mardi 1 septembre 2026

L'enfer bleu

Je crois bien difficile d'échapper à l'actualité de la rentrée des classes pour la grande majorité des enfants de France. J'ai un temps imaginé qu'il serait judicieux de vous présenter aujourd'hui un film dans le cadre scolaire. Sauf que j'ai renoncé et décidé de vous reparler de vacances ! Celles de Susan et Daniel aux Bahamas ne sont pas idéales, à vrai dire...

On découvre d'abord ce jeune couple pris dans la très pesante routine du quotidien professionnel, en fait presque incapable de décrocher. Façon de parler, puisque elle et lui restent pendus au téléphone. Finalement, tout semble s'arranger à l'arrivée au paradis des touristes. Or, dès le lendemain, nouveau gros accroc: partis faire de la plongée sous-marine, les deux Américains remontent à la surface pour constater que le bateau censé les ramener vers la plage est reparti sans eux ! Open water - En eaux profondes entre alors dans le vif de son sujet convenu: la survie en milieu hostile. Il s'agit bien d'un "film de requins". A-t-il du mordant ? Pas autant que j'avais pu l'espérer, je dois l'avouer. Les premières images, filmées à terre, m'ont même paru assez laides. Cela s'arrange (un peu) par la suite, surtout quand le récit se contente de suivre au plus près les deux naufragés. Rien de bien transcendant. Allez ! Vous saurez peut-être apprécier cette mise en scène focalisée sur les personnages, là où je n'ai vite vu que la conséquence du budget de tournage, plus resserré encore ! J'aurais aimé frissonner davantage...

Open water - En eaux profondes
(Open water)
Film américain de Chris Kentis / 2004
La comparaison bien naturelle avec un certain classique signé Spielberg joue fatalement au détriment de cet opus, nettement moins inventif. Instinct de survie n'était pas parfait, mais plutôt agréable à regarder. Finalement, j'en viens presque à préférer Les seigneurs de la mer ! Nageant à contre-courant, vos kids pourraient aimer Gang de requins. Voire, si l'intention est de réhabiliter les squales, Les bad guys 1 et 2...

lundi 31 août 2026

La loi contre eux ?

Égaré entre Troie et Ithaque, je n'ai pas célébré le 90ème anniversaire de la naissance de Robert Redford - c'était le 18 août. J'aurais pu choisir de n'évoquer l'acteur que le 16 septembre, un an après sa disparition. Mais finalement, je crois bon de présenter Willie Boy dès aujourd'hui. J'en avais moi-même entendu parler l'an passé, à l'heure des hommages.

Notre ami Bob interprète un shérif, Chris Cooper, gardien de l'ordre officiel dans un coin de Californie doté - entre autres - d'une réserve indienne. Descendu d'un train, un jeune Païute vient juste d'y revenir dans l'espoir d'épouser une femme de sa tribu, dont il est amoureux. L'idée déplait fort à certains ! Une nuit, le couple encore "clandestin" subit l'assaut d'un petit groupe mené par le père de la belle, que Willie est soudain obligé de tuer pour sauver sa peau. Les pauvres tourtereaux entament alors une cavale forcée. Avec Cooper, lancé à leurs trousses...

Sachez-le: je ne vous ai parlé que des premiers instants d'un western d'apparence assez classique et toutefois surprenant à bien des égards. Face à l'intense Robert Blake, Robert Redford devient un anti-héros soumis à des injonctions contradictoires, comme on dit de nos jours. Parfois, Cooper donne l'impression d'effectuer la sale besogne d'hommes ouvertement racistes, qui préfèrent, eux, éviter de se salir les mains. Dans d'autres séquences, il apparaît plus dur, pris au piège de son ego. Willie Boy apparaît dès lors comme un film à rebours de la politique conservatrice (et suprémaciste !) que les Étatsuniens adoptent parfois. Ce n'est pas un film pamphlétaire, mais c'est un film qui fait réfléchir. On retiendra qu'avant de le réaliser, le scénariste-metteur en scène était longtemps resté sur la liste noire des studios, inspirée des travaux du si sympathique sénateur Joseph McCarthy. J'en reparlerai, promis. D'ici là, j'espère que vous pourrez voir ce film, rare... et donc précieux !

