vendredi 8 juin 2012

Monsieur 100.000 volts

Une chronique de Martin

Toc toc badaboum, c'est lui ! Mais non, pas Gilbert Bécaud ! LUI ! L'acteur le plus tapageur du cinéma à la française, le père - spirituel - de notre cher Jean Dujardin: Jean-Paul Belmondo, pour vous servir.

Certains de mes potes idolâtrent Bébel. Pour ne pas mentir, je dois admettre de sérieuses lacunes dans sa filmographie. Je n'ai pas mis plus que quelques jours à dévorer sa biographie, mais je le connais encore très mal à l'écran. Une mauvaise excuse: quand L'incorrigible est sorti, je n'avais pas six mois. Je me rattrape, tout doucement.

L'incorrigible, c'est Victor Vauthier, escroc à peine libéré de prison. Populaire parmi ses gardiens, le drôle reste placé dans le collimateur de la justice: on lui assigne même un juge d'assistance post-pénale. Évidemment, Bébel oblige, le magistrat est une femme, jeune assurément et jolie bien sûr, que ses parents, M. et Mme Pontalec, ont eu la bonne idée d'appeler Marie-Charlotte. Et on repart aussitôt pour l'histoire du voyou qui séduit la donzelle de bonne famille ! Avis à ceux qui espéraient un scénario original: il est inutile d'espérer davantage. Aussitôt que le film commence, on sait parfaitement comment il va se terminer. Ce n'est sans doute pas le plus important.

L'important, c'est lui, bien sûr, Jean-Paul Belmondo, dans un film parfaitement aligné sur son titre. La méga-star vampirise l'écran. Pourtant pas mauvais, les autres comédiens sont vite réduits au rôle de faire-valoirs, exception faite du très truculent Julien Guiomar. Malgré une belle carrière avant et après, Geneviève Bujold, elle, passe quasi-inaperçue, peut-être aussi parce qu'elle est canadienne. Outre les sautillements perpétuels de son premier personnage masculin, L'incorrigible mérite toutefois le détour pour une raison annexe: ses dialogues signés Michel Audiard. Une heure et demie d'un français argotique et citadin comme cerise d'un modeste gâteau.

L'incorrigible
Film français de Philippe de Broca (1975)
Comme moi, le long-métrage a un peu vieilli: si je lui ai attribué trois étoiles et demie, c'est bien pour saluer la prestation de l'ami Bébel, inimitable. Je crois toutefois pouvoir dire qu'il a fait mieux. Philippe de Broca aussi, sans doute, au cours d'une carrière poursuivie jusqu'à sa mort, en 2004. Vous en jugerez en regardant par exemple Le cavaleur, avec mon idole à moi, elle aussi montée sur ressorts: vous aurez sans mal reconnu Monsieur Jean Rochefort.

mercredi 6 juin 2012

Le choix de Lena

Une chronique de Martin

Lena est la jeune secrétaire d'un grand patron espagnol. Elle devient son amante par opportunisme, espérant profiter de son carnet d'adresses pour trouver un médecin capable de soigner son père. Quelques années passent et le couple s'est installé dans la routine. Montée dans l'ascenseur social, Lena rêve de devenir comédienne.

J'avais renoncé à découvrir Étreintes brisées au cinéma, la lecture d'une critique ayant cassé mon élan vers un film alors présenté comme la plus "auto-référencée" des oeuvres de Pedro Almodóvar. Son passage récent sur Arte m'a permis de l'appréhender enfin. Décidément, je deviens un grand fan de la chaîne franco-allemande ! Comme d'habitude à la télé, il n'y a que l'absence de VO qui m'a chagriné. Étreintes brisées s'inscrit toutefois comme l'un des temps forts de mes explorations cinéphiles. Comme son titre l'évoque clairement, le film évoque des amours contrariées. Le mari de Lena espère retenir sa femme, mais n'y parvient pas. Cette dernière s'évade dans les bras d'un autre sur les plateaux de cinéma, butant toutefois sur la sombre réalité de la jalousie au moment de lâcher prise. Et d'autres personnages encore composent la mosaïque subtile de ce drame intimiste. J'ai dénoué l'écheveau petit à petit, le coeur serré. Une vraie tension traverse le long-métrage de part en part. Quelque chose de beau et de douloureux à la fois.

Je veux simplement vous conseiller de laisser le temps au temps. C'est très progressivement que le scénario développe ses arguments dramatiques. Pedro Almodóvar en appelle à quelques grands anciens pour offrir une mise en scène de toute beauté. Les images composées par l'Espagnol sont magnifiques, habitées par la grâce d'acteurs inspirés. C'est de fait l'une des très bonnes raisons de voir le film: outre la star Penelope Cruz, dont la justesse de jeu surligne la beauté envoûtante, Étreintes brisées offre de goûter aux talents multiples d'une distribution ibérique de haut vol. Il était revenu bredouille du Festival de Cannes 2009, à la surprise me semble-t-il d'une partie de la profession. Il m'a plu de le voir hors-contexte. Gardez si possible une boîte de Kleenex à portée de main...
 
