mercredi 19 septembre 2018

Consumés

Le chiffre étonne et inquiète: d'après un reportage diffusé sur Arte l'an passé, près de neuf jeunes Sud-coréens sur dix aimeraient quitter leur pays définitivement ! Burning, le film dont je dois vous parler aujourd'hui, paraît renvoyer l'écho de ce profond désenchantement. Autant vous l'annoncer sans hésiter: il m'a fait très forte impression !

D'une densité peu commune, le long-métrage fut un temps annoncé comme un favori pour la Palme d'or du dernier Festival de Cannes. Finalement, il est reparti de la Croisette avec une simple récompense "annexe": le Prix FIPRESCI, remis - depuis 1946 - par des critiques professionnels venus du monde entier. Sa sortie sur les écrans français nous donne enfin l'occasion de nous frotter à ce thriller vénéneux, orienté d'abord sur un personnage masculin, Jong-soo. D'origine modeste, ce jeune homme quitte la grande ville (Séoul ?) pour essayer de reprendre l'exploitation agricole de son père, en proie à de sérieux ennuis. Une galère pour lui qui rêve de devenir écrivain !

Tout se complique un peu plus quand, par hasard, l'auteur en devenir retrouve la jolie Hae-mi, une fille qu'il avait connue quelques années auparavant. Dois-je préciser qu'il va en tomber amoureux ? Pas sûr. C'est cependant du fait de cette circonstance que Burning s'enflamme véritablement et commence lentement à révéler sa nature profonde. Quand Ben, un autre garçon, entre dans la danse, on comprend vite que tout cela risque de devenir explosif. Je vous laisse vérifier seuls si cela se confirme ou pas, mais je crois pouvoir vous dire que le film joue beaucoup sur les non-dits, le hors-champ et les faux semblants. Il en découle un suspense assez poisseux, qui vous prend à la gorge...

Le talent des acteurs fait le reste: nous voilà scotchés à l'écran. Parfois inconfortable, la posture du spectateur nous permet toutefois d'apprécier l'incroyable beauté de la mise en scène. La photographie est superbe et la musique, insidieuse, a quelque chose d'envoûtant. Difficile de ne pas se sentir happé: moi, j'ai aimé cette sensation ! Une énigme est posée à mi-parcours et de nombreuses hypothèses peuvent être formulées pour la résoudre: c'est l'intérêt de la chose. Perdu dans les méandres d'une intrigue complexe, j'ai trouvé agréable d'être mené en bateau, tout en restant libre de mes interprétations. Rares sont les films qui restent aussi "ouverts". Oui, j'en redemande !

Burning a tout pour plaire, mais peut déplaire. Le fait qu'il dure presque deux heures et demie va décourager une partie du public. Franchement, si la noirceur ne vous fait pas peur, ce serait dommage de passer à côté. Une fois n'est pas coutume: je vais recommander aux sceptiques de regarder la bande-annonce pour se faire une idée de l'atmosphère du film. Les images que j'ai moi-même choisies restent de pures illustrations: elles ne dévoilent donc rien d'essentiel. En fait, pour apprécier le long-métrage, il vaut mieux s'y immerger complétement, sans nécessairement chercher à y voir clair. Sur écran géant, l'expérience coupe le souffle... et bouscule notre imagination !

Burning
Film sud-coréen de Lee Chang-dong (2018)

Pas de doute: ce très impressionnant labyrinthe a toutes les chances de figurer en bonne place dans mon futur top de l'année cinéma. J'ajoute qu'il fait honneur à son pays d'origine, dont d'autres "pépites" méritent le détour (cf. Memories of murder et/ou Mademoiselle). J'espère vous avoir convaincus de vous tourner vers ces horizons lointains. Et, quant à moi, je compte bien prolonger leur exploration !

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Une précision littéraire...

Le film est une adaptation (libre) des Granges brûlées, une nouvelle de l'écrivain japonais Haruki Murakami. Le texte fait partie du recueil intitulé L'éléphant s'évapore, disponible en poche aux éditions 10/18.

