mercredi 19 janvier 2022

L'honneur du clan

Je me souvenais que Rob Roy racontait l'histoire d'un héros populaire écossais, mais j'avais largement oublié la nature de ses faits d'armes. C'est ce qui m'a décidé à m'offrir une petite séance de rattrapage lorsque le film est passé sur l'une des chaînes de mon opérateur Web. J'ai aussi été content de revoir Liam Neeson avant sa série de nanars.

Robert MacGregor est le chef d'un village au coeur des Highlands. Homme avisé, il se dit qu'en empruntant de l'argent à un marquis local, il pourrait investir, ne plus s'inquiéter d'un hiver qui s'annonce glacial et même dégager quelques bénéfices pour prospérer encore. Problème: l'homme auquel il demande d'encaisser la grosse somme d'argent attendue est tué par un malfaisant, qui arrive bien à écarter les soupçons en jetant le corps de sa victime à la mer. Sa confiance absolue envers les siens fait que MacGregor refuse alors d'admettre qu'il a été trahi par l'un d'eux. Notre homme ayant croisé le chemin d'un courtisan de son seigneur, il lui a trouvé une belle fête de félon. Nous voilà donc partis pour deux heures au beau milieu de la nature écossaise, dans l'attente d'une vengeance. Le paysage vaut le détour !

Il serait toutefois assez injuste de réduire Rob Roy à sa dimension plastique, même si, de fait, elle est d'une beauté remarquable. Étonné, je constate que, malgré un accueil critique honorable, le film n'a connu qu'un succès public limité (415.743 entrées en France). Sachez-le: Liam Neeson n'est pas en cause, lui qui donne une réplique très décente à Jessica Lange et Tim Roth - le plus cabotin des trois dans le costume du méchant. Bon... j'ai déjà vu bien pire au cinéma ! Comment expliquer dès lors ce score maigrichon ? Par l'impression que le long-métrage demeure d'une facture très classique, peut-être. Tout est à sa place, mais rien n'est vraiment nouveau dans cet opus. Pour moi, ce n'est pas un problème, mais certain(e)s d'entre vous pourraient regretter la sagesse du scénario et de sa mise en images. Une précision: j'avais gardé en tête que le film était assez violent. C'est le cas lors de quelques séquences, mais cela reste "raisonnable".

Rob Roy
Film américano-britannique de Michael Caton-Jones (1995)

Attention: il existe un livre de Walter Scott sur ce personnage emblématique, mais il ne raconte semble-t-il pas la même histoire ! Cette plongée dans l'Écosse du 18ème siècle vaut toutefois le détour pour les grands amateurs de films d'aventure (pseudo-)historiques. Dans le genre, je veux également plaider pour le malaimé Révolution sorti dix ans plus tôt et me rends compte que j'ai peu de références...

mardi 18 janvier 2022

Coincés ?

Il n'est pas rare de voir Cube cité comme l'un des films de référence du (bon) cinéma de genre. En 1999, le festival international du film fantastique de Gérardmer l'a honoré du Grand Prix, du Prix du public et du Prix de la critique - ce que j'ignorais encore en le regardant. Résultat honorable en France: près de 915.000 curieux dans les salles.

Ce chiffre lui vaut la 45ème place de notre box-office national 1999 et, sauf erreur, le tout premier rang des films canadiens anglophones les plus vus "chez nous". Tout cela est relativement impressionnant pour un long-métrage qui enferme ses personnages dans un labyrinthe truffé de pièges en tous genres. Qui y restera ? Et qui s'en sortira ? C'est évidemment la première question que le spectateur va se poser et pour ainsi dire l'unique enjeu du scénario. Cube a eu la bonne idée de se passer de fioriture et, du coup, d'aller directement à l'essentiel. Honnêtement, j'ai connu suspense plus ébouriffant: le défaut principal de ce huis-clos est en fait qu'on ne s'attache guère aux protagonistes. Las ! L'originalité des dangers qui les menacent n'a pas vraiment suffi à m'intéresser à leur sort. À noter que tout repose sur une logique mathématique et qu'il y a donc de quoi se triturer le cerveau en 3D. J'espérais un peu mieux, mais je ne suis pas mécontent de l'avoir vu !