Étreintes brisées
Film espagnol de Pedro Almodóvar (2009)
Qu'on m'épargne les rétrospectives: j'ai encore bien trop de lacunes dans la filmographie du cinéaste castillan pour juger l'oeuvre d'aujourd'hui à l'aune de ses devancières. Ce que je peux souligner cependant, c'est que j'avais moins aimé Parle avec elle, le seul autre de ses longs-métrages présentés ici. Patience: je ferai la chronique d'un troisième très prochainement. J'ai aussi d'innombrables trésors à découvrir avec le cinéma espagnol. À noter cette fois un clin d'oeil à Luis Bunuel et à Belle de jour, autre film que je vous recommande.

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Des avis complémentaires...
Que Pascale, rédactrice de "Sur la route du cinéma", accepte désormais de me pardonner: contrairement à ce que j'avais affirmé dans un premier temps, sa chronique peut toujours être consultée. Celles du duo de "L'oeil sur l'écran" sont tout aussi enthousiastes. Bref, chez mes confrères de blog aussi, le film suscite l'admiration.

lundi 4 juin 2012

Révélé à lui-même

Une chronique de Martin

J'ai découvert Kevin Kline avec Un poisson nommé Wanda, chef d'oeuvre d'humour britannique qu'il me faudra présenter un jour. L'acteur américain est aussi le héros de In & out, l'un des rares films comiques autour de l'homosexualité. Le personnage auquel il prête ses traits s'appelle Howard Brackett: prof de littérature classique dans un lycée du fin fond des États-Unis, il s'apprête à se marier après trois années de fiançailles. Un beau soir, sa promise et lui regardent la télé: un ancien élève participe à la soirée des Oscars.

Télécommande en main, Howard croit rêver: vainqueur, le garçon qu'il a formé lui rend hommage et évoque... son homosexualité. Quoi ? Un futur marié gay ? C'est tout simplement impensable ! Impossible en tout cas d'annuler la cérémonie pour si peu ! L'argument suffit toutefois à faire de In & out un petit film original et sympa. La première chose à remarquer, c'est sa durée. En moins d'une heure trente génériques compris, le long-métrage fait le tour de la question. C'est une réelle qualité: il ne traîne pas en longueur. Aussitôt que révélée à la planète entière, l'homosexualité supposée de Howard change radicalement le cours de sa vie. Trop tranquille jusqu'alors, l'existence du héros devient aussitôt frénétique. Si j'ose dire, le destin se met en marche, pour le meilleur et pour le pire...

Rien d'extraordinaire là-dedans, mais quelques belles choses à voir néanmoins. Si la réalisation reste très classique, le jeu des acteurs augmente significativement l'intérêt du film. Par ordre croissant d'importance, je citerai d'abord Debbie Reynolds et Wilford Brimley. Parents de Howard, ils font tout pour que la noce ait lieu à la date prévue. Ensuite, il y a Joan Cusack: Emily, la future mariée, tient vraiment à convoler... pour justifier enfin le très rude régime alimentaire auquel elle s'est soumise. In & out permet également d'apprécier les talents comiques de Tom Selleck: sa moustache désormais coupée, Magnum joue un journaliste vraiment futé. Reste donc sa "victime", Monsieur Kevin Kline, qui paraît ici se moquer gentiment d'un Oscar qu'il a lui-même reçu quelques années auparavant - le film s'inspirant aussi des remerciements à l'Académie de Tom Hanks ! Et Kevin Kline, donc ? Pas délirante, sa prestation reste assez exubérante pour permettre d'y croire. Ah bon ? Ben oui !

In & out
Film américain de Frank Oz (1997)
Une fois encore, je laisse le film répondre à la question du pourquoi du titre. C'est la deuxième fois que je le voyais: je l'ai aussi trouvé moins drôle que la première. Connu également comme voix de Yoda dans la série Star Wars, Frank Oz... ose aller encore un peu plus loin dans Joyeuses funérailles. En fait de nature consensuelle, le regard qu'il porte sur l'homosexualité défrise moins que celui du duo Poiré/Serrault dans La cage aux folles. Tout en restant bien sûr beaucoup moins pesant que Le secret de Brokeback Mountain...

samedi 2 juin 2012

Souvenirs de la fac

Une chronique de Martin

Parler politique sur ce blog ? Je n'en ai jamais eu l'intention. J'avais toutefois songé suivre l'actualité présidentielle pour évoquer un film sur le sujet. Raté ! L'occasion ne s'est pas présentée. La soirée consacrée au débat Hollande/Sarkozy, je l'ai passée seul chez moi pour regarder... 13 semestres, un film allemand diffusé par Arte.

