dimanche 17 mars 2019

Relâche printanière

Chères toutes, chers tous, un petit mot ce jour pour vous rappeler qu'une nouvelle édition du Printemps du cinéma débute ce matin. L'image d'illustration que j'ai choisie dit tout: dans les salles engagées, les films sont à 4 euros (hors suppléments 3D et autres). Séances de rattrapage en vue: le tarif sera le même demain et mardi.

Autre chose: je voulais vous prévenir que le fil de mes publications allait s'interrompre un moment. En réalité, j'ai eu beaucoup de boulot ces dernières semaines... et ce n'est pas fini ! Une (courte) pause m'apparaît nécessaire: je prévois de "relancer la machine" lundi 25. Huit jours de break, ce n'est pas trop long, n'est-ce pas ? En guise d'avant-goût, je peux vous dire que mes trois prochaines chroniques concerneront des films égyptien, français et britannique - le premier étant une vraie rareté sur les écrans, depuis cinquante ans environ. D'ici à mon retour sur les ondes, je vous souhaite à toutes et tous d'excellentes projections. On en reparle très vite, je vous le promets !

vendredi 15 mars 2019

Après le drame

Mikio Naruse est mort en juillet 1969, quelques semaines seulement avant son 64ème anniversaire. Au cours d'une carrière de cinéaste débutée en 1930, le Japonais a signé 89 films, dont 23 muets ! Certains ont disparu aujourd'hui. J'ai abordé cette filmographie XXL par la fin, avec une copie (restaurée) du dernier opus: Nuages épars.

C'est une nouvelle fois à mon association - et à son président fondateur - que je dois cette chance. Le fait est que j'avais découvert beaucoup plus de films nippons en 2017 qu'en 2018: l'opportunité d'améliorer mon "score" cette année ne pourra donc être négligée. Cela dit, je suis allé voir Nuages épars sans information particulière sur ce qu'il pouvait raconter. Pour info, c'est un grand mélodrame. Yumiko, une jolie jeune femme, s'apprête à partir vivre à Washington avec son mari fonctionnaire. Finalement, un drame survient: l'époux est tué dans un accident de la route. Yumiko doit réapprendre à vivre seule et faire son deuil sans le moindre soutien, ses beaux-parents allant même jusqu'à lui interdire de porter le nom de leur fils décédé. Quant au reste de la famille, il se comporte de manière aussi indigne avec la pauvre veuve ! Le seul espoir qui demeure pour Yumiko repose sur l'homme qui a causé son malheur, qu'un juge a déclaré non-coupable, mais qui tient malgré tout à venir en aide à la victime. Au point de se rapprocher d'elle ? Je laisse la question sans réponse...

Comme souvent dans le cinéma japonais, j'ai trouvé ce long-métrage d'une remarquable délicatesse. J'ai été favorablement impressionné par l'évolution de l'intrigue: en fait, ce qui ressemble de prime abord à un très touchant portrait de femme va doucement se transformer en autre chose, pour parler finalement d'un duo. Dans le rôle principal, Yoko Tsukasa est exemplaire de justesse, mais je dois dire que son partenaire masculin - le beau Yuzo Kayama - le lui rend bien. Concentré sur le jeu des acteurs, on oublierait presque les qualités formelles du long-métrage... et notamment sa magnifique photo. Toute en teintes pastel, elle renforce l'impression de grande douceur qui flotte sur Nuages épars et vient renforcer sa dimension tragique. Tout est calme en apparence et les sentiments, tels qu'ils s'expriment malgré tout, n'en sont que plus beaux. Je m'y trouve très sensible. Évidemment, plus d'un demi-siècle plus tard, les moeurs ont évolué vers moins de retenue, mais au fond, cela n'enlève rien aux émotions ressenties devant cette histoire simple (et très universelle, je pense).