Cube
Film canadien de Vincenzo Natali (1997)

Fichtre ! Wikipédia présente le film comme "une sorte de métaphore du conditionnement des êtres humains dans la société" (je cite). J'avouerai humblement que je n'ai pas poussé mon analyse jusque-là ! Je n'ai vu qu'un divertissement calibré et - relativement - efficace. D'autres huis-clos sont plus oppressants, tels que Panic room (2002). Bon, c'est toujours mieux que Les traducteurs, à mon humble avis...

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Si ma chronique ne vous suffit pas...

Je vous renvoie vers l'avis et les commentaires de "L'oeil sur l'écran".

lundi 17 janvier 2022

La maison hantée

27 mars 1940: Alfred Hitchcock vient de dépasser la quarantaine quand Rebecca sort sur les écrans. Cette adaptation du roman éponyme de Daphné du Maurier obtient l'Oscar du meilleur film l'année suivante - ce qu'aucun autre film du maître ne saura faire ensuite. Hitch en avait déjà tourné une vingtaine en Angleterre auparavant...

Rebecca est en somme une histoire de fantôme. Un personnage féminin anonyme (!) est la demoiselle de compagnie d'une veuve arrogante et franchement acariâtre, en villégiature à Monte-Carlo. Heureusement pour elle, dans un palace, elle rencontre un homme charmant, Max de Winter, qui la séduit et la demande en mariage. Les époux s'installent alors à Manderley, une somptueuse demeure appartenant à Monsieur. La jeune femme se heurte alors à l'hostilité d'une partie de la maisonnée, qui ne la trouve pas à la hauteur sociale requise pour diriger le domaine. Mission dont la première maîtresse de maison, disparue dans un naufrage, s'acquittait admirablement. Investis par Joan Fontaine et Laurence Olivier, les plus grands thèmes hitchcockiens trouvent à s'épanouir dans ce drame classique. La photo de George Barnes - lui aussi oscarisé - y invente quelques merveilles graphiques, héritières de l'expressionnisme allemand des années 20. Après avoir lu le livre, j'ai beaucoup aimé ce film, fidèle à sa source. OK, d'accord, ce n'est peut-être pas le meilleur du réalisateur, mais...

Rebecca
Film américain d'Alfred Hitchcock (1940)

Vingt ans avant Psychose, ce tout premier opus américain du maître du suspense fait déjà son petit effet. D'aucuns ont pourtant prétendu que le cinéaste ne l'aimait pas beaucoup, l'imaginant largement freiné dans ses ardeurs par son producteur, le surpuissant David O. Selznick. Vraie ou pas, cette remarque n'a absolument pas nui à mon plaisir. Pour suivre, je conseille Les innocents et/ou Bunny Lake a disparu !

samedi 15 janvier 2022

Prémices

C'est vrai: j'aurais pu enchaîner aujourd'hui avec un autre des films que j'ai découverts fin décembre - il m'en reste six à vous présenter. Pour le week-end, j'ai préféré vous offrir un aparté et évoquer l'expo qui se termine... demain au Musée d'Orsay (Paris): Enfin le cinéma ! J'y suis allé le 26 décembre, au cours d'un bref séjour dans la capitale.

"Cette exposition, selon ses concepteurs, a invité le cinéma au musée sous un éclairage inédit". L'idée était de permettre, aux connaisseurs comme aux profanes, d'oser remonter le cours d'un 19ème siècle fondateur pour "cheminer" jusqu'à l'invention des frères Lumière et, plus tard, l'ouverture de belles salles destinées aux seules projections. L'occasion d'apprendre que, spectaculaire, le cinéma fut d'abord un art forain, ne gagnant sa légitimité qu'en s'inspirant d'autres disciplines plus anciennes, telles que la peinture et la photo. L'événement d'Orsay montrait bien à quel point il a prospéré grâce à la passion croissante du public pour l'image en mouvement. Important, ce rappel des faits !

Quelques images statiques ne m'en ont pas moins "sauté à la rétine" ! Exemple: ce tableau de Léon Belly, Pélerins allant à la Mecque (1861). Je me suis dit qu'il avait peut-être inspiré David Lean pour des plans de Lawrence d'Arabie, saisis par la caméra au beau milieu du désert marocain. Je me suis même imaginé que les hommes et les chameaux allaient sans doute, la nuit venue, s'avancer jusqu'à sortir du cadre. Dans plusieurs salles, j'ai apprécié la qualité cinétique d'autres toiles inconnues, ainsi que de photos aux sujets volontairement décadrés. Tout cela m'a offert un très agréable voyage dans le temps, prolongé par des pensées sur l'histoire de l'art et sa marche, (quasi-)constante.

