mardi 13 novembre 2012

Tranchées et cinéma

C'est décidé: je consacre une autre chronique à la Première guerre mondiale. Bravant la censure parfois, le septième art n'a pas attendu bien longtemps avant d'aborder la question du conflit. Certains films que j'imagine gonflés de patriotisme sont même sortis quand l'Europe venait tout juste d'entrer dans la tourmente. Qu'il s'en tourne aujourd'hui, je crois que c'est bon signe. Malgré la disparition inéluctable des derniers combattants, le souvenir demeure vivace.

J'aime à penser que nous aurons su retenir les leçons de ce passé. Militaire pour de faux, Charles Chaplin nous invitait, lui, à en rire dès 1918 et la sortie de Charlot soldat. Visible sur les écrans américains un petit mois avant l'armistice et en France seulement cinq mois plus tard, ce film (muet, bien sûr) fait la part belle au style burlesque de son auteur. Lequel, alors qu'il n'a pourtant pas soufflé sa 30ème bougie, est déjà le propriétaire de son propre studio. Travailleur, l'acteur a alors quelque 70 courts-métrages derrière lui !

Américain également, Lewis Milestone aborde la guerre sur un ton bien différent. En 1930, il signe l'adaptation cinéma d'un roman allemand, dont il conserve le titre: À l'ouest, rien de nouveau. Manifeste pacifiste vivement décrié par les Nazis, ce récit poignant d'Erich Maria Remarque évoque le sort de jeunes hommes encouragés à s'enrôler par leurs professeurs et qui jugent pourtant les combats inutiles. Sur grand écran, il obtint l'Oscar du meilleur film, Milestone décrochant au passage celui du meilleur réalisateur. Signe de temps encore apaisés, le long-métrage fut aussi récompensé d'un Prix Kinema Junpo, équivalent de l'Oscar au Japon. Incroyable mais vrai !

Un peu moins célébré sans doute, mais probablement mieux connu aujourd'hui encore, La grande illusion est l'un des grands classiques du cinéma français. C'est le 26ème film de Jean Gabin, le deuxième qu'il tourne sous la direction de Jean Renoir. Ses partenaires s'appellent Pierre Fresnais et Erich von Stroheim, rien que ça ! Récit d'évasion, le long-métrage réserve un beau rôle au personnage d'officier d'allemand que joue le second nommé. Considérant l'oeuvre subversive, l'occupant la fit interdire en France dès octobre 1940.

Même s'il ne fut pas censuré, il fallut attendre 1975 pour pouvoir apprécier en France Les sentiers de la gloire, quatrième des films de Stanley Kubrick. Kirk Douglas prête ses traits au personnage principal de ce long-métrage, que ses producteurs avaient présenté dans les salles américaines... dix-huit ans plus tôt ! Il est question ici de soldats injustement fusillés pour l'exemple, une question qui fait d'ailleurs toujours débat aujourd'hui. Kubrick s'inspire de faits réels, mais fait bel et bien oeuvre de fiction, puisqu'il compile en fait divers événements survenus sur plusieurs zones de conflit. Il tire aussi son récit du roman éponyme d'un ex-soldat, Humphrey Cobb.

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Voilà. Avec cette petite liste et les films évoqués dans la chronique précédente, je pense que ceux qui s'intéressent à la Première guerre mondiale auront quelques pistes cinématographiques à explorer. Convaincu de ne pouvoir prétendre à l'exhaustivité, je remercie d'avance ceux qui en diront davantage par le biais d'un commentaire.

dimanche 11 novembre 2012

Les gueules cassées

Nous fêtons aujourd'hui le 94ème anniversaire de la fin des combats de la Première guerre mondiale. Si j'ai choisi de parler d'un film évoquant cet horrible conflit, c'est parce que j'estime qu'il est entré dans ma vie. Je me dis parfois que j'ai de la chance d'être vivant alors que mon grand-père paternel, Joseph, fut sérieusement blessé au cours de ces années sombres de l'histoire européenne. S'il était mort, il serait resté sans descendant et ma famille n'existerait pas. C'est aussi en pensant à lui que j'ai vu La chambre des officiers.

