mardi 11 juin 2024

Les bons copains

Tom, Viv et Max sont au collège dans une petite ville des Ardennes. Copains, ils ont fait d'un conteneur abandonné le point de rendez-vous secret qu'ils rejoignent pour s'amuser à l'abri du regard des grands. Leur espoir estival: pouvoir partir ensemble en colonie de vacances. Les garçons ont leur petite "combine" pour réunir l'argent nécessaire !

Premier long d'un réalisateur trentenaire, Les trois fantastiques apparaît vite comme un drame social... qu'il n'est pas tout de suite. C'est vrai: dans l'entourage des ados, on parle de déclassement économique, l'usine qui emploie la plupart des adultes devant fermer. Le scénario nous invite cependant à nous approprier un moment heureux: celui où Max retrouve Séb, son grand frère, sorti de prison. La question est alors: s'est-il amendé ou bien y retournera-t-il illico après avoir outrepassé les règles établies pour sa remise en liberté ? Évidemment, je ne vais pas vous le révéler dans cette chronique ! Juste un indice: la caméra va continuer de suivre les pas des amis qu'elle nous a présentés. L'occasion de découvrir trois jeunes acteurs épatants de précocité - Jean Devie, Benjamin Tellier et Diego Murgia.

Le casting a duré des mois, paraît-il, avant une autre longue phase préparatoire avec le trio réuni. Tout ce travail n'a donc pas été vain. Les gamins sont aussi à l'aise devant la caméra que leurs partenaires plus expérimentés, cantonnés à des rôles décisifs, mais secondaires. Parmi eux, je tiens à citer Emmanuelle Bercot, très juste en mère déprimée: je l'ai trouvée efficace dans la sobriété, pour une fois. L'incontournable Raphaël Quenard, lui aussi, nous offre une prestation intéressante, dans un registre moins grandiloquent qu'à l'accoutumée. Film de fiction, Les trois fantastiques n'en apparaît que plus crédible. Difficile alors de ne pas s'attacher à ces protagonistes qu'un destin tragique pourrait finir par rattraper: le récit suggère de fait la fin d'une époque, tout en laissant une petite porte ouverte qui permettra à chacun d'en décider, selon son ressenti et ses convictions propres. Bref... je vous laisse juger par vous-mêmes. Si le coeur vous en dit...

Les trois fantastiques
Film français de Michaël Dichter (2024)

Je vous dirais bien que ce film rappelle Stand by me, mais le souci est que je n'ai pas revu le classique de Rob Reiner depuis des lustres. Résultat: je peine à établir une autre comparaison dans la catégorie des longs-métrages de cinéma consacrés aux ados. Mud ? Pas mal. Paranoid Park ? Très bien aussi, dans un registre certes plus sombre. On est loin, bien loin, des préoccupations du fameux Breakfast Club !

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Pour conclure, je vous encourage à aller voir ailleurs...

Oui: je vous redis que Pascale et Dasola sont toujours de bon conseil.

lundi 10 juin 2024

Il rêve d'Acapulco...

"Vendre beaucoup de disques ne veut pas dire que vous êtes bon. Regardez Phil Collins !". Cette vacherie signée Noel Gallagher (Oasis) ne surprendra guère que celles et ceux qui croient encore que le rock adoucit les moeurs. Et elle néglige la carrière cinéma de sa cible ! Ouais, vous avez bien lu: l'ex-batteur de Genesis a aussi été acteur...