Et cette oeuvre de Maximilien Luce, L'Aciérie (1895) ? Je l'ai vue comme la matrice des toutes premières séquences de cette merveille de cinéma que sont Les moissons du ciel du génial Terrence Malick ! Pour un peu, j'ai perçu le mouvement et l'intense chaleur de ce feu échappé d'un haut-fourneau. Ce qui présente au moins un avantage certain: celui de me rendre plus attentif encore aux sources picturales que je peux découvrir, dans les musées, au cinéma ou même ailleurs. Pour tout dire, je n'avais plus ressenti cette sensation - et cette envie gourmande - depuis le mois d'octobre dernier et ma visite d'une expo consacrée au peintre Pierre Bonnard. Le mot qui résume tout ? Miam !

Je ne souhaitais toutefois pas achever ma chronique (et ma semaine) sans vous avoir montré l'image ci-dessus, qui date de 1900 tout rond. Captée dans un théâtre, elle est issue d'un film de deux minutes, réalisé semble-t-il à l'occasion des répétitions de la fameuse pièce d'Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac. C'est avec une vive émotion que j'ai découvert que des images - colorées, sonores et mobiles - existaient toujours de Benoît Constant Coquelin, le créateur du rôle ! Pour en garder le souvenir, je suis reparti du musée avec le catalogue de l'exposition, riche de plus de 300 pages abondamment illustrées. Vous en reparlerai-je si j'en viens à creuser le sujet ? Peut-être, oui...

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Comme l'affirme Télérama, "ça va mieux en le disant"...

J'ajoute que, si certain(e)s parmi vous ont vu l'expo, je serais curieux de connaître leur avis sur sa valeur. Il est inutile de jouer aux timides dans l'autre cas: je suis là pour répondre à vos éventuelles questions !

vendredi 14 janvier 2022

Telle mère...

Irai-je un jour en Afrique subsaharienne ? Ce que je sais du continent se limite pour l'heure à quelques bribes d'actualité et aux rares films africains que je peux découvrir - deux ou trois par année, en général. Cette curiosité m'a entraîné vers Lingui - Les liens sacrés. L'occasion d'un peu mieux connaître le cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun.

Il semble que ce bel auteur vive aujourd'hui en France et retourne régulièrement au pays pour tourner. Les trois films que je lui connais parlent tous de la famille, loin de l'image de communauté soudée régulièrement évoquée lorsqu'en Europe, on s'intéresse aux sociétés africaines. Cette fois, la caméra se pose sur un tandem mère-fille. Amina était très jeune lorsque Maria est née. Le père l'a quittée. Seule, elle doit donc travailler dur pour élever (et envoyer à l'école) celle qui a 15 ans, désormais. Mais Maria est enceinte, à son tour ! Quand elle le confirme à sa mère, elle lui dit également son intention d'avorter - ce qui est de fait rigoureusement interdit, par la religion comme par la loi du pays, et réveille en Amina de mauvais souvenirs. Lingui n'a cependant rien d'un film simpliste sur une situation complexe. S'il s'agit bien d'un regard d'homme, il s'avère bienveillant pour ces femmes placées sous de lourdes contraintes ! Euphémisme...

Je ne crois pas qu'il soit indispensable de connaître les réalités tchadiennes avant d'apprécier ce long-métrage sensible et intelligent. Attention: la vision "classique" du happy end n'est pas de mise ici. Concrètement, la réconciliation est envisageable, mais le prix à payer reste élevé et, malgré la révolte adolescente, j'ai eu le sentiment qu'au final, rien d'important n'avait changé (et ne changerait jamais). Allez... ce n'est pas tout à fait aussi désespérant, à la réflexion. J'ignore s'il a été ou sera diffusé en Afrique, mais le film a ce mérite d'aborder le droit des femmes à disposer de leurs corps et de le faire joliment, dans une mise en scène à la fois intimiste et grandiose. Certaines séquences dans N’Djamena, la capitale du Tchad, donnent l'impression d'une fourmilière où il est bien difficile de se retrouver. Cela sert admirablement le propos, qui dit toute la difficulté d'échapper à un cocon dès lors qu'il a perdu son caractère protecteur. Sans bruit, voilà de quoi rendre heureux d'être un homme, en France ! Cela ne veut pas dire que Lingui devrait déplaire aux autres publics...

