lundi 25 mai 2026

Cavalerie

L'aviez-vous reconnu ? Mon personnage-mystère de samedi n'était autre que Michael Douglas, distingué d'une Palme d'or d'honneur en mai 2023. Aujourd'hui, je remonte le cours du cinéma américain avec deux films d'une autre légende de Hollywood: le réalisateur John Ford (1894-1973). Vous noterez la présence de John Wayne dans chacune des distributions.

Le massacre de Fort Apache (Fort Apache) 
/ 1948
Le colonel Owen Thursday - Henry Fonda - traverse le désert d'Arizona pour rejoindre sa nouvelle affectation. Dépité, cet intransigeant officier voyage avec Philadelphia, sa fille, âgée d'une petite vingtaine d'années. Arrivés à destination, les deux découvrent la garnison... en plein bal. Face à ce qu'il lui apparaît d'emblée comme le relâchement coupable d'une troupe indigne, Thursday entend restaurer une discipline de fer. Très vite, il s'oppose aux capitaines York et Collingwood, exigeant d'eux qu'ils préparent la troupe à une reprise de la guerre contre les Indiens. Le mérite de ce film ? Faire coexister une multitude de personnages parfaitement incarnés, militaires et civils, dans une mise en scène souvent spectaculaire (notamment lors des séquences de cavalcade). J'émettrais quelques réserves sur le montage, mais j'ai cru comprendre qu'il en existe d'autres versions, dont le director's cut, un peu plus long. Autant profiter de la musique, proche parfois d'une ouverture d'opéra. Sans oublier d'observer Shirley Temple dans l'un de ses derniers rôles. Vingt ans, c'est assez pour montrer que les grands mythes sont éternels !

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En bonus

"L'oeil sur l'écran" donne un avis et Vincent partage une belle trouvaille.

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Rio Grande 
/ 1950

On prend le même et on recommence ? Oui, John Wayne est de retour dans l'uniforme de Kirby Yorke, arrivé toutefois à un stade de carrière plus avancé, puisque passé du grade de capitaine à celui de colonel. Désormais affublé d'une moustache, il commande une garnison entière et, lorsque le film commence, rentre juste d'une mission sur le terrain menée pour éloigner des Apaches toujours belliqueux. Le scénario évoque ces guerres indiennes incessantes des deux côtés du fleuve séparant le Texas du Mexique, mais s'attarde plutôt sur une histoire intime. Yorke a un fils, Jeff, qui vient d'échouer à l'académie militaire et, de ce fait, se retrouve simple soldat alors qu'il ambitionnait un poste d'officier. Son père lui indique qu'il ne lui accordera aucun passe-droit. Arrive ensuite Kathleen, la mère (jouée par la sublime Maureen O'Hara). Parfois jugé mineur dans la carrière de John Ford, le long-métrage trouve dans ce personnage son originalité et le motif de ses chansons. Le respect dû aux héros militaires s'efface - un peu - derrière l'absence d'un vrai foyer familial. Ce qui en ressort alors, c'est... de la mélancolie.

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En bonus :

Vous trouverez un autre avis de "L'oeil sur l'écran" et celui de Benjamin.

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Il s'est passé quelque chose entre ces deux films...

John Ford en a sorti QUATRE autres, dont La charge héroïque (1949). Cet opus vient compléter ce qu'on a appelé "la trilogie de la cavalerie". Cette fois, le maître a même opté pour une réalisation en Technicolor. Avant, donc, d'en revenir à un beau noir et blanc pour conclure sa série.

Pour finir, j'ajoute une petite leçon de géographie...
Le majestueux Rio Grande porte ce nom hispanophone aux États-Unis. Au Mexique, ce fleuve-frontière est désigné comme étant le Rio Bravo ! Ce qui dit quelque chose, je trouve, de la relation entre les deux pays...

samedi 23 mai 2026

Faute de mieux...

Vous êtes partis pour profiter d'un long week-end de Pentecôte, vous ? Pour ma part, c'est surtout par flemme (et mini-obligation extérieure) que je ne reviendrai pas demain sur le palmarès cannois dévoilé ce jour. Pour me faire pardonner, je prévois de vous parler de deux films lundi. D'un même cinéaste, ils seront les 2955ème et 2956ème de cette liste !