Adapté d'un premier roman de Marc Dugain, ce film puissant s'intéresse à un aspect particulier de la guerre: la survie des hommes blessés. Son héros, Adrien Fournier, est gravement touché au visage dès ses premiers jours sur le front. Le bel homme d'avant s'efface totalement derrière le corps meurtri du rescapé. L'ancien lieutenant intègre donc La chambre des officiers, un hôpital conçu spécialement pour les cas "comme lui". Le temps d'accepter le regard des autres sur lui-même. Le temps aussi de réapprendre à s'aimer. L'interrogation du film m'a paru largement dépasser l'exemple, certes particulièrement évocateur, d'Adrien Fournier. À qui veut bien justement dépasser les apparences, le long-métrage peut aussi proposer une réflexion sur l'acceptation des différences. Difficile d'être tout à fait insensible à ce qui est montré. Il est question aussi d'une recherche du bonheur. Et de la vie qui reprend ses droits...

Formellement, La chambre des officiers m'a dérouté. L'usage intensif d'un filtre jaune sur les images initiales et d'une bande son au piano m'a presque déplu, même. J'avais l'impression qu'on voulait forcer mon émotion, ce que l'histoire devait pourtant parvenir à faire seule. Et puis, finalement, ce scénario m'a fait oublier le reste. Malgré ces effets un peu faciles, j'ai véritablement été pris d'intérêt pour ce qui se passait à l'écran. Il me faut souligner ici qu'en plus d'être bien joués, les personnages du film m'ont d'abord paru formidablement écrits. Ainsi, aux côtés de ces fameuses gueules cassées, le scénario ménage-t-il une place importante aux familles des soldats, à ceux qu'ils aiment ou ont aimé, à leurs soignants, chirurgien ou infirmière...de quoi renforcer en moi cette idée même qu'au fond, nous sommes tous plus ou moins concernés. Je suis donc heureux d'avoir pu découvrir ce film, à la fois beau et intelligent.

La chambre des officiers
Film français de François Dupeyron (2001)
Bilan plus que positif, donc, et merci à Franck... qui se reconnaîtra. Vous voulez voir un autre film sur la Première guerre mondiale ? Laissez-moi alors vous conseiller Un long dimanche de fiançailles, dont je compte reparler un jour. Pour les divers traumatismes liés aux conflits armés, Birdy est un autre incontournable, à mon avis. Allez hop ! J'ose pousser jusqu'à Vol au-dessus d'un nid de coucou pour une étude des comportements face à une certaine normalité sociale. Rien de bien divertissant, certes, mais que du beau cinéma !

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Le hasard fait parfois bien les choses...

Il se trouve que le film passe justement ce soir sur D8.

vendredi 9 novembre 2012

L'homme de la montagne

J'ai aimé Jeremiah Johnson dès les toutes premières images. Séduit d'emblée, j'ai même eu peur qu'après une aussi belle introduction dans l'Amérique sauvage, le film me déçoive sur la durée. J'ai eu raison de faire confiance à Sydney Pollack et Robert Redford. J'ai vu un western assez somptueux, porteur d'un message fort: la liberté peut se conquérir, mais elle a un prix - vivre comme on l'a décidé suppose des sacrifices. C'est ce que j'ai ressenti après le générique final. Auparavant, je me suis plongé avec d'autant plus de plaisir dans l'histoire que le personnage principal garde un peu de mystère.

Qui est Jeremiah Johnson ? Ce qu'on sait, c'est ce qu'une voix off dévoile en commentaires des premiers plans. Trois fois rien, donc. Seules ses intentions sont claires: partir vivre dans la montagne comme trappeur. La belle saison passée, les difficultés surviennent avec le froid et la malnutrition. Alors qu'il pêche ou plutôt essaye d'attraper un saumon à mains nues, le jeune homme croise la route des Indiens pour la première fois. Miraculeusement épargné, il peut donc poursuivre son chemin... jusqu'à revenir au contact d'un reste de civilisation et y prendre mieux conscience du danger qu'il va affronter. Le film poursuivra alors son chemin, à l'image d'un héros résolu à s'isoler et pourtant pas dépourvu d'un certain humanisme. Tout au bout de la route, on retrouve finalement la même incertitude qu'à son commencement. Après tout, ce qu'il advient des hommes n'est sûrement pas aussi important que le chemin qu'ils ont parcouru.

