mercredi 13 mars 2024

Le vrai Yémen ?

Ce n'était jamais arrivé: avec Les lueurs d'Aden, les salles de cinéma françaises ont pu accueillir un film yéménite pour la première fois. J'ignore combien elles ont été à le faire, mais j'ai trouvé cela positif. C'était en effet l'occasion de se pencher sur un visage du Yémen autre que celui qui fait l'actu en ce moment ! Et même s'il ne sourit guère...

Isra'a a du mal à nourrir ses trois enfants et en attend un quatrième. Comme Ahmed, son mari, elle estime qu'il serait préférable d'avorter. Mais la législation de son pays est floue: certains jugent interdit d'interrompre une grossesse dès son commencement, quand d'autres assurent que c'est encore possible dans les 40, voire les 120 jours ! Évidemment, c'est loin d'être un sujet de société dont chaque couple discute librement: le tabou perdure et pèse d'abord sur les femmes. C'est donc un véritable parcours de la combattante que Les lueurs d'Aden nous invite à suivre, sans se cantonner toutefois à ce sujet. "Ce qui m'intéressait, c'était de déplacer le problème à une famille toute entière", a dit le réalisateur lors d'une interview. Son intention était également de montrer la vie quotidienne des Yéménites d'aujourd'hui, dans cette ville portuaire qui est par ailleurs la sienne. "Je voulais faire un film brut et très réaliste". C'est le cas, je dirais...

J'ai sincèrement apprécié que la caméra se pose assez régulièrement pour nous montrer à quoi peut ressembler ce pays du Moyen-Orient largement méconnu. Et qu'elle fasse des enfants des personnages secondaires, certes, mais que le scénario n'oublie jamais au milieu des problèmes des adultes. Le récit déjoue les idées toutes faites. Même s'il s'avère plutôt pessimiste, il laisse passer un peu de lumière dans certaines scènes au coeur de l'intimité familiale. Sa complexité relative le tient à l'écart du pathos et du misérabilisme: un bon point. Le metteur en scène a présenté son film à la Berlinale et a expliqué que ces comédiens "n'étaient pas de grands professionnels" (je cite). Tant mieux: la sobriété de leur jeu les rend on ne peut plus crédibles. Faire leur connaissance par écran interposé m'a été fort agréable. Merci aux producteurs saoudiens et soudanais qui ont rendu la chose possible: tous les pays du monde n'auront pas cette belle opportunité !

Les lueurs d'Aden
Film yéménite de Amr Gamal (2023)

J'ai bien failli arrondir ma note à quatre étoiles pleines et me réjouis d'ajouter un petit drapeau supplémentaire à ma collection de cinéma. J'ai repensé à mes premières "balades" iraniennes: Les chats persans ou Une séparation. La difficulté d'exercice des libertés individuelles au Moyen-Orient s'exprime aussi, moins abruptement, dans Wadjda. Il est plus que nécessaire de soutenir les artistes qui nous en parlent !

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Et pour appuyer mon propos...

Je vous recommande de lire aussi la chronique de notre chère Dasola. Bonus: vous y découvrirez également la somptueuse affiche du film...

2 commentaires:

Pascale a dit…

Il m'a échappé car c'était la période hard...
Tant pis.
En tout cas, en ce moment pour moi, c'est Waterloo morne plaine, que des déceptions à la pelle.

Martin a dit…

Ce n'était pas un film indispensable, mais c'était une fenêtre sur un pays méconnu.

Et, comme toi, j'ai du mal à trouver des films intéressants en ce moment.
Rien qui me rende vraiment très impatient. Il me semble qu'il y en avait davantage en janvier-février.