mercredi 18 mars 2026

Papa, t'es où ?

Le saviez-vous ? En France, disparaître est un droit pour les personnes majeures. Il est aussi possible aux proches de demander une enquête après une disparition inquiétante. Mais celui ou celle que la police retrouverait n'est nullement obligée de revenir ! Cette problématique intéressante est au centre d'un film récent: La fille d'Albino Rodrigue...

Librement inspiré d'une histoire vraie, son très bon scénario s'articule autour du personnage de Rosemay, 16 ans, que l'aide sociale à l'enfance a confiée à un couple, mais qui retourne auprès de sa famille biologique pour les vacances. Or, son père n'est pas venu la chercher à la gare. Rosemay se débrouille pour prendre seule le chemin de la maison familiale et finit par retrouver sa mère, visiblement bien peu aimante. "Ton père a fait une crise cardiaque. Il est à l'hôpital", lui indique-t-elle sans s'en émouvoir. C'est un mensonge que la plus jeune des femmes démasquera vite, mais sans pouvoir revoir ce père désormais absent. Elle croisera cependant son frère aîné, Manuel, tout aussi mystérieux. Je vous laisse découvrir la suite, inattendue. Elle devrait bien convenir aux amateurs d'intrigue resserrée: l'histoire ne dure qu'une petite heure et demie, mais maintient un suspense très appréciable, tout du long. Dans le rôle-titre, Galatéa Bellugi se montre résolue (et convaincante) !

La jeune comédienne n'est pas seule, bien sûr, et c'est le casting complet qui séduit avec - notamment - la regrettée Émilie Dequenne dans le rôle inversé de la mère inconséquente (un bel euphémisme...). Romane Bohringer et Samir Guesmi m'ont plu, eux aussi, en parents d'adoption, quelque part entre affection véritable et pragmatisme éducatif. Côté "révélations" ? Le pas-encore-trentenaire Matthieu Lucci et une petite gamine d'une douzaine d'années, Elsa Hivaert, au coeur tendre. Toutes et tous permettent de façonner un modèle de film hybride, entre enquête policière et étude sociale, le tout dans un cadre discret et évocateur, situé en Lorraine, autour de Metz - NB: la cinéaste visait le Rhône-Alpes et les faits réels ont eu lieu aux environs de Nice. J'ai l'impression que tout cela a été plutôt bien accueilli par la presse spécialisée, sans que le public suive: 15.457 entrées, c'est famélique ! J'espère pour l'équipe une seconde vie en supports numériques et VOD. Oui, ce serait très franchement mérité, toute considération marketing mise à part. Car c'est un échec - et je ne parviens pas à me l'expliquer...

La fille d'Albino Rodrigue
Film français de Christine Dory / 2023
Je tiens à insister: cet opus n'est pas seulement un thriller ordinaire. J'ai arrondi ma note spontanée pour témoigner de mon coup de coeur. Rien que pour le duo d'actrices en photo, cela mérite votre intérêt ! Dernièrement, c'est Un homme en fuite qui m'avait bien embarqué dans son histoire de disparition (d'un autre type, toutefois). Le cinéma français a de la ressource ! Et ailleurs ? Il y a Gone girl, côté américain. 

lundi 16 mars 2026

En toute indolence

D'aucuns la considèrent comme la plus grande réalisatrice américaine contemporaine: à 62 ans, Kelly Reichardt trace en tout cas un sillon singulier dans l'histoire de son pays au cinéma. Un pays en toile de fond de tous ses films, plutôt éloigné à présent de cette terre d'opportunités que le septième art a si souvent sublimée. Un pays ordinaire, en réalité.

Ordinaire, James Blaine "J.B." Mooney l'est aussi. Enfin, pas tout à fait. Je dirais plutôt que, s'il arrive à se distinguer, le principal protagoniste de The mastermind ne le fait pas positivement. Son parcours d'étudiant en art n'a pas abouti à un quelconque emploi et ses compétences supposées en menuiserie ne semblent pas davantage l'inciter à bosser. C'est Terri, sa femme, qui le fait pour quatre: le couple a deux enfants. Et pendant qu'elle est au bureau, J.B. échafaude un énième plan foireux pour voler des tableaux de maître au musée du coin, avec des complices presque aussi largués que lui ! Bon... je vous laisse découvrir la suite. Josh O'Connor, dont j'apprécie la puissance mélancolique, convainc ici dans le rôle ingrat d'un père irresponsable, loser absolu et menteur impénitent, comme un piètre porte-drapeau de l'Amérique déclassée. Un vrai minable, à qui quelques amis tendent la main, mais qui m'a paru trop égocentré pour mériter ce soutien. Coupé de tout. Sans état d'âme.

