jeudi 22 janvier 2026

Vivre

1931: le Japon attaque et occupe la région chinoise de Mandchourie. Six ans plus tard, l'armée impériale envahit la Chine continentale. Certains historiens y voient un prélude à la Seconde Guerre mondiale. Pas étonnant donc qu'un artiste comme Hayao Miyazaki s'en saisisse ! Je vous rappelle que le vieux maître est né à Tokyo en janvier 1941...

Dans sa carrière, Le vent se lève est parfois présenté comme un film atypique. Renonçant - au moins en partie - aux mondes et visions oniriques qui ont fait sa notoriété et sa gloire, le réalisateur s'empare d'un important personnage historique: Jiro Horikoshi, le concepteur début 1939 du Mitsubishi Zéro A6M, un avion chasseur bombardier. Au début du film, il n'est encore qu'un gosse fasciné par les machines volantes, influencé (en rêves) par l'ingénieur italien Giovanni Caproni. Petit à petit, nous allons également découvrir son brillant parcours d'étudiant en aéronautique, ses tous premiers succès professionnels dans une usine d'armement et, dans l'élan, la course au rattrapage industriel à laquelle il participe. Le scénario revient sur quelques faits historiques majeurs, à commencer par le séisme de Kanto, en 1923. C'est d'ailleurs très habilement qu'il ose insérer des scènes de songes au coeur de celles qui décrivent, avec fidélité, la vie du personnage...

Je me suis rapidement pris d'affection pour ce petit garçon passionné devenu un adulte travailleur, inconscient parfois de l'usage mortifère donné ensuite à ses inventions. Le récit se fait mélodramatique lorsqu'il retrouve une belle jeune femme, Nahoko, qu'il avait secourue alors qu'elle n'était encore qu'une gamine. Un amour partagé éclora entre les deux protagonistes, trop vite confronté aux terribles aléas de son temps et au spectre de la maladie - non, je n'en dirai pas plus. C'est bien simple: Le vent se lève a su m'émouvoir d'un bout à l'autre. Ce n'est assurément pas qu'une leçon d'histoire, aussi juste soit-elle. C'est aussi un regard sur un homme, une femme et leur existence commune, à une époque qu'on pourra aisément qualifier de "difficile". Il reste, fort heureusement, une place pour la beauté en ce monde. Pour la solidarité, l'amitié ou la camaraderie, aussi. Des valeurs essentielles qui, réunies, constituent une certaine ligne de conduite. Comme l'a écrit Paul Valery, le poète français qui a imaginé le titre que Miyazaki a retenu, "il faut tenter de vivre" ! Parfaite conclusion...

Le vent se lève
(風立ちぬ - Kaze Tachinu)
Film japonais de Hayao Miyazaki / 2013
Cet opus a pu être été considéré comme le testament de son auteur. Aujourd'hui, c'est bien Le garçon et le héron qui est présenté ainsi. OK... mais n'enterrons pas trop vite Miyazaki-san ! Mieux le connaître m'autorise à envisager un intérêt encore accru pour le cinéma nippon. Côté classiques, un film comme Je ne regrette rien de ma jeunesse offrirait une bonne entrée en matière, sur un sujet voisin. À suivre...

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Sur la merveille du jour, on trouve aisément d'autres avis...

Je citerai ainsi ceux de Pascale, Princécranoir, Strum, Vincent et Lui.

mercredi 21 janvier 2026

Robin pour toujours

Je ne crois pas exagérer en affirmant ici que sa disparition soudaine a laissé un grand vide dans le coeur de bien des amoureux du cinéma. Robin Williams était un chic type, visiblement, et revoir ses films m'apparaît dès lors comme une bonne façon d'honorer sa mémoire. Aujourd'hui, je voulais en présenter deux que j'ai vus lors des Fêtes...

