'âge (cf. Seules les bêtes, La nuit du 12 et Dossier 137, donc). Cet opus plus ancien me convainc moins que ses productions récentes. Pour la tension née de l'incruste, autant revoir un film d'Elia Kazan autrement plus flippant: j'ai nommé Les visiteurs (sorti, lui, en 1972). Sinon, l'ambivalence est également au coeur de Mon parfait inconnu...

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Un petit point sur les César...
Nommé neuf fois, record de l'année, le film en reçut finalement quatre:
► meilleur film ❌,
► meilleur acteur (Sergi López) ✅,
► meilleur second rôle féminin (Mathilde Seigner) ❌ ,
► meilleur espoir féminin (Sophie Guillemin) ❌,
► meilleure réalisation (Dominik Moll) ✅,
► meilleur scénario ❌,
► meilleure musique originale ❌,
► meilleur son ✅,
► meilleur montage ✅.

L'autre quadruple lauréat de cette 26ème édition ? Le goût des autres

Et pour aller un peu plus loin...
Vous pouvez lire aussi quelques mots de Vincent ou les avis d'Elle et Lui.

mercredi 4 mars 2026

Le jeune fils et la mort

Les connaisseurs le savent bien: Shakespeare est partout au cinéma. J'exagère, mais il est clair que nombre de ses oeuvres ont su germer dans l'imaginaire collectif des artistes du septième art: une influence durable. Chloé Zhao, produite par Mendes et Spielberg, choisit le retour aux sources en revisitant la légende, avec Hamnet (nommé aux Oscars).

Question légitime: la réalisatrice chinoise la plus en vue à Hollywood s'adjugera-t-elle de nouvelles statuettes, cinq ans après son joli triplé doré (film-réalisatrice-actrice) réalisé pour Nomadland ? La réponse tombera dans moins de deux semaines, mais on notera sans attendre qu'elle a la faveur des pronostics parce que la cinéaste s'est intéressée principalement au destin... d'une femme. Anne - Agnes, dans le film - était la femme de Shakespeare, un peu plus âgée que lui, semble-t-il. Zhao lui donne les traits de Jessie Buckley, 36 ans, actrice et chanteuse irlandaise en pleine ascension (NB: elle avait déjà incarné Juliette). Cette vision de la muse du dramaturge est particulière: elle apparaît comme une femme un peu "en marge", vivant essentiellement en forêt. D'aucuns, y compris ses proches parents, la voient comme une sorcière. Elle connaît parfaitement les plantes et les animaux. Elle s'en inspire...

Le film, comme on pouvait s'y attendre, va se plaire à l'humaniser. L'idée: rappeler qu'elle est aussi la mère des enfants de Shakespeare. Des trois: de Susanna, l'aînée, puis des jumeaux, Judith et... Hamnet. Nous voilà enfin confrontés à ce prénom mythique, celui du prince danois bien connu des inconditionnels du théâtre élisabéthain, passé dans le langage courant et donc à la postérité sous la forme HamLet. Inutile d'instaurer un faux suspense: l'unique fils de William Shakespeare est mort en 1596 à environ onze ans, probablement de la peste bubonique. C'est ce que raconte le scénario, inspiré du roman éponyme de l'autrice contemporaine Maggie O'Farrell, publié aux éditions Belfond en 2021. Il nous montre d'abord un homme en phase avec sa famille. Shakespeare est un mari passionné et un père d'une grande douceur avec ses enfants, à l'opposé de ce qu'il a lui-même vécu comme héritier putatif d'une famille de gantiers. Choisir Agnes, c'était de fait déchoir...

La vérité du film n'est peut-être pas celle de l'histoire, mais j'estime qu'il faut considérer Hamnet, entre autres, comme un film de couple. Ou, plus exactement, comme un film "sur le couple". La passion invasive des débuts pour William ne vient pas contaminer Agnes tout de suite. Indépendante, la jeune femme regimbe à se laisser séduire par ce prof inconnu et taciturne, contraint à enseigner le latin à quelques enfants du village pour éponger les dettes de son père. Elle lui cèdera finalement sous l'emprise d'une sorte de prémonition et d'un avenir qu'elle imaginera apaisé, à ses côtés, aussi calme que le visage harmonieux de l'acteur Paul Mescal paraît le promettre à leur rencontre. La suite sera malheureusement moins souriante et la charge de famille imposée à William une forme de damnation pour Agnes, renvoyée alors à ses obligations domestiques tandis que Monsieur cherchera la fortune sur les planches londoniennes, éloigné des siens. "Le reste est silence"...