Aucun regret citoyen: j'ai passé un agréable moment. Je déplore simplement que les longs-métrages d'outre-Rhin ne nous parviennent qu'aussi peu nombreux. Une déclaration presque politique, ça, tiens !

Pas besoin de connaître l'Allemagne pour comprendre 13 semestres. Le film tourne autour du personnage de Moritz, jeune bachelier devenu étudiant en mathématiques financières. Quand l'histoire commence, Momo s'apprête à passer son examen final. Flash-back rapide: le revoilà au volant d'une vieille ruine automobile, en route vers la ville et son inscription à la fac. Parti avec son pote Dirk, Momo croisera vite le chemin de Bernd, futur colocataire, Aswin, Indien exilé plus doué pour le calcul que pour les langues, et Kerstin, jolie brune aux yeux clairs, absolument irrésistible. Je peux croire que ça vous rappelle des choses et je pense que c'est fait pour. Ceux qui ont déjà eu l'occasion de s'asseoir sur les bancs d'une université seront en terrain familier. Le long-métrage s'intéresse toutefois d'abord à tout ce qui tourne autour de la vie estudiantine. Révisions d'examen, fêtes alcoolisées et premières amours... que du bonheur !

Cette chronique des années folles est plutôt bien foutue. D'une durée raisonnable, elle est en tout cas très sympathique à suivre. Chacun des acteurs livre une bonne partition et le groupe forme une bande crédible, à fort pouvoir d'identification. En tant que germanophile convaincu, je dois dire que j'ai bien apprécié de découvrir l'ensemble de ces comédiens, pestant de ne pas pouvoir les entendre en VO. J'ajoute que 13 semestres m'a aussi séduit sur la forme. Le montage rend le film assez ludique et le récit se déroule sans temps mort. Sans être frénétique, le rythme est soutenu, tel celui de la jeunesse. Bien qu'il se déroule sur six ans et demi, le long-métrage reste toujours très lisible et d'accès facile. Il offre également la possibilité d'apprécier des musiques un peu nouvelles dans la bande originale. Pas sûr que cela suffise à transporter tout le monde, mais j'ose croire qu'il y a là de quoi faire sourire les plus blasés d'entre nous. Oui, le cinéma allemand peut lui aussi vibrer d'une vraie vitalité !

13 semestres
Film allemand de Frieder Wittich (2010)
La première création du réalisateur ! Elle m'en a aussi rappelé d'autres, découvertes avant elle, notamment (500) jours ensemble. Dans cet autre film, il est toutefois question de jeunes travailleurs. Pour retrouver l'ambiance du parcours étudiant, L'auberge espagnole de Cédric Klapisch reste pour moi une référence incontournable. J'aimerais également recommander Good bye Lenin à celles et ceux parmi vous qui s'intéressent à l'Allemagne et son histoire récente.

jeudi 31 mai 2012

Qui se ressemble...

Une chronique de Martin

J'avais vaguement repéré l'affiche. C'est en fait sur une proposition de Philippe et pour ainsi dire à l'aveuglette que je suis allé voir Tyrannosaur. Les yeux grand ouverts, j'ai apprécié ce film âpre venu d’Écosse. Un dénommé Joseph y traîne sa misère lestée d'alcool. Caché dans la boutique d'Hannah après une énième beuverie suivie d'une agression, l'homme ne fait même pas peine à voir. Aussitôt agressif avec ceux qui lui veulent du bien, il n'inspire vraiment aucune sympathie. Au tout premier regard, en tout cas...

Tyrannosaur, c'est une rencontre. Un homme et une femme: Lelouch n'a pas inventé ce duo classique du cinéma. À 38 ans, parfois acteur dans les films d'autres cinéastes, Considine passe ici à la réalisation. Bilan ? Une réussite. L'école britannique du film social compte désormais un nouveau lauréat. Le portrait croisé qui nous est offert brille d'une noirceur peu commune. Rude, le fond assène des coups violents. Épurée, la forme s'impose par son évidence. Une fois faites quelques recherches complémentaires sur le long-métrage, j'ai appris que le réalisateur souffrait du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme. Le résultat de son travail n'en est que plus bluffant. J'aimerais ne pas tomber dans le cliché facile, mais on sent bien combien il a mis de lui dans sa création. Jamais racoleur, investi. L'unique petit bémol: quelques scènes un peu trop explicites. Question de dosage, à laquelle l'expérience saura, j'espère, répondre.