Will Hunting (Good Will Hunting)
Film américain de Gus van Sant / 1997
Un prof d'université réputé (Stellan Skarsgård) pose des énigmes mathématiques "salées" à ses élèves et découvre que seul un garçon travaillant sur place, sans être son étudiant, parvient à les résoudre. Problème: le tout jeune homme (Matt Damon) doit répondre d'actes violents auprès de la justice. Il n'échappe à la prison qu'en acceptant qu'un thérapeute (Williams, bon et convaincant) s'occupe de son cas particulier. Joliment ciselé, le scénario du film avait obtenu l'Oscar. Cette récompense me semble méritée, tout comme la statuette dorée remise à notre ami Robin pour son rôle - prétendument - secondaire. Certes, on peut dire que les personnages asociaux qui s'en sortent malgré les obstacles posés sur leur route pullulent dans le cinéma US. N'empêche: ici, tout tient debout et fonctionne assez admirablement. Or, le tout premier script de Will Hunting était celui d'un thriller. Matt Damon et Ben Affleck l'ont repris sur les conseils de Rob Reiner !

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Madame Doutfire (Mrs. Doubtfire)
Film américain de Chris Columbus / 1993
Cet opus a décroché l'Oscar du meilleur maquillage et Robin Williams s'est vu offrir le Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie. Madame Doubtfire est son deuxième plus grand succès sur le sol français, de même qu'aux États-Unis (et le quatrième dans le monde). Daniel, un comédien de doublage, traverse une grave crise conjugale avec Miranda, la mère de ses trois enfants, qui obtient le divorce. Pour ne pas être coupé de sa progéniture, le malheureux papa-poule s'invente un personnage de vieille dame respectable et parvient alors à ce que son ex l'embauche... comme gouvernante de ses marmots. L'idéal pour surveiller également le nouveau compagnon de Madame. Que dire ? Tout cela a pris un coup de vieux, mais reste regardable dans le cadre d'une petite soirée plateau-télé en famille, par exemple. J'ai moi-même souri en revoyant Pierce Brosnan, le sémillant quadra qui, l'année suivante, endosserait finalement le rôle de James Bond. C'est toutefois Robin Williams qui a retenu le gros de mon attention. D'après Sally Field, sa partenaire ici, il était "très sensible et intuitif".

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D'où ma question: de quels films vous souvenez-vous ?

Je reste à l'écoute pour découvrir d'autres pépites de ce grand acteur. Parmi mes p'tits camarades, Ideyvonne est revenue sur Will Hunting. Madame Doubtfire, quant à elle, est désormais aux abonnés absents.

Quant à moi, j'avais déjà chroniqué plusieurs autres opus...
- Good morning, Vietnam / Barry Levinson / 1987,
- Le cercle des poètes disparus / Peter Weir / 1989,
- The fisher king / Terry Gilliam / 1991 (mon préféré !),
- Hook / Steven Spielberg / 1991,
- Jumanji / Joe Johnston / 1995,
- Flubber / Les Mayfield / 1997.

Sans oublier la voix de Robin Williams dans quelques autres...

- Aladdin / Ron Clements et John Musker / 1992,
- A. I. : Intelligence Artificielle / Steven Spielberg / 2002,
- Robots / Chris Wedge et Carlos Saldanha / 2005,
- Happy feet / George Miller / 2006,
- Absolutely anything / Terry Jones / 2015 (son dernier).

Voilà... ce sera tout pour aujourd'hui. Demain, on retourne au Japon !

mardi 20 janvier 2026

Pleins feux sur Pandora

Sorti le 17 décembre, il avait, en deux semaines, atteint cinq millions d'entrées en France et déjà dépassé le milliard de dollars de recettes dans le monde ! Il est confirmé qu'Avatar - De feu et de cendres offre un nouveau grand succès public à James Cameron, seize ans après le premier volet de la saga. C'était gagné d'avance. Peut-être...