Lingui - Les liens sacrés
Film tchadien de Mahamat-Saleh Haroun (2021)

Assez fraîchement accueilli, ce neuvième opus de MSH mérite mieux. Qu'il soit revenu bredouille du dernier Festival de Cannes en juillet devrait n'avoir aucune incidence sur votre choix de le voir (ou non). Cela dit, un aveu: du même auteur, j'ai préféré Abouna, découvert au cours du même mois et sorti un peu plus discrètement, en 2002. Vous aimez ? Lamb et Wallay pourraient donc bien vous plaire aussi !

jeudi 13 janvier 2022

Pas à sa place ?

Paul Château-Tétard doit quitter son sublime hôtel particulier parisien pour rejoindre sa "reine mère" à Antibes. Une grève des taxis l'oblige à prendre le métro pour la première fois de sa vie. C'est au guichet qu'il rencontre Ava, une jolie employée de la RATP qui se fiche un peu de ce boulot routinier. Et ils se marièrent et eurent... aïe, non, stop !

Ce n'est parce que La pièce rapportée est ma première rencontre avec le cinéaste français Antonin Peretjatko que je dois tout raconter de ce petit film farfelu à souhait, joliment porté par la mignonnitude d'Anaïs Demoustier, le décalage assumé du superbe Philippe Katerine et la peau-de-vacherie de la toujours redoutable Josiane Balasko. Précisions pour les amateurs: il y a encore quelques autres poissons rigolos dans ce bocal - Sergi Lopez et William Lebghil, par exemple. L'important est de comprendre qu'un vieux garçon des beaux quartiers s'entiche d'une fille du peuple, au grand désespoir de sa môman. Laquelle se décide alors à espionner l'insolente, prompte à donner raison aux soupçons de frivolité. J'ai dit STOP ! Ce point de départ scénaristique semble venu d'une autre époque, sort en fait d'un roman original signée Noëlle Renaude et s'avère d'une franche efficacité comique. Ce que j'ai découvert m'a réjoui. Et c'est ce que j'attendais !

Entendons-nous bien: tout cela n'est pas hilarant, mais assez soigné pour que l'on s'amuse de bout en bout. Un seul regret: la présence d'une voix off insistante, Antonin Peretjatko s'étant en fait complu dans le rôle du narrateur (sans toujours trouver la bonne distance). Tout le reste est admirable et j'ai trouvé très amusante la coïncidence qui m'aura fait suivre les pérégrinations d'une femme qui s'ennuie trois jours seulement après celles d'une Madame Bovary portugaise. D'une durée d'une heure et demie, La pièce rapportée est plus légère qu'un Flaubert, je vous rassure, et peut donc se déguster sur le pouce entre deux films - ou bouquins - plus sérieux. Un vrai petit plaisir ! Derrière d'excellents actrices et acteurs, tout cela est bien d'un ton allègre, délicieusement rétro et primesautier, la très bonne nouvelle étant que je n'ai rien vu d'important qui détonerait sur le plan formel. Il ne me reste plus qu'à voir les deux premiers films du même auteur pour bien faire: c'est ce que je programme pour dans quelques jours. Avec l'espoir que cela puisse nuancer une certaine rigueur de l'hiver...

La pièce rapportée
Film français d'Antonin Peretjatko (2021)

Est-ce une bulle de savon ? Du cinéma pop ? Ou même plus que cela ? J'adresse ce clin d'oeil à Hugo, l'ami qui m'a accompagné voir ce film sympa et qui, pour le coup, a vu les oeuvres complètes du réalisateur. En tout cas, c'est du rire intelligent, comme ce qu'on trouve de mieux chez Dupontel, Dupieux et Kervern / Delépine (sans comparaison !). Au final, j'ai trouvé un peu de Courage fuyons. Il y a pire référence...

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Un léger contrepoint...