Bref, vous l'aurez compris: si votre image du western se cantonne aux chevaliers blancs défenseurs de la veuve et de l'orphelin, Jeremiah Johnson pourrait bien vous étonner. J'ose toutefois croire qu'il le fera agréablement. Le personnage joué par Robert Redford est certes un brave type, mais ce n'est pour autant que le bonheur frappe à sa porte à la première escalade venue. Je dirais même franchement que le ton général du film m'a semblé bien pessimiste. Une certitude: il n'est absolument pas manichéen. Il n'y a pas de bons et de méchants, donc, juste des êtres qui essayent de s'en sortir avec chacun leurs capacités et valeurs propres. C'est vrai également que les plus "sauvages" ne sont pas toujours ceux qu'on pense l'être. La manière dont le long-métrage aborde la question de la religion, par exemple, en surprendra plus d'un. Conclusion: cette aventure reste un voyage. Elle ouvre sur la nature, les autres... et soi-même.

Jeremiah Johnson
Film américain de Sydney Pollack (1972)

Quelques jours seulement après avoir Little big man, je m'attendais à une histoire du même genre. Erreur ! Le choix du héros de rompre avec son passé pour survivre au coeur d'une nature hostile rappelle plutôt Into the wild. Côté western, on pense également à ce chef d'oeuvre qu'est Danse avec les loups. Je fais ces deux comparaisons en me disant que je ne parle que de films postérieurs. Il faut croire que Sydney Pollack était précurseur. Deux mots: chapeau l'artiste !

mercredi 7 novembre 2012

La fille de papier

Les bons sentiments n'ont pas toujours la cote. Même si le cinéma puise souvent son inspiration dans l'amour et l'eau fraîche, il est assez rare de tomber sur une perle dans ce large genre qu'on appelle la comédie romantique. Je dirais toutefois que j'en ai vu une dernièrement. Elle s'appelle Ruby n'est "que" le second long-métrage d'un duo de réalisateurs (j'y reviendrai). Quelle maîtrise, pourtant ! Après quelques minutes pour la mise en place du personnage principal, le film se déroule sans temps mort. Je me suis ré-ga-lé !

Elle s'appelle Ruby et c'est une jeune femme d'une rousseur pétillante. Lui, c'est Calvin, son créateur. La tête à l'envers à force de câliner son nounours sur le divan de son psy. Écrivain au succès XXL dix ans auparavant, le jeune homme traîne son mal-être existentiel, persuadé que les filles qui s'intéressent à lui ne voient que l'auteur. Il vit donc seul avec son chien, baptisé Scotty en clin d'oeil à F. Scott Fitzgerald. Un beau matin, après avoir rêvé de celle qui pourrait être la muse de son second roman, Cal... la retrouve dans son appartement, en train de manger des cornflakes. "Tu m'as manqué, cette nuit, pendant que tu écrivais", lui dit-elle. Surprise ! Frayeur ! Sentiment de malaise encore plus fort ! L'incroyable vérité saute aux yeux: la fantasmagorie s'est incarnée. Ruby existe ! Mieux, sans qu'on lui demande, elle prépare le petit-déjeuner ! Bientôt, il s'avère aussi qu'elle est visible pour tout le monde...

Tirer un film de cette idée n'était pas forcément des plus évidents. J'avoue que, pour le titre de ma chronique, j'ai volontairement repris celui d'un roman de Guillaume Musso, distrayant, sans plus. Côté cinéma, en revanche, j'ai donc pris beaucoup de plaisir à suivre l'évolution de cette histoire. Le scénario de Zoe Kazan, petite-fille d'Elia et comédienne dans le rôle-titre, est rudement bien ficelé, avec juste ce qu'il faut de rebondissements pour nous embarquer gentiment, plus loin que les bonnes intentions de départ. Je dois dire aussi qu'Elle s'appelle Ruby doit beaucoup au jeu de son acteur principal, Paul Dano, que je découvrais à l'occasion. J'ai apprécié également de retrouver quelques visages connus et sympathiques dans les rôles secondaires, à l'image d'Annette Bening, Elliott Gould ou encore Antonio Banderas. Aux rythmes d'une bande originale largement francophone, voici mon petit coup de coeur du moment !