À contre-courant, je vais dire tout de suite que le sujet lui-même pourrait bien finir par me lasser, si LES DEUX autres suites attendues maintiennent le cap - la première est envisagée pour Noël 2029. Résumons: sur la planète Pandora, des extraterrestres bienveillants subissent les assauts de militaires humains sans le moindre scrupule. L'un de ces G. I. a rallié la cause des Na'vi et adopté leurs attributs physiques: une haute taille élancée et une sémillante couleur bleue. Sous cette apparence, il a aussi fondé une famille - recomposée - avec une femme de la tribu et endossé les responsabilités d'un chef de clan. Ce que son camp d'origine voit comme de la haute trahison...

Bref, c'est la guerre, encore et toujours: déclarée dans une forêt luxuriante, elle s'était d'ores et déjà étendue à une communauté vivant au bord de l'eau (c'était dans le deuxième épisode, en 2022). Elle est à présent marquée par l'apparition d'une antagoniste nouvelle parmi les Na'vi, créature féminine fascinée par la puissance du feu. Soyons clairs: plus que jamais, Avatar - De feu et de cendres ressemble à une vision "modernisée" des très sanglants combats qui, aux 18ème et 19ème siècles, opposèrent les Amérindiens aux colons venus d'Europe et causèrent plusieurs dizaines de milliers de morts. De mauvais souvenirs remontés à la surface par temps de trumpisme.

À l'écran, le spectacle est assuré: il dure même trois heures et quart ! 197 minutes exactement que j'ai passées derrière des lunettes 3D rendues obligatoires par la version du film choisie par "mon" cinéma. Habituellement, je m'en passe, classant ce supplément de technologie parmi les gadgets inutiles. OK... je dois bien reconnaître aujourd'hui que James Cameron l'utilise comme un outil créatif et le maîtrise parfaitement - non content de l'avoir relancé, en quelque sorte. Objectivement, le nouveau voyage qu'il nous propose sur Pandora mérite toute votre considération: grâce à une profondeur de champ inégalée, on peut se croire véritablement débarqué dans un monde inconnu. L'animation est à la fois très fluide et très belle: un grand kif visuel ! J'imagine que cela concrétise les rêves d'enfant du créateur...

Avatar - De feu et de cendres m'a rappelé la remarquable exposition que j'avais découverte à la Cinémathèque française (Paris) fin 2024. Elle m'avait entre autres donné à réfléchir sur le possible caractère écologique de la geste cameronienne: oui, elle montre des hommes cupides et une nature sauvage menacée, mais s'appuie sur un arsenal technique contemporain que je suppose particulièrement énergivore. Autant ne pas être dupe de ce paradoxe... pour assumer son plaisir. Pas de doute: j'ai bien choisi ma dernière séance du millésime 2025. Ne pas reconnaître les acteurs - dont Oona Chaplin, nouvelle venue - m'importe peu, finalement: je n'étais pas venu pour leurs prouesses. Fortune faite, ils seront sans doute mieux utilisés dans d'autres films futurs (je surveille les meilleurs: Kate Winslet, Sigourney Weaver...). En tant que spectateur, on peut aussi se passer de ce cinéma XXXXL. Rien ne dit qu'il soit le parfait modèle de ce que sera... notre avenir !

Avatar - De feu et de cendres
(Avatar - Fire and ash)
Film américain de James Cameron / 2025
Dans le genre, je ne crois pas connaître de film encore plus poussé ! Cela dit, mes quatre étoiles arrondissent ma note spontanée, l'aspect spectaculaire de cet énôôôrme long-métrage compensant un scénario relativement ordinaire et masquant deux-trois faiblesses narratives. Abyss est et demeure mon Cameron préféré (jusqu'à nouvel ordre). Et, au rayon "aventures spatiales", je resterai sur la case Star wars...

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Vous en voulez encore ?

Gourmands ! Vous pouvez donc filer chez Pascale et Princécranoir. Mais aussi relire mes propres chroniques sur l'épisode 1 et l'épisode 2.

lundi 19 janvier 2026

Keviiiiiiiiiiiin !