Il faut avouer que Pascale ne s'est pas enthousiasmée autant que moi.

mercredi 12 janvier 2022

Quitte ou double

Réalisateur - et parfois scénariste - d'une trentaine de longs-métrages entre 1951 et 1992, Henri Verneuil reste un cinéaste que j'aime bien. Il est mort le 11 janvier 2002, il y a donc deux décennies et un jour. En préparant ce billet, j'ai appris qu'Achod Malakian était le vrai nom du p'tit Arménien arrivé en France à l'âge de 4 ans, fuyant les Turcs...

Allez ! Je ne suis pas là pour parler de politique, mais bien de cinéma. Vous aurez peut-être déjà identifié le grand classique du septième art français que je vais évoquer ce midi: il s'agit de Mélodie en sous-sol. Presque sexagénaire, Jean Gabin y incarne un malfrat tout juste sorti de prison, désarçonné par la nouvelle allure du joli quartier résidentiel qu'il retrouve cinq ans plus tard. Le blues de l'ex-taulard s'amplifie encore quand il laisse traîner une oreille et surprend les conversations de ses voisins de tramway sur leurs prétendues vacances de rêve. Monsieur Charles, lui, voit plus grand et imagine couler une retraite paisible en Australie, à condition bien sûr que Madame soit assurée qu'un dernier coup réussi permette de financer le voyage aller simple. C'est là qu'intervient Alain Delon, en potentiel complice de haut vol. Là aussi que je me tais pour ne pas dévoiler la suite: je dirais juste que nous filons à Cannes, que certaines séquences attendues d'un film de braquage sont effectivement présentes et qu'un suspense solide s'installe sur la durée. Et je n'avais pas du tout vu venir la conclusion !

Pour me résumer, voilà un film dont j'oserai dire qu'il est "efficace". Avoir parcouru d'autres textes avant de publier le mien me permet toutefois d'affirmer que cet avis - assumé - ne fait pas l'unanimité. D'aucuns pointent un manque de rythme, par exemple, là où d'autres n'hésitent pas à parler d'acteurs "paresseux" (ce qui peut être lié). Moi, j'ai plutôt l'impression que le film est représentatif d'une époque révolue, où les mauvais garçons du ciné portaient fièrement cicatrice et blouson de cuir noir pour les jeunes, costume sur mesure, cravate chic et lunettes de soleil pour les anciens, délinquants et caméléons. Sincèrement, devant Mélodie en sous-sol, je ne me suis pas ennuyé. Pas même une seconde: je trouve que les dialogues de Michel Audiard font mouche et que leur sérieux est un vrai bel atout pour l'ambiance générale. La fin ne m'en est alors apparue que plus ironique encore ! Une autre surprise pour moi: aux États-Unis comme en France, le film a été largement produit et distribué par la Metro Goldwyn Mayer américaine. J'espère que cela ne vous incitera pas à vous détourner...

Mélodie en sous-sol
Film français d'Henri Verneuil (1963)

Je n'en fais surtout pas un incontournable, mais j'ai passé un moment agréable devant ce long-métrage un tantinet vintage. Le noir et blanc m'apparaît largement préférable à la version colorisée qui circule depuis 1994 (et ampute le film originel de treize minutes, paraît-il). Avouons-le: pour les gangsters, je préfère Du rififi chez les hommes. Et, parmi les films sérieux de Verneuil, le sublime Un singe en hiver !

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Un complément d'enquête, les aminches ?

Avec joie: je passe volontiers le relais aux inspecteurs Strum et Lui.

mardi 11 janvier 2022

Em(m)a

"Madame Bovary, c'est moi": on attribue souvent à Gustave Flaubert cette citation pour évoquer son roman le plus connu. Voulait-il dire qu'il se reconnaissait dans le personnage et/ou en faisait sa propriété exclusive et que personne d'autre ne pourrait la conquérir ? Mystère ! J'avoue qu'à ce stade, je n'ai pas cherché à le savoir. Une autre fois...

Ce que je sais, en revanche, c'est que lorsque le grand réalisateur portugais Manoel de Oliveira se penche sur Emma, il l'appelle Ema avec un seul M et l'emmène dans son propre pays. Une autre légende affirme qu'il souhaitait juste éviter de s'acquitter des droits d'auteur. En tout cas, le cinéaste a coécrit son scénario avec une compatriote écrivaine, Agustina Bessa-Luis, autrice d'un roman lui-même inspiré du classique flaubertien. Le film porte même son titre: Val Abraham. Pour le coup, nous sommes désormais à mille lieues de la campagne normande du Second Empire, ce qui déroutera - peut-être - les férus de littérature. D'autres comme moi pourraient s'intéresser à cet opus modernisé, cela noté sans vouloir porter ombrage au grand Gustave. Qu'ils sachent être partis pour près de trois heures et demie de film...

