dimanche 6 juin 2021

Coupure...

L'heure est venue pour moi de faire un (petit) break: la reprise progressive d'une activité professionnelle "normale" et la présence d'invités chez moi font que j'ai eu moins de temps à consacrer au blog ces dernières semaines. Mon stock de chroniques est donc épuisé. Mille et une bobines s'interrompt ce soir pour deux ou trois semaines.
 
Promis: je reviendrai vous parler d'autres films avant la fin du mois. J'en ai vu plusieurs sur grand écran depuis la réouverture des cinémas et espère que cette reprise va se confirmer - à 65% des jauges totales dès mercredi et à 100% à partir du 30 juin, selon le calendrier officiel. Allez, hop ! Je m'arrête là, mais reprendrai le fil très vite ! À bientôt !

samedi 5 juin 2021

Astérix en 2022

J'ai compté: il est apparu dans neuf films de ce blog. Notre fier ami gaulois devrait pouvoir de nouveau être à l'affiche des cinémas l'an prochain, avec un opus titré Astérix et Obélix - L'empire du milieu. Cet épisode repose sur une histoire originale, détachée de la bande dessinée. Je ne vais pas dire que je suis impatient de le voir, mais...

Guillaume Canet sera notre super-héros national et dirige le tournage en qualité de réalisateur. Il a installé son vieux pote Gilles Lellouche dans les braies d'Obélix - et ce sera donc la première fois que le rôle échappe au mastodonte Gérard Depardieu. Bref... la liste des VIP attendus à l'écran est presque aussi longue qu'une année sans cinéma. Et déjà, certains moquent cette "gourmandise", bien qu'Alain Chabat ait lui aussi, en son temps, convoqué une bonne partie de son carnet d'adresses pour nous offrir en 2002 le truculent Mission Cléopâtre. Attendons un peu, par Toutatis ! Canet ne m'inspire qu'une confiance modérée, mais s'il reste dans l'esprit Uderzo, je lui laisse sa chance...

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Et vous, vous êtes confiants ?

Je précise: la liste des stars invitées au banquet est facile à trouver sur Internet (et notamment la déjà copieuse page Wikipédia du film). Pas sûr qu'elle suffise à ce que je préfère ce futur film en images réelles à Astérix - Le secret de la potion magique (2018), le volet animé 100% original, signé du tandem Louis Clichy / Alexandre Astier.

mercredi 2 juin 2021

Elle... et lui

Comment définir la transidentité ? Je ne maîtrise pas assez le sujet pour essayer. Dans un arrêt de 1986, la Cour européenne des droits de l'homme, elle, a évoqué "les personnes qui, tout en appartenant physiquement à un sexe, ont le sentiment d'appartenir à un autre". Cela me paraît tout à fait le cas du personnage de Lola vers la mer...

Dans ce film sensible, la jeune héroïne a rompu avec ses attaches familiales, vit dans un foyer et a renoncé au prénom que ses parents avaient choisi pour elle à sa naissance: Lionel. Elle vit un drame d'autant plus intense qu'elle vient de perdre sa mère et que son père continue de la rejeter. Tout cela est vraiment lourd pour une ado toujours prise en étau entre son sexe biologique et son ressenti intime. Réfléchissons-y posément: les films qui traitent de ce sujet difficile sont... rares ? Moi, je n'en connais pas d'autre que celui-là. Lola vers la mer a bien quelques défauts, mais il a le grand mérite d'aborder une vraie question d'identité et, plus largement, de société. Pour cela, il a l'intelligence (et le courage) d'avoir choisi une actrice principale transgenre, Mya Bollaers, 25 ans aujourd'hui, remarquable dans sa toute première apparition à l'écran. Elle lui a valu un Magritte du meilleur espoir féminin dans son pays, la Belgique, l'année passée !

Face à elle, Benoît Magimel campe avec beaucoup de justesse un père largement dépassé par les événements. Je m'étais préparé à l'idée que le scénario défendrait le parti de la fille - de manière univoque. C'est à la fois vrai et plus complexe que cela: le duo désaccordé repose sur deux protagonistes fragiles, bien au-delà des caricatures supposées. Lola vers la mer les oppose, bien sûr, les rapproche aussi parfois, et montre avant tout qu'ils ont l'une et l'autre des raisons d'agir comme ils le font. Pas de manichéisme, pas de jugement. L'unique bémol à mon enthousiasme vient de toutes petites scories formelles ou "facilités", qu'il me semble à vrai dire inutile de détailler. Franchement, le film mérite mieux que son faible score au box-office français: à peine 26.362 tickets (malgré 66 copies en circulation). Jamais il ne sombre dans le racolage ou le voyeurisme, soyez-en sûrs. Il me paraît de ce fait digne d'être présenté à des adultes en devenir !

