vendredi 16 avril 2021

Fuir Rome et...

Son titre français - en forme de clin d'oeil à Joseph L. Mankiewicz - aurait pu m'égarer: il semble en fait que La paysanne aux pieds nus soit surtout connu des cinéphiles sous son titre italien (La Ciociara). C'est un film que j'ai découvert par hasard, curieux toutefois de voir comment Sophia Loren jouait avec Jean-Paul Belmondo ! Oui, mais...

Sans vouloir faire offense au Français, il est clair que La paysanne... tourne surtout autour de sa star féminine italienne, dans le droit fil d'un scénario coécrit par l'auteur du roman originel: Alberto Moravia. L'histoire nous ramène en 1943, à Rome, sous les bombardements. Inquiète pour sa fille, Cesira décide de fuir la capitale et de retourner dans le village qui l'a vue naître. La jeune femme et l'adolescente entament un voyage périlleux, toutes seules: on apprend que l'époux de Cesira est déjà mort - l'idée que l'intéressée ait fait un mariage d'intérêt avec un vieil homme est émise dès les premiers dialogues. Bref... tout ce que la caméra nous montre alors, des conséquences tragiques de la guerre à l'opposition villes/campagnes, est crédible. Toutefois, le film n'est pas réellement issu de ce courant néoréaliste qui a tant fait pour la notoriété - et la grandeur - du cinéma italien des années 40-50. L'incontestable beauté de Sophia Loren, alors âgée d'à peine 26 ans, s'impose à l'écran, de manière quasi-ininterrompue. L'actrice obtiendra l'Oscar, ainsi que le Prix d'interprétation cannois...

D'aucuns ont dès lors considéré que la belle éclipsait ses partenaires. Derrière des lunettes, Jean-Paul Belmondo compose un personnage idéaliste et s'en sort honorablement, bien qu'il soit doublé en version originale. J'insiste toutefois: bien qu'assez décisif, ce protagoniste demeure au second plan. Pas sûr que je trouve cela si regrettable ! J'ai été touché par La paysanne... grâce à ce qu'il dit de la condition des femmes. En l'occurrence, je me dis que même le cadre historique pourrait être négligé: les comportements masculins que le film expose existent depuis la nuit des temps... et perdurent, aujourd'hui encore. Le fait que le long-métrage ait deux héroïnes n'a donc rien d'anodin. Bravo à la jeune Eleonora Brown ! Attention: relativement optimiste dans sa première partie, le récit est bien plus sombre en conclusion. Les toutes dernières séquences renversent ainsi violemment l'espoir d'un bonheur retrouvé et le plan final, bien qu'intimiste, frappe fort. Ultime précision: j'ai ici découvert une page très sombre de l'histoire de l'armée française. C'est aussi, je crois, ce que je voudrai retenir...

La paysanne aux pieds nus
ou La Ciociara
Film italien de Vittorio de Sica (1960)
J'aime de plus en plus le grand cinéma italien classique, qui "bataille" avec son homologue japonais pour être le quatrième le plus évoqué sur ce blog. Mon film du jour m'encourage vraiment à aller plus loin. Vous préférez le néoréalisme ? Le voleur de bicyclette reste un must chez Vittorio de Sica (et j'ai également prévu de voir Umberto D. prochainement). Le même cinéaste a été plus mordant avec Il boom !

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Pour conclure, un peu de géographie...
Wikipédia indique que la Ciociara est le nom péjoratif qui était donné à une région pauvre de l'Italie, située au sud-est de Rome. Le régime fasciste l'utilisait pour parler de la province de Frosinone. Le terme est tiré de ciocia, qui désigne la chaussure traditionnelle des bergers.

Et vous voulez un autre avis sans attendre ?

J'en ai trouvé deux, pour tout dire assez nuancés, chez Eeguab et Lui.

mercredi 14 avril 2021

Ex-fan des eighties

La fréquence de mon intérêt pour les films popcorn des années 1980 m'incite aujourd'hui à vous en présenter deux d'un coup. Le premier restait un souvenir d'enfance, mais je n'avais jamais vu le second. Sans doute ferai-je encore d'autres séances de revoyure / rattrapage. Cela atténuerait un peu ma morosité quant au sort actuel du cinéma !

Golden child, l'enfant sacré du Tibet
Film américain de Michael Ritchie (1986)

J'en conviens: le pitch de ce truc est tout à fait abracadabrantesque. L'histoire commence par l'enlèvement d'un gamin dans un monastère himalayen. Ledit jeune marmot étant en réalité une sorte de divinité bienveillante, il s'avère que le kidnapping a été commis par une bande de démons à la solde d'une créature infernale plus puissante encore. Bon... si vous avalez ça, vous devriez aussi accepter que le monde puisse être sauvé par un détective californien joué par Eddie Murphy. Que dire de plus ? Que le film est un peu ridicule ? Soit. J'ajouterai que son humour est foireux et que, sur le plan technique, ses effets spéciaux sont ultra-dépassés. Ma note "correcte" s'explique par le fait que j'étais à peine plus vieux que le petit héros quand j'ai découvert ce machin. J'en avais gardé une image: celle d'une canette de Coca transformée en mini-danseur de métal. C'était du Pepsi, en réalité ! Et je me dis que rares sont ceux qui apprécieront la saveur en 2021...

L'aventure intérieure
Film américain de Joe Dante (1987)

Là, pour moi, c'était donc de l'inédit. Je me suis alors rendu compte que j'avais confondu le titre avec celui d'un autre long-métrage américain sorti quelques années plus tard: L'expérience interdite. Bref... ici, il est question d'un jeune officier de marine si arrogant qu'il est détesté par ses collègues et même largué par sa petite amie. Ce qui ne l'empêche pas d'être le cobaye volontaire d'une expérience scientifique devant le conduire à explorer le système vital d'un lapin. Comment donc ? En étant miniaturisé, puis placé aux commandes d'une capsule microscopique et injecté à l'intérieur du rongeur, pardi ! Évidemment, ça ne se passera pas selon le plan prévu: je passe allégrement sur les détails et vais juste souligner le caractère foufou de cette gentille comédie - où Dennis Quaid côtoie la jolie Meg Ryan. Tout cela est très rondement mené... et produit par Steven Spielberg. Conseils: aller lire la chronique de Lui et consulter la vidéo de Vincent.

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Bilan: la nostalgie n'est plus ce qu'elle était...