Nuages épars
Film japonais de Mikio Naruse (1967)

Bon... ce cinéaste ne vient pas (encore ?) remplacer Akira Kurosawa et Yasujiro Ozu au sommet de mes réalisateurs japonais classiques préférés. Il aura cependant été une très belle découverte, ma foi ! Pour en faire d'autres, si ce n'est pas déjà le cas, je vous conseille d'autres films axés sur le personnage féminin, tels Printemps tardif ou Je ne regrette rien de ma jeunesse. Et j'y reviendrai sûrement...

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Attention à ne pas confondre...

Mikio Naruse est également le réalisateur de Nuages flottants (1955) et Nuages d'été (1958). On m'a chaudement recommandé le premier !

Et maintenant, si vous le voulez bien...
Je vous encourage à faire un petit tour sur le blog de l'amie Dasola

mercredi 13 mars 2019

Dans le tourbillon

C'est toujours avec un peu d'appréhension que je me frotte aux films que l'on peut qualifier de grands classiques du cinéma international. Nul doute que 8 1/2 - lire Huit et demi ou, mieux, Otto e mezzo - occupe ce rang. En parler intelligemment est pour moi un vrai défi. J'imagine qu'il faut être à la hauteur de la légende. C'est... complexe !

Heureusement, j'ai eu le grand privilège de découvrir le film au cours d'une soirée de mon association, ce qui m'a donc donné quelques clés avant les premières images et permis d'apprendre que Federico Fellini lui-même recommandait de ne pas trop chercher à les interpréter. D'après le cinéaste, cette remarquable oeuvre n'était pas d'inspiration autobiographique et s'apparentait plutôt au cirque, une autre forme d'art très cher à son coeur. Pour ma part, j'ai en fait ressenti 8 1/2 comme un grand tourbillon, la comparaison avec la piste aux étoiles m'apparaissant d'autant plus justifiée que la musique de Nino Rota semble tout droit sortie d'un chapiteau. Au fond, il ne manque guère que la couleur pour se sentir immergé dans un univers circassien. C'est grave ? Absolument pas: simples témoins du grand désarroi artistique qui s'empare de Guido Anselmi, le... réalisateur de cinéma joué par Marcello Mastroianni, on reste toujours aux premières loges de l'émotion. Il faut s'accrocher: le spectacle ne s'interrompt jamais. À l'écran se mêlent les faits, les rêves, les souvenirs, les fantasmes...

"Jamais comme ici Fellini n'a été aussi haut dans le langage cinématographique, la fantaisie et la force d'expression": le constat est du grand écrivain italien Dino Buzzati, publié à la sortie du film. Alberto Moravia, lui, estimait alors le long-métrage aussi important pour son auteur que pour le cinéma transalpin dans son ensemble ! Faute d'informations plus complètes sur le sujet, il m'est difficile d'affirmer les choses de manière si nette, mais je suis enclin à faire confiance aux jugements positifs des critiques. Je souligne toutefois que 8 1/2 n'a pas réellement fait l'unanimité en son temps. L'ironie veut que, dans le déroulé de la filmo du célèbre Federico, il arrive juste après La dolce vita, qui lui valut une moisson de récompenses diverses (dont une Palme d'or) et de gros ennuis avec les censeurs. Avec le recul des années écoulées depuis, il reste une claque visuelle comme j'en avais très peu vu jusqu'alors... et, oui, ça fait du bien ! Je vous laisse chercher la signification de ce drôle de titre. Le film devait s'appeler La bella confusione. Idée trop explicite, je suppose...

8 1/2
Film italien de Federico Fellini (1963)

Pas une révélation, non, mais presque: ma connaissance des oeuvres du maestro se limitant jusqu'alors à deux films (cf. index), j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir celle-là, d'une incroyable densité. C'est aussi un grand film de femmes: on y croise Claudia Cardinale angélique, Anouk Aimée mélancolique... et beaucoup d'autres encore. Approches plus intenses que dans le Femmes entre elles d'Antonioni !