Lola vers la mer
Film franco-belge de Laurent Micheli (2019)

J'aurais pu écrire "belge" seulement: le réalisateur est belge, l'actrice également et l'action se déroule chez nos voisins. Le tout sans oublier que cet opus a été nommé pour le César... du meilleur film étranger ! Qu'importe au fond la nationalité: j'ai vu ici de très belles choses. Bon, on n'est pas dans les tourments adolescents d'un Mommy, hein ? Il n'y a pas une seule route, mais un chemin partagé. Jusqu'au bout...

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Peu de spectateurs, donc, mais une habituée...

Je veux bien sûr parler de notre amie Pascale, qui a plutôt bien aimé.

lundi 31 mai 2021

L'enfant du déluge

J'ai calculé: avec 21 films français, 19 américains et 18 d'autres pays vus et chroniqués en 2021, je colle à peu près à ma "règle" des tiers. J'aime découvrir le monde par le cinéma, mais il peut aussi arriver qu'il me surprenne à partir de lieux a priori familiers. Une impression ressentie il y a peu devant cet étonnant Les bêtes du Sud sauvage...

Caméra d'or au Festival de Cannes 2012, ce long-métrage se déroule en Louisiane et plus exactement dans le Bassin, un lieu (imaginaire ?) où de pauvres gens subsistent dans de vagues cabanes délabrées. L'héroïne du film, Hushpuppy, vit seule avec un père au caractère changeant, à la fois protecteur et violent. Elle n'a encore que 6 ans. Sa mère a disparu ! C'est dans ce contexte social et familial difficile que la gamine doit affronter une tempête que le spectateur attentif aura sûrement tôt fait de rapprocher de l'ouragan Katrina. On notera que les éléments déchaînés risquent ainsi d'avoir pour conséquence fâcheuse... de libérer de la glace des créatures préhistoriques congelées et présentées comme plus dangereuses encore: les aurochs. Entre description d'une réalité crue et saillies poétiques d'un conte pour les enfants, Les bêtes du Sud sauvage atténue les contrastes. Le scénario avance sur un fil et s'efforce de conserver son équilibre...

D'après moi, le pari est gagné, au moins sur le plan de l'originalité. Bien qu'assez tapageur parfois et discutable quant à certains choix narratifs, le long-métrage ne ressemble pas à grand-chose d'identifié au coeur du très vaste ensemble du cinéma américain contemporain. Bien sûr, pour que cela nous touche, il faut s'attacher à Hushpuppy. C'est là que je peux concéder un bémol: le film poursuit la petite fille partout où elle va, mais c'est parfois au détriment des personnages secondaires. Une légère faille dans l'écriture pour Les bêtes du Sud sauvage, pourtant adapté d'une pièce de théâtre, Juicy and Delicious, dont l'autrice - Lucy Alibar - est aussi créditée comme coscénariste. C'est en recherchant des infos sur cette matière première littéraire que j'ai appris qu'au départ, Hushpuppy s'incarnait en jeune garçon. J'ai mieux compris qu'à l'écran, son père fictif l'appelle parfois Boy. Cela dit, à tort ou à raison, je ne crois pas qu'il faille voir un message derrière ce choix: au masculin, le propos serait sans doute le même. Vous avez bien sûr le droit de penser le contraire. À vous d'en juger...

Les bêtes du Sud sauvage
Film américain de Benh Zeitlin (2012)

Le mélange ici entre le monde réel et un univers fantasmagorique emmène le film vers un horizon imprévu: je l'ai bien aimé pour cela. On n'est pas forcément loin des inspirations d'un certain Miyazaki. L'Amérique pauvre, elle, fait l'objet de nombreux films indépendants où la "vraie vie" peut parfois affleurer: The rider en est un exemple. Sur les oubliés du rêve américain, Mud et Certaines femmes brillent !

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De fait, tout le monde ne partage pas mon avis...