Vous l'avez compris: aucun des deux films ne m'a absolument emballé. Je ne regrette cependant pas de leur avoir (re)donné une vraie chance et reste donc preneur de vos recommandations 100% eighties. Go go !

lundi 12 avril 2021

Un autre Eldorado

"Enfant du soleil / Ton destin est sans pareil / L'aventure t'appelle. N'attends pas et cours vers elle". Si vous n'aviez qu'une dizaine d'années en 1982-1983, il est fort possible que ses paroles résonnent dans votre esprit. Le manga Les cités d'or a rendu l'Eldorado familier à nombre de gosses de ma génération. Et moi ? Je ne l'ai jamais vu...

Cette ouverture en forme de trompe-l'oeil pour vous parler aujourd'hui d'un autre "dessin animé", récent celui-là: Pachamama. Ce joli film d'animation nous conduit tout droit vers l'un des lointains territoires d'Amérique du Sud, au 16ème siècle, sous l'autorité d'un chef inca. L'occasion de faire connaissance avec Tepulpaï et Naïra, deux enfants que la communauté des "grands" de leur village andin doit admettre en son sein, juste après leur participation à un rituel de passage. Dans ce monde harmonieux, ils se doivent d'être dignes d'une divinité nourricière, en lui offrant sans hésiter ce qu'ils ont de plus précieux. Présentée ainsi, la tradition semble brutale, mais le film ne l'est pas. Au contraire, il donne de la vie des gens modestes une image colorée et joyeuse, soulignant que la nature rend au centuple les attentions que les hommes peuvent avoir pour elle. Idéalisme ? Sans nul doute. Destiné aux jeunes générations, le message reste toutefois justifié...

Bien qu'assez doux dans son ensemble, Pachamama a aussi une part de noirceur. Au cours du récit, les deux petits héros croisent la route d'êtres malfaisants, parmi lesquels une troupe de vils conquistadors fraîchement débarqués de leurs vaisseaux. Je me dis que les images dessinées atténuent probablement la violence de leurs exactions et, du même coup, la crainte que de jeunes enfants pourraient ressentir devant pareil spectacle. Pour ce qui est des adultes, la leçon d'histoire n'est pas inutile - et ce d'autant qu'elle est délivrée dans un film français et francophone, certes, mais dont l'auteur est de nationalité argentine. Bon... je vous rassure: tout cela n'est pas sentencieux. Pour preuve, au plaisir visuel s'associe celui du son, avec une musique originale de grande qualité (signée d'un dénommé Pierre Hamon). Résultat: on découvre un bel hommage aux peuples précolombiens. Est-il historiquement fondé ? J'avoue que je ne m'en suis pas soucié...

Pachamama
Film français de Juan Antin (2018)

Un programme familial: je pense qu'il peut favoriser un joli dialogue entre les générations, pour peu qu'on s'intéresse un peu à son sujet. Autre option: se contenter du "bon divertissement" - c'est déjà bien. Je vais être clair: j'ai préféré Le garçon et le monde, qui parle aussi de l'Amérique du Sud, du Brésil pour être précis... mais d'aujourd'hui. NB: sauf oubli, je n'ai vu aucun autre film d'animation sud-américain !

samedi 10 avril 2021

Les nouveaux aventuriers

Qui n'a jamais rêvé d'être riche à millions pour tout plaquer et partir vivre sur une île au soleil ? C'est le fantasme absolu mis en images dans Le ruffian, l'un des jolis succès publics du début des années 80. L'air de rien, c'est l'un des derniers films avec le grand Lino Ventura ! Cela valait sans doute bien ce regard en arrière, un peu nostalgique...

Aldo est très copain avec Gérard, un ancien pilote auto hémiplégique. Gérard, lui, est très amoureux d'Éléonore, une jolie Québécoise venue en France pour les vacances. Il n'y a toutefois pas de rivalité affective entre les garçons, puisqu'Aldo flirte plus ou moins avec la tenancière d'un bar chic, que ses amis - et ses employés - appellent la baronne. Pour subvenir à ses besoins, Aldo travaille dur dans une mine d'or canadienne, bientôt attaquée par un groupe de bandits des griffes desquels il échappe par miracle, en compagnie de deux collègues assez louches. Je vous passe les détails: avant de fuir le continent américain, il a mis plusieurs pépites en sûreté et, de retour sur le sol européen, il veut motiver ses vieux amis à retourner les chercher. Vous l'aurez compris: ainsi que son titre peut le suggérer, Le ruffian tient bien du film d'aventures "à l'ancienne", placé dans des paysages dépaysants. Avec, en cerise, Bernard Giraudeau et Claudia Cardinale !

J'avais tout juste huit ans quand tous ces personnages sont apparus sur les écrans français. Il me semble avoir lu que c'est José Giovanni lui-même qui sut convaincre le réalisateur d'adapter son propre roman d'aventures, intitulé Les ruffians (au pluriel, donc). Une adaptation assez libre, paraît-il, dont on a préservé la belle histoire d'amitié collective. Pour être tout à fait clair, j'aime beaucoup le souffle d'espoir qui parcourt ce long-métrage, bien résumé par une réplique d'Aldo à sa tendre baronne: "
Tu sais, on a toute la vie pour s'amuser et toute la mort pour se reposer". Le ruffian est un film léger, oui. C'est un film qui ne se prend pas au sérieux - et ça fait un bien fou. Dans ce décor idyllique, j'ai par ailleurs été conquis par la bande originale: rien d'étonnant, en fait, puisqu'elle est d'Ennio Morricone. Notre temps paraît avoir renoncé à ce type de récits: c'est dommage. Quelque chose me dit que l'on gagne à revenir parfois à l'insouciance !

Le ruffian
Film français de José Giovanni (1983)

Je reparlerai très probablement un jour du parcours plus qu'étonnant du réalisateur, ex-condamné à mort devenu romancier et cinéaste. Avant cela, j'ai donc vu un film sympathique et fort divertissant. Assez proche dans l'esprit, avec Lino Ventura encore, mais de nature finalement plus sombre, j'avais vraiment apprécié Les aventuriers. Pas étonné d'y retrouver Giovanni, comme auteur du roman originel...

vendredi 9 avril 2021

Une histoire de chiffres ?

"Si c'est vraiment un si mauvais film, tu devrais alors te demander pourquoi autant de gens sont allés le voir !": toute personne qui aime échanger sur le cinéma a un jour ou l'autre entendu cet argument pseudo-définitif. Moi ? Je ne suis pas un grand suiveur du box-office. N'empêche: j'y jette un oeil parfois... dans une dimension historique !