Elle s'appelle Ruby
Film américain de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2012)

La référence est certes un peu écrasante, mais j'ai moi aussi trouvé que le film produisait parfois un écho avec ceux de Woody Allen. Personnellement, j'ai aussi saisi une petite référence à Billy Wilder. Pour revenir à plus de modestie, je note que le duo de réalisateurs s'était déjà illustré avec Little miss Sunshine, que je n'ai pas vu encore, mais qu'on présente parfois comme un petit bijou du cinéma indépendant US. Moi, je vous propose également une comparaison avec Eternal sunshine of the spotless mind. Ou, sur un ton toutefois plus sombre dans sa conclusion, avec le méconnu Restless.

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Un autre avis vous intéresse ?

Lisez celui de Pascale, de "Sur la route du cinéma": elle a aimé aussi. David, de "L'impossible blog ciné", évoque le film en quelques mots.

lundi 5 novembre 2012

Petits mensonges entre amis

C'est presque deux ans après sa sortie au cinéma que j'ai découvert Les petits mouchoirs. Avant moi, on a déjà dit beaucoup de choses sur le troisième film de Guillaume Canet, le meilleur et le pire. Objectivement, je n'ai rien vu de mauvais. Si je reste néanmoins quelque peu sur ma faim, c'est que j'ai eu l'impression de naviguer entre deux eaux. Il manque un petit quelque chose pour que je sois vraiment enthousiaste. Un peu de sobriété, je dirais. De la retenue. Je n'ai pas toujours ressenti assez d'empathie pour les personnages.

Le long-métrage tourne autour d'une bande de copains, Marie, Eric, Max, Isabelle et les autres. Toute comparaison avec un film antérieur de Claude Sautet attendra... que j'ai vu ce film de Claude Sautet. Guillaume Canet, lui, ouvre le sien par un plan-séquence classieux. Ludo sort de boîte au petit matin et, sur son scooter, est victime d'un accident. Après l'avoir visité à l'hôpital, ses potes hésitent quelques instants sur l'attitude à adopter, mais finissent par faire exactement ce qu'ils avaient prévu et font régulièrement quand l'été est venu: partir en vacances tous ensemble. Les petits mouchoirs dresse le portrait de trentenaires enfermés dans l'égoïsme. Difficile de ne pas s'identifier à l'un ou à l'autre: les caractères sont typés. C'est avec un certain plaisir qu'on les suit en route vers le soleil. Plaisir d'autant plus vif que les acteurs sont bons et bien dirigés. François Cluzet, Valérie Bonneton, Marion Cotillard, Gilles Lellouche, Benoît Magimel, Laurent Lafitte... un bel échantillon des talents français du moment. Finalement, nous aussi, on oublierait presque Jean Dujardin, cloué à l'hôpital et qu'on voit finalement assez peu. Dommage et logique, en même temps. C'est le scénario qui veut ça.

Un peu de cuisine interne: quand j'ai cherché les images pour illustrer cette chronique, j'ai eu du mal à trouver des photos de groupe explicites issues du film lui-même - et non du tournage. Le fait est que ça montre bien que le film tourne d'abord autour des individus. Comme je l'ai dit, chacun a son petit caractère propre, macho, stressé, empathique, mystique, troublé... et tourne finalement autour de ce même caractère unique, avec pas mal d'égocentrisme. Les petits mouchoirs, c'est également le côté obscur de ces gens ordinaires qui se disent soudés et qui, au fond, ne partagent rien d'essentiel. Là-dedans, les comédiens tirent franchement leur épingle du jeu. Guillaume Canet, lui, veut rappeler que les faux semblants n'ont qu'un temps et qu'une fois que les masques tombent, ça fait très mal. Intention louable. Le problème, c'est que, s'il touche juste parfois, le jeune réalisateur tombe aussi dans l'outrance. Pertinent quand il s'agit de démontrer la profonde futilité des petits mensonges entre amis, il appuie tellement sa démonstration qu'il finirait presque par lasser. Le dernier quart d'heure du film m'a paru long, du coup. Pour autant, il n'efface pas les bonnes choses vues auparavant.