Faites-vous partie de ceux qui, à l'approche des Fêtes, ont l'habitude de squatter leur canapé pour voir - ou revoir ! -  des films "de Noël" ? Quelque chose me dit que c'est plutôt une tradition aux États-Unis. Avec un peu de retard, je vous propose aujourd'hui une chronique double autour de deux opus que certains estiment in-con-tour-nables !

Maman, j'ai raté l'avion (Home alone)
Film américain de Chris Columbus / 1990
Originaire de Chicago, la famille McCallister se prépare à passer la fin de l'année à Paris ! Le matin du grand départ, toute la maisonnée s'agite avec d'autant plus d'énergie que le réveil-matin du couple parental n'a pas sonné. Conséquence: on en oublie Kevin, le gosse turbulent qu'on avait puni la veille au soir d'une nuit dans le grenier. Resté seul, l'affreux jojo n'a pas à s'en plaindre... jusqu'à l'arrivée soudaine d'un duo de cambrioleurs. C'est bel et bien une comédie potache qui est proposée ici à ceux qui conservent leur âme d'enfant. Il en existe de meilleures, sans nul doute, mais j'en ai vu de pires ! Plus de trente-cinq ans après sa sortie, le film a une allure rétro propre à éveiller une belle émotion nostalgique - un trésor à partager. Macaulay Culkin, l'acteur principal, en aura fait craquer plus d'un(e)...

Un petit bilan chiffré :

Recettes USA : 285.761.243 $ (1er du box-office 1990),
Entrées France : 2.240.518 tickets (15ème du box-office),
Rentabilité mondiale : 2.926% de son budget de réalisation.

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Maman, j'ai encore raté l'avion (Home alone 2)
Film américain de Chris Columbus / 1992
On prend les mêmes et on recommence, pratiquement à l'identique. Cette fois, c'est vers la Floride que s'embarquent les McCallister. Kevin arrive jusqu'à l'aéroport, mais perd de vue son père à cause d'un lacet récalcitrant et prend alors un vol à destination de New York. Rebelote ensuite: il trouve très amusant de passer la nuit et le jour dans la suite d'un hôtel de luxe, affiche une très grande générosité quand il rencontre une clocharde, écoute sagement la bonne leçon moraliste d'un vieux marchand de joujoux, mais finit par avoir peur lorsqu'il recroise la route des deux voleurs du premier épisode ! J'insiste, les amis: ce deuxième volet ressemble à son prédécesseur. Détail amusant (ou pas): Donald Trump y fait une brève apparition. L'humour est toujours au rendez-vous, proche de celui de cartoons comme Bugs Bunny, Tom et Jerry ou, mon préféré, Bip-Bip et Coyote. Je ne sais pas vraiment si cela peut encore amuser les kids de 2026...

Et du côté des chiffres :
Recettes USA : 172.704.311 $ (2ème du box-office 1992),
Entrées France : 2.359.212 tickets (13ème du box-office),
Rentabilité mondiale : 1.056% de son budget de réalisation.

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NB: une petite statistique INSEE pour terminer...
Kevin est le prénom le plus donné en France entre 1989 et 1997.

Et si vous voulez en savoir plus sur Macauly Culkin...

Sa (relative) discrétion ne l'empêche pas d'avoir une fiche Wikipédia !

dimanche 18 janvier 2026

Judy et Nick, le retour

L'ordre alphabétique l'envoie illico à la dernière place de mon index des longs-métrages. Zootopie 2 trône cependant au tout premier rang du box-office français 2025 - tel que calculé au 30 décembre dernier. Je l'ai vu lors de ma pause, avec ma chère mère: c'était prévu ainsi. Une sortie ciné très agréable, seulement trois petits jours avant Noël.

