jeudi 16 septembre 2021

"Les Africains sont joyeux..."

Parfois taxé de racisme et/ou de misogynie, OSS 117 - Alerte rouge pour Afrique noire mérite bien mieux que cette sinistre réputation. Le tout nouvel épisode des aventures d'Hubert Bonisseur de la Bath confirme l'intéressé comme l'espion le plus crétin du monde civilisé. Ce qui ne veut pas dire que ce soit un mauvais film. Et au contraire...

De retour dans le costume du gugusse, l'impeccable Jean Dujardin opère avec Pierre Niney, dit Serge, dit OSS 1001 (ou Bob Nightingale). Oui... bien que plus efficace en solo, il doit retrouver cet équipier inexpérimenté et perdu dans la savane, avant de s'associer avec lui pour arrêter des trafiquants d'armes, sauver les miches d'un dictateur africain et - d'un coup d'un seul - préserver l'honneur et les intérêts commerciaux de la France. Le tout entre deux verres d'une Suze décidément des plus difficiles à dénicher sur le sol des ex-colonies. Les temps changent, figurez-vous: si les premières missions de 117 lui avaient été confiées au coeur des années 50, les services secrets évoluent désormais sous la menace communiste et le commandement d'un dénommé Giscard, qui pourrait perdre les prochaines élections. Côté cinéma, rien de folichon à signaler: si les deux premiers volets de la saga vous sont familiers, vous évoluerez en terrain ultra-connu !

Après coup, j'ai subitement réalisé que le parallèle avec James Bond n'était pas forcément pertinent, Ian Fleming ayant inventé son héros en 1953 et donc... quatre ans après que Jean Bruce a créé le sien. Avoir cette fois deux idiots pour le prix d'un est un atout: les vannes du premier étant un peu usées, l'autre prend le relais avec vigueur. Constat: sans négliger les fondamentaux, OSS 117 - Alerte rouge... renouvelle quelque peu la tonalité du bousin et trouve son identité propre - celle d'une comédie franchouillarde assumée qui n'oublie pas d'être également un film d'action digne des livres qui l'ont inspirée. Toute considération littéraire laissée de côté, je me suis bien marré devant les pitreries de ce bon vieil Hubert et de son jeune acolyte. C'était d'autant plus simple que cet opus a des qualités formelles indéniables - et un générique qui nous met aussitôt dans l'ambiance. On se dit alors qu'un quatrième long-métrage ne serait pas à exclure ! Est-il vraiment indispensable de rajouter une couche ? Chacun jugera. Du côté des romans, en tout cas, il y aurait largement de quoi faire...

OSS 117 - Alerte rouge pour Afrique noire
Film français de Nicolas Bedos (2021)

Pas incontournable, mais sympa: c'est ainsi que j'aurais pu vous dire de cet opus sorti en salles début août, si j'avais souhaité faire court. NB: le deuxième des trois épisodes Dujardin est aussi sur ce blog. Désormais, j'envisage de revoir le premier, qui date... de 2006 ! Avant cela, je tiens à rappeler qu'il y a eu d'autres simili-007 débiles sur écran: cf. L'espion qui venait du surgelé, Johnny English, etc...

----------
Ma chronique n'a pas suffi à vous convaincre ?

Je vous laisse avec les arguments de Pascale, Dasola et Princécranoir.

mercredi 15 septembre 2021

L'amour à la machine

Prenez une fille d'un milieu social modeste. Faites revenir un garçon issu, lui, d'une famille fortunée. Opposez-les d'abord et donnez-leur ensuite une pincée de points communs de nature à les rapprocher. Mélangez et laissez mijoter jusqu'à l'apparition d'une jolie guimauve. Ajoutez-y un peu d'épices. La comédie romantique se déguste tiède...

Populaire
en est une bonne ! Ce gentil petit film s'appuie sur le talent de son duo-vedette: Déborah François / Romain Duris. Lui travaille comme assureur dans une ville de province, elle s'est fait embaucher pour être sa secrétaire. Problème: elle est d'une maladresse absolue. Un "défaut" qu'elle compense par une capacité à taper à la machine plus vite qu'Usain Bolt (qui n'est pas encore né) achève le 100 mètres. Impressionné, son patron l'inscrira donc à un concours de dactylos. Vous l'ignoriez peut-être, mais de telles compétitions ont existé jadis.

Le reste est prévisible, mais a un charme certain: on se croit revenu au milieu des années 50, aux côtés d'Audrey Hepburn et Cary Grant. Sur le plan formel, rien à dire: c'est véritablement du beau travail. Cette impeccable reconstitution joue pour beaucoup dans l'efficacité indéniable de ce bonbon de cinéma, digne donc de ses modèles hollywoodiens. Le réalisateur, lui, a également confié s'être inspiré des oeuvres de Jacques Demy pour l'identité visuelle de son film. Vendu dans de nombreux pays, ce dernier a notamment reçu des prix à San Francisco, Athènes et Tokyo (et cinq nominations aux César). Je vous le redis: son côté pétillant en fait une belle réussite du genre.

Populaire
Film français de Régis Roinsard (2012)

Un bon remède à la morosité que ce long-métrage délicat et joli ! J'imagine que cela n'en fait pas un incontournable, mais je le conseille sans hésiter à celles et ceux qui ont gardé un coeur de Bisounours. Pour le romantisme à la française, vous pouvez aussi vous tourner vers La délicatesse, La chance de ma vie ou encore Mon inconnue. Et à Hollywood, Rendez-vous, Drôle de frimousse, La garçonnière...

----------
Et la blogosphère, elle a aimé ?

Il me semble bien que oui: à vérifier chez Pascale, Dasola et Laurent. Je citerai également Benjamin, revenu récemment en commentaires.

lundi 13 septembre 2021

Et en Afghanistan...

Avec le recul, je me demande s'il n'aurait pas fallu y voir un présage funeste: le 10 novembre dernier, le plus ancien cinéma de Kaboul tombait sous l'assaut des bulldozers. L'inquiétant retour des Talibans en Afghanistan n'augure rien de bon pour le septième art sur place. Pourtant, il y a un cinéma afghan - et je ne parle pas ici de Rambo 3 !
 
Samedi, vous le savez: on a commémoré le vingtième anniversaire des attentats du 11-Septembre. J'ai bien failli en tirer une chronique. Il y a de cela quelques années, j'en avais écrit une autre sur un film rare, Osama, dont le personnage principal est une petite fille contrainte de se déguiser en garçon afin de mener la vie "normale" d'une enfant de son âge. Ce long-métrage m'est revenu en mémoire devant le terrible imbroglio humanitaire géopolitique du moment. Ému, je tenais donc à en parler ! Mais pas de manière inconsidérée...
 
Cela m'a aussi donné envie d'aller plus loin et donc de vous demander si, par hasard, vous auriez d'autres bons plans à me/nous conseiller. De mon côté, si le sujet vous intéresse, je crois bon de vous suggérer de voir ou revoir La guerre selon Charlie Wilson et Parvana, à titre d'exemples - et même si ce ne sont pas réellement des films afghans. J'espère pouvoir rattraper Les hirondelles de Kaboul, un dessin animé que je voulais voir en salles. Cela me donnerait une occasion d'en rediscuter avec vous, en complétant mon propos d'une approche historique. Bon... cela réclame quand même une recherche préalable. J'insiste: n'hésitez pas à me faire de votre avis... et de vos lumières !

samedi 11 septembre 2021

Ivre de la jungle

Quand j'étais petit, Incroyable mais vrai ! était le nom d'une émission de divertissement à la télé. L'expression est entrée dans le langage courant pour évoquer toutes sortes d'histoires aussi folles que réelles. Celle que raconte Onoda - 10 000 nuits dans la jungle en est une. Elle m'a offert cet été près de trois heures d'excellent cinéma. Super !