Ailleurs sur la grande toile...
Vous pourrez découvrir une autre chronique enthousiaste de Pascale. Dasola, elle, s'est d'abord ennuyée, avant d'être captivée par le final. Je vous suggèrerai enfin de lire l'avis de Strum, analytique et nuancé.

lundi 17 septembre 2018

Tromper l'ennemi

Mon premier Spike Lee ? C'était je crois Jungle fever, sorti au début des années 90, quand j'étais encore au lycée ! Je ne me souviens aujourd'hui que d'une réplique à propos d'une télé partie en fumée. Depuis lors, je n'ai pas pu vérifier qu'elle était bien issue de ce film ! J'étais curieux de voir le dernier opus du réalisateur afro-américain...

Je vous rappelle que BlackKklansman a obtenu le Grand Prix du jury lors du dernier Festival de Cannes. Nous ramenant en 1978, il raconte l'histoire vraie du premier flic noir de Colorado Springs, une ville encore modeste (autour de 200.000 habitants) sur le versant oriental des Rocheuses. Ce Ron Stallworth eut un jour l'idée un peu folle d'infiltrer le Ku Klux Klan, organisation clandestine des suprémacistes blancs. Au téléphone, il s'est dès lors fait passer pour un sympathisant et, admis comme membre, a envoyé l'un des collègues le remplacer lors des réunions du groupement, ni vu, ni connu. Plusieurs mois durant, le subterfuge a fonctionné: je vous laisse découvrir la suite...

Si elle n'avait pas été racontée dans un bouquin par Ron Stallworth lui-même, cette histoire aurait pu être une preuve éclatante du talent de Spike Lee. Je vous avoue que je craignais que le cinéaste tombe dans une certaine outrance avec ce film évidemment militant. Heureusement, il évite ce piège et traite son sujet sur un ton étonnant: celui de la comédie. Oui, BlackKklansman fait (sou)rire ! Confidence pour confidence, il m'a semblé qu'il "chargeait la mule" quand il s'agissait d'enfoncer les membres du Klan, avant de me dire qu'au fond, certains d'entre eux étaient peut-être bien aussi crétins dans la réalité. Une chose est manifeste: le film ne les épargne pas...

Après tout, pourquoi le ferait-il, n'est-ce pas ? Ce qui est intéressant dans cette reconstitution, c'est aussi qu'au départ, le héros-flic joue sur plusieurs tableaux, forcé qu'il est par sa hiérarchie d'espionner d'abord les activistes (potentiellement violents) de la cause noire. Spike Lee a évidemment choisi son camp, un peu plus vite d'ailleurs que son personnage principal, et appuie son propos sur les discours saisissants de leaders charismatiques. J'ai constaté avec grand plaisir qu'il travaillait dans la nuance, en octroyant une importance décisive à plusieurs protagonistes blancs. BlackKklansman trouve un équilibre intelligent, à peine fragilisé par 2-3 longueurs. Rien d'insupportable...

Sans vouloir tout dévoiler, je veux vous dire que c'est en fait à la fin de ces deux grosses heures de cinéma que j'ai pris une double claque. Je l'ai d'abord ressentie grâce à un très impressionnant montage parallèle qui vient, d'un côté, relater le lynchage de Jesse Washington en 1916 et, de l'autre, reconstituer une cérémonie rituelle du Klan. Dans la foulée, c'est sans nul doute par sa façon de revenir aux temps présents que BlackKklansman m'a paru le plus pertinent. J'imagine que, malheureusement, il ne saura guère prêcher que les convaincus. Toutefois, avoir une nouvelle confirmation que le cinéma américain peut encore produire de tels films est réconfortant. Merci, Spike Lee !

BlackKklansman
Film américain de Spike Lee (2018)

Tout n'est pas parfait, mais je veux insister: cela reste un grand film. Une oeuvre importante, également, pour nous confronter à l'Amérique d'hier et à celle d'aujourd'hui, toute ressemblance n'étant pas fortuite. Libres à vous maintenant de préférer le traitement de cette question proposé par d'autres cinéastes... blancs: Spielberg dans Lincoln, Tarantino avec Django unchained ou Parker via Mississippi burning.

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Je n'ai pas parlé des acteurs...
John David Washington (fils de Denzel), Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace et autres... noirs et blancs, ils sont tous remarquables. Respect - et big up - à Harry Belafonte, 91 ans, pour son monologue ! 

Et chez les autres, ça donne quoi ?
Le film est apprécié. À vérifier chez Pascale, Dasola et Princécranoir.

dimanche 16 septembre 2018

Money, money, money...