Il est vrai qu'il n'apparaît tout au plus que dans une dizaine de films. Mais, dans le lot, il y a Buster, où il tient bel et bien le rôle principal. Son personnage, Buster Edwards, est un petit voleur sans envergure dans le Londres de 1963. Son rêve: partir vivre loin de la grisaille anglaise, en embarquant sa femme et sa fille du côté d'Acapulco. Notre ami ne croit pas que ce soit impossible, d'autant que sa bande et lui sont parvenus à cambrioler un convoi ferroviaire de la Poste britannique. Je vous laisse découvrir les péripéties qui s'ensuivront. J'avoue: je n'avais jamais entendu parler de ce film avant sa diffusion et sa - longue - mise à disposition sur la plateforme Internet d'Arte. Vous l'avez raté ? Ce n'est pas grave: il n'a rien d'un incontournable. Les amateurs du chanteur pourront noter que deux de ses titres figurent dans la B.O. (à savoir A Groovy Kind of Love et Two Hearts). Reste pour les autres à apprécier l'aspect old school de la production !

Buster
Film britannique de David Green (1988)

Je ne regrette pas de l'avoir regardé, mais je crains de vite l'oublier. Tel est le lot de ces petits films sans grande ambition. Il faut dire qu'au cinéma, les histoires de braqueurs sont légion. Je vous suggère de revoir Bandits, si vous n'avez pas envie de remonter trop loin. J'ajoute que, si votre plaisir est déjà sur les rails, La grande attaque du train d'or pourrait mieux vous convenir. Ou encore The grey fox !

dimanche 9 juin 2024

Au prix d'un cri

Arriverai-je un beau jour à décrypter le mystère Quentin Dupieux ? Coqueluche d'un public aventureux, celui qui est aussi producteur musical en est désormais à treize long-métrages en dix-sept ans. Surprise: jamais aucun de ses films n'a atteint les 500.000 entrées. Réalité, lui, n'a attiré que 84.641 spectateurs en salles ! Petit score...

D'autres ont fait mieux, mais je m'étais imaginé qu'avec Alain Chabat en tête d'affiche, cet opus aurait rencontré un succès plus important. Relativisons: c'est vrai qu'il faut aussi oser se risquer dans cet univers foldingue qu'est celui de l'artiste découvert sous le nom de Mr. Oizo. Cette fois, il nous embarque dans le sillage de Jason Tantra, cadreur pour une émission culinaire sur une chaîne américaine. Son ambition véritable: tourner un film d'horreur avec des postes de télé tueurs. Impossible ? Non, car un producteur se dit prêt à financer le projet. Unique condition: que le futur réalisateur fournisse le gémissement parfait pour accompagner les images de ses personnages à l'agonie. Sur cette base, Dupieux invente un univers aux contours incertains que fréquentent une petite fille, son père chasseur et un sanglier mangeur de cassettes VHS. On n'y comprend rien, mais c'est le but. Ou disons que je le suppose: ce cinéma reste franchement déroutant !

Réalité
Film français de Quentin Dupieux (2015)

Absurde ? Déjanté ? Surréaliste ? Le mot juste m'échappe encore. Même le titre est trompeur: il s'agit en fait du prénom de la fillette aperçue dans le film (et qui est peut-être bien son héroïne secrète). Inutile de chercher à comprendre, je crois: ce type de film nébuleux demande à  être ressenti plutôt qu'analysé et ce malgré les références de son auteur, à l'oeuvre dès Rubber. Bon, j'y reviendrai sûrement...

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Avant cela, d'autres avis vous intéressent ?

Très bien. Je vous propose donc de lire ceux de Pascale et Benjamin. Celui de "L'oeil sur l'écran" est également disponible, publié il y a peu.

samedi 8 juin 2024

Une combattante

Il est de notoriété publique que l'hôpital public français va (très) mal. Documentariste expérimenté, Sébastien Lifshitz a posé ses caméras dans un service d'oncologie, à Marseille Nord, pour aborder ce sujet sensible via le regard d'une cheffe infirmière bientôt à la retraite. Sylvie a totalisé vingt ans de service - trois fois plus que la moyenne !