C'est avec plaisir que nous avons retrouvé Judy et Nick, le duo formé lors du premier épisode. Elle la lapine et lui le renard sont coéquipiers dans les rangs de la police. Le chef d'un réseau de contrebandiers parvient à leur échapper au terme d'une trépidante course-poursuite. Désavoués par leur capitaine, les deux justiciers doivent faire profil bas et s'inscrire dans un atelier "thérapeutique" censé les remettre sur le droit chemin des procédures efficaces. Vous pouvez imaginer que cela ne se passera pas aussi facilement, d'autant qu'un serpent peu soucieux des règles les incite très franchement à vite rempiler. Rien d'original pour un Disney présenté comme le 64ème Classique d'animation de la firme aux grandes oreilles (de souris, évidemment). En résumé, Zootopie 2 fait le job. Je n'en demandais pas davantage !

Zootopie 2
(Zootopia 2)
Film américain de Jared Bush et Byron Howard / 2025
L'univers nous était encore inconnu et les personnages principaux antagonistes: c'est ce qui peut expliquer ma très légère préférence pour Zootopie premier du nom - cela se joue à très peu de choses. Bonne nouvelle pour les fans: un troisième volet paraît envisageable. D'ici là, vous ressentirez peut-être l'envie de retrouver Les bad guys dans leurs oeuvres. Les incognitos et Spycies sont du même acabit...

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Si vous voulez en savoir plus sur ces bestioles...
Pas d'éléphant en vue, mais Dasola a bien voulu prendre leur défense.

samedi 17 janvier 2026

Le temps du départ

Le retour annoncé de Miyazaki sur les Bobines ? C'est tout de suite. Grâce à France Télévision, j'ai pu rattraper certains opus du maître japonais, à commencer par Kiki la petite sorcière. Ce joli film d'animation s'adresse d'abord aux enfants et adolescent(e)s, dirais-je. Ce qui ne veut certes pas dire qu'il ne peut pas intéresser les adultes !

Les règles de conduite de sa famille obligent Kiki, une sorcière adolescente de 13 ans, à quitter ses parents pour vivre quelque temps par ses propres moyens (et en compagnie de son chat parlant, Jiji). Déterminée, la gamine enfourche son balai et s'installe dans une ville d'apparence européenne, assurant alors seule le service de livraison d'une boulangerie-pâtisserie réputée. Elle fait aussi la connaissance de Tombo, un garçon de son âge qui a posé une hélice sur son vélo ! Comme souvent chez Miyazaki, l'espace aérien invite à la découverte et au rêve, l'une et l'autre des deux options étant étroitement liées. Maintenant, c'est à vous de voir si ce type particulier d'histoires correspond à vos goûts pour le cinéma animé, avec ou sans marmots pour vous accompagner face à l'écran. Moi, j'ai plutôt bien accroché...

Kiki la petite sorcière 
(魔女の宅急便 - Majo no takkyūbin)
Film japonais de Hayao Miyazaki / 1989
Certains présentent ce cinquième long-métrage du maître nippon comme une bonne introduction à son univers. Il est à souligner aussi qu'il fait la part belle aux personnages féminins, ce qui peut séduire. Bon... j'avoue que je préfère tout de même Le voyage de Chihiro. Kiki paraît toutefois bien plus avenante que Belladonna pour un film peut-être encore plus "enfantin" que Ponyo sur la falaise (un must)...

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NB: le film n'est arrivé dans les salles françaises qu'en 2004...

"L'oeil sur l'écran" nous propose son avis. Strum une analyse détaillée.

vendredi 16 janvier 2026

Chez les requins

"Le Brésil a vraiment besoin de se pencher davantage sur son passé". Ce n'est pas moi qui le dis, mais Kleber Mendonça Filho. L'artiste assure aussi: "Je voulais écrire un film imprévisible, comme la vie". Chose(s) faite(s) avec L'agent secret, l'une des grandes réussites cinématographiques de la fin 2025. Un opus bien difficile à résumer...