Vous pourrez voir que Pascale et Sentinelle sont moins enthousiastes.

samedi 29 mai 2021

Seigneurs des anneaux

La crise sanitaire actuelle aura-t-elle des répercussions sur les Jeux olympiques prévus à Paris en 2024 ? Je l'ignore, mais notre capitale était déjà la ville d'accueil choisie pour l'événement un siècle plus tôt. Les chariots de feu nous ramènent donc dans la France des années folles pour rencontrer la délégation britannique. Chauvins, s'abstenir !

Contrairement aux athlètes, n'allons pas trop vite: c'est dans la cour d'une grande université anglaise que le film "décolle". Tout en prenant quelques libertés avec les faits historiques, le scénario nous immerge d'emblée dans un univers de gentlemen en devenir, pour qui le sport est une activité régulière, indispensable et sublimée par les valeurs de la pratique amateur. Tout cela n'empêche pas ces garçons bien nés d'avoir l'ambition de briller sur les circuits internationaux naissants. D'autres en partagent l'envie: Les chariots de feu orientent leur récit sur l'un des plus illustres, un jeune Écossais transcendé par sa foi chrétienne - ce qui ne sera pas sans conséquence sur son parcours. Bref... une fois posé son décor, le film déroule un biopic à visages multiples plutôt convenu, mais pas inintéressant, deux heures durant.

Quatre Oscars - dont ceux du meilleur film et du meilleur scénario original - vinrent couronner ces efforts méritoires. Je tiens à ajouter que c'est pour sa musique, elle aussi statufiée, que le long-métrage est connu: écrite pour l'occasion, elle est l'oeuvre d'un compositeur grec, Evángelos Odysséas Papathanassíou, alias Vangelis. Une scène d'entraînement sur une plage découverte par la marée basse confirme que Les chariots de feu sera donc un film épique... ou ne sera pas. Quarante ans après, je fais ce constat: en France, il n'avait connu qu'un succès limité, n'attirant qu'un peu plus de 310.000 spectateurs pour échouer à une très anonyme 102ème place de notre box-office national. C'est cependant sans le moindre ennui que je l'ai découvert. Une preuve que son charme vintage peut encore faire son petit effet !

Les chariots de feu
Film britannique de Hugh Hudson (1981)

Un peu old school dans la forme, mais malgré tout réussi: le film porte bien son âge, pas si avancé que ça, en réalité. Quatre étoiles enthousiastes, donc, et en oubliant qu'il reste assurément fort sage. Rayon feel good movies, Eddie the Eagle l'était également. Le sport olympique est nettement moins valorisé dans le rude Foxcatcher. Dont acte: vous choisirez peut-être d'en rire avec À nous la victoire !

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Je vous ai dit que les images du film étaient belles ?

Vous en aurez un aperçu bien plus détaillé du côté de chez Ideyvonne.

mercredi 26 mai 2021

Aux frères disparus

Il n'aura jamais été le plus bavard des cinéastes. Je reparlerai un jour de Michael Cimino et de la façon dont, en deux ans à peine, il passa du statut d'enfant chéri de Hollywood à celui de grand paria du cinéma américain. Avant cela, je veux évoquer Voyage au bout de l'enfer. Son deuxième film, neuf fois nommé et cinq fois élu aux Oscars 1979.

The deer hunter
(en VO - et donc Le chasseur de cerfs en français) reste encore aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands films consacrés à la guerre du Vietnam. Autant le souligner: si le conflit constitue en effet la clé de voûte du long-métrage, il n'y est abordé qu'assez brièvement et disons "à hauteur" de quelques protagonistes. Michael Cimino nous a offert trois heures de cinéma: le bourbier vietnamien n'apparaît qu'à la fin de la première. C'est au coeur même d'une petite communauté d'immigrés lituaniens, ouvriers d'une usine sidérurgique, que le récit nous plonge d'abord. On fait connaissance avec Mike, Steve et Nick, bientôt mobilisés, mais qui ont un mariage et une partie de chasse pour occuper leur dernier week-end de liberté. Et pour nous, spectateurs, tout ce long début est un vrai régal visuel !

Au milieu de la foule rassemblée, on reconnaîtra certains des acteurs parmi les plus talentueux de l'époque: Robert de Niro, Meryl Streep, Christopher Walken, John Cazale... et vous auriez bien raison d'ajouter que la plupart sont les monstres sacrés de notre temps. "Détail" appréciable: ici, aucun(e) ne tire la couverture à lui / elle ! Voyage au bout de l'enfer est à mes yeux une grande réussite collective, la très bonne complémentarité des différents comédiens apportant au scénario une indéniable crédibilité - même si d'aucuns ont reproché au film l'absolu manichéisme de sa partie vietnamienne. Cela peut de fait se discuter: pour expliquer l'immense traumatisme vécu par les anciens GI, le récit nous les montre victimes d'exactions dont la véracité historique est à tout le moins sujette à caution. OK...