En attendant un éventuel deuxième film, je voudrais aussi souligner l'excellent choix de Considine en matière de distribution. Le truc également intéressant, c'est que je ne connaissais pas ces acteurs auparavant ! Peter Mullan m'a tout de suite capté: j'ai oublié l'homme et me suis immédiatement "plongé" dans son personnage, un signe qui ne trompe pas. Olivia Colman n'est pas en reste. Elle dévoile toute l'étendue de son talent à mesure que son rôle évolue: elle joue sur une multitude d'émotions, toujours juste au bon moment. Tyrannosaur tire sa force du réalisme que ses deux comédiens imposent. Eddie Marsan, brillant interprète de l'inquiétant mari d'Hannah, est lui aussi dans le ton. Le casting conserve également une place importante pour quelques autres visages méconnus et il y a même, si j'ai bien compris, un amateur anonyme repéré dans un pub de Glasgow. Option judicieuse au profit d'une œuvre sans concession.

Tyrannosaur
Film britannique de Paddy Considine (2011)
Trop absorbé par Clint Eastwood, je n'étais pas parvenu à apprécier Gran Torino à sa juste valeur. Sans l'avoir encore revu, le film évoqué aujourd'hui m'y a fait penser. Je me rends compte au final que je n'ai pas beaucoup parlé du scénario. Qu'importe: je précise tout de même qu'il laisse passer un peu de lumière - c'est rassurant. Autre comparaison possible: le très beau Fish tank d'Andrea Arnold. L'explication du titre ? Là, motus: c'est le film qui vous la donnera.

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Un dernier regard ailleurs ?
Vous pouvez lire l'analyse du film que publie "Sur la route du cinéma".

lundi 28 mai 2012

Et la Palme est attribuée à...

Une chronique de Martin

L'info, vous l'avez sans doute déjà: la 65ème édition du Festival international du film de Cannes a fermé ses portes lors de la soirée d'hier, après la traditionnelle remise des prix. L'heure est donc venue pour moi de vous proposer mon analyse personnelle, étant précisé que je n'ai pour l'instant vu que deux des 22 oeuvres en compétition. De prime abord moins flamboyant que celui de 2011, le palmarès cannois n'en réveille pas moins en moi de vraies envies de cinéma.

Sauf si son distributeur décide d'une sortie anticipée, il semble bien qu'il faudra attendre encore quelques mois pour découvrir la Palme d'or. Le réalisateur autrichien Michael Haneke en ajoute une seconde à sa collection, lui qui avait déjà été couronné en 2009. Festivalier fidèle et parfaitement francophone, il a une nouvelle fois su apporter la lumière sur des comédiens français, en l'occurrence cette fois Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant, 85 et 81 ans. J'ai hâte désormais d'aller voir cet Amour, récit du quotidien d'un couple d'octogénaires, quand la dame perd tour à tour la mobilité, la parole et la mémoire. Michael Haneke a présenté le sujet comme le fruit d'une conversation avec sa propre épouse. Je peux déjà supposer qu'entre les mains de grands comédiens, ce sera de fait bouleversant.

Était-ce l'oeuvre la plus forte de la sélection ? C'est très possible. Reality, la comédie amère qui permet à Matteo Garrone de recevoir un nouveau Grand Prix du jury après celui de 2008, suit un candidat frustré à une émission de téléréalité. Le film précédent du cinéaste évoquant la mafia napolitaine, on peut parler d'un revirement thématique complet. Est-ce un bien ou un mal ? Je n'en jugerai pas avant d'avoir vu le(s) film(s). Celui-là m'attire peu, pour l'instant. J'ajoute que je peux très bien changer d'avis quand il sera sorti.

Est-ce la récompense des adieux pour Ken Loach ? Je crois avoir noté que le réalisateur britannique en était cette année à sa 15ème venue sur la Croisette. Je l'aime bien, sincèrement. Même si la critique n'a pas toujours goûté à La part des anges, son nouveau long-métrage, peut-être bien que j'irai le voir pour juger moi-même de sa valeur. De manière assez surprenante pour quelqu'un qui s'est surtout illustré dans le drame, il semble qu'il s'agisse d'une nouvelle comédie. L'intrigue tournerait autour d'un jeune père condamné à un travail d'intérêt général et que son superviseur initie à l'art de la distillation du whisky. Rendez-vous en salles prévu à la fin du mois de juin.