Hiroo Onoda a combattu pour le Japon au cours de la Seconde guerre mondiale. Formé en secret aux techniques de la guérilla, il fut envoyé sur Lubang, une île des Philippines, peu avant que les troupes américaines n'y débarquent à leur tour. Sa mission: harceler l'ennemi sans faiblir, tant que l'ordre d'arrêter le combat n'a pas été donné. C'est dans la seconde partie de cette consigne que s'est joué le destin du soldat nippon et de quelques-uns de ses compagnons d'armes. Oublié au beau milieu de nulle part et seul rescapé d'une escouade partie sans se poser de questions, Onoda n'aura déposé les armes qu'en 1974. Quinze ans plus tôt, il avait été déclaré légalement mort dans son pays, où il retournera avant de finir sa vie comme... éleveur de bétail au Brésil. Difficile de trouver scénario plus accrocheur ! J'ajoute aussitôt que le film n'a absolument rien du blockbuster ordinaire qu'aurait pu en tirer un cinéaste peu inspiré et/ou bourrin. Arthur Harari, lui, parle d'Onoda comme d'un "carburateur à fiction". Son souhait: avoir "la liberté d'inventer le personnage que je voulais".

C'est, assure-t-il, en dévorant les romans de Robert Louis Stevenson et de Joseph Conrad que ce réalisateur (français) a alimenté sa soif de tourner un film d'aventures. Onoda... en est un, à l'évidence. Parmi mes camarades de blog, certains ont parlé d'un envoûtement pour expliquer l'attitude - et l'obstination - du personnage principal. Quant à moi, j'ai vécu le film comme une double immersion, à la fois dans la jungle qui est son décor unique et dans la psyché d'un homme resté fidèle à son engagement. Je laisse désormais à ce long-métrage épatant le soin de vous expliquer pourquoi et comment tout aurait pu se terminer beaucoup plus tôt pour ce guerrier à nul autre pareil. Formellement, je précise que ce long-métrage résolument ambitieux n'est que le second de son auteur: pareille maîtrise m'impressionne ! L'idée était que le film devienne "une expérience de réalité" (sic). Dans les faits, c'est vraiment très réussi: en un mot, on s'y croirait. Arthur Harari gagne son pari: celui de permettre aux spectateurs d'éprouver de l'empathie pour Onoda, tout en le tenant à distance. C'est ainsi qu'il en fait un héros, avec tout ce que cela peut comporter d'ambigu. Chacun a alors toute possibilité d'en conclure ce qu'il veut...

Onoda - 10 000 nuits dans la jungle
Film français d'Arthur Harari (2021)

Un opus qui entre sans mal dans mon top ten (provisoire) de 2021. Sincèrement, malgré sa longue durée, je n'ai pas vu le temps passer dans le petit cinéma associatif de Loire-Atlantique où j'ai pu le voir. On entre dans ce récit comme dans Apocalypse now ou, pour revenir sur un film plus récent, Mosquito. Dès lors, le grand écran s'impose ! Même si je reverrai volontiers cela sur un petit dans quelque temps...

----------
J'ai déjà beaucoup écrit, non ?

Le débat peut continuer chez Pascale, Dasola, Strum et Princécranoir.

vendredi 10 septembre 2021

De la fuite dans les idées

"N'écoutant que son courage, qui ne lui disait rien, il se garda d'intervenir"... cette très oxymorique citation du grand Jules Renard introduit joliment mon film du jour: le bien nommé Courage fuyons. Elle colle parfaitement à Jean Rochefort, dont la veulerie supposée n'est rien d'autre qu'une timidité profonde. Oui, le refrain est connu...

La moustache la plus aimée de France s'appuie ici sur des complices habituels: Yves Robert réalisateur et Jean-Loup Dabadie dialoguiste. Je veux en retenir le meilleur: quatrième des cinq opus du trio, le film n'est certes pas d'une originalité folle, mais reste tout à fait plaisant. Engoncé dans sa routine, Martin Belhomme, pharmacien, mari et père de deux enfants, s'éprend soudainement d'une chanteuse de cabaret. La belle Eva (Catherine Deneuve) tombe plus ou moins sous le charme de ses maladresses à lui. Une amnésie simulée pourrait alors suffire pour calmer la colère de l'épouse officielle - et donc délaissée. Ou pas.

Courage fuyons est un peu l'histoire d'un homme incapable de choisir parmi différentes vies possibles celle qui saura le mieux lui convenir. Conséquence: il s'efforce alors de donner le change. La seule image de Monsieur Jean déguisé en motard et ne roulant qu'à une vitesse modérée sur l'autoroute est une merveille de décalage. Le potentiel comique de Mademoiselle Deneuve, lui, reste un rien sous-exploité. Bref, notre affaire ne tiendra pas véritablement ses belles promesses initiales, mais offre toutefois un bon moment en agréable compagnie. Et après tout, au cinéma comme dans la vie, ce n'est déjà pas si mal !

Courage fuyons
Film français d'Yves Robert (1979)

Un petit film amusant et tendre: j'en attendais juste un peu mieux. Sorti juste trois ans plus tôt, Un éléphant ça trompe énormément demeure la meilleure illustration de la complicité entre le réalisateur et son acteur principal. Il n'est pas interdit d'aimer les deux films. Serial lover, Rochefort brille aussi dans Le cavaleur (1979, encore). Vous pourriez retenir Le mari de la coiffeuse, tout à sa mélancolie...

jeudi 9 septembre 2021

Une grande évasion

Les chiffres sont désormais officiels: d'Ida Siekmann le 22 août 1961 à Winfried Freudenberg le 8 mars 1989, 136 personnes sont mortes en raison de l'existence du Mur de Berlin. Mon film d'aujourd'hui raconte l'histoire - vraie - des Strelzyk et des Wetzel, deux familles est-allemandes qui, le 16 septembre 1979, ont réussi à rallier l'Ouest !

Le vent de la liberté
est un film sans (grande) surprise. Le côté spectaculaire de l'évasion des personnages tient surtout au moyen utilisé: une montgolfière construite avec patience et en se cachant des autorités. Après un premier échec passé inaperçu, il aura fallu s'acharner encore, faire preuve d'intelligence et prendre des risques importants pour démarrer une autre vie. Tout cela, le scénario l'aborde dans le détail, mais la mise en scène, elle, est d'une sagesse confondante et manque par conséquent d'ampleur. Je ne crierai pas au scandale: je dis juste qu'en deux heures, il y avait mieux à faire et, selon toute vraisemblance, un peu plus de choses à raconter. Dommage: mon premier film allemand cette année a un petit goût d'inachevé. À voir quand même... et au moins pour la leçon d'histoire.

Le vent de la liberté
Film allemand de Michael "Bully" Herbig (2018)

Réalisé par un humoriste connu outre-Rhin, cet honnête long-métrage peine à décoller vers les véritables sommets du genre. Je vous avoue que j'aurais aimé l'aimer davantage. Ce sera pour la prochaine fois ! En attendant, sur le sujet Est / Ouest, vous pouvez toujours revenir vers Goodbye Lenin (mon préféré à moi) ou De l'autre côté du mur. Boxhagener Platz est probablement un peu moins visible en France...

----------
Un autre avis sur mon film d'aujourd'hui ?

Oui ! J'en ai même trouvé deux: l'un chez Pascale, l'autre chez Dasola.

mardi 7 septembre 2021

Un héros populaire

Je vous mentirais si j'affirmais aujourd'hui que Jean-Paul Belmondo était mon acteur français préféré. C'est Frédéric, un pote qui l'aimait beaucoup, qui m'a appris hier après-midi sa disparition (à 88 ans). Impossible, somme toute, de rester muet face à un tel "monument". Non... ce matin, je n'ai même plus l'intention de nuancer mon propos.

Belmondo était, je crois, un homme entier, et ce depuis toujours. Voilà pourquoi je considère inutile - ou à tout le moins prématuré - d'examiner sa carrière dans le détail pour faire un tri parmi ses films en séparant les pépites des trucs ordinaires et des prétendus ratages. C'est que je trouve bien déplacé de badiner avec les héros populaires. J'ai trop de respect pour celles et ceux qui osent abandonner au public une partie importante de leur âme. A fortiori quand j'arrive aussi tard et qu'il me reste encore tant à découvrir d'une personnalité multiple ! Jean-Paul, tu as quitté notre monde, mais je n'en ai pas fini avec toi. D'autres de tes sourires m'attendent à tous les coins de la cinéphilie...