L'histoire commence en 1977, le pays étant alors une dictature militaire. Marcelo, la quarantaine, a quitté São Paulo pour Recife. D'emblée, le ton est donné: l'homme s'arrête dans une station-service pour faire le plein et, juste à côté de la boutique, aperçoit le cadavre d'un type décidé à braquer le pompiste quelques jours auparavant. Supposée venir embarquer le corps, la police n'a encore rien fait ! Marcelo n'est pas rassuré, lui qui déménage pour fuir quelque chose dont nous ne connaîtrons la teneur qu'une petite heure plus tard. Sachez-le: L'agent secret en dure deux et quarante minutes de plus. Cet ample récit a donc tout le temps de faire plusieurs allers-retours dans ce fameux passé brésilien. Au présent, on découvre que le sujet intéresse au moins une jeune femme, à l'écoute de longs témoignages de la vie de Marcelo - ou en fait d'Armando - sur des cassettes audio. Comme au carnaval, les situations peuvent s'inverser. Se renverser...

Je tiens à le (re)dire explicitement: L'agent secret n'est pas un film facile. C'est même, dirais-je, l'oeuvre la plus complexe de son auteur. On y retrouve sa grande capacité à décrire l'état d'une nation multiple et diversifiée, de manière évidemment contrastée. Un bon ami à moi parlait volontiers de "carte postale brésilienne" pour évoquer l'image positive que renvoie le pays en France (et même dans toute l'Europe). Kleber Mendonça Fillho, lui, l'embrasse bel et bien dans sa globalité. Sans oublier, dès lors, ses facettes moins reluisantes, son système politique corrompu, sa violence ou le racisme latent de sa société. Prix de la mise en scène à Cannes, il a aussi trouvé en Wagner Moura un interprète de choix, lui-même récompensé pour ce très beau rôle. L'acteur n'est pas seul, bien sûr, et l'importante troupe qui l'entoure donne au film mille couleurs intéressantes. Je retiendrai la prestation incroyable d'une dame d'âge mûr, Sebastiana de Medeiros, en logeuse à la gouaille imparable. Un personnage qui n'a pas changé d'identité dans un film traversé de faux semblants et qui devrait vous marquer !

L'agent secret
(O agente secreto)
Film brésilien de Kleber Mendonça Filho / 2025

Une oeuvre remarquable, forte parfois d'un suspense hitchcockien. Elle fait écho à un autre grande sortie de 2025: Je suis toujours là. Son auteur, cinéphile, cite Le magnifique et Les dents de la mer parmi ses titres-références, son requin à lui prenant diverses formes. Je ne saurai trop vous encourager à découvrir ses films précédents. J'en ai vu deux: Les bruits de Recife et Aquarius. À vous de juger...

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Si vous voulez d'autres encouragements...

Pascale a écrit sa propre chronique... dès le jour de la sortie du film ! Princécranoir et Strum, eux, affichent des avis franchement opposés.

jeudi 15 janvier 2026

La dame du désert

Je ne doute pas que vous ayez entendu parler de la civilisation inca. Mais connaissez-vous les Nazcas ? Pas moins de 300 ans avant l'ère chrétienne, ils vivaient dans le sud de l'actuel Pérou et y sont restés pendant plus d'un millénaire, bien avant l'arrivée des conquistadors européens. Je vous en parle ce jeudi midi après avoir vu Lady Nazca.

Vous aimez les reconstitutions historiques ? Euh... ce n'est pas l'idée. Réalisateur franco-suisse, Damien Dorsaz a en effet choisi un chemin différent et abordé le sujet par son versant scientifique: dix-huit ans après lui avoir consacré un documentaire, c'est bel et bien une fiction qu'il propose autour de la personnalité de Maria Reiche (1903-1998). Au cours des années 30, cette Allemande née à Dresde était partie pour l'Amérique du sud et devint l'assistante d'un historien américain. Avec lui d'abord et seule ensuite, elle étudia notamment les lignes tracées par la main de l'homme, au beau milieu du désert péruvien. Elle détermina ainsi que ces géoglyphes représentaient 18 sortes différentes d'animaux et de végétaux, tels une sorte de zodiaque permettant aux initiés de mesurer le temps ou d'observer les cycles astronomiques - des conclusions partiellement démenties aujourd'hui. Lady Nazca - le film - nous montre que son héroïne n'eut pas la vie facile, s'opposant notamment à des projets agricoles sur le site même de ses recherches ! La réalité fut-elle aussi abrupte ? Je ne sais pas...