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Et ce n'est pas tout à fait fini...
À lire: d'autres avis inspirés et inspirants chez Strum, Vincent et Lui.

mardi 12 mars 2019

Changement de ca(m)p

Y jouais-je sur le Commodore 64 de mon oncle ? Ou bien sur l'Amstrad d'un copain ? Je me rappelle un jeu vidéo: The hunt for Red October. C'est de fait quelques années plus tard que j'ai fait le rapprochement avec À la poursuite d'Octobre Rouge, film lui-même tiré d'un roman de Tom Clancy, sorti en 1986. J'ai donc replongé dans cette histoire...

En revoyant le film, bien des souvenirs sont remontés à la surface. Logique, à vrai dire, puisque tout tourne ici autour d'un sous-marin ! Réputé indétectable par les radars grâce à un système de propulsion innovant, l'engin fait la fierté de la marine soviétique. Des essais techniques le conduisent à mettre le cap vers les eaux territoriales américaines. Orienté par Jack Ryan, un expert de la CIA, l'état-major des États-Unis finit par comprendre que le commandant du bâtiment russe n'est pas armé d'intentions belliqueuses: lui et son équipage saisissent simplement la première opportunité... de passer à l'Ouest ! Ce modeste résumé devrait vous suffire pour comprendre aussitôt qu'avec son contexte de guerre froide, À la poursuite d'Octobre Rouge peut paraître un peu "passé de mode" aujourd'hui, trente ans après la chute du Mur de Berlin. Le film - que j'ai donc redécouvert - m'a semblé à la gloire de l'Amérique triomphante. Oui, c'est logique...

Heureusement, il y a Sean Connery dans le rôle principal ! L'acteur écossais joue parfaitement de son charisme naturel pour s'imposer comme crédible dans le costume d'un vieil officier, formé à Moscou. D'ailleurs, je note que le scénario prête à son personnage des origines lituaniennes pour justifier qu'il puisse oser trahir la Mère Patrie. Désormais, que puis-je ajouter ? Classé 27ème au box-office français de l'année 1990, avec un gros million de spectateurs, À la poursuite d'Octobre Rouge avait davantage séduit le public US, se hissant jusqu'au 6ème rang du ranking (120 millions de dollars de recettes). Las ! Les quelques effets spéciaux et autres vues sous-marines n'arrivent plus à tenir le film à flot, son approche formelle ayant perdu de son impact avec le temps. Reste la solution passéiste: l'aspect vintage de ces images préserve tout de même leur capital sympathie. Cela fonctionne sans doute mieux lorsqu'on se souvient de l'époque...

À la poursuite d'Octobre Rouge
Film américain de John McTiernan (1990)

Bon... je ne veux pas être trop sévère, car cela reste un spectacle correct pour une soirée plateau-télé du dimanche soir. Le problème est que le cinéma américain regorge (encore !) d'histoires de ce type. Jack Ryan est lui-même un héros récurrent - cf. Jeux de guerre. Voilà bientôt trente ans, j'étais sans aucun doute moins exigeant ! Allez, j'assume toujours mes petites nostalgies coupables actuelles...

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Vous aimeriez lire une autre chronique ?

OK: il suffit de vous immerger dans les archives de "L'oeil sur l'écran".

lundi 11 mars 2019

Trois gamins dans l'espace

N'est-ce qu'une impression ? Il me semble que les années 80 offraient bien davantage de films centrés sur des personnages d'adolescents. Dernièrement, c'est par un pur hasard que j'ai découvert Explorers. Sans m'appesantir sur sa réputation douteuse, j'ai eu envie de juger par moi-même de sa qualité. Et, de fait, je n'ai pas eu à le déplorer...

Quand Joe Dante s'attaque à cet opus, il est tout auréolé du succès incontestable de son film précédent: Gremlins. La campagne promo autour de ce nouvel opus s'appuiera donc sur cette réussite antérieure pour attirer le spectateur. Et ce sera vite un échec complet ! Sorti dans la précipitation, au coeur de l'été et avant que le réalisateur estime avoir pu finaliser son travail, Explorers connaîtra un flop retentissant, ses recettes n'atteignant qu'un tiers du budget investi. Pourtant, l'histoire est plutôt sympa: un gamin d'une quinzaine d'années rêve de circuits imprimés, ce qui permet à un ami à lui d'inventer une nouvelle source d'énergie et... un vaisseau spatial ! Personnellement, j'ai là aussi le sentiment de revenir à une époque particulière du cinéma américain, désormais révolue. Ah, nostalgie...