Vous toutes et tous qui passez ici, je vous invite à laisser un mot pour évoquer le défunt. Et qu'il soit louangeur, neutre ou plus incisif m'importe peu, au fond: c'est la mémoire qui compte, me semble-t-il.

Pour cette même raison, voici des liens vers tous les films avec Bébel chroniqués sur Mille et une bobines. Il y en a plus que je ne pensais ! Du coup, pour faire simple, j'ai retenu un classement chronologique...
- Classe tous risques (Claude Sautet / 1960),
- La paysanne aux pieds nus (Vittorio de Sica / 1960),
- Léon Morin prêtre (Jean-Pierre Melville / 1961),
- Cartouche (Philippe de Broca / 1962),
- Un singe en hiver (Henri Verneuil / 1962),
- L'aîné des Ferchaux (Jean-Pierre Melville / 1963),
- Échappement libre (Jacques Becker / 1964),
- Pierrot le fou (Jean-Luc Godard / 1965),
- Casino Royale (film collectif / 1967),
- Le voleur (Louis Malle / 1967),
- La sirène du Mississipi (François Truffaut / 1969),
- Le magnifique (Philippe de Broca / 1973),
- L'incorrigible (Philippe de Broca / 1975),
- Le corps de mon ennemi (Henri Verneuil / 1976),
- L'as des as (Gérard Oury / 1982),
- Un homme et son chien (Francis Huster / 2009).

----------
Un peu de "cuisine interne" en conclusion...

C'est une évidence: au départ, une autre chronique devait paraître aujourd'hui. Elle ne sera finalement publiée qu'au tout début octobre. Le blog, lui, va toutefois retrouver son tempo habituel dès jeudi midi. Et je me prévois déjà deux ou trois Belmondo, pour la fin de ce mois !

lundi 6 septembre 2021

Quatorze !

Sonnez hautbois, résonnez musettes: c'est mon anniversaire ce lundi. Enfin, façon de parler: c'est celui de Mille et une bobines, en réalité. Quatorze ans déjà que je nourris la Toile de mes avis sur les films ! Big up à celles et ceux qui me lisent depuis le début (ou presque) ! J'en suis à 2.613 chroniques ! Pour info, la 2.614ème arrive demain...

Le futur ? Je n'y ai pas spécialement réfléchi. Je constate simplement que mon rythme s'est accéléré: je n'avais pu écrire "que" 1.140 textes les sept premières années et les ai donc complétés avec 1.473 autres après le 6 septembre 2014. Je ne suis pas sûr de tenir ce rythme pendant encore sept ans, mais vous savez quoi ? Nous verrons bien...

N'être que raisonnablement passionné ? Hum... c'est impossible, non ? Pourtant, quand j'ai publié mon premier billet, j'étais à mille lieues d'imaginer qu'il y en aurait autant pour le suivre. Il faut bien souligner que, tous supports confondus, je voyais nettement moins de films qu'aujourd'hui. Si je suis fier d'une chose, c'est d'avoir su diversifier mes horizons et trouver de l'intérêt à découvrir les cinématographies de nombreux pays, proches ou pas - nota bene: la Macédoine du Nord et le Kazakhstan pourraient s'ajouter à la liste d'ici quelque temps. J'apprécie aussi l'échange que j'ai avec mes "habitué(e)s" par le biais des commentaires, même si Mille et une bobines reste un blog discret dans l'incroyable galaxie des espaces Internet liés au septième art. L'enrichir encore demeure un vrai objectif, si possible en l'ouvrant toujours à d'autres voix - par le biais de mes interviews, notamment. Comme dans d'autres circonstances, je m'efforce de rester à l'écoute des idées nouvelles (sans nécessairement vouloir suivre la tendance). Et j'ai à dire vrai hâte de savoir ce que l'avenir aura à nous proposer !

dimanche 5 septembre 2021

La fille de l'eau

Constat: je connais bien mal le monde du leader du groupe Dionysos. Cela ne m'a certes pas empêché d'apprécier le premier opus cinéma de Mathias Malzieu (en animation): Jack et la mécanique du coeur. Assez récemment, j'ai pu découvrir le second: Une sirène à Paris. Cette - autre - bluette a cette fois été tournée... en images "réelles" !

Musicien sans le sou, Gaspard ne croit plus à l'amour après un échec sentimental de trop. Il tente tout de même de s'en sortir en solo. Bonus: le soutien de son père, héritier d'un cabaret sur une péniche. Un soir, sur les bords de la Seine, il tombe sur... une femme-poisson. Laquelle est inconsciente: Gaspard la conduit chez lui et l'installe donc dans sa baignoire ! Problème: quand la belle s'éveille, elle s'efforce d'expliquer à la voisine de palier que son chant est un péril mortel pour les hommes qui l'entendent. La suite ? Vous l'imaginez peut-être. Je n'ai pas grand-chose à ajouter, à vrai dire. Plongée dans un Paris idéalisé, le film trempe dans bon nombre de clichés romantiques. Nicolas Duvauchelle le sauve de la noyade, face à une Marilyn Lima juste correcte. Rossy de Palma, Romane Bohringer et Tchéky Karyo font plouf. Et nous, alors ? Entre deux eaux, un vague sentiment d'attachement peut surnager à l'égard de ces drôles de personnages...

Une sirène à Paris
Film français de Mathias Malzieu (2020)

D'accord, ma demi-étoile est généreuse: j'ai trouvé ce long-métrage mignon comme tout, mais j'étais sans doute bien luné cette fois-là. Le tout est de se laisser emporter par l'univers (décors et costumes). C'était déjà le cas pour Amélie Poulain ou Angel-A, par exemple. J'oserai même pousser la comparaison jusqu'à L'écume des jours dans la lecture de Michel Gondry. Cela noté, attention à la guimauve !

----------
Un autre avis ?

Oui: celui de Pascale, qui était parvenue à voir le film sur écran XXL.

vendredi 3 septembre 2021

Loin du trône

C'est un fait: j'aime bien Alexandre Astier. Son bagou intarissable irrite parfois, mais, entre autres talents, sa maîtrise quasi-parfaite de la langue argotique française me le rend vraiment sympathique. Autant dire que, depuis la fin de la série télé, j'attendais Kaamelott avec impatience sur grand écran ! Et je suis donc (vite) allé le voir...

Je n'ai pas vu l'ensemble des épisodes initiaux, mais je sais toutefois que l'aventure nouvelle s'inscrit comme une suite des aventures faussement épiques du roi Arthur et de ses hardis compagnons. Précision (et spoiler !) pour les profanes: au terme de cette version revisitée des mythes bretons, le bon monarque a abandonné le trône pour cause de lassitude extrême à exercer le pouvoir. Un Lancelot félon et tyrannique s'en est donc emparé, prêt à tuer son ex-suzerain si d'aventure il réapparaissait dix ans après s'être bel et bien éclipsé. Kaamelott sera le récit d'un retour imprévu, mais aussi un outil d'observation du passé fort lointain d'Arthur, quand il n'était encore qu'un adolescent dans un encore-plus-lointain camp militaire romain. C'est le défaut du film: si la série vous est étrangère, vous risquez d'être un peu largués et de ne rire du coup qu'avec modération. J'ajoute que, de toute façon, ce n'est pas censé être seulement drôle !