Les petits mouchoirs
Film français de Guillaume Canet (2010)
Images accrocheuses et bande originale punchy: le long-métrage conserve d'indéniables qualités sur la forme. Son jeune créateur confirme qu'il est un talent à suivre dans la galaxie cinéma française. Dans un genre certes bien différent, j'avais préféré son film précédent, Ne le dis à personne. Pour les portraits de groupes hantés par un peu de nostalgie, ma référence reste Le péril jeune.  C'est vrai: les personnages de Cédric Klapisch étaient plus jeunes.

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Ah, il me faut ajouter quelque chose...
Pascale, de "Sur la route du cinéma", n'a pas aimé du tout ! Avis identique chez David, de "L'impossible blog ciné", qui parle de flop...

samedi 3 novembre 2012

Les soeurs isolées

Pour beaucoup de cinéphiles, ils sont indissociables: les Britanniques Michael Powell et Emeric Pressburger ont souvent travaillé ensemble, ce qui fait qu'il n'est pas forcément utile de connaître le rôle respectif de chacun dans leurs productions communes. Le seul hasard a voulu que je découvre leur cinéma aussitôt après avoir pu lire la chronique d'un de leurs films sur "L'oeil sur l'écran". J'avais initialement prévu de voir autre chose ce soir-là mais, invité chez Philippe, le choix s'est finalement porté sur Le narcisse noir. Un classique, paraît-il.

L'histoire ? C'est celle d'une poignée de religieuses, à qui un potentat indien offre un palais en guise de dispensaire et d'école. Le bâtiment a ceci de particulier qu'il est perché à flanc de falaise, au sommet d'une montagne himalayenne. Isolé, le site est spartiate au possible et battu par des vents constants. Le narcisse noir montre clairement qu'à vouloir profiter de leur "cadeau", les soeurs ne choisissent pas franchement la solution de facilité. On comprend pourquoi, au début du film, la mère supérieure a sélectionné la plus jeune de ses nonnes pour diriger le nouveau couvent. Sans trop dévoiler, j'ajoute simplement que le scénario du long-métrage ne saurait se résumer aux péripéties de la vie religieuse en territoire hostile. Une fois passé ce point de départ, l'intrigue va se focaliser sur les difficultés d'une petite communauté à cohabiter. Un grain de sable vient enrayer la machinerie: on s'y attendait plus ou moins après avoir appris que les soeurs devaient renouveler leurs voeux une fois l'an...

Je ne vais pas vous raconter d'histoire: tout ça ne m'a pas passionné. Possible que je sois passé à côté du truc. Je m'attendais à mieux. Compte tenu des échos flatteurs, j'espérais découvrir un film emballant et... non, j'ai eu au contraire l'impression que le suspense ne prenait jamais vraiment. Reste que le long-métrage m'a séduit sur un point précis: son graphisme !  Ayant récemment bénéficié d'une restauration, Le narcisse noir est une pure merveille visuelle. Ses jeux de lumière contribuent significativement à l'ambiance ! Même si les décors peints sont très franchement dépassés aujourd'hui, ils apportent avec eux une bonne dose de charme. Autant dire que, plus que jamais, les trois étoiles que j'attribue donc à ce fameux classique correspondent d'abord à un ratio intérêt ressenti / attente éprouvée. Pour certains de ses aspects techniques, l'oeuvre du duo Powell et Pressburger mériterait une note bien plus haute. Elle viendra peut-être pour un autre de leurs films.

Le narcisse noir
Film britannique de M. Powell et E. Pressburger (1947)

Une relative déception pour moi avec ce film pourtant très apprécié des cinéphiles. J'ai quand même bien l'intention de pousser plus loin mes investigations. Voir Les chaussons rouges figure déjà au rang de mes projets à moyen terme. En collection, j'ai aussi trois films réalisés par le seul Michael Powell à découvrir. Je vous conseille également de voir, si vous le pouvez, de vieilles comédies britanniques, et par exemple Tueurs de dames ou Noblesse oblige.

