samedi 27 septembre 2014

La prédatrice

Je n'éprouve pas la fascination de beaucoup de mes copains mecs pour Scarlett Johansson. Il ne faut pas mentir pour autant: c'est elle que j'ai voulu voir quand je me suis intéressé à Under the skin. L'idée qu'un réalisateur - anglais - ait pu obtenir de la star hollywoodienne qu'elle tourne dans un "pur" film d'art et d'essai m'impressionnait fort. Restait à aller voir et à évaluer le résultat...

Under the skin est un film étonnant, souvent brillant sur le plan formel, mais plutôt déroutant sur le plan narratif. Sans qu'il soit expliqué ni pourquoi, ni surtout comment, Scarlett Johansson erre dans les rues de Glasgow au volant d'une camionnette. Elle fait mine d'avoir perdu son chemin et, très fréquemment, aborde des hommes seuls, qu'elle embarque parfois comme passagers. La mort attend ceux qui se sont laissés tenter - je vous laisse découvrir seuls comment la "créature" tue et se débarrasse des corps, avec l'aide souvent d'un mystérieux motard. Prédatrice implacable, elle emprunte inlassablement le même chemin, sans véritable émotion apparente.

Je crois pouvoir dire qu'Under the skin est un film qui se ressent. C'est inutile de chercher à tout comprendre: je ne suis même pas sûr que ce soit possible. Le scénario laisse bel et bien des trous béants dans ce qui est montré à l'image: il vous faudra faire preuve d'implication et d'imagination pour les combler. Le long-métrage offre probablement à chacun une expérience de cinéma différente, basée sur ses propres ressentis. Moi ? Après avoir entendu parler en amont d'une histoire d'extraterrestre, j'ai appréhendé une jeune femme réduite le plus souvent à sa dimension corporelle, voire érotique. Comme l'incarnation d'une force contre les séducteurs impénitents.

C'est alors que le choix de Scarlett Johansson devient intéressant. Femme fatale ou fantasme ambulant, la comédienne américaine joue certes de son charisme, mais n'a pas toujours l'aura d'une actrice légendaire - je me souviens qu'elle n'a pas encore 30 ans, cela dit. Dans une interview à Cahiers du cinéma, Jonathan Glazer souligne qu'il pensait tourner avec une inconnue et qu'il a finalement changé son fusil d'épaule pour une question de financement. Tant mieux ! Une coloration plus tard, Scarlett Johansson habite le film d'une façon très particulière. Elle n'a ici que des partenaires amateurs. Pour eux aussi, le scénario d'Under the skin était flou. Ça marche, pourtant.

Je crois que ça marchera, en tout cas, si vous vous laissez embarquer dans les choix formels. Premier constat: comme son personnage principal, le long-métrage est presque muet, disons traversé seulement de dialogues minimalistes. Under the skin mise beaucoup sur l'alternance d'images d'un quotidien ordinaire, tournées de façon quasi-documentaire, et d'autres plans saisissants pour révéler sa face fantastique. Sa drôle de bande-son fait aussi de lui un spectacle étonnant, presque inédit même, mais qui peut s'avérer inconfortable. Des explications sont distillées au fil de l'intrigue, mais il me restait beaucoup de questions à la sortie de la salle. Et j'ai plutôt aimé ça...

Under the skin
Film britannique de Jonathan Glazer (2014)

Sans doute parce qu'on a toujours besoin de se raccrocher aux choses qu'on connaît, une bonne partie des critiques autour du film évoque l'influence de Stanley Kubrick. Le lien à 2001, l'odyssée de l'espace est légitime, oui, dans le ton radical de cet objet science-fictionnel. Le long-métrage m'a aussi donné envie de redécouvrir la filmographie de David Lynch. Pour ne rien y comprendre, peut-être, mais ressentir.

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Le film a du mal à séduire, semble-t-il...

"Sur la route du cinéma" en a quand même parlé lors de sa sortie. Pedro Almodovar a connu plus de succès avec La piel que habito...

1 commentaire:

tinalakiller a dit…

Comme tu l'as peut-être lu sur mon blog, j'ai détesté ce film. Je n'ai rien contre les films expérimentaux mais là on ne comprend vraiment rien, surtout on s'ennuie vite. J'ai également trouvé le film très prétentieux.