Dans ce Massachusetts des années 70, des circonstances atténuantes auraient sans doute pu lui être accordées: celle d'un retour chez lui traumatisé, après un engagement au Vietnam, par exemple, ou celles des difficultés qui accablent ceux qui viennent d'un milieu modeste. Mais non... même la mère de ses enfants - admirable Alana Haim ! - reste les bras ballants devant la médiocrité de ce fils de juge dépourvu de toute volonté d'aller de l'avant, incapable d'assumer son rang familial et social. "Je suis content que tu ailles bien", lui dit-elle en substance quand, en cavale, l'olibrius - qu'elle refuse d'accabler de reproches - l'appelle de l'autre bout du pays pour lui demander quelque somme d'argent. The mastermind n'est assurément pas ce cerveau que le titre du film laissait imaginer. Nous passerons pourtant presque deux heures avec ce personnage indolent, deux heures où rien n'accélère jamais. Coutumier chez la réalisatrice, ce rythme peut s'avérer assez déroutant quand on n'y est pas (encore) habitué. Moi, je suis sensible au travail accompli sur l'image, puis au montage. Et à vous d'en juger, désormais...

The mastermind
Film américain de Kelly Reichardt / 2025

Je vous ai davantage parlé du fond que de la forme, mais je dois dire que je ressens la qualité de ce travail sans savoir vraiment l'analyser. J'ai vu un film de contrastes, animé d'ailleurs par une bande-originale jazzy (signée Rob Mazurek) tout à fait efficace. L'errance de J.B. rappelle celle des héros des frères Coen, quant à eux plus attachants. Dans une Amérique qui a perdu son rêve. Et, pire, paraît l'avoir oublié...

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Un mémo, d'autres infos...
Je pense pouvoir vous reparler de Josh O'Connor dans quelque temps. Avant cela, je l'avais trouvé très bon dans La chimère, un film italien. Et Alana Haim ? D'abord musicienne, elle se révéla dans Licorice Pizza !

Vous voulez aller plus loin dans l'analyse ?
N'hésitez pas ! Je vous renvoie chez PrincécranoirStrum et Benjamin. Tous ont démontré un intérêt sincère pour le cinéma de Kelly Reichardt.

samedi 14 mars 2026

L'éveil des sens

Chose promise, chose due: pour finir cette dernière semaine hivernale complète, je vous emmène en Slovénie, un pays jusqu'alors resté loin des radars de Mille et une bobines. À mon programme du jour, un film proposé par Les Fiches du Cinéma: Little trouble girls, lancé à Berlin pour... la Saint-Valentin 2025. Il vient d'arriver dans les salles françaises.

Lucia, l'héroïne de ce premier long d'une jeune réalisatrice, a 16 ans. Discrète et encore très introvertie, elle rejoint la chorale de son lycée. C'est ainsi qu'elle rencontre Ana-Maria, Klara et Uršula, plus âgées qu'elle, mutines et déjà un tantinet plus affirmées dans leur féminité. Coupés des garçons, les filles participent à un stage intensif de chant organisé, oui, dans un couvent ! Le seul homme qu'elles fréquentent assidument est leur maître de choeur, mais elles prennent l'habitude d'observer les ouvriers qui restaurent la bâtisse où elles sont hébergées. La proximité d'une rivière fait naître quelques émotions inavouables. Vous l'aurez compris: les personnages féminins de Little trouble girls sortent petit à petit de l'adolescence et s'ouvrent à un monde nouveau. La caméra capte l'instant avec délicatesse - un female gaze appréciable qui vient contrebalancer les habituelles visions masculines du cinéma. On se dit en outre qu'entre elles, les filles ne se font pas de cadeaux quand il s'agit d'obtenir et surtout de maintenir sa place dans le groupe. Un constat que le public, en France, pourrait sans aucun doute partager.