Y-aurait-il, pour ces personnages brisés par le destin, encore l'espoir d'une réconciliation ? Ou, à tout le moins, d'une compréhension réciproque ? Oui, je crois que c'est bien ce que le film suggère, au final.

*** ATTENTION, POSSIBLES SPOILERS ***
Il est bien sûr question de deuil, éventuellement partagé. De vies poussées dans leurs derniers retranchements, dont les prophéties optimistes d'hier semblent n'avoir été que de vagues illusions funestes. Pourtant, une main se tend, un sourire réapparaît... et une forme d'espoir reprend de la vigueur. En quittant définitivement la scène imaginée par ses parents, l'enfant semble soudain en investir une autre d'ordre symbolique. "Être ou ne pas être": une espèce d'immortalité. Hamnet nous invite à la contempler sans trembler, avec cette joie triste de celles et ceux qui ont su parvenir au bout de l'un de leurs chemins. Des larmes peuvent alors couler, mais elles ne sont pas indispensables. Reste le théâtre. Le cinéma. Et la vie ! C'est peut-être la même chose...

Hamnet
Film américain de Chloé Zhao / 2025
Un petit conseil: ne vous attendez pas à voir un biopic "traditionnel" ! Cette évocation de l'existence de la famille Shakespeare fait le pari audacieux d'une relecture à partir de faits historiques encore méconnus. Et pour l'oeuvre littéraire, il vaut sans doute mieux... regarder ailleurs. Étonnamment, je m'étais plutôt amusé avec le blockbuster Anonymous. Je vous laisse retrouver To be or not to be, Othello ou bien Macbeth...

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Et en attendant de retrouver notre ami William...

Je vous suggère aussi d'aller faire un petit tour du côté de chez Pascale.

lundi 2 mars 2026

Une vie de château

"Un antidote aux soucis de la vie quotidienne": c'est ainsi que les films de Philippe de Broca sont définis dans l'un de mes livres sur le cinéma. J'imagine que cela doit être parfait pour affronter un lundi morose. D'ailleurs, c'est clair: je me suis ré-ga-lé avec Le diable par la queue. Coloré et sexy, cet opus est un pur bonheur de comédie. "À l'ancienne" !

La très noble - et très décadente - famille De Coustines manque d'argent pour entretenir son château et l'a donc transformé en auberge de luxe afin de payer les factures. Amélie, la plus jeune (et frivole) des femmes de la maisonnée, obtient du garagiste du coin qu'il oriente des clients vers la demeure de ses ancêtres, en échange de quelques faveurs susceptibles d'être plus agréables que la rituelle messe du dimanche. C'est ainsi qu'arrive notamment le fameux César Maricorne, faux baron et vrai braqueur de banques, avec un pactole... qui fera des envieux. Croyez-moi: sur cette base, le film part vraiment dans tous les sens. Écrit dit-on pendant les événements de Mai-68, il a un côté déluré franchement réjouissant, qu'il ne faut surtout pas prendre au sérieux. Costumes et décors en font une oeuvre de cinéma totale et jubilatoire. Et quel casting ! Avec Yves Montand, Madeleine Renaud, Jean Rochefort, Marthe Keller, Jean-Pierre Marielle, Claude Piéplu, Xavier Gélin... il y a du beau monde partout, jusque dans les plus petits rôles, admirables. Avec, en prime, une B.O. de Georges Delerue ! Impossible de s'ennuyer !

Le diable par la queue
Film français de Philippe de Broca / 1969

Je n'ai pas fait trop long, mais je peux vous assurer que le scénario réserve bien des surprises et des rebondissements. On se marre ! Philippe de Broca a de fait commis des comédies encore plus débridées telle Les tribulations d'un Chinois en Chine (Belmondo, Rochefort...). Celui de ses films que je préfère ? Cartouche, sans trop d'hésitation. Mais, juste avant Le diable..., Le roi de coeur mérite d'être réhabilité !

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Une petite info patrimoniale...

La grande maison du film est le château de Fléchères, dans l'Ain. Monument historique, c'est une demeure du 17ème siècle (1610 - 1616).

Le film, lui aussi, vaut le détour...
Vous en obtiendrez aussi la confirmation du côté de "L'oeil sur l'écran".

samedi 28 février 2026

Du neuf ?