J'ai découvert ce "pavé" sur grand écran, grâce à une Cinémathèque que je fréquente parfois et, mieux, sur la seule et unique copie 35mm circulant en France avec des sous-titres dans notre chère langue française. Que dire ? Que c'est une oeuvre qu'il faut savoir digérer. Pourquoi ? Parce qu'elle est très écrite, justement. Presque littéraire. En plus du dialogue, la narration est en effet portée par une voix off quasi-constante, ce qui réclame de nous un certain effort de lecture. J'ai presque envie de dire que Val Abraham n'a en fait de bovarien que la trame: son héroïne reste une femme délaissée par son mari médecin, qui essaye vaguement de tromper son ennui en le trompant et en dépensant tout son argent. Je me retiens pour deux raisons essentielles: 1) ma lecture du roman originel est bien trop ancienne désormais pour que je sois tout à fait sûr de mes comparaisons possibles et 2) nous sommes ici face à des images, souvent superbes. Un morceau de cinéma dense et que je suis ma foi content d'avoir vu. Et oui, même si je ne ferai pas d'une telle rareté mon pain quotidien !

Val Abraham
Film portugais de Manoel de Oliveira (1993)

Un peu largué, OK, mais j'ai des excuses: je n'avais vu que six films portugais avant celui-là (et ce n'était que mon deuxième Oliveira). Certes, ce bel opus est assez exigeant: je ne souhaite le déconseiller à personne, mais dirais simplement qu'il vaut mieux y être "préparé". Sur le sujet, j'en étais encore au Madame Bovary de Sophie Barthes ! Il y a huit autres versions, paraît-il. Claude Chabrol attend son tour...

lundi 10 janvier 2022

À contre-courant

C'est un fait: Les amants sacrifiés ne ressemble pas aux autres films que je connais de Kiyoshi Kurosawa. J'ai cru comprendre qu'une partie de ses fidèles reprochait même au cinéaste japonais ce pas de côté. Moi, au contraire: ce titre "à la Mizoguchi" a su éveiller ma curiosité. Et autant vous le dire tout de suite: je ne regrette pas d'y avoir cédé !

Tout commence à Kobe, grande ville portuaire du Japon, en 1940. L'occasion d'un rappel historique: si beaucoup citent encore l'attaque de Pearl Harbor (7 décembre 1941) comme le déclencheur de l'entrée en guerre des États-Unis, le pays gouverné par l'empereur Hirohito n'avait pas attendu jusqu'à cette date funeste pour s'étendre en Asie. Le film évoque ces intentions bellicistes de plus en plus marquées. Aujourd'hui, on dirait que le Japon se "radicalise", au grand désarroi de Satoko et Yusaku, un couple qui a presque adopté le mode de vie occidental - dans sa manière de s'habiller, par exemple. Leur histoire d'amour paraît solide, mais Monsieur doit passer plusieurs semaines en Mandchourie, au nord-est de la Chine, et en revient changé. Qu'est-il arrivé là-bas ? Le mystère du film repose sur cette question. Vous comprendrez donc que je n'en révèle pas davantage. Je précise que Les amants sacrifiés étonne en dévoilant son secret rapidement. Le véritable coeur de son sujet, c'est donc ce qui se passe ensuite. J'espère qu'à la mi-séance, le film n'aura pas fini de vous surprendre !

Je pourrais écrire de longues lignes sur la beauté de ce long-métrage que d'aucuns jugeront pour cela un peu trop classique ou académique. Techniquement, la prise de vue a été faite en 8K, une technologie censée garantir que les images seront d'une définition très élevée. Détail rigolo: j'ai trouvé des critiques pour affirmer que l'esthétique de ces plans dénaturait presque le scénario, jugé quant à lui proche de ceux des anciens mélodrames de la production made in Hollywood. Admettons et soulignons au passage la très bonne tenue de ce récit écrit à plusieurs, avec notamment le concours d'un autre cinéaste japonais dont la notoriété va toujours croissant: Ryusuke Hamaguchi. À mes yeux, cette collaboration est donc d'abord une vraie réussite. Bien sûr, on pourra toujours venir chinoiser (hum...) et me rétorquer que Les amants sacrifiés n'invente pas grand-chose du point de vue cinématographique. Chaque film est-il tenu à cette obligation ? Non. Et, même au Japon, vous en trouverez mille moins forts que celui-là ! Assez lent, j'admets que le rythme puisse dérouter les non-habitués...