Je suppose qu'il sera toujours temps de revenir sur la Palme d'or 2026 quand je la découvrirai à mon tour, idéalement sur un écran géant. Avant cela, service minimum: son titre et le nom de son auteur(e) devraient apparaître au plus vite sur mon index des Festivals de Cannes. Il est déjà bien fourni, ainsi que vous pourrez le constater ou le vérifier. Avoir un jour vu l'ensemble des films ayant reçu la récompense suprême sur la Croisette demeure pour moi un objectif - non-daté, les plaisirs que procure le cinéma m’apparaissant peu compatibles avec la rigueur d'un quelconque ultimatum. J'évite donc de m'ajouter des contraintes. Sans encore faire de pause, je souhaite d'ailleurs revenir à un rythme légèrement moins soutenu: une chronique tous les 2 ou 3 jours, disons. En restant aussi à l'écoute de mes envies... et de vos possibles attentes.

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Et si jamais le temps vous semble long...

Vous pouvez essayer d'identifier le star à qui j'ai coupé la tête ci-dessus. Attention: il s'agit bien d'une photo prise à Cannes, mais il y a un piège !

vendredi 22 mai 2026

Mythes et réalités

J'ai laissé plusieurs fois passer l'occasion de voir mon premier film africain pour 2026. À présent, c'est chose faite... et c'est avec plaisir que je vous parlerai aujourd'hui de Soumsoum, la nuit des astres. Cette coproduction franco-tchadienne a reçu le Prix de la Fédération internationale de la presse cinéma au Festival de Berlin, l'hiver dernier !
 
Une grosse quantité de pluie s'est abattue sur le village où vit Kellou. Une importante partie des habitations n'y a pas résisté. Un vieil homme confirme à la jeune femme que cela n'arrive que très rarement. Désormais, le chaud soleil est revenu et un ciel uniformément bleu surplombe la petite communauté installée aux confins du Sahara. Sujette à d'effrayantes visions, Kellou s'en inquiète auprès de son père et veut vivre la vie normale d'une adolescente, amoureuse d'un garçon de sa classe, Baba. Problème: elle se heurte à un modèle social archaïque, qui l'accuse d'être une fille de sang, responsable de la mort de sa mère (lors de sa naissance). C'est dans ce contexte assez tendu qu'elle se rapproche d'Aya, que le chef et les hommes du village considèrent comme une sorte de sorcière. Vous aurez sûrement compris que Soumsoum, la nuit des astres nous entraîne dans un voyage étonnant, loin des représentations qui sont les nôtres dans le monde occidental. J'avoue qu'il m'a fallu un peu de temps pour "embarquer". Les dialogues, peu nombreux, m'amenaient une impression de torpeur...

Ce n'est en fait que très progressivement que j'ai fait la part des choses entre la forme du conte et un récit inscrit dans une certaine réalité contemporaine. La jeune Kellou fait bel et bien face à des superstitions anciennes, mais c'est de fait une femme de son temps, des écouteurs sur les oreilles, qui avance en somme vers une meilleure connaissance d'elle-même. Pour reprendre aussi les mots du réalisateur, elle apprend petit à petit "ce qui relie tous les éléments du vivant", dans un cadre géographique d'une incroyable beauté. Sauf si vous êtes un voyageur acharné, je suppose que Soumsoum, la nuit des astres sera à la source pour vous d'un profond dépaysement, ainsi qu'il l'a été pour moi. Sincèrement, de jour comme de nuit, certains plans sont magnifiques ! "Les paysages sont toujours pourvoyeurs d'histoires", souligne l'homme derrière la caméra, qui dit avoir "voulu créer une sorte de mythologie". Conséquence: l'ancrage dans le réel n'est finalement que très partiel. Les yeux grand ouverts, le mieux est, je crois, d'adopter une posture contemplative. Elle peut favoriser la rencontre avec de belles émotions.