Une fois n'est pas coutume: aujourd'hui, je vais vous parler d'argent ! Je n'avais pas envie de publier tout de suite une nouvelle chronique liée à un film, mais j'ai aussi eu bien du mal à trouver un autre sujet. Tout cela pour dire que je suis tombé sur le classement annuel Forbes des actrices et acteurs les mieux payés. C'est assez impressionnant...

Chez les dames, c'est Scarlett Johansson qui occupe la première place avec une rémunération de 40,5 millions de dollars US pour la période comprise entre juin 2017 et juin 2018, tous cachets, revenus publicitaires et bonus confondus. Le duo Angelina Jolie (28 millions) et Jennifer Aniston (19,5 millions) se partagent les deux autres places du podium. Dans le top 10, on trouve ensuite Jennifer Lawrence (18) et Reese Witherspoon (16,5), Mila Kunis (16), Julia Roberts (13), Cate Blanchett (12,5), Melissa McCarthy (12) et Gal Gadot (10). Personnellement, au-delà des sommes astronomiques, je distingue quelques surprises dans ce classement. Mais l'image n'a pas de prix...

Un constat s'impose aussitôt: les chiffres montent encore plus haut chez les hommes. Et ils ne sont pas toujours corrélés avec les scores du box-office: ainsi, ce cher George Clooney, leader du marché masculin, émarge sans trop d'efforts... à 239 millions de dollars ! Derrière, son dauphin fait presque peine: Dwayne Johnson ne pointe qu'à 124 millions, ce qui lui laisse tout de même une marge honorable sur le pauvre Robert Downey Jr. et ses 81 millions. Les poursuivants sont plutôt détachés: Chris Hemsworth (64,5), Jackie Chan (45,5), Will Smith (42) et Ashkay Kumar (40,5) arrivent aux places d'honneur devant Adam Sandler (39,5), Salman Khan (37) et Chris Evans (34). J'imagine que je me satisferais du plus petit des montants annoncés. Oui, mais voilà, il reste un vrai problème: je ne fais pas de cinéma...

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Et vous, vous en pensez quoi ?
Mon impression est que les gros salaires français sont bien plus bas. Cette remarque peu intéressante reste ouverte à vos commentaires !

vendredi 14 septembre 2018

Au service de la France

Pas facile de rivaliser avec James Bond ! Avec 24 épisodes officiels proposés au cinéma, le fameux agent secret est probablement l'espion le plus connu du septième art. Je ne vois aucun personnage français en mesure de rivaliser avec 007, mais je vous propose aujourd'hui d'évoquer un film d'espionnage frenchy, sobrement titré... Espion(s) !

Vincent, ex-étudiant un peu désinvolte, travaille comme bagagiste dans un grand aéroport parisien. Avec un collègue, il a pris l'habitude de fouiller deux ou trois valises de temps en temps, pour y subtiliser quelques objets précieux: montres, bijoux, téléphones ou autres. Astucieuse à défaut d'être honnête, la combine tourne court, un jour où le complice teste un vaporisateur de parfum, le laisse tomber parce que le contenu le brûle et... déclenche une explosion mortelle ! Vincent échappe à la boule de feu, mais pas aux ennuis. Un officier des services de renseignement, qui connaît le passé du jeune homme et sait notamment qu'il est passé par la case Sciences Po, lui propose d'échapper à la justice en travaillant pour les intérêts de la France. Voilà comment notre ami se voit envoyé à Londres, au contact direct d'un homme d'affaires suspecté d'alimenter les réseaux terroristes. Bon... tout ça pour dire que, pour la vraisemblance, vous repasserez !

Espion(s) n'est pourtant pas un mauvais film. Il me paraît possible que vous ayez reconnu, sur ma première image, Guillaume Canet dans le rôle principal: sans emphase, sa prestation reste honorable. Très rapidement, le scénario se développe autour de son histoire d'amour naissante (et ambigüe) avec Claire, l'épouse de sa "cible". Géraldine Pailhas joue très correctement cet autre personnage principal, autour duquel s'articule l'essentiel des rebondissements. Vous y croirez ou non, mais, moi, ce n'est pas sur ce premier aspect que je me suis senti un peu frustré: j'ai surtout trouvé que l'intrigue manquait de rythme et qu'elle était tout de même vraiment prévisible dans son déroulé. En fait, seule sa conclusion, un peu plus ouverte que je ne l'avais imaginé, m'a de ce fait paru légèrement sortir du lot. Au final, je ne me suis ni ennuyé, ni véritablement enthousiasmé. Disons qu'entre romance et espionnage, il aurait fallu faire un choix...