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Pour en savoir plus... 
Deux options s'offrent désormais à vous. Vous pouvez retourner immédiatement chez mes comparses de "L'oeil sur l'écran" et y relire la chronique de Les chaussons rouges, autre classique du duo. Alternative: vous pouvez préférer avoir un autre avis sur Le narcisse noir, auquel cas je vous oriente vers "L'impossible blog ciné". Merci en tout cas de me laisser le temps de mieux connaître le cinéma britannique de cette époque et celui des deux larrons en particulier. Après ça, c'est certain: je ne manquerai pas l'occasion d'y revenir.

jeudi 1 novembre 2012

Légende nordique

Au cinéma comme à la télé, il y a une vie après les Monty Python. Celle de Terry Jones est bien remplie depuis la séparation du groupe mythique. Acteur, scénariste et écrivain, le Britannique a réalisé quelques autres films, dont Erik le Viking, que je vous présente aujourd'hui. On aurait pu y voir Tom Hulce et Jack Lemmon. Finalement, ce sera Tim Robbins et John Cleese, ex-Monty Python également et vieux complice du cinéaste, du coup. Ai-je besoin d'ajouter que le film est gentiment barré ? Vous l'aviez compris, non ? 

Erik le Viking a les cheveux longs et des idées originales sur le bien et le mal. À l'inverse des autres hommes de son clan, il goûte peu l'idée de la guerre, du pillage et du viol. Quand un énième conflit l'amène pourtant à tuer une jeune femme, il regrette amèrement d'avoir dû en arriver là et remet les choses en question. Parti s'éloigner dans la montagne, il rencontre une pythie qui lui promet réveil des dieux et retour du soleil sur les terres de sa Scandinavie natale. Ni une ni deux, le brave garçon rassemble ses compagnons et, leur évitant au passage de s'entretuer, prend la mer avec eux vers un monde meilleur où doit s'accomplir la prophétie. L'expédition ne paye pas de mine. La loufoquerie du spectacle ne m'a pas fait oublier le côté un peu "cheap" des décors. Les costumes parviennent toutefois à sauver les apparences. Bon point pour lui: le film paraît très souvent original. Il ne ressemble à aucun autre. C'est déjà ça.

Derrière la gaudriole se cache d'ailleurs autre chose. Il m'a semblé que Terry Jones développait également une certaine poésie. Inspiré par les légendes du Nord, ce qu'il raconte ouvre la porte à une culture méconnue sous nos latitudes. Le fait qu'à des rares exceptions près, les comédiens choisis pour le film me soient restés inconnus jusqu'alors, a renforcé le plaisir que j'ai pris à ces découvertes. J'irai jusqu'à dire qu'après un point de départ relativement conventionnel, Erik le Viking m'a entraîné un peu plus loin que là où je pensais aller. Sans casser trois pattes à un canard, il reste un bon divertissement. L'absurdité du propos le rend acceptable pour tout public - le sang versé a même l'air factice, c'est dire. Joué avec juste ce qu'il faut d'outrance, le long-métrage se démarque également de la norme communément admise par quelques petites surprises, au rang desquelles je citerais des divintés... enfantines. Drôle de voyage !

Erik le Viking
Film britannique de Terry Jones (1989)
Du même cinéaste, j'ai évoqué ici Monty Python - Le sens de la vie. Le film d'aujourd'hui est moins fou, mais prompt lui aussi à s'envoler vers de vraies bizarreries. Un aveu, maintenant: des deux Terry passés par les Monty Python, je préfère Gilliam. Je vous renvoie donc à l'index des réalisateurs: j'y présente trois de ses films. Je précise aussi qu'il y en a encore quelques autres à venir. Restez connectés ! 

lundi 29 octobre 2012

La couronne ou...