Kaamelott
joue sur plusieurs tableaux, à l'image de son créateur. Artiste touche-à-tout et partageur, Alexandre Astier réinvite sa bande presque complète dans cet opus cinématographique, espéré pour cela. Ce qui ne signifie pas qu'il signe ici un film incontournable: je trouve que le bougre est meilleur dans le format court - NB: les épisodes télé des débuts ne duraient que quelques minutes - ou même sur scène. Quand il s'étire, son art est moins percutant et le long-métrage proposé prend dès lors plutôt des allures de défilé de têtes "connues" que de digne représentant du septième art. Cela dit, j'ai bien aimé. J'étais en terrain connu. Il m'a plu de retrouver cette lecture distancée de la geste arthurienne, matière littéraire si instable qu'elle supporte sans grand dommage quelques variations d'intrigue et de vocabulaire. Autre point: une trilogie étant annoncée, ma foi, j'attends la suite ! Et oui, sans écarter l'idée de renouer avec tout ce qui a déjà été dit...

Kaamelott - Premier volet
Film français d'Alexandre Astier (2021)

J'espérais mettre (au moins) quatre étoiles, mais bon... je chipote quelque peu sur l'air du "Tout cela était malgré tout assez prévisible". En bref: le film délivre ce que j'attendais, mais n'a pas su m'étonner. Cela étant, j'irai sûrement voir la suite, prévue on-ne-sait-pas-quand. Avant cela, je vous renvoie à ce qu'Alexandre Astier a fait de mieux au cinéma selon moi: Astérix - Le secret de la potion magique. Oui !

----------
Il y a, bien sûr, d'autres chroniqueurs dans la salle...

Vous pouvez donc connaître aussi les avis de Pascale et Princécranoir.

jeudi 2 septembre 2021

Une rivalité royale

L'association de l'esthétisme de la Renaissance aux pratiques brutales héritées du Moyen-Âge fait du 16ème siècle une période de l'histoire européenne que je trouve vraiment intéressante. Mon goût des films en costumes m'a dès lors poussé vers Marie Stuart, reine d'Écosse. L'adaptation d'un livre encore inédit en France... si j'ai bien compris !

Marie a, de fait, connu un destin romanesque. 1542: elle a six jours seulement lorsque Jacques V, son père et prédécesseur sur le trône d'Écosse, meurt. Une rumeur affirme que le bébé est très malade. Pourtant, dix-huit ans plus tard, c'est une adolescente en pleine santé qui revient à Édimbourg, après le décès prématuré de son époux légitime, le roi François II de France. Marie ceint alors la couronne écossaise et veut se rapprocher de sa cousine, la reine Elizabeth Ière d'Angleterre. Cette dernière restant sans enfant, la jeune Écossaise espère avoir un fils qui deviendrait le dauphin des deux royaumes réunis. De ce - bon - point de départ narratif, Marie Stuart, reine d'Écosse tire un récit à rebondissements multiples, où deux femmes régnantes tentent de préserver un pouvoir que d'autres ambitions convoitent assidûment. Le scénario, moderne, affiche un féminisme certain: les personnages masculins s'avèrent belliqueux ou trop lâches pour asseoir leur prétendue légitimité royale. Une belle reconstitution historique, portée par les talents de Saoirse Ronan et Margot Robbie !

Marie Stuart, reine d'Écosse
Film britannique de Josie Rourke (2019)

Que du plaisir pour qui, comme moi, s'intéresse à ces intrigues anciennes et à l'Europe d'alors, bien différente de celle d'aujourd'hui ! J'insiste sur ce point, car il suppose du spectateur un certain degré d'adhésion au projet artistique. Les grands amateurs poursuivront avec deux autres films: Elizabeth et sa suite, Elizabeth - L'âge d'or. Ou, côté français, La reine Margot, que j'espère chroniquer un jour...

----------
Une précision s'impose...

Marie Stuart a inspiré plusieurs films, dont, en 2013, Marie, reine d'Écosse, une production franco-suisse réalisée par Thomas Imbach. Ce long-métrage s'appuyait sur une biographie, signée Stefan Zweig. Camille Rutherford y occupait le rôle-titre. Il ne faut pas confondre...

Une solution au "problème" ?
Elle pourrait être de retrouver les deux films sur le blog de Pascale. Celui d'aujourd'hui fait l'objet d'une chronique... et l'autre également !

mercredi 1 septembre 2021

Guitare héros

Je ne suis pas un amateur de jazz, mais le nom de Django Reinhardt m'était familier avant que je découvre un film inspiré de son parcours d'homme durant la Seconde guerre mondiale: Django (tout court). Rappel: cet extraordinaire guitariste est le "père" du jazz manouche. En 1943, son origine ethnique aurait pu le mener vers un camp nazi...

En son commencement, le film témoigne de sa grande intransigeance face à l'ennemi. L'artiste est encore le leader d'un quintet de Pigalle quand la Wehrmacht occupe Paris. Son agent juge qu'il ferait mieux d'accepter de jouer à Berlin pour ne pas avoir d'ennuis, mais l'artiste refuse de céder, d'autant qu'il croit son talent suffisant pour écarter tout danger. Or, évidemment, les choses ne sont pas aussi simples ! Devant cet excellent sujet, on pouvait s'attendre à un long-métrage d'une puissance émotionnelle peu commune, surtout avec Reda Kateb dans le rôle-titre. Las ! La très honorable reconstitution qu'est Django s'avère plus illustrative que véritablement romanesque. Les scènes s'enchaînent dans un ordre logique et, dès lors, tout à fait prévisible. C'est dommage: il me semble qu'il y avait mieux à faire. La forme l'emporte assez nettement sur le fond, un personnage de résistante ambigüe joué par Cécile de France apparaissant même sous-exploité. Reste la musique, superbe, et une scène finale qui met des frissons ! Ce n'est pas si mal, en somme, mais à mon goût, c'est un peu court...

Django
Film français d'Étienne Comar (2017)

Imparfait, le film a au moins eu le mérite de braquer les projecteurs du cinéma sur un homme à nul autre pareil: c'est sa force première et, peut-être, sa limite - vu que les autres protagonistes sont fades. Ma notation dénote une (petite) déception, mais aussi mon souhait de ne surtout pas accabler un réalisateur auteur de son premier long. Pour le côté jazz, je préfère Whiplash. Mais le cadre n'a rien à voir...

----------
Bon, je ne veux pas vous décourager...

Je constate juste que Pascale est à peu près du même avis que moi. Certain(e)s parmi vous en ont un autre ? OK: je reste à votre écoute !

mardi 31 août 2021

Après son départ

Trois en 2017, deux en 2018, deux encore en 2019 et trois l'année dernière: chaque millésime, j'essaye de voir quelques films africains. C'est peu après la mi-juillet que j'ai découvert Abouna, premier opus du réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun (déjà cité sur le blog). Le titre peut être traduit Notre père, sans la connotation religieuse...

Le père dont il est question est celui de Tahir et Amine, deux enfants tchadiens. En quittant son village un jour, il les a laissés derrière lui. Leur mère, elle, n'a pas eu d'autre choix que de confier leur éducation au responsable d'une école coranique. Si le plus âgé des deux frères paraît plus raisonnable, cette double séparation est aussi douloureuse à vivre pour lui que pour son cadet. Le film nous montre dès lors comment ces deux mômes s'en sortent... ou pas, sans leurs parents. Autant vous le dire: Abouna est un film "doux", mais pas angélique. Dans une interview aux Cahiers du cinéma en 2003, le réalisateur assure que raconter cette histoire "rejoint des questions sur l'Afrique tout entière et répond à (son) unique préoccupation: filmer la vie". Croyez-moi: ce long-métrage d'une heure trente vaut bien le détour. Je retiens une formule que j'ai lue après coup: il parle de la tragédie d'une vie, sans jamais se contenter d'en faire un drame. Bon résumé ! Le cadre subsaharien m'a rendu curieux, mais je crois que l'histoire reste de portée universelle. À vous de voir, si vous en avez l'occasion.