Pourra-t-on également y découvrir les deux jeunes actrices récompensées du Prix d'interprétation féminine ? Les Roumaines Cristina Flutur et Cosmina Stratan, respectivement ex-comédienne de théâtre et ancienne journaliste, s'illustrent dans le nouveau film de Cristian Mungiu, leur compatriote qui avait obtenu la Palme d'or en 2007. Au-delà des collines est aussi leur tout premier film ! Juste descendues d'avion, les deux actrices ont fait part de leur émotion. Elles pourraient à leur tour en susciter avec leurs personnages, l'une amoureuse de l'autre et voulant l'empêcher de vouer sa vie à Dieu. Notez que le long-métrage repart également avec le Prix du scénario.

Mads Mikkelsen est sans nul doute un comédien plus expérimenté. Connu à l'international, notamment pour avoir prêté ses traits à l'un des derniers bad boys de la série James Bond, le Danois n'a pas oublié ses compatriotes auteurs et notamment Thomas Vinterberg. Dans le dernier film de ce dernier, il joue un homme que la rumeur accuse de pédophilie. La chasse a reçu le Prix du jury oecuménique. Clin d'oeil du destin: la femme de Mads Mikkelsen poursuit actuellement des études de théologie. Le cinéaste, lui, s'est éloigné ici des préceptes du Dogme danois, ces conditions de tournage draconiennes qu'il avait décidé de s'imposer au début de sa carrière. Son acteur rentre au pays avec le Prix d'interprétation masculine.

Prix de la mise en scène, Post tenebras lux semble pour sa part s'illustrer par l'un de ces curieux formalismes que peut revêtir parfois le cinéma d'auteur. Je ne sais pas grand-chose de ce long-métrage signé du réalisateur mexicain Carlos Reygadas. Sa bande-annonce m'a laissé croire en l'analyse de la critique: le film s'annonce surtout comme une oeuvre contemplative. Après les ténèbres, la lumière ? J'attendrai donc ce récit autobiographique dans une salle... obscure.

Idem pour Les bêtes du sud sauvage, la Caméra d'or 2012. Rappel pour les étourdis: cette récompense vient couronner ce qui est considéré comme la meilleure première oeuvre de tout le Festival. Cette année, il fallait la chercher dans la catégorie Un certain regard. Petite polémique à la clé: l'Américain Benh Zeitlin avait déjà été récompensé d'un trophée pour ce même film, lors du dernier Festival de Sundance. La meilleure façon de juger si c'est mérité - ou non - sera évidemment de voir le long-métrage. Il y serait en fait question d'une petite fille partie à la recherche de sa mère, alors que son père tombe malade. Une thématique abordée comme elle pourrait l'être dans un conte, si j'ai bien compris, ce qui vient titiller ma curiosité.

Un mot enfin sur Sessiz be-Deng, petit film venu de Turquie, Palme du court-métrage. C'est la troisième oeuvre de son auteur, âgé seulement de 34 ans. Le jeune L. Rezan Yesilbas a pu le présenter comme le deuxième volet d'une trilogie féminine. Il s'intéresse effectivement à une femme, qui vient rendre visite à son mari prisonnier. Je n'en sais pas beaucoup plus, mais note que le cinéaste a dit du Festival qu'il était pour lui "une bulle au milieu du monde". J'aime assez cette idée d'espace culturel, protégé et ouvert à la fois.

J'en ai terminé avec les lauréats. Comme chaque année, Cannes laisse aussi quelques déçus sur le bord du chemin. Promis: ce constat amer ne me découragera pas de vous parler d'autres réalisateurs émérites comme Jacques Audiard, dont le sixième opus, De rouille et d'os, est reparti bredouille. Je crains que la critique française s'enflamme un peu vite dès qu'elle voit un bon film tricolore ! Visiblement, Alain Resnais et son Vous n'avez encore rien vu peuvent souffrir des mêmes symptômes, de même que Leos Carax, pourtant régulièrement cité parmi les favoris pour son Holy motors. En revanche, c'est sans doute autre chose qui a nui au Sur la route de Walter Salles, au Cosmopolis de David Cronenberg ou bien encore au Moonrise Kingdom de Wes Anderson. Je m'étonne presque d'avoir vu le palmarès défiler sans mention du film égyptien, contexte politique et printemps arabe obligent. Au tour du public d'en juger.