Vous voulez mon avis ? Ce n'est franchement pas le plus important. Encore une fois, et malgré quelques scènes particulièrement fortes dans le tiers médian du film, la guerre n'apparaît qu'en toile de fond d'une histoire plus complexe: celle de quelques hommes dont le destin bascule, sur le plan individuel tout aussi bien que sur le plan collectif. Michael Cimino n'en fait pas vraiment des héros: il nous montre toutefois qu'à leur retour, seuls leurs anciens compagnons d'armes parviennent encore à les comprendre et à partager leurs souffrances. La folie belliciste se prolonge: même ceux qui sortent vivants du front des hostilités n'échappent pas à l'effacement de ce qu'ils veulent être. J'aime autant ne pas évoquer comment l'un d'eux est coupé de sa vie d'avant. La photo en rappellera le souvenir à ceux qui ont vu le film...

Voyage au bout de l'enfer
est, bien évidemment, un long-métrage éprouvant. Certains y ont vu un hymne au patriotisme américain. D'après moi, ce n'est pas un contresens absolu, mais une erreur d'interprétation: l'image de l'armée américaine ne sort pas valorisée de ce qui peut se passer à l'écran, sans en être abîmée pour autant. J'insiste: Michael Cimino, qui a l'âge de ses personnages, s'intéresse avant tout à leur évolution, dans un triptyque narratif remarquable d'intelligence et d'empathie. De la part même d'un ancien militaire réserviste, c'est un résultat assez étonnant et le statut de grand film alors attribué à cette oeuvre ne me paraît assurément pas usurpé. L'analyser en détail pourrait nourrir plusieurs autres chroniques. Peut-être les écrirai-je, si je revois tout cela sur un écran de cinéma !

Voyage au bout de l'enfer
Film américain de Michael Cimino (1978)

"Ce n'est un film pas sur le Vietnam. C'est le Vietnam !": la citation de Francis Ford Coppola au sujet de l'immense Apocalypse now, sorti un an plus tard, nous inviterait presque à replacer les deux films face à face, non pour les comparer, mais bien parce qu'ils se répondent. Oui, comme le font les oeuvres majeures, en fait ! Sur cette guerre lointaine, revoir aussi Les visiteurs, Birdy, Full metal jacket, etc...

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Si vous voulez aller encore plus loin...

Voyage au bout de l'enfer trouve un écho un peu partout sur la toile. Pascale l'a notamment cité deux fois: ici et . D'autres mentions existent aussi chez Dasola, Ideyvonne, Strum, Eeguab, Vincent et Lui. Peu de chroniques détaillées, mais plusieurs références intéressantes.

lundi 24 mai 2021

Une rencontre australe

Un curieux paradoxe: alors que j'aime le cinéma quand il me permet de sortir des sentiers battus, c'est souvent avec quelques semaines d'avance que je me décide à regarder tel ou tel film. La randonnée constituera une forme d'exception à cette supposée règle. Je l'ai vu grâce à une amie, qui l'avait programmé sur une plateforme Internet !

Marie-France, mille mercis: grâce à toi, j'ai fait un très beau voyage. L'essentiel du long-métrage se passe en effet dans le bush australien. Là, une adolescente et son très jeune frère sont partis avec leur père pour faire un étonnant pique-nique. Souci: il n'y a plus assez d'essence dans la voiture pour rentrer et, soudain, Papa décide alors... de tirer sur ses chers enfants ! Il ne les atteint pas, mais a gardé une balle pour lui-même. Les gosses se retrouvent seuls au milieu de nulle part. C'est au hasard de leurs pérégrinations qu'ils vont finir par rencontrer celui qui les sauvera peut-être: un jeune Aborigène, lui aussi coupé des siens et qui parle une langue dont ils ignorent tout. Et pourtant...