Qu'est-ce qui pouvait attirer les gens dans les salles de cinéma hier ? Quel type de films les motive à présent ? Sans même vouloir revenir sur les effets de la crise sanitaire, je m'intéresse très objectivement à la manière dont les divers longs-métrages ont été "fréquentés" avant de débarquer sur nos petits écrans quotidiens. J'ai constaté qu'après trois années d'existence, le César du public - offert au film français à l'audience la plus large - n'a pas été décerné cette année. J'y vois un snobisme inconsidéré. Un rejet du public par l'institution...

OK, c'est vrai: Raid dingue, César du public 2018, ne m'attire guère. Les Tuche 3, consacré en 2019, pas davantage. Dans le système d'avant la pandémie, leurs succès auront au moins permis de financer d'autres films plus confidentiels (je n'aime pas tellement ce mot...). En 2020, l'Académie des César avait déjà changé la règle: on a voté pour désigner le lauréat du César parmi les cinq plus gros scores. C'est Les Misérables - 3ème sur la ligne de départ - qui a été élu. Tiens, tiens ! Il a doublé avec le César du meilleur film "tout court" ! Drôle de consensus, vous ne trouvez pas ? Le fruit d'étranges calculs. Cela rappelle la vaine opposition cinéma populaire / cinéma élitiste...

Tiens ! Voici la liste des cinq plus gros triomphes du cinéma français en France depuis que Mille et une bobines existe. J'en ai vu... quatre.
1. Bienvenue chez les Ch'tis (2008) : 20,4 millions d'entrées,
2. Intouchables (2011) : 19,4 millions,
3. Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? (2014) : 12,3 millions,
4. Rien à déclarer (2011) : 8,1 millions,
5. La famille Bélier (2014) : 7,4 millions.

Est-ce qu'il faut les bouder parce qu'ils cartonnent ? Je ne pense pas...

Je n'ai pas encore franchi le pas, mais il n'est pas exclu qu'un jour prochain, je dote ce cher blog d'une rubrique consacrée au box-office. Comme je le disais au début, c'est au moins à mes yeux un indicateur historique du goût des gens à une époque donnée. Il peut se combiner avec beaucoup d'autres, bien sûr, et dès lors donner matière à débat. J'ai mis une photo de Titanic car, à ce jour, c'est encore ce beau film sorti en 1998 qui domine le classement français "de tous les temps" avec ses 20.634.793 entrées. Je relève que l'Amérique triomphante place ici quatre autres de ses représentants dans le top 10: Avatar pointe à la sixième place, devant Autant en emporte le vent (7ème), Les dix commandements (9ème) et Ben-Hur (10ème), des classiques qui ont certes peu - ou pas - dû subir la concurrence télé et Internet. Je le dis sans aucune nostalgie, car j'aime presque tous les cinémas. Et j'ai même déjà décidé de continuer à vous en parler ! Dès demain !

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Pour autant, la discussion sur le sujet n'est pas close...

Je me propose de la poursuivre avec vous en section "commentaires".

mercredi 7 avril 2021

Comme dans un rêve

J'avais depuis longtemps l'envie de me replonger dans la filmographie de David Lynch. C'est donc sans (trop) hésiter que j'ai saisi l'occasion de découvrir l'une de ses oeuvres emblématiques: Mulholland Drive. Présenté à Cannes il y a vingt ans, le film en était reparti avec le Prix de la mise en scène. Il reçut aussi un César du meilleur film étranger !

David Lynch n'a pas pour habitude de livrer des clés d'interprétation pour aider à mieux analyser son travail. Il a dit de Mulholland Drive qu'il s'agissait en fait d'une "histoire d'amour dans la cité des rêves". Parlait-il de Los Angeles ? Le doute est permis. Si l'histoire se déroule là-bas et plus précisément à Hollywood, les images du long-métrage sont presque constamment oniriques ou, en tout cas, peu explicites sur la frontière entre les songes et la réalité. C'est ainsi que le récit nous entraîne d'abord aux côtés de la brune Rita, victime amnésique d'un accident de la route. Puis, nous faisons également connaissance avec la blonde Betty, venue occuper la villa de sa tante en Californie dans l'espoir de passer des castings et de devenir une star du cinéma. Tout n'est-il qu'illusion ? C'est ce que suggère l'un des personnages annexes, tel un porte-parole du magicien caché derrière la caméra. Autant le dire: vous n'êtes assurément pas au bout de vos surprises...

Notre ami cinéaste dit aussi que, comme la musique, le septième art doit - notamment - être appréhendé par les sensations qu'il procure. Les dialogues ne sont pas les uniques outils à utiliser pour décrypter ou simplement apprécier ce qui peut se passer à l'écran. Il s'agit donc d'en utiliser d'autres pour accéder à une "compréhension intime" (sic) de ce qui nous est montré. Bon... ce n'est pas forcément aussi facile ! Mulholland Drive est un film dans lequel on se perd aisément. Interloqué, j'y ai pris un certain plaisir: cela me semble important. Logiquement, étant donné que l'on nous invite à suivre une femme ayant perdu jusqu'à la mémoire d'elle-même, un sentiment d'empathie doit naître chez les spectateurs à l'égard de ce personnage. L'intrigue est beaucoup plus complexe, à vrai dire, et mobilise d'autres cordes sensibles: il arrive que le film inquiète, effraie ou, parfois, fasse rire. Je rejoins bien volontiers ceux qui le présentent comme un puzzle éparpillé, mais j'ajoute qu'il n'y aurait même pas de modèle à suivre. Alors, instrument de prise de tête ou chef d'oeuvre ? À vous de voir...

Mulholland Drive
Film américain de David Lynch (2001)

Je mets une très bonne note au film, avant tout parce qu'il m'a révélé que je pouvais apprécier les mystères lynchiens et donc donné envie d'y retourner encore. Les films incompréhensibles, avec moi, ça passe ou... ça casse: j'ai bien aimé Inherent vice, défendu Oncle Boonmee et mal digéré 9 doigts. Et Les garçons sauvages ? Un rejet total. Pour démarrer "tout doux", côté américain, testez donc Le plongeon !

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Et si vous voulez mieux cerner mon Lynch du jour...