Abouna
Film franco-tchadien de Mahamat-Saleh Haroun (2002)

Je crois vraiment ce film accessible à tous, adultes et adolescents. Disons en tout cas qu'il est certes un peu triste, oui, mais très beau. En Afrique toujours, Wallay est peut-être moins "dur à encaisser" pour les plus jeunes. Vous êtes prêts à vous frotter à un autre récit d'enfants oubliés par leur père ? Je vous suggère Le retour: ce film russe est la (possible) seconde partie d'un diptyque avec celui du jour.

lundi 30 août 2021

Jeux de dupes

"Mes collaborateurs et moi-même n’avons eu qu’à lire les journaux pour trouver des éléments de documentation passionnants": j'ouvre ce billet avec une citation de Federico Fellini, liée à La dolce vita. Aujourd'hui perçu comme un classique, ce grand film italien était loin de faire consensus à sa sortie. Un autre temps... et d'autres moeurs !

Mai 1960: le film obtient la Palme d'or du 13ème Festival de Cannes. Présidé par Georges Simenon, le jury, lui, est unanime à ses côtés. Peut-être a-t-il été sensible au ton nouveau de ce long-métrage transalpin, très nettement détaché du courant néoréaliste dominant des productions d'après-guerre. OK, mais de quelle "douceur de vivre" parle-t-on exactement ? De celle qui attire les trentenaires italiens d'alors qui, à l'image du personnage de Marcello Mastroianni, veulent oublier les années fascistes et vivre une vie sans véritable contrainte. Évidemment, un tel propos dans l'Italie de l'époque, ça décoiffait ! Là-bas, le film fut interdit aux moins de 18 ans ! Et en France aussi...

Période de renouveau économique oblige, les jeunes gens des villes avaient pourtant quelques bonnes raisons de croire en leur avenir. Federico Fellini nous explique que, pour certains, revenir à la réalité quotidienne a pu s'avérer tout à fait brutal (et même parfois cruel). Ainsi, en une petite dizaine de séquences, La dolce vita montre-t-il que, malgré sa grande assurance et le charisme qu'il se croit capable d'imposer aux autres, son héros reste un homme très seul et enfermé dans sa misère affective. Marcello Mastroianni ? Il est excellent. Cependant, il serait bien injuste de réduire le film à cette prestation d'acteur: d'autres personnages sont superbement écrits et interprétés par une troupe de haute volée - dont Anouk Aimée, Yvonne Furneaux et Alain Cuny côté français. Les valeurs morales des sociétés latines ont sans nul doute évolué depuis, mais je trouve que le long-métrage demeure très moderne, notamment dans ce qu'il dit des conséquences d'un changement de génération ou des relations hommes-femmes. Deux grands sujets intemporels... et un film à voir ou à revoir, donc !

La dolce vita
Film italien de Federico Fellini (1960)

Vous aurez remarqué que je n'ai pas utilisé le mot "chef d'oeuvre". C'est évidemment volontaire: je me méfie de ce genre d'assertions. Disons que j'ai vu un grand film, assurément, et des plus importants dans le contexte cinématographique italien. Sur les conséquences négatives de l'essor économique, Il boom m'est apparu plus cinglant. On peut en rire avec Larmes de joie: le septième art à son plus haut !

----------
Sur le film du jour, pour finir...

Je vous recommande l'analyse de Strum (qui parle d'un film-monde). La chronique de "L'oeil sur l'écran" semble un peu moins enthousiaste.

dimanche 29 août 2021

Retour à terre...

Bonjour à toutes et à tous ! J'espère que vous allez bien ! Ma coupure saisonnière étant terminée, je reviens parler de cinéma avec vous. Mes prochaines chroniques seront quotidiennes, je pense, et j'espère que je pourrai écrire sans autre (longue) interruption jusqu'aux fêtes de décembre. Vous devez savoir que je suis attaché à cette "routine". J'ignore, moi, quels plaisirs et émotions 2021 nous proposera encore. Contrairement à d'autres millésimes passés et plus stables sur le plan sanitaire, je n'ai pas réellement souhaité anticiper sur le programme à venir. Cela ne m'empêchera pas de vous retrouver dès demain midi autour de mon 90ème film de l'année. Et je vous dis donc à très vite !

dimanche 8 août 2021

Hissez haut !

Un aveu: j'avais pensé couper plus tôt, mais c'est en fait aujourd'hui que je mets les voiles (façon de parler...) pour une pause estivale. J'ai un peu moins écrit au cours de juillet et Mille et une bobines restera donc à l'arrêt, sauf imprévu, ces trois prochaines semaines. L'année dernière, c'est déjà en août que j'avais vu le moins de films et, bien sûr, je parlerai à mon retour de ceux que je verrai cet été. Je souhaite bon courage à celles et ceux qui travaillent ce mois-ci. Les salles et séances plein air sauront peut-être vous faire patienter jusqu'à la reprise, sans vague à l'âme lié à ma propre inactivité blog. Quoi qu'il en soit, je tiens le cap vers l'ailleurs - et vous dis à bientôt !

----------
Mise à jour (mercredi 18, 16h05):

J'ai pris le temps, hier, de répondre à vos derniers commentaires. Mes index - à droite - sont à jour. Mais mon retour aux chroniques reste programmé au dimanche 29 ! Je vous espère donc patient(e)s...

vendredi 6 août 2021

Annette par Estelle

Je souhaite revenir aujourd'hui sur Annette, le film évoqué avant-hier. Ne lisez pas la suite si vous ne l'avez pas vu: j'en dévoile un aspect important... que j'ai moi-même découvert quelques jours avant d'aller voir le film dans une salle de cinéma, sur un bel écran...

Si Annette, protagoniste du film, est bel et bien censée être l'enfant d'Ann (Marion Cotillard) et Henry (Adam Driver), sa "réalité" à l'image est celle... d'une marionnette, conçue à la demande de Leos Carax. Pas celle de la photo, bien sûr: la conceptrice de cet étonnant objet pose ici avec une autre de ses créations.  J'ai eu la chance d'échanger avec Estelle Charlier, qui a cofondé la compagnie iséroise La Pendue. Et voici donc ce qu'elle m'a raconté sur son travail autour d'Annette...

Comment avez-vous rencontré Leos Carax pour la première fois ?

Lui travaillait depuis un moment sur l'idée du personnage. Annette ne pouvait pas être une vraie petite fille et il ne souhaitait pas utiliser une image de synthèse ou un robot. Il tenait à utiliser un objet que les acteurs pourraient toucher et prendre dans leurs bras. Il s'est donc décidé pour une marionnette. En novembre 2016, j'ai été contactée : il cherchait plutôt des manipulateurs que des constructeurs, à cette époque, mais sans avoir encore choisi ce que serait le visage d'Annette. Il avait simplement les photos d'une enfant, qui m'ont beaucoup touchée. Je lui ai donc proposé de faire un essai de sculpture. C'est ainsi que nous avons commencé à travailler ensemble.

Et ç'a été un travail au long cours…
Un projet énorme : il y a plusieurs expressions du visage, plusieurs marionnettes, plusieurs âges et plusieurs types de manipulation. Mon complice, Romuald Collinet, a intégré l'équipe en janvier 2017. Le film aurait dû être tourné cette année-là, mais on a été interrompu après quatre mois. Finalement, le projet a été relancé en 2019, avec une autre production : c'est donc un projet au long cours, en effet, mais plus encore pour Leos Carax. Entre le moment où il a commencé à y penser et la sortie du film, si je ne dis pas de bêtises, il s'est passé sept ou huit ans…

Et vous n'aviez donc que les photos d'une petite fille comme base de travail ! C'est celle que l'on voit dans le film, Devyn McDowell ?
Non : Devyn a été choisie au début du tournage, quand la plupart des marionnettes avaient déjà été construites. Au départ, j'avais les photos d'une autre petite fille ukrainienne que Leos avait rencontrée il y a une vingtaine d'années. Son visage fascinant, très candide et un peu maladif, était très inspirant. J'ai essayé de retranscrire l'émotion qui s'en dégage en sculptant les visages.