La randonnée
n'est qu'un titre approximatif. Je vous préciserai donc qu'en VO, le film a pour nom Walkabout. Ce terme très spécifique désigne une sorte de rite initiatique auxquels sont soumis les jeunes issus des familles des premiers peuples australiens. Il s'agit pour eux d'abandonner provisoirement leurs proches pour montrer leur capacité à s'en sortir sans soutien extérieur. Vous mesurez dès lors le fossé culturel qui peut exister entre eux et les enfants blancs des "colons" originaires d'Europe. Le film pose la question de leur cohabitation dans un même lieu de vie, ainsi que de leur possible bonne entente. Las ! Rien n'est facile quand il s'agit de s'apprivoiser réciproquement !

Je ne vais évidemment pas vous dire comment tout cela se termine. En revanche, je tiens à souligner les très grandes qualités formelles du film. La première d'entre elles est évidemment liée à sa photo. Avez-vous déjà pu visiter l'Australie ? Moi non, mais la terre sauvage que l'on arpente ici est d'une beauté incroyable - et encore sublimée par le cinéma, j'imagine. Autre aspect assez fascinant: la bande-son fait la part belle aux bruits de la nature, tout en laissant une place importante à la musique, portée par le lyrisme d'une composition signée John Barry et enrichie par le souffle rauque des didgeridoos australiens. Croyez-moi: il n'est pas compliqué de se laisser emporter.

Un (petit) avertissement: bien qu'adapté d'un roman jeunesse, le film s'adresse plutôt à un public adulte, à mon avis. Cela dit, je note aussi que le British Film Institute en fait l'un des cinquante longs-métrages à voir absolument avant d'avoir 14 ans. Bon... ça reste "accessible". C'est vrai aussi que de jeunes oreilles peuvent se montrer sensibles au message écolo du scénario, plutôt avant-gardiste sur cet aspect. Présenté à Cannes en son temps, La randonnée en était reparti bredouille et demeure méconnu aujourd'hui, un demi-siècle plus tard. Mon seul regret sera de ne pas avoir pu le découvrir sur grand écran. C'est une évidence: il est véritablement taillé pour un format cinéma !

La randonnée

Film australo-britannique de Nicolas Roeg (1971)

Le propos du film n'a rien de joyeux, mais son incroyable beauté formelle aura bien suffi à m'émerveiller. J'ai repensé au mystère insondable d'un autre opus lumineux: Yeelen, tourné, lui, en Afrique. Si c'est le désert australien qui vous attire, Tracks - sorti en 2014 - vaut le détour. La fascination pour ce pays lointain s'entretient aussi via Peter Weir (Pique-nique à Hanging Rock ou La dernière vague).

dimanche 23 mai 2021

Les mots de Nadia

Une autre chronique matinale pour reparler de Nadia Vadori-Gauthier. Il se trouve que je l'ai rencontrée et que j'ai même pu échanger quelques minutes avec elle. Je vous propose un (petit) compte-rendu de cette discussion, menée il y a déjà un peu plus de trois mois. D'accord, nous sommes un peu loin du cinéma, mais j'y reviens vite...

C'est donc bien après les attentats de janvier 2015 à Paris que Nadia s'est lancée dans sa fameuse Minute de danse par jour. Elle appuie son projet sur une sentence de Nietzsche ("Et que l'on estime perdue toute journée où l'on n'aura pas dansé au moins une fois") et un adage chinois ("Goutte à goutte, l'eau finit par transpercer la pierre"). "Comme le Petit Poucet, je sème des cailloux pour que chaque jour vaille la peine. En dansant chaque jour, c'est comme si on arrachait au temps un cristal pour dire que ce jour-là n'est pas perdu". Sourire !

"Comment, par la danse, faire circuler la vie ? Rester ensemble ? Vivants ?". Ce sont les questions que la chorégraphe pose et se pose. Elle dit: "Pour le monde et l'avenir, ce que je fais est infinitésimal". Quand elle a démarré, elle ne soupçonnait pas que ce projet atypique l'occupe toutes les journées de sa vie pendant déjà plus de six ans ! "Pour moi, la goutte d'eau est de l'ordre de l'océan. Cela constitue une oeuvre qui devient presque une archive d'une certaine époque, vue à travers un prisme singulier, qui se tisse à la fois d'éléments d'actualité ou d'autres, personnels". Plus aucun moyen d'y échapper ! Nadia pense toutefois que sa démarche trouve des échos. Elle pense au principe du battement d'ailes du papillon et dit garder la mémoire de tout instant dansé ! Avide aussi d'entendre les souvenirs d'autrui...

