vendredi 15 mai 2026

Une métamorphose

Je visualise une simple boule hérissée de pics. On le représentait ainsi quand j'étais ado, parlant d'une menace dont on pouvait se préserver. Pour moi, le Sida a plutôt eu un double visage: celui de Freddie Mercury et celui d'une jeune femme séropositive, Barbara Samson, venue parler de son quotidien dans un collège. J'apprends qu'elle est toujours en vie !

Du côté du cinéma, mon amie Aurelia m'a conseillé Dallas buyers club. Le film a déjà treize ans et je l'ai regardé sans rien savoir de son sujet. Retour dans les années 1980. Nous rencontrons Ron Woodroof, un type franchement détestable, à la fois violent, machiste et homophobe. Alcoolique, toxicomane et gagnant sa pitance autour de paris foireux dans le milieu du rodéo. Cet homme apprend qu'il est porteur du VIH. Que croyez-vous qu'il fasse ? Il insulte le médecin qui l'a diagnostiqué. Pour lui, il est impossible qu'il ait attrapé cette "maladie de pédales". Face à l'évidence, il va toutefois faire face à la situation. Et se battre pour dépasser un pronostic vital que le corps médical limite à un mois. Nous voilà aussitôt face au récit d'une complète métamorphose. Personnage bien réel, Ron Woodroof a en fait pris sa destinée en mains lorsqu'il a décidé de se documenter sur la maladie et de chercher seul comment se soigner - aux États-Unis tout d'abord et à l'étranger ensuite.

Sciemment, il s'est alors écarté des protocoles hospitaliers "classiques" et a suivi sa propre thérapie, hors du cadre légal. Oubliant son métier d'électricien, il a progressivement mis en place une sorte d'association pour fournir à toute personne atteinte par la maladie des médicaments achetés au Mexique ou au Japon (moyennant 400 dollars de cotisation). Dans le film, il bosse avec Rayon, une femme transgenre, mais je crois que ce personnage a été inventé - ce qu'on pourra trouver regrettable. Que dire ? Matthew McConaughey et Jared Leto m'ont vraiment bluffé. Au-delà de leur transformation physique, ils se frottent à des rôles ambivalents, durs, sans jamais verser dans la vulgarité ou la caricature. Leur implication a valu à chacun d'eux un Oscar et plusieurs autres Prix. Elle permet en effet à ce biopic de s'élever plus haut que la moyenne. Retenez que ce n'était pas gagné d'avance: le réalisateur est québécois et il aura fallu que son équipe soit tenace pour trouver des producteurs. On pourra à la limite regretter un manque d'audace sur le plan formel. En fait, ce cinéma laisse toute la place aux acteurs. Et c'est bien aussi...

Dallas buyers club
Film américain de Jean-Marc Vallée / 2013

Un long-métrage "casse-gueule"... et pourtant une vraie belle réussite. J'ai l'impression qu'on parle - beaucoup ! - moins du Sida qu'à l'époque de mon adolescence (disons qu'au début des années 90, pour situer). Peut-être qu'il faudrait que je revoie Philadelphia (1993), un film-phare dans ce domaine, porté par le tandem Tom Hanks / Denzel Washington. Et aussi Les nuits fauves (1992) ou 120 battements par minute (2017) !

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Une précision...
Ce récit n'est pas tendre avec les labos et la médecine "officielle". Aurait-il été imaginé comme une dénonciation ? Peut-être bien, oui. Chacun reste libre de son avis au sujet de Big Pharma et de ses dérives. 

Et si, de votre côté, vous voulez creuser le sujet...
Je vous suggère un petit tour chez Pascale et/ou vers "L'oeil sur l'écran".

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