Quoi qu'il en soit, j'ai pris un grand plaisir à découvrir cette histoire et cette femme de conviction. Détail révélateur: ses travaux, menés jusqu'à sa mort, auront aussi permis que les géoglyphes soient classés au Patrimoine mondial de l'Unesco (une distinction obtenue en 1994). Dans une scène, vous verrez Maria Reiche haranguer les responsables politiques en place en vue de faire interdire les zones de cultures implantées sur le terrain, au mépris de la conservation des trésors archéologiques - toute ressemblance avec les lobbies de notre époque n'apparaît pas fortuite. Damien Dorsaz en appelle à nos sentiments humanistes les plus nobles et fait lui-même bon usage de ses outils. Lady Nazca n'est pas seulement un bon film: c'est aussi un BEAU film. Souvent très ensoleillée, la photographie pousse presque au voyage. La musique, elle, apporte un petit souffle émotionnel supplémentaire aux images et par exemple à la magnifique séquence nocturne finale. Mon regret: que cela se soit retrouvé "noyé" parmi les sorties cinéma de fin d'année et passe sous les radars. Cet opus aurait mérité mieux.

Lady Nazca
Film franco-allemand de Damien Dorsaz (2025)

Quatre étoiles enthousiastes pour vous encourager à le rattraper. Marcher ainsi sur les pas de civilisations disparues grâce au cinéma constitue un bonheur dont je ne me lasse pas. Ma référence absolue dans ce genre ? L'immense The lost city of Z de James Gray (2017). Cela dit, dans la logique exploratrice, d'autres films moins connus comme Aux sources du Nil ou La vie pure valent bien d'être (re)vus !

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Besoin d'un autre guide pour le Pérou ?

Ça tombe bien: je parierais bien que Pascale sera ravie d'y retourner. Autre option, la B.D. inspirée du film - et publiée la semaine dernière.

mercredi 14 janvier 2026

Tout sauf sa mère

Amine Adjina le confie joliment: "J'ai la double nationalité algérienne et française. Cela teinte tout ce que j'écris". Je dois bien admettre que je ne savais rien de ce metteur en scène et auteur de théâtre avant de découvrir son premier film: La petite cuisine de Mehdi. Film "pas totalement autobiographique", mais "très personnel", dit-il.

Mehdi est chef dans un bistro de Lyon. Léa, sa copine, y travaille comme serveuse. Les deux tourtereaux se sont d'ailleurs mis d'accord avec leur patron pour lui racheter l'établissement et prendre sa suite. Tout irait bien si Medhi daignait présenter son amoureuse à sa mère. Sauf qu'avare de confidences avec ses trois soeurs, le jeune homme juge préférable de mentir et décide de louer les services d'une "amie" pour tenir le rôle de sa génitrice. Résultat: un p'tit feel good movie honnête, un tantinet mélancolique... et porté par de bons interprètes.

Est-ce que cela pourrait se passer ainsi dans une famille algérienne installée en France depuis trois générations ? Ma foi... peut-être, oui. J'ai avant tout aimé le message du film: il faut mettre un peu de soi pour bien faire à manger, ainsi que pour vivre une histoire d'amour. Peu importe, au fond, que le scénario comporte quelques scènes invraisemblables: cette douce utopie a quelque chose de réconfortant. Vous n'avez jamais vu une femme donner un cours de danse du ventre aux passagers d'un train ? Moi non plus, mais j'aimerais que ça arrive. D'ici là, je goûterais volontiers à la blanquette à l'oranaise de Mehdi. Vous aussi, vous salivez ? La recette figure dans le dossier de presse !