Little trouble girls
(Kaj ti je deklica)
Film slovène d'Urška Djukić / 2025
Évanescent: c'est peut-être le mot juste pour qualifier ce long-métrage que la critique juge parfois "aérien" ou même "rafraîchissant" (je cite). C'est aussi, d'après moi, l'histoire d'une jeune femme qui se construit. Avec, au final, de la dureté, des rêves et illusions, mais aussi un espoir bien plus durable que dans Virgin suicides. L'adolescence féminine suscite votre curiosité ? Je vous conseille John from, Ava et/ou Luna...

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Pour glisser une anecdote...
La réalisatrice a expliqué à Télérama que le tout premier film tourné par une femme de son pays - Maja Weiss - remonte tout juste à... 2002 !

Et bien sûr, pour saluer mes ami(e)s...
Je vous conseille de passer sur Actu.fr et la page des Fiches du Cinéma.

vendredi 13 mars 2026

Restons positifs !

Bon... je laisse aujourd'hui passer une énième opportunité de revenir sur Vendredi 13, classique du film d'horreur sorti en 1980 et volet inaugural d'une saga de douze longs-métrages. La prochaine occurrence de la date fatidique n'est pas éloignée, en fait: novembre prochain. Nous verrons si la peur daigne de nouveau venir frapper à notre porte...

D'ici là, il est bon de se souvenir que cette même date est considérée comme chanceuse par quelques joueurs de loto et autres superstitieux. Pourquoi diable, dès lors, ne resterions-nous pas positifs ? Il est clair que le cinéma s'y prête bien, même si le bonheur que nous pouvons espérer aujourd'hui et ce week-end n'est pas au coeur de tous les films. Je reconnais d'ailleurs bien volontiers qu'il n'est pas le premier moteur de ceux dont je vous ai parlé récemment - ni de ceux qui arrivent. Résultat: une prochaine fois, il faudrait que je vous propose une liste des raisons pour lesquelles le septième art peut nourrir notre gaieté. Vous en avez déjà une sous le coude ? N'hésitez donc pas à la publier ! Évidemment, les films eux-mêmes sont de bons motifs d'enthousiasme. Demain midi, je reviens en présenter un venu d'un pays encore inédit...

mardi 10 mars 2026

La gamine et le dictateur

"J'ai eu des retours tout à fait positifs. Il y a beaucoup d'enthousiasme autour du film. Le public irakien a été très ému. C'est la première fois que cette époque est traitée au cinéma". Je suis quant à moi heureux d'avoir eu la chance de découvrir Le gâteau du président, lauréat 2025 de la Caméra d'or. D'où ma décision... de citer son auteur en préambule.

Hasan Hadi a grandi dans le Sud de l'Irak et connu l'effroyable guerre menée par les États-Unis, pour soi-disant empêcher le régime baasiste d'utiliser des armes de destruction massive contre ses voisins (ou pire). Coécrit avec l'Américain Eric Roth, son scénario revient sur une période antérieure: le milieu des années 90. L'Irak est alors placé sous embargo et nombre de ses habitants ne peuvent même pas manger à leur faim. Dans ce contexte, la régime dictatorial de l'abominable Saddam Hussein perdure et, à l'approche de l'anniversaire du raïs, une pseudo-tradition veut que des enfants préalablement tirés au sort dans les écoles préparent toutes sortes de délices - dont des notables se régaleront. C'est ainsi que la petite Lamia, 9 ans, part à la recherche d'ingrédients auxquels, évidemment, elle n'a presque jamais accès en temps habituel. Une quête absurde qu'elle entame aux côtés de sa grand-mère adorée qui, quant à elle, voudrait avant tout confier l'enfant à une famille d'accueil. Admirable, Le gâteau du président traite ce sujet sensible sans jamais céder au misérabilisme. Il témoigne d'une belle sensibilité...