Espion(s)
Film français de Nicolas Saada (2009)

Bon, voilà... ce long-métrage n'est donc bien qu'une demi-réussite. Maintenant, si vous tapez "espionnage" dans le moteur de recherche intégré à ce blog, vous tomberez surtout sur des films anglo-saxons. Aux indécrottables Gaulois, je crois tout de même pouvoir conseiller de (re)voir deux bons films d'Éric Rochant, Les patriotes et Möbius. Au passage, p'tit aveu: je suis curieux de vos propres (p)références ! 

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Vous voulez lire d'autres chroniques ?

No problem: il y en a chez Pascale, Dasola, Laurent, Benjamin et Lui.

jeudi 13 septembre 2018

Un homme de valeurs

Autant vous le dire tout de suite: c'est d'abord pour James Stewart que j'ai voulu voir Les prairies de l'honneur (ou Shenandoah en VO). D'après mes observations, les personnages joués par l'immense acteur américain sont très souvent porteurs de fortes valeurs humanistes. J'étais tout à fait curieux de savoir si c'était le cas dans ce western...

Ma réponse est positive ! Les amateurs du genre seront en terrain connu: le héros du film, vieux père d'une famille nombreuse confronté très tôt à la mort de son épouse, tient de la figure archétypale. N'empêche: le film reste assez original, sachant qu'il aborde la guerre de Sécession en plantant son décor du côté sudiste, a priori favorable aux pratiques esclavagistes. D'où une mini-surprise: tout propriétaire terrien qu'il soit, Charlie Anderson respecte absolument la liberté individuelle de chacun, sans regard pour l'âge ou la couleur de peau. Les prairies de l'honneur dresse donc avant tout le (beau) portrait d'un homme libre, bientôt confronté aux choix les plus douloureux qu'imposent les conflits militaires. Je ne veux pas en dire davantage. Parce que l'idée est évidemment... de vous encourager à voir le film !

Je n'ai parlé que de James Stewart, mais le reste de la distribution s'avère très convaincant. C'est ainsi avec une satisfaction non feinte que j'ai retrouvé la belle Katharine Ross dans l'un des premiers rôles féminins et pour ce qui était sa toute première apparition à l'écran ! Chez les hommes, j'ai souri en découvrant - un peu plus tard - que l'un des garçons du patriarche Anderson était joué par Patrick Wayne, fils de John. C'est pourtant le jeune Phillip Alford, trois ans seulement après ses débuts dans un autre grand film humaniste, qui aimante l'oeil de la caméra. Bilan: même en VF, pas de fausse note à signaler. Sur le plan technique, et compte tenu de son âge, le long-métrage tient parfaitement la route - avec tout le charme du classicisme hollywoodien. En sourdine, tout cela est mis au service d'un message pacifiste, d'autant plus remarquable (et remarqué !) que les cinémas américains ont diffusé Les prairies de l'honneur à l'aube de la guerre du Vietnam. Il est très probable que ce soit tout sauf une coïncidence. Et de cela aussi, je crois bon de vous laisser juger par vous-mêmes...

Les prairies de l'honneur
Film américain d'Andrew V. McLaglen (1965)

Un aveu: je trouve James Stewart encore meilleur en honnête homme chez Frank Capra (cf. Mr. Smith au Sénat et/ou La vie est belle). Vos éventuelles suggestions seront accueillies avec un vrai plaisir. Vous séchez ? Ce n'est pas très grave: vous pourriez bien apprécier mon film d'aujourd'hui sans avoir à le placer au regard d'un autre. Sous son vernis vintage, il a encore de belles choses à nous raconter !

mercredi 12 septembre 2018

Un très long voyage

Si j'en crois ma source Wikipédia, le cinéma chinois est né au début du 20ème siècle, en s'inspirant d'abord des thèmes de l'opéra. Aujourd'hui, ses artistes et techniciens font régulièrement parler d'eux lorsqu'ils s'associent avec d'autres, occidentaux. Le grand film né d'une telle collaboration reste à inventer, mais ça gigote pas mal...