Aviez-vous aussi revu les autres films de Leos Carax pour vous inspirer ?
Je les ai revus pour moi et j'en ai profité pour voir le premier, que je n'avais pas pu découvrir jusqu'alors. Je me suis surtout concentrée sur les consignes de Leos, qui avait une idée assez précise du personnage d'Annette. Nous avons eu énormément de discussions pour savoir jusqu'à quel point nous assumions la marionnette. Fallait-il, par exemple, voir ses articulations ou pas ? Quelle peau devions-nous lui donner ? Moi qui travaille pour le théâtre, j'utilise beaucoup le grain, les aspérités, les défauts… car c'est cela, je pense, qui crée l'étincelle de l'émotion. C'est dans les défauts que la marionnette prend vie. Leos a beaucoup aimé les premiers essais, mais le cinéma a fait que nous avons dû uniformiser la peau pour permettre les raccords entre les différents plans. De plus, la marionnette a plusieurs âges, avec toujours des expressions associées : on utilise donc des masques différents pour montrer un sourire extatique, une inquiétude, un endormissement, par exemple. On a essayé une peau très lisse, et réaliste comme celle d'un être humain, mais, à chaque fois, on perdait Annette…

Que de contraintes !
Effectivement. Leos ne voulait surtout pas tomber dans ce qu'on appelle la vallée de l'étrange. C’est une théorie robotique japonaise qui décrit la répulsion, le sentiment d'angoisse qu'on ressent face à un robot à l'apparence trop humaine. Or, il fallait au contraire qu'Annette soit attachante dès le premier regard et donc que nous trouvions le juste degré de réalisme pour qu'elle puisse fonctionner avec les acteurs et vivre à côté d'eux. C'est la problématique d'Annette : elle ne vit pas dans un monde de marionnettes.

Pour autant, il ne fallait donc pas créer quelque chose de trop réel…
Non, mais au début, ce n'était pas si facile. Leos souhaitait que la marionnette soit habillée le moins possible dans certaines scènes, presque nue avec juste une couche, par exemple. C'était un vrai problème pour nous, compte tenu de ses articulations ! Les conditions d'assemblage étaient vraiment compliquées. Nous étions aussi manipulateurs et, lors du tournage, il fallait être en mesure de changer les costumes et les expressions du visage rapidement. Dès qu'on lui mettait une autre robe, nous devions changer les tiges, dégonder les bras…

D'où la nécessité pour vous d'être rapides et efficaces. Ce n'était évidemment pas possible d'attendre quelques jours pour que la marionnette soit prête…
Exactement ! C'est pourquoi nous avons opté pour une technique de changements de masque. Sur l'arrière du crâne, l'implantation des cheveux était très longue : avec 15 masques d'expression différents, on ne pouvait pas faire 15 implantations. La construction d'Annette a pris beaucoup de temps, jusqu'au dernier jour du tournage. Nous utilisions un atelier portatif, avec toute une équipe derrière nous pour assumer ce travail.

Fallait-il également que la marionnette ressemble à Marion Cotillard et/ou à Adam Driver ?
Non. Marion est arrivée assez tard : je n'avais pas du tout ses traits en tête, au départ. J'avais quelques photos d'Adam, mais les suivre n'était pas véritablement la consigne. Il s'agissait plutôt de s'inspirer de cette petite fille que Leos avait connue. Lui voulait qu'Annette soit féminine, drolatique, attachante, un être spécial au charme particulier… et créer ainsi une marionnette poétique. C'est plutôt de cela que l'on discutait ensemble.

On imagine que le tournage a aussi été un gros défi en termes de manipulation…
En effet : il y a une quarantaine de séquences avec la marionnette, avec, à chaque fois, une manipulation différente. Romuald Collinet s'est chargé de concevoir une "sur-marionnette", c'est-à-dire une marionnette en kit, avec plusieurs bustes, plusieurs bras, plusieurs pieds, plusieurs positions des mains, plusieurs systèmes de manipulation… auxquels sont associés les différents masques. Cela nous apportait une grande liberté ! Leos se laisse la possibilité d'expérimenter jusqu'au dernier moment. Nous savions que ces décisions tombaient parfois à la toute dernière minute, et nous essayions de lui proposer un panel de possibilités dans lequel il a pu choisir ce qu'il voulait. N'ayant jamais travaillé pour le cinéma, nous n'avions pas forcément conscience de ses exigences et de son timing. L'équipe de tournage, elle non plus, n'avait jamais eu affaire à des marionnettes. Elle s'est montrée très ouverte et à l'écoute de nos contraintes. On a composé avec celles des deux mondes…

Pris par le film, on oublie presque qu'Annette est une marionnette. Y a-t-il eu un travail en posproduction pour "effacer" certaines choses trop visibles ?
Leos voulait qu'il soit le plus réduit possible. Nous étions cachés dans les décors, et quand cela n'était pas possible, nous utilisions les fonds verts ou bleus, avant d'être "effacés" numériquement. Après, il y a aussi pas mal de scènes où Annette est manipulée par les acteurs. Comme nous n'avions pas beaucoup de temps à passer avec eux, nous préparions les scènes entre manipulateurs, en amont, pour arriver avec quelque chose d'assez écrit, avant que les comédiens se l'approprient et l'adaptent à leur propre jeu.

Du coup, on ne vous voit pas du tout dans le film ?
Non. On nous aperçoit malgré tout lors du générique final. Nous sommes quatre manipulateurs à apparaître avec chacun une marionnette dans les bras. Toute cette expérience a été très intense et magnifique. C'est un évènement historique pour l'art de la marionnette qu'un réalisateur comme Leos Carax donne un de ses rôles principaux à une marionnette. C'était un pari risqué. Cette marionnette donne à tout le film une merveilleuse étrangeté et une poésie incomparable.

Et les acteurs ? Eux aussi se sont adaptés facilement ?
Oui. Je pense que les trois acteurs ont été touchés par Annette, chacun à leur manière, par la technique ou par l'émotion. Quelque chose s'est passé. Par exemple, ce qui m'avait frappé lorsque j’avais vu Marion Cotillard manipuler Annette, c'est que la marionnette ne faisait que très peu de mouvement, mais comme Marion y croyait, du coup, le spectateur y croit aussi. C'est par le regard de l'actrice que la marionnette prenait vie.

Nous parlons d’un film musical, constamment en mouvement, presque dansé. Cela a apporté quelque chose à votre travail ?
Oui. Tout au long de la création, nous avons été bercés par cette musique. Entre manipulateurs, il a fallu que nous créions des sortes de chorégraphies. Le son ayant été enregistré en live, nous avons d'abord dû travailler avec des maquettes des Sparks, déjà géniales ! J'en écoutais également dans mon atelier, au moment de sculpter : cela m'a peut-être aussi aidé à créer le personnage. Les Sparks étaient là pour une bonne partie du tournage et font quelques apparitions dans le film.

Et toute cette belle aventure se termine à l'ouverture du Festival de Cannes !
Oui… et le film a été très bien accueilli (NDLR: Leos Carax a d'ailleurs obtenu le Prix de la mise en scène).

Désormais, Annette fait l'objet d'une exposition à Charleville-Mézières…
Oui. Nous y présentons Annette dans des décors inspirés de ceux du film et proposons une sorte de parcours poétique de sa naissance jusqu'aux dernières scènes. Il y a des photos, des vidéos et une partie consacrée à la technique. L'événement a lieu jusqu'au mois de janvier l'année prochaine. On ne sait pas encore ce qui se passera ensuite, mais, autour d'Annette, notre compagnie fera l'objet d'un documentaire de 52 minutes, Baby Annette, signé Sandrine Veysset. Cela passera sur France 3, en septembre.

Vous avez d'autres actualités cet été ? D'autres projets au cinéma ?
Non, rien avant septembre. Nous avons deux spectacles en tournée, Tria Fata et Poli Dégaine, et sommes en création d'un autre, La Manékine. Côté cinéma, Romuald Collinet, à Charleville-Mézières, développe un studio de marionnettes filmées en live, l'Arrière Plan - Ciné Puppet Lab. Nous avons plusieurs projets en tête. En même temps, nous continuons nos spectacles, enrichis par cette incroyable expérience qui a inspiré et renouvelé notre propre approche de la marionnette.