Pour ma part, je veux laisser le mot de la fin au président du jury choisi pour cette édition 2012. "J'ai huit nouveaux amis", a dit l'Italien Nanni Moretti à propos de ses jurés, les citant tour à tour avant de souligner à la fois "la sincérité d'Ewan McGregor, la passion d'Hiam Abbas, la bonne humeur de Jean-Paul Gaultier, spectateur idéal à mon sens, la détermination de Diane Kruger, la douceur d'Emmanuelle Devos, la mémoire historique et cinématographique d'Alexander Payne, la compétence et la culture de Raoul Peck". Ajoutant enfin "l'énorme énergie d'Andrea Arnold, qui avait décidé qu’on se baignerait tous dans une mer à 14°C, projet que nous avons fort heureusement réussi à faire échouer !". En passionné, le lauréat de 2001 a également parlé de sa méthode de travail: les jurés auraient ainsi eu huit réunions pour parler de tous les films. N'allant pas jusqu'à citer des noms, Nanni Moretti a aussi dit son sentiment que "plusieurs des réalisateurs en compétition étaient plus amoureux de leur style que de leurs personnages". Il a par ailleurs assuré qu'aucun prix n'avait fait l'unanimité et, au sujet de la Palme d'or Amour et de ses comédiens, exprimé son regret que le règlement interdise désormais d'octroyer à la fois Palme et Prix d'interprétation à un même long-métrage. Nous verrons si cela change en 2013. Objectivement, je n'ai pas d'info là-dessus, mais j'en doute beaucoup.

samedi 26 mai 2012

Simplement magique

Une chronique de Martin

Je vous ai parlé jeudi dernier d'un film pour lequel je n'ai vraiment aucune objectivité. En voici aujourd'hui un autre: The fisher king.

On me demande parfois: "Martin, quels seraient tes films préférés entre tous ?". Difficile à dire. L'idée même de devoir ainsi hiérarchiser mes préférences et la volonté de graver un classement dans le marbre me sont presque étrangères. Cela dit, j'ai constaté qu'il existe des longs-métrages qui résistent à ma lassitude. Celui d'aujourd'hui me fait toujours le même effet: il m'amuse, m'émeut, me bouleverse, me donne de l'espoir, me rassure et me fait rêver. Mention spéciale pour une scène de ballet, filmée dans une gare...

Ces merveilleuses sensations, elles ne me parviennent pas groupées. Elles arrivent l'une après l'autre, par la grâce d'un superbe scénario, lui-même porté par des dialogues parfaits (en VO... comme en VF !). Le plus beau, je trouve, c'est justement ça, cette progression régulière vers la compréhension de l'intrigue et des personnages. Premier en piste: un animateur radio tout à fait cynique, au moins jusqu'à son improbable rencontre avec un clochard magnifique. Côté féminin, The fisher king met en scène une drôle d'amoureuse transie, gérante d'une boutique de location de VHS, et une employée de bureau on ne peut plus timide. Je crois préférable de vous laisser découvrir seuls les interactions de ce quatuor. Pour reprendre le titre de ma chronique, j'ajouterai juste que Jeff Bridges, Robin Williams, Mercedes Ruehl et Amanda Plummer sont simplement magiques ! C'est dit: leur brillante interprétation me transporte à chaque vision.

Ce dont il est question ? Désolé, je tiens vraiment à rester évasif. J'ai juste envie de vous dire qu'à partir d'un certain altruisme, le film interroge notre conception de la normalité. Il parle aussi d'amour. D'accomplissement et de rédemption, également. Il permet de croire en la possibilité de se relever de la plus dure des épreuves. Il illustre l'idée que nos idéaux nous permettent de vivre, même si la vie, elle, ne nous fait pas de cadeau. Qu'on peut devoir changer et être heureux quand même. The fisher king est résolument optimiste. J'admire le fait qu'il parvienne à délivrer un message si encourageant sans verser dans la romance à l'eau de rose. Il y a aussi des scènes très dures dans ce long-métrage, avec un œil sur ceux qui, au pays du rêve américain, restent sur le bord de la route. Loin de plomber l'ensemble du métrage, ces références à la froide réalité viennent encore l’embellir. Un vrai baume au cœur pour affronter la crise.

The fisher king
Film américain de Terry Gilliam (1991)
Cinq étoiles pour l'ancien Monty Python, qui offre certainement ici son film le plus accessible, le plus universel et le plus humain. Mercedes Ruehl obtint un Oscar pour son rôle, mais j'en aurais volontiers attribué davantage si j'avais eu ce pouvoir. Je crois bien que le long-métrage restera longtemps à mon panthéon personnel. Dans son genre, je ne lui trouve aucun équivalent. Je citerais juste Vol au-dessus de coucou pour l'étude de la folie douce. Et, en allant chercher loin, Diamants sur canapé pour le message d'espoir suscité.

jeudi 24 mai 2012

Au plus profond

Une chronique de Martin

Aujourd'hui, une analyse de film que je veux bien admettre largement subjective: quand je parle d'Abyss, je fais abstraction d'une partie de ses défauts. Des films de James Cameron que j'ai découverts jusqu'à aujourd'hui, il reste mon préféré. J'aime beaucoup ce qu'il raconte et, surtout, j'aime aussi la manière dont il le raconte.