Mon film du jour, Destination Pékin, s'inscrit dans cette mouvance. Sans doute soucieux de rassurer le public français, ses distributeurs rappellent - sur l'affiche ! - qu'il a les mêmes producteurs que Shrek et En route !, deux dessins animés supposés, donc, faire référence. Pourtant, l'opus du jour ne me semble pas pouvoir leur être comparé. Le marketing a ses raisons. Pour ma part, je préfère parler cinéma...

Premier constat d'ordre général: Destination Pékin m'a bien plu. Avant d'entrer dans la salle, je m'attendais à voir un dessin animé plutôt simple, c'est-à-dire sans grande ambition, mais sans esbroufe. Bingo ! L'idée de choisir comme personnage principal un jars frimeur n'est pas spécialement originale, d'autant qu'il s'agit de montrer comment, après avoir raté la migration des oies, il fait le voyage avec deux canetons incapables de voler, affronte mille prédateurs possibles, sympathise avec d'autres animaux et s'en sort finalement sans la moindre égratignure. Du déjà vu, oui, mais ça reste sympa ! Surtout quand, comme ici, tout est vraiment (très) beau à regarder...

Avez-vous comme moi l'impression que les sorties ciné de juillet-août sont de plus en plus réservées aux blockbusters et dessins animés ? Aux États-Unis, et malgré ses facettes chinoises, Destination Pékin est apparu comme un film si ordinaire qu'il n'a même pas été diffusé autrement que sur la plateforme VOD Netflix, si je ne me trompe pas. Oui et alors ? Rien. Je suis juste content de l'avoir vu sur grand écran.

Destination Pékin
Film américano-chinois de Christopher Jenkins (2018)

Pas grand chose à dire de plus sur le sujet. Même si ce dessin animé manque d'originalité, je pense que nous avons également un intérêt majeur à encourager les petits studios... et la diversité du cinéma. Bien sûr, quand Pixar nous offre un Coco ou un Vice-versa, à la fin d'une année ou au milieu d'un millésime, trouver mieux paraît ardu. Ce qui est tout sauf une raison de ne pas profiter des petits plaisirs...

lundi 10 septembre 2018

Les regrets aussi

Les meilleures choses ont une fin. Habitués à travailler ensemble avant et pendant la guerre, l'un à la réalisation, l'autre au scénario, Marcel Carné et Jacques Prévert se retrouvent une toute dernière fois juste après, en 1946, pour un très beau film: Les portes de la nuit. Cet opus serait en fait le dernier représentant du réalisme poétique...

Selon le Larousse des genres et mouvements au cinéma, cet oxymore est d'abord apparu dans les écrits de la critique littéraire. Appliquée ensuite au septième art, l'intention maîtresse du réalisme poétique consiste en une description sensible de personnages issus des classes sociales défavorisées, souvent accablés par un destin contraire. Description toutefois complétée par la démonstration assez explicite de leurs sentiments exacerbés, d'amour et/ou de haine mélangés. Tout cela se retrouve dans Les portes de la nuit, qui s'inspire justement du climat social de la fin de l'hiver 1944-45 pour inventer un drame édifiant et intemporel. Le public de l'époque n'a pas suivi...

Il faut dire que Carné et Prévert ne le ménagent pas franchement ! Reconstruit en studio par Alexandre Trauner, le Paris enfin libéré affiche son côté sombre. La guerre n'est pas terminée et l'héritage pétainiste est donc encore loin d'être soldé. Aux vrais personnages positifs, le film oppose vite des âmes perdues et quelques affreux collaborationnistes, dont la seule motivation personnelle un peu solide reste de passer entre les gouttes des futurs règlements de compte. Les honnêtes gens peuvent-ils simplement s'aimer dans ce contexte ? Pas sûr. La réponse que donne le film n'est pas des plus optimistes. L'idéal serait alors que vous en jugiez par vous-mêmes, à mon avis...

Le duo d'artistes derrière la caméra avait-il en fait un message particulier à faire passer ? Je n'ai pas d'opinion définitive sur le sujet. La question reste posée pour Prévert, connu pour ses engagements politiques, à l'opposé de la France de Vichy. Pour Carné, les choses sont différentes, d'après ce que j'ai pu comprendre. "Ce qui m'attrista le plus, ce fut de voir que le film, dès sa sortie, prit une couleur politique, dit-il un jour à propos de ce film, Les portes de la nuit. Personnellement, je n'avais nullement cherché à la mettre". Qu'importe, au fond: à mes yeux, la puissance émotionnelle du film désamorce toute polémique, d'autant que nous avons 72 ans de recul !