La petite cuisine de Mehdi
Film français d'Amine Adjina / 2025

Une oeuvre modeste, dans le bon sens du terme. Je ne suis pas sûr d'en garder un grand souvenir dans un an, mais c'était un spectacle agréable sur l'instant, parce que dépourvu d'esbroufe et de cynisme. Je ne vous en raconterai pas la fin, mais... vous pouvez l'imaginer. La passion de Dodin Bouffant comblera les palais plus exigeants. Sinon, essayez Soul Kitchen, Délicieux ou même La grande cuisine !

mardi 13 janvier 2026

Un avenir incertain

Hayao Miyazaki est sûrement le plus connu des réalisateurs du cinéma japonais d'animation... et il se peut que certaines de ses créations arrivent très bientôt sur Mille et une bobines. Je vous parlerai d'abord d'un autre maître nippon, né à Tokyo en août 1951: Mamoru Oshii. J'ajoute que c'est la toute première fois que j'évoque l'un de ses films.

Il me faut dire aussi que L'oeuf de l'ange, vu sur le plus grand écran de l'un de mes cinémas de prédilection, restait inédit dans les salles françaises depuis sa sortie dans son pays, il y a déjà quarante ans. J'avoue qu'il n'est pas facile pour moi d'écrire un commentaire pertinent à son sujet, tant les références culturelles qu'il convoque m'apparaissent plus que lointaines: étrangères. Je suis vraiment loin d'avoir tout compris à ce que j'ai vu, mais ces images m'ont fasciné ! C'est donc presque en état de sidération que j'ai suivi la petite fille solitaire qui m'a semblé être l'héroïne de ce récit à nul autre pareil. Elle parcourt les rues d'une ville abandonnée, après une apocalypse dont on ne connaît pas réellement la nature. Il arrive que son chemin croise celui d'étonnants pêcheurs, pressés de dégainer leurs harpons pour atteindre les ombres de poissons qu'ils aperçoivent sur les murs. La gamine ne se mêle jamais à eux et transporte avec elle un oeuf mystérieux, dont elle ignore le contenu. Une sorte de chevalier errant finit par la rejoindre et lui recommande alors d'en prendre bien soin...

Bon... ce n'est pas tous les jours que le cinéma propose un tel voyage. Pour l'apprécier, j'ai vite décidé d'adopter une posture contemplative. Je me suis accroché au décor, insolite et familier à la fois, l'idée étant de faire confiance à mon ressenti plutôt qu'à ma vague capacité d'analyse. Il est agréable, parfois, de s'appuyer sur son intelligence émotionnelle et de se laisser aller, le temps d'une séance inattendue. L'oeuf de l'ange ne dure qu'une heure et onze minutes, vite passées. Après la projo, la lecture d'une longue critique publiée dans Le Monde m'a intéressé, mais ne m'a pas permis d'appréhender la signification exacte de ce que j'avais découvert. Et vous savez quoi ? Tant pis. Malgré les zones d'ombre persistantes, je suis tout à fait content d'avoir ainsi osé "sortir de ma zone de confort cinématographique". C'est une démarche que je recommande, avec ce film et/ou d'autres. Quelque chose me dit en effet qu'elle est profitable sur le long terme. Et ce même si, dès demain, j'évoquerai des oeuvres plus accessibles. Nous avons cette chance d'en voir régulièrement débarquer du Japon !

L'oeuf de l'ange
(天使のたまご - Tenshi no tamago)
Film japonais de Mamoru Oshii / 1985
Le nom du cinéaste vous dit quelque chose ? Il a réalisé l'adaptation du manga Ghost in the shell (dont je ne connais que la version US). Pour ma part, je suis ravi de l'avoir abordé par une autre facette. Plans B possibles: Le château ambulant, Steamboy ou Amer béton. Vous, cinéphiles hardis, apprécierez peut-être Belladonna, un animé inconfortable dont je garde, très honnêtement, un souvenir... mitigé.