Willie Boy
(Tell them Willie Boy is here)
Film américain d'Abraham Polonsky / 1969
Il m'amuse plutôt de constater que le titre original est plus revendicatif que celui (raccourci et neutre ?) retenu pour l'exploitation dans les pays francophones. Le film, de fait, nous parle de la difficulté de s'affirmer comme porteur d'une identité propre et très respectable. Vaste débat ! Les peuples amérindiens d'aujourd'hui vous intéressent ? Un film récent comme Les chansons que mes frères m'ont apprises mérite d'être vu...

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Un mot sur le principal personnage féminin...

Cette Lola est incarnée par Katharine Ross, 29 ans, avec qui Redford jouait déjà dans Butch Cassidy et le Kid juste quelques mois plus tôt. Cette fois, ils n'ont pour ainsi dire aucune vraie scène commune. D'abord connue à la télé, l'actrice a fait une carrière cinéma honorable. En 1967, elle jouait Elaine - la fille de Mrs. Robinson ! - dans Le lauréat.

Et, pour finir, de petits liens vers des blogs-amis...
Dasola et Princécranoir ont mentionné le film dans un texte-hommage dédié à Redford. Je crois avoir compris qu'ils l'ont également apprécié. J'espère bien qu'ils passeront par ici pour nous en dire un peu plus long !

dimanche 30 août 2026

Dans leur monde

Lola, la vingtaine, est montée en train jusqu'à Paris pour un coup d'éclat au Salon de l'agriculture. La jeune militante animaliste est descendue dans un hôtel et y rencontre Félix, le fils (tourmenté) du propriétaire. Vont-ils se rapprocher et si oui, à quel point ? À vous de le découvrir. Mon espoir: que L'écologie des sentiments vous attire... et vous plaise.

Moi ? Je n'en savais pas grand-chose avant de le mettre au programme de ma cinquantième sortie ciné de l'année. En gros, la bande-annonce m'avait fait l'impression - nette et favorable - d'une douce fantaisie. Vérification faite, je peux vous confirmer que l'aspect environnemental passe vite au second plan, le film s'intéressant plutôt aux interactions sociales et affectives de ses personnages (principaux ou secondaires). C'est à la fois décalé et possiblement touchant, pour peu qu'on s'attache auxdits personnages. Or, le tandem Salomé Rose Stein - Andranic Manet fonctionne bien ! Il a clairement contribué au plaisir que j'ai ressenti face à ce que d'aucuns qualifient volontiers de comédie romantique. L'écologie des sentiments n'est pas que cela, non, mais c'est cela aussi. Je dois dire que j'ai souri, très souvent, même devant certains passages moins propices, abordant par exemple la question des aidants familiaux. Tout est traité avec pudeur et délicatesse, ce qui ne fait jamais de mal !

L'écologie des sentiments
Film français d'Alexandre Steiger / 2026
Le réalisateur signe ici son premier long-métrage. Il était déjà l'auteur de quelques courts et de deux romans et a aussi joué pour des cinéastes nombreux et originaux, tels que Sólveig Anspach (Queen of Montreuil) ou Erwan Le Duc (Perdrix). Poétique et intemporel, son univers créatif me rappelle les mondes de Jean-Pierre Améris (Les émotifs anonymes) et du trio Abel-Gordon-Romy (Paris pieds nus). À voir sans modération !

samedi 29 août 2026

Un horizon incertain

Je crois pouvoir dire sans me tromper que le road movie est un genre typique du cinéma américain - le premier après le western, peut-être. C'est fort de cette conviction que j'ai vu Sur la route d'Omaha, un film présenté en avant-première au Festival de Sundance (en janvier 2025). L'occasion aussi de retrouver John Magaro, un acteur plutôt attachant...