Soumsoum, la nuit des astres
Film franco-tchadien de Mahamet-Saleh Haroun (2026)
Un voyage dont j'ai aussi eu du mal à revenir ! Le cinéma africain s'avère beaucoup trop rare sur nos écrans: c'est en fait ce que je pense depuis le choc lié à ma découverte (tardive) de Yeelen, primé à Cannes en 1987. J'ai aussi vu et aimé Lamb ou Wallay. D'autres viendront, donc. Au besoin, mon index des réalisateurs peut rapidement vous orienter vers d'autres longs-métrages du cinéaste du jour, né en 1961. À suivre...

jeudi 21 mai 2026

Du tac au tac

Pourquoi ce titre de chronique ? Parce que le film que je veux évoquer aujourd'hui se caractérise notamment par une profusion de dialogues. Bonne nouvelle: ils sont en général assez subtils - une grande qualité pour cette comédie qu'est La dame du vendredi. Il n'y a pas de réplique définitive, toutefois. Un humour de situations, plus que de punchlines...

Hildy Johnson, une excellente journaliste, a décidé de changer de vie. Elle explique donc à son chef qu'elle va quitter le journal et se marier avec un courtier en assurance dans l'idée d'enfin fonder une famille. Problème: elle se heurte à un homme qui refuse d'admettre la situation et qui veut la reconquérir, puisqu'il se trouve être aussi son ex-époux. Des "négociations" vont alors s'ouvrir autour d'une (ultime ?) interview que la belle devra réaliser pour se libérer de ses engagements passés. Plein d'ironie, le portrait que La dame du vendredi dresse de la presse n'a rien de flatteur... mais c'est très précisément cela qui est drôle. L'impayable duo Rosalind Russell / Cary Grant fait de belles étincelles. Leur joute verbale est la force motrice de cet opus du studio Columbia. Je l'ai trouvé moins drôle quand le récit nous embarque dans le milieu judiciaire, ne montrant plus alors que des reporters si avides de scoops qu'ils sont prêts à les monnayer auprès d'élus assez nuls et corruptibles. Cela dit, il y a là-dedans une certaine critique du sensationnalisme toujours pertinente en 2026. Un atout pour un film plus qu'octogénaire !

La dame du vendredi
(His girl Friday)
Film américain de Howard Hawks / 1940

Le mieux est sans doute de replacer cette production dans son contexte d'époque pour - justement - savourer ce qu'elle nous dit de son temps. Pour d'autres regards critiques sur la presse, on peut également revenir au sommet avec Citizen Kane ou L'homme qui tua Liberty Valance. Côté positif, Les hommes du président rend son honneur aux métiers de l'investigation et trouvera encore un bel écho avec Pentagon papers.

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Vous aimeriez en savoir (un peu) plus ?

Je vous propose de lire d'autres avis et notamment celui de Benjamin. "L'oeil sur l'écran" nous offre en prime une explication du titre du film. Non, non, non, ce n'est pas parce que le journal du film est un hebdo...

mercredi 20 mai 2026

Un roi et son fils

Il vaut sans doute mieux que je vous laisse chercher ailleurs des infos sur le peintre, journaliste et écrivain italien Dino Buzzati (1906-1972). Seule précision de ce jour: La fameuse invasion des ours en Sicile adapte son roman-jeunesse illustré, paru pour la première fois en 1945. Le cinéma nous offre une nouvelle occasion de découvrir cette histoire !

Quelque part dans la haute montagne, le froid et la faim sont sans pitié avec le baladin Gédéone et sa jeune assistante Almerina, trop épuisés pour poursuivre leur route vers Caltabellotta - un village bien réel. Réfugié dans une grotte, le duo réveille par mégarde un vieil ours solitaire en pleine hibernation. Bonne surprise: le menaçant animal hurle, mais finit par accepter d'entendre l'histoire d'autres plantigrades. Celle de Léonce, roi des ours, et de son fils Tonio, que des chasseurs diablement efficaces ont enlevé. Résultat: le souverain déprime ferme. Des mois ont passé quand l'un de ses conseillers suggère que l'enfant disparu pourrait être encore en vie. Je vous laisse découvrir la suite ! Plutôt agréable à regarder, La fameuse invasion des ours en Sicile donne deux fins à son récit et suggère qu'il en existe une troisième. C'est parfait, me semble-t-il, pour stimuler l'imagination des 8-12 ans. Adolescents et adultes, les "grands" pourraient aussi y prendre du plaisir.