----------
Et maintenant ?
Je suis ravi d'avoir réalisé cette interview: merci, Estelle Charlier ! Rien n'est sûr, mais je vous reparlerai peut-être de l'exposition organisée à Charleville-Mézières. Ce ne sera pas pour tout de suite...

Un dernier mot pour saluer le travail des photographes...

La première des photos que j'ai utilisées est (c) Sean Dennie,
La deuxième (c) UGC Distribution, la troisième (c) Patrick Argirakis,
Et la quatrième, enfin, (c) La Pendue. Il fallait que je le mentionne !

mercredi 4 août 2021

Un amour fou

Ce qui m'a motivé à aller voir Annette ? Ses mauvaises critiques. Souvent présenté comme une oeuvre clivante, le film m'a donné envie de me faire ma propre opinion. Et ? Elle est à vrai dire assez positive. Le moins que je puisse vous dire, c'est que ce n'est pas tous les jours que le cinéma français "accouche" d'un tel opus. J'aime cela, l'audace !

Henry, comédien de stand-up, est fou amoureux d'Ann, cantatrice. Sentiments forts et partagés par la diva, qui les exprime toutefois avec davantage de retenue. Le couple s'accommode des paparazzis. Seul problème: Monsieur, dont la carrière vacille, est jaloux du succès de Madame, dont il priverait bien le public, sans véritable remords. Comment arranger les choses ? Eh bien, en faisant un enfant, pardi ! C'est ainsi que naît une petite fille, dont le film porte le prénom. Annette peut surprendre à bien des égards et d'emblée parce que, comme vous l'avez sans doute entendu dire, il s'agit d'une comédie musicale ou plutôt, ainsi que je l'ai lu parfois, d'un opéra rock. Derrière le rideau, il y a certes un célèbre réalisateur made in France dont j'ignorais tout du travail jusqu'alors, mais aussi deux frères américains, Ron et Russell Mael, fondateurs du groupe Sparks (1968). Ils signent évidemment la B.O. du film, mais également son scénario. Au départ, ils avaient pensé à un album, avant que leur rencontre avec Leos Carax les entraîne vers le cinéma. Anecdote intéressante...

Je vous ai parlé d'un opéra rock: Annette contient son lot d'envolées lyriques. Il faut dès lors saluer l'investissement des deux comédiens principaux: choisie tardivement, Marion Cotillard n'a pas toujours été aussi juste qu'ici et c'est avec une grande maestria qu'Adam Driver bascule à nouveau vers le côté obscur de la force. NB: je comprends cependant que le résultat puisse laisser indifférent, voire en agacer certains, le film ne reculant jamais devant l'emphase dramatique et/ou émotionnelle. Le seul fait, en outre, qu'il soit chanté à 99,9% contribue certes à une impression de décalage: cela peut dérouter. J'imagine que cela suffira à certains pour fuir à grandes enjambées. Pour ma part, j'ai véritablement adhéré à ce dispositif original lorsque j'y ai vu un conte moderne, avec à la fois une jeune femme naïve et un grand méchant loup. C'est un peu caricatural, d'accord, mais grâce au personnage de l'enfant, ma conviction s'est renforcée. Cela valait-il deux heures vingt dans une salle obscure ? Je crois, oui. J'ai cette impression d'avoir vu quelque chose de tout à fait singulier !

Annette
Film français de Leos Carax (2021)

Spectaculaire. Grandiloquente. Outrancière. Autant de qualificatifs applicables à cette oeuvre "monstre", sans que cela nuise au plaisir inattendu que j'ai pris à la contempler. Les esthètes du cinéma piocheront sans doute ici et là les influences majeures de sa création. J'ai revu Les chaussons rouges, Moulin Rouge ! et... Black swan ! Pour plus de sobriété, on peut bien sûr se contenter de Flashdance...

----------
Une précision...
J'ai vu le film avant qu'il reçoive le Prix de la mise en scène à Cannes.

Toujours pas convaincus ? Effrayés par l'objet ?
Vous lirez avec intérêt la belle analyse de Strum, en léger contrepoint. La chronique de Pascale, en revanche, est particulièrement élogieuse. Et Vincent, malgré des réserves, y a noté "un amour fou du cinéma"...

lundi 2 août 2021

Le prix du sang

Les meilleurs spécialistes ne cessent de le répéter: le cinéma français de genre a le vent en poupe. Et, oui, c'est plutôt une bonne nouvelle ! Parmi les derniers exemples, La nuée joue sur notre peur supposée des petites bestioles mal intentionnées - ici, il s'agit de sauterelles. Mais, avant cela, un constat: le film s'est donné un cadre... "réaliste".

Virginie élève seule ses deux enfants depuis que son mari est disparu. Seule encore et non sans difficultés, elle s'occupe d'une exploitation agricole d'un genre nouveau, où elle élève donc des insectes sauteurs destinés ensuite à l'alimentation (animale, mais également humaine). Problème: les rendements sont trop faibles pour que cette activité soit viable. Virginie pense donc tout arrêter, en tout cas jusqu'au jour où elle découvre un moyen pour produire davantage et vendre mieux. Inutile d'insister: je ne vous révélerai pas la teneur de cette méthode hasardeuse. Sachez juste que La nuée met vraiment mal à l'aise ! Enfermée dans une névrose, son héroïne va commettre l'irréparable...

Bon... je n'ai pris qu'un plaisir mitigé à ce spectacle. Le mot "glauque" est sans doute celui qui caractérise idéalement ce que le métrage nous donne à voir, mais aussi... à entendre. Pas de doute: sur le plan formel, La nuée fait preuve d'une efficacité certaine, d'autant en fait que la tension va crescendo jusqu'à un climax court, mais étouffant. Nous sommes en face d'un premier film: le réalisateur n'a pas choisi entre les différentes sous-intrigues possibles et les a traitées toutes. L'épouvante en sort grande gagnante, au détriment de la chronique socio-familiale, portée par de bons acteurs, qui lui tient lieu de toile de fond. Autant vous le dire: au final, je reste un tantinet frustré. D'ailleurs, il me semble que les critiques pro sont plus enthousiastes que les spectateurs lambda, ce qui me paraît révéler un déséquilibre. Cela dit, je ne regrette pas d'être allé voir le film: j'avouerai juste que j'en ai vu de meilleurs. Mais je ne vais pas crier à la supercherie !

La nuée
Film français de Just Philippot (2021)

Un opus qui s'est fait attendre: il devait être présenté à la Semaine de la critique du Festival de Cannes... 2020 ! Sa sortie dans les salles n'a heureusement pas été remise en cause et, malgré mes bémols assumés, je suis content d'avoir pu le découvrir sur grand écran. Maintenant, de là à en parler comme d'un hybride entre Petit paysan et Grave, je ne m'y risquerai pas. En fait, je préfère ces deux films...

dimanche 1 août 2021

Restée seule

Je vous avais promis un dessin animé: le voici ! Louise en hiver m'avait attiré lors de sa sortie en salles, mais je l'avais laissé filer. Après ma séance de rattrapage, je ne peux que vous le conseiller. Comme à son habitude, le cinéaste français Jean-François Laguionie fait ici preuve d'une sensibilité rare, qui reste largement méconnue...

C'est l'été. Louise est en vacances dans une petite station balnéaire. L'horloge de son lieu de villégiature est en panne: la vieille dame constate que le train du retour est parti sans elle et se retrouve seule dans des rues désertées. Et le rêve se mélange soudain à la réalité ! L'air de ne pas y toucher, Louise en hiver, bel ouvrage d'un monsieur alors âgé de 76 ans, nous parle du grand âge et de ses conséquences. Il le fait avec une douceur et un sens de la poésie remarquables. Sublimé par la voix de Dominique Frot, soeur de Catherine, ce film rare s'appuie également sur l'incroyable talent pictural de son auteur. "C'est sans doute le film le plus intime que j'ai réalisé, dit Laguionie. Le plus précis aussi car les aventures à huit ans en haut des falaises ou dans un bois mystérieux, je les ai vécues. Ce n'était pas difficile pour moi de les dessiner". Plus un mot: je ne veux pas tout dévoiler. Disons que j'ai aimé ce que j'ai vu: un mélange de dessins au crayon de couleur, au pastel et à l'aquarelle. La bande sonore et la musique favorisent l'immersion dans le récit, au service de l'émotion ! Waouh !