Le jour ne s'est pas encore levé quand un père réveille ses deux enfants et leur demande de se dépêcher pour monter dans sa vieille bagnole. Charlie, 6 ans, obéit vite, tandis qu'Ella, l'aînée, traîne encore un peu. Mais finalement, la petite troupe s'en va et les images nous expliquent qu'elle pourrait bien ne jamais revenir en arrière. Découvrir où elle va est moins évident, même si le titre du film semble le révéler d'emblée. Une certitude: ledit long-métrage est presque toujours en mouvement. Assez joliment filmé et habilement monté, Sur la route d'Omaha témoigne aussi d'une certaine réalité sociale des États-Unis aujourd'hui. Ce premier opus d'un cinéaste passé par la pub porte une esthétique que certains pourraient juger trop consensuelle ou disons trop "lisse". Pour ma part, je préfère de loin m'attarder sur les belles performances des acteurs et surtout des enfants - Molly Belle Wright et Wyatt Solis. Leur duo confère une âme à ce bon petit film, les prénoms et visages pouvant conduire nos pensées vers d'autres gosses, bien réels ceux-là. Avant de les suivre, les plus émotifs auront prévu un ou deux mouchoirs.

Sur la route d'Omaha
(Omaha)
Film américain de Cole Webley / 2025
C'est bel et bien de l'Amérique pauvre dont il est question ici, un pays que vous aviez pu (re)découvrir en 2020 avec Nomadland, par exemple. Plus anciens, L'épouvantail et Macadam cowboy restent des références impeccables pour qui voudra bien emprunter leurs chemins de traverse. Je suis sûr qu'il en existe d'autres et je ne m'en lasse absolument pas. Filer En roue libre ou prendre Rendez-vous à Kiruna ? C'est bien aussi !
 
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Si vous voulez retrouver John Magaro...

Il est dans deux films de Kelly Reichardt: First cow et The mastermind. Je l'avais d'abord apprécié dans LaRoy et il était au casting de Carol. Mais aussi dans un (très chouette) film... allemand: Au rythme de Vera.

Autre option: lire l'avis de mes camarades...
Aïe ! Je n'ai pas relevé d'autre chronique que celle que propose Pascale.

samedi 22 août 2026

Je regarde ailleurs...

Vous savez quoi ? Je vous ai désormais présenté les cent premiers films que j'ai eu l'occasion de découvrir depuis le début de cette année 2026. Je suis constant, non ? L'an passé, à la même époque, j'en étais à... 99. Avant d'aller plus loin, je suppose que j'ai bien mérité une petite pause !

J'en ferai peut-être une plus longue à l'automne, mais ce break estival doit me permettre de me concentrer pleinement sur un rendez-vous grenoblois que j'attends désormais depuis plusieurs semaines: le Festival de la Cour du Vieux Temple. Ce bel événement culturel de quasi-fin d'été proposera - à partir d'aujourd'hui et jusqu'à vendredi prochain inclus - 18 spectacles théâtraux et/ou musicaux de grande qualité. J'essaye d'en voir au moins quelques-uns à chaque édition. Il est possible que j'y passe beaucoup de temps, cette fois, et ce pour une raison particulière: j'ai très envie de revoir les artistes... que j'ai interviewés. En bonne entente avec l'équipe du Festival, je suis allé à leur rencontre et rouvre mon blog Envies de partages (pour une durée indéterminée). J'y prends un plaisir complémentaire à celui que me procure le cinéma et d'autant plus vif que tout ou presque doit se dérouler en plein air. Vous passerez en Isère, un de ces jours ? N'hésitez plus à me le signaler !

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Et si seul le septième art vous intéresse...