Face aux difficultés de Lamia, les adultes se montrent peu aimables pour la plupart, sans pitié, manipulateurs, voire carrément hostiles. Heureusement, la gamine pourra compter un temps sur la solidarité malicieuse de Saeed, l'un de ses camarades de classe, chargé lui aussi d'apporter quelques menues victuailles à la simili-fête présidentielle. Sans plus attendre, je veux saluer l'incroyable prestation d'acteur livrée par les deux gosses, Baneen Ahmad Nayyef et Sajad Mohamad Qasem. Aucun doute là-dessus: ils comptent pour beaucoup dans le "miracle" que constitue le film, bel et bien tourné en Irak, pour son réalisateur. Bonus: ils nous offrent un voyage dans leur pays, largement méconnu. Cela restera à mes yeux une grande découverte: je pensais débarquer dans une ville extrêmement dense, mais j'ai découvert une communauté installée dans de simples huttes, au bord d'un large fleuve (l'Euphrate) sur lequel chacun, quel que soit son âge, navigue à bord d'embarcations rudimentaires, à rames. Le gâteau du président m'a ouvert les yeux. C'est un film qui mérite amplement d'être vu par le public le plus large !

Le gâteau du président
(مملكة القصب - Mamlaket al-qasab)
Film irakien de Hasan Hadi / 2025
Plus qu'un coup de coeur, un long-métrage précieux, au rythme relativement lent, c'est vrai, mais que je crois tout à fait mémorable. Croyez-moi: cela vaut largement cette note de quatre étoiles pleines. J'ai une fois de plus repensé à Wadjda ou encore à d'autres enfants piégés dans leur propre pays (Osama, Nezouh et d'autres, sûrement). L'idée n'est pas de pleurer, mais de faire un premier pas. Vers les autres.

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Et si vous voulez le faire en bonne compagnie...

Un simple clic vous permettra de lire aussi les avis de Pascale et Dasola. Je vous suggère de lire également celui de notre bon ami Princécranoir.

lundi 9 mars 2026

Au nom de la loi

Il trafiquait massivement des armes et de la drogue, avait la main aussi sur des réseaux de prostitution... peu après la Seconde Guerre mondiale, un dénommé Meyer Harris "Mickey" Cohen (1913-1976) entendait régner sur Los Angeles comme empereur des jeux clandestins. Le film Gangster squad nous parle des flics qui ont cherché à le coincer.

Comme beaucoup d'autres, ce long-métrage ose réécrire l'histoire réelle pour nous proposer un divertissement particulièrement spectaculaire. Autre parti pris évident: celui d'un casting de prestige, avec Sean Penn dans le rôle du méchant et, dans le camp du bien, des têtes d'affiche réputées telles que John Brolin, Emma Stone, Ryan Gosling, Nick Nolte ou encore Giovanni Ribisi (et j'oublie sûrement quelques "sommités"). Interrompu après une fusillade dans le Colorado, le tournage du film n'est ensuite reparti qu'après que le scénario a été expurgé d'une scène particulièrement violente - sans totalement renoncer à cet aspect graphique. Gangster squad livre la marchandise, mais reste sagement dans l'univers balisé du cinéma US de genre. Après mes explications d'hier, c'est clair: il est loin de respecter les critères du test de Bechdel. Bon... j'imagine que ce n'était pas l'objectif du réalisateur, à vrai dire. Et cela reste regardable, entre deux programmes un peu plus exigeants.

Gangster squad
Film américain de Ruben Fleischer (2013)

Je conclus sur cette note assez sévère, témoin de mon désintérêt croissant pour ce genre de "produits cinématographiques" ordinaires. Apparemment, il n'a d'ailleurs pas franchement affolé le box-office ! Dans ce type d'histoire, ma référence reste Les incorruptibles, un film à succès apprécié lors de ma pré-adolescence (Brian de Palma / 1987). Sur le blog, vous avez Des hommes sans loi et c'est du même tonneau...

dimanche 8 mars 2026

Et Bechdel, alors ?

Le chiffre n'est tombé que le 26 novembre dernier: en 2024, 62 films d'initiative française ont été réalisés ou coréalisés par des femmes. Malgré les beaux discours, c'est la proportion la plus basse depuis 2019 ! 70% des longs-métrages verraient en outre une large majorité d'hommes occuper les postes-clés. Oui, je vous parle bien d'un retour en arrière...