Un texte court aujourd'hui... et quelques réflexions personnelles liées à l'avenir de Mille et une bobines. Il m'arrive assez régulièrement d'avoir envie de faire évoluer le site, mais j'ai trop d'autres activités indispensables pour me poser sur celle-là (qui ne l'est pas vraiment). Même si le cinéma change. Et les codes et formats d'Internet, aussi...

Mon système de notation, par exemple, pourrait être renouvelé. Parfois, plutôt que de comparer un film à un autre, j'ai très envie d'écrire l'un de mes diptyques pour les réunir en une seule chronique. Dans ce même esprit de "regroupement", certains longs-métrages moins convaincants pourraient ne faire l'objet que de textes brefs publiés simultanément, que j'appellerai les Mézossi ou les Gévuossi...

Et puis, de temps à autre, j'aimerais mieux coller à l'actu, en parlant des sorties AVANT de les chroniquer, ou grâce à d'autres interviews. Bon... ce blog n'est pas tout à fait resté figé, ces dernières semaines. Avez-vous ainsi remarqué que mon index des films en noir et blanc s'était ouvert aux monochromes ? Ce n'est qu'un tout petit détail. Chose plus importante à mes yeux: chaque chronique d'une oeuvre étrangère précise désormais son titre original, dans son alphabet premier (avec translittération pour le japonais, l'arabe, le chinois...). Les nationalités, elles, restent imprécises et/ou inexactes parfois. L'idée étant de privilégier le cadre, plutôt que l'équipe de production. Est-ce que cela changera encore ? Peut-être, oui, mais pas forcément. Sur ce, bon week-end ! Je vous retrouve lundi - avec un nouveau film.

jeudi 26 février 2026

Diminués, mais...

Hop hop hop ! Aujourd'hui, un nouveau film repéré grâce à l'entremise de la bande "Les Fiches du Cinéma": Dis-moi sur quel pied tu danses. Cet épatant documentaire français voit la rencontre de deux mondes habituellement éloignés: celui de la danse et celui d'une structure hospitalière ouverte aux personnes amputées, le Centre de réadaptation de Coubert (Seine-et-Marne) ! Vous n'êtes pas au bout de vos surprises...

Il se trouve que cet établissement accueille aussi une fabrique artistique, où le réalisateur, chorégraphe et danseur Philippe Ménard travaille en résidence depuis dix ans. Sa proximité avec les personnels soignants et les patients lui a permis d'imaginer un film-reportage orienté autour du témoignage des uns et des autres. Il s'appesantit peu sur ce qui est arrivé à ces gens, privées ensuite de l'usage d'un bras, d'une jambe ou même parfois de plusieurs de ces membres à la fois. L'idée est plutôt de nous expliquer comment on peut les "reconstruire" avec toutes les technologies modernes, grâce à des prothèses extrêmement sophistiquées. Mieux: Dis-moi sur quel pied tu danses s'intéresse à leurs ressentis, bons ou mauvais, et à l'espoir qui les tient en vie, illustrant son propos avec l'image artistico-cinématographique. C'est bien simple: à l'écran, tout le monde danse et peut alors montrer avec éclat ce qui l'anime au quotidien - et au plus profond de son âme. Ce n'est pas toujours drôle, mais je suis ressorti de cette expérience avec un grand sourire ! Et cela rend notre monde un peu meilleur, oui...

Dis-moi sur quel pied tu danses
Documentaire français de Philippe Ménard / 2026
Une belle surprise, (peu ?) diffusée en salles depuis le 4 février dernier. Le sujet aurait pu s'avérer plombant, mais l'originalité du traitement fait mieux que sauver la mise: une approche bien plus qu'intelligente. Comparaison possible, Madame Hoffmann reste centré sur une personne unique et m'est apparu moins impactant. La fiction a quelque ressource pour évoquer la vraie vie: revoir Patientsou, à la limite, Les rêveurs !

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Un dernier mot en guise de rappel...

Vous pouvez aussi suivre la team "Fiches du Cinéma" sur le site Actu.fr. Et pour la force de la danse, laissez-vous envahir par Une joie secrète !

mardi 24 février 2026

Quinze ans après

Je ne suis pas allé vérifier cette impression, mais il me semble bien que, en salles il y a bientôt deux ans, Un homme en fuite n'aura reçu qu'un accueil mitigé. OK, mais aurait-il mérité mieux ? Peut-être, oui. Faute d'être tout à fait original, ce polar "à la française" est un film assez réussi dans son genre, porté par des comédiens plutôt impliqués...