Je prévois de revenir aux chroniques "embobinées" dès samedi prochain.

jeudi 20 août 2026

Un astre amoureux

Je vais revenir aujourd'hui vers le cinéma de cette réalisatrice japonaise dont j'ai commencé à vous parler il y a deux semaines: Kinuyo Tanaka. La lune s'est levée est son deuxième film et, pour un noir et blanc arrivé du Pays du soleil levant, je l'ai trouvé étonnamment primesautier. Pour autant, il n'est assurément pas dénué d'intérêt, bien au contraire...

Les esthètes retiennent que le film est né à partir d'un scénario original du grand maître Yasujrō Ozu (secondé par un dénommé Ryōsuke Saitō). L'intrigue s'inscrit dans le cadre d'une famille et autour d'un vieux père resté seul après le décès de son épouse. J'exagère un peu: Mokichi Asai n'est pas complètement isolé, ses trois filles demeurant auprès de lui. Chizuru, l'aînée, est veuve, elle aussi, et ne parle pas de remariage. Ayako, elle, pourrait convoler, mais semble n'en avoir aucune envie. Quant à Setsuko, elle préfère s'intéresser à ses soeurs qu'à elle-même...

Toute la première partie de La lune s'est levée adopte un ton badin auquel le cinéma japonais de cette époque (l'immédiate après-guerre) ne m'avait pas habitué. Et pourquoi pas ? C'est tout à fait charmant. C'est presque drôle, aussi, à l'image de cette séquence où deux âmes généreuses font tout leur possible pour que des tourtereaux - supposés - puissent enfin s'avouer leurs sentiments réciproques et vivre ensemble. D'aucuns y voient d'ailleurs l'influence directe de la screwball comedy américaine. Vous noterez que les traditions et modes de vie japonais conservent une importance capitale, sinon décisive, dans le déroulé d'un récit finalement plus mélancolique qu'il n'y paraît de prime abord. Détail amusant: la présence d'un personnage ingénieur en téléphonie. Elle s'explique par celle d'une entreprise spécialisée parmi les soutiens financiers du film, soucieuse alors d'une juste promotion de ses services. Résultat: une scène au dialogue un rien abscons. Bon... j'ai déjà vu pire.

La lune s'est levée
(月は上りぬ - Tsuki wa noborinu)
Film japonais de Kinuyo Tanaka / 1955
Une belle réussite, même si j'aurais bien aimé que la réalité politique et/ou économique du Japon d'alors apparaisse un peu plus en détails. J'ai toutefois beaucoup apprécié l'exposé de quelques rituels sociétaux. Finalement, tout cela est assez révélateur d'un pays en plein évolution. Je prends le même plaisir devant Printemps tardif ou Voyage à Tokyo. Une esthétique dont Hirokazu Kore-eda (Still walking) est bien l'héritier.

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Si vous voulez aller plus loin...

Il vous sera possible de le faire en compagnie de Pascale, Strum et Lui.

lundi 17 août 2026

Un bien long chemin

Un souvenir: l'été 2020, après le premier confinement, les exploitants de cinéma français misaient sur son film pour réveiller le box-office. Pari en partie gagné: Tenet a terminé l'année en tête du classement national. Vint ensuite, en 2023, Oppenheimer... et sept Oscars 2024. Christopher Nolan confortait du coup son statut de nabab hollywoodien !

Je vais dire aussitôt que son nouvel opus, sorti à la mi-juillet, m'a déçu. L'Odyssée n'est absolument pas un mauvais film, mais je crois en fait que, sans en avoir vraiment pris conscience, j'en attendais autre chose. Ai-je encore besoin de vous expliquer que le film adapte le récit antique attribué au mystérieux Homère ? Ce n'est que l'année dernière que j'ai moi-même découvert quelques aspects de la guerre de Troie ignorés jusqu'alors, ainsi que d'autres détails des longs voyages qu'Ulysse entreprit pour rentrer dans son doux royaume - l'île grecque d'Ithaque. Cette fois, Christopher Nolan nous propose une relecture spectaculaire de ces textes ancestraux. Ce n'est sûrement pas ce que je lui reproche. J'accepte même son choix de tourner en IMAX et avec le format 70mm. Et tant pis si les salles de cinéma pleinement adaptées sont rarissimes...