Vous trouverez sans mal de nombreux textes d'exégèse sur Internet. Pour ma part, je vous signale juste la chronique de "L'oeil sur l'écran". Mais le film en a aussi hanté d'autres: Pascale, Dasola, Vincent, etc...

lundi 5 avril 2021

La mort en coulisses

Directeur d'un théâtre parisien, Paul Rémi est anonymement accusé d'avoir entraîné la mort de son associé en le poussant d'une passerelle située au-dessus de la scène. Son épouse lui suggère l'internement dans une clinique psychiatrique pour se soustraire aux investigations de la police. Je ne suis pas convaincu que ce stratagème fonctionne...

L'une des - bonnes - raisons de regarder Les intrigantes en 2021 pourrait être d'y voir Jeanne Moreau, 26 ans, dans le rôle de la femme fatale. Elle est le visage le plus connu d'une distribution très décente pour son époque, avec en outre Raymond Pellegrin, Robert Hirsch, Jacqueline Maillan et Louis de Funès, tout en mimiques dans l'habit étriqué d'un auteur capricieux et peu inspiré. Le scénario du film demeure à mon sens trop sage, malgré un point de départ intéressant et deux / trois rebondissements inattendus. Je dois bien vous avouer que je reste sur un léger sentiment de déception: le suspense attendu n'était pas au rendez-vous. Et les frissons, du coup ? Pas davantage...

J'avais espéré davantage de noirceur... et d'autres morts, peut-être. Le problème est que le meurtrier supposé n'inspire guère ni l'effroi véritable, ni la sympathie macabre: n'eut été la petite ambiguïté soulevée par le comportement de sa femme, on serait resté très loin des classiques du film noir. Oui, Les intrigantes est un très bon titre pour un polar, mais ses promesses ne sont pas tenues: toute l'affaire étant résolue en une petite heure et demie, la tension fait long feu. C'est comme si le réalisateur n'avait pas su choisir entre la facette policière de son récit et la possibilité de montrer comment un théâtre fonctionne. Reste une surprise: le film n'est pas dépourvu d'humour. On peut parler de comique de répétition: un personnage secondaire revient régulièrement à l'écran avec l'intention de parler à Paul Rémi. Maintenant, à vous de découvrir en quoi son rôle sera déterminant ! Cela suffira-t-il à vous épargner un ennui (poli) ? Je n'en jurerai pas...

Les intrigantes
Film français d'Henri Decoin (1954)

Trois étoiles pour le film et une demie en bonus pour le joli casting. Sincèrement, je ne pense pas pouvoir monter plus haut. Le quotidien d'une salle de spectacles en coulisses est beaucoup mieux raconté dans French Cancan, sorti la même année, avec en prime la couleur. Mieux vaut revoir Jeanne Moreau dans Ascenseur pour l'échafaud ! Pour la tension, Le corbeau et Les diaboliques feront bien l'affaire...

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Le film est semble-t-il un peu oublié, mais...

Vous en lirez au moins une autre chronique grâce à "L'oeil sur l'écran".

dimanche 4 avril 2021

Isabelle A.

Isabelle Adjani m'est souvent apparue comme un être insaisissable. Lire les grandes lignes de sa carrière - débutée au cinéma dès 1970 - permet cependant d'apprécier à quel point elle peut être une artiste accomplie, active également sur les planches des théâtres, les scènes musicales, les podiums de la mode. À 66 ans bientôt, je dis chapeau !
 
Sa longue présence sur les écrans a déjà fait d'elle l'une des stars françaises les plus honorées: il ne faut pas oublier qu'à son palmarès figurent - entre autres - cinq César, deux Prix d'interprétation cannois et un Ours d'argent (Berlin). De quoi inspirer le respect de ses pairs. Pourtant, je n'ai pas le sentiment qu'elle soit vraiment la plus aimée de nos grandes dames du cinéma - et même parmi sa génération. L'avoir revue, si sincère et si engagée, dans le film que j'ai présenté avant-hier a fait tilt: elle mérite sans doute d'être mieux considérée. Je note au passage qu'elle est tout de même chevalière de la Légion d'honneur et, au surplus, commandeure de l'ordre Arts et des Lettres !

Assurément, je suis encore loin d'avoir vu la totalité de ses films. Pour mémoire, voici une petite liste de ceux que j'ai déjà chroniqués:
- L'histoire d'Adèle H. / François Truffaut / 1975,
- Le locataire / Roman Polanski / 1976,
- Driver / Walter Hill / 1978,
- Nosferatu, fantôme de la nuit / Werner Herzog / 1979,
- L'été meurtrier / Jean Becker / 1983,
- Mammuth / Benoît Delépine et Gustave Kervern / 2010,
- Raiponce / Byron Howard et Nathan Greno / 2010,
- Le monde est à toi / Romain Gavras / 2018.

Cette filmographie est variée: je m'y confronte dès lors avec intérêt !

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Pour cela, j'ai besoin de vous...

Tous vos conseils (de films ou d'autres formes artistiques, d'ailleurs) sont bons à prendre. Je vous invite également à m'indiquer ci-dessous si vous auriez pu dire que la comédienne "interprète fréquemment des personnages névrosés" et "est reconnue pour la dévotion totale qu'elle accorde à son jeu et l'empathie extrême qu'elle revendique pour chacun de ses personnages". C'est bien ce qu'affirme Wikipédia !

vendredi 2 avril 2021

À cause des glaçons

Quelle drôle d'idée ! Pour enfin tourner le dos à ses petites combines comme un adulte raisonnable, François / Farès cherche un vrai boulot et entreprend dès lors de devenir le distributeur exclusif au Maghreb de la marque... Mister Freeze, spécialiste des glaçons aromatisés ! Seul souci: sa propre mère a dilapidé l'argent qu'il comptait investir...

À l'évidence, ce n'est pas tous les jours que l'on tombe sur un film français proche de Le monde est à toi, tout à la fois un peu régressif et d'une fraîcheur réjouissante, à l'image finalement de la friandise suscitée. Réalisé par le fils du célébrissime Costa-Gavras, cet OFNI déboule sur les écrans, porté par une distribution forte en gueule(s). Dans le rôle principal, Karim Leklou donne ainsi la réplique à des stars épatantes d'engagement comique: rien de moins qu'Isabelle Adjani, Vincent Cassel, François Damiens et Philippe Katerine, pour ne citer que les plus illustres. En résulte un machin 100% barré, entre pur film de gangsters et escapade aux côtés des petites frappes de banlieue...