La fameuse invasion des ours en Sicile

(La famosa invasione degli orsi in Sicilia)
Film franco-italien de Lorenzo Mattotti / 2019
Sans doute moins profond que d'autres, ce très joli long-métrage présente tout de même de sérieux arguments pour séduire un public passionné, à commencer par sa relative originalité et sa provenance géographique. Je vais oser un rapprochement esthétique avec l'oeuvre du maître Jean-François Laguionie (Le tableau en est un bon exemple). Je veux l'affirmer: l'animation européenne offre encore bien des trésors.

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Quelques mots pour finir...

Bien accueilli à sa sortie en salles, cet opus a également été nommé pour le César du meilleur film d'animation, un prestigieux trophée finalement décerné à J'ai perdu mon corps - que je recommande aussi. Le dernier lauréat en date de ce prix créé en 2011 n'est autre que Arco.

Et du côté de la blogosphère...
Vous pouvez trouver le film chez Dasola et sur le site "L'oeil sur l'écran".

mardi 19 mai 2026

Leurs vies cabossées

Que voir (ou pas) au cinéma ? Nous nous sommes tous posé la question. Je crois que, du mieux possible, il faut avant tout écouter ses envies. Après quelques hésitations, je suis donc allé voir Ceux qui comptent. J'ai trouvé trop difficile de résister à Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin. Sauf oubli de ma part, c'est le tout premier film commun de ce joli duo.

Rose n'est pas pauvre, dit-elle, mais "fauchée". On la découvre en train de voler un caddie entier de produits de qualité dans un supermarché. Jean intervient alors pour éviter qu'elle soit arrêtée par les vigiles. Aussitôt après, il aimerait pouvoir reprendre le cours de son existence ordinaire, mais Rose déborde de reconnaissance et ne le lâche plus. Jean, qui vit en fait dans une camionnette, ne peut qu'entrer dans la vie de cette femme inconnue, une mère célibataire qui squatte un hôtel désaffecté avec ses trois enfants. Et ça démarre comme une comédie ! Ceux qui comptent en est une, assurément, mais qui s'oriente bientôt vers un genre plus sérieux, proche finalement d'un certain cinéma social. Le film évolue dès lors sur une gamme émotionnelle assez large. Je ne vais pas tout vous dévoiler, évidemment, des sujets qu'il aborde...

Un bon point: malgré leur vingtaine d'années d'écart, Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin sont crédibles et créent entre eux une belle alchimie. Ils sont d'ailleurs parfaitement secondés par les jeunes acteurs choisis pour former la tribu - Louise Labèque, Alexis Rosenstiehl et Alma Ngoc. Soit une jeune adulte, un ado et une toute jeune fille, tous bien à l'aise dans leurs rôles respectifs et toutes les nuances de leurs personnages. Résultat: assez dur parfois, Ceux qui comptent est bel et bien un film optimiste. Un film qui nous rappelle notamment que certains combats valent le coup, parce qu'ils peuvent être gagnés face à l'adversité. Franchement, ce récit est-il bien réaliste ? Non, il ne l'est pas toujours. Et alors ? Il faudrait voir à ne pas oublier que cela reste du ci-né-ma ! Comme le disait mon grand-père, "il n'est pas défendu de rêver un peu".

Ceux qui comptent
Film français de Jean-Baptiste Leonetti / 2026

Bon... vous l'aurez compris, non ? Quelques petites faiblesses d'écriture et/ou de montage ne m'auront pas empêché d'apprécier cette histoire. Pas de doute: les acteurs en sont le meilleur atout, les têtes d'affiche entraînant derrière elles quelques autres personnages, bien campés. Honnêtement, je n'en attendais pas mieux. Cette tonalité douce-amère était aussi celle de Sur la branche. Ou de Dans la cour - entre autres...