Certaines des images que j'ai pu voir dans ce film sont ma-gni-fiques ! Dès lors que la caméra se pose un peu, l'artiste nous offre des plans somptueux, d'autant plus fascinants qu'ils ont été tournés en décors naturels et par la suite montés sans excès de retouches numériques. Tout au long du métrage, j'en ai pris plein les mirettes, avec un plaisir constant. Seul véritable bémol sur cet aspect visuel: les scènes d'action ultra-découpées, au point même que ce qui s'y passe très exactement s'avère parfois difficile à appréhender. Oui, c'est un défaut récurrent des blockbusters américains, mais Nolan est censé savoir mieux faire ! C'est assez sévère dit ainsi, mais j'en ressors avec une légère impression d'avoir été trompé sur la marchandise - ça fait désordre, n'est-ce pas ? L'Odyssée n'aurait pas dû tomber dans ce piège de la frénésie, dirais-je.

De pièges, il est bien sûr question pour Ulysse sur le chemin du retour. Et jusque dans son palais, bien évidemment, où de vils prétendants convoitent son trône et, pour l'obtenir, malmènent sa femme Pénélope et son fils Télémaque en affirmant qu'il est mort depuis des lustres. Dans le film, les divers périls s'enchaînent et se ressemblent un peu. L'héroïque capitaine dirige son équipage, choisit de s'arrêter en un lieu inconnu, y affronte quelque ennemi redoutable, triomphe... et repart. Implacable, le schéma se répète, avec pour conséquence une troupe amoindrie à chaque épisode. Et, histoire d'être sûr, un oracle omniscient finit par avertir le chef que la fatalité attend ses hommes au tournant ! L'Odyssée voit alors son héros déclarer qu'il osera donc défier les dieux. Mais, frustration: de l'Olympe, il ne croisera guère que la sage Athéna...

Le plus souvent présenté comme un personnage rusé, ce bon vieil Ulysse apparaît plutôt ici comme un être usé, soldat d'un interminable conflit dont il a oublié la cause et qui l'a irrémédiablement éloigné des siens. Sur ce point, quelques exégètes disent que le récit de Christopher Nolan respecte plutôt sa source et lui savent gré de cette relative humilité. OK, il a coûté 250 millions de dollars, mais en a vite rapporté autant. Pour ma part, j'aurais sans aucun doute préféré que la dimension mythologique s'impose, sans parallèle possible avec la réalité du monde d'aujourd'hui. L'Odyssée, brûlot anti-guerre ? Je ne suis pas convaincu. Bon... c'est peut-être bien parce que je l'ai trouvé très violent, parfois. Peut-être aussi parce que le très important nombre d'acteurs vedettes m'aura insidieusement détourné de l'essentiel. Eh oui, c'est regrettable !

L'Odyssée
(The Odyssey)
Film américain de Christopher Nolan / 2026
Ces trois étoiles font briller mon désarroi, mais je maintiens que le film n'est pas mauvais - juste en-deça des espoirs qu'il avait pu me donner. La même amertume m'avait saisi après Inception, mon Nolan préféré restant à ce jour Dunkerque. Pour Ulysse, je vous renvoie au péplum classique: Ulysse, donc, ou Hélène de Troie (où il reste très discret). Autre option possible: choisir Ralph Fiennes dans le récent The return !

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Je vais quand même citer les acteurs...
Ils sont présents en grand nombre, les Matt Damon, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Tom Holland, Charlize Theron, Zendaya et j'en passe ! Lupita Nyong'o aura même dû faire face à une polémique dégueulasse liée à sa couleur de peau. Et Elliot Page à une controverse transphobe...