Vous vous souvenez du test de Bechdel, du nom de cette dessinatrice américaine - Alison de son prénom - qui mesurait les représentations féminines dans les diverses oeuvres de fiction ? Une validation positive était accordée à celles qui mettaient en scène deux femmes, parlant entre elles et sur un autre sujet que... les hommes. Il me semble bien qu'aucun des huit films que j'ai vus au cinéma et déjà pu chroniquer depuis janvier n'y est arrivé. Laissons Hamnet de côté: le plus proche d'y parvenir serait La femme de ménage, ce qui en dit long, je trouve. En 2025, en salles, j'ai vu 16 films de femmes (moins de 20% du total). Tous supports confondus, j'ai comptabilisé 31 films: à peine plus de 17%. Cette tendance n'est pas appelée à s'inverser ces prochaines semaines. La grande Kelly Reichardt m'aidera, au mieux, à "sauver les apparences".

En cette Journée internationale des droits des femmes, je reconnais que je ne me soucie pas toujours de la place qu'elles peuvent occuper dans l'industrie cinématographique, française, européenne ou mondiale. Parfois, je les déniche dans des pays surprenants, à l'image de l'Arabie saoudite de Wadjda (de Haifaa Al-Mansour... c'était en 2012 - photo). Quand je prends du recul, je me dis que rien n'évolue encore vraiment dans le sens d'une amélioration réelle et, plus que durable, pérenne. C'est assez désespérant, d'ailleurs, de faire ce constat, et je m'interroge sur la manière dont les changements que j'appelle de mes voeux pourraient ENFIN se concrétiser - c'est un très vaste sujet, n'est-ce pas ? Aujourd'hui, à l'approche d'échéances électorales cruciales pour l'avenir de notre pays, il semblerait que les financements publics du cinéma soient de plus en plus remis en cause: c'est donc bien un sujet de débat. On peut le prolonger en commentaires. J'y reviendrai. Parole d'homme !

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Et ma première photo du jour ?

Elle représente l'actrice américaine Carrie-Anne Moss, dans Matrix. L'image badass d'une femme dans un classique du cinéma d'action US. Cet opus a d'ailleurs été réalisé par deux frères... devenus des femmes !

samedi 7 mars 2026

Tu parles d'un pote...

Un vrai ami accepte-t-il votre personnalité toute entière ? Peut-être. Mais je crois aussi qu'il peut vous pousser à évoluer si c'est nécessaire ! Harry, un ami qui vous veut du bien est un film que je voulais voir depuis longtemps - j'ai apprécié les trois derniers opus du réalisateur. Comment répond-t-il à ma définition de l'amitié ? Deux mots là-dessus...

Cet Harry-là n'est ni sorcier, ni inspecteur, ni même prince britannique. Michel, un type ordinaire, le croise dans les toilettes d'une station d'autoroute. Vingt ans auparavant, il était son camarade de lycée. Harry, qui se souvient d'un poème écrit par son condisciple, est heureux de l'avoir retrouvé et, avec sa fiancée, est invité à un apéro improvisé sur la route des vacances d'été, en souvenir du "bon vieux temps". Doucement mais sûrement, il s'immisce ainsi dans la vie de son hôte. Que dire ? Je n'ai pas ressenti la tension censément motrice du scénario. J'avais parié sur une ambiance à la Hitchcock, voire à la David Lynch. Mouais... franchement, même si Sergi López offre une prestation convaincante dans ce (bon) rôle de quasi-parasite, je n'ai guère frémi. Autour de lui, Laurent Lucas, Mathilde Seigner et Sophie Guillemin n'attirent la lumière que par simples ricochets: rien de bien folichon. J'avais d'ailleurs espéré une autre fin, ancrée dans une vraie noirceur. Malgré un potentiel intéressant, Harry, un ami qui vous veut du bien restera donc comme une déception. Quatre César 2001 et puis s'en va...

Harry, un ami qui vous veut du bien
Film français de Dominik Moll / 2000
Prenons le verre à moitié plein: comme le bon vin, le cinéaste se bonifie avec l'âge (cf. Seules les bêtes, La nuit du 12 et Dossier 137, donc). Cet opus plus ancien me convainc moins que ses productions récentes. Pour la tension née de l'incruste, autant revoir un film d'Elia Kazan autrement plus flippant: j'ai nommé Les visiteurs (sorti, lui, en 1972). Sinon, l'ambivalence est également au coeur de Mon parfait inconnu...