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Un autre avis vous intéresserait ?

Je vous suggère donc d'en découvrir... deux: ceux de Pascale et Dasola.

lundi 18 mai 2026

Quiproquo(s)

Saperlipopette ! Je vous ai assuré hier de mon retour à des chroniques liées à des films de fiction. J'avais même déjà choisi le long-métrage que j'évoque aujourd'hui. Le coup du parapluie répondait à un souvenir d'enfance - sinon de l'avoir vu, je suis sûr que j'en avais entendu parler. Et, avec l'ami Pierre Richard, j'avais parié sur du cinéma à 100% farfelu !

Et non ! C'est plutôt à 99,9% ! Ce "classique" du cinéma comique français puise son inspiration dans de très étranges faits divers survenus à Paris et Londres en 1978: la tentative d'assassinat de deux dissidents bulgares d'un coup de parapluie empoisonné. Dans le film, ce cher Pierre Richard n'incarne pas un tueur, mais un acteur minable. Un énorme quiproquo fait qu'il imagine négocier le premier rôle d'un grand film d'espionnage. Erreur: le supposé producteur avec qui il discute est en fait un parrain croyant lui-même traiter avec celui qui liquidera pour lui son rival. S'ensuivent une escapade à Saint-Tropez, où maintes scènes burlesques rappellent plutôt les vaudevilles que les films sur la mafia. Je dois dire qu'en bon anti-héros, le personnage principal ne mesure pas le danger auquel il s'expose et ne cesse de gaffer. Un cas d'autant plus désespéré qu'il court après trois femmes, dont une jalouse et une vengeresse ! Honnêtement, ce humour paraît daté, mais jamais vraiment méchant. Cela m'incite à une relative indulgence - en connaissance de cause. Entre deux films sérieux, j'ai besoin parfois d'une gaudriole de ce genre.

Le coup du parapluie
Film français de Gérard Oury / 1980

Ai-je besoin de présenter le réalisateur ? Il me semble que sa réputation n'est plus à faire, au moins auprès des quinquas et plus. Les curieux pourront trouver quatre autres de ses films via mon index des cinéastes. Pierre Richard ? Je le préfère dans La course à l'échalote ou Le jouet. Sans oublier ses propres films, comme celui présenté l'année dernière. Rappel: si tout se passe bien, ce grand monsieur aura 92 ans le 16 août !

dimanche 17 mai 2026

La vie, la vraie ?

Je pensais être arrivé à quatre, mais j'en étais finalement... à sept. Oui, j'ai vu consécutivement SEPT films inspirés d'une histoire vraie ! Souvent, c'est annoncé au début. "Based on a true story", en anglais. D'ailleurs, j'ai l'impression que les Anglo-saxons en sont les plus friands. C'est un joli paradoxe, non ? La vie réelle irrigue clairement la fiction...

Avez-vous vu Une histoire vraie, que certains grands connaisseurs présentent comme le film le plus "accessible" du grand David Lynch ? Très sincèrement, je vous le recommande (et vous laisse donc cliquer). Avec un peu de recul, il me semble qu'il y eut un temps une mode autour des biopics, ces films biographiques - plus ou moins réussis. Sincèrement, quand ils sont trop complets, je trouve leur intérêt discutable. Autant lire une page Wikipédia, dit l'expression consacrée. Après, je vais aviser en fonction de ce que l'on souhaite nous raconter...

J'ai un côté puriste. Fan de Queen, je suis allé voir Bohemian Rhapsody sans grande hésitation, mais j'en ai un peu voulu aux deux producteurs que sont Brian May et Roger Taylor, ex-membres du groupe, d'inventer quelques épisodes de la vie de leur ami Freddie Mercury dans une visée mélodramatique. Il me semble que revenir sur une "histoire vraie" autorise 2 ou 3 entorses, certes, mais avec une certaine honnêteté intellectuelle. Ou alors, il faut clairement oser en revenir à la fiction ! Bon, je peux comprendre que le juste équilibre soit difficile à trouver...