Madame Hofmann
a ceci de particulier - et d'efficace - qu'il appuie son propos sur un long témoignage, mais aussi qu'il s'échappe parfois de la structure de soins pour filmer aussi la vie de son "héroïne". D'ailleurs, je crois bien que c'est ce que j'ai préféré: ce regard porté sur tout ce qui peut faire le quotidien d'une femme française en 2024. Évidemment, son travail y prend beaucoup de place, le lâcher-prise n'étant pour elle qu'une notion abstraite ou une chance inaccessible. Jamais, pourtant, Sylvie n'ose se plaindre ! Pragmatique avant tout...

Cela étant, ce qu'on apprend de sa santé, de son combat permanent pour celle de sa mère ou de ses inquiétudes - passées - pour sa fille aurait tôt fait de miner le moral d'autres anonymes, ainsi fragilisés. Ce film nous permet donc de faire une belle rencontre. La démarche de Sébastien Lifshitz me semble fort louable, même si, en l'absence de toute voix off, son travail est parfois un peu trop hagiographique. Je lui laisse la conclusion: "La meilleure façon de prendre conscience de la réalité de toutes ces vies, c’était d'en choisir une". Pas mieux...

Madame Hofmann
Documentaire français de Sébastien Lifschitz (2024)

Une heure trois quarts de la vie d'une femme: c'est assez instructif. Impossible de ne pas reconnaître quelques situations et/ou visages familiers parmi ce qui nous est présenté: le reste est affaire de goût. Ce film n'était pas à mon agenda jusqu'à ce que ma mère propose d'aller le voir. Pour autant, ce n'est pas le seul documentaire du blog ! À voir: Makala, À la recherche de Vivian Maier, Une joie secrète...

jeudi 6 juin 2024

L'amour d'une femme

Un toit, quelques arpents de terre, une famille: le rêve américain repose sur des choses simples. Certains ont jadis abandonné l'Europe avec l'espoir de construire une toute nouvelle vie et l'ont concrétisé. D'autres, à jamais coupés de leurs origines, ont renoncé au bonheur. Une notion dont parle explicitement... la Constitution des États-Unis !

En s'inspirant des lectures d'enfance de sa mère, Viggo Mortensen nous emmène au Nevada, vers l'année 1860. Dans un environnement que le cinéma n'a jamais cessé de sublimer, il campe un immigrant danois solitaire, installé dans une maison nichée au fond d'un canyon. Quand une femme lui demande ce qu'il y fait, il répond de manière laconique, mais non sans franchise: "Le moins de choses possible". Tout va alors changer grâce à sa rencontre avec Vivienne Le Coudy. Entre cette Québécoise et Holger Olsen, l'entente est immédiate. L'amour, lui, naîtra de l'harmonie de deux caractères bien trempés. Tout ce qui semblait improbable apparaîtra comme une évidence. Résultat: Jusqu'au bout du monde est beaucoup plus qu'un western. Et d'emblée, l'un des plus beaux films que j'ai découverts récemment !

Sans délai, il me faut dire que, dans le premier (et quasi-unique) rôle féminin, Vicky Krieps illumine à nouveau l'écran de tout son talent. L'actrice luxembourgeoise est désormais installée dans mon Panthéon cinématographique et je ne vois pas de raison de l'en déloger bientôt. Quelques critiques estiment qu'ici, derrière son visage de femme déterminée, elle cache une fragilité peu compatible avec les valeurs émergentes du féminisme contemporain. Ah ? OK... moi, ça me va. Jusqu'au bout du monde s'articule tout entier autour du personnage de Vivienne Le Coudy, ce qui s'avère déjà remarquable à mes yeux. Celui de Holger Olsen - et, dès lors, Viggo Mortensen lui-même - apparaît presque au deuxième plan. Personnellement, je m'en réjouis et reste lucide: à l'Ouest, les hommes ont souvent régné en maîtres...