"La minute de danse est un acte gratuit". Nadia s'attache à garder une forme de spontanéité et explique qu'elle consacre quatre heures par jour au tournage, au montage et à la mise en ligne des vidéos. Résultat: elle n'a plus trop de temps pour faire "des repérages insensés" des lieux qu'elle choisit pour danser. Elle indique toutefois que "plein de partenariats se sont construits au fil du temps" et cite "des institutions, des lieux ouverts ou fermés au public, des écoles, des hôpitaux, entre autres". Sa démarche lui a permis de rencontrer "des publics très variés, que je n'aurais jamais rencontrés autrement". Exemples: "Des ouvriers de travaux publics, des gens placés en maison de retraite, des enfants, des personnes en hôpital psychiatrique, des soignants, des élus... et des danseurs, bien sûr ! Des artistes. Beaucoup de gens de toutes les strates de la société". Son idée est bien d'aller à la rencontre de l'autre et de sa différence pour, ensuite, "voir ce qui se passe". Nadia se sent parfois privilégiée d'ainsi pénétrer en certains lieux. "C'est aussi ce qu'il faut montrer"...

La chorégraphe ne va pas jusqu'à dire qu'elle a redécouvert la danse. "Cela dit, je m'en suis servi non pas comme d'une simple destination esthétique, mais plutôt comme d'un médium pour un rapport sensible au monde". L'artiste parle aussi d'une certaine dimension éthique. D'engager la danse et de la dépasser pour donner libre cours à l'utopie d'un monde meilleur. Elle dit: "Si quelque chose s'ouvre entre nous quelques secondes avant de se refermer, c'est déjà ça de gagné". Pendant le premier confinement, elle raconte avoir lancé un appel pour que tout le monde danse et alors reçu plus de 5.000 vidéos, venues de France et de l'étranger, "tournées dans les salons, cuisines et salles de bain". Son conclusion: "Même enfermés, nous avons tous quelque chose à porter et à essaimer, par la danse et dans le partage des sensibilités". Elle-même assure ne présager de rien pour la suite et parle des "incroyables mutations" de notre monde. D'un "moment particulier de notre histoire", avec "forcément un avant et un après". Nadia ne peut s'arrêter de danser, "ne serait-ce que pour témoigner" !

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Un petit mot de conclusion...

Je vous encourage à (re)découvrir le travail de Nadia Vadori-Gauthier sur son site, Une minute de danse par jour, enrichi quotidiennement depuis le 14 janvier 2015 ! L'entreprise étonne et séduit justement par cet aspect démesuré, ainsi bien entendu que par sa spontanéité. Vous aurez ainsi l'opportunité d'en apprendre plus sur la chorégraphe et son idée (je cite) "d’investir un corps qui n’a pas d’image a priori".

samedi 22 mai 2021

Danses à l'infini

Je n'avais pas spécialement prévu cette chronique, mais je crois bien de la publier plus tôt que les autres: ce week-end, je vous propose une "rencontre" avec une artiste étonnante, Nadia Vadori-Gauthier. Aujourd'hui, je vais parler du film qui lui est consacré: Une joie secrète. Sorti à l'automne 2019, il n'a attiré que... 3.116 spectateurs.

7 janvier 2015: la France est sous le choc. Deux hommes cagoulés sont parvenus à s'introduire dans les locaux du journal Charlie Hebdo et, sur place ou dans leur fuite, ont laissé douze morts derrière eux. D'autres attentats suivent. En réaction, Nadia Vadori-Gauthier décide d'utiliser son art pour répondre à la barbarie et lance alors un projet artistique toujours vivant aujourd'hui: Une minute de danse par jour. Oui, où qu'elle soit, quoi qu'elle fasse et dans tous les états de santé possibles, Nadia danse, au moins une minute par jour, face caméra. Le site Internet qu'elle a créé compte désormais plus de 2.300 vidéos. On l'y voit seule ou accompagnée, d'autres danseurs ou d'anonymes. Une joie secrète nous raconte cette histoire, folle et belle à la fois. Porteuse de poésie sans aucun doute et, par dessus tout, d'humanité !