Autant être clair: Explorers n'est pas une référence incontournable. Même à l'époque, même dans le genre, il y a mieux. Je suis ravi cependant d'être "tombé" sur cet opus méconnu, qui a le mérite d'enrichir ma culture geek et de dire de belles choses sur les rêves d'enfant. Une oeuvre "symptomatique de son époque", selon l'auteur. J'avoue humblement que j'étais passé un peu à côté du message principal, quand les gosses du film se retrouvent soudain confrontés à d'autres personnages au comportement similaire face au monde extérieur. Bref... une partie de mon plaisir est plutôt venue du choix des jeunes acteurs: on y retrouve River Phoenix et Ethan Hawke ! Oui, l'un et l'autre avaient fait ici leurs grands débuts au cinéma ! Peut-être que les kids de 2019 aimeront s'évader en leur compagnie...

Explorers
Film américain de Joe Dante (1985)

Un peu bancal, ce projet ne manque pas de charme, mais c'est vrai qu'il pourrait vous paraître quelque peu inabouti (et pour cause !). Faut-il jeter le bébé avec l'eau du bain ? Hum... non, je ne crois pas. Cela dit, de E.T. à Les Goonies, en passant aussi par Breakfast Club ou La folle journée de Ferris Bueller, les "films ados" des années 80 peuvent être encore meilleurs. Vous n'aurez que l'embarras du choix...

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Et si vous êtes perdus dans une dimension parallèle...

Vous pouvez demander à Laurent de vous remettre sur le bon chemin.

samedi 9 mars 2019

Toujours plus vite

Allez, une autre virée au French Riviera Motorcycle Film Festival ! Toujours au rayon documentaire, Morbidelli s'adresse aux passionnés de sports mécaniques. Diffusé avec le sous-titre Histoires d'hommes et de motos rapides, ce documentaire d'environ une heure trente retrace le parcours d'une écurie moto de compétition, de 1969 à 1982.

La motivation du créateur (italien) de la marque est encore palpable. Giancarlo Morbidelli, qui avait fait fortune dans l'industrie, témoigne avec passion de ces années passées sur les circuits. Une large place est également laissée aux anciens mécaniciens et pilotes, le souvenir de chacun restant particulièrement vivace. Les plus grands succès sportifs y côtoient de terribles tragédies, les meilleurs champions ayant parfois laissé leur peau sur la piste de leurs performances. Heureusement, le ton du film n'est ni mélancolique, ni plombant. Même si la moto reste loin de mes centres d'intérêt, l'enthousiasme des protagonistes du film a fini par susciter mon adhésion. Chapeau !

Formellement, je n'ai rien de très infamant à dire contre le film. Simplement, j'ai regretté que les très nombreuses images d'archive présentées par les auteurs soient souvent de bien piètre qualité. J'admets toutefois qu'ils n'y sont probablement pour rien. "Reproche" davantage ciblé sur eux: j'ai eu l'impression parfois qu'ils voulaient véritablement tout raconter, en détails. En résulte un léger sentiment d'excès et, par conséquent, de saturation, encore renforcé d'ailleurs par la VO italienne sous-titrée - certes, je ne parle pas la langue. Respect absolu, cela dit, pour l'ensemble des recherches effectuées. Morbidelli remet l'histoire en images. Les connaisseurs apprécieront.

Morbidelli - Storie di uomini e di moto veloci
Documentaire italien de Jeffrey Zani et Matthew Gonzales (2014)

Vous pourrez résumer mon impression en un simple intérêt poli. Sincèrement, je connaissais le nom Morbidelli, mais du côté cette fois de la Formule 1 - le fils du patriarche, Gianni, ayant été pilote auto dans cette discipline entre 1990 et 1997 (sans vrai résultat notable). Bref... je n'ai pas d'autre film à vous proposer sur le même sujet. N'hésitez pas à vous signaler en commentaires si vous en avez, vous !