Les originalités de ce film doivent-elles être reliées à sa nationalité ? Peut-être. Vous retiendrez en tout cas que le film n'a pas été tourné aux États-Unis, mais principalement au Mexique et un peu au Canada. Il est donc considéré comme à la fois mexicain, canadien et danois. Ce qui ne l'empêche évidemment pas d'être d'une beauté sidérante ! "Nous étions dans un cadre primitif", a ainsi confié le chef-opérateur. Rien de très dépaysant pour les fidèles du grand cinéma hollywoodien de l'âge d'or: les fantômes des cinéastes des décennies 1940 et 1950 ne trouveraient sûrement rien à reprocher à ces images d'aujourd'hui. Retenons donc quelques noms: Marcel Zyskind à la photo, Carol Spier et Jason Clarke aux décors, Anne Dixon aux costumes, par exemple. Jusqu'au bout du monde doit aussi beaucoup à ces technicien(ne)s !

Pour porter son projet artistique, Viggo Mortensen, acteur, n'a assuré "que" les postes de producteur, réalisateur, scénariste et compositeur de la bande-originale... en jouant lui-même de quelques instruments. J'ai été bien triste d'apprendre qu'après deux semaines d'exploitation dans les salles, il n'avait pu y attirer qu'à peine 115.000 spectateurs. Si vous en avez encore l'occasion, allez voir le film sur un écran XXL ! Comme je l'ai dit pour d'autres, il a été conçu pour cela et les regrets que vous auriez si vous le ratez en salles ne vous serviraient à rien. Je tiens à le confirmer: même un amateur de westerns classiques peut largement prendre du plaisir devant Jusqu'au bout du monde. Beaucoup des archétypes propres au genre sont en effet respectés. Vous ne devriez donc pas avoir à regretter d'avoir osé un tel voyage...

Jusqu'au bout du monde
Film canado-mexicano-danois de Viggo Mortensen (2024)

"John Ford et Howard Hawks adoreraient ce film": le problème insoluble, c'est qu'ils sont morts - ce que l'affichiste feint d'ignorer. Moi, je ferais plutôt le lien avec Impitoyable (Clint Eastwood / 1992). En notant que le western, quant à lui, est sans aucun doute immortel. Pour y trouver des femmes fortes, je recommande La dernière piste et The homesman. Ou bien Johnny Guitare au rayon cinéma vintage.

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Et si vous voulez prolonger le plaisir de ce film rare...

Je vous suggère la lecture des chroniques de Pascale et Princécranoir.

mardi 4 juin 2024

De vie ou de mort

La terrible guerre qui oppose aujourd'hui, à Gaza, Israël au Hamas n'avait pas commencé lorsque Le déserteur est sorti sur les écrans. De son second opus, Dani Rosenberg dit qu'il "s'est écrasé sur le mur de la réalité". Il indique aussi qu'il est né de ses propres angoisses. J'y ai vu l'un des films les plus intenses de ce premier semestre 2024 !

Shlomi est un simple soldat de l'armée d'Israël, âgé d'une vingtaine d'années. Nous le découvrons endormi, aux côtés de ses camarades. Quand un officier réveille tout le monde, le jeune homme remarque que personne ne lui prête alors attention et en profite pour s'éclipser. Son objectif ? Retrouver Shiri, la fille qu'il aime. Il est clair que Shlomi garde en lui une forme d'insouciance adolescente liée au sentiment amoureux et ne mesure pas vraiment les conséquences de son acte. C'est en le suivant pas à pas au cours d'une (longue) journée décisive que nous en prendrons acte avec lui - la fiction rejoignant la réalité dont nous parlent actuellement les médias présents au Moyen-Orient. Le déserteur a l'immense mérite de ne rien céder au manichéisme. Même s'il adopte un point de vue, il n'en fait pas un propos univoque centré sur la perception d'une seule des communautés et parties prenantes au conflit. L'absurdité de la situation est aussitôt établie...