Je vous donnerai donc un conseil: oubliez un instant son apparence réaliste et laissez libre cours à l'aspect poétique de ce long-métrage ! Ses formidables acteurs vous y invitent. Appelés aux premiers rôles après le refus du couple Marlene Dietrich/Jean Gabin, Nathalie Nattier et Yves Montand, le duo d'amoureux, n'ont pourtant que 22 et 25 ans. Serge Reggiani, 24 printemps, est superbe, lui aussi, en incarnation tourmentée du mal absolu. Et que dire alors des cadors ? Jean Vilar ! L'idée de lui faire incarner le Destin tient de l'inspiration géniale. Derrière ? Pierre Brasseur, Julien Carette et d'autres: tous excellents. On ne fait plus de films comme celui-là ? C'est logique et dommage...

Les portes de la nuit
Film français de Marcel Carné (1946)

Politique ou non, ce film m'a donc fait une très forte impression. Maintenant, si vous êtes davantage intéressés par l'histoire d'amour qu'il raconte, je vous conseille d'autres Carné d'ores et déjà présents sur le blog, dont mon préféré: Le jour se lève. Les cinéphiles portés sur une réflexion historique, eux, verront utilement un film allemand sorti juste la même année: Les assassins sont parmi nous. Glaçant !

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À noter également...
 

Le film sublime aussi une chanson devenue légendaire: Les feuilles mortes (paroles de Jacques Prévert sur la musique de Joseph Kosma). Séduits ? Une page Wikipédia vous en dit davantage sur son histoire.

S'il vous reste un peu de temps et d'envie...

Je vous suggère d'aller lire aussi la chronique de "L'oeil sur l'écran". Légèrement plus explicite sur le fond, elle livre aussi quelques infos supplémentaires sur la forme. Vous en savez plus ? Je suis tout ouïe !

dimanche 9 septembre 2018

Le retour des héros

Prendre les mêmes et recommencer: l'éternel phénomène des suites semble parfois être un frein à l'imagination des meilleurs réalisateurs. Volontairement ou non, certains passent la main à un autre cinéaste pour donner une nouvelle vie à leurs personnages (et univers) cultes. Brad Bird, lui, a mis quatorze ans à concocter Les indestructibles 2 !

Bon... ce n'est pas si simple. Scénariste et réalisateur, l'Américain s'est engagé dans divers projets après l'épisode de 2004, en rappelant d'ailleurs par la même occasion qu'il peut aussi porter les casquettes de producteur et de doubleur ! Qu'il ait voulu réunir la famille Parr dans un nouvel opus n'augure rien de la suite donnée à sa carrière. Pixar, le studio, pourrait vouloir lui préférer d'autres protagonistes...

En attendant d'en avoir le coeur net, je vous dirais que je n'ai rien vu de honteux dans Les indestructibles 2. En qualité de divertissement estival, le film tient parfaitement la route. Il reprend l'idée première du premier volet: montrer que les super-héros sont aussi des gens ordinaires et que sauver le monde n'est pas nécessairement possible sans dommages collatéraux. Détail: au caractère trépidant des scènes d'action, j'ai bien souvent préféré l'humour des séquences familiales. Une mention spéciale pour les péripéties autour du bébé. À se tordre !

Sur le plan formel, bien sûr, tout est nickel chrome. J'ai fait l'impasse sur une possible comparaison entre les techniques d'animation d'hier et celles d'aujourd'hui: je suis en fait déjà convaincu des progrès réalisés, mais ce n'est ce qui m'a attiré vers le film, à vrai dire. Objectivement, on se retrouve ici en territoire connu, voire balisé. Aucune réelle surprise devant ce travail soigné et très "oscarisable"...

Les indestructibles 2
Film américain de Brad Bird (2018)

J'en suis sûr désormais: je préfère largement les super-héros animés à leurs homologues de chair et d'os. Les gardiens de la galaxie restent la seule vraie exception à la règle de mon manque d'intérêt pour les récits Marvel, DC Comics et consorts, dès lors qu'ils brillent autrement qu'en dessins. Et je reconnais que, chez Pixar, je préfère d'autres "pépites": Coco, Ratatouille, Wall-e, Le monde de Némo...