Expliquer rationnellement comment les toutes premières images continuent de m'emmener immédiatement "ailleurs" est difficile. C'est peut-être parce qu'il n'y a pas de générique. Une musique résonne doucement, le titre s'efface et c'est parti. Je suis parti...

L'histoire en deux mots ? Un sous-marin américain fait naufrage après avoir poursuivi un écho radar non identifié, qui pourrait bien venir d'un submersible soviétique. L'état-major veut comprendre. Pour cela, il envoie une section militaire à bord d'une plateforme pétrolière sous-marine, conçue par une femme ingénieur et gérée jusqu'alors par une poignée de civils. Le scénario d'Abbys repose donc d'abord la confrontation de deux mondes. Il va bien plus loin dans l'exploration du caractère humain, mais je ne vous dirais pas comment. Aucune envie de vous gâcher les surprises d'un récit épique et touchant à la fois. J'y suis moi-même très sensible.

Un petit conseil: ne regardez pas Abyss avec les yeux d'un cinéphile d'aujourd'hui. L'image a toute son importance, mais certains effets semblent un peu datés désormais, 23 ans après la sortie du film. L'important reste pour moi le beau message qu'il délivre. Techniquement, prendre du recul vous permettra de garder également une forme d'admiration, car le film brille d'un éclat étonnant, malgré donc le poids des années. C'est une oeuvre d'immersion, au sens figuré comme au sens propre: on se croit presque sous l'eau, aux côtés des comédiens. Et cette grande galerie de personnages, justement, ajoute encore à l'émotion, avec bien sûr l'excellent duo Mary-Elisabeth Mastrantonio / Ed Harris... mais pas seulement. Bref, j'insiste: j'ai vu et revu ce long-métrage, version courte comme version longue, et je ne m'en suis toujours pas lassé.

Abyss
Film américain de James Cameron (1989)
Un film sur la coexistence pacifique sorti l'année de la chute du mur de Berlin: j'y vois plus qu'un message d'espoir. Je crois avoir découvert James Cameron avec ce long-métrage: je le préfère largement à Avatar et même un peu à Titanic. Je crois honnête d'ajouter qu'il ne fera pas forcément l'unanimité. Le propos reste consensuel et les développements (assez) prévisibles. J'aime pourtant le message du film: on peut se respecter sans être semblables. Désormais, à vous de voir si vous accrochez ou pas...

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Juste pour vous donner deux avis complémentaires...
Je vous invite à aller lire la double analyse de "L'oeil sur l'écran". J'ajoute que les opinions divergent parfois selon la version du film considérée, courte ou longue. Le même DVD permet de voir les deux.

mardi 22 mai 2012

La bataille banale

Une chronique de Martin

Je disais encore il y a huit jours qu'il m'arrive de regarder un film simplement pour me formater les neurones. J'assume parfaitement cet objectif au moment d'entrer dans un cinéma, même s'il y a mieux à faire ou autre chose à regarder. Cela dit, Battleship était resté largement hors de mes radars. L'affiche criarde du long-métrage m'avait même laissé penser à une parodie. Une fois admise l'idée qu'il s'agissait bien d'un film "sérieux", j'étais plutôt décidé à l'éviter.

Deux tickets gratuits de l'ami Philippe l'ont alors remis sur ma route. Bon. Que dire ? Pour ce qui est de formater les neurones, Battleship remplit allégrement son office. Le gros problème, c'est qu'il illustre son petit argument au tout premier degré. Deux frères fêtent ensemble l'anniversaire du plus jeune. Ni parents ni amis en vue. L'aîné paye sa tournée et rappelle au cadet qu'il est temps de devenir un homme. Lui veut parler d'un engagement dans la glorieuse marine des États-Unis d'Amérique. L'autre préfère prendre des risques insensés pour... ramener un burrito poulet à la donzelle du comptoir. Finalement, comme Miss Caliente est aussi fille d'amiral, ça revient au même. Un peu plus tard, les deux frangins ont appareillé. Mission simplissime en apparence: quelques manoeuvres avec les flottes d'autres nations amies. Oui mais voilà, en mer, il n'y a pas seulement des Japonais en goguette: il y a aussi l'avant-garde d'une armée extraterrestre déterminée à en découdre. Je vous passe les détails.