Le documentaire s'appuie sur de nombreux témoignages, de l'artiste elle-même et de ses complices en chorégraphie. On pourra regretter que ceux qu'ils embarquent avec eux au gré des rencontres fortuites n'aient pas, en revanche, eu la possibilité d'exprimer leur ressenti. Mais qu'importe, à vrai dire: si Nadia Vadori-Gauthier danse parfois dans un contexte tendu, elle agit toujours avec douceur et empathie. Un drôle de rapport de proximité se crée alors parfois avec un public qui n'en est pas vraiment un. De quoi théoriser sur l'art, en réalité. Chercheuse par ailleurs, la danseuse évoque ainsi plusieurs références philosophiques: Spinoza, Nietzsche, Guatarri ou encore Deleuze. Inutile cependant de les maîtriser pour goûter à Une joie secrète ! Viscérales et instinctives, toutes les envies de danse qui se déploient à l'écran parlent véritablement autant au coeur (et au corps, bien sûr) qu'à l'esprit. La sobriété du documentaire permet d'aborder le sujet sans trop questionner sa pertinence, dont j'ai très vite été convaincu. Il paraît important de conserver une trace de ces gestes éphémères...

Une joie secrète
Documentaire français de Jérôme Cassou (2019)

Je sais que le grand documentariste - américain - Frederick Wiseman est l'auteur d'un film sur les coulisses du Ballet de l'Opéra de Paris. L'approche est sensiblement différente ici et pas moins intéressante. C'est indéniable: Une joie secrète témoigne aussi de notre époque. Vous avez bien sûr le droit de préférer les fictions: Les chaussons rouges, Tous en scène, French Cancan, Rumba, Black swan, Yuli !

jeudi 20 mai 2021

New York avec eux ?

Deux potes descendent d'un cargo arrivé dans le port de Marseille. D'où viennent-ils ? Peu importe. Où vont-ils ? À Paris, si possible. François voudrait y rencontrer celui qui pourrait l'aider à enfin percer dans la musique, mais Denis refuse d'aller plus loin sans la certitude que les choses se passeront bien ainsi ! Début de Marche à l'ombre...

Extrait: "Quand l'baba cool cradoque est sorti d'son bus Volkswagen. Qu'il avait garé comme une loque devant mon rade...": je suis sûr que, parmi vous, certains se souviennent de la chanson de Renaud. Pourtant, même s'il porte le même titre, le film démarre avec un tube de Téléphone, New York avec toi, qui annonce... vous verrez bien ! On colle d'abord aux basques du tandem François / Denis, désaccordé autant qu'il est possible que deux amis le soient, mais solidaire jusqu'au bout de toutes les galères. Arrivé numéro 1 au box-office français l'année de sa sortie, Marche à l'ombre est une comédie étonnante, portée par le sens de la débrouille de ses personnages principaux. Il y avait de l'audace dans le choix d'utiliser le Paris pauvre comme décor d'un vrai (et bon) film de copains. Je me suis dit que rares seraient les réalisateurs qui oseraient le faire aujourd'hui. Ai-je tort ou raison ? C'est avec plaisir que j'en reparlerai avec vous...

Avant cela, je veux souligner que le duo Gérard Lanvin / Michel Blanc fonctionne parfaitement dans ce film attachant et bien plus solaire que la grisaille des bas quartiers parisiens le laisserait supposer. J'ajoute qu'en réalité, le scénario nous parle finalement d'une course effrénée vers le bonheur et la beauté, deux vertus qui s'incarnent rapidement dans le doux visage de Sophie Duez, alors âgée de 22 ans. On pourrait craindre que cette Mathilde littéralement tombée du ciel vienne casser la belle harmonie entre les garçons, mais en fait non ! Au contraire, elle aurait plutôt tendance à leur ouvrir un horizon nouveau, mais je préfère ne pas être trop explicite sur ce point précis. J'aime autant dire que Marche à l'ombre parle du temps passé où, pour parler avec quelqu'un à l'autre bout du pays, on abandonnait quelques pièces dans une cabine téléphonique. Je n'ai pas la nostalgie de l'époque, mais trouve que le film met joliment en scène la France périphérique du temps de Mitterrand. D'où ses presque 6,2 millions d'entrées, je suppose. Mes "chers compatriotes" s'y seront reconnus...

Marche à l'ombre
Film français de Michel Blanc (1984)

L'acteur-réalisateur avait déjà, à cette époque, dix ans de cinéma derrière lui ! J'aimerais revoir ses autres losers magnifiques joués pour l'ami Patrice Leconte (cf. Les bronzés font du ski et/ou Viens chez moi, j'habite chez une copine, sortis en 1979 et 80). Mention pour le regard porté sur les sans-abri dans Une époque formidable de Gérard Jugnot (91), plus dur. Et je repense à Macadam cowboy...