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Un petit point sur les César...
Nommé neuf fois, record de l'année, le film en reçut finalement quatre:
► meilleur film ❌,
► meilleur acteur (Sergi López) ✅,
► meilleur second rôle féminin (Mathilde Seigner) ❌ ,
► meilleur espoir féminin (Sophie Guillemin) ❌,
► meilleure réalisation (Dominik Moll) ✅,
► meilleur scénario ❌,
► meilleure musique originale ❌,
► meilleur son ✅,
► meilleur montage ✅.

L'autre quadruple lauréat de cette 26ème édition ? Le goût des autres

Et pour aller un peu plus loin...
Vous pouvez lire aussi quelques mots de Vincent ou les avis d'Elle et Lui.

mercredi 4 mars 2026

Le jeune fils et la mort

Les connaisseurs le savent bien: Shakespeare est partout au cinéma. J'exagère, mais il est clair que nombre de ses oeuvres ont su germer dans l'imaginaire collectif des artistes du septième art: une influence durable. Chloé Zhao, produite par Mendes et Spielberg, choisit le retour aux sources en revisitant la légende, avec Hamnet (nommé aux Oscars).

Question légitime: la réalisatrice chinoise la plus en vue à Hollywood s'adjugera-t-elle de nouvelles statuettes, cinq ans après son joli triplé doré (film-réalisatrice-actrice) réalisé pour Nomadland ? La réponse tombera dans moins de deux semaines, mais on notera sans attendre qu'elle a la faveur des pronostics parce que la cinéaste s'est intéressée principalement au destin... d'une femme. Anne - Agnes, dans le film - était la femme de Shakespeare, un peu plus âgée que lui, semble-t-il. Zhao lui donne les traits de Jessie Buckley, 36 ans, actrice et chanteuse irlandaise en pleine ascension (NB: elle avait déjà incarné Juliette). Cette vision de la muse du dramaturge est particulière: elle apparaît comme une femme un peu "en marge", vivant essentiellement en forêt. D'aucuns, y compris ses proches parents, la voient comme une sorcière. Elle connaît parfaitement les plantes et les animaux. Elle s'en inspire...

Le film, comme on pouvait s'y attendre, va se plaire à l'humaniser. L'idée: rappeler qu'elle est aussi la mère des enfants de Shakespeare. Des trois: de Susanna, l'aînée, puis des jumeaux, Judith et... Hamnet. Nous voilà enfin confrontés à ce prénom mythique, celui du prince danois bien connu des inconditionnels du théâtre élisabéthain, passé dans le langage courant et donc à la postérité sous la forme HamLet. Inutile d'instaurer un faux suspense: l'unique fils de William Shakespeare est mort en 1596 à environ onze ans, probablement de la peste bubonique. C'est ce que raconte le scénario, inspiré du roman éponyme de l'autrice contemporaine Maggie O'Farrell, publié aux éditions Belfond en 2021. Il nous montre d'abord un homme en phase avec sa famille. Shakespeare est un mari passionné et un père d'une grande douceur avec ses enfants, à l'opposé de ce qu'il a lui-même vécu comme héritier putatif d'une famille de gantiers. Choisir Agnes, c'était de fait déchoir...

La vérité du film n'est peut-être pas celle de l'histoire, mais j'estime qu'il faut considérer Hamnet, entre autres, comme un film de couple. Ou, plus exactement, comme un film "sur le couple". La passion invasive des débuts pour William ne vient pas contaminer Agnes tout de suite. Indépendante, la jeune femme regimbe à se laisser séduire par ce prof inconnu et taciturne, contraint à enseigner le latin à quelques enfants du village pour éponger les dettes de son père. Elle lui cèdera finalement sous l'emprise d'une sorte de prémonition et d'un avenir qu'elle imaginera apaisé, à ses côtés, aussi calme que le visage harmonieux de l'acteur Paul Mescal paraît le promettre à leur rencontre. La suite sera malheureusement moins souriante et la charge de famille imposée à William une forme de damnation pour Agnes, renvoyée alors à ses obligations domestiques tandis que Monsieur cherchera la fortune sur les planches londoniennes, éloigné des siens. "Le reste est silence"...