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Une chose à ne pas oublier...
Pixar produit également de très bons courts-métrages: j'en reparlerai. Bao, le tout dernier, est parfois projeté avant Les indestructibles 2 !

Et pour être tout à fait complet...

Il me faut aussi vous dire que le film a plutôt plu à Pascale et Dasola.

samedi 8 septembre 2018

Dangereuse ?

Vous connaissez Vimala Pons ? Initialement lancée par Albert Dupontel en 2006, cette jeune actrice (32 ans) est l'un des "nouveaux visages" du cinéma français. En dehors des sentiers battus, elle est apparue dans treize films ces cinq dernières années ! Je parlerai aujourd'hui de l'un de ceux où elle tient le premier rôle: Marie et les naufragés...

L'histoire démarre quand Siméon (Pierre Rochefort, fils de Jean) découvre un portefeuille appartenant à Marie. Le jeune papa célibataire, journaliste au chômage, se dit alors qu'entrer en contact avec la jeune femme est le meilleur moyen de lui rendre son bien. Pourtant, quand il compose le numéro qu'il a récupéré, il tombe d'abord sur un autre homme, Antoine (Eric Cantona), qui le prévient que la jolie étourdie... est dangereuse ! Ce qui n'empêche pas Siméon d'organiser une rencontre et, du fait de la brièveté de celle-ci, d'imaginer qu'il peut ensuite suivre - espionner ? - son coup de coeur pour, peut-être, s'immiscer un peu dans sa vie. Je veux souligner sans plus attendre que Marie et les naufragés est un drôle de film. J'ignore s'il vous plaira, mais il pourrait certainement vous dérouter...

Au-delà des dialogues et des situations, chaque personnage individuel s'adresse directement aux spectateurs pour raconter son histoire propre. Événements ordinaires et faits insolites se mélangent ainsi pour composer un récit hybride, sans forcément qu'il y ait une ligne narrative forte. D'après ce que j'ai pu lire, c'est justement ce ton atypique qui a plu à certain(e)s d'entre vous, ainsi qu'à une partie significative de la presse spécialisée. Moi ? Je suis passé à côté. Rien de grave, rassurez-vous: j'ai vu bien pire ! Je dois admettre toutefois que Marie et les naufragés ne m'a pas plu autant que je l'espérais. Qu'est-ce qui a donc cloché ? Je n'arrive pas à le savoir exactement. Peut-être le fait que l'étrangeté du film ne mène pas à grand-chose. C'est un peu cruel exprimé ainsi, mais je ne vois rien d'autre à dire...

Marie et les naufragés
Film français de Sébastien Betbeder (2016)

Bref... une notation un peu sévère, de fait, pour un OVNI de cinéma. Si vous vous laissez tenter, je tiens à vous dire que le réalisateur devrait proposer un nouvel opus d'ici la fin 2018 (Ulysse et Mona). J'ai lu du bien sur deux films antérieurs: 2 automnes 3 hivers (2013) et Le voyage au Groenland (2016). Avec Vimala Pons, je conseille également la (re)découverte du curieux Vincent n'a pas d'écailles... 

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Et maintenant, tout de même, une précision...

Soyez-en sûrs: peu vu, le film a quelques arguments pour plaire. Sentinelle et Laurent auront peut-être les mots pour vous convaincre !

jeudi 6 septembre 2018

10 + 1

Onze... le chiffre évoque plutôt le football, mais c'est un fait incontestable: voilà onze années que Mille et une bobines existe ! Ceux qui me connaissent s'en étonneront sans doute: c'est un samedi matin, à 8h30, que j'ai trouvé le sujet de cette chronique spéciale. Plutôt qu'une vague rétro, j'évoquerai les origines de ma cinéphilie...

Je l'ai déjà indiqué: c'est après avoir eu à rédiger de mini-critiques dans un hebdo que j'ai décidé de commencer à tenir ce blog. Je crois toutefois que la première graine de ma passion désormais compulsive pour le cinéma remonte à l'enfance et à une émission-culte de la télé des années 80: La dernière séance, de Monsieur Eddy Mitchell. Aujourd'hui, je ne me souviens certes pas de combien des 192 soirées programmées entre 1982 et 1998 j'ai pu regarder, mais je sais bien que mon amour - fondateur - des westerns trouve ici sa source. Désormais, je ne suis pas fou de la petite lucarne, mais je la regarde régulièrement - et surtout pour des films. Non, on ne se refait pas...