Au sortir d'une rude journée de travail, j'ai eu il y a peu une envie irrépressible de m'évader. Le cinéma offre de grandes opportunités dans ce domaine, mais je voulais voir quelque chose d'inhabituel. Après quelques hésitations, j'ai choisi La vie privée d'Elisabeth d'Angleterre - on parle ici de la première, qui régna sur son pays entre 1558 et 1603. Sorti à la toute fin des années 30, un petit mois après que la France et la Grande-Bretagne sont entrés en guerre contre l'Allemagne, c'est l'un des vieux films de ma collection DVD.

Il est d'ailleurs amusant de relever que le titre français escamote complètement l'autre personnage important du long-métrage. La vie privée d'Elisabeth d'Angleterre évoque en effet pareillement celle du comte d'Essex, son amant. Bon: je tiens à préciser que je parle bien de cinéma hollywoodien. Il ne faut probablement pas attendre d'un tel spectacle qu'il respecte strictement la vérité historique. Personnellement, détaché même de toute vraisemblance, j'ai passé un bon moment. Le scénario place la souveraine dans la position délicate de la femme amoureuse, mais que son sens du devoir contraint à réfréner ses ardeurs. L'homme qui lui fait face serait peut-être un merveilleux mari. Pourrait-il être également un bon roi ? C'est parce qu'elle ne le croît pas que la reine se refuse obstinément à convoler. Et tant pis, au fond, si ça la fait souffrir le martyre ! L'intérêt supérieur du peuple lui paraît réclamer d'elle ce sacrifice.

Bientôt trois quarts de siècle après sa sortie, le film a certes vieilli. Le message qu'il délivre garde toutefois quelques résonances actuelles. Qu'est-ce qu'une ambition légitime ? Quels sont les moyens de l'assouvir ? Sous le vernis mélodramatique propre à ce cinéma américain d'époque, La vie privée d'Elisabeth d'Angleterre pose d'intéressantes questions. Je dois dire qu'on peut également prendre du plaisir à savourer cette jolie vieillerie au tout premier degré. Franchement pas spectaculaire, le long-métrage garde un charme suranné grâce à ses costumes et décors anciens. Le fait qu'il soit largement tourné en plateau lui confère un très agréable aspect théâtral - il s'inspire d'ailleurs d'une pièce. Quant aux acteurs, on a dit que Bette Davis n'aimait pas Errol Flynn et qu'elle aurait voulu donner la réplique à Laurence Olivier, mais le jeu n'en souffre guère. À voir aussi, Olivia de Havilland et Vincent Price en seconds rôles.

La vie privée d'Elisabeth d'Angleterre
Film américain de Michael Curtiz (1939)

Pour conclure, passionné par la période élisabéthaine, je vous invite à revoir deux autres films autour de la reine: Elizabeth et sa suite Elizabeth - L'âge d'or, avec Cate Blanchett dans le rôle-titre. Maintenant, si vous préférez le cinéma vintage, j'indique également que j'ai d'autres films d'Errol Flynn en rayon et que j'y reviendrai donc... tôt ou tard. Vous noterez dès à présent que le réalisateur évoqué aujourd'hui est aussi celui d'un immense classique sorti quatre ans plus tard: le grand, superbe et inoubliable Casablanca !   

dimanche 28 octobre 2012

Facebook, c'est mieux ?

La dernière évolution importante liée à ce blog ? C'était la création d'une page dédiée sur Facebook, il y a un an jour pour jour. Question pas-vraiment-subsidiaire: qu'est-ce qui a changé depuis ? Réponse sans réfléchir: pas grand-chose. Je veux tout de suite rassurer ceux d'entre vous qui suivent Mille et une bobines en surfant sur le réseau social: la page ne disparaîtra pas. Je sais très bien qu'elle m'apporte un peu de visibilité supplémentaire. Combien au juste ? Je l'ignore. J'avoue sans honte que je n'y prête au fond qu'une attention modérée.

Sur la quarantaine de membres enregistrés sur la page, j'avais pu constater qu'il y avait une demi-douzaine d'inconnus. Las ! La firme américaine a fait joujou avec les paramètres de confidentialité. Désormais, verrouillant son système,  elle me bloque l'accès à ceux qui ne sont pas également mes amis facebookiens. C'en est terminé de l'espoir de pouvoir approcher ces lecteurs, redevenus anonymes. Après y avoir songé, j'ai réagi trop tard. Alors tant pis pour moi ! Chacun demeure libre de me contacter et/ou de me faire de la pub.