Mieux vaut éviter de prendre tout cela trop au sérieux, à mon avis. J'ai noté que le réalisateur disait avoir voulu "jouer avec le genre". Quitte à ruer dans les classiques: "Les malfrats mystérieux, la classe, le code d'honneur... ces notions me donnent envie de me pendre. Très loin de la réalité, c'est selon moi une mythologie que le cinéma a créée de toutes pièces". Romain Gavras dit toutefois s'être inspiré de faits réels, relatés par deux amis, l'un avocat, l'autre journaliste. "L'univers de la petite voyoucratie appelle davantage à la comédie qu'au film noir, a-t-il alors expliqué. C'est au travers de ces histoires qu'un univers bien moins glamour que le cinéma de genre a l’habitude de le peindre a vu le jour". D'où le fait que le principal protagoniste n'aspire pas à imposer sa loi, mais d'abord à mener une vie rangée dans un petit pavillon. Je vous laisse découvrir ce qu'il advient alors de cet idéal et juger du coup de la justesse des moyens mis en oeuvre pour s'en approcher. Je le redis: Le monde est à toi n'est pas un film ordinaire. Et pour être clair, cette originalité fait grand plaisir à voir !

Le monde est à toi
Film français de Romain Gavras (2018)

Depuis La haine et avec aujourd'hui Les Misérables, le regard porté par le cinéma français sur la banlieue me semble teinté de violence. Pas cette fois: en adoptant un tout autre ton, cet opus fait mouche. Cela ne donne pas la comédie du siècle, mais un long-métrage atypique - et qui vaut le détour, donc. Tout ce qui brille et La lutte des classes restent (trop ?) sages ! Et Mercuriales ? À vous de voir...

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338.992 spectateurs ont vu le film dans une salle française...

Pascale en fait partie et ne m'a pas attendu avant de vous en parler. Vous verrez: elle évoque "une vraie réussite à ne surtout pas bouder".

mercredi 31 mars 2021

Enfermés

Le troisième - et dernier - tome d'une très populaire série littéraire doit bientôt être publié. Même si l'auteur reste anonyme, l'éditeur parie sur un immense succès mondial: il a embauché neuf traducteurs pour orchestrer une sortie simultanée dans un maximum de pays. Tous réunis, ils travailleront depuis un bunker ultra-sécurisé ! Mais...

Avec l'excellent Lambert Wilson dans le costume impeccable du rôle principal, Les traducteurs ne manque assurément pas de charisme. C'est d'autant plus vrai que d'autres comédiens des plus honorables l'accompagnent dans l'aventure: parmi ceux que je connaissais déjà avant de voir le film, je peux nommer Sara Giraudeau, Olga Kurylenko et Sidse Babett Knudsen chez les dames, mais aussi Eduardo Noriega, Frédéric Chau et encore Riccardo Scamarcio parmi les messieurs. Malheureusement, le résultat n'est pas à la hauteur: cette distribution européenne de qualité n'est jamais vraiment mise en valeur. Le film tourne à vide: il ne parvient pas à enclencher une vitesse supérieure !

Résultat: moi qui espérais voir monter un suspense à forte tendance claustrophobe, je me suis vite désintéressé de ce spectacle médiocre. J'ai tenu jusqu'au bout, mais sans m'être senti tenu en haleine. Dommage: je ne pensais pas voir le dernier chef d'oeuvre du cinéma made in France, mais c'est incontestable que je m'attendais à mieux. Notez qu'à l'international, cela semble fonctionner: Les traducteurs aurait été diffusé dans des pays aussi différents les uns des autres que l'Australie, le Brésil, l'Ukraine et le Japon. C'est un bon produit d'exportation, donc, malgré sa sortie peu avant le début de la crise sanitaire. Me voilà désolé de ne pas me montrer plus enthousiaste ! Le réalisateur, lui, présente son film comme un "thriller sentimental". L'idée lui est venue après qu'il a appris les conditions de traduction d'un polar de Dan Brown: Inferno, un opus de la saga Da Vinci Code. Allez, je veux bien lui souhaiter d'avoir une petite part de ce succès...

Les traducteurs
Film français de Régis Roinsard (2020)

Le huis-clos a du potentiel au cinéma, mais il est ici mal exploité autour de personnages peu intéressants et/ou (très) caricaturaux. C'est sans grand succès que les acteurs essayent de les faire exister. Autant s'enfermer avec la jolie fille de Inside, donc, ou pour un Exam. Si l'enfermement subi vous intéresse, Panic room demeure un plan B acceptable. Barracuda et Tunnel se montrent eux aussi étouffants...
 
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Vous voulez un autre avis ?

C'est l'occasion de vérifier que Pascale n'est qu'à peine plus emballée !

lundi 29 mars 2021

La paix oubliée

Les Mariannes, ça vous dit quelque chose ? Planté au milieu de la Mer des Philippines, ce groupe de petites îles est un territoire américain d'une superficie de 1.026 km2 et peuplé d'environ 210.000 personnes. Jusqu'en 1951, l'un de ces "bouts de caillou" a accueilli des soldats japonais, convaincus que la Guerre du Pacifique n'était pas terminée !

Un survivant a ensuite raconté toute l'histoire dans un livre, adapté au cinéma par Josef von Sternberg, un grand réalisateur américain d'origine autrichienne. On a fait connaissance avec... une femme ! Fièvre sur Anatahan explique que, seule représentante du beau sexe parmi la troupe, la mystérieuse Keiko vivait déjà sur l'île en 1944 lorsque les naufragés de la marine de guerre nippone y ont débarqué. Elle est alors devenue leur "reine des abeilles", capable de les fasciner tous, mais aussi, à son insu, une source de discorde et une proie. Pourtant bien réel et vivant, ce beau personnage m'est parfois apparu comme une énième représentation du fantôme japonais traditionnel. Il enferme en lui quelque chose de mystérieux et d'assez évanescent pour susciter un trouble qui n'est pas exclusivement d'ordre érotique. L'usage quasi-constant par le film de la langue originale (non traduite) renforce ce sentiment de flou. Ce que j'ai trouvé des plus agréables...