En revenant aux premiers temps de ce blog, je me souviens l'avoir lancé avec un opus de pure fantaisie: La voce della luna, le chef d'oeuvre ultime du maestro Federico Fellini. Ma deuxième chronique-critique traitait ensuite d'un film signé Clint Eastwood, Mémoires de nos pères. Un long-métrage inspiré du parcours de soldats anonymes, honorés toutefois pour avoir hissé le drapeau des États-Unis sur l'île japonaise d'Iwo Jima en février 1945, pendant la terrible Guerre du Pacifique. Tiens, tiens... cette remarquable reconstitution fit, à sa sortie, l'objet de critiques quant à la manière dont elle aborde la réalité historique. En cause: une image de l'armée américaine sans le moindre combattant noir - j'ai de fait entendu parler de quelque 500 figurants islandais. Bilan: qu'il soit individuel ou collectif, il vaut mieux manipuler le passé avec précaution. Mais aussi laisser les artistes libres... de le réinventer !

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Et pour la suite, alors, qu'est-ce que je prévois ?

Mes prochaines chroniques devraient largement revenir vers la fiction. Je vous invite cependant à réagir en commentaires, si vous le souhaitez.

samedi 16 mai 2026

En marge

Le film dont je veux vous parler aujourd'hui s'inspire d'une histoire vraie et la reprend avec une retenue très louable. J'ai pu lire une interview du réalisateur, qui n'avait jusqu'alors tourné "que" des documentaires. Camille Ponson a voulu cette fois nous parler d'une petite communauté qui fut la sienne, dans un village des Cévennes. Et sans lui causer tort...

Il faut comprendre que, pour une partie de ces gens, les faits réels évoqués dans Sauvage restent sensibles. Le scénario reprend l'histoire d'une adolescente, installée avec ses parents dans une grande maison isolée (et partagée entre plusieurs familles). Au moment où le film commence, Anja se place déjà un peu "en marge" des autres. Il arrive qu'elle parte sans dire où elle va... et sans alors réapparaître, à l'heure des repas pris en commun ou celle du coucher, pour dormir sous un toit. D'abord jugée acceptable pour le petit groupe, cette curieuse attitude commence toutefois à lasser - voire à énerver - certains des adultes. Seule Sam, sa mère, s'inquiète vraiment de cette disparition progressive de la jeune femme et tient à maintenir le contact, autant que possible. Autant vous prévenir: cette histoire enferme quelque chose de très dur. Elle donne très peu d'explications rationnelles au comportement d'Anja. Et c'est peut-être bien la meilleure façon de dire qu'il n'y en a aucune...

Je dirais que le film en appelle à notre sensibilité et à notre empathie. Il nous montre d'abord une communauté soudée autour d'une gamine visiblement tourmentée et nous laisse libres de lui trouver des raisons. Quand cette "héroïne" s'écarte de la loi, il nous suggère que ce n'est pas par malveillance pure et simple, mais plutôt par instinct de survie. Bref... Sauvage est un récit complexe, éprouvant, mais pas manichéen. Humain, donc, comme l'ensemble de ses protagonistes, soumis aux aléas de l'existence et, de ce fait même, traversés d'émotions contradictoires. Pour les incarner, il fallait sans doute miser sur de très bons interprètes. Pari gagné. Les femmes sont très belles: dans le silence, Lou Lampros exprime parfaitement les troubles d'Anja, tandis que Céline Sallette déploie toutes les facettes de son jeu pour devenir une formidable Sam. En retrait, le reste de la troupe, elle, ne commet aucune fausse note. Mention spéciale à Bertrand Belin, dans le rôle (parfois ingrat) du père. C'est cela aussi, pour moi, qu'on peut appeler le grand cinéma populaire français. Peu ou prou, nous pouvons toutes et tous nous y reconnaître...

Sauvage
Film français de Camille Ponsin / 2026

C'est peut-être à ce long-métrage, posé dans un cadre montagneux sublime, que j'accorderais ma Palme du printemps (je l'ai vu en avril). J'ai le souvenir d'autres ados "en fuite", dans Les géants notamment. Proche de l'esprit du conte, lui aussi, ce qui permet d'adoucir le propos. En parallèle, je trouve pertinent et très intéressant de (re)voir un film pour questionner les choix de vie parentaux - La belle vie par exemple.