J'ai apprécié que le récit nous plonge immédiatement dans la guerre et nous rappelle également que, pendant que des hommes se battent pour leur terre, d'autres mènent une existence presque ordinaire. Sachez-le: il y a aussi une part d'autobiographie dans ce film puissant. Dani Rosenberg l'admet, mais souligne qu'après avoir fui son unité combattante, il avait pris peur et était donc retourné à sa base militaire... où personne ne s'était visiblement aperçu de son absence. L'oeuvre qu'il a créée à partir de cet épisode de sa propre expérience est à mes yeux un hymne à la jeunesse, quel que soit le contexte politique - ou le camp - dans lequel certains ont tôt fait de l'enfermer. J'ajoute qu'en plus d'un bon scénario sublimé par une mise en scène au cordeau, Le déserteur profite aussi des prestations remarquables des actrices et acteurs choisis pour ces rôles souvent complexes. Celui qui incarne le rôle-titre, Ido Tako, nous offre une prestation majuscule: j'espère donc voir d'autres de ses films sortir en France. Si, en prime, ils délivrent un message pacifiste, je dirais tant mieux !

Le déserteur
Film israélien de Dani Rosenberg (2023)

Oui, ce garçon qui court pour échapper à l'atrocité d'un monde étroit m'a beaucoup touché: puisse-t-il également en émouvoir d'autres ! Dans un registre somme toute similaire, j'ai pensé à un film algérien découvert il y a quelques années: Le repenti, de Merzak Allouache. Plus récemment, Nezouh est un autre de ces grands longs-métrages qui montrent la guerre pour ce qu'elle est vraiment: une pure atrocité.

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Il semble que le film n'a fait qu'une sortie discrète...

Vous pourrez toutefois voir que Pascale l'a beaucoup aimé, elle aussi.

lundi 3 juin 2024

Rire (un peu) jaune

Est-ce donc cela, s'ennuyer à mourir ? Milliardaire, Arthur Lempereur s'est tellement convaincu de ne plus avoir la moindre petite chose intéressante à accomplir qu'il n'envisage rien, sinon de se suicider. Manque de chance: toutes ses tentatives ont été un échec complet. Peut-être que son meilleur ami pourrait alors... lui prêter main-forte !

Adaptation (libre) du roman éponyme de Jules Verne, Les tribulations d'un Chinois en Chine est un drôle de film d'aventures "à l'ancienne". C'est parce qu'il est soudain menacé d'une mort rapide que son héros reprend goût à la vie et parcourt le monde pour échapper aux tueurs lâchés à ses trousses. Et séduire une jolie blonde croisée en chemin ! Je vous passe les détails: le duo Jean-Paul Belmondo / Jean Rochefort s'est probablement beaucoup amusé pendant le tournage, orchestré par leur ami Philippe de Broca entre Népal, Hong Kong et Malaisie. L'histoire ne dit pas si c'est avant ou pendant ce périple sur pellicule que Bébel et la Suissesse Ursula Andress, choisie pour le premier rôle féminin, ont commencé à se fréquenter hors des plateaux de cinéma. Qu'importe: l'anecdote people n'a finalement que peu d'importance. Seul compte le plaisir - légèrement coupable ? - pris grâce à ce récit d'il y a bientôt soixante ans. C'était hier ou avant-hier, au maximum !

Les tribulations d'un Chinois en Chine
Film français de Philippe de Broca (1965)

Le bouquin remonte à 1879... et je vous avoue que je ne l'ai pas lu. Confidence pour confidence, il paraît que Philippe de Broca lui-même n'était pas satisfait de cette relecture filmée du classique littéraire d'abord publié sous la forme d'un feuilleton dans le grand quotidien parisien Le Temps (lui-même édité d'avril 1861 à novembre 1942). Moi ? Comme lui sûrement, j'ai préféré Cartouche et Le magnifique !

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Et si vous voulez avoir un autre avis...