Facebook peut toujours servir d'alerte (ou de pense-bête) à tous ceux que je connais ou que j'ai identifiés. C'était d'ailleurs la fonction première que je lui avais assignée. Un an après, je constate également que mes messages sont - un peu - plus commentés là-bas qu'ici, directement sur Mille et une bobines. La fonction "J'aime" chère au réseau social me laisse parfois dans le doute: a-t-on voulu saluer ma chronique ou bien le film qu'elle évoque ? Ambiguïté typique des communications Internet. Twitter, je passe mon tour.  

jeudi 25 octobre 2012

Jack et les Indiens

Et dire que certains ont accusé Arthur Penn de révisionnisme historique ! Comment être aveuglé à ce point ? Pourquoi se focaliser sur cette stérile controverse ? Avant même les crédits du générique initial, quand Little big man débute, on découvre son personnage principal en piteux état. Pourquoi attendre un quelconque réalisme d'un film dont le héros est censé avoir 121 ans ? J'ai préféré savourer ce western sans me poser de questions. Il s'y passe de toute façon suffisamment de choses pour ne pas gamberger. Quelques minutes après l'introduction, c'est parti pour deux heures de flash-back...

Dans l'Amérique du 19ème siècle, Jack Crabb est un jeune colon blanc. Partis vers le grand Ouest avec leur famille, sa soeur et lui sont les uniques rescapés d'une attaque d'Indiens. Capturé ensuite par une autre tribu, Jack sera bien traité et assez vite considéré comme un Cheyenne comme les autres. Surprise: le scénario obliquera alors dans une autre direction. Pour échapper à une mort certaine lors de l'assaut d'un groupe de pionniers, Jack se fera reconnaître comme l'un des leurs, abandonnant le nom d'emprunt qu'un vieux homme lui avait donné: Little big man. Moins valeureux qu'il pouvait y paraître de prime abord, le "héros" du long-métrage éponyme fera alors des allers-retours constants entre les peuples. Invraisemblable ? Soit. Le film n'en est pas moins remarquable. Jamais auparavant, je n'avais découvert de production américaine aussi ancrée du côté des "native Americans" et dont le personnage principal n'est pourtant pas un modèle de vertu. Et c'est justement parce qu'il reste très loin des archétypes que Jack Crabb convainc !

Finalement, j'ai envie de vous dire qu'il nous ressemble ! Le ton général du long-métrage surprend lui aussi, du coup. La fresque attendue n'en est pas vraiment une. Au fond bien plus picaresque qu'épique, le long-métrage est parfois étonnamment... drôle. Impressionnant d'opportunisme, Jack Crabb se tire toujours d'affaire. Chaque pas en avant dans la vie le place dans des situations difficiles et cocasses à la fois. Soyez prévenus toutefois que Little big man n'est pas une comédie. Le dernier tiers du film bascule même franchement dans le drame. Qu'importe au fond s'il y a là relecture historique partiale - certains disent d'ailleurs qu'Arthur Penn cherchait une allégorie pour évoquer la guerre du Vietnam. Doucement mais sûrement, ce qu'il nous raconte assène un uppercut à l'estomac. Sur la grande palette des émotions, du rire aux larmes et inversement, il a trouvé en Dustin Hoffman un partenaire remarquable. Je n'oublierai pas non plus ces Indiens, comédiens souvent amateurs: ils apportent beaucoup à cette oeuvre poignante.

Little big man
Film américain d'Arthur Penn (1970)

Le premier film comparable qui m'est venu à l'esprit, c'est logiquement le fabuleux Danse avec les loups de Kevin Costner. L'occasion de constater qu'Arthur Penn a une vingtaine d'années d'avance ! Je reparlerai très prochainement d'un autre western amical avec les Indiens. De par son ambivalence même, celui d'aujourd'hui n'est pas loin du chef d'oeuvre. C'est en tout cas un grand classique que je suis content d'avoir vu. Et donc, oui, vivement le suivant !

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Une dernière petite chose...

Vous noterez que "L'oeil sur l'écran" parle du film également.