Quitte à être maniaque, autant être précis: en plus du blog, je tiens un tableau Excel de tous les films que je vois au fil des années. Considérez-vous comme moi qu'il faut 52 semaines pour faire un an ? Si c'est bien le cas, je peux vous dire que c'est "seulement" en 2011 que, pour la première fois, je me suis rendu au cinéma plus d'une fois par semaine (avec un total de 53 séances en salles cette année-là). Depuis, après un très léger retrait en 2012, j'ai allégrement explosé les compteurs et atteint 78 projections l'an passé. Un chiffre-record qui pourrait être battu fin décembre, si je maintiens le rythme actuel. Autant le dire tout net: pour moi, la salle demeure in-con-tour-nable !

En complément, j'ai bien sûr une importante collection de films personnels, visibles sur divers supports. J'ai juste arrêté d'acheter des DVDs, le temps de visionner tous ceux qui prennent la poussière sur mon étagère. Ouf ! J'ai su sagement rester à l'écart des Blu-ray. Parfois, l'envie me vient de faire un peu de tri, pour sortir de la pile les films que j'ai déjà vus et qui me semblent les moins intéressants. Un jour, peut-être... en attendant, les seuls opus qui rejoignent ceux que je possède viennent de cadeaux ou de filmographies étrangères rares, au gré de mes voyages - les derniers sont tchèques, du coup. Vous l'aurez compris: mes préférences vont toujours... à l'éclectisme !

Des DVDs, il arrive également que l'on m'en prête. C'est assez rare. Compte tenu du volume de ma collection, je suis peu demandeur. Parfois, quand un(e) ami(e) à moi parle d'un film-culte, ma curiosité m'incite évidemment à lui demander s'il est possible de lui emprunter. D'ici quelques jours, je pense également m'abonner à la bibliothèque dont je vous ai parlé à quelques occasions: un prêté pour un rendu. D'envergure régionale, la structure dispose de fait d'une filmothèque conséquente, qui est proposée pour des emprunts et des consultations sur place. Mes interventions là-bas visent aussi à la faire connaître. Pour le curieux que je suis, elle a tout l'air... de la caverne d'Ali Baba.

Quand je ne regarde pas un film, j'entretiens aussi ma cinéphilie quotidienne par la lecture. J'ai quelques ouvrages spécialisés et livres adaptés à l'écran et suis resté fidèle au magazine Studio Ciné Live depuis le premier numéro... tant qu'il a existé. Son orientation éditoriale un peu people complétait idéalement les aspects "pointus" de Cahiers du cinéma, que je continue d'acheter de temps à autre. Aujourd'hui, l'état de la presse en général et des journaux consacrés au septième art me désole. Notable exception: les Fiches du cinéma. J'ai quelques-uns des bouquins que l'association a édités et, au mois d'avril, attends vivement le fameux Annuel. C'est une véritable bible !

Et puis, bien évidemment, il y a les sites Internet... et les v/blogs. Désormais discret sur le forum DVDAttitude, j'observe (de loin) celui de DVDClassik, en quête de nouveaux avis et références méconnus. Sans y intervenir, il m'arrive aussi de faire un saut sur des pages intéressantes, parmi lesquelles celles écrites par Bertrand Tavernier, Shangols ou Olivier Père, programmateur d'Arte. Je crois toutefois que c'est chez mes lecteurs que je me sens le plus à l'aise. Le retrait de ChonchonAelezig fait que je me contente désormais de lire celles et ceux d'entre vous que je cite parfois, à savoir: Pascale, Dasola, Tina, Sentinelle, Ideyvonne, Lutetia, Laurent, 2flics, Princécranoir, Strum, Eeguab, Benjamin et Lui. J'en profite: merci de votre fidélité ! L'anniversaire que je veux fêter aujourd'hui est aussi un peu le vôtre.

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Et désormais, la parole vous est rendue...

Plus que jamais ouvert à vos remarques, je suis également curieux d'en savoir plus sur les territoires de vos cinéphilies. Je vous écoute !