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Le sujet vous plaît ? Vous en voulez encore ?

Je vous rappelle donc qu'après sa présentation de l'édition de l'année dernière, Joss avait aussi présenté ses coups de coeur, à savoir...
- Continental Circus (Jérôme Laperrousaz / 1972),
- Il était une fois le Continental Circus (Bernard Fau / 2014),
- Les fiancés de la mort (Romelo Marcellini / 1957),
- Italian race (Matteo Rovere / 2016),
- le court 1971, Motorcycle Heart (Stéphanie Varela / 2017),
- le court Trois pêcheurs (Axel Du Bus / 2012).

Une édition 2020 du Festival est d'ores et déjà envisagée. À suivre...

jeudi 7 mars 2019

Son rêve mécanique

J'ai toujours pensé qu'il fallait être fou pour relever certains défis. Celui de Pierre-André Lhomme était de battre un record de vitesse sur les grandes étendues salées de Bonneville, aux États-Unis. L'exploit s'est concrétisé et a donné lieu à un documentaire, diffusé lors de plusieurs festivals. J'ai ainsi eu une occasion de le découvrir...

Le titre - The world's slowest Harley - mérite quelques explications. Visiblement, Pierre-André Lhomme est un vrai passionné de moto. Quand son film démarre, il dit son affection pour les vieilles bécanes américaines et son intérêt pour le bricolage. Une rencontre décisive avec d'autres fondus de mécanique l'entraîne donc vers l'Utah américain, en quête d'un chrono à bord d'un engin motorisé hybride spécialement customisé. Et qui doit, avant de prétendre à un record quelconque, satisfaire à un contrôle technique particulièrement rude ! Parce qu'il s'est inscrit dans une catégorie originale, son concepteur sait d'avance qu'en étant homologué et en parvenant bien sûr à rouler sur la distance requise, il établira donc un temps de référence. Maintenant, quel intérêt ? Juste celui de réaliser un très vieux rêve...

Autant vous le dire: très centré sur Pierre-André Lhomme, le film tourne parfois un peu trop à l'autocélébration. Bien qu'il s'entoure d'amis pour réaliser son grand défi, l'auteur monopolise la parole. Heureusement, son grain de folie est plutôt communicatif et son récit efficace. Jolies images, illustration musicale adéquate, montage soigné... The world's slowest Harley a objectivement belle allure. Moi que la moto n'intéresse que modérément, j'ai pris un plaisir certain à découvrir tout cela... d'autant que le propos est concentré sur une heure. On n'a pas le temps de se lasser vraiment, du coup ! C'est en cela que je parlerai donc d'une belle réussite, sur le fond comme sur la forme. Comment en juger ? C'est une bonne question. J'ignore si le film tourne encore et sa page Facebook ne répond plus...

The world's slowest Harley
Documentaire français de P.-A. Lhomme et Leo Terreros (2017)

Mon bilan est plus qu'honorable pour ce film réussi (dans son genre). Deux choses à préciser. 1) Bonneville, c'est du sérieux: le site accueille aussi des constructeurs venus tester leurs technologies innovantes. 2) J'ai découvert et apprécié The world's slowest Harley lors de la récente édition du French Riviera Motorcycle Film Festival. Spéciale dédicace à Olivier... et p'tit lien vers une chronique de Joss !

mercredi 6 mars 2019

Un voyage sous tension

Joie. Tristesse. Dégoût. Colère. Peur. Un chouette film d'animation déjà évoqué ici s'était amusé à se pencher sur nos émotions fondamentales. L'autre soir, c'est la dernière que je suis allé titiller. Dernier train pour Busan paraissait me promettre un grand frisson. Avec un a priori favorable, je n'avais plus qu'à composter mon billet...