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Avant que j'y revienne peut-être...

Vous serez sans nul doute intéressés par la lecture de l'avis de Pascale. C'est en fait grâce à elle que je me suis décidé à aller voir ce beau film.

vendredi 15 mai 2026

Une métamorphose

Je visualise une simple boule hérissée de pics. On le représentait ainsi quand j'étais ado, parlant d'une menace dont on pouvait se préserver. Pour moi, le Sida a plutôt eu un double visage: celui de Freddie Mercury et celui d'une jeune femme séropositive, Barbara Samson, venue parler de son quotidien dans un collège. J'apprends qu'elle est toujours en vie !

Du côté du cinéma, mon amie Aurelia m'a conseillé Dallas buyers club. Le film a déjà treize ans et je l'ai regardé sans rien savoir de son sujet. Retour dans les années 1980. Nous rencontrons Ron Woodroof, un type franchement détestable, à la fois violent, machiste et homophobe. Alcoolique, toxicomane et gagnant sa pitance autour de paris foireux dans le milieu du rodéo. Cet homme apprend qu'il est porteur du VIH. Que croyez-vous qu'il fasse ? Il insulte le médecin qui l'a diagnostiqué. Pour lui, il est impossible qu'il ait attrapé cette "maladie de pédales". Face à l'évidence, il va toutefois faire face à la situation. Et se battre pour dépasser un pronostic vital que le corps médical limite à un mois. Nous voilà aussitôt face au récit d'une complète métamorphose. Personnage bien réel, Ron Woodroof a en fait pris sa destinée en mains lorsqu'il a décidé de se documenter sur la maladie et de chercher seul comment se soigner - aux États-Unis tout d'abord et à l'étranger ensuite.

Sciemment, il s'est alors écarté des protocoles hospitaliers "classiques" et a suivi sa propre thérapie, hors du cadre légal. Oubliant son métier d'électricien, il a progressivement mis en place une sorte d'association pour fournir à toute personne atteinte par la maladie des médicaments achetés au Mexique ou au Japon (moyennant 400 dollars de cotisation). Dans le film, il bosse avec Rayon, une femme transgenre, mais je crois que ce personnage a été inventé - ce qu'on pourra trouver regrettable. Que dire ? Matthew McConaughey et Jared Leto m'ont vraiment bluffé. Au-delà de leur transformation physique, ils se frottent à des rôles ambivalents, durs, sans jamais verser dans la vulgarité ou la caricature. Leur implication a valu à chacun d'eux un Oscar et plusieurs autres Prix. Elle permet en effet à ce biopic de s'élever plus haut que la moyenne. Retenez que ce n'était pas gagné d'avance: le réalisateur est québécois et il aura fallu que son équipe soit tenace pour trouver des producteurs. On pourra à la limite déplorer un manque d'audace sur le plan formel. En fait, ce cinéma laisse toute la place aux acteurs. Et c'est bien aussi...

Dallas buyers club
Film américain de Jean-Marc Vallée / 2013

Un long-métrage "casse-gueule"... et pourtant une vraie belle réussite. J'ai l'impression qu'on parle - beaucoup ! - moins du Sida qu'à l'époque de mon adolescence (disons qu'au début des années 90, pour situer). Peut-être qu'il faudrait que je revoie Philadelphia (1993), un film-phare dans ce domaine, porté par le tandem Tom Hanks / Denzel Washington. Et aussi Les nuits fauves (1992) ou 120 battements par minute (2017) !

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Une précision...
Ce récit n'est pas tendre avec les labos et la médecine "officielle". Aurait-il été imaginé comme une dénonciation ? Peut-être bien, oui. Chacun reste libre de son avis au sujet de Big Pharma et de ses dérives. 

Et si, de votre côté, vous voulez creuser le sujet...
Je vous suggère un petit tour chez Pascale et/ou vers "L'oeil sur l'écran".