Et si jamais vous voulez les retrouver...
Dasola, PrincécranoirBenjamin et Strum ont également évoqué le film. Ils sont revenus sur la question du temps - un thème central chez Nolan. Je n'oublie pas Pascale, dont la chronique est arrivée (un peu) plus tard.

dimanche 16 août 2026

Notre ami Pierrot

C'est dimanche... et je n'ai pas envie d'être trop bavard, aujourd'hui. Mon idée du jour, c'était juste de marquer le coup pour l'anniversaire d'un dénommé Richard, Pierre de son prénom, qui célèbre ses 92 ans. Voilà, c'est fait ! Oui, j'ai beaucoup d'affection pour ce vieux monsieur. Et oui, son âge très avancé y est sans aucun doute pour quelque chose !

Je me suis demandé quelle image je pourrais bien dénicher sur le Net pour illustrer cette courte chronique. Plutôt que d'utiliser un portrait récupéré sur Google Images, j'ai préféré le montrer tel qu'il apparaît dans L'homme qui a vu l'ours qui a vu l'homme, son film sorti en 2025. C'est une bonne occasion pour rappeler qu'il en a réalisé quelques-uns. J'y reviendrai peut-être, mais pas aussitôt après ce billet "d'honneur". Vous savez bien que les bonnes choses se dégustent à petites doses. J'imagine que Pierrot, qui est aussi viticulteur, serait d'accord avec moi. Je n'en dirai donc pas davantage, sauf en réponse à vos commentaires éventuels. Reprenez donc un peu de gâteau... et revenez demain midi !

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Et si vous voulez une liste de films avec Pierre Richard...
► Alexandre le bienheureux / Yves Robert / 1968,
► Le grand blond avec une chaussure noire / Yves Robert / 1972,
► Le retour du grand blond / Yves Robert / 1974,
► La course à l'échalote / Claude Zidi / 1975,
► Le jouet / Francis Veber / 1976,
► Le coup du parapluie / Gérard Oury / 1980,
► Le jumeau / Yves Robert / 1984,
► Paris pieds nus / Dominique Abel et Fiona Gordon / 2017, 
 La ch'tite famille
/ Dany Boon / 2018,
► Mme Mills, une voisine si parfaite / Sophie Marceau / 2018,
 Les vieux fourneaux 2 / Christophe Duthuron / 2022,
► Astérix et Obélix - L'Empire du milieu / Guillaume Canet / 2023,
► L'homme qui a vu l'ours qui a vu l'homme / Pierre Richard / 2025.

vendredi 14 août 2026

La marche avant

Yalla ! Je vous emmène aujourd'hui sur l'autre rive de la Méditerranée. Ce sera l'occasion de rencontrer Alyssa et Mehdi, deux jeunes Tunisiens. Lui est plutôt réservé, elle un peu exubérante, et ils sont bons amis. Parce que Mehdi a un talent pour le dessin, Alyssa l'inscrit à un concours organisé par un consulat allemand, mais... sans lui en avoir parlé avant.

Je vais être honnête: D'où vient le vent a d'abord titillé ma curiosité grâce à ce beau titre et sa nationalité. Qu'une jeune femme l'ait réalisé ne pouvait que m'inciter encore à vite le découvrir sur grand écran. Aucune déception: ce road movie n'est pas parfait, mais a assez d'atouts pour vous permettre de passer un moment avec ses deux personnages. Notons que nous suivons un mouvement impulsé par la fille: une fois qu'elle a fini par avouer sa petite combine au garçon, leur joyeux duo s'embarque dans un périple entre Tunis et Djerba (soit 500 kilomètres) pour présenter une oeuvre lors d'une première étape de présélection. Comment procède-t-il ? Et quelles seront les conséquences de ce choix aventureux ? Là-dessus, c'est bien entendu le film qui vous répondra. J'ajoute que je l'ai trouvé lucide, poétique et charmant: coup de coeur !