Nous sommes à Rochebrune, une petite ville (imaginaire) des Ardennes françaises. Ancien enfant du pays, Paul y revient après quinze ans d'absence, un peu comme s'il voulait renouer avec un passé douloureux. C'est pour mieux constater que son ancien ami, Johnny, leader syndical influent, a dérapé: l'homme en fuite, c'est lui, recherché comme auteur d'une attaque mortelle sur un fourgon blindé, mais que les ouvriers d'une usine du coin voient plutôt comme un nouveau Robin des Bois. Évidemment, rien n'est si simple... et le film, lui, est plutôt sombre. Réalisme social ? Vision caricaturale ? Ce sera à vous d'en décider. Personnellement, je n'ai pas été déçu. Mon envie de découvrir le film tenait beaucoup à la présence de Bastien Bouillon et Pierre Lottin, duo complémentaire et impeccable dans cet opus. Il m'a aussi fait plaisir d'avoir l'opportunité de revoir l'excellente Léa Drucker en flic rigoureuse et Marion Barbeau en amante sacrifiée. Pas mal ficelée, cette histoire...

Un homme en fuite
Film français de Baptiste Debraux / 2024
S'agissant du premier long du réalisateur, je ferme volontiers les yeux sur quelques défauts de cet opus, comme ces allers-retours entre passé et présent, où ses acteurs-vedettes n'ont pas l'air d'ados "ordinaires". Concrètement, je retiens le positif et, pour ce type même de cinéma social, vous renvoie à d'autres quasi-polars tels Les trois fantastiques ou Trois jours et une vie. Cela dépasse (un peu) du cadre de la fiction !

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Et si vous voulez vous appuyer sur d'autres avis...

Je vous suggère de lire - notamment  - ceux de Dasola et Princécranoir.

lundi 23 février 2026

On regarde ailleurs ?

L'avez-vous noté ? Ce jeudi aura lieu la 51ème cérémonie des César. Inutile de compter sur moi pour un grand compte-rendu: il est probable que je n'aurai pas vraiment le temps d'y revenir de manière détaillée. J'enrichirai a minima ma rubrique dédiée du titre du meilleur film 2026. Et il est probable que d'autres reviendront aussi... exciter ma curiosité !

Aujourd'hui, pour étancher la vôtre, j'ai eu envie de regarder ailleurs. Pourquoi, donc, ne pas voir ce qui se passe à l'étranger ? Le petit monde du cinéma français le fait lui-même avec le César du meilleur film étranger. Les plus curieux d'entre vous pourront vérifier que les critères de nomination ont quelque évolué depuis la première édition (en 1976).

L'info du jour : la liste (presque) complète des lauréats.
*** enfin, je l'ai réduite à ceux que j'ai vus et chroniqués... ***
► 1978 : Une journée particulière / Etorre Scola (Italie),

► 1980 : Manhattan / Woody Allen (États-Unis),
► 1983 : Victor Victoria / Blake Edwards (Royaume-Uni),
► 1985 : Amadeus / Milos Forman (États-Unis),
► 1986 : La rose pourpre du Caire / Woody Allen (États-Unis), 
► 1989 : Bagdad Café / Percy Adlon (Allemagne),

► 1991 : Le cercle des poètes disparus / Peter Weir (États-Unis),
► 1992 : Toto le héros / Jaco van Dormael (Belgique),
► 1993 : Talons aiguilles / Pedro Almodóvar (Espagne),
► 1994 : La leçon de piano / Jane Campion (Nouvelle-Zélande),
► 1996 : Land and freedom / Ken Loach (Royaume-Uni),
► 1999 : La vie est belle / Roberto Benigni (Italie),

► 2000 : Tout sur ma mère / Pedro Almodóvar (Espagne),
► 2002 : Mulholland Drive / David Lynch (États-Unis),
► 2003 : Bowling for Columbine / Michael Moore (États-Unis),
► 2005 : Lost in translation / Sophia Coppola (États-Unis),
► 2008 : La vie des autres / Florian Henckel (Allemagne),

► 2010 : Gran Torino / Clint Eastwood (États-Unis),
► 2011 : The social network / David Fincher (États-Unis),
► 2012 : Une séparation / Asghar Farhadi (Iran),
► 2014 : Alabama Monroe / Felix van Groeningen (Belgique),
► 2015 : Mommy / Xavier Dolan (Canada),
► 2016 : Birdman / Alejandro González Iñárritu (États-Unis),
► 2018 : Faute d'amour / Andreï Zviaguintsev (Russie),
► 2019 : Une affaire de famille / Hirokazu Kore-eda (Japon),

► 2020 : Parasite / Bong Joon-ho (Corée du Sud),
► 2023 : As bestas / Rodrigo Sorogoyen (Espagne),
► 2025 : La zone d'intérêt / Jonathan Glazer (Royaume-Uni).