Sok-woo, jeune courtier en bourse, ne vit que par et pour son travail. Sa femme l'a quitté et il a du mal à s'occuper de sa fille, au point d'oublier son anniversaire et, finalement, de lui offrir un cadeau strictement identique à celui qu'elle avait reçu un an auparavant. Vexée et triste, Soo-ahn demande alors à son père de l'accompagner jusqu'à chez sa mère, à des centaines de kilomètres de là. Le duo rejoint donc une gare et entame un voyage de plusieurs heures. Presque aussitôt après, l'histoire déraille. Comment ? Je fais le choix de ne pas vous le dévoiler ici, mais je veux quand même prévenir celles et ceux qui sont sensibles que le récit ne les épargnera pas. Entre scènes explicites et usage flippant du hors-champ, je trouve que Dernier train pour Busan maîtrise son sujet de bout en bout. Constamment tendu comme un arc, l'amateur de cinéma de genre appréciera assurément le déplacement. Pas de répit pour les braves !

Malgré quelques petites redondances, ce pur film geek nous démontre avec éclat que les Américains ont aussi de la concurrence au rayon des blockbusters impressionnants. Ne pas reconnaître les comédiens n'est en rien un problème: bien au contraire, leur relatif anonymat vient encore renforcer l'impression d'avoir affaire à des personnes ordinaires et, de ce fait même, proches de ce que nous sommes. Quelques protagonistes sont un peu caricaturaux, mais pas au point d'être un obstacle à la véritable efficacité narrative du long-métrage. Appuyé sur un pitch des plus minimalistes, Dernier train pour Busan ne se retourne jamais et, les rares fois où il ne file pas à 200 à l'heure sur sa voie toute tracée, nous maintient tout de même sur le qui-vive par ses silences angoissants. Quelle belle leçon de cinéma, les amis ! Elle nous vient d'un inconnu qui, jusqu'alors, n'avait jamais réalisé que des dessins animés. C'est un nom que je vais tâcher de retenir...

Dernier train pour Busan
Film sud-coréen de Yeon Sang-ho (2016)

Merci de m'avoir lu jusqu'ici sans connaître le fin mot de l'histoire ! Juste pour vous donner un indice, je vous dirai que le cinéma américain, lui, nous a immergés dans World war Z ou Sans un bruit. Stop ! Je n'en dirai pas davantage, si ce n'est pour souligner encore que j'ai vraiment passé un bon moment devant ce film éprouvant. Honnêtement, je ne suis pas loin d'en faire une référence du genre...

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lundi 4 mars 2019

L'envers du décor

C'est l'histoire d'un film qui fut d'abord une pièce de théâtre. Il parle avec ardeur... d'une pièce de théâtre souvent adaptée en film. Edmond s'attaque au mythe Cyrano de Bergerac par une face inhabituelle: ainsi que son titre le suggère, il (ré)invente la manière dont il a été écrit par Edmond Rostand, en 1897. Et ce avec panache !

Je vous avoue que j'ai eu un peu peur: au tout départ, il m'a semblé que le Paris reconstitué du film était bien trop rutilant (et lumineux) pour figurer notre capitale à la fin du 19ème. Je suis assez vite passé sur ce détail et je me suis pris au jeu, en fait d'autant plus volontiers que c'est ici une comédie enlevée qui nous est proposée, au service du texte original dans toutes ses dimensions. Les plus "théâtreux" d'entre vous devraient s'y retrouver: sans prétention aucune, Edmond revisite la légende sans jamais sombrer dans la dérision moqueuse. En réalité, on a presque envie de rejoindre le film sur les planches ! Et d'aider son jeune auteur à prendre enfin confiance en ses talents...

Je vous l'ai dit: le long-métrage a d'abord été une pièce de théâtre. Alexis Michalik, le metteur en scène devenu réalisateur, a expliqué qu'il manquait d'argent pour le cinéma et que c'est après son succès côté cour qu'il a pu passer côté jardin. Belle histoire, non ? J'ajoute qu'il s'est entouré d'une troupe d'acteurs très investis dans leurs rôles. Thomas Solivérès, 28 ans, convainc parfaitement en réplique fébrile d'un Rostand surexcité. Citer désormais l'ensemble de la distribution serait fastidieux, mais pas de doute: en pariant sur Olivier Gourmet comme Coquelin/Cyrano, Edmond a su se doter d'un atout de taille ! Impeccable comme toujours, le Belge porte beau dans le costume flamboyant du Gascon. Une prestation qu'on aimerait voir prolongée et qui, pourtant, ne vient jamais affadir celle des autres comédiens. Résultat: le récit est assez long, mais presque idéalement équilibré. Serait-ce un film parfait ? Non, mais je n'ai guère envie de chipoter...