La réalisatrice nous parle également de son pays, en ayant l'intelligence de rester assez loin d'un brûlot militant trop "chargé". Il se trouve même qu'à l'inverse, elle s'autorise quelques échappées purement imaginaires. Quelques incrustations numériques parsèment dès lors le long-métrage jusqu'à sa conclusion et, même si elles ne sont pas toutes aussi belles qu'on pourrait l'espérer, elles sont inattendues - une originalité louable. D'une certaine façon, D'où vient le vent nous invite à un joli voyage dans une Tunisie méconnue, mais aussi en nous-mêmes, chacun de nous ayant forcément sa propre vision de cette destination (pas si lointaine). Oui, encore une fois, le cinéma nous ouvre une fenêtre sur le monde. J'ai certes lu quelques critiques qui suggéraient que sa réalité complexe avait ici été lissée afin de complaire à un public occidental... mouais. Franchement, je n'ai pas eu le sentiment de voir un banal produit édulcoré. Plutôt les premiers pas habiles d'une cinéaste. Une promesse !

D'où vient le vent
 (وين ياخذنا الريح Wine yekhedhan errih)
Film (franco-qataro-)tunisien d'Amel Guelatty / 2026
Accorder une note aussi généreuse à ce long-métrage venu d'Afrique symbolise mon intérêt constant pour le cinéma de ce grand continent. J'aimerais que ses jeunesses soient mieux entendues sous nos latitudes européennes. Je me souviens alors de la claque Les enfants rouges. Plus récemment et en Tunisie toujours, j'ai bien aimé Promis le ciel. Constat: avant mon film de ce jour, j'avais surtout pu voir... des drames.

mercredi 12 août 2026

Les mots d'Álvaro

Vous en souviendriez-vous ? Au mois d'avril, j'avais évoqué quatre films vus et appréciés dans le cadre du 13ème Festival Ojoloco, à Grenoble. L'un d'entre eux - La fille condor - doit arriver dans les salles françaises mercredi prochain. Le réalisateur, Álvaro Olmos Torrico, n'a que 43 ans. Il est venu en Isère fin mars pour présenter son film. En voici une trace !

Mais d'abord, bref rappel: La fille condor retrace les vies (parallèles ?) d'une fille et de sa mère, accoucheuses dans les montagnes boliviennes. D'une grande beauté plastique, il montre à quel point le peuple local reste ancré dans ses traditions ancestrales et pourquoi les jeunes peuvent s'en trouver frustrés. Un sujet plutôt "ordinaire", mais traité avec pondération et un regard affirmé. Disons-le: oui, ce film est beau !

Une première intention visuelle ?
"Au début, l'idée était plutôt de présenter un travail photographique empreint de poésie, avec des plans très soignés, afin de faire ressortir la texture des maisons, des intérieurs et des alentours. Cela permettait également de souligner le contraste entre les villes et les montagnes".

À l'origine, l'idée d'un documentaire

"Je voulais d'abord en tourner un dans les montagnes", révèle Álvaro. Finalement, et grâce à sa compagne et à d'autres producteurs, il a pu rencontrer plusieurs accoucheuses et s'est intéressé à leurs histoires. Après sa "carrière", et bien qu'encore présentée à lui comme une femme compétente, l'une d'entre elles vivait "dans un état de quasi-mendicité". Un autre parlait uniquement le quechua. Le cinéaste a pu échanger avec des associations, ce qui a visiblement alimenté son futur scénario. "C'est donc plutôt le récit qui est venu vers moi que le contraire", dit-il.
 
Un métier en danger  ?

Le réalisateur l'affirme: "Oui, le métier d'accoucheuse (de doula, dit-on) est en train de disparaître". Il ajoute que ce n'est pas seulement du fait des médecins spécialisés ou même du système médical institutionnel. "Je ne crois d'ailleurs pas qu'il y ait une véritable alliance entre le corps médical et les responsables politiques du pays. Les médecins diplômés sont rejetés à certains endroits, tandis qu'à d'autres, des coopérations existent". En parallèle, l'exode rural contribuerait aussi à la diminution du nombre des accoucheuses, qui ne sont pas aptes à exercer en ville. Et, autre écueil, "des régions sont investies par les églises évangélistes, souvent américaines, qui considèrent les traditions comme une forme de péché. On dirait leurs fidèles tout droit sortis de chez McDonald's !". Le cinéaste n'est pas fataliste, mais se montre plutôt lucide. Il constate qu'"énormément de jeunes ont migré vers les grandes zones urbaines avec un a priori un peu idéalisé sur ce qu'elles pouvaient être". Triste...