Je vous renvoie vers "L'oeil sur l'écran" - qui parle (aïe !) de lassitude.

dimanche 2 juin 2024

Une perspective européenne

Vous le savez sans doute: dans pile une semaine, nous serons invités à élire nos représentants au Parlement européen. Et, dans mon billet publié vendredi, j'ai évoqué un territoire d'Europe plutôt méconnu. Cela m'a donné envie de lister les pays de notre cher vieux continent dont je n'ai encore vu aucun film. Nous pourrons bien sûr en reparler !

Parmi les 27 de l'Union européenne, je "snobe" encore...

- la Bulgarie,
- l'Estonie,
- la Lettonie,
- Malte,
- la République tchèque,
- la Slovaquie,
- la Slovénie.

Et par ailleurs, en Europe, j'ai "zappé" les longs-métrages...
- de l'Albanie,
- d'Andorre,
- du Bélarus,
- de la Bosnie-Herégovine,
- du Liechtenstein,
- de la Moldavie,
- de Monaco,
- du Monténégro,
- de Saint-Marin,
- de la Slovénie,
- du Vatican.

Bon... pour tout dire, je ne suis pas persuadé qu'il existe de film andorran, saint-marinais ou bien vaticanais. Mais je n'ai pas vérifié ! J'ai eu écho de deux-trois films bulgares, ainsi que d'un long-métrage monégasque, sans prendre le temps de les voir ou en avoir l'occasion.

Et vous, mes chères lectrices et mes chers lecteurs, quel regard portez-vous sur le cinéma européen ? Avez-vous des pays "exotiques" à citer parmi vos découvertes cinéma (récentes ou plus anciennes) ? NB: ma question pourrait également nous conduire... loin de l'Europe.

vendredi 31 mai 2024

Lichens et mystères

Vous cherchez les Cornouailles ? Ce territoire est très facile à trouver. Sur la carte du Royaume-Uni, il se situe à l'extrême sud-ouest, bordé par la Manche et l'Atlantique. Film récent, Enys Men nous y conduit. Son titre signifie L'île de pierre dans la langue locale - le cornique. Pas convaincu que les géographes l'aient répertoriée sous ce nom-là...

Peu importe: Enys Men - le film - nous propose un voyage très loin des sentiers battus et nous ramène au printemps 1973. Une femme s'est installée au beau milieu de nulle part pour mener un travail répétitif: l'observation de quelques fleurs blanches poussées en haut d'une falaise et le relevé de la température extérieure, à heure fixe. Chaque jour, cette même femme ajoute à une ligne à un journal qu'elle tient assidument: "Pas de changement. Pas de changement. Pas de changement". Les dates défilent et se ressemblent toutes. Sauf que nous, spectateurs, observons des comportements étranges de la botaniste (exemple: elle ignore les appels radio qu'elle reçoit). Bientôt, d'autres personnages apparaissent et elle interagit parfois avec eux... mais pas toujours. Que se passe-t-il au juste ? Mystère. Autant vous le dire: le film pose beaucoup de questions et apporte peu de réponses. Une aubaine pour déployer notre imaginaire intime !

Certains critiques ont classé le film dans la catégorie "folk horror". Cette sous-catégorie du cinéma d'horreur s'amuse avec les croyances populaires, les cadres naturels et les rites folkloriques, dans le but d'instiller la peur à partir de ces éléments, plus ou moins familiers. Or, très franchement, Enys Men ne m'a jamais fait sursauter d'effroi. J'ai vu (et vraiment apprécié) ce que je peux appeler un bon film d'atmosphère. Petit à petit, j'ai échafaudé mes propres hypothèses pour interpréter à ma façon ce que le scénario n'expliquait pas. Accrochez-vous: pour moi, l'héroïne vit tout simplement à l'envers ! Ou disons plutôt à rebours du temps: jour après jour, elle revient dans le passé - SON passé. D'où les réminiscences de l'adolescente qu'elle était et l'effacement progressif des traces de son présent. D'accord, c'est peut-être tiré par les cheveux: libre à vous d'apporter d'autres réponses aux énigmes du film... ou de ne pas vous y frotter. Petite précision technique: cet opus a été filmé sur pellicule 16mm. Le grain des images les rend d'autant plus troublantes et hypnotiques.