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Je vous précise encore la liste des films en lice cette année...
- L'agent secret / Kleber Mendonça Filho (Brésil),
- Black dog / Guan Hu (Chine),
Sirāt / Oliver Laxe (Espagne),
- Une bataille après l'autre
/ Paul Thomas Anderson (États-Unis),
- Valeur sentimentale
/ Joachim Trier (Norvège).

Et à vous la parole, maintenant ?

Je suis vraiment curieux de vos avis et conseils pour compléter ma liste. N'hésitez pas à me dire si vous estimez encore utile de suivre les César !

[MAJ - jeudi 26, 21h40] :
Le César 2026 a finalement été attribué à Une bataille après l'autre.

samedi 21 février 2026

La condition de l'homme

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen le dit clairement dans son article 1: "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". Signée en 1789, de quels hommes parle-t-elle, au juste ? C'est l'une des questions que soulève un film récent: Furcy né libre. L'histoire d'un homme qui, au 19ème siècle, a combattu pour ses droits !

1817. Après la mort de sa mère, ledit Furcy découvre des documents officiels qui établissent qu'ancienne esclave, elle avait été affranchie depuis longtemps. Son fils serait dès lors, lui aussi, un homme libre. C'est bien d'ailleurs ce que lui confirme le tribunal qu'il a lui-même saisi pour faire entendre raison à son soi-disant propriétaire, Joseph Lory, riche propriétaire terrien sur l'Île de la Réunion (alors appelée Bourbon). Débouté, ce vil personnage fait cependant appel, ce qui conduit Furcy en prison, avant le jugement, pour avoir fui la propriété de son maître. Il sera rapidement déporté à Maurice pour travailler dans l'exploitation de cannes à sucre d'autres membres de la très influente famille Lory. Cette destinée, Furcy né libre la raconte en prenant d'emblée le parti de la victime, qui ne devra qu'à sa colère et à son acharnement à vivre de voir enfin, presque trente ans plus tard, son droit à être libre pleinement reconnu. Le propos du film est sans aucun doute politique. Je vous confirme que le scénario oublie certains aspects de la réalité historique et s'autorise quelques entorses. Un problème ? À vous de voir.

Tout dépend en fait de ce que vous attendez d'un tel long-métrage. Documenté, celui-ci est assez complexe pour ne pas être qualifié d'outil de propagande - ce que j'ai toutefois pu lire sous une autre chronique. J'y vois plutôt le constat édifiant que la France, souvent présentée comme le pays des Lumières, peut également être abordée par sa face sombre et voir alors son grand prestige non pas effacé, mais amoindri. Vous jugerez (et me rétorquerez peut-être) que c'est une pure évidence qu'il n'est pas nécessaire de rappeler, fut-ce dans les salles de cinéma. Pour ma part, je pense précisément... le contraire: le septième art reste un formidable vecteur de diffusion de la connaissance du monde. Furcy né libre a beaucoup d'atouts pour lui: c'est un film à l'esthétique irréprochable, bien écrit et très bien interprété. Je tiens à souligner que Makita Samba excelle en tête d'affiche, jusque dans ses silences. Vous le trouverez bien entouré, avec des visages connus: Ana Girardot, Romain Duris, Vincent Macaigne, Philippe Torreton... et j'en passe. C'était mon premier film français au cinéma en 2026: un très bon choix !

Furcy né libre
Film français d'Abd Al Malik / 2026
Je vous laisse vous dépatouiller avec les nombreuses sources historiques pour évaluer le degré précis de véracité de cet opus, également promu comme l'adaptation libre de L'affaire de l'esclave Furcy, une biographie de Mohammed Aïssaoui (Gallimard - 2010). Je reviendrai sur l'esclavage avec d'autres films et, sans délai, vous conseille Ni chaînes ni maîtres. Côté asservissement militaire, Rebelle met lui aussi une grande claque !

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Un dernier mot sur la musique...
Également rappeur, le réalisateur du film a su porter une attention particulière à sa bande-originale. Un chant réunionnais de Danyel Waro ouvre le long-métrage, tandis qu'un long flow le termine. L'occasion idéale de rester assis et jusqu'à la toute dernière seconde du générique.

Et qu'en est-il de l'accueil sur la blogosphère ?
Pour le savoir, je vous laisse consulter - au moins ! - le blog de Pascale.