Louise en hiver
Film français de Jean-François Laguionie (2016)

Une perle à ne pas manquer si vous en avez l'occasion. L'animation française est très diverse et là, c'est clairement le haut du panier ! Bon... du même auteur, je préfère le film précédent: Le tableau. Oui, mais si je faisais un classement, il serait assurément très serré. Autant donc vous conseiller de regarder d'autres animés sur un thème voisin: L'illusionniste ou La tête en l'air. Une liste non exhaustive...

----------
Et si vous voulez rester avec Louise encore un moment...

Vous pourrez la croiser chez Pascale et du côté de "L'oeil sur l'écran".

samedi 31 juillet 2021

JPG côté ciné

J'ai mis du temps à décider de ce dont je voulais parler aujourd'hui. Au départ, je pensais écrire une chronique à haute teneur vindicative contre Disney, qui ne diffuse les deux derniers Pixar (Soul et Luca) que sur sa plateforme VOD. J'y ai donc renoncé... pour l'instant ! Avant de me fâcher tout rouge, j'ai fini par remarquer que l'expo consacrée au génie de Louis de Funès à la Cinémathèque française fermait ses portes demain et qu'un nouvel accrochage était annoncé pour l'automne prochain - et, plus précisément, à partir du 6 octobre !

Ô joie: cela fait un chouette prolongement à ma chronique de jeudi ! Cinémode - c'est l'intitulé de ce nouvel événement - rendra hommage à Jean-Paul Gaultier. On dit que le styliste est un cinéphile passionné. Il lui est en tout cas arrivé de créer des costumes pour le cinéma. Autre signe d'une réelle connivence: il fut l'une des rares personnalités non directement liées au septième art à participer au jury du Festival de Cannes (c'était en 2012, sous la présidence de Nanni Moretti) ! Apparemment, l'expo à venir parlera bel et bien de ce lien privilégié qu'il entretient avec l'écran, mais aussi du travail d'autres créateurs de mode. NB: elle sera ouverte au public jusqu'au 16 janvier 2022. J'ignore si j'aurai l'occasion de la voir, mais ce n'est pas à exclure. Évidemment, si c'est le cas, je vous en reparlerai le moment venu. D'ici là, avec ou sans JPG, j'ai plein d'autres films à vous présenter. Le prochain, demain, ce sera un dessin animé ! Mais pas un Disney...

jeudi 29 juillet 2021

Le diable en Emma

Voir les dessins animés Disney reproduits en films en images réelles ne doit plus étonner personne. Simple exemple: arrivé sur les écrans dès 1961, Les 101 dalmatiens était repassé à la moulinette en 1996. Mickey ne s'est pas arrêté là: cette année, une nouvelle suite donnée à son histoire - euh... non, un début ! - a envahi les salles obscures...

Cruella
raconte comment une modeste gamine élevée par sa mère célibataire s'est ensuite acoquinée avec deux petits voleurs, a gardé son goût pour la mode, est devenue styliste auprès d'une patronne d'une arrogance rare et s'est petit à petit transformée en fashionista sans scrupule, prête, pourquoi pas ? à utiliser de la peau de chien pour faire des manteaux. Bon... tout cela donne lieu à l'un des films les plus "adultes" que le studio aux grandes oreilles ait jamais créés. Porté par une bande son rock réjouissante, ce long-métrage explosif dispose d'atouts incontestables pour séduire un public familial élargi. Son Swinging London des années 60-70 vaut à lui seul un coup d'oeil...

Le duel Emma Stone / Emma Thompson mérite aussi votre attention. La première a 32 ans, la seconde trente de plus: la guerre de look qu'elles se livrent est féroce et garantit au public quelques morceaux de bravoure proches de ceux que proposent les films de superhéros ! Du coup, Cruella est réussi, avec un rythme d'enfer et des trouvailles amusantes pour illustrer cette rivalité féminine, mais sans surprise véritable quant au déroulé du scénario. Le popcorn movie le plus fun ne peut offrir que ce qu'il est: une sucrerie certes joliment emballée dans un papier brillant, mais dont le goût en bouche se dissipe vite. Ce n'est pas une raison, me direz-vous, pour bouder son plaisir d'éternel enfant devant un spectacle efficace et haut en couleurs. Vous avez raison ! Je garde donc mes chipotages pour un autre jour...

Cruella

Film américain de Craig Gillespie (2021)
À l'heure du grand bilan, ce tout nouvel opus made in Disney m'apparaît plus solide que certains autres de la dernière génération. Je râlerai une autre fois sur les pratiques de l'entreprise et souligne que, finalement, j'ai vu pas mal de ces films tirés des dessins animés classiques. Pour l'heure, Le livre de la jungle reste mon préféré. Sachez que Cendrillon et Dumbo tirent eux aussi leur épingle du jeu !

----------
Une dernière touche féminine ?

Pascale a écrit quelques mots sur le film dans l'une de ses chroniques.

mardi 27 juillet 2021

En dépit des épines

Vous souvenez-vous ? À un horticulteur qui lui parlait des difficultés de sa profession, Emmanuel Macron avait répondu qu'il pouvait trouver du travail dans l'hôtellerie ou la restauration... en traversant la rue ! Mon film du jour a pour héroïne une cultivatrice de roses. Rose... cette fiction témoigne, justement, que la réalité ne l'est pas !

Revoir Catherine Frot dans la peau de l'héritière fauchée d'un domaine floral m'a bien plu. Décidément, je la croise beaucoup, en ce moment, mais l'actrice m'apparaît encore une fois d'une sensibilité de jeu appréciable. Pour être franc, j'ai eu peur: le personnage secondaire qu'incarne - moyennement - Vincent Dedienne s'avère un "méchant" assez caricatural. Idem pour ceux qui sont les employés de la roseraie de Dame Catherine: leur apparition dans le film est plutôt médiocre. Heureusement, cela s'arrange ensuite: La fine fleur devient un film très sympa, qui offre même quelques rebondissements inattendus. Cette comédie légère est aussi une (mini-)chronique sociale. Bien vu !

La réussite de ce long-métrage tient à son bon équilibre: les acteurs connus partagent volontiers la vedette avec les "anonymes", en fait. Après, tout ce qui concerne l'horticulture est exposé sans dérive jargonneuse: on ne saisit pas tout, mais on comprend bien l'essentiel. Honnêtement, sans traverser la rue, j'ai appris beaucoup de choses intéressantes. En un mot, La fine fleur est une vraie bonne surprise ! Sans prétention, le film tient fort bien son rôle de divertissement intelligent: il est certes clair qu'il ne changera pas à jamais le visage de notre cinéma national, mais c'est un programme tout à fait décent pour toute la famille. Mes parents l'ont d'ailleurs apprécié, eux aussi. Ultime précision pour les passionnés de fleurs: le dossier de presse livre pas mal d'infos sur l'industrie de la rose et les créateurs français.

La fine fleur
Film français de Pierre Pinaud (2021)

Coup de coeur (raisonnable) pour ce petit film dépourvu d'esbroufe. Quand le cinéma français nous offre ça, je tiens à lui dire merci. Bon... l'étude du monde rural ne va pas aussi loin que dans Revenir ou Petit paysan, mais peu importe: j'ai passé un chouette moment. Pour une autre vision du commerce des fleurs, vous pourriez vouloir jeter un oeil sur Tulip fever. NB: ce n'est pas du tout le même genre !

----------
Et pour en revenir au film d'aujourd'hui...

Je vous conseille de conclure en allant faire un petit tour chez Dasola.