Le symbole du condor

Confirmation du réalisateur: "Il y a bien dans mon film une métaphore relative à la vie de cet oiseau". Il explique que les légendes locales voient l'animal voler en haut des montagnes et se jeter des sommets quand il estime ne plus avoir de réelle utilité, au moment de sa mort. Cette mort n'étant peut-être au fond que... le début d'un autre chemin.

L'idée d'un perpétuel retour
"Dans le film, l'un des personnages dit que ceux qui s'en vont reviennent toujours. Nous sommes placés dans une relation temporelle cyclique". Sans forcément y adhérer, Álvaro voulait montrer cette idée à l'écran. Le scénario évoque aussi un retour (un peu tardif ?) vers une existence traditionnelle et les racines d'une famille. "Pas forcément une démarche physique, souligne le cinéaste. Cela peut passer par la reconnaissance, la compréhension ou juste le fait de se déconnecter de son lieu actuel". Lui a ainsi tourné sur une terre dont sa famille est elle aussi originaire. "Cela m'a d'ailleurs procuré un sentiment d'appartenance assez fort. L'impression d'être connecté avec ce que nous appelons la Pachamama. Peut-être que le film représente une forme d'espoir. Son message principal serait que tout ce qui meurt va renaître d'une autre manière".

L'importance de la musique chicha

Álvaro se confie volontiers sur une partie de son parcours: "J'ai travaillé comme monteur dans une chaîne de télévision dédiée à cette musique. C'était l'un de mes premiers jobs et ça a été l'une des meilleures années de ma vie. J'ai ainsi pu être en contact avec de nombreux groupes. Beaucoup me disaient de venir avec eux pour faire des clips et gagner de l'argent. Je n'ai pas forcément suivi leurs conseils, mais j'ai appris énormément de choses". Le jeune homme apprécie le lien qui se noue entre les musiques folklorique et électronique. Il lui a même été utile. "En fait, ce mélange donne un côté cyberpunk à l'ensemble, estime-t-il. Cela correspondait bien à ma vision d'un passé présent dans le futur". Dès lors, même si la musique sépare d'abord les personnages, il est clair que le cinéaste n'avait nulle intention de la dénigrer - bien au contraire.

Le choix des comédiennes principales
Aucune n'avait encore tourné au cinéma avant sa rencontre avec Álvaro. La plus jeune des deux a été repérée comme musicienne... sur Tik Tok ! "Avec le temps, ses vidéos ont même gagné en popularité. Sa famille trouvait notre démarche un peu inhabituelle, mais on a bien travaillé. C'était facile: l'actrice avait beaucoup de maturité et une belle forme d'intuition". Pour la femme plus âgée, il a fallu réaliser un casting. Chose étonnante (et plutôt réjouissante): c'est parmi les profils écartés dans un premier temps que le cinéaste a fini par trouver sa perle rare. "Cette femme m'a dit qu'elle venait tout juste de prendre sa retraite. Auparavant, elle travaillait à la création de feuilletons radiophoniques dans la langue quechua. De l'or pur ! Elle était même née dans la région du film et sa grand-mère y avait été accoucheuse". Vraie belle surprise !

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Une conclusion toute personnelle...

Vous avez dû le remarquer: je vois très peu de films en avant-première. Mes "sources" ? Les Fiches du Cinéma et quelques festivals - ça suffit. Voir un blockbuster lambda avant tout le monde ne m'intéresse guère. J'espère, cela dit, que vous aurez l'occasion d'apprécier La fille condor.