Rassurez-vous: le film vous donne tout de même quelques repères. Tout au long du métrage, il est en effet séquencé par une voix off anglophone, que le réalisateur a en fait tenu à enregistrer lui-même. On constatera vite que, s'il est souvent fait mention du personnage féminin, le narrateur parle au nom des hommes, comme l'a fait celui qui est revenu sur le sujet après coup. Une fois ce dispositif compris et accepté, Fièvre sur Anatahan se déploie et prend toute sa mesure dramatique: votre vision de l'humanité pourrait s'en trouver altérée ! Curieusement, la remarquable photographie noir et blanc ne fait rien pour nous tenir à distance: au contraire, j'ai trouvé que les images acquéraient presque, grâce à ce choix, une dimension mythologique. Bon... je n'irai pas jusqu'à parler de portée universelle: je crois juste qu'il n'est pas indispensable de connaître l'Asie pour céder au charme vénéneux du récit. Et je n'ai pas terminé d'en explorer les symboles...

Fièvre sur Anatahan
Film japonais de Josef von Sternberg (1953)

De la fin des événements au film, il ne se sera passé que deux ans ! Cela renforce encore la puissance émotionnelle de ce long-métrage atypique, entièrement basé sur une histoire qui ne l'est pas moins. Comment trouver une oeuvre vaguement comparable ? Signes de vie n'est qu'un très lointain cousin allemand et Profonds désirs des dieux un choc d'une autre nature. Voyez L'île nue. Ou Tabou, à la rigueur...

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Et pour aller un peu plus loin encore...

Le film est mis à disposition sur la plateforme Arte jusqu'au 19 avril. Et vous pourrez également vous référer à l'avis de "L'oeil sur l'écran" !

dimanche 28 mars 2021

En attendant Clint...

Une info rapide: je profite d'avoir revu La mule (avec mes parents) pour vous dire deux mots du tout dernier projet de Clint Eastwood. Entre le 4 novembre et le 16 décembre l'année dernière, le réalisateur est parvenu à mettre en boîte un nouveau film, intitulé Cry Macho. Et qui y tient le rôle principal, à votre avis ? Clint lui-même, bien sûr !

Le pitch est tout ce qu'il y a de plus eastwoodien: une ancienne star du rodéo est contactée par un homme qui lui demande de se rendre au Mexique pour ramener son fils, parti avec sa mère alcoolique. C'est l'adaptation d'un roman de N. Richard Nash, lui-même auteur d'un premier scénario dès 1975, mais incapable de trouver un studio pour tourner. L'intérêt d'Eastwood pour le sujet remonte déjà à 1988 !

D'autres comédiens auraient pu lui griller la politesse: Burt Lancaster et Pierce Brosnan furent évoqués. Roy Scheider, lui, eut la possibilité de se lancer en 1991: sa version est restée inachevée. On parla ensuite d'Arnold Schwarzenegger, mais élu gouverneur, il fut retenu par ses obligations politiques, puis englué dans un scandale d'enfant caché ! Autant de circonstances qui ont fini par sourire à Papy Clint...

Reste à envisager l'avenir et à réfléchir à la chronologie des médias. Warner annonce le film pour le 22 octobre, mais le rendrait disponible en simultané au cinéma et sur sa plateforme à la demande, HBO Max. D'où ma crainte: d'autres longs-métrages exploités de cette manière risquent en effet de ne jamais être proposés aux salles françaises. Comme si le coronavirus avait besoin d'aide pour plomber l'ambiance !

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Et vous, vous l'attendez, cet Eastwood 2021 ?

Je vous invite à me livrer vos diverses impressions en commentaires.

vendredi 26 mars 2021

Liaison fatale

Le nom de Gabrielle Russier vous est-il familier ? Cette jeune femme a défrayé la chronique en 1968 lorsque, professeure dans un lycée marseillais, elle a entretenu une liaison avec l'un de ses élèves. L'affaire est venue devant la justice et s'est terminée par un suicide. Très vite, ce drame a inspiré un beau film. Son titre: Mourir d'aimer.

Sorti trois ans après les faits, ce long-métrage témoigne du courage et de l'engagement de l'actrice principale: la grande Annie Girardot. C'est elle qui m'a donné envie de me pencher sur cette triste histoire. C'est elle aussi qui tient le film sur ses épaules, avec plus de force que son jeune partenaire - Bruno Pradal, il est vrai encore débutant. Avec le recul du temps qui est passé, on mesure mieux l'injustice qu'ont eu à subir les deux amants: en prison pour elle, en hôpital psychiatrique pour lui. Et, même si leur (grande) différence d'âge pose question, on est choqué de voir à quel point la famille de l'ado s'est acharnée contre celle qu'elle considérait comme une sorcière ! Ces gens, pourtant, avaient plutôt des idées orientées très à gauche. Ils étaient eux aussi professeurs. Et ils connaissaient bien Gabrielle...

Surprise: au début du film, un carton indique que les personnages sont imaginaires et présente ainsi comme une "pure coïncidence" toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant existé. Certes, au cinéma, tout se passe à Rouen, mais après m'être penché sur les vrais protagonistes, je peux vous certifier que le scénario reste extrêmement proche de la réalité historique. Mourir d'aimer entre d'ailleurs aussitôt dans le vif du sujet: il ne donne aucun détail sur la manière dont le couple a pu se former et vient de facto rappeler qu'il n'a eu que très peu de temps - et d'occasions - pour s'épanouir vraiment. Dans le contexte post-Mai 68, c'est un constat saisissant ! Je n'ai pas été franchement surpris d'apprendre que le long-métrage avait connu un grand succès à sa sortie: 5,9 millions de spectateurs. Il occupe le cinquième rang des films français les plus vus au cours des années 70... et mérite que l'on s'y intéresse encore aujourd'hui. Le relatif académisme de sa réalisation n'en amoindrit pas la force. Allez donc savoir comment tout cela se serait terminé, de nos jours...
 
Mourir d'aimer
Film français d'André Cayatte (1971)

Cette histoire ne pouvait être examinée qu'avec beaucoup de pudeur. Nul besoin de crier pour être percutant: d'une très grande sobriété formelle, ce long-métrage nous montre à l'évidence qu'un style retenu permet tout aussi bien de faire passer de belles émotions au cinéma. D'autres films d'amour contrarié ? Le secret de Brokeback Mountain en est un, mais pas vraiment comparable. Je veux revoir Love story !

mercredi 24 mars 2021

Une vie sous contrôle ?

Le voyage dans le temps est l'un des thèmes récurrents du cinéma fantastique. Dans le film que je présente aujourd'hui, un jeune adulte possède le super-pouvoir de revenir dans le passé rien qu'en serrant les poings et en se concentrant, le tout dans une petite pièce sombre. Ce qui lui donne la chance... de corriger quelques erreurs de parcours.