Enys Men
Film britannique de Mark Jenkin (2023)

Le réalisateur indique être parti des images fortes qu'il avait en tête pour écrire un premier jet du scénario, "durant trois nuits fébriles". De ce film, il a aussi composé la musique et effectué le montage ! Résultat: une création singulière, que l'écran XXL du cinéma sublime. J'aimerais citer d'autres opus comparables, mais je n'en trouve pas. Cela dit, si vous avez des idées de votre côté, cela m'intéresse, oui...

mercredi 29 mai 2024

De la nature des hommes

Il est un peu trop tôt pour parler d'un regain de mon intérêt avéré pour le cinéma japonais, mais j'ai déjà vu davantage de films nippons depuis janvier qu'au cours de la totalité de l'année dernière. Aujourd'hui, je vais évoquer une sortie récente: Le mal n'existe pas. J'en avais entendu parler comme d'un drame sur un thème écologique.

La caméra nous permet d'abord de découvrir la vie de Takumi. Apparemment, cet homme vit avec sa fille dans un environnement naturel relativement préservé, à proximité immédiate d'une forêt. Certains ont dit que Le mal n'existe pas avait également des allures de conte - dont le titre pourrait tenir lieu de morale. Il paraît certain que le scénario vient rapidement opposer deux visions de la vie moderne: celle qui se confronte aux éléments extérieurs aux hommes et celle qui s'en préserve dans le coeur des grandes villes. L'apparition de personnages porteurs d'un projet de camping (de luxe) au milieu d'un espace protégé par d'autres invite à dessiner une fracture possible entre le bien et le mal. Gentils ruraux contre urbains animés de mauvaises intentions: de fait, j'ai trouvé cela un peu caricatural. Mais, heureusement, le récit avance en affinant le trait: le propos n'est pas aussi manichéen que j'avais pu le craindre de prime abord...

En prenant un peu de recul sur le sujet du film, j'ai apprécié sa beauté certaine - de celles qui, à l'évidence, invitent à la contemplation. Comme souvent les cinéastes japonais, le réalisateur prend le temps d'étirer quelques scènes cruciales et préfère ainsi nous "donner à voir" plutôt que d'enchaîner les plans sur un rythme soutenu (et confus). Parfois, c'est vrai, cela paraît un peu trop long à mes yeux d'Européen habitué à la frénésie des images cinéma et média en mouvement. D'ailleurs, en comparaison, la fin du film paraît presque abrupte ! Comme coupée de la réalité, elle m'a surpris par ce caractère énigmatique, voire onirique, que je n'avais pas vu venir. J'ai trouvé qu'elle renversait le sens du film et cela m'a paru... intéressant. Réussi ? Peut-être pas: Le mal n'existe pas est un peu trop radical pour me convenir tout à fait. Mais cela fait aussi son originalité ! Derrière sa superbe affiche se cache bel et bien une oeuvre unique. Rien que pour cela et malgré ses défauts, je dis qu'elle vaut le détour.

Le mal n'existe pas
Film japonais de Ryusuke Hamaguchi (2024)

Concret et allégorique. Poétique et terre-à-terre. Ce long-métrage complexe ne se laisse pas apprivoiser facilement et peut dérouter. J'ajoute qu'il m'est apparu des plus pessimistes dans ce qu'il dit aussi de la nature humaine et de notre relation avec l'environnement immédiat. Mon appréciation reste positive, même si sa sensibilité préfère d'autres films, tels que La forêt de Mogari ou Still the water.

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Pour aller un peu plus loin...

Un petit conseil: lire aussi les avis de Pascale, Princécranoir et Strum.