Voyez comme je suis sympa avec vous, chers lecteurs ! J'avais pensé illustrer ma chronique avec quelques images spectaculaires, mais j'ai finalement opté pour des visuels plus neutres. Je n'ai pas l'intention de vous couper du seul plaisir réel offert par Battleship: celui d'effets spéciaux assez bien foutus - à l'image d'ailleurs de la blonde de service, mais je m'égare. C'est bel et bien du côté des méchants qu'il faut noter une once d'originalité dans ces deux grosses heures de cinéma bourrin. Les gentils, eux, sont caricaturaux. Ils révèlent leurs forces dans l'adversité, ne flanchent que de manière provisoire et, unis malgré leurs différences, gagnent toujours à la fin. Le film abordant les mêmes idées avec un peu de subtilité reste à écrire. Objectivement, ici, il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Le fait même qu'une partie de la promo tourne autour d'un buzz marketing du genre "premier film de Rihanna, star du R&B", dit tout sur les motivations de la production. Alors on avale bien gentiment son popcorn et on passe à la suite... et en vitesse, moussaillons !

Battleship
Film américain de Peter Berg (2012)
Quand j'étais enfant ou ado, il était déjà fréquent souvent qu'un jeu vidéo sorte, inspiré d'un film. Peut-être aurez-vous remarqué qu'aujourd'hui, c'est le contraire qui arrive le plus souvent. Et ici ? Tenez-vous bien: pondue par la firme Hasbro, l'idée du long-métrage provient de son ancestral jeu de plateau, la fameuse Bataille navale. Ni touché ni coulé, j'ai octroyé une étoile pour les effets spéciaux. Et une demie encore parce que ça rappelle deux blockbusters que j'aime (un tout petit peu) mieux: Pearl Harbour et Armageddon.

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Vous en voulez encore ? Vraiment ? Bon, d'accord...
Je ne sais pas si je dois croire ce que j'ai vu. Quelques secondes seulement avant de quitter la salle, je me suis imaginé qu'il y aurait peut-être une dernière scène après le générique. Je n'ai pas attendu pour vérifier, mais une vidéo circulant sur le Net me laisse y croire.

dimanche 20 mai 2012

Les amis européens

Une chronique de Martin

Je me souviens encore du jour où je suis allé voir L'auberge espagnole. Une amie - hello, Stéphanie M ! - m'y avait accompagné. J'avais d'autant plus aimé cette histoire de jeune mec parti terminer ses études à l'étranger que je m'étais un peu reconnu dans son envie de ne pas sombrer dans la routine professionnelle. Environ trois ans plus tard, j'ai encore mieux aimé la suite des aventures de Xavier.

Les poupées russes
est un film qui parlait beaucoup au trentenaire que j'étais alors depuis peu. Je me sentais comme lui, déterminé pour mordre dans la vie et un peu inquiet d'avec qui je la partagerai.

J'ai revu Les poupées russes il y a quelque temps. Il me semble bien que c'était déjà la troisième fois. Je suis toujours sensible à ce film générationnel. Les ados du premier volet sont devenus des adultes. Toujours prêts à s'emballer, ils le font avec un peu moins d'empressement, soucieux qu'ils sont désormais de ne pas se tromper de destin. Cédric Klapisch excelle à camper ce type de personnages. Si les derniers films du réalisateur m'ont un peu moins plu, il travaille ici sur la base d'un excellent scénario. Et ses héros venus de l'Europe entière forment une jolie mosaïque, autour de situations un peu bobo, certes, mais qui respirent la sincérité. Je dirais même le vécu.

Franchement, cette bande de copains, c'est aussi un peu la mienne. J'ai presque envie de traverser l'écran et de la retrouver. La rumeur dit qu'un beau jour, après L'auberge espagnole et Les poupées russes, Romain Duris, Kelly Reilly et les autres pourraient être réunis pour un troisième et dernier film. Je ne suis pas sûr de le souhaiter. Je crois que j'aimerais mieux avoir des nouvelles de tous les acteurs ou au moins de ceux qui ne sont pas devenus des stars. La galaxie Cédric Klapisch aurait sans doute intérêt à tourner autour d'axes nouveaux, comme elle a d'ailleurs commencé à le faire. Je crois bien que ce sera ainsi, en le revoyant ponctuellement avec une nostalgie légère, que je profiterai au mieux de cet opus pour moi si évocateur.

Les poupées russes
Film français de Cédric Klapisch (2005)
Que tout ce que je viens d'écrire ne vous empêche pas de (re)voir L'auberge espagnole, film attachant, tourné avec la même vigueur et joué avec la même énergie. C'est vrai: les deux pans du diptyque me paraissent dissociables, mais l'un et l'autre peuvent s'enchaîner avec bonheur. Et si vous êtes mordu au style klapischien, j'ai envie de vous conseiller Le péril jeune, premier d'une série de films consacrés à la jeunesse. Ni pour ni contre (bien au contraire) mérite lui aussi le détour, d'autant qu'il développe un tout autre style.

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Parce que ce type de films ne plait pas à tout le monde...
Je crois bien de vous envoyer lire la critique de "L'oeil sur l'écran".