Il était temps
est un film que j'avais raté au cinéma et j'espérais voir depuis longtemps. Il présente d'abord des airs de comédie romantique moderne: Domhnall Gleeson, qui incarne Tim, est certes un peu vieux pour ce rôle, mais "colle" bien avec la gaucherie de son personnage. Certains se reconnaîtront sans doute dans cet avatar de cinéma. Léger, le ton du long-métrage s'enrichit d'une petite dose de gravité quand le héros vieillit, se marie, a un boulot et un premier enfant. Tout ce cheminement peut sembler banal, mais sa simplicité même rend l'affaire attachante. On nous raconte l'histoire d'une simple vie qui ressemble à la nôtre, à cette différence près que sa trajectoire peut être rectifiée si elle s'écarte du droit chemin d'abord envisagé. Serait-ce judicieux de vouloir ainsi contrôler sa destinée ? Ce récit alimente la réflexion et traite la question avec beaucoup de finesse...

Incarné par l'excellent Bill Nighy, le père du principal protagoniste apporte au film un léger supplément de mélancolie qui le transforme en autre chose qu'une pochade post-adolescente des plus ordinaires. Mary, la compagne de Tim (Rachel McAdams), passe au second plan quand les deux hommes se rapprochent, ce qui paraît à la fois logique et un peu regrettable - je ne pense pas que sa présence sur le devant de la scène aurait affaibli le propos. Bref... tel quel, Il était temps conserve assez d'atouts dans son jeu pour séduire un large public. Aurait-il cependant été mal distribué en France ? Il n'y a guère attiré qu'un peu plus de 217.000 spectateurs dans les salles obscures. Allociné lui accorde toutefois une note de 4,2 / 5 côté grand public. Bon... il est vrai que la note "médias" est plus faible (3,2 seulement). Ce serait vraiment dommage de reculer à la lecture de ce chiffre moyen: comme à chaque fois, la vérité du film, c'est d'abord la vôtre !

Il était temps
Film britannique de Richard Curtis (2013)

Scénariste réputé, le réalisateur mélange ici l'humour et l'émotion pour composer un joli film, avec sensibilité, mais sans mièvrerie. L'équilibre est presque parfait et offre un bon moment de cinéma populaire. À celles et ceux qui cherchent une comédie romantique originale, je conseille habituellement un opus coréen: My sassy girl. La délicatesse et Elle s'appelle Ruby m'avaient bien plu également...

lundi 22 mars 2021

Le rêve de la danse

"What a feeeeeeeeeeeeling" ! Qui n'a jamais daigné bouger son corps sur le tube im-pa-rable d'Irene Cara me jette la première pierre. J'avoue: je me suis transformé en midinette devant Flashdance. Mine de rien, il s'agit du sixième plus grand succès du box-office français pour l'année 1983. Il se classe troisième sur le sol américain !

Alex Owens, 18 ans, vit à Pittsburgh et travaille en tant que soudeuse dans une usine sidérurgique. Elle s'offre un complément de salaire comme danseuse sexy dans un cabaret, en tout bien tout honneur. L'adolescente, malgré toute sa fougue, n'a pas assez confiance en elle pour passer les auditions d'une école de ballet: elle a le sentiment qu'elle n'y serait pas à sa place. Elle vit donc un relatif entre-deux affectif, avec pour principale compagnie une ancienne ballerine devenue une vieille dame et le bon gros toutou qu'elle a adopté. J'imagine que la suite n'a rien de très surprenant: tout va s'arranger ! Flashdance est l'un de ces récits initiatiques propres au cinéma US...

Sans échapper aux clichés, le film est donc transcendé par une bande originale emballante, qui rappellera des souvenirs à celles et ceux d'entre vous qui ont connu - et aimé - les eighties. "She's a maniiiiac ! Maniiiiiiac on the floor ! And she's dancing like she's never danced before" ! Les grands hymnes de cette joyeuse époque s'enchaînent sans répit et je suis persuadé que vous en reconnaîtrez quelques-uns. Bon... Flashdance n'a pas grand-chose d'autre à offrir, à dire vrai. C'est un classique de son temps, porté par l'énergie (communicative) de la jolie Jennifer Beals - 19 ans seulement lorsque le film est sorti. Wikipédia dit qu'elle fut choisie aux dépens de deux autres candidates et après que des photos ont circulé au sein de l'équipe de production. Pour les aider à se décider, il aurait été demandé à ces messieurs avec laquelle des trois comédiennes en lice... ils aimeraient coucher ! C'est certain qu'à l'époque, il n'était pas encore question de #MeToo...

Flashdance
Film américain d'Adrian Lyne (1983)

Quatre étoiles généreuses pour cette guimauve à la saveur vintage. Quelque chose dans le scénario m'a rappelé Rocky, autre "biographie" d'un héros issu du peuple qui s'accomplit - et se révèle à lui-même - via la pratique d'une activité physique. Si l
a danse vous a attirés jusqu'ici, un classique pourrait vous plaire (Les chaussons rouges ?). Parmi les films récents, je conseille The fits ! Et mieux encore: Yuli !

samedi 20 mars 2021

Tordu et farfelu

J'ai récemment entendu Pierre Richard parler à la télé de ses regrets d'avoir refusé un rôle (principal) dans un film avec Louis de Funès. C'est aux côtés de Michel Serrault - et d'Anna Galiena - qu'il évolue dans Vieille canaille. Je n'avais jamais entendu parler de cet opus jusqu'à son arrivée au programme... de l'une de mes chaînes Internet.

Imprimeur de province, Darius Caunes s'entend si mal avec sa femme qu'un soir, il finit par l'étrangler. Deux années passent sans qu'il soit inquiété. Notre homme a sympathisé avec le flic chargé de l'enquête et gardé tant de confiance en son talent qu'il arrondit ses fins de mois en se fabriquant de faux billets, qu'il blanchit allégrement dans l'une ou l'autre des boutiques des villes environnantes. Une mécanique huilée à la perfection et que rien ne semble dès lors devoir enrayer. Évidemment, comme vous pouvez l'imaginer, ce n'est pas si simple ! On constatera non sans jubilation qu'une secrétaire un peu godiche pourrait bien être le grain de sable venu dérégler la belle horlogerie...