Edmond
Film français d'Alexis Michalik (2019)

Ce joli long-métrage prend sa place parmi les bons Cyrano de cinéma. Il rend d'ailleurs hommage aux autres - je vous laisse voir comment. Dans la lignée de Shakespeare in love, tout "fonctionne" et amuse. Sur le thème, c'est ce que j'ai découvert de plus enthousiasmant depuis mon Cyrano de Bergerac muet d'il y a bientôt deux ans déjà. Même si Michel Vuillermoz m'avait beaucoup plu dans la pièce filmée !

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S'il vous reste du temps pour un sixième acte...

Vous pourrez relever le rideau... en compagnie de Pascale et Dasola.

dimanche 3 mars 2019

Le monde en 2293

Quelque part en Écosse, Sean Connery a 88 ans. Disparu des radars depuis belle lurette, le plus célèbre des anciens James Bond a tourné son dernier film... en 2003 ! De mon côté, j'ai enfin réussi à voir l'une de ses prestations les plus folles: le fameux Zardoz, sorti en 1974. Torse velu, flingue et slip rouge: le comédien donne de sa personne...

L'histoire se passe en 2293. Ce qu'il reste de l'humanité se divise sommairement... oui, en deux catégories: les Éternels, qui ont gagné l'immortalité dans une sorte de jardin d'Eden dont le sexe est banni, et les Brutes, visiblement retombées dans une extrême sauvagerie. Je vous retranscris ça de mémoire, en m'aidant un peu de Wikipédia. Je vous explique: quelques jours ont passé depuis que j'ai vu le film et il est suffisamment "barré" pour que j'aie du mal à le résumer. D'ailleurs, pour information, il paraît qu'on distribuait de petits livres illustrés dans les cinémas afin de mieux familiariser les spectateurs avec ce contexte baroque. Moi, je crains d'être un peu passé à côté...

Zardoz n'est pas un mauvais film, loin de là, et même s'il est cité comme nanar ultime par certain(e)s, je ne le classerai pas ainsi. Fruit de son époque, sans doute, il s'appuie sur une esthétique complexe et, à mon avis, un sujet pas très loin des préoccupations des hippies. Pour être clair, je me dis qu'avec un autre acteur que Sean Connery dans le rôle principal, tout cela serait beaucoup moins surprenant. J'imagine aussi que ce serait bien moins mémorable ! Ma curiosité m'a poussé vers ce long-métrage abscons et je suis ma foi content d'avoir pu le découvrir, dans toute sa démesure. Sa façon détournée et kitsch d'aborder les grands sujets que sont la sexualité, la religion ou la démocratie mérite le détour, même si le résultat pique un peu les yeux (à l'inverse de Charlotte Rampling, premier rôle féminin). Évidemment, ma note paraîtra sévère: elle révèle mon impression mitigée. Respect toutefois pour cette oeuvre, à nulle autre pareille...

Zardoz
Film britannique de John Boorman (1974)

Un opus à regarder en s'étant préparé... à un incroyable voyage. Franchement, il n'y a pas lieu d'être déçu, mais circonspect, oui ! Notez qu'avec Délivrance et Excalibur, John Boorman témoigne aussi d'une appétence certaine pour les univers... je vais dire "décalés". Tant mieux ! Cela nous permet de (re)voir des choses originales. D'aucuns peuvent préférer Dune, Blade runner ou L'âge de cristal...

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Pour vous faire une idée plus complète...

Je vous conseille d'aller lire également les textes de Sentinelle et Lui.