Les amants sacrifiés
Film japonais de Kiyoshi Kurosawa (2020)

L'ultime remarque de ma chronique pour justifier que ce long-métrage délicat n'ait pas récolté une demi-étoile supplémentaire: on est loin du cours d'histoire ou de l'hagiographie patriotique sur grand écran ! Après Les gardiennes, c'est mon deuxième film de guerre "différent" dans un temps rapproché. On peut bien sûr préférer Kiyoshi Kurosawa pour d'autres travaux. Et se fier alors à mon index des réalisateurs...

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Et pour aller plus loin encore...
On peut également s'intéresser à ce que Dasola aura pensé du film. Elle a été la toute première de mes "blog-ami(e)s" à l'avoir expliqué. Pascale l'a rejointe depuis, avec à peu près les mêmes réserves. Notez que Strum, en revanche, se montre plus proche de ma position.

dimanche 9 janvier 2022

Les revenants revenus

Une fois n'étant pas coutume, je me suis offert un peu de popcorn avant de m'installer dans la salle de S.O.S. fantômes - L'héritage. Cela n'aura d'ailleurs dérangé personne: seul un couple m'a rejoint devant cette suite tardive aux opus de 1984 et 1989 (cf. mon index). Décidément, la nostalgie n'est plus ce qu'elle était ! C'est dommage...

Je suis pour l'heure resté à l'écart du troisième film de la saga, sorti en 2016 et dont les personnages principaux étaient tous des filles. Rien de tel dans notre cas du jour: le tout nouveau long-métrage quitte même sa base new-yorkaise historique pour nous emmener dans une petite ville assez peu identifiable de l'Amérique profonde. C'est là qu'atterrissent Callie, Trevor et Phoebe, une mère célibataire et ses deux enfants, pour emménager dans la maison du grand-père décédé. Le coin est si déglingué qu'à l'école, le prof peut se contenter de diffuser des VHS (!) de films d'horreur pour occuper les marmots. Bref... tout cela va finalement s'agiter un peu quand les personnages auront retrouvé quelques reliques du défunt et réveillé les esprits malins qui se tenaient tranquilles depuis une trentaine d'années. Franchement, je me demande si le film ne s'adresse pas davantage aux quadras et quinquas qu'à leur progéniture adolescente ! Mouais...

Certes formaté, S.O.S. fantômes - L'héritage n'est pas un spectacle indécent. Il reste dans la lignée des deux premiers épisodes, au point de... non, je ne vous ai rien dit. On parle désormais de "franchise" et, même si c'est un mot que je n'aime pas, c'est sûrement le bon. Business is business, les amis ! Reste que, derrière la pluie de dollars attendus, il m'a semblé que ce volet n'abusait pas d'effets spéciaux tapageurs et proposait même une certaine normalité "à l'ancienne". Or, revoir les trognes des plus connus des spectres pourchassés jadis s'avère plutôt sympa. L'hommage rendu à Harold Ramis, seul membre du casting originel aujourd'hui décédé, m'a paru très digne, lui aussi. Seul gros bémol: une VF catastrophique (je n'ai guère eu le choix). Bon... pour un tel film et pour une fois, je veux bien passer l'éponge. Je note que le budget de création a déjà été remboursé. Deux fois ! Avant de parler d'un flop, autant donc attendre sa fin d'exploitation...

S.O.S. fantômes - L'héritage
Film américain de Jason Reitman (2021)

Les fans apprécieront: cet opus a été réalisé par le fils du réalisateur des débuts, lui-même crédité au générique en qualité de producteur. Pas étonnant, du coup, que le chemin puisse paraître aussi balisé ! Bien luné comme j'étais l'autre jour, tout cela n'a pas nui à mon plaisir de geek assumé. Et puis j'aime les fantômes, voilà ! D'autres sont là et hantent le blog: Vif-argent, A ghost story, Vers l'autre rive, etc...