Deux personnages ambigus, un autre du genre tordu: Vieille canaille nous propose un spectacle tout à la fois décousu et farfelu. Le film souffre parfois d'un manque de rythme, mais attire la sympathie grâce aux trois acteurs principaux. Avis à ses fans: Catherine Frot apparaît, elle aussi, dans un petit rôle - son quatorzième au cinéma. Cette distribution prestigieuse ne fait pas du film un vrai classique incontournable, mais elle le rend agréable à suivre, faute de mieux. Allergiques à l'humour noir (et potache), vous pouvez vous abstenir ! Les autres, je ne vois pas de raison objective de bouder votre plaisir possible, à moins que vous attendiez davantage qu'un divertissement sans prétention. Pour une p'tite soirée plateau-télé, ça fera l'affaire. Même si, à l'époque, le film n'a attiré que 161.370 curieux en salles...

Vieille canaille
Film français de Gérard Jourd'hui (1993)

Serrault fait du Serrault, Richard joue - légèrement - à contre-emploi et Galiena sur plusieurs tableaux: la combinaison est assez décente. J'ai repensé à Rien ne va plus pour le grand Michel en arnaqueur toujours, avec cette fois Isabelle Huppert comme complice régulière. L'escroquerie de large envergure n'a pas forcément le même charme. Sauf si L'arnaque est montée par Newman et Redford, bien entendu !

jeudi 18 mars 2021

À un fil

La voix suffit-elle pour générer le frisson ? Le film dont je parlerai aujourd'hui le laisse supposer, puisqu'il n'est autre que l'adaptation d'une pièce radiophonique (diffusée sous la forme d'un monologue). Raccrochez, c'est une erreur ! bénéficie, au cinéma, d'un casting séduisant, avec Barbara Stanwyck et Burt Lancaster en tête d'affiche !

Désormais presque constamment reliés à nos smartphones, on oublie qu'il y a seulement quelques décennies, il fallait qu'une opératrice intervienne avant que nous puissions entrer en communication directe avec un correspondant. Dans mon thriller du jour, un bug perturbe la liaison d'une femme malade, contrainte à ne plus bouger de son lit et dont le mari s'est soudain absenté de manière imprévue. C'est ce problème technique qui fait de Leona Stevenson le témoin auditif d'un complot criminel. Avertie, la police ne prend pas la chose au sérieux - et la pauvre qui a tout entendu de voir sa peur grandir ! Scénario improbable, direz-vous ? Peut-être, mais tout "fonctionne"...

L'action se déroule pour ainsi dire en temps réel: cela apporte au film une touche de modernité bien venue et un rythme plutôt haletant. IMDb pointe quelques faux raccords, mais c'est juste pour chipoter. Moi, je me suis laissé embarquer, avec juste un questionnement ultime sur l'interprétation de la fin (que je ne vais pas vous révéler). Oui, Raccrochez, c'est une erreur ! démontre encore une efficacité certaine, et ce malgré son grand âge: du bon cinéma hollywoodien. Honnêtement, j'aurais préféré que toute l'intrigue se déroule à huis clos, mais le fait est que l'affaire est malgré tout assez bien ficelée pour que l'on prenne plaisir à ses divers rebondissements. En un mot comme en cent, les promesses du départ sont tenues: c'est déjà bien. On évitera de laisser traîner son portable dans sa chambre à coucher !

Raccrochez, c'est une erreur !
Film américain d'Anatole Litvak (1948)

Une fois amorcé, le suspense ne faiblit guère: le film est donc réussi. La performance de Barbara Stanwick m'a beaucoup plu, Burt Lancaster paraissant plus effacé - il n'avait certes que deux ans d'expérience. Bon... pour l'angoisse, j'ai préféré Chut... chut, chère Charlotte. Vous cherchez une production cinéma plus récente avec un téléphone comme objet central ? The guilty pourrait assurément vous convenir !

lundi 15 mars 2021

Braquages

Vous savez que j'aime rapprocher les films entre eux. Les différences qui séparent les deux opus dont je voulais vous entretenir aujourd'hui ne m'ont pas empêché de remarquer qu'il est question d'un braquage dans l'un et l'autre de ces récits. D'où mon envie de les aborder ensemble dans un diptyque, il est vrai un peu "tiré par les cheveux"...

Tueurs
Film belge de François Troukens et Jean-François Hensgens (2017)

Avec Olivier Gourmet et Bouli Lanners en tête d'affiche, il faut dire que ce polar m'attirait beaucoup. Âmes sensibles, soyez prévenues d'office: c'est un vrai film noir, sans concession et violent. L'intrigue tourne autour d'une bande de truands, en route pour un dernier coup. Leur casse ultime est une vraie réussite, mais tout dégénère soudain lorsqu'ils s'extraient du lieu de leur crime: les malchanceux anonymes qui passaient dans le coin sont abattus sans sommation. La police identifie une magistrate parmi les victimes... et ce n'est que le début d'une longue cavale, rythmée par de spectaculaires rebondissements. Comme ma notation peut vous le laisser supposer, je me suis régalé avec cette histoire réglée au cordeau et inspirée par le parcours sanglant de ceux que les Belges ont appelé "les tueurs du Brabant". Une affaire criminelle des années 80, encore non totalement élucidée. Un terreau idéal pour un film musclé et qui ne laisse pas indifférent...

 
L'affaire Thomas Crown
Film américain de Norman Jewison (1968)

Changement d'atmosphère radical avec ce grand classique du cinéma américain dont, jusqu'alors, je ne connaissais que le titre français. Avec Faye Dunaway et Steve McQueen en duo-vedette, la dimension glamour du long-métrage saute aux yeux, au risque de détourner notre attention du scénario. Un braquage de banque préparé au quart de poil tourne à l'avantage du cerveau de l'opération: le propriétaire légitime de l'établissement de crédit ! Ce fringuant trentenaire rongé par l'ennui est alors traqué par une très jolie jeune femme, experte des assurances bientôt tombée sous le charme de ses grands yeux bleus et de son sourire Ultra Brite (à moins que ce ne soit lui qui...). Une partie d'échecs et un lonnnnnnng baiser plus tard, j'ai bien senti qu'il ne fallait pas espérer plus ici qu'une romance vintage, sublimée par la bande originale - oscarisée ! - d'un dénommé Michel Legrand. Légère déception au final: j'attendais quelque chose de moins sucré...

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Pour finir, un constat et une invitation au débat...

Aucun de mes habituels blogs-références n'évoque l'un de ces films. Vous auriez d'autres braquages en vue ? Je reste donc à votre écoute !