Qu'est-ce qui fait qu'un beau jour, on écarte son idéal politique au point de l'oublier ? Comment - et à partir de quand - devient-on un salaud ? Parfois accusé de complaisance, le nouveau film de Xavier Giannoli traite ces questions en dressant le portrait de Jean Luchaire, militant pacifiste des années 20, puis patron dans la presse... collaborationniste.
C'est une évidence: Les rayons et les ombres revient sur une période trouble de l'histoire de France. Quand, en juin 1940, la drôle de guerre s'arrête à la demande du maréchal Pétain, Jean Luchaire croit possible qu'Allemagne et France travaillent ensemble dans un intérêt commun. Petit à petit, il va faire d'un journal, Les Nouveaux Temps, un outil parfait pour la propagande vichyste et nazie, tout cela en parfait accord avec son vieil ami allemand, Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris. Vite, il oubliera l'horreur de l'Occupation pour s'offrir quelques années d'une vie ultra-luxueuse, dépourvue de la plus petite rigueur morale. Cette histoire, je l'ai de fait découverte au cinéma. Le film la raconte par l'intermédiaire d'un témoin privilégié: Corinne, la fille de Luchaire. Une "gamine" qui, jeune vedette du cinéma à 17 ans, considère son père comme un homme de bien et se vautre avec lui dans la dépravation. C'est cet angle qui vaut parfois au film d'être accusé de minorer les faits et de rendre dès lors aux Luchaire un visage humain, voire respectable. Or, pour connaître la fin de l'histoire, je pense exactement le contraire !
Le scénario retient que Corinne, oie blanche écervelée, a été accusée d'une débauche qui n'était pas la sienne. Il suggère par ailleurs que Jean n'a d'abord agi que pour préserver les siens, sans volonté de nuire. Pourtant, la conclusion est sans équivoque: ce prétendu "aveuglement" est bel et bien coupable. Le père sera fusillé, la fille frappée d'indignité nationale. S'il les présente comme des malades que la tuberculose accable, jamais le film ne les plaint ou ne leur trouve quelque excuse. Tout au plus permet-il à Jean Dujardin de s'illustrer - positivement - dans un rôle majeur, à l'opposé de certaines de ses pitreries passées. Avec lui, une révélation: Nastya Golubeva, d'une justesse remarquable du haut de ses 21-22 ans. Je tiens par ailleurs à mentionner les qualités du grand acteur allemand qu'est August Diehl, aussi convaincant en nazi qu'il l'avait été en Autrichien refusant de rejoindre l'armée hitlérienne. Les rayons et les ombres dure trois heures et quart. Elles passent vite devant un travail technique irréprochable, malgré certaines scènes redondantes (dans des lupanars ou au sanatorium). Un film im-por-tant !
Les rayons et les ombres
Film français de Xavier Giannoli / 2026
J'essaye de ne pas abuser des points d'exclamation, mais les deux placés au terme de mes paragraphes témoignent de mon avis (très) favorable sur ce long-métrage majeur. Il succède à d'autres opus "giannolesques" aux personnages ambigus, comme À l'origine ou Illusions perdues. D'autres sont plus tendres, dans Quand j'étais chanteur et Marguerite. Et pour la France occupée, alors ? Revoyez donc L'armée des ombres...
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Un dernier point pour apporter une nuance...
Il est très possible que le film réinvente le parcours des deux Luchaire jusqu'à leur faire subir des avanies auxquelles ils ont pourtant échappé. Cela ne me choque pas. Il me paraît même assez important de rappeler qu'à la Libération, certains restaient peu soucieux de la "vraie" justice...
Et bien entendu, on peut toujours en débattre...
C'est une évidence: le film du jour a suscité des réactions contrastées. Je vous invite à lire les avis de Pascale, Dasola, Princécranoir et Strum. Tout cela sans oublier de faire un tour sur la Kinopithèque de Benjamin !
C'est une évidence: Les rayons et les ombres revient sur une période trouble de l'histoire de France. Quand, en juin 1940, la drôle de guerre s'arrête à la demande du maréchal Pétain, Jean Luchaire croit possible qu'Allemagne et France travaillent ensemble dans un intérêt commun. Petit à petit, il va faire d'un journal, Les Nouveaux Temps, un outil parfait pour la propagande vichyste et nazie, tout cela en parfait accord avec son vieil ami allemand, Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris. Vite, il oubliera l'horreur de l'Occupation pour s'offrir quelques années d'une vie ultra-luxueuse, dépourvue de la plus petite rigueur morale. Cette histoire, je l'ai de fait découverte au cinéma. Le film la raconte par l'intermédiaire d'un témoin privilégié: Corinne, la fille de Luchaire. Une "gamine" qui, jeune vedette du cinéma à 17 ans, considère son père comme un homme de bien et se vautre avec lui dans la dépravation. C'est cet angle qui vaut parfois au film d'être accusé de minorer les faits et de rendre dès lors aux Luchaire un visage humain, voire respectable. Or, pour connaître la fin de l'histoire, je pense exactement le contraire !
Le scénario retient que Corinne, oie blanche écervelée, a été accusée d'une débauche qui n'était pas la sienne. Il suggère par ailleurs que Jean n'a d'abord agi que pour préserver les siens, sans volonté de nuire. Pourtant, la conclusion est sans équivoque: ce prétendu "aveuglement" est bel et bien coupable. Le père sera fusillé, la fille frappée d'indignité nationale. S'il les présente comme des malades que la tuberculose accable, jamais le film ne les plaint ou ne leur trouve quelque excuse. Tout au plus permet-il à Jean Dujardin de s'illustrer - positivement - dans un rôle majeur, à l'opposé de certaines de ses pitreries passées. Avec lui, une révélation: Nastya Golubeva, d'une justesse remarquable du haut de ses 21-22 ans. Je tiens par ailleurs à mentionner les qualités du grand acteur allemand qu'est August Diehl, aussi convaincant en nazi qu'il l'avait été en Autrichien refusant de rejoindre l'armée hitlérienne. Les rayons et les ombres dure trois heures et quart. Elles passent vite devant un travail technique irréprochable, malgré certaines scènes redondantes (dans des lupanars ou au sanatorium). Un film im-por-tant !
Les rayons et les ombres
Film français de Xavier Giannoli / 2026
J'essaye de ne pas abuser des points d'exclamation, mais les deux placés au terme de mes paragraphes témoignent de mon avis (très) favorable sur ce long-métrage majeur. Il succède à d'autres opus "giannolesques" aux personnages ambigus, comme À l'origine ou Illusions perdues. D'autres sont plus tendres, dans Quand j'étais chanteur et Marguerite. Et pour la France occupée, alors ? Revoyez donc L'armée des ombres...
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Un dernier point pour apporter une nuance...
Il est très possible que le film réinvente le parcours des deux Luchaire jusqu'à leur faire subir des avanies auxquelles ils ont pourtant échappé. Cela ne me choque pas. Il me paraît même assez important de rappeler qu'à la Libération, certains restaient peu soucieux de la "vraie" justice...
Et bien entendu, on peut toujours en débattre...
C'est une évidence: le film du jour a suscité des réactions contrastées. Je vous invite à lire les avis de Pascale, Dasola, Princécranoir et Strum. Tout cela sans oublier de faire un tour sur la Kinopithèque de Benjamin !




