Y-aurait-il, pour ces personnages brisés par le destin, encore l'espoir d'une réconciliation ? Ou, à tout le moins, d'une compréhension réciproque ? Oui, je crois que c'est bien ce que le film suggère, au final.

*** ATTENTION, POSSIBLES SPOILERS ***
Il est bien sûr question de deuil, éventuellement partagé. De vies poussées dans leurs derniers retranchements, dont les prophéties optimistes d'hier semblent n'avoir été que de vagues illusions funestes. Pourtant, une main se tend, un sourire réapparaît... et une forme d'espoir reprend de la vigueur. En quittant définitivement la scène imaginée par ses parents, l'enfant semble soudain en investir une autre d'ordre symbolique. "Être ou ne pas être": une espèce d'immortalité. Hamnet nous invite à la contempler sans trembler, avec cette joie triste de celles et ceux qui ont su parvenir au bout de l'un de leurs chemins. Des larmes peuvent alors couler, mais elles ne sont pas indispensables. Reste le théâtre. Le cinéma. Et la vie ! C'est peut-être la même chose...

Hamnet
Film américain de Chloé Zhao / 2025
Un petit conseil: ne vous attendez pas à voir un biopic "traditionnel" ! Cette évocation de l'existence de la famille Shakespeare fait le pari audacieux d'une relecture à partir de faits historiques encore méconnus. Et pour l'oeuvre littéraire, il vaut sans doute mieux... regarder ailleurs. Étonnamment, je m'étais plutôt amusé avec le blockbuster Anonymous. Je vous laisse retrouver To be or not to be, Othello ou bien Macbeth...

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Et en attendant de retrouver notre ami William...

Je vous suggère aussi d'aller faire un petit tour du côté de chez Pascale.

lundi 2 mars 2026

Une vie de château

"Un antidote aux soucis de la vie quotidienne": c'est ainsi que les films de Philippe de Broca sont définis dans l'un de mes livres sur le cinéma. J'imagine que cela doit être parfait pour affronter un lundi morose. D'ailleurs, c'est clair: je me suis ré-ga-lé avec Le diable par la queue. Coloré et sexy, cet opus est un pur bonheur de comédie. "À l'ancienne" !

La très noble - et très décadente - famille De Coustines manque d'argent pour entretenir son château et l'a donc transformé en auberge de luxe afin de payer les factures. Amélie, la plus jeune (et frivole) des femmes de la maisonnée, obtient du garagiste du coin qu'il oriente des clients vers la demeure de ses ancêtres, en échange de quelques faveurs susceptibles d'être plus agréables que la rituelle messe du dimanche. C'est ainsi qu'arrive notamment le fameux César Maricorne, faux baron et vrai braqueur de banques, avec un pactole... qui fera des envieux. Croyez-moi: sur cette base, le film part vraiment dans tous les sens. Écrit dit-on pendant les événements de Mai-68, il a un côté déluré franchement réjouissant, qu'il ne faut surtout pas prendre au sérieux. Costumes et décors en font une oeuvre de cinéma totale et jubilatoire. Et quel casting ! Avec Yves Montand, Madeleine Renaud, Jean Rochefort, Marthe Keller, Jean-Pierre Marielle, Claude Piéplu, Xavier Gélin... il y a du beau monde partout, jusque dans les plus petits rôles, admirables. Avec, en prime, une B.O. de Georges Delerue ! Impossible de s'ennuyer !

Le diable par la queue
Film français de Philippe de Broca / 1969

Je n'ai pas fait trop long, mais je peux vous assurer que le scénario réserve bien des surprises et des rebondissements. On se marre ! Philippe de Broca a de fait commis des comédies encore plus débridées telle Les tribulations d'un Chinois en Chine (Belmondo, Rochefort...). Celui de ses films que je préfère ? Cartouche, sans trop d'hésitation. Mais, juste avant Le diable..., Le roi de coeur mérite d'être réhabilité !

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Une petite info patrimoniale...

La grande maison du film est le château de Fléchères, dans l'Ain. Monument historique, c'est une demeure du 17ème siècle (1610 - 1616).

Le film, lui aussi, vaut le détour...
Vous en obtiendrez aussi la confirmation du côté de "L'oeil sur l'écran".